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L'Atelier d'écriture de Villejean
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9 novembre 2021

Cinéma étudiant / Dominique H.

2021-09-12 - 285 80

Il était une fois, en 1967, un étudiant de dix sept ans qui émigra de son Centre-Bretagne natal vers la métropole régionale, Rennes. Sa destinée allait changer et l'immensité des possibles le faisait rêver. Bien-sûr, il était là avant tout pour les études, il ne devait pas trop dérailler, il était boursier. Cependant, il était intimement convaincu que les cent kilomètres qui le séparaient de ses parents allaient lui permettre de déployer enfin ses ailes, tant physiquement que mentalement. Son cerveau bouillonnait, son corps fourmillait et de tous ses pores les désirs suintaient. Il devait agir.

Les premiers jours ont concerné la logistique, le repérage géographique, la petite épicerie du coin, le trajet pour aller de la cité universitaire Boulevard Sévigné à l'amphi Donzelot près de la Place Pasteur, en traversant le Thabor ou encore au restaurant universitaire de la rue de Fougères, juste à côté de la cité universitaire des filles rue Jules Ferry.

Une de ses priorités était évidemment les filles. Rien de plus normal, il venait d'atteindre l'âge moyen du premier rapport sexuel, il était temps qu'une fille le déniaisât. Bien que s'imposant, la perspective de cette étape lui donnait quand même un peu le vertige. Heureusement, le corps a ses raisons et bientôt, le désir aidant, il osa. La fille, aussi jolie que peu farouche se révéla experte de surcroît. Ainsi l'affaire fut faite et bien faite et il y eut dans cette histoire la juste dose de sentiment pour qu'elle fût plaisante, courte et légère pour les deux partenaires. Le voilà donc rapidement libéré sur le plan sexuel et, en prime, le voici confiant en ses charmes et expérimenté en clitoris et en préservatifs.

Il nouait facilement de nouveaux liens, tant à la faculté avec ses voisins d'amphi que dans la lente montée de l'escalier du restaurant universitaire où les queues étaient la règle. Au début, tous les étudiants lui paraissaient sympathiques. Puis il prit conscience de l'existence de groupes et des tensions qui les tiraillaient. Il se fit courtiser d'ailleurs par les uns et les autres. Saisissant mal les enjeux, tout en ayant l'envie réelle de rejoindre une bande, il resta sur le bord quelques semaines, le temps d'observer et de peaufiner son jugement. Comme souvent, dans ces périodes de réflexion, il appliquait à ses inclinaisons vers les uns ou les autres la carte mentale de la théorie mathématique des ensembles : elle l'aidait vraiment à faire ses choix, à repérer ceux avec lesquels il partageait des valeurs communes . Et ce n'était pas chose facile de choisir entre les groupes.

Il y avait d'abord les « polards » , ceux dont la seule préoccupation était d'être les premiers. Il ne se sentait pas bien dans ce groupe pas très marrant et ce d'autant moins que certains usaient de méthodes peu catholiques pour évincer les concurrents. Lui, voulait bien travailler, même dur par moment, mais il ne voulait pas y perdre ni son âme ni sa santé.

Il y avait aussi les « cathos », plutôt accueillants, mais pas assez exotiques à son goût ; il les connaissait déjà par cœur et ils lui rappelaient trop ses parents. Il avait passé sa classe terminale chez les Frères de l'instruction chrétienne de Ploërmel. Il avait espéré que le cours de philosophie lui ouvrît l'esprit. Hélas le frère enseignant ne s'était guère aventuré dans le champ des idées subversives... Heureusement le frère chargé de la littérature était allé du côté de chez Paul Eluard en s'attardant au poème «  j'écris ton nom Liberté ! ». Cette ouverture lui apporta une vraie bouffée d'oxygène.

AEV 2122-08 Dominique - 375px-Façade_le_Français

Il y avait aussi les cinéphiles qui fréquentaient le ciné-club «La Chambre Noire » rue Poullain-Duparc puis émigraient dans les bistrots après la séance et passaient la nuit à faire, défaire et refaire le monde. C'est là qu'il découvrit entre autres le cinéma de Bergman avec « Les fraises sauvages ». Ce groupe lui plaisait, il assurait la continuité des soirées ciné-club de ses années lycée : « Orphée » de Jean Cocteau avec Maria Casarès et Jean Marais, les mutinés de la Mer Noire du « Cuirassé Potemkine ». Mais ils s'écoutaient trop parler et finissaient par le fatiguer.

Il y avait les fêtards noctambules qui commençaient à boire rue Saint-Malo au « Sympatic bar » et tiraient leur piste de bistrot en bistrot jusqu'au petit matin « Chez Annick», place Sainte Anne.

A la fac de lettres il y avait les gauchistes divers et variés, anarchistes, les trotskystes, les maoïstes, les situationnistes. Il lisait leurs tracts et réfléchissait. A la fac de droit il y avait les fachos, les membres d'Occident, il dédaignait leur prose et sentait ses poings se serrer à leur approche.
C'était vraiment difficile de s'orienter dans cette mosaïque humaine. Heureusement Mai 68 est venu donner un coup de pieds dans la fourmilière, et il a pu choisir son camp, coaché par quelques bons amis : en deuxième année, il est devenu marxiste convaincu mais néanmoins travailleur et aussi fêtard. Des années plus tard, même si la fougue de la jeunesse s'amenuisait, les études terminées, la vie professionnelle commencée, les enfants nés, les amis de la fac étaient restés de vrais amis pour la vie.

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16 novembre 2021

Récit à la manière de Modiano d'une période révolue : 1967 / Dominique H.

(Ce texte fait suite à "Cinéma étudiant")

FX s'était souvenu que le mot « boudoir » revenait souvent dans la conversation.

Voilà trois mois qu'il était à Rennes, jeune étudiant en médecine. Il avait bien sûr pris quelques repères et pensait même être admis dans quelques cercles. Ceux qui l'avaient accueilli en premier étaient «  les carrés » c'est à dire les redoublants de la paroisse étudiante de la rue Martenot. Leur assurance lui en imposait et le rassurait. De leur côté, la fraîcheur campagnarde de FX pouvait leur être utile. Etant redoublants, il leur fallait transformer l'échec en victoire. Leur stratégie, était toute trouvée, ils devaient être élus au bureau d'amphi, et ce d'autant plus que, en bons catholiques, ils se sentaient investis de la mission de faire barrage aux rares marxistes égarés en faculté de médecine. Pour gagner les élections de bureau, il leur fallait une liste équilibrée : deux ou trois redoublants pour rassurer, deux ou trois bizuths pour la démocratie plus bien sûr une fille, parce que ça peut servir.

2122-09 Dominique - Village d'Astérix_

FX n'avait pas saisi, dans sa candeur rustique, quelles ambitions se cachaient derrière l'apparente chaleur accueillante des carrés. Il s'était senti admis dans leur cercle depuis que l'un d'eux, fan d’Uderzo et Goscinny, l'avait baptisé Effix, pour remplacer François Xavier, trop long et trop connoté catho vieille France. Ce nouveau nom de baptême lui avait plu, il lui rappelait son village gaulois d'origine en Centre Bretagne. Cependant, quoique maintenant des leurs, il ne comprenait pas tout, le sens de certaines allusions lui échappait et il se sentait encore exclu de bien des connivences.

Ainsi, le mot «Boudoir» revenait fréquemment dans les conversations et déclenchait chez tous une ébauche de sourire entendu. Quand Effix rejoignait sa bande au « Puits de Vincennes », leur base, les salutations de bienvenue exprimaient un intérêt réel pour le nouveau membre associé à une interrogation ambiguë. Dans ce groupe, Effix se sentait plus proche de Pol, du moins, il le percevait capable de bienveillance au-delà de l'humour carabin habituel et convenu.

Un soir, Effix traîna pour sortir du bistrot, attendant de trouver un moment d'intimité avec Pol. Il lui fallait s'alléger du malaise qu'il continuait à ressentir.

- Dis-moi, Pol, pourquoi ces ébauches de sourires entendus chaque fois que j'entre au Puits ?

