Ganimède alors : un récit de Camille Cinq-Sens / Jean-Paul
La dernière fois qu’Isaure Chassériau a rendu visite à son oncle Camille Cinq-Sens, elle a eu droit à un règlement de conte en bonne et due forme. A force de fréquenter des artistes dans son café du Vieux Saint-Etienne, rue de Dinan, à Rennes, voilà que l’oncle Camille s’est mis en tête de devenir « conteur énervé » :
- Pour commencer ils ont supprimé l'option apprentissage du latin et du grec dans les collèges. Certains d'entre eux ont justifié la mesure en disant que c'était là un refuge pour les élites. Ils ont condamné l'entre-soi mais ne vivent-ils pas tous entre eux ? Les ministres n'épousent-ils pas des journalistes, les footballeurs des mannequins, les philosophes des actrices ?
Et puis après la destruction de Palmyre, ils n'ont pas voulu être en reste. Ils en ont remis une couche sur la sécurité : ils ont interdit les religions polythéistes. Ca n'avait absolument rien à voir avec le sujet mais c'est quand même comme ça qu'on s'est retrouvé tous au bloc, Hermès, Zeus, Héphaïstos, Vénus, Athéna et les autres.
Je ne sais pas comment on s'est fait piéger ni ce qu'on trafiquait dans la bibliothèque de l'Université de Rennes 2 mais quand l'alarme incendie s'est déclenchée tous les étudiants sont sortis et nous pas. Les pompiers qui sont entrés n'étaient pas de vrais pompiers. On n'y a vu que du feu. Ils ont lancé des fumigènes, se sont couvert le nez de masques, ont fait éclater des capsules spéciales. C'est incroyable comme ça gaze à l'Université de Haute-Bretagne depuis qu'ils ont refusé la fusion avec leur voisine de Rennes 1 ! Ils doivent avoir une UFR d'Info-com’ particulièrement soporifique parce que pour être endormis on a été bien endormis, enfumés, enchaînés puis enchristés.
Car depuis on croupit à la prison Jacques Cartier. Personne n'en sait rien parce que ça fait plus de deux ans que la prison est vide. Ils ne savent pas ce qu'ils vont faire du bâtiment. Moi je peux vous dire à quoi il sert en attendant : c'est devenu le Guantanamo des dieux en voie d'oubli ! La prison Jacques Cartier de Haute Sécurité !
- Comprenez-moi, les gars, les filles, a dit le directeur de la taule. Les mômes d'aujourd'hui n'ont plus rien dans le citron. Avec ce qu'ils gurgitent sur Ternette ils ne savent plus aligner un sujet, un verbe et un complément. Alors du coup ils alignent les profs dès qu'ils leur causent histoire des religions ou éducation civique. Ils le traitent de raciste comme font le jazz et la java dans la chanson de Nougaro.
Vous, messieurs-dames, vous avez fait votre temps ! Ca fait plus de 2000 ans que vous enquiquinez le monde avec vos coucheries, vos fâcheries, vos numéros de magie, vos oripeaux fripés, votre mythologie et vos mites au logis.
En plus, comme dirait Janus, vous nous compliquez l'existence avec vos prénoms bilangues même pas classes : Vulcain-Héphaïstos, Zeus-Jupiter, Junon-Héra, Kama-Soutra, Mercure O'Chrome... Comment voulez-vous que les mômes s'y retrouvent là-dedans. Ils y perdent leur latin dans vos « monsieur et madame ont un fils » !
Et puis des dieux qui se transforment en taureau, en cygne ou en pluie d'or pour séduire des gonzesses, ça fait quand même un peu grosse tache à l'heure du mariage pour tous, non ? Pas un seul d'entre vous qui aille se faire voir chez les Grecs alors que vous en venez de chez la belle Hellène, c'est pas un drachme mais avouez que c'est limite homophobe, votre discours religieux, non ?
Alors je suis sympa. Je laisse les portes des cellules ouvertes, vous vous baladez comme vous voulez dans la prison, mais pas de tentative d'évasion s'il vous plaît, OK ? De toute façon tout est hyper sécurisé ici."
On n'a rien entravé à son charabia.
Là-dessus le temps a passé. Supers-pouvoirs ou pas, Dieux de l'Olympe ou pas, il faut reconnaître que les mecs sont balèzes. Plus rien ne marche pour nous : Zeus ne commande plus à la foudre, l'enclume de Vulcain pèse juste le poids d'un édredon, Héra périclite et Vénus ne monte plus.
