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L'Atelier d'écriture de Villejean

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6 octobre 2026

Consigne d'écriture AEV 2627-05 du mardi 6 octobre 2026


Périphrases

 
 

Aujourd’hui l’animateur n’est pas très exigeant. Il vous demande juste de choisir un sujet qui vous parle dans cette longue liste, de mettre la périphrase qui le désigne en titre de votre texte et de glisser trois autres périphrases au moins de cette liste ou d'autres de votre invention dans votre copie.

 

Périphrase

explication

Le (petit) père des peuples

Staline

Le 36 quai des Orfèvres

Le Siège de la Police judiciaire

Le 9e art

La Bande dessinée

L'abbaye de Monte-à-regret

L’Échafaud

L'armée des ombres

La Résistance

Les auteurs de mes jours

Mes parents

Le balai de l'intestin

La salade

La Belle Époque

Le début du XXe siècle

La bête à bon Dieu

La coccinelle

Les bijoux de famille

Les testicules

Le billet vert

Le dollar

Le boulevard des allongés

Le Cimetière

Le char vaporeux de la reine des ombres

La Lune

Le château-la-pompe

L’eau

Le chevalier sans peur et sans reproche

Bayard

La cité des doges

Venise

La cité interdite

Le Palais impérial de Pékin

Les commodités de la conversation

Les fauteuils ou les chaises

Le conseiller des grâces

Le miroir

La Dame de fer

Margaret Thatcher

Dégraisser le mammouth

Licencier

La der des ders

La Guerre de 14-18

Le Divin Marquis

Sade

La douloureuse

L’addition

L'empereur à la barbe fleurie

Charlemagne

L'étoile du berger

Vénus

Les étranges lucarnes

La télé

La fille de l'écume

Vénus anadyomène

Le fléau de Dieu

Attila

La fourchette du père Adam

Les doigts

La gent trotte-menu

Les souris

Le Grand Timonier

Mao Tsé Toung

La Grosse Pomme

New-York

En habit d'Ève

Toute nue

L'herbe à Nicot

Le tabac

L'homme aux semelles de vent

Rimbaud

L'île de beauté

La Corse

La langue de Molière

Le français

Une longue maladie

Un cancer

Un mal qui répand la terreur

La peste

Les mangeurs de grenouilles

Les Français

La Mecque du cinéma

Hollywood

La messagère du printemps

L’Hirondelle

Le métier de Bellone

La guerre

Le mont de Vénus

Le pubis féminin

Le mot de Cambronne

Merde !

Un mouton de Panurge

Un conformiste

L'oiseau de Minerve

La chouette

Périphrase

traduction

L'or noir

le pétrole

Un panier à salade

Un fourgon cellulaire

Une partie fine

une partouze

Le père de la fable

Esope

La perfide Albion

L’Angleterre

Les perles de la bouche

Les dents

Le Petit Caporal

Bonaparte

Le petit coin

Les W.C.

Le petit papier rose

le permis de conduire

La petite reine

le vélo

La grande boucle

Le Tour de France

Le piano du pauvre

L’accordéon

La planète bleue

La Terre

La plus belle avenue du monde

Les Champs-Élysées

La plus noble conquête de l'homme

Le cheval

Le plus vieux métier du monde

La prostitution

La Première Dame

La compagne du président

Un professeur des écoles

un instituteur

La Pucelle d'Orléans

Jeanne d’Arc

Le quatrième pouvoir

La presse

Un référentiel bondissant

un ballon

Le Rocher

Monaco

Le roi des animaux

le lion

Le roi des dieux

Zeus

Le Roi-Soleil

Louis XIV

La sainte canaille

le peuple

Le sexe faible (ou le beau sexe)

la femme

Les sœurs filandières

les Parques

Le talon d'Achille

le défaut de la cuirasse

La Terre promise

Israël ou la Palestine

Le toit du monde

L’Everest

Tourner autour du pot

tergiverser, parler à mots couverts

Charenton

l’asile d’aliénés

La Venise du Nord

Amsterdam ou Bruges

Le Vert-Galant

Henri IV

La Vieille dame du quai Conti

L’Académie française

La Ville lumière

Paris

La Ville rose

Toulouse

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6 octobre 2026

Le Conseiller des grâces / Lili

 

La trentaine assumée, les traits réguliers sans fadeur, la moustache lustrée par ce que l’on pourrait appeler un tic, les cheveux magistralement décoiffés, les yeux légèrement fermés comme à la recherche d’une vérité à venir, Martin se regardait. Tous les matins il retirait le rideau qui masquait le grand miroir installé au pied de son lit pour se nourrir de ses reflets toujours avisés.

