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L'Atelier d'écriture de Villejean

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6 octobre 2026

Consigne d'écriture AEV 2627-05 du mardi 6 octobre 2026


Périphrases

 
 

Aujourd’hui l’animateur n’est pas très exigeant. Il vous demande juste de choisir un sujet qui vous parle dans cette longue liste, de mettre la périphrase qui le désigne en titre de votre texte et de glisser trois autres périphrases au moins de cette liste ou d'autres de votre invention dans votre copie.

 

Périphrase

explication

Le (petit) père des peuples

Staline

Le 36 quai des Orfèvres

Le Siège de la Police judiciaire

Le 9e art

La Bande dessinée

L'abbaye de Monte-à-regret

L’Échafaud

L'armée des ombres

La Résistance

Les auteurs de mes jours

Mes parents

Le balai de l'intestin

La salade

La Belle Époque

Le début du XXe siècle

La bête à bon Dieu

La coccinelle

Les bijoux de famille

Les testicules

Le billet vert

Le dollar

Le boulevard des allongés

Le Cimetière

Le char vaporeux de la reine des ombres

La Lune

Le château-la-pompe

L’eau

Le chevalier sans peur et sans reproche

Bayard

La cité des doges

Venise

La cité interdite

Le Palais impérial de Pékin

Les commodités de la conversation

Les fauteuils ou les chaises

Le conseiller des grâces

Le miroir

La Dame de fer

Margaret Thatcher

Dégraisser le mammouth

Licencier

La der des ders

La Guerre de 14-18

Le Divin Marquis

Sade

La douloureuse

L’addition

L'empereur à la barbe fleurie

Charlemagne

L'étoile du berger

Vénus

Les étranges lucarnes

La télé

La fille de l'écume

Vénus anadyomène

Le fléau de Dieu

Attila

La fourchette du père Adam

Les doigts

La gent trotte-menu

Les souris

Le Grand Timonier

Mao Tsé Toung

La Grosse Pomme

New-York

En habit d'Ève

Toute nue

L'herbe à Nicot

Le tabac

L'homme aux semelles de vent

Rimbaud

L'île de beauté

La Corse

La langue de Molière

Le français

Une longue maladie

Un cancer

Un mal qui répand la terreur

La peste

Les mangeurs de grenouilles

Les Français

La Mecque du cinéma

Hollywood

La messagère du printemps

L’Hirondelle

Le métier de Bellone

La guerre

Le mont de Vénus

Le pubis féminin

Le mot de Cambronne

Merde !

Un mouton de Panurge

Un conformiste

L'oiseau de Minerve

La chouette

Périphrase

traduction

L'or noir

le pétrole

Un panier à salade

Un fourgon cellulaire

Une partie fine

une partouze

Le père de la fable

Esope

La perfide Albion

L’Angleterre

Les perles de la bouche

Les dents

Le Petit Caporal

Bonaparte

Le petit coin

Les W.C.

Le petit papier rose

le permis de conduire

La petite reine

le vélo

La grande boucle

Le Tour de France

Le piano du pauvre

L’accordéon

La planète bleue

La Terre

La plus belle avenue du monde

Les Champs-Élysées

La plus noble conquête de l'homme

Le cheval

Le plus vieux métier du monde

La prostitution

La Première Dame

La compagne du président

Un professeur des écoles

un instituteur

La Pucelle d'Orléans

Jeanne d’Arc

Le quatrième pouvoir

La presse

Un référentiel bondissant

un ballon

Le Rocher

Monaco

Le roi des animaux

le lion

Le roi des dieux

Zeus

Le Roi-Soleil

Louis XIV

La sainte canaille

le peuple

Le sexe faible (ou le beau sexe)

la femme

Les sœurs filandières

les Parques

Le talon d'Achille

le défaut de la cuirasse

La Terre promise

Israël ou la Palestine

Le toit du monde

L’Everest

Tourner autour du pot

tergiverser, parler à mots couverts

Charenton

l’asile d’aliénés

La Venise du Nord

Amsterdam ou Bruges

Le Vert-Galant

Henri IV

La Vieille dame du quai Conti

L’Académie française

La Ville lumière

Paris

La Ville rose

Toulouse

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6 octobre 2026

Le Char vaporeux de la Reine des ombres / Josiane

 

 

Quand le char vaporeux de la Reine des ombres
Apparaît dans le ciel plongé dans la pénombre
L'Étoile du berger, astre qui la précède,
Brille déjà aux cieux, éclairant les ténèbres.

