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L'Atelier d'écriture de Villejean
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18 octobre 2017

Consigne d'écriture 1718-06 du 17 octobre 2017 : Comment j'ai adopté un dragon

Comment j'ai adopté un dragon

 

1718-06 adopte un dragon IMG_0408

1718-06 adopte un dragon IMG_0408Il s'agit d'un jeu de cartes et de dés d'Yves Hirschfeld et Fabien Bleuze édité par "Le Droit de perdre".

Chaque écrivant lance les deux dés verts. Prenons un exemple : s'il obtient un et quatre, on convient qu'il peut avec ces chiffres écrire les nombres quatorze et quarante-et-un.

L'animateur regarde sur une des quatre cartes du jeu ce qui correspond à ces nombres :

14 Moi aussi, j'ai marché sur la Lune

41 Je crois qu'on m'a jeté un sort

L'écrivant choisit entre ces deux incipits/thèmes de l'histoire et enreprend de la relater.

1718-06 adopte un dragon IMG_0408 3Toutes les sept minutes l'animateur lance un dé. On doit alors inclure dans son histoire les petits mots qui sont apparus.

Pour cette séance les mots à inclure ont été : 

Quand j'étais petit
Et croyez-moi
Quand soudain
Mais ce n'est pas si grave
Et comme par magie

 

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17 octobre 2017

Une invention royale / Jean-Paul

C’est moi qui ai eu la fève ! Alors, du coup, je suis devenu le roi de la fête. Et j’ai inventé le pays où personne ne sait comment faire.

1718-06 problèmes de robinet

C’est un pays très rigolo. Les gens qui l’habitent regardent des séries américaines. Ils voudraient bien arrêter de les regarder mais ils ne savent pas comment faire. Chaque saison comprend dix épisodes de vingt-six minutes. Pour calculer la durée d’une saison, et donc le temps qu’on a perdu à regarder des idioties, personne ne sait comment faire.

Bien sûr, vous qui n’habitez pas ce pays-là vous savez qu’il faut multiplier 26 par 10 et que ça fait 260 minutes. Mais pour savoir combien d’heures ça représente, au pays où personne ne sait comment faire, personne ne sait comment faire.

Dans ce pays-là, personne ne sait qu’une heure contient soixante minutes et qu’on obtient le nombre d’heures en divisant 260 par 60. Quand j’étais petit, à l’école, on nous donnait des problèmes de calcul de ce type et d’autres où deux trains partaient à la rencontre l’un de l’autre en traversant la nuit dans une salle de bain où la baignoire fuyait en traversant le plancher. Il fallait calculer l’heure à laquelle le voisin du dessous appellerait les pompiers pour signaler une flaque inattendue sur son tapis persan.

A l’époque les instituteurs et institutrices devaient avoir eux aussi hérité de la fève et inventé le même pays que moi parce que dans la classe personne ne savait jamais comment faire pour trouver la solution.

Mais revenons à notre loi des séries. Ce feuilleton-là a duré six saisons. Et, croyez-moi, on a eu bien du mérite à regarder tous les épisodes. Parce que, tout du long, c’est rien que des histoires de filles. Des filles qui vivent dans le pays où personne ne sait comment faire. Comment faire pour devenir écrivain alors qu’on ne fait que regarder des vidéos sur Youtube, appeler sur son smartphone les copines pour aller de fête en fête, danser, boire, baiser, vomir, danser, boire, baiser, vomir, danser, boire, baiser, vomir ? Comment faire pour maigrir en s’empiffrant de bonbecs, de hamburgers et de glaces ? Comment faire pour perdre sa virginité au Japon quand soudain, au moment de passer à l’acte, le téléphone du partenaire fait retentir un « Cocorico » bien sonore annonçant que c’est l’heure de la cérémonie du thé ?

Girls saisons 6

C’est vraiment très frustrant, « Girls » - car ces histoires de filles s’appellent « Girls » - parce que moi, j’ai beau avoir eu la fève, je n’ai pas inventé le pays ou j’ai vingt-sept ans et du coup je n’ai pas les réponses à ces questions que je ne me pose pas ou plus. Même dans la réalité, dans le pays où tout le monde sait comment faire, je ne sais pas comment on fait quand votre père quitte votre mère pour vivre avec un homme. Je ne sais pas comment on fait pour vivre en colocation avec un ou une homosexuel-le. Est-ce qu’il faut manger vegan ? Est-ce qu’on peut parler de médecine à table ?