 

 

Il avait appelé son miroir le Conseiller des grâces en lui donnant la mission de le rendre, lui Martin, de plus en plus beau de jour en jour. Personne d’autre que lui n’avait le droit de prendre rendez-vous avec le Conseiller. Les entrevues étaient strictement privées.

Martin s’immobilisait devant lui. La lumière nimbait son corps d’athlète dont il entretenait la fraîcheur avec maints onguents. Il avait appris à déceler chez le Conseiller la moindre contrariété. Mais qu’as-tu à me reprocher ? Je sens que ça ne va pas…

Martin attendait un conseil, une réprimande. Arrivé au summum de sa beauté, il doutait de lui, inquiet.

 

Dans les reflets du miroir, était-ce lui ou le Conseiller qui était le plus beau ? Comment savoir ? N’y avait-il pas un peu d’insolence dans ce frou-frou de lumière cueillant le vol d’une mouche égarée ? Parfois le Conseiller semblait se retirer derrière un nuage de poussière. Fuyait-il ? Refusait-il de se rendre à l’évidence ? Martin était le plus beau.

C’est alors qu’il se rapprochait du miroir et l’enlaçait tendrement en le nommant le Roi des Dieux quand la nuit avait été douce, ou bien le Roi Soleil quand l’aube avait caressé son portrait encadré juste au-dessus de la tête du lit, ou bien encore le Roi des animaux quand il faisait du chant du coq une victoire personnelle sur l’innocence du monde.

 

Martin était heureux. Bien qu’il s’énervât parfois sur son double, il pensait que fréquenter assidûment le Conseiller lui permettait d’avoir un regard critique permanent sur tous les attraits de son corps. Il aimait le Conseiller et le Conseiller l’aimait. C’était un couple dont Martin ne parlait à personne. Cette harmonie qui émanait d’eux pourrait faire des jaloux. Le Conseiller pourrait avoir envie de se faire voir ailleurs, de partager sa perfection avec un autre, de tomber dans la vulgarité. Cette idée lui était insupportable.

Il avait défendu à quiconque de passer le seuil de sa chambre.

 

Mais un jour alors que Martin avait invité sa sœur et sa nombreuse famille à fêter l’anniversaire de leurs grands-parents – dont l’ancienne beauté tombée en ruine le faisait mourir d’anxiété – le petit Lucas se faufila dans la pièce interdite. Il vit le miroir, se planta devant, lui fit quelques grimaces, rit à fossettes déployées, tenta une passe avec un feu follet de ballon et en mal équilibre s’écroula sur le Conseiller des grâces qui dans un long craquement bascula et vola en éclats.

Martin blême et tremblant accourut. Le Conseiller gisait par terre en mille morceaux. Il n’était plus que reflets ternes décomposés à l’infini. Martin se mit à genoux et tenta de redonner la vie à son amant en rassemblant son corps rompu, exposé aux regards étrangers.

Ce jour-là, on entendit une ambulance arriver dans le quartier et l’on vit Martin sortir de l’immeuble les bras tendus devant lui, les mains et le visage ensanglantés.

Aveugle.

 

 

29 septembre 2026

Consigne d'écriture AEV 2627-04 du mardi 29 septembre 2026

 

Le Bon endroit

 

Chère écrivante, cher écrivant, tout va bien. Vous êtes mort·e mais vous avez de la chance : vous êtes arrivé·e au bon endroit : au paradis !

 

Racontez comment vous êtes accueilli·e, ce qu’on trouve ici pour le confort de votre repos éternel et surtout dites-nous pourquoi vous avez cette drôle d’impression : quelque chose cloche ! Pour bien comprendre ce qui se passe, vous pouvez piocher des pistes dans la liste ci-dessous :

 

Tout va bien - Je voulais voler - Alerte catastrophe apocalyptique - Ce que nous devons à l'autre - La douleur éternelle - Le meilleur espoir - Un club qui m'accepterait comme membre - Quelle est ma motivation ? - Le pari risqué - Tout est top - Le club des intellos - Le chasse-neige - Rupture héréditaire - Le pire usage possible du libre arbitre - Ne laissez pas filer la bonne vie - Voir la lame du temps - Pandémonium - Résolution, danse, danse - L'équipe cancrelas - Crise existentielle - Le dilemme du tramway - Sauts d’anges - La meilleure version - D'autres projets - Une fille qui vient d'Arizona - La taupe - Tu aideras ton prochain - Irrévocables funérailles - La réponse - T’as changé, mec ! - Moi aussi je déteste le lundi - Quand vous êtes prêt