Pol tenta d'esquiver la réponse, mais il aimait bien Effix et lui répondit :

- Ne te fais pas de souci, bientôt tu le sauras.».

- Mais encore ? » insista Effix.

- Bon, puisque tu es pressé de comprendre, je te le dis : tu as encore une sorte de bizutage à passer, le bizutage des «élus». Mais je te rassure, ce rite de passage ne te fera pas souffrir, bien au contraire.

- Ça ne m'éclaire pas beaucoup, tu dois m'en dire plus, Pol ! 

- Ce soir je te dirai seulement que le lieu de cette initiation est « le Boudoir », ce mot que tu nous entends prononcer régulièrement. Bonne nuit Effix !

Le lendemain soir, après les salutations habituelles, Pol glissa discrètement sous la table un papier plié à Effix. Pressé de le lire, il prétexta une surcharge de travail et quitta rapidement le bistrot. Dès qu'il fut sur le trottoir, à la lueur d'un lampadaire, il détailla le papier. C'était un bristol mauve plié en deux. Il le déplia et découvrit, sous une élégante calligraphie, un message bref : «  Vendredi soir à vingt trois heures, je vous recevrai au « Boudoir », au troisième étage du dix rue de la Palestine. Soyez sans crainte.  Dora.»

Nous étions jeudi. La journée du lendemain lui parut interminable bien qu'il fût occupé à se préparer soigneusement. Il lui fallait être à la hauteur… la hauteur de qui ? de quoi ? Il essaya de ne rien oublier, se rasa de près, se cura les ongles et autres recoins, veilla à la fraîcheur de son haleine, cira ses chaussures, se vêtit avec soin. Il monta les trois étages, mentalement déterminé mais physiquement chancelant. Il pressentait qu'il ne sortirait pas de ce Boudoir dans le même état que celui dans lequel il montait les escaliers.

Xavier de Langlais 2

Pas de sonnette . Il frappa trois coups nets. La porte s'ouvrit, des effluves d'encens s'échappèrent, un bain de lumière douce, des pieds nus, une demi-seconde de vertige. Il rouvrit les yeux, les remonta le long d'un élégant sari turquoise et découvrit une femme au sourire tranquille, accueillant, trente, trente-cinq ans, belle, très belle, Dora. Sur sa chevelure brune soyeuse et ondulée était posée une couronne de fleurs. Elle referma doucement la porte.

Il ne racontera pas ce qui se passa dans le Boudoir jusqu'au dimanche midi. Nul ne sut rien de ces trente six heures de délices et divers raffinement à la manière du panneau de gauche du triptyque du Paradis de Jérôme Bosch. Il se retrouva heureux mais étourdi sur le trottoir de la rue de la Palestine, le dimanche midi. Il marcha jusqu'au Thabor, un avion glissait en silence dans le bleu du ciel et laissait derrière lui une traînée blanche... mais on ne savait pas s'il s'était perdu, s'il venait du passé ou bien s'il y retournait.

Le dimanche soir, ils l'attendaient tous au Puits et c'est un silence quasi religieux qui l'accueillit . Il resta debout, comme sidéré, et tour à tour ils vinrent lui donner l'accolade.

- Allez, Effix, ce soir c'est ta tournée ! » dit Pol.

Il était enfin intronisé. Ils eurent la délicatesse de ne pas le questionner. Cette règle implicite faisait partie du rituel et ils étaient tous déjà passés au Boudoir. Dora les avait tous marqués. Cette figure féministe, avant Mai 68 et le MLF, oeuvrait pour l'humanité dans le secret de son Boudoir. Elle initiait les jeunes hommes aux mystères des extases féminines, les éduquait aux préliminaires durables et raffinés, leur apprenait à réfréner leurs ardeurs pour faire durer un plaisir partagé et, plus prosaïquement, les entraînait à banaliser l'usage du préservatif. Une fortune personnelle lui permettait de répandre avec générosité sa philosophie humaniste et aussi de garder son indépendance et son mystère.

Après Mai 68, elle quitta sans préavis son Boudoir. Certains ont pensé qu'elle poursuivait sous d'autres cieux la mission qu'elle s'était donnée. Peut-être jouissait-elle d'un repos bien mérité, son œuvre se perpétuant d'elle-même, la génération qu'elle avait éduquée, reconnaissante, ayant pris le relais. Effix n'oublia jamais Dora, et maintenant encore le passé le surprend quand la traînée blanche d'un avion dans un ciel bleu le met en érection. 

16 novembre 2021

Récit modianesque / Adrienne

AEV 2122-09 Adrienne - bruges-damme-canal

canal Bruges-Damme – source ici

Bosmans s’était souvenu qu’un mot, Rodenbach, revenait dans la conversation.

Rodenbach. Ce nom attirerait peut-être à lui d’autres noms, comme un aimant. Des images, aussi. Même s’il n’avait qu’une seule photo de cette époque, un cliché fort abîmé, en noir et blanc, aux bords dentelés. Il datait de juste après la guerre, au dos quelqu’un avait inscrit au crayon : "1947".

À la sortie de Rodenbach, un tournant, puis une route étroite, bordée d’arbres. Ils devaient avoir bien grandi, depuis tout ce temps. Ou peut-être avaient-ils été abattus. Pour élargir la route. C’était probable.

Un début d’après-midi, Bosmans décida de sonner à la porte de l’appartement de Camille. Il voulait lui demander si elle avait gardé quelque chose de cette époque. Un quelconque document, qui lui permettrait d’avancer dans ses recherches.

Dans la rue, il déplia le papier qu’elle lui avait tendu. Il y était écrit : Kim 288.15.28. Qu’est-ce qui lui avait pris de téléphoner à cette gamine qui n’avait jamais entendu parler de lui !

Il accompagna encore deux ou trois fois Camille à ses rendez-vous de Saint-Lazare avec Michel de Gama. Ce type lui semblait de plus en plus louche, sans qu’il fût capable d’expliquer clairement pourquoi.

Il était impossible à Bosmans, après plus de cinquante ans, d’établir la chronologie précise de ces deux événements du passé : comment était-il arrivé à Rodenbach ? Avec qui, puisqu’il n’était qu’un enfant? Et comment s’était faite la rencontre avec la mère de Camille ? Était-ce une amie de sa propre mère ? Camille ne le savait pas non plus et s’en moquait totalement.

Michel de Gama, était-ce le même homme que ce Guy Vincent qui lui avait offert un verre au bar de l’hôtel Chatham ? Qui lui avait fait rencontrer Martine Hayward à l’Auberge du Moulin-de-Vert-Cœur, près de Chevreuse ? Était-ce sa tante qui habitait la maison de la rue du Docteur-Kurzenne ? Celle qui avait vécu un temps avec René-Marco Heriford dans un appartement à Auteuil ? AUTEUIL 15.28, il se souvenait bêtement de ce numéro sans pouvoir vérifier s’il était correct. Sans qu’il fût utile à son enquête. Et qui était Rose-Marie Krawell ? Quel rôle avait-elle joué là-dedans ?

À certains moments de la journée, il en riait lui-même, de passer tout son temps à un tel imbroglio, et dressait une liste de titres de romans qui traduisaient son état d’esprit :

– Le Retour des fantômes
– Les Mystères de l’hôtel Chatham
– La Maison hantée de la rue du Docteur-Kurzenne
– Auteuil 15.28
– Les Rendez-vous de Saint-Lazare
– Le Bureau de Guy Vincent
– La Vie secrète de René-Marco Heriford

Dans l’agenda à la couverture de cuir vert que Camille lui avait remis, cet agenda dont on ne pouvait pas savoir l’année, la plupart des pages étaient blanches. Encore une piste qui tournait court, il allait devoir s’en faire une raison.

Il s’en retourna lentement chez lui en passant à pied sous le périphérique.

Un avion glissait en silence dans le bleu du ciel et laissait derrière lui une traînée blanche, mais on ne savait pas s’il s’était perdu, s’il venait du passé ou bien s’il y retournait.

12 octobre 2021

Roule, ma poule ! / Maryvonne

Images pour conte MAB 16 fée

Anne-Framboise, la maîtresse, avait coutume de raconter aux petits des histoires de fées plutôt sympas même si, personnellement, elle préférait les sorcières, les crapauds, les fantômes, les monstres et autres personnages qui font peur.