Il n'y a plus que Neptune qui nous fait rire encore un peu de temps en temps. A la dernière visite médicale la doctoresse, Madame Trépas, lui a trouvé un profil d'étape des Pyrénées dans le tour de France au niveau de ses gamma-globules Marilyne ou de ses lipides amniotiques, on ne comprend rien ni à leur vocabulaire ni à leur écriture à ces Esculapes de seconde zone !
- Qu'est-ce que vous voulez que ça me fasse, Madame le Major ? qu'il a répondu. Vous ne croyez tout de même pas qu'on a le même sang de navet que vous autres les humains, Palsambleu ? On n’est pas de la même veine !
Eh bien, colère ou pas, il a quand même eu droit à une deuxième prise de sang de contrôle qui n'a absolument rien donné par rapport aux critères des hominidés qui n’ont pas idée de ce que nous sommes ! Et là, gag : toute sa chimie est plus que normale, dans la fourchette prévue, pile-poil au milieu même !
C’est quand même bien bizarre, je vous l’accorde, qu’un sous l’eau comme ça ne développe même pas le début d’un embryon de cirrhose de la foi. Sans compter qu'avec sa fourche il se goinfre comme pas deux de choucroute de la mer et mange plutôt comme quatre. C'est normal : quand nous on a la dent, lui il a le trident ! La toubibe était drôlement vexée. Du coup elle lui a prescrit une analyse d’urine.
- Ah non, pas Wagner ! L'analyse du Ring, Wotan en emporte le vent ! Autant relire « Les Chevaliers de Königsfeld » et tourner en rond sur le circuit du Nürbürgring avec Michel Vaillant !
- Je ne vous parle pas d'analyse du Ring, je vous dis que nous allons analyser-vos urines de 24 heures.
- Dûment ?
- Je vous fais une ordonnance. Vous retournerez à l'infirmerie voir Mme Lapis-Couse.
Le temps a passé. Neptune s'est occupé de sa quatre-chevaux dans l'écurie de la prison, à côté de l'endroit où Héphaïstos chantait avec Orphée la chanson des « Filles des forges », un tube local en acier.
Et puis le doute s'est insinué dans son peu de cervelle. A force de vivre sous la flotte, ses neurones prennent l'eau et le doute s'insinue parfois sous son crâne.
Il s’est dit qu’il n'avait jamais fait d'analyse d'urine de sa vie et qu’il aimerait bien savoir finalement comment ça marchait ce truc la, si ça ne débouchait pas sur une séance de touche-pipi avec Mme Lapis-Couse qui lui avait semblé jeune, jolie et désirable. Dans le « Dictionnaire des histoires drôles » d'Hervé Nègre qu'il avait dégoté à la Bibliothèque de la prison il avait lu des histoires de banque du sperme qui l’avaient bien fait marrer. Pourquoi ne pas se prêter au jeu de la médecine humaine ? Cela pouvait s'avérer drôle finalement, comme expérience !
Alors le mois suivant, parce que du temps avait passé et que les dieux ont tout le leur, il a poussé la porte de l'infirmerie. Mme Lapis-Couse était au téléphone. Il a attendu patiemment, regardant la décoration murale le à base de toiles mi Picassiettesques, mi Pop-Artistiques mi Andywarholiennes.
A un moment donné, Mme Lapis à raccroché le bigophone.
- Bonjour. Vous aviez rendez-vous ?
- Je ne crois pas. C'est le docteur Trépas qui me renvoie vers vous pour une spécialité maison.
- Donnez-moi votre ordonnance et votre carte Vitale.
- L'ordonnance je l'ai, mais la carte Vitale, nous autres, dieux immortels, on en a pas besoin.
- Vous avez votre flacon?
- Un flacon ? C’est un peu amphore de café, le docteur ne m’a pas parlé de ça ?
- Je vois, a fait Madame Lapis-Couse visiblement excédée. L'objectif est de collecter vos urines pendant 24 heures. Je vous donne ce bidon de deux litres cinq. Un jour où vous restez chez vous…
- On ne peut pas sortir d'ici, Madame, c’est une prison. On est comme les verres de Saint-Etienne ou de Saint-Gobain, on est consignés.
