Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'Atelier d'écriture de Villejean

Publicité
29 septembre 2026

Consigne d'écriture AEV 2627-04 du mardi 29 septembre 2026

 

Le Bon endroit

 

Chère écrivante, cher écrivant, tout va bien. Vous êtes mort·e mais vous avez de la chance : vous êtes arrivé·e au bon endroit : au paradis !

 

Racontez comment vous êtes accueilli·e, ce qu’on trouve ici pour le confort de votre repos éternel et surtout dites-nous pourquoi vous avez cette drôle d’impression : quelque chose cloche ! Pour bien comprendre ce qui se passe, vous pouvez piocher des pistes dans la liste ci-dessous :

 

Tout va bien - Je voulais voler - Alerte catastrophe apocalyptique - Ce que nous devons à l'autre - La douleur éternelle - Le meilleur espoir - Un club qui m'accepterait comme membre - Quelle est ma motivation ? - Le pari risqué - Tout est top - Le club des intellos - Le chasse-neige - Rupture héréditaire - Le pire usage possible du libre arbitre - Ne laissez pas filer la bonne vie - Voir la lame du temps - Pandémonium - Résolution, danse, danse - L'équipe cancrelas - Crise existentielle - Le dilemme du tramway - Sauts d’anges - La meilleure version - D'autres projets - Une fille qui vient d'Arizona - La taupe - Tu aideras ton prochain - Irrévocables funérailles - La réponse - T’as changé, mec ! - Moi aussi je déteste le lundi - Quand vous êtes prêt

 

Vous pouvez également vous inspirer d’une ou des deux images ci-dessous

 

 

 

N.B. L'image, qui a servi à confectionner un puzzle de 1000 pièces, est signée de Michael Ryba

 

La consigne est inspirée de la série "The Good place". Les "pistes" sont les titres des épisodes.

 

Publicité
22 septembre 2026

Consigne d'écriture AEV 2627-03 du mardi 22 septembre 2026

​

Prosopopée

 

Faites parler un objet, un animal, une plante. De son environnement proche, de tout, de rien, des sujets que vous trouverez dans la liste suivante. A défaut, truffez son discours de mots ou de noms de cette liste.

 

Alain Souchon - Alléluia - Angela - Annapurna - Arthur Rimbaud - Auguste Renoir - Aveu - Baie des anges - Barcarolle - Belle au bois dormant - Belle époque - Brigitte Bardot - Cassel - Champollion - Concours Lépine - Corrida - Courage - Crème Chantilly - Dame de cœur - Docteur Watson - Dynastie - Edith Piaf - Fifty fifty - Grand nord - Ibiza - La Marseillaise - La Passionnata - Lampion - Le Grand huit - Les quatre saisons - Macha Méril - Mélodie - Moin moin - Parfum de rêve - Petit marquis - Rayon de soleil - René Goscinny - Rêverie - Rêves de gosse - Saint-Exupéry - Souvenir d’enfance - Vœux de bonheur
 


 

 

​

22 septembre 2026

Annapurna, la voix de haute altitude / Marie Sylvie

 

 

Je suis Annapurna
La Belle au bois dormant des cimes
Étendue dans mon manteau de neige depuis la nuit des temps.  
On croit que je dors mais je veille.  
Je veille sur les pas des vivants
Sur leurs élans
Leurs peurs
Leurs rêves de gosses qui viennent se frotter à mes falaises comme des oiseaux trop téméraires.

 

J’ai connu la belle époque des premiers alpinistes.
Ces silhouettes minuscules qui gravissaient mes flancs avec un parfum de rêve accroché au souffle.  
Ils me parlaient comme on parle à une Dame de cœur  
Avec respect
Avec fièvre
Avec cette naïveté qui me touche encore malgré ma roche dure.

 

Dans mes crevasses les souvenirs d'enfance du monde se sont déposés :  
Des rires
Des peurs
Des promesses
Des vœux de bonheur murmurés dans le vent.  
Je les garde.
Je les protège.
Je les laisse résonner comme une mélodie fragile entre mes parois.

