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L'Atelier d'écriture de Villejean
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17 octobre 2018

Consigne d'écriture 1819-06 du 16 octobre 2018 : Encres d'automne 12

Encres d’automne 12

 

Inclure dix à quinze de ces titres de roman dans un texte qui, tapé, ne dépassera pas une page.

A son image - Balles perdues - Capitaine - Ca raconte Sarah - Carnaval noir - Chien-Loup - Cirque mort - Dans les angles morts - Dix-sept ans - Einstein, le sexe et moi - En nous beaucoup d’hommes respirent - Entre deux mondes - Evasion - Fais de moi la colère - Helena - Isidore et les autres - La chance de leur vie - La disparition de Stéphanie Mailer - La femme à la fenêtre - L’Ame des horloges - La papeterie Tsubaki - La reine du bal - La révolte - La rose de Saragosse - La somme de nos folies - La tresse - La vraie vie - Le cœur perdu des automates - Le guetteur - Le prince à la petite tasse - Les dix vœux d’Alfred - Les frères Lehman - Les prénoms épicènes - L’été des quatre rois - L’étoile russe - Leurs enfants après eux - L’hiver du mécontentement - L’or du diable - Loup et les hommes - Ma dévotion - Maîtres et esclaves - Millésime 54 - Miss Sarajevo - Modèle vivant - Mourir n’est pas de mise - My absolute darling - Nulle autre voix - Oublier mon père - Quand Dieu boxait en amateur - Rien d’autre sur Terre - Sales gosses - Station : la Chute - Tenir jusqu’à l’aube - Tous les hommes désirent naturellement savoir - Trancher - Une ombre au tableau - Un funambule - Un manoir en Cornouailles - Un monde à portée de main-

(Ce sujet nous est proposé par la Bibliothèque de L'Hermitage)

AEV 1819-06 Encres d'automnet

 

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16 octobre 2018

Couleur café / Maryvonne

Moi c'est Mimose, mon prénom est créole. Ce matin je suis contente. Je sautille gaiement sur le chemin de l'école. Je souris même à la femme à la fenêtre qui me regarde chaque jour avec ses yeux d'acras frits sans doute parce que ma peau est marron. J'ai une grande nouvelle à annoncer à mon amie Héléna. C'était un peu la révolte chez moi hier soir quand j'ai annoncé fermement à ma mère que je ne retournerais pas chez la coiffeuse antillaise pour la longue séance de tressage de mes cheveux. Si encore c'était la tresse unique comme certaines de mes amies ou même les deux tresses comme celles qui encadrent le doux visage d'Héléna. Mais non ! Ce sont de nombreuses petites tresses très serrées qui tirent sur le cuir chevelu et qui nécessitent de longues heures de pose sans bouger ni se dandiner quand j'ai a envie de faire pipi.


Voilà, j'ai été ferme, je ne veux plus être entre deux mondes. Je veux entrer de plain-pied dans celui de mon amie et pourquoi pas commencer par aller chez la même coiffeuse. Je sais bien que je ne serai jamais à son image. Les cheveux crépus c'est vraiment une ombre au tableau.


En sortant de l'école, Héléna va venir avec moi prendre rendez-vous. Ce sera peut-être mercredi et je sais déjà que je vais demander une coupe très courte.

La coiffeuse un peu maladroite dit à Héléna : «Elle est jolie ton amie pour une noire». J'ai bien entendu. D'abord je ne suis pas noire je suis marron. Je sais aussi que j'ai de grosses lèvres mais je sens qu'avec ma nouvelle coupe ça ira déjà mieux, j'aurai un nouveau look,comme disent les grandes.

AEV 1819-06 Tif Annie


Le mercredi quand je sors de chez «TIF' ANNIE» je me trouve légère et toute moderne et je sais que ce soir je n'aurai pas mal à ma tête sur l'oreiller. Voilà je suis la nouvelle Mimose.


Demain à l'école je vais épater les copains surtout Isidore et les autres qui m'aiment bien mais qui me chahutent tout le temps en me donnant des noms comme Bamboula ou La Noiraude. Je ne suis pas noire, je suis marron. Héléna proteste : «Dis plutôt Couleur café c'est plus sympa !».