La belle en habit d'Ève contemple en son miroir
Les perles de sa bouche et ses longs cheveux noirs.

Elle effleure du doigt le conseiller des grâces
Et esquisse un sourire qu'elle dédie à la nuit.
La pluie sur les carreaux joue une mélodie.
Ce matin l'hirondelle au toit a fait son nid,
Annonçant le printemps et toute sa folie.

Sur la planète bleue, pur joyau suspendu,
Les lumières s'éteignent sur le noir absolu.

 

 

6 octobre 2026

La Planète bleue / Jean-Paul

 

J'ai vécu 10 ans et 3 mois dans la Ville Lumière, celle qui a succédé à Lutèce, celle dont la devise est « Fluctuat nec mergitur ». Je n'ai pas fréquenté plus que cela la plus belle avenue du monde, celle que chante Joe Dassin, celle sur laquelle la Grande Muette organise ses défilés militaires.

N'en déplaise à la réputation que l'on pourra faire de ce fait à mes bijoux de famille, je ne suis pas monté sur la Dame de Fer. Je ne parle pas de la Première ministre de la perfide Albion que le chanteur Renaud proposait de s'offrir comme réverbère quotidien, mais de la fille d'Auguste, celle que Monsieur Eiffel a construite en 1889 et qu'on n'a jamais démontée depuis.

À l'époque où j'ai vécu à Paris, la Première Dame se prénommait Anne-Aymone. Elle était l'épouse d'un dénommé Valéry qui trouvait malin de s'inviter chez les Français et d'y jouer du piano du pauvre. Il n'était pas assez talentueux cependant pour pouvoir rivaliser avec Yvette Horner qui parcourait la France en jouant de l'accordéon dans la caravane de la Grande Boucle, pendant que Miguel Indurain, Eddy Merckx, Bernard Hinault ou je ne sais plus qui faisaient souffrir tout le peloton des adorateurs de la petite reine.


Plutôt qu'au personnel politique, je m'intéressais à l'époque — j'avais juste 20 ans — au septième art et au neuvième art, le cinéma et la bande dessinée, ainsi qu'à la musique et aux romans essentiellement policiers et de science-fiction.

 

 

Je me baladais, non pas sur l'avenue chère à Joe Dassin, mais dans une errance virtuelle entre le 36 du quai des Orfèvres où officiait le commissaire Maigret, l'agence Fiat Lux de la rue des Petits-Champs, proche de mon lieu de travail, où l'on trouvait l'homme qui met le mystère K.O., Nestor Burma, et l'Étoile du Berger ou la Nébuleuse d'Andromède d'où l'on pouvait apercevoir la planète bleue qui est la nôtre chez Philip K. Dick ou Clifford D. Simak.

Eh oui, je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître !

Moi, je ne suis pas ici pour raconter ma vie. Mais ces résidus de la mémoire, ces souvenirs sans gloire mais sans honte, les bribes de ce temps où l'on n'avait pas encore de « petit nettoyeur énervé de la dalle d'Argenteuil », de « Monsieur Du Gras-Double de la chambre haute », de « traverseurs de rue adeptes du jet-ski », ce Paris quasi modianesque, tout cela, j'y ai repensé aujourd’hui dans le bus n° 11, détourné ce midi à cause du grand contournement des manifestations lycéennes.

Bien que ce ne soit pas là le trajet le plus court pour aller au stade de la route de Lorient, le chauffeur est revenu de la gare vers la rue de Châteaudun. Je me suis rendu compte, en passant là, que je ne savais même pas où se trouve la ville de Châteaudun.