Je traverse les quatre saisons sans jamais bouger.  
Le Printemps me dépose un rayon de soleil sur l’épaule.
L’Été me dénude.
L’Automne me peint.
L’Hiver me couronne.

 

Et pourtant je ne suis pas immobile.  
Je bouge dans le cœur de ceux qui me regardent.  
Je deviens leur rêverie 
Leur défi
Leur vertige
Leur refuge.  
Je deviens ce qu’ils cherchent sans le dire.

 

Je suis Annapurna.  
Je ne demande rien.  
Je reçois tout.  
Et lorsque un être humain se tient devant moi
Minuscule mais brûlant de vie
Je lui souffle en silence :  

 

" Monte si tu veux 
Mais sache que je ne suis pas un sommet.  
Je suis une question. "

22 septembre 2026

…, / Lili

 

Bien sûr, je crains la canicule comme tout le monde, même plus que tout le monde. Je sais que cette catastrophe peut intervenir plus tôt que prévu. Je sais que le sol tiédit de plus en plus. Je n’ai aucun abri pour lutter contre cette malédiction.

 

Mais vais-je seulement exister ? Vais-je pouvoir rouler et rouler encore avec le plaisir de sentir mon corps s’arrondir et ma tête se poser avec douceur sur mon buste aguerri ?

 

Vais-je retrouver mes yeux de charbon, mon nez de carotte, ma pipe au bord des lèvres, mon cache-nez tricoté main ?

 

J’ai peur, comprenez-moi. Si la neige ne tombe pas, on m’oubliera. J’existerai uniquement dans les contes pour enfants sages. Je ressemblerai à deux boules de coton ridicules posées sur le flanc d’une montagne aux ombres grises.

 

Et si j’existe, je ne serai plus que le souvenir de moi-même. Je deviendrai un tas de boue gelée piétinée par des passants pressés de rentrer chez eux. Il n’y aura plus de cris d’enfants aux joues groseille, plus de chiens pour renifler mon ventre rebondi, plus de crissement de la neige pour tasser mes reliefs, plus de caresses du soleil couchant pour iriser mon corps assoupi.

 

J’attends là-haut que les nuages décident de mon sort. Ils sont si légers, si indifférents, si capricieux. Ils me parlent d’un ailleurs où la neige ne fond jamais. Ils me disent que c’est le cimetière des bonhommes comme moi.

 

Je crois que mon heure est venue. Je vais retrouver les miens là-bas, au Grand Nord.

 

 

22 septembre 2026

La Belle au tictac dormant / Anne J.

 

Je suis depuis de nombreuses années réduite au silence : il paraît que mon tic-tac bruyant énerve les gens à l’heure où juste les vieux possèdent une montre et où les jeunes savent à peine lire l'heure sur un cadran. Mais enfin, disent-ils, il est 15 h 17, c'est écrit sur mon téléphone, trop cool !
 

Il est vrai aussi que je sonne toutes les demi-heures, un coup à la demie et le nombre d'heures aux heures, alors à minuit je sonne les douze coups, romantique, non ?
 

Ne parlons pas des amis insomniaques qui ne peuvent imaginer une nuit hachée en morceaux d'une demi-heure ! Eux, ils me détestent.

 

Je suis pourtant une belle pendule comtoise avec des poids, une petite clé pour me remonter et un beau cadran blanc et or en chiffres romains, très bourgeoise et distinguée.
 

La maison où je vis aujourd’hui n'est pas ma première demeure et, souffrant d'amnésie, je ne saurais dire à quel moment je suis née et où. Mais j'en ai vu des choses dans ma vie, voyez vous !