- …Vous allez faire pipi dedans. Les urines du matin au réveil du premier jour ne comptent pas, vous les jetez. Les suivantes vous les lovez là-dedans.
- Ah oui ! Pisse and love, je connais, c’est mon trident mais à l’envers dans un rond.

- Je ne comprends rien à ce que vous dites. Si le bidon ne suffit pas vous mettrez le surplus dans une bouteille en plastique.
- Formidable, a dit Neptune. Je commence demain et je reviens vous voir quand le bidon est plein.
Poséidon - c'était là son pseudo quand il coinçait la bulle entre deux vagues à l’âme et surfait sur le net - rentra chez lui et posa le bidon à côté de sa gamelle.
Il laissa passer un autre mois. Ca n'était pas aussi excitant que cela, finalement. Et puis quand même un jour il se dit que c'était peut-être au moment de l'analyse qu'il se passerait des choses avec la jolie infirmière.
Alors ce dimanche-là, précautionneusement, il pissa dans le bidon comme si c'était dans un violon, avec âme. Bien qu'il eût bu du café et quantité de vin au banquet du midi il ne remplit guère qu'un petit demi-litre.
Quand il se présenta à l'infirmerie le lendemain à 8h00 il eut peur de paraître ridicule, genre le mec qui joue petit bras ou qui a la prébende un peu plus que molletière.
Mme Lapis-Couse lui fit juste remarquer qu'il n'avait pas rempli… les données nominatives sur l'étiquette du bidon.
Il le fit, mettant juste des croix là où l'on demandait la date de naissance.
- Vous avez commencé à uriner à quelle heure ?
- Je ne sais pas… A neuf heures ?
- Alors je ne peux pas les prendre. Il faudra compléter et revenir me les donner à 9h00.
- Mais attendez ! C’est que je vais au boulot, moi, et puis j'ai plus envie !
- On vous avait dit les urines de 24 heures ! 24 heures c’est 24 heures ! Je vais devoir noter que les conditions du test n'ont pas été remplies convenablement !
- Si vous voulez ! Je m'en fiche un peu du reste : je ne sais pas ce qu'elle cherche la médecine-woman ! Moi ce que je sais c’est que je ne suis jamais malade. On a tous une santé du tonnerre de Zeus et on a en permanence une forme olympique.
- Les résultats… vous passerez les prendre ou on vous les envoie ?
- Je passerai les prendre. J’adore avoir rendez-vous avec vous !
- Ils seront prêts demain soir. Tenez voilà le ticket pour venir les retirer.
Il le mit dans la poche intérieure de sa toge. Il attendit la suite mais rien d'autre ne vint.
- C'est bon vous pouvez partir. Vous attendez quoi ?
- Vous ne regardez pas mon pipi ?
- Non, on va l'envoyer au labo.
- C'est tout alors ?
- Oui c'est tout. Bonne journée !
Neptune est sorti un chouïa déçu et frustré.
Le temps a encore passé.
Il n'est jamais allé chercher les résultats.
V’là l’boute, ma chère Isaure. »
Isaure Chassériau a regardé son oncle Camille Cinq-Sens avec des yeux en billes de loto.
Quand il racontait ce genre d'histoire mi-iatrophobe mi-y’a trop bu elle se demandait toujours si c'était du lard ou bien du cochon.
Consigne d'écriture 1415-28 du 19 mai 2015 : La Perspective Nevsky
La Perspective Nevsky
Les mots des premières phrases du livre Nikolaï Gogol, La Perspective Nevsky, ont été reclassés dans l'ordre alphabétique.
En n'utilisant que les mots de cette liste, vous devez reconstituer deux phrases cohérentes qui seront le début de votre texte. Ensuite vous poursuivrez de manière tout à fait libre l'histoire ainsi commencée.