Dans la petite ville de La Chapelle des fous on ne rigole pas avec toutes les notions perturbantes qui pourraient nuire aux enfants et les envoyer à l'hôpital psychiatrique. Il y avait des antécédents. Anne-Framboise ne déroge pas à la loi lénifiante. Elle raconte les bonnes fées un peu bêtasses, niaises et ridicules, on s'en fiche, mais jamais de méchantes fées qui endorment les princesses pour cent ans ou pratiquent d'autres mauvaises actions.

Images pour conte MAB 17 écolePar décret municipal la fée Carabosse est interdite de séjour à La Chapelle des fous.

Ce jour-là, les enfants étaient bien installés sur des bancs collectifs en face de la maîtresse sur sa petite chaise pour être à la hauteur de leurs yeux et de leurs oreilles.

Au moment où Anne-Framboise commence l'histoire de la fée Dragée une petite fille montre de son doigt un petit écrin joliment emballé sous la chaise.

- Maîtresse, regarde ! Il y a un cadeau à tes pieds !

Anne-Framboise prend l'objet, ouvre le paquet et découvre une bague magnifique. C'est une aigue-marine sertie sur un anneau d'or gris.

Images pour conte MAB 18 bagueBien entendu elle pense tout de suite à une erreur quand oh ! Stupeur la bague se met à parler 

- Anne-Framboise, veux-tu convoler avec moi ?

- Mais qui êtes-vous ?

- Je suis le coq de la Chapelle-des-fous et je veux que tu sois ma poulette, ma cocotte chérie. Convoler veut dire voler ensemble et je t'attends dans la cour de l'école dans ma montgolfière.

Images pour conte MAB 19 montgolfièreUne bague qui parle, une montgolfière dans la cour de récréation ? Anne-Framboise se prend au jeu.

- Je vous connais, beau coq ?

- Bien entendu !

- Nous nous sommes déjà rencontrés ?

- Bien entendu.

- Vous pensez que je vous apprécie ?

- Bien entendu.

A chaque réponse elle enfile un peu plus loin la bague sur son annulaire.

- Mais qui peut-être assez riche pour louer une montgolfière ?

Images pour conte MAB 20 poule- Mais vous, Anne Framboise ! Je suis Jean-Groseille le notaire et le seul à savoir que vous êtes une poule aux œufs d'or depuis votre héritage.

- Jean-Groseille ? Qui ressemble à Alain Delon jeune ?!! Mais je vole vers vous, attendez-moi !

- Allez, venez, les enfants, voir votre maîtresse s'envoyer en l'air !

Une bague, un mari, des œufs en or, un vrai conte de fée à condition de ne pas mettre tous les œufs dans le même panier... de la montgolfière.

Et les enfants de l'école, dans la cour de récréation, applaudissent l'envol du coq et de la poule aux œufs d'or dans le ciel de la Chapelle-des-fous, petite ville bien nommée.

9 novembre 2021

K comme kiosque / Adrienne

2122-08 Adrienne - kiosque dsci7639


Il existe quelques cartes postales, un peu déteintes et floues, sur lesquelles on peut voir l’ancien kiosque à musique, avec ses ferronneries tarabiscotées qui sentaient bon l’an dix-neuf cents.

Où bourgeois et ouvriers emmenaient leur famille le dimanche, après la messe, l’estaminet et le rôti, pour écouter une des fanfares locales ou l’harmonie des pompiers. On y entendait flonflons ou conversations et les unes ne nuisaient pas aux autres.

Puis sont venues les années soixante, celles qui détiennent le record du maniement de la bétonneuse : les édiles estimaient le vieux kiosque trop fragile et l’ont instamment remplacé par du «neuf» et du «solide».

Seulement voilà, depuis qu’il est en briques et béton, on n’y joue plus de musique. Cet espace rond, surélevé, chapeauté, est devenu le lieu d’amusement de la jeunesse qui s’y adonne – sainement et intensément – au panna, street free style ou street soccer.

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9 novembre 2021

(Sa)voir au cinéma / Laura

En voyant d'autres mondes, savoir que notre vie en France n'est qu'amusement

Alors qu'ailleurs des gens vivent au rythme des brigades antiémeutes.

Voir des films pour savoir que l'antisémite n'est pas une race en voie d'extinction.

Voir des images qui démentent l'opinion commune, ouvrent l'esprit

Voir sur un grand écran pour que ce lieu magique se maintienne

Savoir ce que les réseaux sociaux médiatisent

Voir dans une salle obscure ce qu'on veut ignorer unanimement

Partager avec les autres tout en ressentant intimement

L'émotion immédiate du sentiment.

2021-10-23 - Nikon 170

19 octobre 2021

Un P’tit coin d’paradis / Marie-Thé

En ce matin d’automne,
bien au chaud sous la couette,
je regarde par la fenêtre
la grisaille du ciel breton
et je rêve.

Je repense à ce dernier été à la montagne.

Après une longue randonnée
dans la vallée du Paradis, au cœur des Pyrénées,
j’ai planté ma tente près d’un lac,
à l’orée d’une clairière,
un trou de verdure aurait dit Arthur Rimbaud.

2122-07 Marie-Thé - lac

A l’aube,
réveillée par le chant d’un oiseau espagnol,
j’ai entrouvert ma tente,
posé mes pieds nus sur la mousse
douce, fraîche
et suis entrée dans l’eau claire
glaciale, régénérante.

2122-07 Marie-Thé - moineau espagnol

Au milieu du lac, émerveillée,
j’ai admiré les arbres, la végétation
colorée, dense.

Au-dessus de la montagne
majestueuse, grandiose,
pointait le soleil au travers d’une légère brume.

Au sortir de l’eau le soleil m’a réchauffée.
Ma tente pliée, mon sac à dos bouclé,
détendue, joyeuse,
j’ai repris le chemin de randonnée.

En ce matin d’automne,
bien au chaud sous la couette,
je rêve,
je rêve de revoir ce trou de verdure
qui porte si bien le nom de « Paradis ».

21 septembre 2021

Aaron Rosenblum. - En arrière vers le bonheur ou en avant vers l'enfer (1940) / Maryvonne

Quatrième de couverture :

L'année 1940 et un patronyme difficile à porter en ces temps troublés vous font deviner le cœur de ce récit. La lutte, l'angoisse, l'espoir malgré les drames de cette famille nourriront les mille feuilles que vous livre cet auteur à la plume trempée dans les larmes et le sang.

Encore une histoire à vous essorer l'âme. Vous croyez connaître ces destinées mais chaque histoire est unique et il faut bien tricoter le long manteau du souvenir pour informer encore et encore.

2122-03 Maryvonne - En arrière vers le bonheur amélie Dubois-55fa8dad2b336

Couverture réalisée par Amélie Dubois

28 septembre 2021

Tableaux zoulous / Laura

Anonyme - Arbres dans la brume (carte)

Cannelle vient d'un paysage où les arbres à la queue-leu-leu plongent à vau l’eau dans la brume.

Elle rêvait de paysages irlandais avant de partir comme Nerval pour l'Orient.

Many Kriegel - Un chat persan en 1900

Elle a été alcoolo puis a préféré Venise à deux et peut-être un jour osera-t-elle aller y écouter seule une soliste.

Bernard Louédin - 1997 04 19 château de Vascoeuil 3 Le Soliste de Venise

La petite Christine a révélé son visage de Cannelle avant de se muer en femme mariée et heureuse de l'être. Un triple visage pour un colloque sur Baudelaire. Branlant un jour un homme, elle admirait le lendemain les vitraux d'une église. L'hiver, elle ne rêvait pas d'un autre rivage mais lui a apporté d'autres paysages aquatiques dans son horizon :

Guastalla - vernissage Trévarez 1989 04 29

"Je te donnerai
Tous les bateaux,
Tous les oiseaux, tous les soleils,
Toutes les roses [1] "

Grand coloriste, il mettait du rouge à ses joues.