Je me suis demandé aussi s'il y avait une rue de Rennes à Châteaudun. Ce serait la moindre des politesses ! Nous avons une rue de Paris à Rennes et il y a une rue de Rennes à Paris ; j'y allais tous les mardis, à la Fnac, faire le plein de disques vinyles. D'un autre côté, il n'y a pas de rue de Rennes à Venise. Et nous, pour marquer le souvenir de la cité des Doges, qu'avons-nous ?

 



Peut-être juste l'eau de la Vilaine, qui est devenue aussi verte que celle du Grand Canal depuis qu'elle est couverte de jussie et d'autres plantes envahissantes. Et qui est-ce qui va payer encore la douloureuse du nettoyage de cette pollution, hein ? Le cochon de payant ? Le « contribuabe » ? Celui à qui on a collé 3 000 milliards de dettes à l'insu de son plein gré ? Ne tournons pas autour du pot, la réponse est « oui ».

6 octobre 2026

La plus noble conquête de l’homme / Marie-Thé

 

      Perchée sur la plus noble conquête de l’homme, les pieds coincés dans les étriers, les rênes tendues, je chevauche à travers la forêt à la recherche de mon groupe de cavaliers.


   Certains week-ends, nous partons aux aurores pour effectuer un long parcours sur les berges de la Garonne et dormir le soir dans une ferme aux alentours de la ville rose.

 

 

Mais voilà, ce matin j’ai raté le départ. Un cheval, c’est haut perché. Je n’arrivais pas à grimper sur la selle, puis j’ai entendu le gazouillis des messagères du printemps et admiré leur danse rapide dans le ciel. J’étais un peu rêveuse jusqu’au moment où j’ai réalisé que mon groupe était parti.

Alors, je démarre au galop afin de rattraper mon retard. Manque de chance, je tourne au mauvais endroit. Depuis plusieurs heures je cavale, allée après allée, pour trouver celle qui débouche sur le fleuve. Suis-je dans un labyrinthe ?
 

De plus, on dirait que ma jument, cette grande bringue, se moque de moi. Elle s’arrête, broute quelques touffes d’herbe, étanche sa soif dans un ruisseau et devient nerveuse.
 

Je panique. Que vais-je devenir ? Je n’ai aucun sens de l’orientation. Est-ce que je vais passer la nuit dehors ?
 

Tout à coup surgit un cycliste qui me croise et continue son chemin.
 

Je l’appelle en criant. Il fait demi-tour et me dit « Pourquoi criez-vous si fort ? Je ne suis pas sourd, en plus vous m’avez fait peur !».
 

Pas très fière de moi, je lui explique ma situation. Les perles de sa bouche sont si blanches, si bien alignées que je suis sous le charme. Du haut de ma monture, je lui fais mon plus beau sourire.
 

Ce macho, prenant des airs de maître d’école, me fait la leçon. « La gent féminine ne devrait pas se promener à cheval, seule dans la forêt. C’est dangereux. Allez, suivez-moi avec votre canasson, je connais la ferme, je vais vous guider pour aller au bon endroit.».
 

Lorsque nous sommes arrivés, il lève la main avec un sourire malicieux et repart.
 

Après cette mésaventure, je prends la résolution de m’acheter une petite reine, c’est nettement plus docile que la plus noble conquête de l’homme !

 

 

6 octobre 2026

L'Ennui / Anne J.

 

Hier soir, sur la chaîne franco-allemande ARTE, nous avons été invités à nous poser une question existentielle : « L'ennui a-t-il une utilité dans ce monde de fous furieux ? ».

 

Et pour illustrer ce propos, l'animateur nous a invités à contempler un écran fait d'un fond de mer bleu sur lequel tombait la pluie pendant la minute de son intervention.

 

Pour conclure ensuite : «  Vous venez de vous offrir une minute sans information »et d'ajouter qu'il avait épuisé sa minute et nous laissait seuls répondre à la question.