 

Vous pouvez également vous inspirer d’une ou des deux images ci-dessous

 

 

 

N.B. L'image, qui a servi à confectionner un puzzle de 1000 pièces, est signée de Michael Ryba

 

La consigne est inspirée de la série "The Good place". Les "pistes" sont les titres des épisodes.

 

29 septembre 2026

Ce que nous devons à l'autre / Marie Sylvie

 

 

 

Ils arrivent à la queue leu leu comme si la mort avait conservé l’ordre des chaînes de montage.

L’usine a explosé et avec elle l’idée rassurante que chacun possède un corps bien à soi.

Dans le passage entre les mondes

Quelque chose

Une main maladroite

Un souffle cosmique

Un tri approximatif

Les a rafistolés avec des morceaux qui ne leur appartenaient pas.

 

Un bras d’un autre.

Un œil qui a vu des choses qu’ils n’ont jamais vécues.

Une mèche de cheveux qui porte la mémoire d’un inconnu.

Ils avancent ainsi porteurs de fragments d’autrui comme si la mort avait voulu leur rappeler ce que nous devons à l’autre même dans l’ultime traversée.

 

Le gardien du Paradis les observe.

Il n’est pas méchant seulement débordé par la complexité du réel.

Lorsque le premier défunt s’approche il fronce les sourcils : 

Le corps qu’il voit ne correspond à aucune catégorie de son registre.

Il croit voir une contradiction vivante

Un être qui échappe aux cases.

Il se trompe bien sûr mais les erreurs du gardien sont toujours des révélations déguisées.

 

- Je… je ne sais pas où vous placer ! dit-il. Vous semblez… composite. Peut-être que vous n’êtes pas attendu ici.

 

Le défunt ne comprend pas.  

Il n’a pas vu son propre corps rafistolé.  

Il ne sait pas qu’il porte en lui une mosaïque d’histoires.

 

- Ailleurs ? répète-t-il.

 

- Oui… l’autre endroit.

Celui où l’on envoie les âmes plus… complexes.

 

- L'Enfer ?

 

Le défunt sourit

Un sourire qui n’appartient peut-être pas entièrement à lui.

 

- L’Enfer ?

Mais j’en viens.

 

Il repense à l'explosion

À la chaleur

À la panique.

 

- Là-bas j’ai vu la lame du temps descendre sur nous. 

J’ai senti le monde se défaire.

Si c’est ça l’Enfer alors je l’ai déjà traversé.

 

Le gardien hésite.

Il regarde ce corps composite

Ce puzzle humain.

Et soudain il comprend :

Ce n’est pas un problème

C’est une crise existentielle incarnée.

Une question vivante.

Un être qui porte en lui la preuve que l'identité n'est jamais un bloc

Mais un pari risqué

Une construction fragile

Un assemblage de souvenirs

De gestes

De rencontres.

 

- Entrez ! dit-il enfin.

Même si je ne sais pas encore qui vous êtes, vous êtes ici.

Et parfois c’est tout ce que le paradis demande.

 

Les ouvriers franchissent la porte.

Un vent doux les accueille.

Mais ce vent n’efface pas la question qui les suit comme une ombre :

Qui suis-je ... si je suis fait de morceaux d’autres vies ?

 

Dans cet endroit rien ne brûle

Rien ne s’effondre.

Et pourtant chacun sent que le vrai travail commence maintenant :

Réapprendre à être soi

Ou accepter que le soi n’est qu’une fiction utile

Un assemblage mouvant

Un meilleur espoir pour traverser le monde sans se perdre.

 

29 septembre 2026

Le Paradis ? Lili

 

Je n'en reviens pas ! On m'avait dit que je devais rester dans la cité, à la périphérie de la ville, dans la banlieue, là où les tours tutoient les pylônes électriques. Ma vie n'était pas exemplaire, même un peu chaotique. « Tu mérites le purgatoire ! » m’avait dit mon dernier amant, et j'en avais bien conscience. Rien chez moi n’est exemplaire, je n’ai jamais aimé m’ennuyer, alors à moi les aventures en tout genre.
 

