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L'Atelier d'écriture de Villejean
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28 septembre 2021

B comme brol / Adrienne

2122-04 Adrienne - Gilbert Jullien

– Je ne suis pas née chez les zoulous, quand même! fait Cindy en hachant le céleri.

Et comme toujours, sa célérité est en rapport avec son degré d’énervement.

– Franchement ? Il est alcoolo, ce type? Ou alors complètement fêlé?

Mme de B*** est heureuse que Cindy soit rentrée de ses vacances au camping en Bretagne et s’est assise dans la cuisine pour ne rien rater de sa conversation : un solo de Cindy, c’est bien plus rigolo que n’importe quelle émission à la télé.

– Faut dire aussi que ma copine Hélène – vous savez, celle que j’appelle toujours Label Hélène parce qu’elle se coiffe comme Marilyn et qu’elle s’appelle Lebeau ?

– Je vois très bien, fait Mme de B***, qui sourit maintenant tout à fait devant tant de logique.

– Et bien, je lui ai dit, à Hélène, c’est pas parce que les boissons et les petits fours sont gratuits qu’on m’y reverra, à un vernissage! « Merveilleux talent de coloriste » qu’ils disaient sur la brochure ! Faut oser le dire, hein ! Mon Matteo, à cinq ans, il faisait mieux !

– Faut l’envoyer à l’académie, cet enfant, fit Mme de B***.

***

Sur la photo ci-dessus, "Des tee-shirts qui, à la base, servent à essuyer ses couteaux, deviennent des objets d’art grâce au talent de Gilbert Jullien" , source ici.

Gilbert Jullien - Coquelicots (1990)

Gilbert Jullien – Coquelicots (1990)

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1 juin 2021

Mes fleuves / Laura

La Seine de mon enfance
Souvent troublée par les fréquentes
Pluies sous lesquelles
J’aimais danser en rentrant de l’école.

Autrefois teintée par les rejets de teinture,
Est-elle redevenue un paradis de pêche
Alors que les usines sont au purgatoire ?

Trois années sans la Seine
Qui coule très bien hors de ma présence.

AEV 2021-33 Laura - La Seine


La Garonne de mes études tardives,
Si belle sous le soleil de Toulouse
Et ses pierres roses ; mes lectures
Suivaient ton cours de reine.

O Garonne, ô mon pays, ô Toulouse*
Chaque fois que je viens à entendre
Ce chant d’amour, le Canal du Midi de mes larmes
Menace d’inonder mon âme. 

Le Rhône majestueux de mon « voyage
En Orient » avec Nerval, passage
Essentiel entre le Nord et son rêve.
Rêve de soleil des touristes.
Le Rhône, mon paysage
D’aujourd’hui encore.
Et tous les fleuves
Que j’ai lus et que j’imagine.

AEV 2021-33 181207 Nikon 249

28 septembre 2021

Hiver blanc / Raymonde

Emmanuel Fillot - Un autre rivage en hiver (si vaguement blanc) Paris 19960406

- Allô ! Ici Papa Tango Charlie, répondez, nous vous cherchons !

- Allô ! Allo, ici Pili- Pili, mollo, polochon, nous venons d' atterrir, heu, d'alunir. Des méduses à la queue leu leu tournent autour de notre engin et un couteau milicien nous cherche querelle. Sommes nous sur la lune ou à Saint-Malo ?

-Allo ! Allo ! Répondez moi ! Zoulou koala Falafel !

- Eh, réveille toi, scélérat ! Calamité ! Alcoolo ! Tu t' es affalé sur le canapé et endormi devant Thalassa avec Georges Pernoud !

- Hein ! Je me suis endormi sur le canapé avec Georges Pernoud ??? 

21 septembre 2021

Murr. - Des trappes à souris et de leur influence sur l'âme et l'activité des chats / Anne J.

2122-03 Anne J

On a retrouvé le chat Buzz enfermé dans une trappe à souris et personne dans la maison ne comprend pourquoi !

Cet animal adopté par une famille aimante vient de s'installer avec ses maîtres dans une grande maison à la campagne, quittant ainsi un modeste pavillon de la banlieue nantaise ; c'est un grand changement pour lui, d'autant que cela s'accompagne de profondes modifications sur sa vie de chat de maison. Finie la distribution de croquettes à volonté et les longues siestes sur le canapé, Buzz doit désormais gagner sa pitance en chassant les souris qui ont envahi la maison.

Et Buzz n'aime pas la chasse à la souris, il aime le train-train quotidien et les croquettes de supermarché ; poursuivre les souris c'est fatiguant et quand elles sont mortes elles n'ont aucun intérêt.

Avant Buzz était aimé pour ce qu'il était et maintenant il est aimé pour ce qu’il chasse ou pas. Quitter son statut de chouchou et devenir un zozo qui chasse,le rend mélancolique et dépressif

Après avoir essayé les pièges à souris, son gentil maître vient de rentrer avec une grande boite métallique, munie d'une porte manœuvrée par une ficelle. Il explique à Buzz qu'il n'en peut plus de vider des pièges où des souris écrabouillées agonisent et de les jeter à la queue leu leu dans la poubelle en les tenant par la queue.

Buzz le voit installer le piège avec des bouts de lardon et de fromage et le déposer dans la cuisine et une lancinante question commence a le hanter : « Si on ne compte plus sur moi pour chasser les souris et si je ne fais rien, m'aimera-t-on encore ? »

En descendant ce matin-là pour le petit déjeuner, le maître de Buzz trouve son chat enfermé dans la trappe à souris ; il n’y a plus de lardons mais sur la table quatre souris mortes sans aucun bobo.