Quand je rentre à la maison avec ma nouvelle coiffure ils sont tous très occupés dans une grande discussion. Ils parlent d'un monsieur qui a dit que pour être français il fallait avoir un prénom français. N'importe quoi ! Moi je sais que je viens d'un département français alors où est le problème? Tout le monde proteste sans oublier mon père qui en profite pour rappeler nos traditions. Bla, bla bla ! Du temps des maîtres et esclaves on baptisait les Antillais du nom du saint du jour de naissance, si bien que les filles pouvaient se retrouver avec un prénom de garçon et vice versa. Plus tard les Antillais mixaient les prénoms des deux parents, cela donnait des choses étranges comme Edouarlise ou Felixine. Je les laisse discuter entre adultes ; pour l'instant rien d'autre sur terre ne compte plus que ma nouvelle coupe de cheveux. Je file dans ma chambre. Je me sens tellement libre.

Le jeudi matin à l'école, les premiers à me voir sont les frères Lehman. Je ne les aime pas, ceux-là. Ils vont se moquer de moi et ça ne manque pas : « Alors c'est carnaval noir aujourd'hui?». Ah ! Les sales gosses ! D'abord je ne suis pas noire, je suis marron ! Euh ! Couleur café et ce qui compte c'est l'avis d'Héléna.

Elle me saute au cou et plonge ses mains dans ma tignasse afro. Quel plaisir ! Je vois dans ses yeux qu'elle me trouve jolie. Nous sautons de joie dans les bras l'une de l'autre. Encore et encore et badaboum, nous nous retrouvons au sol, les genoux écorchés. Même pas mal ! Nous nous regardons en riant: «Tiens, regarde, nos sangs ont la même couleur !». La maîtresse veut nous mettre un petit sparadrap. Celui d'Héléna est de la couleur de sa peau. Le mien se voit trop, comme le nez au milieu de la figure. La maîtresse est désolée, il n’y a pas de pansement noir à l'école. Ah ! Marron, j'ai dit marron. Alors Héléna sort son crayon feutre marron et colorie mon petit sparadrap. Je me dis que tant qu'il y aura des Héléna il y aura un monde à portée de main.

Un monde d'écoute et de partage.

16 octobre 2018

Millésime cinquante-quatre / Jean-Paul

AEV 1819(06 classe-institut-rossat-640x430Ah ! Mille-huit-cent-cinquante-quatre !
La fabuleuse année que c’est
Pour les vins rouges de Bordeaux
Et les poètes des Ardennes !

Il est né le divin enfant,
Le troisième du capitaine !
C’est, de nouveau, un beau garçon
Et il sera à son image,
Ne tenant jamais bien en place,
Allant vers d’autres garnisons,
Toujours en quête d’évasion.

Sur son berceau de bois
S’est penchée une fée.

Mère ! Te voilà prévenue !
Voici ce que la folle a dit :

« Quand tu atteindras dix-sept ans,
Tu cesseras d’être sérieux,
Tu t’échapperas à Paris,
Tu seras la reine du bal
Dans ce carnaval noir de jais
De mille-huit-cent-soixante et onze
Mais cela ne te plaira pas !

La vraie vie est ailleurs, toujours
Tu courras après l’or du diable !

Le génie ou le mal, en fait,
Il n’y a rien d’autre sur la Terre.

Tu es bien promis à la gloire
Mais il y a une ombre au tableau :
Méfie-toi des balles perdues !

Après cela, voyage au loin !
C’est un monde à portée de main
Que tu voulais et tu l’auras !

Dans les angles morts du destin
Je vois juste qu’un jour funeste
Il te faudra aussi trancher ! » 

L’enfant, prénommé Jean-Arthur
A grandi. Il a étudié,
Il a écrit, appris des langues,
Eu bien des illuminations,
Fait la somme de nos folies,
Passé des saisons en enfer.

Lui et son compagnon Lélian
Ont déconné ! Les sales gosses !

Un jour d’ivresse dans Bruxelles
Verlaine lui a tiré dessus.

AEV 1819-06 boite à lettres rimbaudOui mais mourir n’est pas de mise.
A l’image d’un funambule
Le poète a suivi le fil
Et il a disparu au loin
Dans un halo de cirque mort

***

J’adore les fausses nouvelles !
On dit qu’il est toujours vivant !

Au cimetière de Charleville
Il y a même une boîte aux lettres
A son nom ! On peut lui écrire !

J’en connais qui ne se privent pas
D’envoyer des lettres à Rimbaud !

Ils font ça pour paraître fous
Et pour amuser leurs copines !

Je vous les lirais bien ces lettres
Mais je n’ai droit qu’à une page !

