Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'Atelier d'écriture de Villejean

Publicité
26 septembre 2017

Le gibier manque et les femmes sont rares / jean-Paul

LE GIBIER MANQUE ET LES FEMMES SONT RARES :
Supplique pour être opéré à l'Hôpital de la Timone à Marseille

se chante sur l'air de la "Supplique pour être enterré sur la plage de Sète" de Georges Brassens

1
Vous n’imaginez pas c’que j’ai fait comm’ boulots !
Explorateur d’enfers, métallo-mégalo
Marchand de casseroles au Harar(e)

J’ai vendu des télés aux paysans d’Ardenne
Mais dans ce grand désert où mon âme se traîne
Le gibier manque, les femmes sont rares.

01 Le gibier manque

2
L’amour c’est aussi con que le chant des oiseaux :
On n’prévoit pas le jour où l’on deviendra gros
Quand on est ivre en la gabare.

J’ai descendu des fleuves absolument grotesques
Et j’ai vu des pays abracadabrantesques
Où l’gibier manque, la femme est rare.

3
Dans les cabarets verts j’ai vu bière et Fräulein,
Ses bourrelets d’antan, muss es sein ? Es muss sein !
Ell’ me surnommait « Ringard Star ».

02 Biere_et_fraulein-1

La danse du balai, la danse du tapis…
Elle s’est envolée, eh bien, ma foi, tant pis !
Le gibier manque, les femmes sont rares

4
Si t’as levé le coude, alors lève le pied,
Rimbaud pas vraiment beau - poète, vos papiers ! -
J’étais vraiment un type bizarre.

Puis la mer a bercé tant d’amours cet été
Que dans le creux des vagues où j’étais balloté
J’ai rencontré la femme-cougar.

5
Ancienne jeune fille qui faisait des pâtés,
Belles jamb’s mais alors quell’ tête ! Mocheté !
Avais-je le choix dans la date ?

03 sacha-distel-le-bateau-blanc-1980-2

Je me suis retrouvé en tutu sur le pont
- O Bwana Missié blanc ! Pauvre zombi Dupont ! -
Avec la chtouille entre les pattes.

6
Ses lèvres avaient le goût du beaujolais nouveau ;
Tous les dauphins dansaient avec ce cachalot
Le dernier tango à la mode.

Tu as beau bronzer beau, t’as la marqu’ du maillot
Aux Ménuires elle était barmaid dans le restau
J’aimai son cul sur la commode.

7
Ma civière est posée sur le pont du bateau
Enivré de douleur, je file, pas vraimambeau,
En direction de la Timone.

Je ne danserai plus, pas même comme un pingouin
Je n’suis jamais allé aux am-putes à Saint-Ouen
Mais maint’nant, en voitur’ Simone !

8
Avion, bête, camion, j’en passe et des meilleures,
Je pourrais porter plainte, au fond, contre mon cœur
Mais je délire et je m’égare.

Antoto Akali Abitchou Chankora
Mindjar Cassam Rouella Hawache et Fil-Ouaha
Le gibier manque, les femmes sont rares.

9
Careyon et Gallas et guerre aux Aroussis
Le chirurgien découpe et ça sent le roussi
Ma sœur prie Dieu dans le couloir.

Galansa ! Boroma ! P’tits roberts ! Burkini !
Choux cailloux et genoux, époux d’Abyssinie,
Le cœur me manque les jambes sont rares.

04 1510619558-3

10
Si vous me confisquez mes membres inférieurs
Vos villes deviendront des cloaqu’s en chaleur
Vous ne trouverez plus d’ivoire.

Comm’ j’hippopotaimais cette amante irascible
Verlaine me hurla dessus – j’étais sa cible –
« Pwète à la manque ! Faiseur d’histoire ! »

05 je t'hippopotaime 4800

11
Ô Terre du Harar ! O portes de l’Eden !
Misères de ma vie finies à l’Est d’Aden !
On a trop fait l’amour ensemble !

Quoi de plus redoutable, au fond, qu’un pet sonore ?
Langage, emporte-moi, tue-moi ou baise m’encore !
Ô tant je t’aime que j’en tremble !