A coté des quatre cadavres, un grand tournevis et un gri-gri africain et au sol une empreinte boueuse de pointure 46.

Que s’est-il passé pendant la nuit ?

Vous le découvrirez en lisant cet excellent roman, merveilleusement écrit, de notre autrice préférée.

Bonne lecture !

21 septembre 2021

Deux poèmes de l'eau de Dorothy Richardson / Jean-Paul

2122-03 - Jean-Paul - Poèmes de l'eau (Amélie Dubois) 120646231

illustration d'Amélie Dubois


LE MISSISSIPPI

C’est en remontant le Mississippi
Que les caïmans à la queue-leu-leu
Comptent les Suissesses.

Ce sont des nanas quelque peu toc-toc
Qui jouent du yoyo et leur font coucou
En levant bien haut leurs petits bibis.

Jamais la Suissesses n’a l’humeur en berne
Et la chaude, au fond, à touche-pipi,
A ce que l’on dit,
Avec les bédouins-Ouin
Pousse loin-loin
Le jeu.

Les alligators s’approchent du bord,
Attirés comme l’est
Par la limaille moldo-valaque
L’aimant.

Dare-dare les Suissesses
Comptent les lucernes
Qu’ils ont sous les yeux

- O combien de « s »,
Mes jolies Suissesses
Dans ce joli nom qu’est le vôtre !
Disent les crocos.

Mais les Suissesses dissipées
- pas même la jeune Eve ou Fa-
Bienne -
N’ont jamais poussé la folie
Jusqu’à aller faire pipi
Dans les eaux du Mississippi.

Et les crocodiles, quelque peu déçus,
Poursuivent leur Bâle-ade
En rêvant de gruyère
Et autres fricâlins.

2122-03 Jean-Paul - departement_aube_10

L’AUBE

L’Aube prend sa source
Au bout de la nuit

Elle a dormi comme un Loir
Mais il faut qu’elle entre en scène

C’est là son lot
Même si ça lui fait mal aux reins

C’est une rivière calme
A l’air très doux,
Tout sauf vilaine.

Jamais elle ne rugit
Comme lionne
Ni ne sort de son lit.

Elle ne joue même pas des coudes
Aux Andelys

C’est une bonne élève :
On lui a donné 10
Sur dix.

2122-03 Jean-Paul - Aube 1558427247

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14 septembre 2021

Sept / Jean-Paul

Le sept branche le chandelier
Et les nains rentrent du travail ;
Ils chantent les sept notes de la gamme
Sur de beaux accords de septième.

Ils sont laids comme les
Sept péchés capitaux
Mais pour la fille Blanche-Neige
Ils sont les sept merveilles du monde.

Elle est prête pour eux à oeuvrer tout le jour,
A faire l'Hercule de foire,
A se mettre en quatre dans ce gîte étroit
Pour accomplir douze travaux.

Tout vaut mieux que sept mercenaires
Ou que sept samouraïs
Ou que sept pommes empoisonnées.

Sept, six, cinq, quatre, trois, deux,un...

Ce qui compte
Ce qui compte
Ce qui conte...

C'est qu'un jour
Son prince viendra !

2122-02 Jean-Paul - Blanche-Neige et les sept nains

14 septembre 2021

Du bas vers le haut / Jean-Paul

Dans le miel de la nuit
Se glisse
Athéna, sortie de la cuisse
De son père pervers, Jupiter.

2122-02 Jean-Paul - Athéna

Se peut-il que gémisse,
Au ciel,
Un iceberg-poème
Aussi providentiel ?

Qui lui accordera
En dessins à la craie
La cuvette ou la caisse
Du retour à la source ?

Ces gémissements fauves
Et ces noeuds de plaisir
Ne couvriront jamais
La candeur de nos rires,

La blancheur de nos paumes
Tournées vers les nuages
Pour y cueillir la pluie
De nos accords futurs

Et nos chiffres d'horloge
Qui comptent les plus d'un tour
Que l'on a dans nos sacs
A malice.

2122-02 Jean-Paul - horloge

21 septembre 2021

En l'an 2013 / Laura

D 93 V 19 - V 10 08

En l'an 2013, nous avons découvert Venise.

Nous marchions dare-dare,
Ignorant le frou-frou des gondoles
A la queue leu-leu et le blabla triste
Des amoureux qui ne sentent pas le sexe.

Nous préférions le train-train de la gare,
Nous promettant d'arriver à Venise
En 2023, en train, en s'aimant encore
A qui mieux-mieux. Une crise
Pendant ton dodo chez ton papa
A  fait faire des yoyos à mon âme.

2122-03 Laura - L'An 2013 A (Emmanuelle Lagarde)

Couverture conçue par Emmanuelle Lagarde

14 septembre 2021

Quatre / Eliane

21022-02 Eliane - Trois mousquatires

Quatre quoi ?

Quatre : les trois mousquetaire étaient 4 en réalité

Quatre filles pour le Dr March

Quatre temps pour la valse de Jacques Brel

Quatre points cardinaux

Quatre niveaux dans le sport : benjamin, junior, sénior et vétéran

Quatre  individus dans une famille moyenne : Papa, maman et deux enfants

Quatre  pièces, chercher un 4 pièces pour y loger

Quatre : un quatrain en poésie

Quatre : un quatuor en musique

Quatre âges dans la vie : l'enfance, l'âge adulte, les séniors et le quatrième âge

Quatre  roues pour les vélos des tout petits

 

25 mai 2021

Question / Eliane

AEV 2021-32 Problème 11

« C'est pas parce qu'une œuvre prend beaucoup, beaucoup de temps qu'elle aura forcément beaucoup de valeur" pense-t-on à l'école élémentaire Joseph Lotte de Rennes.