10 octobre 2018

Consigne d'écriture 1819-05 du 9 octobre 2018 : les titres de Charles Aznavour

Les titres de chansons de Charles Aznavour pour illustrer Plonk et Replonk

 

Vous pouvez écrire un texte, un poème, mettre en musique ou bien utiliser les titres de chansons de Charles Aznavour pour ré-écrire un de ces textes ou écrire "à la manière de".

Les plaisirs démodés - Et pourtant - Les deux guitares - La Mamma - Bon anniversaire - Il faut savoir - Hier encore - Tu t'laisses aller - Sur ma vie - Trousse-chemise

plus un à votre choix parmi cette liste :

Emmenez-moi – désormais – Comme ils disent – Les comédiens – la Bohème – Que c’est triste Venise – For me formidable -

Votre texte pourra s'appuyer sur une carte postale de Plonk et Replonk (voir le billet ci-dessous)

Plonk 03 Monument à Pas de chance

 A la base de cette consigne il y a celle des Impromptus littéraires de cette semaine

10 octobre 2018

Les cartes postales de Plonk et Replonk

Plonk 01 Bottetrain

Plonk 02 Adèle Petitpot

Plonk 03 Monument à Pas de chance

Plonk 04 Danseurs de poulka

Plonk et Replonk - Dames nourrissant les escargots du parc Sainte-Bave

Plonk et Replonk - La calèche du Dr Zwei

Plonk et Replonk - Le plumage des anges fermiers (réduite)

Plonk et Replonk - Les joueurs de dominos jurassiens

Plonk et Replonk - Une déclaration enflammée

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9 octobre 2018

Tu parles, Charles ! / Maryvonne

Hier encore, tout enseignant, avait le droit de botter le train des élèves. Une de mes collègues de Villejean appelait ce geste : « l'électrochoc du pauvre ». Il faut savoir qu'il fallait pour bien faire être plutôt bien chaussé.

Pour cela, monsieur Jeannot le dernier botte-train de Paris tenait boutique à l'enseigne : « Au coup d'pied dans l'cul ». Lui-même, bien équipé, devait pouvoir dire à tout contrevenant : « Tu vas tâter de mon 51 fillette !».

Plonk 01 Bottetrain

Désormais, je ne vous apprendrai rien, c'est formellement interdit de même que le trousse-chemise pour donner la fessée. Tout cela est passé au titre des plaisirs démodés.

Je peux donc vous jurer sur ma vie que je n'ai usé d'aucun de ces sévices. Quand je grondais très fort et qu'au fond de moi, je me disais: « Ma fille, tu t'laisses aller », j'avais les deux guitares en moi qui se répondaient : « tu as raison, tu as tort, tu as raison, tu as tort ».

Jusqu'au jour où un enfant me dit :

- Quand tu grondes on n'a pas peur car tu grondes comme la Mamma. » Et pourtant combien de fois ai-je regretté un emportement passager.

A y bien regarder, au fond, le petit coup de pied au cul est assez drôle. C'est un classique des gags. Laurel et Hardy et les clowns le pratiquaient avec bonheur. Et si en souvenir de Monsieur Jeannot nous remettions cela au goût du jour, ne serait-ce que pour les politiques ? Il me revient une phrase entendue dans mon enfance : « Ah ! Il y a des coups de pied au cul qui se perdent ».

Qu'en pensez-vous?

- Bien profond, jusqu'au colon !

9 octobre 2018

Hier encore / Jean-Paul

AEV 1819-05 Aznavour

Hier encore Charles Aznavour était vivant. Plus trop en état de jouer au jeu de trousse-chemise avec une quelconque gaudeluronne bien sûr, vu qu’il n’existe pas de féminin à «godelureau» à part ce néologisme-ci, mais assez jeune encore pour avoir des projets stupides : faire un selfie avec Macron en Arménie, mourir sur scène comme Molière, se faire souhaiter, à cent ans, un bon anniversaire par le Carnegie Hall bondé jusqu’à la gueule, réenregistrer ses titres en rap «qu’est le dernier refuge de la poésie vraie» et tout ça et tout ça. «For me formidable !» le félicitait-on à la façon de Valentine qui les avait jolis d’après ce que disait Maurice Chevalier.