 

Idée géniale, j'ai trouvé et que beaucoup d'hommes importants pourraient reprendre avant de nous dire n'importe quoi et de répondre à n'importe quelle question : car nos gouvernants manquent d'ennui. Je propose donc qu'on leur paie une cure dans un endroit où ils auront pour unique tâche de s'ennuyer : un endroit sans rien, face à une colline jadis verte, à une montagne couverte de neige, à un glacier en train de fondre, à une rivière où les poissons agonisent par manque d'eau, à une forêt calcinée par les derniers incendies, à une mer indifférente mais trop chaude ou face au boulevard des allongés de leur commune, dans un absolu silence et une solitude que seuls viendront troubler quelques spécimens de la gent trotte-menu passant par là .

 

J'ai toujours aimé me balader dans les cimetières, ces lieux paisibles où on peut à loisir admirer les fleurs et lire des épitaphes élogieuses, comme si le monde n'était plein que « de papas attentionnés, d'épouses aimantes, de grands-oncles généreux, de maris ou de femmes fidèles, d'enfants chéris et de grands parents attentifs ». Dans ce territoire où règnent les sœurs filandières pour les uns et le fantôme de l'Ankou pour les autres, les bruits du monde nous parviennent comme assourdis et ça fait du bien de temps en temps.

 

Quand nous étions enfants c'était le but préféré de nos balades à vélo, ce que nous évitions de raconter aux parents ! Ensuite nous allions quémander un verre d'eau au bistrot du village, certains que la loi interdisait de refuser un verre d'eau du robinet à ceux qui en font la demande ; mais c'était dans le siècle d'avant.

 

On pourrait aussi envoyer l'homme à la mèche blonde, le serpent aux yeux froids, le jeune antisémite au sourire carnassier, les dignitaires enturbannés, les porteurs de kippa, dans l'espace avec une fusée des fous de l'IA, les laisser contempler la planète bleue et les récupérer tous ramollis après 408 jours en apesanteur.

 

 

Pendant ce temps là on travaillerait à arrêter les guerres et rendre la vie plus belle : on en profiterait pour faire une fête gigantesque et danser comme des fous au rythme du piano du pauvre. Ensuite on leur présenterait la douloureuse et ils devraient sortit leurs billets verts du fond de leur coffre-fort pour payer leur voyage.

 

Mais revenons à la question de fond : c'est quoi l'ennui ?

Ne rien faire ? Mais non, çà c'est plutôt un genre de paradis !

Contempler et laisser ses idées dériver doucement ?

Non, ça c'est préparer le texte de l'atelier d'écriture

Car que serait le monde sans une dose quotidienne d'ennui ?

Pas de créativité, pas de rêverie, pas de temps perdu et retrouvé.

 

Aussi la prochaine fois que mon petit filleul de 4 ans dira :  « Je m'ennuie», quand on regarde les apprentis gymnastes qui s’entraînent à la salle des sports en attendant sa sœur qui termine son cours de danse, je lui dirai :  « Ennuie-toi, petit gars, et prends exemple sur le roi des animaux : il ne s'ennuie pas, il profite et se prépare pour une nouvelle expérience de chasse. Crois-en la sagesse de l'oiseau de Minerve, la chouette !

 

 

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6 octobre 2026

Le Conseiller des grâces / Lili

 

La trentaine assumée, les traits réguliers sans fadeur, la moustache lustrée par ce que l’on pourrait appeler un tic, les cheveux magistralement décoiffés, les yeux légèrement fermés comme à la recherche d’une vérité à venir, Martin se regardait. Tous les matins il retirait le rideau qui masquait le grand miroir installé au pied de son lit pour se nourrir de ses reflets toujours avisés.

 

 

Il avait appelé son miroir le Conseiller des grâces en lui donnant la mission de le rendre, lui Martin, de plus en plus beau de jour en jour. Personne d’autre que lui n’avait le droit de prendre rendez-vous avec le Conseiller. Les entrevues étaient strictement privées.