« Mais ce n’est pas si grave » va-t-on me rétorquer. Il y a sept milliards d’individus sur cette planète, dans ce monde où tout le monde sait quoi faire. Il y en a qui meurent de faim, qui fuient leur pays en guerre et tout ça c’est de la fiction imaginée par des gosses de riches américains qui s’ennuient et s’enrichissent grâce à leur autofiction et donc tu es bien idiot d’avoir consacré…

Alors, nous disions donc : six saisons à quatre heures et vingt minutes ça fait six fois quatre vingt- quatre, six fois vingt cent vingt, divisé par soixante, égale deux, vingt-quatre plus deux… Vingt-six heures, dites donc !

Et comme par magie, au cours des six derniers mois, j’ai passé vingt-six heures dans un pays que je viens juste d’inventer ce soir, à l’instant !

La prochaine fois que j’ai la fève, promis, je l’avale ! Ca évitera à Lena Dunham / Hannah Horvath de restée plantée sur Facebook ou Twitter avec sa couronne de reine des pommes ! Notez que je ne lui en veux pas d’être le pendant féminin de Woody Allen et donc, très logiquement, la nouvelle coqueluche de Télérama. Vous savez, la coqueluche de Télérama, celle qui donne toujours des boutons à qui ne prend pas ses distances. Je ne lui reproche même pas son usage immodéré des mots « fuck » ou « fucking » dans chacun des dialogues de ses personnages. Je ne m’étonne même pas qu’elle enfonce, à l’épilogue, les portes ouvertes du crédo féminin-féministe à la mode : « Fuck les mecs ! Je fais un enfant pour moi-toute seule ! Et tant pis si c’est un accident de contraception et que je vis avec lui au pays où personne ne sait comment faire ! ».

Je m’en veux juste, à moi, d’être resté collé aussi longtemps dans une toile d’araignée. Vous vous rendez compte du nombre de bouquins sur Rimbaud que j’aurais pu lire pendant ces vingt-six heures ?

N.B. Les incipit que le sort m'avait attribués : "C'est moi qui ai eu la fève" et "Je suis resté collé dans une toile d'araignée"

17 octobre 2017

Parents déficients / Eliane

Un jour j'ai dû punir mes parents.

Ca devenait insupportable, ils n'en faisaient qu'à leur tête.

Ils s'étaient mis à sortir le soir. Ils trouvaient que depuis ma naissance ils m'avaient consacré suffisamment de temps et qu'ils avaient maintenant le droit de vivre leur vie. Je n'avais que 10 ans !!!

AEV 1718-06 les-miserables-annie-leibovitz-vogue-sacha-baron-cohen-helena-bonham-carter

Ils n'avaient donc jamais appris que lorsqu'on met un enfant au monde on en prend pour perpète ? Ils estimaient être dans leur droit et me laissaient seule devant une pizza surgelée que je devais moi-même réchauffer au micro-onde pendant qu'ils allaient dîner en amoureux dans un bon petit restaurant.

Et s'il y avait eu un incendie ? Et si un voleur s'était introduit dans la maison ? Et si j'avais été kidnappée contre une rançon ? Ou enlevée par un pédophile ? Quand j'étais petite je n'avais aucune défense, je faisais confiance à tout le monde. Alors, dans ces cas-là, ils auraient eu bonne mine, mes parents, hein !

Je m'acquittais de ma dînette sur un coin de table de la cuisine car bien sûr je n'avais pas le droit de regarder la télé ; d'ailleurs je ne savais pas la mettre en marche et je me réfugiais bien vite sous ma couette. Je n'étais pas rassurée, le moindre bruit me paraissait suspect.

Le lendemain matin, à l'heure de me préparer pour l'école, je me retrouvais encore toute seule car bien sûr ils dormaient encore. Je n'ai jamais bien su à quels moments ils se rendaient au travail. Et croyez-moi j'ai échafaudé des tas de scénarios. C'étaient peut-être de sombres trafiquants qui revendaient des marchandises volées ou, pire, qui dealaient de la drogue ? Peut-être étaient-ils des rentiers qui avaient fraudé le fisc et amassé un pécule confortable ?