 

 

Je ne me souviens de rien avant de me retrouver dans un salon rue Edmond Rostand dans une maison bourgeoise, un peu avant la guerre de 1939 : grande table de salle à manger, petite cheminée décorative, chaises et buffet imposants, j'étais au fond près de la fenêtre qui donnait sur la rue et on me remontait chaque semaine avec soin car je devais sonner les heures dans cette maison qui avait connu la guerre, les bombardements, les restrictions alimentaires et une belle histoire d'amour entre une jeune infirmière et un apprenti chirurgien venu du Nord.

 

Dix ans après est apparue une petite fille avec la jeune femme devenue mère et j'ai entendu des rires dans cette maison quand elle a fait ses premiers pas accrochée au dos d'un des chiens de chasse du grand père. D'autres enfants ont suivi, quatre je crois, qui venaient avec leur mère le jeudi chez grand-père et mamie parce qu’eux ils avaient un jardin, tout petit, mais à cet âge-là le tout petit est immense : ça courait, ça sautait, ça inventait, ça jouait. Je les vois encore faire du ski dans les allées gravillonnées avec des planches de bois attachées sur leurs souliers et des longs bâtons ou faire du vélo dans les minuscules chemins bordés de myosotis. Des rêves de gosses et des souvenirs d'enfance.

 

 

Mon jour de gloire et de prestige c'était le déjeuner du 1er janvier, chaque année. Il se faisait traditionnellement dans cette maison : il y avait les propriétaires de la maison, dits Grand père et Mamie, déjà un peu âgés, le grand-père grand et gros avec bedaine, gilet et montre à gousset, la mamie minuscule, vêtue de noir et de dentelles avec un petit chapeau à voilette sur ses cheveux mauves. Il y avait la sœur de la mamie, la tante couturière avec son vieil appareil photo Leica et sa tenue chic. Ces deux-là ne s'entendaient pas du tout et parfois se tiraient la tronche et même la langue en catimini, je les voyais le faire en douce et je voyais les enfants interloqués pouffer de rire. Il y avait les cinq enfants, que la mère essayait de faire tenir tranquilles. Il y avait le père qui arrivait de l’hôpital et se tenait dans un coin, en tant que pièce rapportée. Il y avait la tatie Mado quand elle n'était pas de service qui parlait de ses voyages et d'un monde lointain qui faisait rêver.

 

Je sonnais les heures paisibles et les heures difficiles, les heures de solitude et les heures de fêtes.
 

J'ai cessé de sonner quand est parti le grand-père, j'ai sonné irrégulièrement ensuite, quand on pensait à me remonter, pas la mamie car elle était trop petite même grimpée sur son petit banc.
 

Je n'ai plus sonné quand la mamie est partie et puis j'ai déménagé.
 

Dans un appartement étranger, on m'a remise en route mais, mal calée, je boitais un peu ; on m'a stoppée pour préserver le sommeil des mères et des enfants, j'ai continué de marquer le temps et de voir passer les années mais de manière irrégulière.
 

Nouveau déménagement et me voilà dans une maison avec des volets orange. Ici je sers plutôt de décoration, on avait perdu ma clef glissée dans un carton, on a négligé de me caler et de me faire sonner, je suis un peu vieille, un peu fragile et j'ai pris ma retraite.
 

Seul le chat de la maison m'a trouvé une utilité, il y cache les souris qu'il attrape chaque jour et quand elles sont vivantes, c'est séance de chatouilles avec leurs petites griffes sur mon bois.
 

J'éclate de rire et je sonne de joie silencieusement pour ne déranger personne.
 

La prochaine fois que vous me verrez, saluez-moi et écoutez bien.

Vous entendrez sonner le rire de la pendule et résonner les histoires de sa vie.

Publicité
22 septembre 2026

Mon amie la rose / Maryvonne

 

« On est bien peu de chose,
et mon amie la rose me l'a dit ce matin ».

 

Elle m'a dit aussi :

 

 

« Le fait que je sois la rose m'en impose. On me dit la reine des fleurs, souvent droite et raide dans ma dignité royale, ma couronne de pétales joliment organisée évolue au cours de ma vie.