Martin s’immobilisait devant lui. La lumière nimbait son corps d’athlète dont il entretenait la fraîcheur avec maints onguents. Il avait appris à déceler chez le Conseiller la moindre contrariété. Mais qu’as-tu à me reprocher ? Je sens que ça ne va pas…

Martin attendait un conseil, une réprimande. Arrivé au summum de sa beauté, il doutait de lui, inquiet.

 

Dans les reflets du miroir, était-ce lui ou le Conseiller qui était le plus beau ? Comment savoir ? N’y avait-il pas un peu d’insolence dans ce frou-frou de lumière cueillant le vol d’une mouche égarée ? Parfois le Conseiller semblait se retirer derrière un nuage de poussière. Fuyait-il ? Refusait-il de se rendre à l’évidence ? Martin était le plus beau.

C’est alors qu’il se rapprochait du miroir et l’enlaçait tendrement en le nommant le Roi des Dieux quand la nuit avait été douce, ou bien le Roi Soleil quand l’aube avait caressé son portrait encadré juste au-dessus de la tête du lit, ou bien encore le Roi des animaux quand il faisait du chant du coq une victoire personnelle sur l’innocence du monde.

 

Martin était heureux. Bien qu’il s’énervât parfois sur son double, il pensait que fréquenter assidûment le Conseiller lui permettait d’avoir un regard critique permanent sur tous les attraits de son corps. Il aimait le Conseiller et le Conseiller l’aimait. C’était un couple dont Martin ne parlait à personne. Cette harmonie qui émanait d’eux pourrait faire des jaloux. Le Conseiller pourrait avoir envie de se faire voir ailleurs, de partager sa perfection avec un autre, de tomber dans la vulgarité. Cette idée lui était insupportable.

Il avait défendu à quiconque de passer le seuil de sa chambre.

 

Mais un jour alors que Martin avait invité sa sœur et sa nombreuse famille à fêter l’anniversaire de leurs grands-parents – dont l’ancienne beauté tombée en ruine le faisait mourir d’anxiété – le petit Lucas se faufila dans la pièce interdite. Il vit le miroir, se planta devant, lui fit quelques grimaces, rit à fossettes déployées, tenta une passe avec un feu follet de ballon et en mal équilibre s’écroula sur le Conseiller des grâces qui dans un long craquement bascula et vola en éclats.

Martin blême et tremblant accourut. Le Conseiller gisait par terre en mille morceaux. Il n’était plus que reflets ternes décomposés à l’infini. Martin se mit à genoux et tenta de redonner la vie à son amant en rassemblant son corps rompu, exposé aux regards étrangers.

Ce jour-là, on entendit une ambulance arriver dans le quartier et l’on vit Martin sortir de l’immeuble les bras tendus devant lui, les mains et le visage ensanglantés.

Aveugle.

 

 

29 septembre 2026

Consigne d'écriture AEV 2627-04 du mardi 29 septembre 2026

 

Le Bon endroit

 

Chère écrivante, cher écrivant, tout va bien. Vous êtes mort·e mais vous avez de la chance ! Vous êtes arrivé·e au bon endroit : au paradis !

 

Racontez comment vous êtes accueilli·e, ce qu’on trouve ici pour le confort de votre repos éternel et surtout dites-nous pourquoi vous avez cette drôle d’impression : quelque chose cloche ! Pour bien comprendre ce qui se passe, vous pouvez piocher des pistes dans la liste ci-dessous :

 

Tout va bien - Je voulais voler - Alerte catastrophe apocalyptique - Ce que nous devons à l'autre - La douleur éternelle - Le meilleur espoir - Un club qui m'accepterait comme membre - Quelle est ma motivation ? - Le pari risqué - Tout est top - Le club des intellos - Le chasse-neige - Rupture héréditaire - Le pire usage possible du libre arbitre - Ne laissez pas filer la bonne vie - Voir la lame du temps - Pandémonium - Résolution, danse, danse - L'équipe cancrelas - Crise existentielle - Le dilemme du tramway - Sauts d’anges - La meilleure version - D'autres projets - Une fille qui vient d'Arizona - La taupe - Tu aideras ton prochain - Irrévocables funérailles - La réponse - T’as changé, mec ! - Moi aussi je déteste le lundi - Quand vous êtes prêt