Et puis je me trouve là, dans une ville aux fenêtres ouvertes sur un peuple d'anges occupés à gérer le quotidien normal. Il y a ceux qui chantent, ceux qui font sécher leur linge, ceux qui se baladent en carrosse, puis ceux qui ne font rien. L'ocre des façades resplendit sous un ciel au bleu parfait. Tout semble animé et en parfaite harmonie. Est-ce le paradis ? Si oui, tout doit être permis. Ici, on porte auréole et paires d'ailes. Y a-t-il un service d'entretien ? Je ne me sens pas du tout préparée à vivre dans ce monde de Bisounours où tout est top.
 

 

On vient de poser une auréole juste au-dessus de ma queue de cheval, je sens mes cheveux s'électriser comme sous le casque d'un coiffeur. Ça brille, pas moyen d'échapper aux regards. En fait, personne ne me regarde. Chacun va à ses occupations, le sourire aux lèvres. Je sens des démangeaisons dans le dos, on me greffe une paire d'ailes. Vais-je pouvoir voler ? Un vieux rêve à réaliser.
 

 

Voilà, je suis équipée, j'ai tout ce qu'il faut pour être heureuse. Je suis au paradis. Mais pourtant ce décor, ces façades baroques aux ocres rutilants, cette orgie de masques heureux, ce grouillement de vie où tout l'espace est occupé, serait-ce un carnaval ? Mais je n'entends pas de musique, je ne sens pas d'odeurs, je vois tout à la fois. Je suis en même temps aigle et petite fourmi. J'essaie de crier, rien ne sort. Je vais marcher. C’est alors qu’aussitôt un pas franchi, je vole. Mes ailes de petit ange m'empêchent de marcher. Une bénédiction ? Je suis peut-être en apprentissage, celui du bonheur aseptisé. Je voudrais vraiment savoir ce qu'il y a derrière les murs. Peut-être n'est-ce qu'un décor de carton-pâte ? Il faudrait que je remonte la rue pour savoir s'il y a une porte, s'il y a quelque chose au-delà. Suis-je condamnée à porter ailes et auréole ? J'ai peur d'avoir perdu ma liberté.


Peut-être y a-t-il d'autres paradis, moins parfaits ?
 

S'il vous plaît madame, où est le bureau des réclamations ?

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29 septembre 2026

La Paradis / Anne J.

 

... vers un club qui m'accepterait comme membre après d'irrévocables funérailles

 

 

- Allo ? Le paradis ? Je voudrais parler au bureau des entrées au paradis, s' il vous plaît  ?

 

- C'est à quel sujet ?

 

- J'aimerais faire une réservation pour mon éternité et voir avec vous quelles sont les conditions d'accueil et de logement que vous proposez.

 

- Je vous passe la secrétaire.

 

C’est que, peut être, c'est comme pour trouver un généraliste, un opthalmo ou un dentiste : il y a très peu d'offres et beaucoup de demandes, il ne faut pas s'y prendre à la dernière minute.

 

Personnellement je ne suis pas pressée et j'attendrai bien un peu avant de m'embarquer dans la charrette de l'Ankou.

 

Peut être qu'on n'accepte pas tout le monde et qu'il faut montrer un certificat de bonne conduite ou un passeport acceptable ou bien qu'il faut être parrainée par une personnalité religieuse et de bonne moralité ?

 

Et puis je ne voudrais pas y être avec n'importe qui, ni dans des conditions déplaisantes : c'est que ce sera ma dernière demeure pour un temps que l'on dit éternel après d'irrévocables funérailles !

 

- Est ce qu'on peut choisir sa place sur l'hémicycle ? J'aimerais être plutôt à gauche sur le perchoir, loin des bien pensants de l'extrême-droite s'il y en a ?

 

- C'est possible, oui.

 

- J'éviterais bien aussi les bigotes de la paroisse, les dames patronnesses, les curés aux mains baladeuses, les fans de la liturgie intégriste, les communistes soviétiques, les dictateurs de tout bord, les paramilitaires et même les militaires tout court.

 

- Je vais vérifier mais je pense que certains n'ont pas accès au paradis.

 

- Merci , autre chose , voilà, euh…

 

- Oui ?

 

- Sur les publicités qui circulent sur les réseaux sociaux et sur certains blogs, j'ai vu des photos qui me font craindre le pire.

 

- C'est à dire ?