 

Je parle aux femmes et aux hommes dans un langage simple : si j'ai soif je penche la tête, si je suis en colère je pique, de quelques gouttes de rosée je fais un collier de perles pour faire éclater ma beauté.

 

J'ai un pouvoir phénoménal quand je deviens un cadeau, une offrande, une récompense mais surtout une preuve d'amour.

 

Je suis omniprésente sur les tissus d'ameublement, sur les vêtements sur les tableaux. Ah les tableaux ! Quand je les vois arriver avec leurs pinceaux, leurs palettes et leurs couleurs, je pose. Monsieur Renoir, Redouté et bien d'autres me font la cour. On est amoureux de moi et je peux même dire que je suis le symbole de l'amour.

 

 

En littérature, celui qui s'est longuement penché sur mon cas avec brio, qui m'a donné la parole avant toi, chère Maryvonne, c'est ce bon Antoine de Saint-Exupéry. Il m'a donné une âme et une mission, sitôt que je sors de terre. Il a su expliquer comment je peux devenir unique au cœur d'un ami.

 

Et, plus fort encore, merci Monsieur Aragon qui m'a donné un rôle politique ! Avec mon copain le réséda nous méritons la légion d'honneur pour unir celui qui croyait au ciel et celui qui n'y croyait pas, pour enfin lutter ensemble contre la swastika, fleur vénéneuse. Plus tard j'ai aussi été prise en otage par un parti politique.

 

J'avais souvent autrefois un parfum de rêve quand je venais des temps anciens avec les atouts de mes ancêtres. Aujourd'hui après quelques erreurs de manipulations génétiques mon parfum est plus banal. On m'a imposé d'être présente aux quatre saisons, ça me rend plus ordinaire.

 

Qu'importe, je chipote, je chipote ; je reste la passionata des parterres, la dame de cœur associée aux vœux de bonheur....LA ROSE quoi ! Alléluia ! ».

 

 

22 septembre 2026

Si tu veux faire mon bonheur... / Jean-Paul

 

 

C'est incroyable comme elles sont prétentieuses, mes voisines ! Au concours Lépine de la vanité, c'est à qui, parmi elles, déposera l'invention la plus incroyable !

 

 
Au pied de leur immeuble à ciel ouvert, elles ont fait poser leur plaque, en lettres dorées sur fond vert. Tu parles d'un interphone ! Il n'y a même pas de bouton pour appuyer ! De toute façon, qu'est-ce qu'elle te répondrait, La Belle au bois dormant ? Qu'est-ce qu'elle te chanterait, La Barcarolle ? Qui voudrait monter consulter le docteur Watson ?
 

 

Dressées dans les hauteurs, se croyant sur l'Annapurna, elles jouent les stars. L'une s'est baptisée Brigitte Bardot, l'autre Macha Méril. Il y a même une Édith Piaf mais elle ne connaît même pas la mélodie de La Vie en rose !
 
Certaines se prennent pour des agences de voyage : Ibiza ! Baie des Anges ! La Marseillaise ! Grand Nord ! Cassel ! Les deux dernières destinations collent bien du reste avec leur froideur manifeste. Voisiner avec ce moulin sur une butte au plat pays aura-t-il pour effet de leur rabattre le caquet ?

 

Non mais franchement, quelle mégalomanie ! D'autres sont prêtes à changer de sexe pour être admirées sous un nom emprunté à un écrivain plus ou moins respectable. Saint-Exupéry, d'accord, on comprend qu'il soit leur idole. René Goscinny, pourquoi pas, lui était génialement drôle mais elles, que connaissent-elles au rire des hommes ? Alain Souchon. Mmouais, c'est juste un chanteur, lui. Arthur Rimbaud, alors là, c'est le contresens définitif : un vagabond, un marcheur qui pue des pieds, un sanglier des Ardennes, un scandaleux, une corrida permanente, le moins moins de la littérature, le séraphin du lampion !
 