à - à - à - admirable - admirerez - admirerez - agréable, - airs - airs, - aussi - autant - autour - auxquels - avec - avec - avez - baisser - ballons, - bouche - bouteille, - briser - brusquement - brutal, - capable - capables - caractères - cavalier - ce - ce - champagne. - chapeaux, - cœur - col - comme - complètement - concerts - coude - coupe - courberont - crainte - croiserez - d’art, - d’autres, - d’éblouir - d’élégance - d’un - d’un - d’une - d’une - d’une - dame – dame - pourrait - dames - dans - dans - dans - de - de - de - de - de - de - de - de - de - de - de - de - de - de - de - déliées, - demeurent - des - des - des - des - des - des - des - des - des - des - des - des - des - des - des - deux - Dieu, - dignité. - dont - dresser - du - du - écarterez - effet, - elle - Elles - en - en - est - est - et - et - et - Et - et - et - et - et - et - et - et - étonnants - étranges. - étroites - exquise, - extraordinaire - facile - fait, - feront - feront - fichus, - fidèles - finesse - flèche - fort - fort. - foule - frôler - front - gens - grand - haut - ici - Ici, - Ici, - Ici, - il - jamais - jours - jusqu’à - l’Amirauté. - l’art. - l’on - La - la - la - la - la - la - la - la - la - le - le - les - les - les - les - leur - lorsqu’on - maintenue - manches - manches - même - minces, - multitude - n’en - n’était - nature - ne - Nevsky - Nevsky. - Nevsky. - noblesse - noblesse - noirs - nuée - Nulle - œuvres - on - on - originaux - papillons - par - parfois - parfois - parfois, - parlent - part, - pas - pensée - personnages - perspective - perspective - perspective - plus - plus - porter - pour - produit - propre - qu’à - qu’il - qu’il - que - que - que - que - que - que - que - quelles - quelles - qui - qui - qui - qui - ravir - rencontre - rencontre, - rencontrerez - respectueusement - ressemblent - rêvé, - robes - s’élève - s’élever - s’imagine - sa - salue - scarabées - se - se - se - Seigneur - semble - sentiment - serrant - sexe - si - soit - son - souffle - soulever - sourires - sourires – sourires - exquis, - suffirait - suite - sur - tailles - tailles - tailles - temps - terre - terre - terreur - tête - ton - toute - très - types - un - un - une - une - une - uniques, - véritables - verrez - verrez - volette - votre - Vous - vous - vous - vous - vous - vous - vous - vous - vous - vous - vous - vous - vous
La multitude des chapeaux, des fichus, des robes – auxquels les dames demeurent fidèles parfois même deux jours de suite – est capable d’éblouir qui que ce soit : il semble que toute une nuée de papillons s’élève de terre et volette autour de la foule des noirs scarabées du sexe fort. Vous admirerez ici des tailles d’une finesse exquise, comme vous n’en avez jamais rêvé, des tailles minces, déliées, des tailles plus étroites que le col d’une bouteille, et dont vous vous écarterez respectueusement dans la crainte de les frôler d’un coude brutal, votre cœur se serrant de terreur à la pensée qu’il suffirait d’un souffle pour briser ce produit admirable de la nature et de l’art.
Et quelles manches vous verrez perspective Nevsky ! Dieu, quelles manches ! Elles ressemblent fort à des ballons, et l’on s’imagine parfois que la dame
pourrait brusquement s’élever dans les airs, si elle n’était pas maintenue par son cavalier ; soulever une dame dans les airs est aussi facile et agréable, en effet, que de porter à sa bouche une coupe de champagne.
Nulle part, lorsqu’on se rencontre, on ne se salue avec autant d’élégance et de noblesse qu’à la perspective Nevsky. Ici, vous admirerez des sourires
exquis, des sourires uniques, véritables œuvres d’art, des sourires capables de vous ravir complètement ; vous en verrez qui vous courberont et vous feront baisser la tête jusqu’à terre ; d’autres, parfois, qui vous feront dresser le front plus haut que la flèche de l’Amirauté. Ici, vous croiserez des gens qui parlent des concerts et du temps qu’il fait, sur un ton d’une noblesse extraordinaire et avec un grand sentiment de leur propre dignité. Ici, vous rencontrerez des types étonnants et des caractères très étranges. Seigneur ! que de personnages originaux on rencontre perspective Nevsky.
L'enthousiasme / Marie-France
L’Enthousiasme
Des personnages étonnants, autant qu’exquis
Vous croiserez
Sur la perspective Nevsky.
Ici les dames que vous rencontrerez
Vous feront d’étranges sourires
Et courberont la tête.
Vous admirerez leurs étonnants chapeaux
Symbole d’élégance.
Parfois on s’imagine
Une multitude de papillons juchés sur l’un d’eux.
Puis un souffle d’air s’élève,
Tous ils s’envolent dans un véritable balai
Tout en finesse.