La mosaïque sur le sol de Dominique a pris énormément de temps. Temps que nous n'avons même pas eu le courage d'évaluer. Des minutes, des heures... Mais, mis à part l'esthétisme, cela n'a pas énormément de valeur. Cette œuvre ajoutera-t-elle une plus-value à la maison si Dominique décide de la vendre ? Peut-être, mais sans commune mesure avec le temps passé à la réaliser.

210525 285 003

AEV 2021-32 Paysage 04Voyons plus grand. Le château de Chenonceau sur le Cher a sans conteste une grande valeur, comme tous les châteaux de la Loire et plus largement comme tous les édifices classés qui font partie du patrimoine. On imagine que bâtir ce château a pris beaucoup de temps. Les ouvriers ne disposaient pas, comme c'est le cas aujourd'hui, de grues, de bétonneuses et autres engins de chantier. Ce travail a dû vraiment être très laborieux.

Mais imaginons qu'il ait été érigé très vite, quelques semaines, voire quelques mois, pas plus. Ce château aurait-il moins de valeur aujourd'hui ?
Sans doute pas. Ce château a été bâti en deux temps. D'abord la partie la plus massive, carrée sur le bord de la rivière. Il fut offert par le roi Henri II à sa maîtresse, Diane de Poitiers.

La reine Catherine de Médicis n'était pas franchement contente de cet état de fait. Aussi quand Henri II mourut au cours d'un tournoi et que Diane, plus âgée, mourut à son tour, Catherine se réappropria le monument et fit construire la longue arche qui enjambe le Cher.

Et voilà notre château riche de son histoire. Histoire qui n'a rien à voir avec le temps passé à le construire. Sans compter que sa valeur est augmentée par les tableaux, sculptures et meubles d'époque dont est riche son intérieur.

Et le mariage ? On pourrait dire que le mariage est une œuvre construite pas à pas avec patience et beaucoup de concessions. La construction ne s'arrête jamais et peut durer très, très longtemps. Chacun des partenaires doit y contribuer en veillant toutefois à ne pas se perdre soi-même au cours du chemin. Il faut prendre son temps, ne pas bâcler les étapes au risque de voir l'édifice s'effondrer.

Qui a dit : « Aimer ce n'est pas se regarder l'un l'autre. C'est regarder ensemble dans la même direction. » ? Le mariage est une œuvre à part, on ne sait pas très bien quelle en est la valeur.

Un certain Jean-Pierre Collet a dit, sans doute à propos de sa propre union :

AEV 2021-32 Image 06« Pendant des années
Nous nous sommes aimés
Je veux dire, ce me semble
Puisque nous avons regardé ensemble
Dans la même direction,
Celle de la télévision. »

Pessimisme, routine, manque d'imagination ?
Sûrement un peu de tout cela, mais le couple dure, peut-être est-ce l'essentiel ?

25 mai 2021

Consigne d'écriture 2021-32 du 25 mai 2021 : Problèmes

Problèmes

 

Au dos des cartes de la 1ère série, on peut lire ceci :

"Qu'est-ce qu'un problème ?

1. C'est ce qui surgit lorsqu'on prend conscience d'une différence significative entre une situation réelle et une situation souhaitée

2. C'est la présentation d'alternatives dont le choix oriente l'action."

(cliquez sur les cartes pour les agrandir)

AEV 2021-32 Problème 07

AEV 2021-32 Problème 10

AEV 2021-32 Problème 11

Sans titre-1

AEV 2021-32 Problème 13

Sans titre-1

AEV 2021-32 Problème 08

AEV 2021-32 Problème 02

AEV 2021-32 Problème 12

Ces cartes "générateur de problèmes" étaient mises à disposition lors des "Atelier de Renness, biennale d'art contemporain" en 2008.

Choisissez une carte. Le projet du générateur de problèmes est de révéler des écritures prenant en compte le travail, thème des Ateliers de Rennes.

Enoncez un problème en réponse à celui qui est inscrit sur votre carte ou à partir de votre propre expérience.  Vous devez (pouvez) utiliser ensuite une carte de la série paysages et une carte de la série images pour étayer votre argumentation ou votre questionnement. Ou écrire ce que vous voulez à partir de tout cela, comme à l'habitude !

Paysages

AEV 2021-32 Paysage 01

AEV 2021-32 Paysage 02

AEV 2021-32 Paysage 04

AEV 2021-32 Paysage 05

AEV 2021-32 Paysage 03

AEV 2021-32 Paysage 07

AEV 2021-32 Paysage 06

AEV 2021-32 Paysage 08

AEV 2021-32 Paysage 09

Images

AEV 2021-32 Image 02



 

AEV 2021-32 Image 09

AEV 2021-32 Image 07

AEV 2021-32 Image 03

 

 

AEV 2021-32 Image 01

AEV 2021-32 Image 04

AEV 2021-32 Image 05

 

 

AEV 2021-32 Image 08

AEV 2021-32 Image 06

7 septembre 2021

Le Sel de la vie / Maïck conteuse

Chanter, écouter le son qui tourne autour de moi et… se taire
Rire avec mon amoureux et mes amis et… se taire
Conter, regarder les yeux qui vous écoutent et… se taire
Pédaler, sentir le vent et le soleil sur la peau et… se taire

2021-22 01 Maick - Le Sel de la vie 1

Respirer, surtout quand ça monte et… se taire
Marcher dans l’eau, faire partie de la soupe primordiale et… se taire

2021-22 01 Maick - Le Sel de la vie 2

Et aussi…
Ecouter le silence du coucher du soleil

2021-22 01 Maick - Le Sel de la vie 3

Ecouter le silence et les oiseaux au réveil

2021-22 01 Maick - Le Sel de la vie 4

Ecouter mon père qui s’accroche à la vie
Et encore…
Oublier le bruit de la rue,
Oublier le bavardage de ceux qui prétendent savoir à votre place,

Chaque jour et aussi, pendant les vacances…
Mais chut !... J’avoue détester… les vacances

7 septembre 2021

Le Sel de la vie / Anne J.