Gilbert Jullien - Coquelicots (1990)"Gentil coquelicot Mesdames
Gentil coquelicot nouveau [2]."

Par-delà le temps, elle veut faire vivre sa voix enregistrée parmi leurs paysages, le paysage breton familial parmi les autres. "Toulouse, ô Toulouse, ô mon pays" chantait le petit Nougaro sur une scène champenoise.

Aujourd'hui, elle a râpé du céleri avec le vieil appareil offert par son beau-père. C'est demain qu'elle va sur le marché acheter des légumes pour la semaine : l'homme qui marche n'avait pas les grandes jambes de celui de Giacometti mais il marchait vite comme elle.

Giacometti - Homme qui marche 1986

19 octobre 2021

Le Pays où j'aimerais vivre / Jean-Paul

Le pays où j’aimerais vivre
C’est, près du pont de Bernichou,
Au hameau de La Bergerie.

Près des anciens moulins,
Dans le bois de Gaillard,
J’y aurais la cabane
Dont j’ai toujours rêvé.

J’irais puiser l’eau fraîche
Et l’amour à foison
Dans la fontaine de Gringoland

Car au pays où j’aimerais vivre
Personne n’a jamais rien
Contre les étrangers.

2122-07 Jean-Paul 2 Gringoland

Même au moulin de Chevrotine
On se sait de même farine,
La Polonaise et l’Asturienne,

Et les portes toujours
A la fraternité
Des quéreux et pérauds
S’ouvrent très largement.

Au pays où j’aimerais vivre
Je saurais travailler à la circasserie,
Refaire le paradis sur le chemin des Grèves,
Ramasser au verger les pièces du Champ Simon.

Pour délester les graves
De leur esprit de sérieux
Je leur ferais les ailes blanches

Et sur l’aéroport de Rochefort Saint-Agnant
Ils iraient décoller
Depuis la pierre levée.

2122-07 Jean-Paul 2 Rochefort

Au pays où j’aimerais vivre
L’enquillerie des jours,
Les griffes du hasard,
Tout le monde s’en fiche !

Ici l’avenir voisine
Avec le bois fleuri
Et les mille couleurs de l’espérance folle.

19 octobre 2021

Le Pays des farfelus / Jean-Paul

C’est au pays des farfelus
Qu’on peut voir le pont de Parpaing :
Il est en bois ! Il est en bois !

C’est au pays des farfelus
Que les frères Dalton
Ont tenté un hold-up
A la cabane des Casses :
Hélas, aucune banque ! Hélas, aucune banque !

C’est au pays des farfelus
Que les gens de Chie-Loup
- Chie Loup ! Chie Loup ! Chie Loup ! -
Cela fait cent sept ans
Qu’ils sont tous constipés !

2122-07 Jean-Paul 3 Chie-Loup

C’est au pays des farfelus
Que tous les ans, au pré Cornu
A lieu le festival
Des cornards, des cocus
Et des anciens vikings.

C’est au pays des farfelus
Que la route de Mouillepieds
Conduit à La Vacherie,
Qu’on peut aller de Coupe-Gorge
Aux Quatorze journaux,
De Chantemerle à Vide-Bouteille.

La goupillerie des événements,
Le grand moindreau des près de Moins,
La cacoderie des jours,
C’est au pays des farfelus qu’on n’en a cure.

C’est au pays des farfelus
Qu’on balance les soucis
Au canal de Ciré
Parce qu’on n’en a rien à !
 

2122-07 Jean-Paul 3 Canal de Ciré

12 octobre 2021

Un écolier... / Laura

 

Images pour conte MAB 39 écolier

Un écolier avec son cartable sur le dos
A disparu,
Remplacé par un adolescent en baskets et casquette de rappeur
Qui est sur le chemin de son école.

Images pour conte MAB 40 rappeur

Dans cet établissement,
Chaque livre a été remplacé
Par un ordinateur
Ou une tablette
Qui parle

Images pour conte MAB 03 livre

Mais il lui manque
Une âme, une clé de papier
Pour lui ouvrir le monde
Qu'il parcourrait en train

Images pour conte MAB 29 métro

Un journal à la main
Qui attire le chat du voisin
Car ces animaux-là aiment le papier

Images pour conte MAB 38 chat

12 octobre 2021

O comme Ogre / Adrienne

AEV 2122-06 Adrienne - pexels-photo-1029208

Photo de suntorn somtong sur Pexels.com


Images pour conte MAB 37 échalas– Tu me racontes une histoire? fit la petite.

Avec ses boucles blondes éparses sur l’oreiller et son nounours contre sa joue, il la trouva une fois de plus terriblement attendrissante.

Il ne cessait de s’étonner comment lui, un grand échalas tout pâle, tout maigre, avait réussi ce prodige : de bonnes joues roses, des petits bras dodus, tout ce petit corps adorablement potelé.

Une merveille, oui.

Images pour conte MAB 33 cave– Mais pas une histoire de cave, précisa-t-elle. Ça me fait trop peur, la cave.

– D’accord, d’accord, fit-il, je chercherai autre chose pour ce soir.

Il prit le livre magique, celui qui répond quand on lui parle et auquel il manque toujours la fin des histoires.

Images pour conte MAB 03 livre

Comme tous les soirs, il se prit la tête dans la montgolfière qui servait de mobile au-dessus du lit de l’enfant.

Images pour conte MAB 19 montgolfière

Elle rit :

– Tu oublies toujours comme tu es grand.

– Une histoire avec une grenouille, ça te va? demanda-t-il.

Images pour conte MAB 05 crapaud

– Il y a un ogre dans cette histoire?

– Je ne crois pas…

– La maîtresse a dit que ça n’existe pas, les ogres.

– Ah ! Ben… si la maîtresse le dit !

La petite endormie et le livre refermé, il se rendit à la cave, ouvrit le congélateur et en sortit la blondinette précédente pour son repas du lendemain.

***

Le jet des dés a donné le 10 (échalas), le 8 (cave), le 7 (livre), le 5 (montgolfière) et le 4 (grenouille)

7 septembre 2021

Gardienne de zoo / Eliane

Comme chaque année je vais garder la maison de ma fille près de St Malo pendant ses vacances et celles de mon gendre.

J'arrive avec mon gros sac de voyage à roulettes, plus quelques autres sacs. Heureusement ma petite fille est là, c'est elle qui monte mes bagages à l'étage. Je n'aurais pas pu le faire seule. Une douleur à la hanche m'empêche de me mouvoir comme je veux, elle sera ma compagne durant tout l'été et même au-delà.

Ma petite fille disparaît tous les soirs vers 18h30 en me disant :

- Au revoir, Mamie, passe une bonne soirée, je reviens demain matin.

Au bout de trois soirs je m'en amuse :

- Mais enfin, c'est un garçon que tu vas retrouver tous les soirs ! Pourquoi tout ce mystère ? Parce que c'est un membre de la Mafia ? A moins que ce ne soit un espion envoyé de la CIA ?

Elle garde son sérieux et répond :

- Oui j'ai quelqu'un mais il ne faut pas le dire à Papa, ça n'irait pas du tout... mais Maman le sait, elle l'a même déjà vu.

J'aurai l'occasion de rencontrer ce garçon à quelques reprises durant mon séjour.

21022-01 Eliane 137 réduite

Il y a quelques animaux dont il faut s'occuper : une petite chienne bouledogue, deux chats et quatre poules. Je serai briefée sur la façon de gérer tout ce petit monde par ma fille, ma petite-fille et même par la voisine amie qui vient nourrir les volatiles et nettoyer leur enclos. Ouf, je n'aurai pas ça à faire !

Pourquoi gérer les animaux ? Eh bien il faut éviter que les chats ne se croisent, ils se battent jusqu'au sang. Il ne faut pas non plus mettre en présence la chienne et les poules, elle les course, suscitant de grands piaillements affolés aussitôt répondus par toutes les poules des poulaillers environnants dans un tintamarre à peine supportable.
Il faut aussi éviter de laisser la chienne seule dans le rez-de-chaussée pendant notre absence, même si ce n'est que pour monter prendre sa douche. Alors elle a son petit coin aménagé sous l'escalier et on pose une barrière devant. Donc ne pas la laisser sans surveillance sous peine de voir tout ce qu'elle trouve déchiqueté, stylos, revues, mouchoirs et bien sûr chaussures, chaussons.

