Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
L'Atelier d'écriture de Villejean
Publicité
2 octobre 2018

Les prénoms de la Maison de quartier de Villejean / Eliane

AEV 1819-04 Eliane 3094517787_1_3_0IgkWikoMandoline de Villejean porte des jupes longues, des chaussures compensées et des fleurs dans les cheveux. Elle est adepte du « Faites l'amour, pas la guerre. » et de l'amour libre. Elle a deux enfants et ne sait pas très bien qui en est le père. Elle laisse la communauté en être responsable autant qu'elle-même.

On lui a rapporté qu'un soir où il faisait particulièrement sombre, après avoir fumé plus que d'habitude, elle déambulait dans le quartier en demandant inlassablement : « Mais qui a éteint la pleine lune ? ».

Elle ne se pose pas la question de savoir ce que sera son avenir ou celui de ses enfants, elle pense qu'il y aura toujours quelqu'un pour elle. Elle pense que le passé n'a jamais épuisé l'avenir. Que tout est possible, qu'elle s'adaptera à la situation.

Mais elle finira sans doute par se poser et devenir une parfaite petite bourgeoise très sage.

***

AEV 1819-04 Eliane les fonctionnairesGaston de Villejean travaillait aux PTT (Postes, Télégraphe et Télécommunications). Il était commercial, chargé de vendre des abonnements téléphoniques. Tâche dont il s'acquittait très bien. A 40 ans il était encore célibataire. Trop sérieux, trop tatillon. Les jeunes femmes s'ennuyaient très vite en sa compagnie. Et comme il n'était pas porté sur la bagatelle, il n'insistait pas. Il aimait bien son petit train-train quotidien.

Lors des réunions professionnelles, aux moments des pauses, il y avait toujours un petit rigolo pour lui lancer : « Eh, Gaston, y a le téléphon qui son ! » Cela ne le déridait même pas, il n'avait aucun sens de l'humour.

***

Rosalie est une femme toute mignonne, rousse, bouclée. Elle est mariée depuis presque 10 ans avec Marius de Villejean. Ils habitent un coquet pavillon près de Rennes, ont deux enfants, ont des amis, reçoivent.

Rosalie s'acquitte très bien de son rôle d'épouse et de mère. En même temps elle s'investit dans une association d'aide aux devoirs à la Maison de quartier de Villejean à Rennes.

Marius est cadre bancaire.

Marius et Rosalie forment un couple exemplaire aux yeux de tous.

Mais que sait-on vraiment de leur intimité ? J'aimerais demander à leur porte d'entrée de livrer ses secrets. Car une porte regarde aussi bien dehors que dedans.

Pourtant il ne faudrait pas divulguer ses confidences car la parole est comme un œuf, à peine éclose elle a déjà des ailes.

AEV 1819-04 proverbe-malgache-49630

Publicité
2 octobre 2018

Gaston, Fiacre et Mandoline / Anne-Françoise

AEV 1819-04 carte_postale_femme_mandoline_1908_recto_crop1Mandoline jouait de la guitare sur un vieux banjo hérité de son grand-père, Trémolo Mezzo. Sa mère était cantatrice et avait connu son père à l’opéra où il était chef d’orchestre. Son frère Adagio et sa sœur Carmen jouaient respectivement du cor de chasse et de la harpe. Mais Mandoline était nulle en musique et chantait faux. Ses parents décidèrent de l’inscrire à un cours particulier à la Maison de quartier de Villejean. Mais le désastre était tel qu’elle épuisa tous ses profs. Le cours particulier était vraiment particulier. La salle où Mandoline se retrouvait seule prit finalement son nom, avant d’être désertée par sa seule occupante. On décida alors qu’il n’y aurait plus de musique dans cette salle, en dehors d’un petit concert de crayons grattant du papier le mardi soir.

AEV 1819-04 fiacreFiacre roulait carrosse doré sur les routes du quartier. Il portait un chapeau haut de forme avec une redingote noire. Il montait sur ses grands chevaux lorsqu’il était en colère et était à cheval sur les principes. On lui attribua une salle à la Maison de quartier de Villejean. Il y réunit ses amis Attelage, Fouette et Cocher pour y parler Mondial de l’automobile (deux chevaux diesel et hybride), fashion week (redingote brodée chez Dior et chapeau claque chez Jean-Paul Gaultier) et yoga (peut-on contrôler ses émotions en lâchant les chevaux ?). Ses amis lui firent faux bond, trouvant qu’il cherchait trop souvent à couper les chevaux en quatre. Comme ils tenaient à leurs montures, de lunettes, ils l’abandonnèrent seul dans sa salle qui porta ainsi son nom. Aujourd’hui, dans la salle Fiacre, et en son souvenir, on évoque les voyages, car, comme chacun sait, qui veut voyager loin ménage sa monture, de lunettes.

AEV 1819-04 GastonGaston était sourd. De ce fait, il n’entendait jamais le téléphone sonner. Heureusement, ses voisins le prévenaient : « Gaston, y’a l’téléphon qui son… ». Il pouvait ainsi décrocher le combiné, mais, comme ça prenait du temps, les appels n’aboutissaient jamais, sans compter sa surdité. Aussi, Gaston décida d’acheter un portable. Ça ne captait pas bien chez lui. Après de nombreux essais, il trouva le lieu où le maximum de barres s’affichaient sur son écran : c’était dans une salle du premier étage de la Maison de quartier de Villejean. On la lui attribua donc, pour qu’il livre au moins ses appels. Quand il téléphonait, il braillait et n’entendait jamais ses interlocuteurs. On décida de communiquer autrement avec lui. On lui parla à l’oreille, très fort. Mais Gaston ne comprenait toujours rien et répétait de travers ce qu’il avait compris. C’est ainsi que naquit le téléphone arabe. C’est aussi ce qui explique qu’on donne aujourd’hui des cours d’arabe en salle Gaston.