Hier encore Charles Aznavour était vivant. Et pourtant, quand il s’est allongé dans sa baignoire une petite voix intérieure lui a dit :

- Ne résiste pas, Charlie ! Ceci est un hold-up ! A partir de maint’nant tu m’obéis, tu t’laisses aller ! Je suis l’Ankou du lapin, celui contre lequel on ne peut rien. Je te le jure, sur ma vie et sur celle de Sainte-Anne, la patronne des Bretons, je ne suis qu’un exécutant. C’est Sainte-Maryvonne, ma patronne, qui a décidé pérempétoirement que t’as dépassé la date de péremption. Il faut savoir faire une fin. Vous les vieux vous coûtez un pognon de dingue à soigner, comme ils disent dans le nouveau monde, vous polluez l’air avec vos déplacements en avion et les plaisirs démodés qui sont les vôtres sont désormais insupportables aux oreilles de la jeunesse. Franchement, t’arrives à les réécouter, toi, les orchestrations de tes chansonnettes ? Allez zou, Papy, c’est l’heure de faire un œdème pulmonaire !

- OK, je ne discute pas, a répondu Charles, philosophe. Emmenez-moi voir la Mamma, Edith Piaf et les comédiens qui m’ont précédé au paradis des artistes. Je dois avouer qu’à certains moments de fatigue, je m’y voyais déjà.

- Le paradis ? Tu n’y penses pas ! a dit l’Ankou en partant d’un grand éclat de rire. Tu n’y penses pas sérieusement tout de même ? Ah le naïf, lui eh !

Hier encore Charles Aznavour était vivant et tout de suite après les deux guitares sur lesquelles il avait composé «Que c’est triste Venise» et ses mille autres titres ont fait «Plonk» et «Replonk» ! Elles se sont désaccordées d’un seul coup, elles ont sonné le glas, Aglagla, il y a eu un grand froid et Charles fut mouru.

***

Comme annoncé par l’Ankou il s’est retrouvé d’un seul coup dans cet univers-ci :

Plonk et Replonk - Le plumage des anges fermiers (réduite)

illustration de Plonk et Replonk

Ca pourrait être une ferme dans la Bohème des années 1900 ou dans son Arménie natale avant que la Turquie ne montre qu’elle peut être aussi forte et sinistre que son café amer.

En fait c’est la ferme de la Harpe à Rennes-Villejean en 1946.

Les damnés sont tout juste sortis de l’occupation, de la guerre et de ses horreurs. Ils sont condamnés à plumer les anges fermiers. Ils ont le regard triste des migrants de la jugeote qui rêvaient de mondes meilleurs, de paradis sur Terre, d’Amérique, de lendemains qui chantent. Ce sont les premières victimes du plan Marshall de Lucifer.

Remballée la marche des anges ! On les attrape, on les zigouille, on les plume et on les fait griller comme des poulets ! Les plumes sont envoyées à Hollywood où elles agrémentent les costumes et les postérieurs des danseuses de Busby Berkeley. Les girls du Lido et Zizi Jeanmaire adopteront elles aussi ce truc en plumes.

- Et les auréoles ? demande Charles, toujours curieux.
- On en fait des hula hoops pour les poupées Barbie !

Pauvre Charles ! Quel enfer ! Comme si sa simple mort n’était pas déjà une punition suffisante : il voulait mourir sur scène comme Molière et il meurt dans sa baignoire comme Charlotte Corday ! *


* Ou Jean-Paul Marat ? Ou Claude François ? Je ne me souviens plus des noms du coupable et de la victime dans cet épisode-là des « Petits meurtres d’Agatha Christie » !

4 octobre 2018

Consigne d'écriture 1819-04 du 2 octobre 2018 : Les prénoms de Villejean

Les prénoms de Villejean

 

Voici les noms qu’on a attribués aux salles de la Maison de quartier de Villejean :

Fiacre – Mandoline – Auguste – Rosalie – Marius – Gaston – Achille - Narcisse

En admettant que ces salles ont été dénommées, il y a plus de quarante ans, en hommage à des habitants du quartier dont le nom était «de Villejean», racontez qui ils pouvaient être en vous aidant des formules suivantes tirées de « Contes à régler » de Pépito Matéo :

