Du style ou l'art de ne pas écrire / Maryvonne
Ce jour-là, qui est d'ailleurs aujourd'hui, mardi d'écriture, je devais me rendre, comme souvent, au petit cimetière Saint-Laurent. J'avais plusieurs options de locomotion pour m'y rendre : l'option « dare-dare » en automobile, l'option « sport » à vélo puisque l'entreprise « Happy cyclette » était venue à domicile réparer ma vieille bécane ; mais en fait, ayant pris le goût de la lenteur, je décidai de partir à pied.
J'avais ainsi le plaisir de laisser mon esprit libre et vagabond. A partir du premier pas dans la Coulée verte je me suis senti l'âme d'une romancière : je construisais dans ma tête des phrases plus belles les unes que les autres. A propos de mes rencontres, de mon ressenti, de la nature. Au rythme de mes pas, dans ce chemin ombragé de la Tauvrais, une farandole de phrases serpentait avec moi comme le lierre sur les troncs. Je traduisais mes étonnements en longs paragraphes, je faisais l'homélie de ce vieil arbre abattu dont le cœur était visiblement rongé par une maladie. Il y avait là sujet à faire un parallèle avec le CHU voisin où venaient s'éteindre de grands malades.
Non ! Non ! Je ne suis pas zinzin et vous pouvez penser que ce n'est que du blabla. Pourtant c'était ainsi.
Ma visite au cimetière terminée j'ai fait toc-toc chez ma vieille amie Jeannine, 91 ans, ce qui m'a détournée de mon chemin et fait revenir par la route. Et là, plus rien, mon cerveau avait retrouvé son train train et était revenu à l'ordinaire. Rentrée chez moi j'avais atteint l'art sublime de ne pas écrire.
Sauf si ce soir...
L'illustration a été réalisée par Amélie Dubois.