En d’autre temps vous vous écarterez
Au passage de l’Amirauté et de sa suite
Vous les gratifierez de votre respectueux salut
Fidèles aux traditions.
Il suffirait pourtant
Qu’un cavalier surgisse du bout de l’Avenue
Qu’il lance une flèche sur ce haut personnage
Et que tous les sourires de la foule en liesse
Se transforment en terreur
Pour tous ces admirateurs.
Moment d'enthousiasme / Jean-Paul
Quelle foule ici ! Vous y admirerez des dames aux chapeaux étranges, aux tailles si minces, si étroites, aux airs si originaux, si étonnants de dignité que vous verrez en elles les grands papillons de la noblesse. La perspective de leurs sourires est un souffle extraordinaire qui s'élève dans les nuées jusqu'à l'amirauté et qui dresse sur le toit de l'opéra les personnages d'une mythologie unique, propre à briser le coeur du plus brutal des cavaliers.
Toutes les muses assemblées autour d'Apollon écoutent respectueusement des airs d'une musique-Champagne. Le seul Can Can de l'"Orphée aux Enfers" d'Offenbach serait capable à lui seul de faire danser la multitude, manches retroussées, robes tournantes, à la volette, jambes déliées, déjetées bien haut en vue d'éblouir d'élégance les représentants du sexe opposé.
Mais non, je rêve, les gens de Rennes demeurent comme toujours un peu "manches". Et pourtant, Seigneur Dieu, j’ai pour ma part le sentiment que les deux orchestres de Hollande, descendus des polders, et l'Orchestre de vents d'Orgères produisent deux heures durant un hommage de taille à des morceaux classiques de France. Quelle belle rencontre ! Les variations sur "Au clair de la lune" sont à ravir et font naître des sourires, l'interprétation de "La vie en rose" est exquise. Avec "C'est si bon" l'orchestre d'harmonie prend les caractères d'un jazz-band américain. Même la chanson "Les feuilles mortes"- c'était ta perforée je crois quand tu poinçonnais aux Lilas qu’elle est de Prévert et Cosma - chasse tous les scarabées et cafards nés du début de mai sous la pluie.
Je salue pour ma part les choix originaux opérés parmi les oeuvres de ce siècle où j'ai grandi. "Une belle histoire" nous porte de là-haut dans le brouillard jusque dans le Midi mais aujourd'hui il est ici le Midi, sur la place de la Mairie de Rennes. Le Mistral fait flotter les trois raies rouge-blanc-bleu du drapeau néerlandais aux côtés de celles du drapeau français. Les cigales se sont tues pour écouter les vents. Extrait des lettres du MOULIN l'INOUI nous emmène LOIN. Clarinette devient le nom de la chèvre de M. Bassonguin. Il y a de hauts bois au coeur de la ville et s'il semble - ô terreur - que le sexe est aphone c'est que le sax était faune et que le sous-préfet fait la sieste dans la niche où l'on expose plus de statues de peur qu'elles n'explosent. Car elles ne sont pas minces non plus, les Pagnolades par ici.
Brusquement, sur la fin, ma discrétion jusque-là maintenue serrée au plus près part en flèche et je m'en vais photographier sans honte, dans le pavillon du tuba, cet opéra brisé qui ne touche plus terre, cette grue en col de bouteille, ce lampadaire torsadé qui illumine d'une perspective d'été précoce ce coin si agréable de la place de la Mairie où trois orchestres d'harmonie ont fait résonner ce soir les trompettes de mon enthousiasme.
Moment d'enthousiasme / Jean-Paul
Quelle foule ici ! Vous y admirerez des dames aux chapeaux étranges, aux tailles si minces, si étroites, aux airs si originaux, si étonnants de dignité que vous verrez en elles les grands papillons de la noblesse. La perspective de leurs sourires est un souffle extraordinaire qui s'élève dans les nuées jusqu'à l'amirauté et qui dresse sur le toit de l'opéra les personnages d'une mythologie unique, propre à briser le coeur du plus brutal des cavaliers.
Toutes les muses assemblées autour d'Apollon écoutent respectueusement des airs d'une musique-Champagne. Le seul Can Can de l'"Orphée aux Enfers" d'Offenbach serait capable à lui seul de faire danser la multitude, manches retroussées, robes tournantes, à la volette, jambes déliées, déjetées bien haut en vue d'éblouir d'élégance les représentants du sexe opposé.