12
Ô Dieu ! Mon Chinois vert, passe-moi donc le ciel !
J’écouterai pousser les fleurs du violoncelle,
Mettrai les bigoudis par douze

Aux cheveux du Destin, aux chercheuses de poux
Et je te scanderai les chansons des Papous
Pour que se termine… ce blues !

Publicité
26 septembre 2017

L'amour c'est comme les melons / Jean-Paul

L’amour c’est comme les melons :
On vous kiffe ou pas, c’est selon ;
On vous sniffe ou pas c’est selon.

On met son nez contre le nez de l’esquimaude
Et si l’aRÔME ERRE et taraude
Alors on passe la nuit chez Maud.

AEV 1718-03 Ma nuit chez Maud

26 septembre 2017

La vie commence à 60 ans

 (Se chante sur l'air des Champs Elysées ?)

La vie commence à 60 ans,
Le jour où j'ai rencontré Elle,
Quand j'ai découvert l'amour en verlan
Avec la barmaid du resto d'altitude des Ménuires
Retrouvée sur le parking d' Auchan
Dont j'ai tellement aimé les petits roberts
Que j'en ai perdu mes baskets.

Je ne savais que psalmodier :
« L'amour ! L'amour ! L'amour !»

AEV 1718-03 anne-leonard-questce-quil-a-ce-ptit-con-a-marcher-sur-mon-coeur-contact

Elle disait :
« Qu'est-ce qu'il a, ce petit con, à marcher sur mon cœur ?
Je ne comprends pas !
T'es vieux, t'es moche,
T'es con, t'es moche,
Ringard pour le reggae ! »

Je souriais béatement :
- Donne-moi tes lèvres,
Elles ont le goût du Beaujolais nouveau !

Elle susurrait :
« Fais-moi l'amour comme Rambo ! »

Je lui mis le cul sur la commode,
La sainte Totoche !

Plus tard :
« Et n'oublie pas la capote ! »
Dégrisé, je dis « Fastoche ! »

Pour la rencontrer j'ai commencé
Des tribulations de vendeur de voitures d'occasion
Et j'ai perdu 25 kg.

Quand on se voyait,
Fière et nippone, elle disait :

- Sample-moi tout simplement !

Elle disait :

- Où-c'que t'as appris à faire l'amour comme ça ?

Alors je remettais ça encore et encore :
La mayonnaise prenait tellement bien !

AEV 1718-03 pizzaiolo

On a trop fait l'amour ensemble,
La relation perdait en intensité,
En nouveauté,
En régularité.
Elle m'a laissé pour le pizzaïolo d'Auchan.
Mais qu'est-ce qu'il a de plus que moi, ce négro là ?
J''envisageais des stratégies pour le supprimer
Mais comment tuer l'amant de sa femme
Quand on a été, comme moi, élevé dans les traditions ?

J'ai renoncé,
Je l'ai laissée.

20 septembre 2017

Consigne d'écriture 1718-02 du 19 septembre 2017 : Consignes de Pascal Perrat au choix

Cinq consignes de Pascal Perrat

 

On choisit un des incipit suivants et on écrit un texte pendant une heure. On peut aussi en choisir plusieurs et faire des textes plus courts.

355 Une ortie ayant irrité tout l’été se trouva fort racornie quand la froidure de l’automne fut venue. Elle alla…

354 Dans le noir d’un tiroir un manuscrit attendait anxieusement le résultat de son test de grossesse. Serait-il relié ou broché ? Cette question le tourmentait.

351 Subitement le temps s’était déréglé. Il ne pleuvait plus des cordes mais des escaliers. Toutes sortes d’échelles et de rampes d’accès. Les croyants y voyaient un signe, les athées tentaient de démystifier le phénomène.

348 A la Loterie des Rêves, cette nuit, j’ai enfin gagné ! Mais au réveil, quand j’ai ouvert les yeux, ce n’était pas du tout le lot que j’espérais…

347 Chaque nuit, rue de la Pompe, une paire de mocassins s’échappait du présentoir sur lequel elle s’exposait le jour pour se dégourdir les semelles. Personne jusque-là ne l’avait surprise. Mais un soir, deux petites sandalettes lui emboîtèrent le pas.