 

- C'est très peuplé, le paradis, et moi j'aime les plages désertes et les étendues vierges. Une ville bruyante, surpeuplée, grouillante de gens de toutes sortes, d'anges et de serviteurs, de mères de famille et de marmots braillards, très peu pour moi. Je veux du calme, du silence, des petits oiseaux et des arbres.

 

- C'est qu 'il y a du monde depuis 2000 ans à avoir demandé une place !

 

- Il y a des chiens au paradis ? C'est que je n'aime pas les chiens, par contre quelques chats , je ne serais pas contre . Et on mange bien ? C'est important, la cantine, tous les vieux en maison de retraite vous le diront, c'est l'unique sujet de conversation qui ne fâche personne.

 

- Avec la météo.

 

- Absolument ! Il pleut un peu au paradis ? Jusqu'à cet été, j'aurais réclamé un endroit ensoleillé toute l'année mais avec ce qu'on a vécu dernièrement, trois mois de pluie nous rafraîchiraient.

 

- Je comprends.

 

- Et on y va comment au paradis ? Je préférerais un transport rapide genre seringue et produit léthal injectable plutôt qu'une longue agonie dans la charrette de l'Etre à la faux ou bien une chute mortelle à vélo ou un infarctus massif, rien en tout cas qui ressemble à un TGV Ouigo annulé à la dernière minute ou à un avion bloqué sur le tarmac des heures pour une grève des personnels au sol ou je ne sais quoi dans ce genre !

 

- Une capsule spatiale fabriquée par Elon Musk ? Et gérée par l'IA ? Une voiture électrique sans pilote ?

 

- Pas sûr, on pourrait dévier de route et se retrouver en enfer, à griller sur un barbecue avec de méchants diablotins !

 

- Pour le logement ?

 

- Mon souhait ressemblerait à ce que j'ai actuellement, je suis comme les chats, je n'aime pas trop changer d'environnement, une petite maison avec un jardin potager sans mauvaises herbes, avec des fraises et des framboises toute l'année, des voisins aimables, un gazon qui ne pousse pas , des fleurs toute l'année et un grand hamac entre deux arbres en pensant que j'aurais retrouvé toute ma souplesse pour y monter car bien sûr, au paradis, on reste jeune éternellement et donc agile, lisse et beau ?

 

- Faut peut être pas trop demander !

 

- J'ajouterais bien du chocolat, des amis, les gens qu'on aime, de la musique, du théâtre, le cinéma et la mer ! Et aussi des ateliers d'écriture avec des animateurs sympas.

 

 

La secrétaire, je le voyais bien, commençait à s'impatienter, surtout qu'une longue file s'était formée derrière moi, des gens qui tenaient en main des formulaires, des laisser-passer, des recommandations et tendaient l'oreille pour entendre mes considérations.

 

- Si vous êtes intéressée, prenez un formulaire à droite !

 

- Très bien , je vais prendre le temps d'y réfléchir ! Après tout j'ai encore quelques années devant moi, peut être ?

29 septembre 2026

La Cité radieuse / Marie-Thé

 

Elle rêvait d’une autre vie, Violette. La crise de la quarantaine, ça la travaillait.

 

– Pour une fille comme moi qui vient de l'Arizona, pourquoi suis-je venue dans ce coin perdu des Appalaches pour guider en montagne des gens hyper friqués en recherche de sensation fortes ?

 

Le mois dernier, j'ai balancé mon mec. Il draguait les donzelles. En dix ans il a trop changé. 

 

Aujourd'hui, Violette a un coup de déprime. Elle n’aime pas le lundi, trop triste. Pour se distraire, elle va voler, faire des sauts d’ange avec un ULM.

 

Hélas, son dernier saut d’ange, Violette l'a raté. Quelques jours plus tard, elle se réveille dans un carrosse tiré par des chevaux.

 

– Vous êtes au bon endroit, lui dit le cocher en arrêtant le véhicule.

 

 

La voilà dans un autre monde, une cité radieuse. Des personnes avec des ailes, comme des anges, lui tournent autour, des immeubles construits comme dans l’antiquité, pleins de couleurs, et partout des gens joyeux, dans la rue et aux fenêtres des femmes et des hommes habillés comme au moyen âge, des oiseaux qui volent autour d'elle, des chants, de la musique, de la joie.