V ivre sans se soucier de demain
vagabonder dans les petites rues de Trebeurden avec M et ses souvenirs d'il y a 40 ans
voir le soleil se coucher dans la mer à l'ile Vierge

A accueillir les amis qui arrivent
attendre dans l'odeur de la crêperie la galette commandée
admirer la nouvelle tapisserie de mon couloir faite par une experte

C ueillir les cassis chez mon ami R
contempler la nuit par la fenêtre dans une cabane perchée

A ppuyer sur le bouton de la douche au camping et obtenir de l'eau chaude alors qu'on n'y croyait pas
aspirer la glace qui coule du cornet sur le port de Perros

N nager dans la mer verte et froide avec des amies qui découvrent l'aquagym


C âliner le nouveau chaton de B
commander un plat dans un resto
croiser les voisins du camping en pyjamas et les saluer

E couter les chanteuses bulgares à Minihy
s’émerveiller des yeux des enfants écoutant les contes
entendre de la musique bretonne au fest noz et se mettre à danser

S e lever au camping quand tout dort encore
s'allonger dans la largeur du lit, le trouver trop court et attraper le fou rire
sentir la confiture de fraises qui mijote
savourer le picotement de la peau qui se réchauffe après le bain


Et tant d'autres choses encore...

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11 mai 2021

Lendemain de fête / Eliane

AEV 2021-30 eliane very bad trip

Paul émerge lentement. Le soleil inonde le bric-à-brac de la chambre, il a la gueule de bois avec un insupportable mal de tête.

Bien sûr il a toujours été un lève-tard, mais là c'est abusé, il est deux heures de l'après-midi. Il s'était endormi tout habillé sur le dessus de lit. Il s'appuie sur son avant-bras et pose les pieds sur le tapis. La tête lui tourne, la pièce est un vrai carrousel. Il faut qu'il se rende à la cuisine, il a besoin d'un café fort. Mais où donc a-t-il fourré l'allume-gaz ?

Sa tasse fumante à la main, il se dirige vers le living et s'arrête net, interdit. Mais qui est donc cette fille endormie sur son clic-clac ? Il se laisse choir dans un des fauteuils et tente de se remémorer les évènements de la veille.

Il avait reçu un faire-part l'invitant au mariage de deux de ses amis. Le ci-devant Rémi et le ci-devant Alex. Pendant la fête suivant l'échange d'anneaux à la mairie, les convives avaient beaucoup parlé, en passant souvent du coq à l'âne, beaucoup chanté, beaucoup dansé et surtout beaucoup bu.

Il se rappelle avoir surtout dansé avec une fille en particulier. Est-ce cette belle endormie sur son canapé ? Impossible à dire, sa mémoire est trop floue. Avec la fille de la fête, après quelques boogie-woogie endiablés et quelques fox-trot, ils s'étaient dirigés vers le bar et avaient partagé quelques verres.

Ensuite ? Ensuite c'est le trou noir. Il ne se rappelle plus comment s'est terminée la soirée ni comment il est rentré chez lui. Et pourquoi cette fille se retrouve sur le clic-clac plutôt que dans son lit ?

Il erre dans le no man’s land de sa mémoire défaillante quand la fille commence à bouger. Elle se frotte les yeux, s'assoit et regarde la pièce avec étonnement. Elle est manifestement dans le même état que lui. Elle ne souvient absolument pas du pourquoi et du comment elle a atterri ici.

Il va lui chercher un café, avise deux Paris-Brest qui traînent dans le frigo. Il les apporte aussi. Cela leur fera peut-être du bien de manger un peu. Pendant qu'ils avalent les gâteaux il lui demande qui elle est. Un instant hagarde elle lui demande s'il veut son Curriculum-Vitae. Il rit, bien sûr que non, son nom et son adresse suffiront. Il demande si elle se souvient être allée à la fête du mariage. Oui elle se souvient y avoir accompagné son cousin qui ne voulait pas y aller seul.

Alors ? Sans doute ont-ils fini ivres mort et une bonne âme les aura raccompagnés. Mais pourquoi est-elle arrivée ici ?

En téléphonant à quelques amis dans la soirée auront-ils la clé de l'énigme ? En attendant si elle voulait prendre une douche, la salle de bain était au bout du couloir.

***

Après s'être rafraîchis et avoir commandé des pizzas, quelques amis au téléphone éclairèrent leur lanterne. Après avoir bu quelques verres avec la fille du fox-trot, cette dernière l'avait largué pour un bellâtre aux yeux de velours. Il avait alors continué à boire non-stop pour noyer sa déconvenue, sa frustration. Il souhaitait inconsciemment arriver au knock-out.

Elle, elle faisait un peu tapisserie, son cousin était très occupé ailleurs et elle ne connaissait pratiquement personne. Elle s'était rapprochée de lui visiblement en détresse. Ensemble il avaient continué à boire en se racontant leurs malheurs. Comme ni l'un ni l'autre n'était en état de conduire, un des amis de Paul, beaucoup plus sobre, les avait raccompagnés. Simplement il ne s'embarrassa pas de chercher l'adresse de la fille et les déposa tous deux chez son ami.

AEV 2021-30 Eliane - GuerlainIl se regardèrent. Donc ils ne se connaissaient pas. Après avoir trouvé son sac sous un coussin ils appelèrent un taxi. Avant de refermer la portière sur elle, il lança son va-tout.