Merci Pascal !

AEV 1718-02 Pascal Perrat

19 septembre 2017

Mocassins fugueurs / Eliane

AEV 1718-02 sandalettes 2

Chaque nuit, rue de la Pompe, une paire de mocassins s'échappait du présentoir sur lequel elle s'exposait le jour, pour se dégourdir les semelles. Personne jusque-là ne l'avait surprise. Mais un jour deux petites sandalettes lui emboitèrent le pas.

Ces petites qui profitaient du calme du magasin quand venait le soir pour bavarder à voix basse avaient fini par remarquer que les mocassins profitaient de la pénombre pour glisser silencieusement de leur étage. Puis ils disparaissaient dans les rayons.

Les sandalettes se demandaient où ils pouvaient bien aller. Peut-être sortaient-ils, mais alors par quelle issue, vu que le propriétaire fermait consciencieusement son échoppe à la fin de chaque journée ?

Un soir, elles se glissèrent en bas du présentoir et leur emboitèrent le pas.

Elles les perdirent rapidement de vue, décidèrent de regagner leur étage et de se ranger soigneusement.

Au cours d'un bref conciliabule elles décidèrent de recommencer le lendemain en étant plus réactives et donc plus promptes à filer le train à notre évadée indienne.

171025 Nikon 082

Elles allèrent plus loin que la veille et finirent quand même par la perdre. Elles ne comprenaient pas comment elle pouvait ainsi s'évaporer, soupçonnant des pouvoirs magiques.

Désappointées elles se résolurent une fois de plus à réintégrer leur place.

Il y eut un léger problème. Si les mocassins étaient par nature complètement silencieux, les talons des sandalettes claquaient légèrement sur le dallage ce qui eut pour effet de faire ouvrir un œil à une paire d'escarpins qui se demanda ce que pouvaient bien faire ces sandalettes en goguette au milieu de la nuit.

La paire d'escarpins en parla dès le matin à ses voisines. L'information se propagea jusqu'aux bottines qui s'empressèrent d'alarmer leurs voisines. Les commérages allaient bon train, ils ne cessèrent qu'avec l'arrivée du directeur suivie de celle des vendeuses. L'affaire fut donc en sommeil jusqu'au soir.

Dès que les chaussures entendirent le clic de fermeture et la mise en route de l'alarme, leur discussion reprit de plus belle.

Cela ne concernait qu'une partie du magasin, les tongs, les ballerines, les trotteurs, les tennis et autres baskets, trop éloignés, n'étaient pas au courant et restaient bien tranquilles à leurs places assignées.

AEV 1718-02 sherlock-holmes-houndstooth

Les escarpins, bien décidés à connaître le fin mot de l'histoire, soumirent les sandalettes à une batterie de questions. Ces dernières racontèrent tout ce qu'elles savaient, que chaque soir les mocassins fuguaient sans faire de bruit et qu'elles n'avaient pas réussi à savoir où ils allaient.

Voilà qui était intéressant ! On mit tout le monde au courant. Une réunion au sommet tenta de trouver une stratégie. On pouvait faire un roulement, ou alors poster quelques espions en des points stratégiques. Cette dernière suggestion avait quelques inconvénients. Il faudrait descendre des étagères avant les mocassins, ce qui n'était absolument pas gagné.

On en revint donc à la bonne vieille méthode de la filature. On chercha alors quels pouvaient être les meilleurs détectives. Les plus silencieux bien sûr et aussi les plus vifs. Les tennis furent élues à l'unanimité. Elles furent donc chargées de la tâche et pouvaient établir un roulement entre elles.
Au bout de plusieurs soirs infructueux, les tennis finirent par suivre les fugueurs assez longtemps pour découvrir ce qu'ils allaient chercher.

Les mocassins se rendaient dans la réserve. Ils étaient tombés amoureux d'une élégante paire de Salomés et se rendaient chaque nuit auprès de celles qui faisaient battre leur cœur.

Les amants étaient inquiets, lorsque ces jolies Salomés apparaîtraient dans la boutique au grand jour, il resterait peu de temps avant que les mocassins ne soient remisés à l'ombre dans un carton en attendant d'être bradés. Quel était leur avenir ?