Certes, je veux bien le reconnaître, au premier rayon de soleil, ces dames dégagent un parfum de rêve et d'aucuns les mettraient bien en bouquet pour souhaiter aux marié·e·s du Thabor tous leurs vœux de bonheur.
 
Mais mes voisines ne sont pas libres. Interdiction de les cueillir ! Elles sont comme le chien de La Fontaine : étiquetées, cataloguées, numérotées. Fonctionnaires. Emprisonnées dans les serres en hiver. Seules avec leur psychose, envoyées sur les roses, les roses, ce qui, vous l'avouerez, ne manque pas de piquant.
 
***
 
Tiens ! Quelqu'un se baisse sur mon parterre. Et ce quelqu'un me fait bon accueil. Il me cueille, me recueille dans le creux de sa main. Je vais enfin pouvoir voyager, quitter ce jardin trop caniculaire. Diable, j'ai trouvé mon Faust !
 
Mais… mais il est con, lui ! Voilà… voilà qu'il m'arrache un pétale, puis un autre… Qu'est-ce qu'il dit, cet imbécile ? « Un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout, un peu… » Et pourquoi on ne m'en a pas donné à moi, d'abord, des épines ?
 

 

22 septembre 2026

Le Renard égaré / Marie-Thé

 

Ah qu’il est agréable ce rayon de soleil sur ma fourrure trempée par la neige qui fond !

 

Les humains pensent qu’un renard possède une fourrure qui le tient au chaud. Moi, je sors de la minuscule planète du Petit Prince de Saint Exupéry où il faisait si bon. Après une secousse, j’ai été propulsé sur la Terre et je me retrouve sur un terrain où des enfants courent après un ballon qu’ils envoient dans une cage. Lorsqu’ils y arrivent, ça les fait crier de joie !

 

 

Planqué dans un coin je me demande de quelle manière je pourrais accéder à la campagne avec des volailles pour casser la croûte. Tout autour de moi ce sont des immeubles semblables à des cages à lapin, hautes de plusieurs étages qui m’empêchent de découvrir l’horizon.

 

J’ai déjà trouvé un petit mulot de rien du tout. Ce dont j’ai besoin, c’est d’une poule pour satisfaire ma faim et d’une renarde pour me tenir chaud. Je l’apprivoiserai et nous aurons une famille de renardeaux.

 

Ce soir, je me camoufle dans une cave pour y passer la nuit. Demain j’aviserai.

 

Soudain, dans la nuit, j’entends du bruit. Je n’ose pas bouger ni sortir par la porte entrouverte. Dans le couloir, un homme sort un jeu de clés. « Qui c’est celui-là ? Il a une drôle de tête, ce type-là ! ». C’est le concierge qui, sans un regard à l’intérieur, ferme à clé la porte de la cave. Au matin je pointe le bout de mon museau. Le drôle de mec, les cheveux en bataille vient déverrouiller la porte. Me découvrant, le bougre me saisit, m’enlève en grognant et m’embarque dans son fourgon, destination la forêt la plus proche. *

 

Là, il s’arrête, ouvre la porte du véhicule et je retrouve ma liberté. Depuis une heure, je cours comme un dératé dans la nature. Je hume chaque terrier pour trouver un parfum de rêve, celui de la renarde qui voudra bien me suivre. Ça prendra du temps mais je ne suis pas pressé. Je peux rêver tranquillement de ma future famille.



* Nous sommes une espèce protégée, merci les écolos ! »

22 septembre 2026

Moi c'est Filou / Lilousoleil

 

Moi, c’est Filou. Un bâtard noble, croisé de fox-terrier et de je-sais-quoi. Je parle, personne ne m’écoute, tant pis, je vous raconte tout.

 

Ce matin, j’ai vu passer un pigeon. Voilà. C’est déjà pas mal, une journée. Les humains croient que je ne pense à rien — et c’est vrai que je ne pense pas beaucoup — mais je pense fort.