- On se revoit ?

Elle lui déplia la main et y inscrivit son numéro de portable avec son rouge à lèvres.

7 septembre 2021

Erquy, l'air qu'il vous faut / Maryvonne

2122-01 Maryvonne Erquy 1 réduite

Ah ! Les vacances... Partir en disant que l'on va se reposer, lire tout son soûl, nager, manger léger, marcher dans de beaux paysages. Tout cela est vrai. Le premier jour j'entre dans notre appartement nickel. Tout est en place, la lumière coule à flot par la grande baie vitrée qui ouvre sur l'anse du port. La mer est là, prête à me lécher les doigts de pieds. J'ouvre les valises où tout est bien propre et bien plié. Je sors vite les grandes serviettes de bain moelleuses, elles sentent bon, l'appartement n'est pas humide, il y a à l'étage en dessous un couple à l'année qui nous chauffe le nid.

C'est la béatitude. Profitons, profitons.

2122-01 Maryvonne Erquy 2 réduiteTrès vite, comme chez moi, je me retrouve devant mon évier, mon four, mon lave-linge, j'accompagne mon balai, mes éponges et mes chiffons dans leurs tâches.

Mais non ce ne sont pas des vacances à l'amer, je vous dis très fort : « Je ne pleure pas la bouche pleine. » Il n'y a qu'à se retourner et profiter d'une vue à couper le souffle. Ce souffle d'Erquy « c'est l'air qu'il vous faut » selon la pub locale. Entre la pointe de la Heussaye et le cap se niche le port si célèbre pour sa pêche à la coquille Saint-Jacques. La plage et la mer offrent un spectacle permanent.

Chaque année de nouveaux sports nautiques offrent des performances étonnantes. Je suis au théâtre ou aux jeux olympiques.

Les touristes et les autochtones déambulent sur la digue, se prennent en photo avec en fond la mer sous tous ses aspects : bleue, verte, haute ou basse, calme ou moutonneuse.

Le soir c'est un festival de couchers de soleil où le rouge, l'orange, le jaune et même le violet se mélangent pour enchanter le ciel. Spectacle « lumière et son » avec le bruit des vagues quand la mer est haute.

Je retrouve les amis de l'été et la famille restée au pays pour faire le point sur cet hiver qui nous a séparés.

2122-01 Maryvonne Erquy 3 réduiteSurtout il y a cette eau fraîche et vivifiante qui vous prend dans ses bras, qui vous console et dilue les chagrins. La mer toujours recommencée.
Je l'ai sous mes yeux ébahis du matin au soir et c'est exceptionnel.
Regarder, marcher sur le sable, s’asseoir à une terrasse, écouter une vieille dame sur un banc, prendre un planteur avec des acras chez « Dame Coco ». Recevoir des amis, aller partout à pied, même au cinéma. Manger des chouchous chez Mignon (une fois seulement) mais plusieurs fois des glaces chez Typapo. Écouter un concert gratuit le mercredi soir.

Désolée : rien de philosophique dans tout cela sinon ce ne serait plus la vacance de l'esprit.

7 septembre 2021

Du sel... / Emma

2021-22 01 Emma - Le Sel de la vie 1

2021-22 01 Emma - Le Sel de la vie 2


Quand j'étais tout petit, je jouais, puis j'avais faim. Ma mère taillait alors une plate tartine de pain, elle la saupoudrait de sel, elle l'arrosait d'huile par un large 8 de la burette penchée ; elle me disait : «Mange.» Ce sel, il me suffisait de humer le vent odysséen ; il était là avec l'odeur de la mer ; ce pain, cette huile, les voilà tout autour dans ces champs de blé vert dessous les oliviers. Ainsi s'est aiguisée de longue habitude l'ardente faim de mon coeur.

Jamais assez de ce pain...

Jamais assez de ce sel, de cette huile, ma mère.

Jean Giono, Manosque

7 septembre 2021

Heures exquises / Adrienne

2021-22 01 Adrienne - Heures exquises dsci8798-bis


Constater au réveil qu'on a bien dormi
Prendre le café avec une amie qui est à 1500 km
Rire

Recevoir un message, une carte, une lettre
Entendre des chants d'oiseaux, une belle musique
Rire

Voir des amis et fêter une amitié au restaurant
Rencontrer un(e) ancien(ne) élève
Rire

Marcher dans la nature
S'installer confortablement pour un bon livre, un bon film
Rire

Aimer les enfants des autres
Etre heureuse quand après de longues explications le petit s'écrie "Ça a fait ding ding dans ma tête ! J'ai compris ! C'est facile, en fait !"
Et rire.

8 juin 2021

Le Gros ruisseau / Adrienne

AEV 2021-34 Adrienne - nénuphars


Quand l’Adrienne était petite fille, en rentrant de l’école, malgré le poids du cartable et la longueur du trajet à faire, elle allait régulièrement jusqu’au gros ruisseau qui traverse sa ville, dans le but d’observer sa couleur du jour.

Généralement il était bleu marine, violet ou brun : la teinturerie en amont utilisait son eau pour les rinçages.

Puis la teinturerie a cessé ses activités, comme bon nombre d’usines textiles de la région.
L’eau est redevenue claire.
De nouvelles plantes ont colonisé ses berges.

L’usine désaffectée est devenue académie de musique et centre culturel.
Les abords, un parc.
Les bassins de la teinturerie, des étangs à nénuphars et poissons rouges.

Et le ruisseau, ses roseaux, ses herbes folles, un enchantement pour les grenouilles et les canards.

Ainsi que pour le héron ;-)

16 juin 2021

Aujourd'hui vous allez gratter sur la mandoline / Dominique H.