AEV 1718-02 Salomé aux yeux de biche

Publicité
13 septembre 2017

Consigne d'écriture 1718-01 du 12 septembre 2017 : Humour anglais et dico belge

Humour anglais et dico belge

 

L'animateur distribue des mots d'un dictionnaire belge (pondu par le sieur Walrus pour animer les séances du "Défi du samedi" en 2017) :

acrostiche – bidouillage – clepsydre – doryphore – extase - goinfre – hobereau – iconoclaste- jobastre – kangourou – lambada – nouilles – ostracisme – procrastination – saltimbanque – télescope – à la va comme je te pousse – yaka, yakapa – zygomatique.

Chacun(e) reçoit aussi deux pages photocopiées à partir du livre "So incredible ! Toujours plus d'humour anglo-saxon" de Jean-Loup Chiflet.

Il est demandé de raconter quelque chose qui est arrivé cet été en incluant dans le texte au moins une citation et au moins un mot de la liste.

 Cliquez sur les vignettes ci-dessous pour lire les citations 

 Chifflet amour 01  Chifflet amour 02  Chifflet amour 03

 Chifflet amour 04
 
Chifflet amour 05
 
Chifflet amour 06
 
Chifflet amour 07
 
Chifflet amour 08

 Chifflet amour 09
 


 Chifflet amour 10

 

 

12 septembre 2017

Brin de conduite / Jean-Paul

« Le petit bout de chair sans intérêt qui se trouve à la base du pénis s’appelle un homme » a écrit Jo Brand.

Hé oui, Mesdames, c’est ainsi ! Depuis la nuit des temps l’homme est appelé à se déplacer. Il va faire les courses au Mammouth ou la course au mammouth même si cet hypermarché et cet animal n’existent plus de nos jours.

Il part aux croisades, à la guerre, aux matchs de foot, aux 24 heures du Mans ou chez Ikéa.

Qu’est-ce qu’ils sont courageux, les hommes, derrière leur pénis et leur fragilité ! C’est vrai, "les hommes sont comme les femmes, il leur arrive aussi de pleurer, mais seulement lorsqu’ils essaient de monter un meuble en kit" comme a écrit Rita Rudner.

De nos jours les pérégrinations professionnelles ou autres de ces messieurs – et aussi de ces dames – peuvent s’effectuer en voiture. L’homme s’assied dans un fauteuil à roulettes entouré de tôle et de verre, il appuie sur des pédales, le véhicule avance, tourne grâce à un truc appelé volant et s’en va partout où on veut, parfois même dans le décor, surtout si c’est Jayne Mansfield qui est assise sur le siège à côté du conducteur. « Dans ce cas-là, les hommes sont des créatures à deux jambes et huit mains ». Quelquefois, en effet, le jobastre utilise aussi celles qui doivent rester sur le volant et - Boum ! - il s’emplafonne dans un platane ou dans un champ de doryphores ! « Va donc, eh, patate ! » entend-on beaucoup sur les routes.

Quand je dis l’homme, je devrais mettre une H majuscule car de nos jours la femme conduit aussi. Certains médisants comme Bill Vaugn considèrent que « Aujourd’hui, les femmes occupent des postes aussi importants que chefs d’entreprises ou chercheurs spécialisées sur l’atome. Il serait temps qu’elles sachent enfin faire un créneau ». Ce n’est pas très gentil ni très vrai.

170825 Nikon 043 

Je ne vais pas vous raconter ma vie – quoique ! – mais dans notre couple, c’est plutôt mon épouse qui conduit. Moi je reste assis sagement à côté d’elle. J’ai tellement confiance dans ses qualités de chauffeuse que je ne regarde plus la route et même que j’écris des poèmes dans mon petit cahier jaune. Celui-ci est rempli d’ailleurs et je vais en entamer un neuf : il sera bleu désormais. Comme moi quand je lève le nez et vois que les distances de sécurité sont tout sauf respectées par le Fangio qui est à ma gauche.