 

Vous pouvez également vous inspirer d’une ou des deux images ci-dessous

 

 

 

N.B. L'image, qui a servi à confectionner un puzzle de 1000 pièces, est signée de Michael Ryba

 

La consigne est inspirée de la série "The Good place". Les "pistes" sont les titres des épisodes.

 

29 septembre 2026

Ce que nous devons à l'autre / Marie Sylvie

 

 

 

Ils arrivent à la queue leu leu comme si la mort avait conservé l’ordre des chaînes de montage.

L’usine a explosé et avec elle l’idée rassurante que chacun possède un corps bien à soi.

Dans le passage entre les mondes

Quelque chose

Une main maladroite

Un souffle cosmique

Un tri approximatif

Les a rafistolés avec des morceaux qui ne leur appartenaient pas.

 

Un bras d’un autre.

Un œil qui a vu des choses qu’ils n’ont jamais vécues.

Une mèche de cheveux qui porte la mémoire d’un inconnu.

Ils avancent ainsi porteurs de fragments d’autrui comme si la mort avait voulu leur rappeler ce que nous devons à l’autre même dans l’ultime traversée.

 

Le gardien du Paradis les observe.

Il n’est pas méchant seulement débordé par la complexité du réel.

Lorsque le premier défunt s’approche il fronce les sourcils : 

Le corps qu’il voit ne correspond à aucune catégorie de son registre.

Il croit voir une contradiction vivante

Un être qui échappe aux cases.

Il se trompe bien sûr mais les erreurs du gardien sont toujours des révélations déguisées.

 

- Je… je ne sais pas où vous placer ! dit-il. Vous semblez… composite. Peut-être que vous n’êtes pas attendu ici.

 

Le défunt ne comprend pas.  

Il n’a pas vu son propre corps rafistolé.  

Il ne sait pas qu’il porte en lui une mosaïque d’histoires.

 

- Ailleurs ? répète-t-il.

 

- Oui… l’autre endroit.

Celui où l’on envoie les âmes plus… complexes.

 

- L'Enfer ?

 

Le défunt sourit

Un sourire qui n’appartient peut-être pas entièrement à lui.

 

- L’Enfer ?

Mais j’en viens.

 

Il repense à l'explosion

À la chaleur

À la panique.

 

- Là-bas j’ai vu la lame du temps descendre sur nous. 

J’ai senti le monde se défaire.

Si c’est ça l’Enfer alors je l’ai déjà traversé.

 

Le gardien hésite.

Il regarde ce corps composite

Ce puzzle humain.

Et soudain il comprend :

Ce n’est pas un problème

C’est une crise existentielle incarnée.

Une question vivante.

Un être qui porte en lui la preuve que l'identité n'est jamais un bloc

Mais un pari risqué

Une construction fragile

Un assemblage de souvenirs

De gestes

De rencontres.

 

- Entrez ! dit-il enfin.

Même si je ne sais pas encore qui vous êtes, vous êtes ici.

Et parfois c’est tout ce que le paradis demande.

 

Les ouvriers franchissent la porte.

Un vent doux les accueille.

Mais ce vent n’efface pas la question qui les suit comme une ombre :

Qui suis-je ... si je suis fait de morceaux d’autres vies ?

 

Dans cet endroit rien ne brûle

Rien ne s’effondre.

Et pourtant chacun sent que le vrai travail commence maintenant :

Réapprendre à être soi

Ou accepter que le soi n’est qu’une fiction utile

Un assemblage mouvant

Un meilleur espoir pour traverser le monde sans se perdre.