La parole est à celui qui la prend - Si ta parole n’est pas plus belle que le silence, ferme-la ! - Si tu veux savoir si les poissons transpirent, faut mettre ta tête sous l’eau - Au royaume des sourds les borgnes ne la ramènent pas - La parole est comme un œuf. A peine éclose elle a déjà des ailes - On ne peut pas accrocher tous ses habits au même porte-manteau - Echafauder craint l’eau froide - Ca me tarabuste l’omoplate du côté des trapèzes - Une porte regarde aussi bien dehors que dedans - Qui a éteint la pleine lune ? - Tant qu’on le porte c’est celui d’un autre mais si c’est à nous c’est qu’on n’est plus là. - On ne peut pas surfer sur la vague sans mouiller sa combi - Si tu prends le chemin de N’importewhere tu risques d’arriver à la ville de Qu’inmportewhat - Mr et Mme Egée n’ont pas de fils. Comment s’appelle-t-il ? - Ce n’est pas parce qu’on laisse la porte ouverte qu’il fait moins froid dehors - Le présent n’a jamais épuisé l’avenir - La langue est molle mais elle peut couper des têtes - La forme c’est le fond qui remonte à la surface - Quelle que soit la longueur du serpent il a toujours une queue - Personne n’est assez grand pour apercevoir le sommet de son crâne - Et dire qu’on est déjà mercredi - Comme un goût de revenez-y - Mon cœur est un bouquet de violettes - Le monde est assis sur la tête - On n’est pas là pour se faire dézinguer.

AEV 1819-04 Des-contes-a-regler-des-regles-a-conter

2 octobre 2018

Les prénoms de la Maison de quartier de Villejean / Dominique H.

AEV 1819-04 Dominique affichepcm2En 1975, j’habitais à Villejean depuis six ans. Et je peux vous dire que c’était alors un fief du Marxisme-Léninisme-Maoïsme. Mes voisins en étaient. Du moins nous le suspections parce que c’était secret. Ils étaient dans la clandestinité. Le jour ils ne laissaient rien paraître mais la nuit ils s’agitaient. Rien de plus normal puisqu’une partie de leur activité était l’agitation politique.

Clandestins ! Quel destin ! Se rendre à sa réunion de cellule en arborant un air très naturel ! Les sympathisants qui prêtaient leur appartement étaient priés de déserter au moins trente minutes avant l’heure de la réunion. Il n’eût pas fallu qu’ils croisassent, en sortant, les vrais militants.

Un jour j’eus l’honneur de passer du stade de sympathisante serviable à celui de militante responsable.

La nuit de mon intronisation le chef de la cellule me demanda de choisir mon nom de guerre. Sur le calendrier, ce jour-là, c’était Mandoline. Ca m’a bien plu. C’était moins austère qu’Ursule qui rimait pourtant avec cellule. Mandoline au moins ça rimait avec « clandestine » et aussi avec « coquine ».

AEV 1819-04 Dominique Mandoline

Pendant nos réunions très sérieuses, nous échafaudions des stratégies de propagande pour nous lier aux masses. Dans la journée nous avions le devoir politique d’être des travailleurs sérieux, d’apprendre au peuple à oser s’exprimer, par exemple, dans les syndicats.

AEV 1819-04 Dominique Clarté rouge

Un des mots d’ordres préférés de notre patron, Gaston, était : « La parole est à celui qui la prend ». Ca c’était vrai le jour, sur notre lieu de travail. Mais lors des réunions de cellule, c’était autre chose. Il fallait vraiment avoir quelque chose d’important à dire sinon Gaston intervenait sèchement en disant : « Si ta parole n’est pas plus belle que le silence, ferme-la ! ».

Evidemment les voisins qui en étaient ne soupçonnaient pas que j’en fusse aussi, les cellules étant parfaitement étanches. C’était une vie austère, très austère. Alors il fallait bien survivre. Nous avions pour cela des stratégies de noyautage et chaque cellule, du moment qu’elle restait fidèle à la ligne, pouvait faire preuve d’imagination.

Alors un soir Gaston annonça l’ordre du jour : « infiltration de la toute nouvelle Maison de quartier de Villejean ». C’était important de contrôler la culture du peuple. L’un de nous, tout frais émoulu de la pépinière maoïste de l’IRTS, avait postulé à la direction de la Maison de quartier et bingo il avait décroché le poste. Son nom de guerre était Fiacre mais évidemment personne ne le savait et dans le civil il s’appelait Jean-Pierre comme tout le monde.

Un jour, bien après, quand l’organisation fut dissoute, il nous raconta que, comme plusieurs militants, il avait fait ses classes au petit séminaire, et même au grand, et que le saint de sa paroisse de centre Bretagne était Saint-Fiacre. Fiacre-Jean-Pierre avait quand même besoin de rigoler pour compenser le sérieux de sa mission. Il eut alors une idée qui le faisait rire clandestinement. Eh oui, il ne pouvait pas expliquer ce que ça avait de drôle puisque c’était strictement interdit de dévoiler le moindre secret de la vie clandestine.