 

Son carrosse est reparti. Un petit homme tout de rouge vêtu lui dit :

 

- Vous êtes au bon endroit, Si vous trouvez un club qui vous accepte, vous serez toujours heureuse.

 

Violette ne comprend rien, elle voulait du changement dans sa vie, ici c'est au-delà de ses espérances.

 

Elle rentre alors dans un immeuble près d'une tour et se met à explorer les étages. Des couloirs, des portes aux noms bizarres : « Le meilleur espoir », « Le club des intellos », « Pandémonium » et beaucoup d'autres encore. Elle monte plus haut et découvre une pièce qui s'appelle « La salle mandoline ». Elle pousse la porte. Quelques personnes sont là, entourées de centaines de cahiers. L'une d'elles lui dit :

 

- Nous vous attendions, venez, vos amis de Villejean nous rejoindront un de ces jours ! Pour passer le temps, on écrit et on lit nos histoires.

 

- Où suis-je ? demande Violette

 

- Eh bien, vous êtes au paradis, ma chère, là où on est heureux pour l'éternité.

 

- Sur terre j'étais en pleine crise existentielle mais, quand même, c'est pas un peu long et ennuyeux, l'éternité ?

 

 

29 septembre 2026

Le Bon endroit / Jean-Paul

 

« Tout va bien, tout va bien... » Il est bon, lui, le grand Saint Pierre !

 

Tout au long de ma vie, j'ai quand même eu d'autres projets que celui de mourir ! Je n'ai jamais imaginé, du reste, de me retrouver au paradis, pas plus qu'en enfer, même si de ne pas avoir de religion, de ne pas applaudir le pape quand il vient en France, de ne pas porter Bolloré, Retailleau et de Villiers dans mon cœur — l'équipe Cancrelat, comme je l'appelle —, c'est sans doute un péché mortel qui eût dû me valoir les flammes de Belzébuth ou les marais du Yeun Elez ou même plus simplement le purgatoire.

 

Alors bon, je vais devoir m'y faire à la douleur éternelle qui se profile. Être au paradis, être devenu un ange, avoir une auréole en permanence au-dessus de la tête, ne plus avoir de sexe - Horreur, malheur, salsa du démon ! - et porter des ailes dans le dos.

 

Moi, je voulais voler ? J'ai toujours été aérodromophobique sur Terre, jamais pris l'avion. Bilan carbone tellement négatif que la semaine avant mes irrévocables funérailles, j'ai été éjecté d'un questionnaire en ligne sur le sujet une fois que j'eus répondu que je prenais le bus et que je marchais pour mes déplacements en ville.

 

- Vous ne serez pas dépaysé, m'a dit Saint Pierre. Ici, on ne se déplace qu'à pied. Il n'y a qu'une carriole tirée par un cheval, mais c'est pour le fun. Ça va ? Vous avez encaissé la situation ? Si tout est top, quand vous êtes prêt, je vous emmène voir votre logement.

 

Alerte catastrophe apocalyptique ! Le paradis est plus peuplé encore qu'une mégalopole asiatique. C'est La Grosse Pomme et Paris en 1850 ! C'est Bruxelles qui bruxelles avec des omnibus, des messieurs en gibus et des dames en crinoline. C'est le Moyen Âge avec un haut du pavé, des chiens errants, un seul balayeur, un seul agent de la circulation, un distrait qui renverse des paniers et marche sur des œufs, un punk avec walkman qui plane en patins à roulettes. Ne manquent plus que des trottinettes électriques, des vélos sur les trottoirs, des joggers à foison et on se croirait à Rennes en 2026.

 

 

On m'a logé en en haut à gauche de l'immeuble, au second étage. C'est petit, la fenêtre située entre les moulures baroques. Bon, je suis sorti faire un tour. J'ai cherché un resto mais j'avais oublié ce que m'a dit Saint Pierre : « On n'a plus faim ni soif ici, vous n'avez plus de besoins philosophiques. » Il s’est repris après ce lapsus révélateur : « de besoins physiologiques. »


 

De fait, il n'y a ni café, ni bancs publics. J'ai dit bonjour aux habitants mais ils ne m'ont pas répondu. C'est pourtant le minimum de ce que nous devons à l'autre, non ? J'ai comme l'impression d'être entré dans un club qui m'accepterait comme membre, mais qui sentirait bien que je marche sur la pointe des pieds, que je descends en chasse-neige, que je suis du genre à faire le pire usage possible du libre arbitre.