2 octobre 2018

Les prénoms des salles de la MQV / Jean-Paul

Quelle que soit la longueur du serpent, il a toujours une queue. Il a même parfois aussi des sonnettes mais ce n’est pas la peine d’aller les lui tirer, de s’adresser à lui pour résoudre notre problème du jour. Nous nous demandons en effet à qui appartiennent les prénoms qui identifient les salles à la Maison de quartier de Villejean !

- Bonjour ! Je voudrais la clé de la salle Rosalie pour la danse country !

- Bonsoir, elle a bien lieu en salle Gaston la réunion du Conseil d’administration de « Rencontre et Culture » ?

Le serpent des origines le sait-il ? Qui étaient ces huit personnages ? Fiacre, Mandoline, Auguste, Rosalie, Marius, Gaston, Achille et Narcisse ! Les premiers administrateurs de l’association «Rencontre et Culture» qui gère la maison ?

***

Le plus rigolo de la bande était Fiacre de Villejean. Il allait toujours trottinant, cahin-caha, Hue dia, Hop-là, et il avait un indéniable franc-parler. Ce n’était pas pour rien qu’il était délégué syndical à l’usine Citroën de la Janais. Il avait des saillies exceptionnelles.

- Si ta parole n’est pas plus belle que le silence, ferme-la !

Avec ça, féru de poésie… mais seulement de celle d’Aragon, Eluard et Maïakovski. Il connaissait aussi toutes les chansons de Jean Ferrat et Leny Escudero. Avoir sa carte au Parti communiste en 1975 c’était aller à la rencontre d’une certaine culture.

- Tu peux être-là pour la braderie de Villejean, Fiacre, afin de vérifier les emplacements ?

- Non, désolé, camarades, ce dimanche-là je suis à la Fête de l’Huma !

AEV 1819-04 Vive_dictariat_proletatureLa fête du journal L’Humanité à la Courneuve, c’était sacré pour lui. Fiacre aurait pu assister là-bas aux concerts de Jacques Higelin, de Malicorne, de Bernard Lavilliers mais il s’en fichait. Il aurait pu y écouter Leonard Cohen, Pink Floyd ou les Who.

- Les Qui ? Moi j’y vais pour le discours de Georges Marchais et pour boire des coups avec les copains !

Au royaume des sourds, les borgnes ne la ramènent pas. Il n’y avait qu’une ligne, celle du parti. Et des chemins de traverse pour la rigolade : on soupçonnait fort Fiacre et ses copains de la cellule Maurice Thorez d’être montés sur le toit de la fac de lettres de Villejean pour aller peindre sur le haut de la façade du hall B ce slogan resté longtemps visible : «Vive la dictariat du prolétature !»

***

180716 265 008

Mandoline, c’était le camp d’en face ou presque. Elle ne jurait que par le curé de Saint-Luc, par les œuvres de la paroisse, la kermesse, le Secours catholique où elle faisait du bénévolat.

- Ah oui, la clique à encycliques de Paul VI qui mérite des claques ! plaisantait gentiment Fiacre.

Il la chinait toujours mais ils s’entendaient comme larrons en foire. Elle avait beau jeu de lui rabattre son caquet en lui rappelant qu’il avait lui-même été enfant de chœur autrefois !

- Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes ! maugréait-il en mode Gino Cervi-Peppone face à Fernandel-Don Camillo.

Toujours active, positive, constructive, la Mandoline. Elle quand elle n’était pas à la braderie, c’est qu’elle avait un week-end de « La Vie nouvelle ». On la voyait souvent dans le hall de la maison prendre le café avec ses copines ou alors, toute seule, assise tranquillement en train de lire Témoignage chrétien sur une banquette à côté de la table marocaine. Celle-ci est toujours là encore aujourd’hui.

***

Gaston n’en pouvait plus, de Nino Ferrer et de son «téléfon qui son». Gaston était bougon. Gaston sortait de ses gonds. Gaston pétait les plombs. Mais Gaston était toujours là à la braderie. C’était son jour de gloire à lui, celui où, chaque année, il tentait de battre le record de vente de galettes-saucisses détenu par Narcisse. Pas de bol pour lui, on était en 1976, l’année de la sécheresse et il faisait encore, en ce début de septembre, une chaleur à crever.

- Vends des bières, Vendémiaire ! lui avait balancé Fiacre au Conseil d’administration de rentrée.

- Ton humour à la con, ça me tarabuste l’omoplate du côté des trapèzes ! avait répondu Gaston qui était décidément très bougon.

***

Que sont-elles devenues, ces huit personnes ? Je n’ai trouvé trace que de ces trois-là, étant pris moi-même ces temps-ci par un maelström d’activités plus ou moins folles. Je ne suis pas historien de profession, juste journaliste occasionnel et il n’y a pas d’archives consultables en ligne sur ces histoires locales. Tous ces instants de vie des années 1970, il n’a que Marius Aznavourian, le premier président de l’ARC qui aurait pu nous en livrer les secrets mais il vient de décéder hier.

Et du coup, je crois que j’ai trouvé la réponse à la devinette posée par Pépito Matéo dans son livre «Contes à régler» : «Tant qu’on le porte, c’est celui d’un autre mais si c’est à nous, c’est qu’on n’est plus là».

Vous avez trouvé la solution ? Non ? Retournez le journal ou faites le poirier devant l'ordinateur pour découvrir la mienne !

AEV 1819-04 réponse devinette 

<< < 1 2
L'Atelier d'écriture de Villejean
Publicité
Publicité
Derniers commentaires
Archives
Publicité