Alors je m'organise. Le matin avant d'enfin m'attabler devant mon petit déjeuner je libère la chienne de sa prison et je la sors dans le petit jardin de derrière, le chat de ma petite fille qui a dormi dans le garage en profite pour sortir aussi.
Pendant ce temps je remplis les gamelles pour le chat, initialement chat de la maison, j'ouvre les volets et je fais rentrer ce dernier qui a dormi dehors et qui se rue pour se restaurer. Parfois j'ai droit à un câlin autour de mes jambes.

Je fais rentrer la chienne et je la remets derrière sa barrière. Ainsi le chat qui la craint pourra monter sans encombre, je le laisse dormir sur mon lit pendant la journée.

Ouf ! Enfin je peux me préparer un thé et des tartines.

Dans la matinée commence alors ma journée de gardienne de zoo. Je sors la chienne dans le petit jardin de derrière la maison pendant que les poules sont encore dans l'enclos. On reste un moment, la chienne pousse des sprints pendant que je mobilise ma hanche en faisant des allers et retours. Une fois la chienne rentrée je libère les poules pour qu'elles aient plus d'espace où évoluer. Je ne m'en occuperai plus sauf si j'ai des épluchures à leur donner. Elles seront rentrées et nourries le soir par la voisine.

Dans la journée, je m'occupe comme je peux, je lis, je cuisine les courgettes cueillies dans le tout petit potager, je fais des mots croisés. Je ne peux aller marcher sur la digue comme les autres années : ma hanche refuse tout net d'assurer la marche que nécessitent la distance où se garer et une promenade.

Dans l'après-midi je sors à nouveau la chienne, devant cette fois, sur la pelouse toute en longueur. Elle a davantage d'espace et court à perdre haleine. Mais là aussi il y a un problème : la voisine a deux très gros chiens qui, dès qu'ils sentent que notre chienne est dehors, viennent aboyer au-dessus du mur de séparation.

Stimulée, la chienne court alors le long de ce mur en aboyant à son tour et saute le plus haut possible. Je ne peux la laisser faire : s'ils se battent elle ne fait pas le poids. Alors je la maîtrise pour qu'elle reste de l'autre côté et que cessent les aboiements. Pas très simple. J'en profite pour marcher. Et le chat de la maison pour sortir et pour venir se faire câliner. Il est un peu jaloux.

On rentre, je mets la grille devant la porte-fenêtre que j'ouvre plus ou moins suivant la météo. Globalement il ne fait pas très beau et assez frais. La chienne et moi sortirons encore une fois.
A l'intérieur la chienne m'énerve, elle aboie sur tout ce qui bouge, un chat, une voiture, je finis par l'enfermer sous l'escalier.
En début de soirée je nourris la chienne et le chat de ma petite fille qui en profite pour me faire un gros câlin.

Cet emploi du temps est répétitif, je finis par m'ennuyer et quand enfin ma fille revient je constate que je n'ai jamais été aussi contente de rentrer chez moi.

7 septembre 2021

Grains de sel / Raymonde

2021-22 Raymonde - Campari 1300075

Allez ! Il faut se remettre en selle après ces deux mois de vacances !

Petit inventaire des "grains de sel de ma vie" :

Recevoir un cadeau d'un enfant ; quand il dit "Tiens, c'est pour toi !", le caillou, la feuille, le dessin deviennent précieux.
Rire sous cape des bêtises de mes petites-filles quand leurs parents se fâchent.
Rouler dans une énorme flaque d'eau.
Recevoir une carte postale.
Manger des coquillettes avec un morceau de beurre qui fond dessus.
Manger des frites sur le sillon à Saint-Malo sans s'en faire piquer par les goélands !
Recevoir la consigne d'écriture.
Me creuser les méninges pour y répondre ou la contourner, la détourner .... Tout est possible !
Discuter avec mon vieux voisin et l'entendre dire à la fin de chaque conversation : " On a bien du mal dans les p'tites fermes !".
Feuilleter les albums photos.
Siroter une Suze bien frappée (la Suze !!!).
Siroter un Campari bien frappé.
Marcher les pieds dans l'eau à Saint-Malo.
Boire un café en terrasse.
Papoter des heures avec mes copines.
Retourner dans le village de mon enfance en Bourgogne.
Écouter en boucle " What a life ", scène finale du film « Drunk », l'acteur est trop beau !

 

Mettre un pantalon - ou une robe - que j'ai au moins depuis 10 ans et constater qu'il me va encore ! Si, si !
Assister à un spectacle de flamenco.
Assister à un spectacle de capoeira.
Éviter les personnes qui m'ennuient profondément.
Éviter les situations qui m'ennuient vraiment.
Cultiver la bonne humeur, en pot, en pleine terre, en jardinière.
Répondre par un sourire à un ou une "mal branché(e)».
Bref ! Un petit grain sel par ci par là !
Toujours avoir sa salière à portée de main !

5 octobre 2021

Le Chat en psychanalyse / Anne J.

- Entrez et installez vous, monsieur Chou... ?

- Chouchen. Je sais, je ne suis pas de la bonne couleur, c'est une idée de ma maîtresse quand elle m'a recueilli, à l'époque on ne savait pas si j'étais une fille ou un garçon, ni de quelle couleur j'allais devenir. J’étais gris clair quand j'étais jeune et me voila chat tigré noir et gris, pas vraiment couleur miel.

- Ambiguïté sexuelle, je vois...et problème d'identité. Qu 'est ce qui vous amène, monsieur Chouchen ?

2122-05 Anne J

- Je ne vais pas bien depuis quelques mois ; je crois que je ne supporte pas le déconfinement.

- Le déconfinement ? Expliquez moi ça !

-Eh bien je préférais nettement le confinement et ce retour à la normale qui s'amorce me rend nerveux, dépressif, angoissé, je ne sais pas moi ! C'est vous le docteur !

- Ne vous énervez pas, installez vous plutôt sur ce divan et racontez moi ça.

Le chat grimpe sur le divan, griffe le velours rose avec délices et se roule en boule en fermant les yeux de bonheur

- Très confortable ! On sait vivre chez vous !

- Hum !

- Voilà, j'ai adoré le confinement : ma maîtresse était dans la maison 23h sur 24 et elle n'avait aucun invité, je déteste les invités .Nos journées étaient toutes semblables, sans imprévus et c'est la vie que je préfère. Elle faisait du feu dans le poêle, me servait des croquettes à tout moment, passait plein de temps dans son canapé et je pouvais me faire caresser 10 fois par jour : routine, croquettes, calme et volupté, le trio gagnant.

- Hum hum !

- Elle se levait tous les jours a 8h et dès après le petit déjeuner elle enfilait ses chaussures pour marcher et là je savais que je pouvais profiter du lit aéré et fraîchement refait pendant 1h chrono… J'adorais ça et quand elle rentrait, elle allumait le poêle, je pouvais me mettre sur la petite chaise, à me chauffer les fesses toute la journée . Il y avait ensuite le ronron de la machine à coudre pendant 2 ou 3h, j'ai compris qu'elle faisait des tonnes de masques, et puis les zooms et vidéos, mais ça ne me dérangeait pas trop.

- Hum hum hum !

- Elle ne s'enfermait que pour son cours de piano, je crois qu'elle n’appréciait pas que je l’interrompe avec mes miaulements insistants pendant ce temps là...

- Je vois. Et donc ?

2122-05 Anne J

- Et donc cette époque paradisiaque a pris fin… sans qu on me demande mon avis . Certains jours, elle se lève à 7 h, d'autres à 8 h, parfois elle ne fait même pas son lit, elle part toute la journée et moi j'attends mes croquettes et mes câlins jusqu'au soir dans une maison froide, sans personne pour me brosser . Pire, elle me laisse 24 h à me geler dans la véranda parce qu'elle va déjeuner chez sa copine d'enfance !

- Jalousie, je vois !

- La copine ce n'est pas le pire, l'horreur c'est le mari de la copine, celui-là je ne peux pas le sentir !