Mais non, je rêve, les gens de Rennes demeurent comme toujours un peu "manches". Et pourtant, Seigneur Dieu, j’ai pour ma part le sentiment que les deux orchestres de Hollande, descendus des polders, et l'Orchestre de vents d'Orgères produisent deux heures durant un hommage de taille à des morceaux classiques de France. Quelle belle rencontre ! Les variations sur "Au clair de la lune" sont à ravir et font naître des sourires, l'interprétation de "La vie en rose" est exquise. Avec "C'est si bon" l'orchestre d'harmonie prend les caractères d'un jazz-band américain. Même la chanson "Les feuilles mortes"- c'était ta perforée je crois quand tu poinçonnais aux Lilas qu’elle est de Prévert et Cosma - chasse tous les scarabées et cafards nés du début de mai sous la pluie.
Je salue pour ma part les choix originaux opérés parmi les oeuvres de ce siècle où j'ai grandi. "Une belle histoire" nous porte de là-haut dans le brouillard jusque dans le Midi mais aujourd'hui il est ici le Midi, sur la place de la Mairie de Rennes. Le Mistral fait flotter les trois raies rouge-blanc-bleu du drapeau néerlandais aux côtés de celles du drapeau français. Les cigales se sont tues pour écouter les vents. Extrait des lettres du MOULIN l'INOUI nous emmène LOIN. Clarinette devient le nom de la chèvre de M. Bassonguin. Il y a de hauts bois au coeur de la ville et s'il semble - ô terreur - que le sexe est aphone c'est que le sax était faune et que le sous-préfet fait la sieste dans la niche où l'on expose plus de statues de peur qu'elles n'explosent. Car elles ne sont pas minces non plus, les Pagnolades par ici.
Brusquement, sur la fin, ma discrétion jusque-là maintenue serrée au plus près part en flèche et je m'en vais photographier sans honte, dans le pavillon du tuba, cet opéra brisé qui ne touche plus terre, cette grue en col de bouteille, ce lampadaire torsadé qui illumine d'une perspective d'été précoce ce coin si agréable de la place de la Mairie où trois orchestres d'harmonie ont fait résonner ce soir les trompettes de mon enthousiasme.
Consigne d'écriture 1415-27 du 12 mai 2015 : Vie d'objet
Vie d'objet
Les objets qui nous entourent ont-ils une vie en-dehors de nous ? Quels liens les unissent à ceux qui les manipulent ? Quels sont leurs rapports avec les autres objets ?
Exemple : journal d’un gant de toilette, pensées d’un container, monologue d’un flacon de Chanel n°5.
(consigne de Dominique D.-M. empruntée aux Papous dans la tête)
Du genre un peu dans le cirage question genre / Jean-Paul
Un violon n’a pas quatre pattes. S’il a quatre pattes, c’est qu’il a bouffé des OGM ou que vous avez trop bu. Un violon a quatre cordes, c’est-à-dire deux fois moins qu’une mandoline et deux fois moins que le nombre de gens qui étaient présents dans la salle Mandoline ce mardi.
La salle Mandoline est ce lieu magique où les gens sont sympathiques et rient beaucoup. Grolle Deville 1 et Grolle Deville 2 nous en parlent quand elles sont rangés près de nous dans le placard aux chaussures de la loggia.
Nous on n'a jamais le droit d'y aller à la Maison de quartier de Villejean. La différence entre les grolles de ville et nous c'est un peu celle qu'il y a entre le cabriolet sport du frimeur et le véhicule utilitaire (Trafic, Kangoo ou monospace) du plombier. De toute façon on ne les imagine pas vraiment, Grolle Deville 1 et Grolle Deville 2 en train de turbiner sur les chemins de grande randonnée comme les marathoniens que nous sommes !
42 kilomètres qu’on a parcourus ce week-end ! Oh, pas en une fois, bien sûr ! En trois jours : 16, 22 et 4 et cette fois pas sous la pluie comme l'autre jour en Normandie. Si on file la métaphore avec les bagnoles c'est vrai qu'on est plus souvent sur la route qu au garage, nous. Ce week-end monsieur et Madame K. ont campé près de Lorient mais ils ont fait activités séparées. Lui seul a randonné. Après sa première balade, quand il nous a posés dans l'herbe sous la tente, enfin séparés des Josette qui puent, on a fait la conversation avec Madame Capedepluie.