AEV 2021-35 Dominique mandoline

la consigne me surprend
et m'énerve un moment
mais j'aime cet uppercut
qui me percute
le knock -out
me sauve du burn-out
trouver une réponse
à une consigne absconse
est une merveille
qui me ré-veille
un challenge
proposé par un ange
la nouvelle virginité
libère la créativité
repartir à zéro
avec les mots
le temps d'un rodéo
ou d'un tango
jubilation
de l'improvisation
la première phrase
fait table rase
le lion est dans l'arène
la fantaisie se fait reine
le barrage craque
le flot des mots débarque
la pensée se libère
la libre association opère
le voyage commence
nouvelle expérience

AEV 2021-35 Dominique mandoline 2 jacob-norden-tableau-william-feronje découvre des rivages
surgissent des paysages
la coque de noix flotte
tangue et ballotte

j'ai le cortex
en plein vortex
de la mécanique des flux
coulent des idées farfelues
laisser venir
un vrai plaisir
sensation de liberté
d'agilité et de fluidité
la souplesse retrouvée de l'enfance
et de son innocence.

18 mai 2021

Le cas Soulet / Raymonde

Le lendemain matin, lorsque Quand et Où se réveillèrent, ils ne savaient plus très bien, à force d'avoir bu la veille, lequel était Quand et lequel était Où. Où savait qu'il devait rencontrer Soulet aujourd'hui mais il ne savait plus où. Quand savait qu'ils devaient un jour aller à Toulouse mais il ne savait plus quand.

- On est bientôt arrivés ?

AEV 2021-31 Raymonde - eric-dupond-moretti

Où et Quand doivent siéger en tant que jurés pour décider du sort de Soulet qui a organisé un trafic de haricots coco de Paimpol à Toulouse. Il est défendu par maître EDM, garde des sots.

Quand et Où ne savent pas trop comment défendre ce pauvre bougre qui n'avait pas de mauvaise intention mais seulement l’envie de faire prospérer sa petite entreprise qui fabrique une recette qui vient de sa grand-mère qui elle-même la détenait de sa mère qui...

Problème : il n’y a pas de cocos à Toulouse. Pas de ça chez nous, ici le coco ne passera pas !

Alors Soulet s'est mis en cheville avec un cocotier (producteur de cocos) et il a organisé des fast and furious avec une équipe de bras cassés qui devaient ramener une cargaison de cocos en voitures rapides. Mais l’équipe n'était pas fiable, trop portée sur la bouteille !

Quand et Où ont de la compassion : c’est pas un crime de boire un petit coup, c’est agréable...

AEV 2021-31 Raymonde - Coco-paimpol-grains-800x532Alors, premier contrôle au péage et bingo ! Toute l'affaire est par terre, c’est la fin des haricots ! EDM n’a pas bien défendu son client, il a pédalé dans la choucroute. Où et Quand sont très attristés.

La presse et les médias se sont emparés de l'affaire. Le cas Soulet est devenu un sujet de discorde au sein des familles. Quand et Où sont allés se restaurer, ils ont pris un couscous, ils ont trinqué à la santé de Soulet.

Et le soir, ils terminèrent leur récital en envoyant " T'as le look coco " et se dirent qu'au moins ils savaient où et quand ils pourraient se reposer de cette journée bien remplie, c’était ici et maintenant et c’était déjà quelque chose. 

1 juin 2021

Au fil de l'eau / Anne J.

J’ai commencé mon voyage de petit bateau de papier sur le canal de Nantes à Brest, jeté à l’eau pas très loin de Rohan.

AEV 2021-33 Anne J Rohan

Tout au bord du canal, derrière un rideau d’arbres, il y a un petit camping et c’est là que j’ai vu le jour, un camping où les papys et mamies passent tous leurs étés, les papys à la pêche pour avoir la paix et les mamies dans leur fauteuil pliant avec le chien tenu en laisse par les bras du fauteuil. J'ai déjà descendu les échelles de Glomel en essayant de ne pas sombrer et c’est là que j’ai rencontré des cyclistes qui pédalaient vaillamment et même une petite fille brune qui se donnait à fond contre la promesse de lire le deuxième tome de Harry Potter. Plus près de Nantes, j’avais essuyé un bel orage, un peu après Malestroit. C’est là que j’en ai vu trois de ces cyclistes-campeurs qui sifflaient une limonade d'un seul trait après 30 kms. Le soir j’ai bien cru que je ne pourrais pas dormir, il y avait soirée karaoké et l’animateur déchainé n’en finissait pas de reprendre les refrains. Mes campeurs, eux, gavés de nouilles aux sardines et fatigués par leur parcours, dormaient à poings fermés

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Au fil de l’eau, voilà maintenant Pont-de-Carhaix, Coblant, Châteaulin et bientôt la mer, la vraie, mais je ne me sens pas encore prêt pour la grande aventure de ma vie, la traversée de l’Atlantique, alors je décide de m’accorder une pause dans un petit coin tranquille, au bord de la rivière de Lannion. Je musarde dans le Léguer, des marcheurs tranquilles avec ou sans bâtons, des paysages de vases et de vallons boisés, des nuages, des oiseaux de mer, un ciel bleu, ou un ciel gris, une odeur de mousse et de bois flotté.

En route pour la grande Traversée de l’Atlantique et après des jours terribles de vagues énormes, de vents et de tempêtes, de mal de mer et de monstres marins voilà qu’apparaît, immense et large, le grand Saint Laurent. Sur les pas de Jacques Cartier, j’entre après avoir jeté un œil aux superbes iles de La Madeleine, terres basses et rouges. Le danger du moment ce sont d’énormes méduses brunes qui flottent partout, je manque de rester là, encerclé par leurs tentacules venimeux.