 

Quelle est ma motivation pour rester ici ? Est-ce que j'ai un moyen de sortir ? Si je ne peux pas intégrer un club des intellos, si je ne peux pas donner la meilleure version de moi-même en aidant mon prochain à s'exprimer dans un atelier d'écriture ou une chorale, je vais vite me retrouver en crise existentielle !

 

Et puis, j'ai regardé la fenêtre de l'appart’ en dessous de chez moi. On y voyait un couturier, des épingles dans la bouche, qui ajustait une robe par-dessus la plus belle paire de seins que j'aie jamais vue de ma vie !

 

 

J'avais la réponse. Je suis remonté, j'ai accroché un petit mot au bout d'un fil. C'était un pari risqué, mais de fait, j'avais peut-être réellement gagné le paradis. J'ai fait descendre mon message par la fenêtre. Sur le papier, j'avais écrit : « Isaure Chassériau, je vous ai reconnue, je vous AI-AI-AI-ME ! »

29 septembre 2026

Bienvenue au paradis / Josiane

 

Le voyage fut long et très inconfortable. Au fur et à mesure, je me vis dépouillée de tous les attributs de mon séjour sur Terre. Mais à l'arrivée, moi qui faisais partie des gens qui ne sont rien, je fus reçue comme un roi. Un carrosse, rien que ça, m'attendait. À l'intérieur, des coussins moelleux, des boissons enivrantes et toutes sortes de douceurs que je m'étais interdites afin de ne pas arriver trop vite là où j'étais. 

 

Car, je venais de l'apprendre par la bouche d'une charmante hôtesse aux ailes d'ange, j'étais passée de vie à trépas. Mais, bonne nouvelle selon elle, j'étais au bon endroit. La nouvelle n'était pas si bonne que ça à mon sens, car j'avais laissé dans l'autre monde mes amis, mes amours… et, je dois le concéder, les emmerdes aussi. 

 

Comme tout a une fin, même dans ce monde nouveau pour moi, le voyage en carrosse terminé, je me vis déposée au milieu d'une foule, certes ailée et auréolée, mais bruyante à souhait. Dans une ville étrange aux rues étroites, grouillante de vie, ce qui était un paradoxe. 

 

 

À ma grande stupéfaction, je vis que là aussi on faisait la police, certes avec une auréole et des ailes dans le dos, mais la police tout de même. J'avisai aux fenêtres des ailes d'ange qui séchaient. Parce que là aussi il faudra faire la lessive, me dis-je ?

 

 

J'avais quitté la cohue des villes encombrées du XXIᵉ siècle pour la cohue du paradis, moi qui pensais trouver un jour le repos éternel. On m'adjugea un logement coquet et étrangement il ressemblait à ce dont j'avais toujours rêvé, comme si on avait lu dans mes pensées. Mais l'essentiel me manquait. Quand tout à coup : « T'as changé mec ! », quelqu'un m'interpella. Et là, tout venait de basculer. Je venais de retrouver l'ami très cher de mon enfance, celui qui, parti trop tôt, avait laissé en moi ce grand vide que je n'avais jamais su combler. Mais oui, bien sûr ! J'allais retrouver là ceux qui étaient partis avant moi. Il me faudrait parcourir les ruelles encombrées, frapper à toutes les portes, mais… n'avais-je pas l'éternité devant moi ?

22 septembre 2026

Consigne d'écriture AEV 2627-03 du mardi 22 septembre 2026

​

Prosopopée

 

Faites parler un objet, un animal, une plante. De son environnement proche, de tout, de rien, des sujets que vous trouverez dans la liste suivante. A défaut, truffez son discours de mots ou de noms de cette liste.

 

Alain Souchon - Alléluia - Angela - Annapurna - Arthur Rimbaud - Auguste Renoir - Aveu - Baie des anges - Barcarolle - Belle au bois dormant - Belle époque - Brigitte Bardot - Cassel - Champollion - Concours Lépine - Corrida - Courage - Crème Chantilly - Dame de cœur - Docteur Watson - Dynastie - Edith Piaf - Fifty fifty - Grand nord - Ibiza - La Marseillaise - La Passionnata - Lampion - Le Grand huit - Les quatre saisons - Macha Méril - Mélodie - Moin moin - Parfum de rêve - Petit marquis - Rayon de soleil - René Goscinny - Rêverie - Rêves de gosse - Saint-Exupéry - Souvenir d’enfance - Vœux de bonheur
 


 

 

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