- J'ai eu chaud, nous a-t-elle dit. Pour son premier pique-nique il a trouvé une souche bien large et bien plate sur le bord de l'étang de Lannénec, là où il y a de très beaux asphodèles. Un moment de lucidité l’a traversé et il a failli me sortir de chez monsieur Sakado où j'étais rangée. S'il avait poursuivi dans cette idée de me transformer en nappe, il m'aurait extirpée du sac et il m’eût sans vergogne aucune étendue sur la souche qui ne dormait que d'un œil. Ensuite il eût posé son fessier sur mon ventre ou sur mon dos. Personnellement j'ai horreur de ces positions qui ne sont même pas dans le Kama soutra ! Mais heureusement son karma foutraque avait décidé de lui jouer un tour à sa façon. Jugeant la souche sèche et chassant la pensée d'un souillage de fond de cale, il a posé dessus celui de son pantalon et sorti son sachet sans souci ni sushis pour étancher sa soif et sa faim sur la souche. Pain au chocolat, banane, abricot, gorgée d'eau.
- On sait, Madame Capedepluie, on était là, on a tout vu grâce à nos œillets !
- Vous n'avez pas d’yeux derrière les chevilles que je sache ? Juste l'estomac dans les talons quelquefois ! Bref la souche a lâché un bon paquet de résines collantes, genre confiture de framboises. Je crois bien que le fute est foutu!
- Dieu merci, a dit Rangdoignon gauche, personne ne se mêle...
- Ah ! Ah ! a éclaté de rire Madame Capedepluie.
- Qu'est-ce qui vous fait rire ?
- Se mêle, semelle, c'est drôle!
- Vous prenez votre pied avec pas grand chose ! Personne ne se mêle de me balancer quand je marche dans la grotte de Giens...
- C'est pas plutôt la grotte de Lourdes et la faïence de Giens ? ai-je suggéré à mon jumeau.
Mais au fait... Je ne me suis pas présenté :je suis Rangdoignon droit. Mon frangin et moi sommes des godillots.
- Je ne sais pas, a-t-il répondu. Je suis aussi nul en contrepets qu'en contredanse. En tout cas, vous, Madame Capedepluie, vous n'avez rien vu du bal à Laïta !
- Désolée, Messieurs les godillots mais vous allez me raconter. Vous savez que je suis une cape de pluie préventive et porte-chance. En général quand il m'emporte, que je pèse 3 kilos sur son dos et prends toute la place dans son sac, il fait toujours beau au-dehors !
- Tatatata ! Attendez ! On vous a vu à l’oeuvre l’autre jour ! Vous étiez de sortie et pas qu'un peu l'autre week-end en Normandie ! On ne voyait que vous et votre capuche jaune fluo tout au long de l'estuaire de la Sienne sous la pluie battante !
- Oh ça va, les Frères croquenots ! On a les mythomanologies qu'on peut! Parlez-nous plutôt de ce que j'ai raté sur la Laïta !
- C'est assez rare que le marcheur randonne tout seul dans la cambrousse. Il était plutôt du genre marcheur urbain jusqu'à il y a peu. Là Madame K. était à un stage de contes dans un camp scout . Alors le samedi il a pris la bagnole et est allé se poser à Guidel-Plage.
- Il ne faisait pas très beau mais sec. Il a trouvé très vite le GR, le chemin de grande randonnée
- Fastoche! Le GR 34 longe la rivière !
- Tout comme en Normandie l’EPR longe Flamanville!
- Au début très bien ! On voit le port du Pouldu en face : des bateaux de plaisance devant des maisons blanches. Il se met en route. Des fleurs partout sur le chemin.
- Le GR très bien ! Balisé, des escaliers, une balustrade en fil de fer tout du long pour éviter les chutes en cas de tremblement de terre ou de lendemain de cuite. Très escarpé mais très bien.
- Ensuite de belles vues sur les coudes de la rivière. Le seul problème c'est le pont de saint-Maurice ! Plus on avançait moins on le voyait se profiler.
- Le paysage devient sauvage et puis soudain à un carrefour, une aubaine ! Une bande de terre qui traverse la rivière pour aller jusqu'à trois maisons posées là sur l'autre rive. Pas besoin d’aller jusqu’au pont ! Mais pourquoi y a-t-il une barrière en travers de ce chemin ?