Et donc, l’été dernier, après le délicieux concert auquel Marina B. et Gisèle C., émérites chanteuses, ont participé en Arques-la-Bataille, on se met en route tous les trois en direction de Varengeville-sur-Mer où il y a un beau cimetière marin devant lequel on tomberait volontiers en extase. On peut y voir la tombe de Georges Braque, peintre, et celle d’Albert Roussel, musicien.

170826 Nikon 131

170826 Nikon 127

AEV 1718-01 grosdegueulasse

Après le virage en épingle à cheveux de Pourville-sur-Mer la route monte à la va comme je te pousse sur la falaise. Vers le milieu de la pente voici l’Homme qui déboule ! Pardon, voici l’homme qui déboule d’une petite rue sur la droite et qui nous coupe la route, carrément.

- Crois-tu qu’il se serait arrêté, ce saltimbanque ? » commentons-nous intérieurement dans nos Ford intérieures.

Eh bien justement, cent mètres plus loin, il arrête sa voiture au milieu de la chaussée, forçant mon chauffeur préféré à stopper son propre véhicule. Le type descend, très calme, sort de sa bagnole et vient vers la nôtre.

Les zygomatiques de ces dames, à l’avant, se mettent à fonctionner à plein Youtube ! Un vrai film ou un sketch des Inconnus ! Le gars à une tête de hobereau local mais sans grâce et surtout sans le costume idoine : il est en short, torse nu, et arbore une bedaine de buveur de bière aguerri. Autant dire qu’il ressemble trait pour trait à un personnage en slip kangourou du regretté Reiser. Ah oui, ça me revient ! « Gros dégueulasse » qu’il s’appelait et ici la citation de Dave Barry ne s’applique pas vraiment :

AEV 1718-01 académie Bach

« A en juger par les couvertures des magazines féminins, les deux sujets qui intéressent le plus les femmes sont :
- Pourquoi les hommes sont tous des gros dégueulasses ?
- Comment faire pour les séduire ? »

Voyant venir le coup et le macho dans ses œuvres, mes deux voitureuses cessent de s’esbaudir devant l’autochtone normand. Sentant qu’est venue l’heure à laquelle on se télescope chez les Hubbel, elles prennent l’attitude digne de deux bonnes bourgeoises qui sortent d’un stage de chant à quatre de l’Académie Bach avec Bruno Boterf comme chef, ce n’est pas rien quand même, non ? 

Marina B. baisse son carreau pour entendre le revendicatif énoncer d’un ton posé mais péremptoire :

- Je suis désolé, Madame, mais cinquante mètres plus bas il y avait un panneau avec une croix de Saint-André. Ca veut dire que, venant sur votre droite, j’avais la priorité et il était normal que vous me laissiez passer.

- Je suis désolée, Monsieur, répond diplomatiquement ma chère et tendre. Je ne l’avais pas vu. Je vous présente mes excuses.

- C’est bon, répond-il avant de retourner à sa caisse qui a beaucoup vécu. Mais ce n’était pas la peine…

Et là je n’en crois pas mes oreilles :

- … de faire des appels de phare !

Des appels de phare ?
Des appels de phare ! C’est pas vrai ? Mon iconoclaste préférée lui a fait des appels de phare ?

Il y a des jours comme ça où je me traiterais volontiers de nouille : on croit avoir épousé un ange de douceur et en fait on passe toutes ses nuits au lit avec un cow-boy en jupons !

170826 Nikon 136

P.S. Mais bon, relativisons ! Eussé-je été plus heureux dans la situation de Gary Shandling : « Quand je n’ai pas de petite copine, je me rase une jambe comme ça j’ai l’impression d’être avec une femme » ? Je ne le crois pas.

12 septembre 2017

Journée d'été pluvieuse / Eliane

Il pleut, je suis dans la maison de ma fille, désertée pour cause de vacances dans le Sud. Je suis la gardienne du logis et je m'ennuie.

Pourtant je ne suis pas loin de la mer mais la météo n'est guère favorable. Impossible d'aller se dorer sur la plage, il faut mettre des bottes et un ciré pour la moindre promenade. Trop de vent, trop de pluie.

Impossible même de s'allonger dans un transat sur la terrasse avec un bon livre, il faut s'enrouler dans trois plaids.