Le débat est vif autour d’une bière locale : est-ce un fleuve ou est-ce la mer ? Les habitants du lieu l'appellent la mer à partir du moment où le goût devient salé. C'est vrai qu’on ne voit pas la rive en face, qu'il y a des marées et qu'il faut des heures pour le traverser en ferry mais pour moi c'est toujours un fleuve !

Un arrêt à Gotbout pour faire mémoire du grand Gilles Vigneault ; il paraît qu’il s’arrêtait toujours là pour faire une halte dans sa route vers Natashquan. Dans cette petite anse protégée par les collines je me sens bien. J’aperçois deux touristes qui bricolent les moustiquaires avec du sparadrap dans la vieille maison. Il faut dire que les moustiques sont féroces ce soir et on m’a dit que la fille est une étrangère qui ne supporte pas les moustiques. Et les petites moustiquaires sont en piteux état !

AEV 2021-33 Anne J baleinesJe m’apprêtais à faire la grasse matinée ce matin quand j’ai vu entrer avant le lever du jour ma première baleine. Elle s’est attardée dans le port bien après le départ du traversier du matin pour la plus grande joie des spectateurs. Mais comment dormir avec ce monstre qui souffle et qui plonge en faisant des grands remous partout ?

Allez, en route vers Tadoussac et la rivière Saguenay ! Là j’ai bien ri en voyant l’aventure de deux apprentis kayakistes sur le fjord. On leur avait promis une petite balade tranquille par cette une journée grise et orageuse. Les voilà partis pour une virée paisible, sur une mer d’huile, avec un accompagnateur chevronné. Tout allait donc pour le mieux quand, arrivés au milieu du parcours, se pointe un orage. Les eaux tranquilles font un petit clapot puis des vagues qui bientôt passent par-dessus le Kayak.

- Il faut garder le bateau face aux vagues et tenter de gagner une anse à l’abri ! hurle le moniteur par-dessus le bruit du tonnerre.

Moi aussi j’ai peur pour ma vie, mais ca ne dure pas. Et pendant que je sèche un peu avant de reprendre ma route vers Montréal, j’assiste à la scène la plus drôle du voyage : l’un des kayakistes veut prendre une photo mais c’est long, ces bateaux-là, pas comme moi.
- Recule un peu, dit il à son comparse.
- Je ne peux pas, dit l’autre empêtré dans ses pagaies, recule-toi
Et le porteur d’appareil photo se penche un peu en arrière et hop, grand soleil, tout le monde à la baille dans une eau à 10 degrés et avec une profondeur de 30 mètres.

Tout a bien fini mais je ne pense pas qu’ils aient eu des photos de l’aventure ni que l’appareil ait survécu.

J’ai continué ma route. Après Québec, je suis passé au large de Rimouski et de Rivière du Loup, j’ai fait un arrêt pour déguster des pancakes à la maison du général, doublé l’Île d’Orléans et voilà qu’au loin on voit les tours de Montréal. C’est beau, j’en ai plein les mirettes.

Ma mission s’achève au bord du canal Lachine, chez un certain François qui collectionne les bateaux de papier journal, il lui manquait un petit bateau fait avec « Le Trégor », voilà qui est fait !


Et finir dans une malle avec plein de journaux de tous les pays du monde, c’est une belle fin pour un petit bateau de papier journal : je ne vais pas m’ennuyer !

AEV 2021-33 Anne J

 

1 juin 2021

L'eau de vie ou de mort / Maryvonne

AEV 2021-33 Maryvonne - OpheliaSans doute je périrai par l'eau, mais ça ne me rend pas triste parce-que je l'aime.

Au moins trois fois déjà j'ai échappé à la mort par noyade. La première fois c'était lors d'un pique-nique en famille au bord de l'étang de Guipel à La Plousière.

Il me faut pour vous narrer l'affaire plonger dans une onde aussi mouvante que notre mémoire peut l'être et sortir mon épuisette à souvenirs. Annie Ernaux dit : «Dès que l'on écrit sur soi, le choix des mots, c'est déjà de la fiction».

Une partie de pêche entre famille et amis suivie d'un pique-nique plantureux, voilà un plaisir simple qui était à la portée de tous. Ce jour-là avec mes parents, des amis et le vieux directeur de l'école nous cochions toutes les cases du bien-être au bord de l'eau. La sieste était incontournable et toutes ces personnes si dignes, si correctes étaient là, étalées gentiment dans l'herbe à l'ombre de grands arbres protecteurs. Je n'ai jamais aimé la sieste, ni la faire, ni la regarder. Sans le vouloir leur désertion m'ouvrait la porte de la liberté. J'en profitai pour braver les interdits, explorer la rive pentue de l'étang, courir à la limite de l'eau qui par traîtrise m'avala d'un coup. Le diable des étangs qui me tira par les pieds ce jour-là savait-il que je n'avais pas le droit de me baigner après le déjeuner ?

C'est le plus âgé, l'ancien directeur de l'école qui s'aperçut de mon absence et d'un coup d’œil encore bien vif me vit la bouche ouverte comme un gardon au fond vaseux de l'étang. Alerte générale, sauvetage rapide. Me voilà pêchée ou repêchée dans un état peu frétillant.
Ma mère courut au bistrot du coin quérir couverture et alcool. Elle me déshabilla prestement de ma petite robe rose et me voilà nue au déjeuner sur l'herbe. Monsieur Manet, que n'étiez-vous là avec vos pinceaux pour immortaliser la scène ?