 

Hier soir, à la télé, il y avait une corrida. Figurez-vous que ça m’a remué le museau. Un taureau énorme, noir, fumant de colère, face à un bonhomme en habits de lumière qui agite un chiffon rose. J’ai pas compris pourquoi le monsieur ne mordait pas. Moi, à sa place, j’aurais mordu. Deux fois. Le mien de combat, c’est contre le facteur : je perds à chaque fois, il a des croquettes dans la poche, c’est un adversaire déloyal.

 

Le maître, justement. Parlons du maître. Sa voix, c’est ma boussole. Quand il dit « Filou » sur le ton grave, je me fais tout petit derrière le canapé. Quand il le dit sur le ton aigu, en penchant la tête, c’est promenade, c’est bonheur, c’est Paradis. Toute une vie de chien tient dans les fréquences d’une seule voix. C’est Extraordinaire, non ? Enfin, pour moi. Pour vous, c’est juste un monsieur qui parle à son chien.

 

Parfois il me nomme en regardant la mer. Nous sommes allés une fois sur la Baie des Anges. Moi qui croyais que les anges, ça nageait pas. Il m’a posé sur le bord de l’eau, j’ai aboyé aux vagues pendant trois heures — elles répondaient jamais, mais elles revenaient toujours, têtues. J’adorerais bien y retourner. Les galets là-bas, ça fait un bruit de croquettes géantes sous les pas. C’est trompeur, mais c’est joli.

 

Un souvenir d’enfance ? J’en ai un. Avant les croquettes du maître, il y a eu l’odeur d’une niche immense, une maman chaude et une fratrie de huit morveux qui me marchaient dessus. Le premier jour chez le maître, j’ai hurlé toute la nuit. Il est descendu en pyjama, il s’est assis par terre à côté de moi, et il est resté. C’est là que j’ai décidé qu’il était le mien. Les chiens décident vite. C’est notre version de l’éternité.

 

Et puis il y a la Crème Chantilly. Vous savez, cette mousse blanche et sucrée qu’il met sur les fraises en été ? L’an dernier, il m’en a donné une lichette. J’ai vu le Paradis des anges de la Baie des Anges, justement. Depuis, je m’assois sous la table dès que j’entends le shhhhooooot de la bombe de crème. Le maître dit que je suis ridicule. Le maître a raison. C’est pour ça qu’on s’entend.

 

 

Voilà. J’ai parlé de tout, de rien, du taureau, des anges, du pyjama et de la Chantilly.

 

Maintenant, si vous voulez m’excuser — le pigeon est revenu.

 

Filou, élevé à la voix de son maître 🦴

22 septembre 2026

Elle… et moi / Laura

 
Elle voudrait écouter Alain Souchon
Aller à la messe chanter Alléluia
Et danser sur « Angela » et Daho
La barcarolle ou la java
 
Avec elle, je sais que je n'irai pas
Monter l' Annapurna
Mais je suis allée grâce à elle
 
Voir la tombe de Rimbaud
La maison de Renoir à Cagnes
Elle n'a pas besoin de me faire l'aveu
 
Je sais qu'elle ne m'aime pas beaucoup
Pourtant, elle me chante « Nice,
Baie des Anges »
 


Je l'empêche parfois de jouer
A la Belle au bois dormant
Elle regrette la Belle Époque
 
Où elle me trouvait érudit,
Je l'ai vue pleurer à la mort
De Bardot. Par contre,
 
Je n'étais pas à Cassel
Où elle aimerait retourner
Et j'en serais alors
  
Elle projette d'aller voir
Le musée Champollion
Je trouve qu'elle a du courage
 
C'est ma dame de Coeur
Et je suis son Docteur Watson
Parfois trop Dr Jekyll à son goût
 
Je la captive, je la capture
Je suis son écran, de poche
Ou de salon : ouverture
 
Sur le monde
Ou drogue qui inonde
D'un flux immonde
 

Publicité
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 200 > >>
L'Atelier d'écriture de Villejean
Publicité
Publicité
Derniers commentaires
Archives
Publicité