Je ne bénéficie même pas de la présence chaleureuse, bruyante et joyeuse de mes petites filles. L'une est occupée à dorloter un nouveau compagnon qui s'est blessé, l'autre est partie à l'autre bout de la France avec le sien de compagnon. Je n'entendrai même pas cette dernière se plaindre de ce boulot qu'elle occupe de façon temporaire et qu'elle n'aime pas.

A ce propos je lui ai déjà répondu : « Je sais, une femme doit en faire deux fois plus qu'un homme pour qu'on la considère deux fois moins. Heureusement ce n'est pas trop difficile. » Elle opinait avec vigueur mais cela ne changeait rien à sa colère.

Je regarde autour de moi, que faire ? Je ne sais pas faire marcher la chaîne, j'allume la télé, je l'éteins, c'est nul.

Je procrastine, remets au lendemain le ménage, les quelques poêles et casseroles qui traînent dans l'évier et s’obstinent à me culpabiliser. Pas envie non plus d'aller ramasser les courgettes dans le jardin et de revenir les pieds pleins de boue.

Je prends mon livre, m'enroule dans un plaid sur le canapé et aussitôt le chat vient fourrer sa grosse masse de poils contre mes jambes. Je lui en sais gré il est chaud, vivant. Je le caresse, il me réconforte.

AEV 1718-01 chat b70ea356

12 septembre 2017

Saltimbanque érudit / Eliane

Il vivait comme un saltimbanque, élevait ses enfants à la va-comme-je-te pousse et les nourrissait essentiellement de nouilles, seule chose qu'il savait cuisiner.

Leur mère était partie et depuis on ne lui avait connu aucune petite amie. En fait il y avait longtemps qu'il avait viré sa cuti.

Il disait volontiers : « Je pense donc je suis ….célibataire. »

Néanmoins il était cultivé. Et même s'il ne faisait rien de cette culture elle transpirait de-ci de là dans ses propos. Il citait Sartre, Camus ou Victor Hugo, racontait volontiers qu'il était allé sur la tombe de Rimbaud à Charleville-Mézières. Il avait les yeux remplis d'émotion en parlant de Michel-Ange dont il était fan.

Il disait :

« Si Michel-Ange n'avait pas été homosexuel, la Chapelle Sixtine aurait été peinte en blanc au rouleau, Et en deux jours l'affaire aurait été réglée. »

Lorsque ses enfants étaient endormis, il allait chercher l'extase dans les boites gay où, entre deux lambadas, l'affaire était conclue.

AEV 1718-01 michel-ange-la-creation-d-adam

12 septembre 2017

Repas du soir / Eliane

Il était là, attablé, le coin de la serviette à carreaux enfoncé dans son col. Son gros ventre l'empêchait de suffisamment s'approcher de son assiette et il était obligé, en avant, de se plier en deux.

Il était concentré sur ce qu'il faisait, rien d'autre n'existait autour.

Se goinfrer, la tâche était essentielle pour lui. On ne peut pas dire qu'il mangeait, il bâfrait plutôt. La cuiller arrivait jusqu'à sa bouche et il avalait la soupe avec de grands bruits, avec de grands « Schulps ». Il nourrissait aussi sa moustache.

AEV 1718-01 Outremangeur

Sa femme prit place en face de lui avec grâce et élégance. Elle pinçait le nez, il y avait de quoi être au bord de la nausée.

Le potage terminé il se redressa, s'affaissa sur son dossier et rota bruyamment avant d'essuyer bouche et moustache d'un grand coup de serviette.

Elle n'en pouvait plus de ce spectacle, elle se leva.

- Mais quand apprendras-tu à manger correctement ?

Il la regarda goguenard.

- J'ai une réunion, dit-elle rapidement. Je te saurais gré de débarrasser et de remplir le lave-vaisselle avant mon retour.

Il se tapa sur le ventre.

- Je sais que tu as des envies de meurtre, mais si je t'aide je serais tranquille pour ce soir. On n'a jamais vu une femme tuer son mari pendant qu'il faisait la vaisselle. Pas vrai ?

Elle ne daigna pas répondre et sortit.

Publicité
L'Atelier d'écriture de Villejean
Publicité
Publicité
Derniers commentaires
Archives
Publicité