 

29 septembre 2026

Le Paradis ? Lili

 

Je n'en reviens pas ! On m'avait dit que je devais rester dans la cité, à la périphérie de la ville, dans la banlieue, là où les tours tutoient les pylônes électriques. Ma vie n'était pas exemplaire, même un peu chaotique. « Tu mérites le purgatoire ! » m’avait dit mon dernier amant, et j'en avais bien conscience. Rien chez moi n’est exemplaire, je n’ai jamais aimé m’ennuyer, alors à moi les aventures en tout genre.
 

Et puis je me trouve là, dans une ville aux fenêtres ouvertes sur un peuple d'anges occupés à gérer le quotidien normal. Il y a ceux qui chantent, ceux qui font sécher leur linge, ceux qui se baladent en carrosse, puis ceux qui ne font rien. L'ocre des façades resplendit sous un ciel au bleu parfait. Tout semble animé et en parfaite harmonie. Est-ce le paradis ? Si oui, tout doit être permis. Ici, on porte auréole et paires d'ailes. Y a-t-il un service d'entretien ? Je ne me sens pas du tout préparée à vivre dans ce monde de Bisounours où tout est top.
 

 

On vient de poser une auréole juste au-dessus de ma queue de cheval, je sens mes cheveux s'électriser comme sous le casque d'un coiffeur. Ça brille, pas moyen d'échapper aux regards. En fait, personne ne me regarde. Chacun va à ses occupations, le sourire aux lèvres. Je sens des démangeaisons dans le dos, on me greffe une paire d'ailes. Vais-je pouvoir voler ? Un vieux rêve à réaliser.
 

 

Voilà, je suis équipée, j'ai tout ce qu'il faut pour être heureuse. Je suis au paradis. Mais pourtant ce décor, ces façades baroques aux ocres rutilants, cette orgie de masques heureux, ce grouillement de vie où tout l'espace est occupé, serait-ce un carnaval ? Mais je n'entends pas de musique, je ne sens pas d'odeurs, je vois tout à la fois. Je suis en même temps aigle et petite fourmi. J'essaie de crier, rien ne sort. Je vais marcher. C’est alors qu’aussitôt un pas franchi, je vole. Mes ailes de petit ange m'empêchent de marcher. Une bénédiction ? Je suis peut-être en apprentissage, celui du bonheur aseptisé. Je voudrais vraiment savoir ce qu'il y a derrière les murs. Peut-être n'est-ce qu'un décor de carton-pâte ? Il faudrait que je remonte la rue pour savoir s'il y a une porte, s'il y a quelque chose au-delà. Suis-je condamnée à porter ailes et auréole ? J'ai peur d'avoir perdu ma liberté.


Peut-être y a-t-il d'autres paradis, moins parfaits ?
 

S'il vous plaît madame, où est le bureau des réclamations ?

29 septembre 2026

La Paradis / Anne J.

 

... vers un club qui m'accepterait comme membre après d'irrévocables funérailles

 

 

- Allo ? Le paradis ? Je voudrais parler au bureau des entrées au paradis, s' il vous plaît  ?

 

- C'est à quel sujet ?

 

- J'aimerais faire une réservation pour mon éternité et voir avec vous quelles sont les conditions d'accueil et de logement que vous proposez.

 

- Je vous passe la secrétaire.

 

C’est que, peut être, c'est comme pour trouver un généraliste, un opthalmo ou un dentiste : il y a très peu d'offres et beaucoup de demandes, il ne faut pas s'y prendre à la dernière minute.

 

Personnellement je ne suis pas pressée et j'attendrai bien un peu avant de m'embarquer dans la charrette de l'Ankou.

 

Peut être qu'on n'accepte pas tout le monde et qu'il faut montrer un certificat de bonne conduite ou un passeport acceptable ou bien qu'il faut être parrainée par une personnalité religieuse et de bonne moralité ?