AEV 2021-33 Maryvonne - manet-le-dejeuner-sur-l_herbe-sculpture-parody

Elle me frictionna avec l'eau-de-vie, moi qui venais de sortir de l'eau de mort. Mon corps sentait le grog qu'elle servait à ses clients les soirs d'hiver. Heureusement que personne ne craqua une allumette à ce moment-là j'aurais pu flamber comme une gamba. Néanmoins je me réchauffais et, pressée de questions par l'entourage, je déclarai avoir voulu aller cueillir un nénuphar. Cette explication vaseuse m'impose une réflexion : j'avais voulu soit tâter de la poésie soit tester la résistance de l'eau . dans les deux cas ça prouvait juste que j'avais une intelligence de poisson.

Je ne vais pas vous noyer dans toutes mes noyades sachez seulement que la deuxième fois c'était au cours d'une pêche aux têtards dans une carrière profonde qui servait aussi de lavoir avec une planche savonneuse qui fit toboggan. Plouf ! Je fus sauvée par mes amies.

La troisième fois c'était lors d'un bain en mer où je n'arrivais plus à nager contre un courant très fort et où mes forces diminuaient. C'est un autre baigneur plus expérimenté qui est venu à mon secours.

Pourtant je me suis baignée partout dans le monde, l'eau m'attire et me procure du bien-être. Je me méfie juste des nénuphars.

8 juin 2021

Consigne d'écriture 2021-34 du 8 juin 2021 : Histoire d'eau

Histoire d’eau

 

C’est un peu le complément de la dernière consigne

1. lister les endroits où, au cours de votre vie, vous vous êtes trouvé·e au bord de l’eau (mer, rivière, lac, piscine, etc.).

2. Dans cette liste, prenez un lieu et racontez en détail, à la manière d’un chapitre d’autobiographie, ce qui vous est arrivé ou ce que vous avez ressenti.

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11 mai 2021

D comme Demi-sel / Adrienne

AEV 2021-30 Adrienne

Du beurre de missel ? se dit mini-Adrienne. Décidément, les grandes personnes ont de drôles d’idées !

Il faut dire que depuis l’infarctus du grand-père, le sel est banni de la cuisine de grand-mère Adrienne et heureusement pour le beurre, au lieu de le mettre au garde-manger baignant dans de l’eau et du sel, maintenant il y a un frigidaire qui ronronne dans son coin.

Il faut jeter tout ce bric-à-brac, avait décrété la mère de mini-Adrienne, qui avait fait entrer chez elle tout le «confort moderne» que grand-mère n’acceptait qu’au compte-gouttes.

Les deux avant-bras tendus devant elle, elle tenait «du vieux brol» dont il fallait se débarrasser de toute urgence, mais auquel grand-mère tenait, comme cet allume-gaz «qui marche toujours très bien !».

Pendant ce temps-là, mini-Adrienne faisait des aller-retour entre la cuisine où se chamaillaient les grandes personnes et la pièce de devant, où était installé le lit de grand-père.

Lui qui n’avait jamais été un lève-tard (ni un couche-tôt) passait désormais ses journées entières sous l’épais couvre-lit de satin bordeaux, que grand-mère appelait une courtepointe, et ne se nourrissait plus que de soupe et de pilules.

Lui qui avait toujours été le boute-en-train, à rire, à chanter, à raconter des blagues, ouvrait à peine la paupière et ne parlait qu’en chuchotant.

Il lui faut du calme, beaucoup de calme ! avait dit le médecin, et mini-Adrienne prenait cette injonction tellement à cœur qu’elle ne marchait plus que nu-pieds, de peur de déranger le sommeil de grand-père.

Chaque jour qui passe est un jour de gagné, avait dit le médecin.

11 mai 2021

Prière / Josiane

AEV 2021-30 Josiane Sempé

Par ouï-dire cet homme-là était un pète-sec. Un peu lèche-cul, il avait atteint le sommet de la hiérarchie malgré son allure de va nu-pieds et sa tête à porter un gilet pare-balles en toutes occasions.

Je le rencontrais un jour de réunion dans l’entreprise où nous officiions tous les deux, moi qui faisait partie de ceux qui ne sont rien et lui qui se pavanait dans les tours.

J’étais le porte-parole de tous ceux qui avaient lieu de se plaindre de ses agissements. Une situation des plus casse-gueule qui soit, d’autant que j’étais plutôt du genre à passer du coq-à-l’âne de manière à retarder la confrontation qui me paraissait inéluctable.

Apres un début un peu gnangnan, mon plaidoyer monta en puissance et j’oubliai qui il était ou du moins le portrait qu’on m’en avait dressé pour distiller au compte-gouttes toutes les récriminations que mes collègues m’avaient demandé de porter haut et fort à cette table de négociation.

A ma grande surprise nos premiers échanges furent plutôt du genre bon-enfant. Il était tout sucre et tout miel. Et tout à coup clic-clac je ne vis rien venir. Ce jean-foutre me cloua comme un papillon de nuit dans son cadre. Il proféra des propos d’une violence que je n’aurais pas pu imaginer. Je crus ma dernière heure arrivée quand il se leva le poing en avant…

J’attendais, pris de panique à la vue de ce colosse aux yeux exorbités prêt à en découdre. Ne s’attaque pas qui veut à ce genre d’individus. 

J’étais prêt, moi l’incroyant notoire, à aller déposer un cierge dans la première église venue. Prêt à jurer qu’en remerciement de la protection divine j’offrirais un ex-voto à mon protecteur, quand, tout à coup le colosse s’écroula, terrassé par une crise cardiaque.

 J’étais sauvé et ma prière ayant été entendue, il ne me restait plus qu’à tenir ma promesse.

AEV 2021-30 Josiane Ex_voto_Betharram

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