- C'est intéressant ! Vous avez donc une préférence pour les femmes ?

- Ce n'est pas la question, la raison de cette aversion, c'est qu'il joue de la musique, de la guitare souvent, en chantant avec une voix qui m'insupporte et le pire, le pire...

Le chat cesse de ronronner et pousse un miaulement pathétique.

- Le pire...

- Dites-moi !

- ...c'est qu'il joue de l'harmonica! Vous vous rendez compte !

- Certes, certes.

- Je vais le mordre, le griffer jusqu'au sang, vomir sur ses partitions, mettre des poils sur son pantalon, peut être pire !

- Pire ?

- Oui, pire, je vais passer a l'acte ! J'ai déjà pris contact avec un gang de chauves-souris, un nouveau virus bien costaud, avec de belles mutations et hop ! Six mois de confinement, retour au paradis avec ma maîtresse pour moi tout seul et pas de visite de la copine et de son mec !

- Bien, nous allons nous arrêter là pour aujourd’hui. Nous reprendrons cela la semaine prochaine. Ça fera 80 euros.

- Au revoir, docteur !

Et le chat saute du canapé, s'étire voluptueusement et sort en balançant sa queue en point d'interrogation.

2122-05 Anne J

7 septembre 2021

Le Sel de la vie, c'est... / Laura

2021-22 01 Laura - Le sel de camargue 6691065


Le sel de la vie, c'est t'aimer et être aimé de toi,
Faire l'amour, caresser, embrasser.

Voir la Camargue en utilisant les fleurs de sel ramenés de là-bas ;
Ne pas trop saler et/ou du sel de céleri, essayer d'autre saveurs.

Le sel de la vie c'est parler de toi, écouter ta voix,
Ne pas te remplacer, vivre ton absence.

Combler le vide avec plus de livres, plus de curiosité ;
Vivre de la tienne et de la mienne.

5 octobre 2021

Monsieur X / Josiane

2122-05 Josiane - masque- J’ai un secret que je ne peux partager avec personne.

- Vous êtes au bon endroit pour le déposer en toute confiance.

- D’autre part, je souhaite, comme vous le voyez, vous consulter sous le sceau du secret. C’est pourquoi je garderai mon masque tout au long de la séance.

- Qu’à cela ne tienne, votre identité n’est pas indispensable pour nous éclairer sur les causes de votre ou vos problèmes. Quels sont-ils, cher Monsieur X ?

- Tout d’abord, il faut que vous sachiez que je suis marié à une femme plus âgée que moi. Beaucoup plus. Ceci pourra peut être nous éclairer pour la suite.

- Êtes vous heureux avec cette femme?

- Nous formons un couple harmonieux, même si mon agenda ne nous permet guère d’avoir une vie conjugale à temps complet.

- Mais malgré tout, la fuiriez vous ?

- Pas du tout, mais j’ai certaines obligations dont je ne peux vous parler sans dévoiler mon identité.

- Venons en au fait. Quel est l’objet de votre consultation ?

- Eh bien voilà ! Mais … c’est vraiment très difficile à dire.

- Si ce n’était pas complexe vous ne seriez pas là.

 2122-05 Josiane - masque

- Je … Je ne peux pas m’endormir sans mon … sans mon doudou. Voilà c’est dit. Je me sens déjà mieux !!!!!

- Les mots monsieur X, rien ne vaut les mots et vous avez su venir à moi pour les déposer dans ce bureau. C’est un pas de géant que vous venez de faire. Et, que dit votre épouse de cette habitude?

- Mon épouse ne sait rien, je le cache sous mon oreiller, je le reprends quand elle dort.

-Hum ! Et elle ne se doute de rien ?

2122-05 Josiane - docteur-rorschach-vainui-castelbajac-L-g5tXBa

- Je ne pense pas, je suis très malin vous savez et je prend mille précautions . Malin d’ailleurs il m’a fallu l’être pour accéder à la position où je suis aujourd’hui.

- Et l’objet dont vous parlez, quel est-il ? Est-il doux, soyeux, un vrai doudou quoi ?

- Oh non, rien de tout cela, il s’agit de … enfin ! Je ne sais si je pourrai vous le dire.

- Cela m’aiderait beaucoup à vous aider vous-même.

- Eh bien, c’est un bout de papier, avec un nom écrit dessus.

- Mais encore ? A quoi correspond ce nom ? Un ou une ami(e) très cher(e), une personnalité, un parent ?

- C’est très difficile à dire, vraiment.

- Allons, je suis là pour vous aider mais il fait faire un effort. Courage monsieur X, nous touchons au but.

- Voilà, ce morceau de papier est rectangulaire, il commence a être fatigué. Pensez donc, sous mon oreiller tous les soirs !

- Que représente-t’il pour vous ?

- Il représente tout ce que j’ai désiré depuis tant d’années.

- Allez encore un effort, nous y sommes.

- C’est… c’est un bulletin de vote et c’est mon nom qui est inscrit dessus noir sur blanc.

- Eh bien, vous voyez, ce n’était pas si difficile. Ce sera tout pour aujourd’hui. Au revoir, monsieur le Président, à la semaine prochaine !

2122-05 Josiane - bullletin

28 septembre 2021

Le Chat persan / Anne J.

Many Kriegel - Un chat persan en 1900

Il y avait eu Noé et son arche à la dernière colère de Dieu et ces quarante jours de pluie pour dévaster la Terre. Il y avait eu l’autorisation pour Noé d’embarquer un couple de chaque espèce animale dans son arche pour repeupler la Terre.

Mais là, plus de 4000 ans après, Dieu se met à nouveau dans une rage folle, folle et désespérée : les hommes sont tous des scélérats et tout s’en va à vau l’eau sur la Terre, famines, guerres, désastres écologiques, pillage des ressources, épidémies et autres maladies. Il est temps pour lui de rayer l’homme de la carte.

Avant de tout détruire , Dieu posa sur le sol, le seul animal qui avait encore sa faveur , un minuscule chaton au pelage d’un bleu soutenu. Il le fit naître dans un pays maudit où des barbus séniles et des fous furieux à turban ajoutaient à la misère du monde en promulguant des lois soi-disant divines et inspirées par la charia ; Dieu ne se reconnaissait pas dans ces discours venus de la nuit des temps mais il les trouvait belles, ces constructions où l’on se prosternait pour l’adorer chaque vendredi, avant d’aller égorger son voisin qui écoutait de la musique ou sa voisine qui avait oublié de mettre sa burqa.

Alors il épargna le palais et y déposa le chaton.

***

Quelques mois ont passé et le chaton a grandi ; il est devenu un chat dépassant tous les autres chats, nourri aux falafels de la gargote du quartier, un malabar poilu et magnifique, un géant au port altier. Personne n’avait jamais vu un chat de cette taille et de cette prestance. Ce qui impressionnait le plus c’étaient ses yeux jaunes et ce regard qu’il portait sur le monde pour le juger. Tous l’appelaient le chah d’Iran et le craignaient.

L’heure est venue d’un dernier regard sur le monde. Le Sacré Cœur, la Tour Eiffel et toutes les merveilles crées par l’homme vont disparaître. Le chat, d’un geste royal de son immense queue, jettera à la mer les derniers humains qui osent encore s’approcher de lui. Dieu alors fera tomber la pluie pendant quarante jours, le palais, construit sur une île, se mettra à dériver sur les flots, le chat se réfugiera à l’intérieur et écoutera en boucle Pelléas et Mélisande, son opéra préféré.

Quand cessera la pluie et que reviendra le soleil sur un monde neuf, les chats peupleront la terre, Dieu refera un monde à la taille des immenses chats bleus et à leur goût, avec des souris et des oiseaux à chasser, des arbres pour y grimper, des herbes pour y dormir en rond pendant de longues siestes .

Dieu n’a pas encore décidé s’il refera des hommes et des femmes surtout pour câliner sur leurs genoux des chatons au yeux jaunes et aux longs poils bleus mais il sait déjà qu’il ne les laissera plus jamais gouverner le monde.

8 juin 2021

Bateaux sur l'eau / Anne J.