 

Et puis je ne voudrais pas y être avec n'importe qui, ni dans des conditions déplaisantes : c'est que ce sera ma dernière demeure pour un temps que l'on dit éternel après d'irrévocables funérailles !

 

- Est ce qu'on peut choisir sa place sur l'hémicycle ? J'aimerais être plutôt à gauche sur le perchoir, loin des bien pensants de l'extrême-droite s'il y en a ?

 

- C'est possible, oui.

 

- J'éviterais bien aussi les bigotes de la paroisse, les dames patronnesses, les curés aux mains baladeuses, les fans de la liturgie intégriste, les communistes soviétiques, les dictateurs de tout bord, les paramilitaires et même les militaires tout court.

 

- Je vais vérifier mais je pense que certains n'ont pas accès au paradis.

 

- Merci , autre chose , voilà, euh…

 

- Oui ?

 

- Sur les publicités qui circulent sur les réseaux sociaux et sur certains blogs, j'ai vu des photos qui me font craindre le pire.

 

- C'est à dire ?

 

- C'est très peuplé, le paradis, et moi j'aime les plages désertes et les étendues vierges. Une ville bruyante, surpeuplée, grouillante de gens de toutes sortes, d'anges et de serviteurs, de mères de famille et de marmots braillards, très peu pour moi. Je veux du calme, du silence, des petits oiseaux et des arbres.

 

- C'est qu 'il y a du monde depuis 2000 ans à avoir demandé une place !

 

- Il y a des chiens au paradis ? C'est que je n'aime pas les chiens, par contre quelques chats , je ne serais pas contre . Et on mange bien ? C'est important, la cantine, tous les vieux en maison de retraite vous le diront, c'est l'unique sujet de conversation qui ne fâche personne.

 

- Avec la météo.

 

- Absolument ! Il pleut un peu au paradis ? Jusqu'à cet été, j'aurais réclamé un endroit ensoleillé toute l'année mais avec ce qu'on a vécu dernièrement, trois mois de pluie nous rafraîchiraient.

 

- Je comprends.

 

- Et on y va comment au paradis ? Je préférerais un transport rapide genre seringue et produit léthal injectable plutôt qu'une longue agonie dans la charrette de l'Etre à la faux ou bien une chute mortelle à vélo ou un infarctus massif, rien en tout cas qui ressemble à un TGV Ouigo annulé à la dernière minute ou à un avion bloqué sur le tarmac des heures pour une grève des personnels au sol ou je ne sais quoi dans ce genre !

 

- Une capsule spatiale fabriquée par Elon Musk ? Et gérée par l'IA ? Une voiture électrique sans pilote ?

 

- Pas sûr, on pourrait dévier de route et se retrouver en enfer, à griller sur un barbecue avec de méchants diablotins !

 

- Pour le logement ?

 

- Mon souhait ressemblerait à ce que j'ai actuellement, je suis comme les chats, je n'aime pas trop changer d'environnement, une petite maison avec un jardin potager sans mauvaises herbes, avec des fraises et des framboises toute l'année, des voisins aimables, un gazon qui ne pousse pas , des fleurs toute l'année et un grand hamac entre deux arbres en pensant que j'aurais retrouvé toute ma souplesse pour y monter car bien sûr, au paradis, on reste jeune éternellement et donc agile, lisse et beau ?

 

- Faut peut être pas trop demander !

 

- J'ajouterais bien du chocolat, des amis, les gens qu'on aime, de la musique, du théâtre, le cinéma et la mer ! Et aussi des ateliers d'écriture avec des animateurs sympas.

 

 

La secrétaire, je le voyais bien, commençait à s'impatienter, surtout qu'une longue file s'était formée derrière moi, des gens qui tenaient en main des formulaires, des laisser-passer, des recommandations et tendaient l'oreille pour entendre mes considérations.

 

- Si vous êtes intéressée, prenez un formulaire à droite !

 

- Très bien , je vais prendre le temps d'y réfléchir ! Après tout j'ai encore quelques années devant moi, peut être ?

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L'Atelier d'écriture de Villejean
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