- Il s'avance en espérant qu'il y aura un passage sur le côté de la barrière. Quelle chance, il y en a un !
- Et il se retrouve sur la rive droite du fleuve alors qu'il venait de la rive gauche. En toute logique il retrouvé le drapeau polonais...
- ...où monégasque, qui indique qu'il est sur la bonne route et c'est justement sur la gauche. Le voilà donc à marcher dans l'autre sens mais en pleine campagne jusqu'à ce que le GR s'enfonce dans les bois, descende à nouveau et fasse demi-tour !
Il se retrouve à nouveau sur la rive gauche de la Laïta à remonter vers le pont de Saint-Maurice alors du coup voilà monsieur qui s'inquiète. Il fallait peut-être que je tourne à droite au lieu de prendre cette bande de terre? Puis soudain il a une illumination : une île ! Je suis passé sur une île!
-Il ne pouvait rien lui arriver de pire pour allonger son chemin et lui faire perdre sont temps ! Si ! Qu'il pleuve !
- Pô grave, j'étais là commente Madame Capedepluie.
- En fait il n'a pas plu et il a fini par apercevoir le pont. Il l'a traversé et on a descendu la rive droite
- On est arrivé avant le Pouldu près d'un embarcadère et là, surprise : des hérons qui faisaient trempette dans le port désert. Ils ne nous ont même pas entendus. C'est la preuve que même en étant des chaussettes à clous on sait la jouer discrètes quand on veut !
- Il a pris des photos ; il a même filmé les oiseaux, dis donc !
- Il va falloir qu'il rachète un disque dur externe! C'est la souris de l'ordi qui est venue nous raconter ça dans le placard à godasses.
- Menteurs ! proteste Mme C.. Elle est encore attachée à l'ordi par un fil !
- Excusez nous, Madame Lacape, on revient d'un stage de conte alors c'est normal qu'on fabule un peu !
- Vous le savez très bien : c'est seulement au pays du Miraginaire que les bottes font sept lieues à chaque pas !
- Que les princesses vont au bal en pantoufles! Et que les godasses de rando et les capes de pluie cassent du sucre sur le dos de leur propriétaire à côté d'un ukulélé rose sous une toile de tente qui en a vu d'autres !
- C'est bien simple si ma tente avait la possibilité de parler de ses sacs rose et bleu, on l'appellerait « Mon oncle » de Tati(e) !
Moi, vernis à ongles, 1 an... bientôt périmé / Laura
Elle m'a acheté ou on lui a offert à l'achat d'un autre produit de beauté.
Elle s'est dit que ma couleur irait bien avec ses vêtements mais elle n'a pas le temps. Enfin, elle ne prend pas le temps. Pour les livres, le sport, la cuisine conforme aux règles de la nutrition, là, elle a le temps !
Mais pour moi, qui demande à ce qu'elle se pose pour que je repose sur ses mains, là, non, madame a toujours quelque chose à la main qui l'empêche d'être une femme vernie !
Si elle allait moins à la bibliothèque, à la piscine, chez le marchand de journaux... Si elle faisait moins de gym, on aurait notre poignée de mains en toute intimité...
Consigne d'écriture 1415-26 du 5 mai 2015 : 4 incipits de Pascal Perrat
4 incipits de Pascal Perrat
Complétez ces propositions de Pascal Perrat empruntées au site Entre2lettres !
Incipit 221 : Elle était née avec une toute petite clé dans la main. Personne ne savait à quoi elle pouvait servir. Papa n'était pas serrurier, maman n'était pas musicienne. Alors on s'interrogeait, qu'est-ce que cela voulait dire ?
Incipit 220 : Monsieur et Madame Valentin, selon les informations en notre possession votre forfait "Je t'aime" est dépassé. Nous vous proposons...
Incipit 218 : Une lame de parquet à sa voisine :La dernière fois que tu as craqué, c'était quand ?
Incipit 215 : JE, TU, IL, ELLE et MOI, on en a marre de se taper tout le boulot, tandis que d'autres mots, bien planqués dans le dico, bossent une fois tous les trente-six du mois. Bathyscaphe, par exemple, ça fait combien de temps qu'il est plongé dans un profond sommeil ? Et...

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