AEV 2021-34 Anne J

Je ne me souviens pas personnellement de cette aventure mais on me l'a souvent racontée au point qu'elle fait partie de l'imaginaire de mon enfance.

Je devais avoir dans les 3 ou 4 ans et j'allais au Thabor avec ma grand-mère pour une promenade quotidienne, sans doute en automne ou en hiver. Le Thabor qui est un grand jardin de Rennes était le terrain de promenade de tous les enfants de la famille car c'était à moins de quinze minutes de l'appartement de mes parents. Dans mon souvenir, c'était la promenade normale d'un jour normal pour une famille qui vivait enfermée le reste du temps et j'aimais beaucoup ça.

Sur le chemin j'avais, tout en haut du boulevard de Sevigné, juste avant de tourner dans la rue qui menait à l'entrée du haut du Thabor, deux amis imaginaires. Ils vivaient dans une maison précise de la rue, maison bourgeoise avec un petit jardin devant et se nommaient Chabourouk et Morik. Ne me demandez pas pourquoi ! Je n'en sais rien mais j'ai gardé la mémoire de leurs noms.

En passant devant, je les invitais donc à venir jouer avec nous et on les ramenait au retour dans leur maison.

AEV 2021-33 Anne J

Ce jour-là ma grand-mère m'a emmenée au bassin carré où les enfants faisaient naviguer à la voile des petits bateaux de plage, ces petits bateaux avec la coque en bois et une voile unique, souvent triangulaire. Il fallait prendre le vent pour qu'ils avancent après une poussée initiale et souvent ils se retrouvaient au milieu du bassin très peu profond dans une zone sans vent ou bien face au vent et n'en bougeaient plus au grand désespoir de leur propriétaire. Les plus grands les rattrapaient avec une longue badine ou bien, l'été, retiraient chaussures et chaussettes pour aller les chercher. Les petits eux se penchaient sur le bassin et tendaient leur bras au plus loin pour tenter de les récupérer J'étais trop petite pour en avoir un mais sans doute en rêvais-je, à moins que dans mon imaginaire, ce soit le bateau de mes amis du haut de la rue. Toujours est-il que je me suis trop penchée et que je suis tombée toute habillée avec mon manteau, mes chaussures et tout ce que j'avais sur le dos dans le bassin … un jour froid d'automne ou d’hiver or j'étais une enfant un peu fragile et tout le temps malade.

On m'a raconté que ma grand-mère m'a retiré quelques couches de vêtements mouillés, m'a enveloppée dans son gilet de laine, mise dans la poussette et que nous sommes rentrées à toute vitesse à la maison, sans prendre le temps de dire au revoir à mes amis.

Je crois que c'est cela qui m'a le plus choquée. Ma grand-mère, elle, était confuse de m'avoir mal surveillée comme on peut l'être avec un enfant qui vous est confié. Je ne me souviens pas d'avoir été malade mais je pense qu’on m'a tenue éloignée du bassin pour un moment.

21 septembre 2021

Irina Kobayashi. - Du bon usage de la guillotine au coucher du soleil (1995) / Maryvonne

La guillotine est un « long drink » qui vous met la tête à l'envers et vous coupe le souffle. Un saké apéro qui commence quand le soleil est rond comme vous dans peu de temps et qui se termine quand l'astre plonge dans l'eau. Soudain vous aussi avez envie de boire la mer et les poissons.

C'est un bon recueil de cocktails en tous genres à boire avec modération.

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25 mai 2021

Art et travail / Adrienne

AEV 2021-32 Paysage 08

Tout était en l’air au château de M**l*ns*rt. Dupont et Dupond, le capitaine et Tintin allaient et venaient, montaient et descendaient l’escalier, couraient dans les corridors, heurtaient Nestor, dérangeaient le professeur Tournesol, cherchaient Milou. Bianca Castafiore et Irma soupiraient devant toute cette agitation qu’elles ne partageaient pas, habituées qu’elles étaient aux séances d’habillage, de maquillage et à l’effervescence des plateaux de cinéma ; elles étaient assises dans un salon qui donnait sur le chemin d’arrivée et pouvaient voir que chevaux, calèches et figurants étaient déjà en place.

De minute en minute, Tintin ou un de ses amis passait la tête à la porte et demandait :

- Eh bien ! Toujours pas de nouvelles de Milou ?

– Rien de ce côté, répondait le Rossignol milanais sans même regarder.

AEV 2021-32 Problème 08

Elle était plongée dans un magazine, assez satisfaite de la façon dont le journaliste avait repris ses mots sur l’art et le travail : "Mon travail, c’est de l’art", lui avait-elle dit et la rédaction avait choisi de mettre cette petite phrase en gros titre, accompagnée d’une photo de son meilleur profil.

Oui, elle était satisfaite.

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Finalement, le seul à n’avoir pas été à la hauteur, c’était son violoncelliste.

Mais elle en avait l’habitude.

21 septembre 2021

Du style ou l'art de ne pas écrire / Maryvonne

2122-03 Maryvonne - De l'art de ne pas écrire (Amélie Dubois) amDu-54be9f5fcb368

Ce jour-là, qui est d'ailleurs aujourd'hui, mardi d'écriture, je devais me rendre, comme souvent, au petit cimetière Saint-Laurent. J'avais plusieurs options de locomotion pour m'y rendre : l'option « dare-dare » en automobile, l'option « sport » à vélo puisque l'entreprise « Happy cyclette » était venue à domicile réparer ma vieille bécane ; mais en fait, ayant pris le goût de la lenteur, je décidai de partir à pied.

J'avais ainsi le plaisir de laisser mon esprit libre et vagabond. A partir du premier pas dans la Coulée verte je me suis senti l'âme d'une romancière : je construisais dans ma tête des phrases plus belles les unes que les autres. A propos de mes rencontres, de mon ressenti, de la nature. Au rythme de mes pas, dans ce chemin ombragé de la Tauvrais, une farandole de phrases serpentait avec moi comme le lierre sur les troncs. Je traduisais mes étonnements en longs paragraphes, je faisais l'homélie de ce vieil arbre abattu dont le cœur était visiblement rongé par une maladie. Il y avait là sujet à faire un parallèle avec le CHU voisin où venaient s'éteindre de grands malades.

Non ! Non ! Je ne suis pas zinzin et vous pouvez penser que ce n'est que du blabla. Pourtant c'était ainsi.

Ma visite au cimetière terminée j'ai fait toc-toc chez ma vieille amie Jeannine, 91 ans, ce qui m'a détournée de mon chemin et fait revenir par la route. Et là, plus rien, mon cerveau avait retrouvé son train train et était revenu à l'ordinaire. Rentrée chez moi j'avais atteint l'art sublime de ne pas écrire.

Sauf si ce soir...

 
L'illustration a été réalisée par Amélie Dubois.

28 septembre 2021

Vous avez dit vernis... Sage ? / Maryvonne

Ce soir là, je me décidai, sur un coup de tête, à me rendre au vernissage du grand balafré mais en solo. Dolorès et Marilyn avaient une grosse maladie, je veux dire « la flemmingite aiguë » .

Ce peintre, c'était mon pote depuis l'école élémentaire. On s'aimait bien à dix ans, à l'époque où il me chantait : « Je te lele l'avais lélé bien dit Lili que tu lulu serais lélé bientôt lolo ma femme. Je te lele l'avais lélé bien dit Lili que tu lulu serais lélé bientôt lolo ma mie. »

Au collège nous avons encore copiné. Au lycée il commençait à jouer les artistes et je voyais bien qu'il voulait aller plus loin que le guili-guili. Mais pas d'ça Charlotte !

Enfin il est entré aux beaux-arts et je trouvais que « Monsieur » jouait les Don Juan. Il traînait avec toute une colonie de filles délurées et à mon avis il trempait un peu son pinceau n'importe où.

Qu'est-ce- que j'apprends ? Que ce grand échalas exposait dans ma ville. Allait-il me reconnaître ? Il m'avait vue filiforme et avec l'âge mes lolos avaient forci (sans silicone). Roro et Ploplo criaient en chœur « Vive l'ampleur ! ». J'avais la taille polochon et la peau accordéon.