Au premier Conseil d’Administration de la Maison de quartier, Jean-Pierre-Fiacre endossa très sérieusement son habit de directeur. Il proposa comme idée consensuelle – il faut ménager la susceptibilité du peuple – de prendre au hasard, sur le calendrier, des prénoms pour désigner les salles. « Ca donnera une note joyeuse et poétique à ce quartier à l’architecture quelque peu carrée et qui en aurait bien besoin ! ».

AEV 1819-04 Dominique Fiacre

Il avait bien préparé sa réunion et puis annoncé d’un air très naturel :

- Je propose par exemple Mandoline le 3 février puis Gaston le 7 mars puis Fiacre le 22 mars puis Auguste le 1er août, Rosalie le 3 septembre, Marius le 25 septembre et Achille le 13 décembre.

Au fur et à mesure qu’il prononçait les prénoms un observateur averti aurait pu détecter un soupçon d’étonnement, d’amusement, de stupeur chez certains membres du C.A. Evidemment, en tant que noyauteurs disciplinés, les six membres de la cellule s’étaient présentés très naturellement au CA, l’un comme jouer de volley, l’autre comme cinéphile, le troisième comme saxophoniste, la quatrième comme prof de yoga, le cinquième comme animateur d’atelier d’écriture, et la sixième comme comédienne.

Le comble c’est qu’ils n’ont même pas pu pas piquer un fou-rire à six puisque tout ceci devait rester clandestin ! Ce soir-là, en rentrant du C.A. j’ai eu comme un déclic. J’ai pris mes claques et mes cliques : j’ai défroqué !

AEV 1819-04 Dominique salles

2 octobre 2018

Les salles de la Maison de quartier / Marie-France

En cet après-midi de mai 1974 Rosalie et Marius de Villejean goûtaient les premiers rayons de soleil.

Assis sur un banc, dos à l’Église Saint-Luc, ils regardaient s'animer le quartier et riaient de voir s'agiter tous les habitants autour du bâtiment flambant neuf qu'on allait inaugurer très bientôt.

Leur chien Gaston jappait à leurs pieds et s'invitait au jeu de ballon avec les garçons.

- « Et dire qu'on est déjà mercredi, dit Marius, les préparatifs n'avancent guère, si seulement je n'avais pas fait cette mauvaise chute en dévalant les escaliers 4 à 4, je ne me serais pas abîmé le talon d'Achille. Je pourrais participer, il y a tant à faire !».

AEV 1819-04 080126_106

Rosalie, plus patiente, attendait son heure. Elle avait encore deux jours devant elle pour préparer les crêpes et les gâteaux qu'elle servirait lors de la réception du samedi. Elle essayait d'imaginer cette journée tant attendue. Depuis plusieurs mois tous les Villejeannais s'étaient organisés pour préparer de nombreuses animations pour les grands et les petits et la venue des personnalités.

- Mais dis-moi Marius, comment il s'appelle le Maire ? Henri, je crois ? Il est bien capable d'arriver avec ses acolytes en fiacre tiré par un beau cheval blanc. Il aime tellement les effets clinquants. Enfin ! Du moment qu'il prévoit le nettoyage du crottin par les agents de la ville, on veut bien. Je crois qu'on a prévu un air de mandoline joué par la petite Aline de l'école de musique, juste avant le discours du Maire. Car il prendra très certainement la parole ! J'espère qu'elle sera belle et pleine de subventions pour notre équipement ! Sinon, qu'il garde le silence !».

- On pourrait peut-être aussi demander à Auguste de Bretagne, répondit Marius. «On ne peut pas accrocher tous ses habits au même porte-manteau . Il faut voir venir.

Le soleil déclinait déjà sur Villejean et la future maison de quartier. Rosalie et Marius décidèrent de rentrer dans leur petit 2 pièces de la rue de Lorraine.

Sur la pelouse les narcisses leur offraient un tapis jaune et blanc. Rosalie se sentait le cœur en fête et elle rentra en fredonnant ce refrain : « Mon cœur est un bouquet de violettes ».

Quant à Marius, il espérait beaucoup de cette journée où il s'était tant investi avant sa chute. Il ne souhaitait qu'une chose : que cette fête ait « comme un goût de revenez-y ».

 

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