Tant pis, c'est soir de gala et illico presto dans ma robe sac informe je file à l'expo.

Murillo -Aujourd'hui c'est demain (carte Ars pro vita)

Pas mal les tableaux ! Pendant que je regarde médusée une œuvre il y a un zoulou qui se plante derrière moi et qui me demande : 

- Alors ? Ça vous dit quoi ?

- J'hésite entre un message géographique qui nous dit « La France est le centre du monde » et un message psycho-médico-sociologique qui dit : « La France a la boule au ventre. Pendant ce temps là, les autres pays pavoisent et font la farandole ».

- C'est simpliste ! me dit la voix qui passe au tutoiement. Tu ne vois pas que c'est plutôt l'Europe aux mille couleurs du monde ? D’Honolulu aux Philippines !

Mais j'ai déjà entendu cette voix quelque part ? Je me retourne et il est là, mon balafré. Ah ! Je ne vous avais pas dit, c'était à cause d'un coup de fourchette à la cantine parce qu'il m'avait lancé des petits suisses. J'allais lui sauter dans les bras quand il m'a dit : 

- Viens je vais te présenter Éléonore ».

- OK ! Tout à l'heure ! Je vais passer d'abord par la case buffet pour rejoindre les alcoolos des vernissages.

Je bois 2,3 coupettes pour me donner un peu de courage. J'ai bien fait. Calamité ! Éléonore est magnifique, plus belle que tous les tableaux.

Il faut dire qu'une balafre ça donne un sacré charme à un mec.

Alors, on dit merci qui ?

28 septembre 2021

En revenant de l'expo / Jean-Paul

Bernard Louédin - Vernissage 1997 04 19 château de Vascoeuil 4 Vascoeuil 1997

Si on avait été au vernissage d’une expo de Bernard Louédin encore, j’aurais d’avantage compris ; le surréalisme n’excuse pas tout mais il permet de planter des villes dans la fourche des arbres, de représenter le signe astrologique des gémeaux sous la forme d’un hippocampe ou de faire n’importe quoi : ajouter des moustaches à la Joconde, peindre des montres molles, des pommes sur le visage d’un pékin à chapeau melon.

Soit, la mode est aux installations. Mais ce soir-là, à une exposition de céramiques bretonnes du sieur Dodik, vous pouvez m’expliquer ce qu’il faisait, présentement, le Zoulou ?

Ce n’est pas une injure de ma part. C’était bel et bien, au sens premier, un Africain de l’ethnie zouloue, torse nu, vêtu d’un superbe pagne coloré, très élégant sous sa coiffe de plumes, et qui jouait, avant qu’on ne serve les petits fours et abreuve les visiteurs de kir royal au cidre breton, du balafon lémanète.

(Ouvrons une parenthèse en même temps que la fenêtre, qu’on respire un peu, car il fait chaud et il y a beaucoup de monde dans la galerie. Le balafon lémanète est une variante peu connue du balafon africain. Il a été inventé par deux rigolos suisses installés sur les bords du lac Léman, les sieurs Plonk et Replonk, deux grands échalas bien fêlés dont vous avez sans doute déjà entendu parler).

2122-04 Jean-Paul - Zoulou 129885688La célérité du tambourineur n’avait cependant rien de déplaisant et nul, à part moi peut-être, ne semblait regarder comme un éléphant dans un magasin de porcelaine le musicien qui hululait des mélodies de l’hémisphère Sud. Bien mieux que cela même, l’homme avait trouvé son public : une belle Hellène prénommée Hélène, une sympathique Lulu, une grande Eléonore et une petite Lili, toutes avec de jolis lolos et tout ce qu’il faut pour séduire, semblaient se pâmer d’aise lorsque le balafonise zélé reprenait le « Un jour tu verras » de Mouloudji rythmé à la façon de Johnny Clegg sur son instrument de bois. Le malabar semblait faire à ce quatuor féminin autant d’effet qu’à moi la prestation de Marilyn Monroe au ukulélé dans « Certains l’aiment chaud ».

Je ne vilipenderai personne. C’est tout sauf scélérat de s’intéresser à « Rendez-vous sur le polochon » plutôt qu’à une retransmission d’un récital de la Castafiore à la Scala de Milan, qu’à une rediffusion d’un vieux numéro de « Thalassa » à la télé ou qu’à un documentaire sur la fabrication de la colophane pour les violonistes vénitiens peints par Bernard Louédin et exposés à la galerie Visconti à Paris.

Bernard Louédin - 1997 04 19 château de Vascoeuil 3 Le Soliste de Venise

Heureusement pour mes tympans et pour ma jalousie de dragueur faisant chou blanc à cause d’un noir, tout a une fin dans la vie sauf les loulous de Poméranie qui en ont deux, le museau et la queue. Lorsque le musicien zoulou a eu terminé sa prestation digne du gala de l’Union, tout le monde s’est colloqué au bar pour enfourner les gâteries et il s’en est fallu de peu, entre les plateaux branlants, les goinfres qui pullulaient et se télescopaient en se jetant dessus avec les alcoolos pique-assiette de service, pour que tout ne parte à vau-l’eau, pour que ça ne vire à la calamité totale.

Heureusement le directeur de la galerie s’est diligenté vers le micro et, illico presto a calmé le jeu de façon impeccable en présentant Dodik qui en fait était une dame.

***

Dodik - Céramique Le Pèlerinage à Sainte-Anne

Un peu plus tard dans la soirée je me suis posé au calme devant le « Pèlerinage à Sainte-Anne ». La céramique rendait bien compte du talent de coloriste de Dodik, même si elle ne comprenait que cinq ou six teintes.

- Le sujet est tiré d’un texte de Saint-Pol Roux qui vécut en Bretagne et dédia son œuvre pèlerinagesque à Sarah Bernhardt » me confia un jeune éphèbe en polo Brassens dont la verve explicative semblait parfaitement idoine pour la page des arts de Télérama et que je soupçonnais fort d’être homo sur les bords.

Mollo, mon gars, je ne suis pas un militant LGBT ! pensai-je en voyant les rôles... inversés. C'était lui qui draguait et moi qui étais la cible !

- C’était avant que la comédienne filiforme n’abuse, de son vivant, du séjour en cercueil et ne s’amuse, avec sa jambe de bois, à frapper les trois coups qui précèdent le lever du rideau ou les quatre premières notes de la cinquième symphonie de Beethoven ? lui suggérai-je. Parmi les éléments représentés sur ce pèlerinage, on distingue quatre jolis jeunes gens qui coupent à coeur avec un couteau, un cinquième qui a oublié son opinel à la maison et cinq jeunes filles qui jouent au bridge dont une fait la morte. Faut-il voir-là la double influence de la partie de cartes de Marcel Pagnol et du «Cadavre dans la bibliothèque» d’Agatha Christie ?

Comprenant que je me payais sa fiole, l’Olivier Cena en herbe s’en fut vers d’autres horizons.

La galerie s’était vidée. Il n’y avait plus une seule louloute à l’horizon. En désespoir de cause, j’aurais bien demandé des explications de son œuvre à la Toulouse-Lautrec locale mais elle était partie un peu plus tôt, craignant que son mari ne fasse en son absence des bêtises avec Dolorès, la baby-sitter espagnole à qui elle l’avait confié.

Je n’allais de toute façon pas me rendre malade pour si peu. Moi en art, je suis un Lilliputien. Pour tout vous dire, par exemple, j’ai toujours cru que Proust était une marque de somnifère. Alors vouloir qu’on me justifie la présence d’un coq plutôt que d’un calamar dans ce tableau, autant demander au Zoulou du début de m’expliquer les règles du jeu d’awalé.

D’ailleurs lui aussi s’était barré, emmenant avec lui ses quatre admiratrices siliconées à la queue-leu-leu. Ben mon cochon ! C’est finalement un bon plan de taper sur des bambous !

***

Je crois que je n’irai plus, draguer aux vernissages ! A ce jeu de cons-là je me fais tout le temps avoir. Comme dit le proverbe bantou, «Téléski qui croyait prendre le tire-fesses !».

2021 09 29 Somnifère Proust

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