Mais qui étaient donc mes parents ? Le week-end je ne les voyais pas non plus. Ils partaient avec une bande d'amis pour de longues randonnées, des pique-niques géants ou de longues balades à vélo. Et bien sûr je n'étais jamais conviée à ces sympathiques escapades.

Plusieurs années ont passé sur ce rythme monotone. J'ai eu quatorze ans, quinze ans. Je les voyais à peine, en coup de vent, ne leur parlais pratiquement pas. Heureusement j'avais des copines et des copains pour un semblant de vie sociale.

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Quand soudain, en pleine année scolaire, ils me déclarèrent qu'ils partaient pour plusieurs semaines, voire plusieurs mois en Australie.

J'aurais pu m'accommoder de cette situation, j'avais l'habitude de gérer seule ma vie quotidienne mais ce soir-là je décidai que la coupe était pleine. Je leur dis simplement : « Fort bien ! » et les laissai partir sans plus de cérémonie. Mais ce n’'est pas si grave, pensais-je, qu'ils aillent au bout du monde, je réserve une belle surprise pour leur retour.

J'ai été très occupée pendant toutes les semaines de leur absence. J'ai commencé par porter tous leurs vêtements au Secours Catholique. J'ai effacé le disque dur de leur ordinateur. J'ai lacéré les rideaux, maculé le canapé et les fauteuils avec de l'huile de vidange. Emporté les tapis anciens à la décharge. Brisé les verres en cristal et la vaisselle de porcelaine. Fait de subtiles arabesques sur les papiers peints et peint les vitres en noir. J'aurais pu tout simplement mettre le feu à la maison, mais je préférais qu'ils constatent les dégâts.

Comme par magie ma rancoeur se dissipait pendant tous ces travaux et je me sentais étonnamment sereine. Je restai encore quelques jours dans ce domicile saccagé, n'occupant que la cuisine. Puis je peignis les vitres de cette dernière en noir, me préparai une valise, pris tous les bijoux de ma mère et me réfugiai chez une amie.

J'attendais avec impatience. Je jubilais de ce bon tour que je leur avais joué. Je regrettais simplement de ne pas être une petite souris cachée dans un trou pour jouir de la tête qu'ils allaient faire à leur retour.
C'était une juste punition pour leur négligence, leur manque d'amour et d'attention qu'ils avaient eu pour moi durant toutes ces années.

Et bien sûr ils ont été fous furieux.

12 octobre 2017

Les œufs bleus des dinosaures / Eliane

AEV 1718-05 oeuf de dinosaure

Des petits dinosaures pondaient des œufs bleus. Ils vivaient dans le sud de la Chine. Mais des poissons sont tombés du ciel. Ils ont troublé l'eau, remué fortement le sable et ont semé la panique parmi les œufs.

On peut se demander comment ces œufs colorés, censés éclore dans cette mer de Chine et donner de frétillants bébés dinosaures pouvaient faiblir et se laisser emporter quand la trombe aspira l'eau.
Leur mère aurait dû enfouir ses œufs plus profondément dans le sable. La tempête est fréquente dans cette région. La survie de l'espèce nécessitait davantage de soins.

Pourtant elle l'avait fait, mais ces œufs fripons et indisciplinés sont remontés à la surface et ont ainsi pu être emportés. Cela s'explique : la couleur bleue de ces œufs rares provenait de la biliverdine, substance agissant fortement sur l'air contenu dans la coquille, le secouant en tous sens.

Cette espèce de dinosaures n'était pas la seule à pondre des œufs bleus. Dans d'autres contrées, par exemple la Forêt équatoriale, certains oiseaux pondent également des œufs bleus. Ces derniers ont l'avantage d'être moins visibles que les blancs. C'est un précieux camouflage parmi les différents tons de verts des arbres et les couleurs chatoyantes des multiples fleurs de la jungle. Ils échappent ainsi plus facilement à leurs prédateurs qui ne souhaitent que les avaler.

12 octobre 2017

Consigne d'écriture 1718-05 du 12 octobre 2017 : un poème dadaïste

Un poème dadaïste

D'après Tristan Tzara, fondateur du mouvement Dada, il suffit de découper des bouts de phrases dans des journaux, de les mettre dans un chapeau, de les tirer au sort et de les mettre bour à bout pour créer un poème dadaïste.
C'est ce que nous faisons ce jour en respectant cependant la structure syntaxique proposée par l'animateur.

Le poème contient neuf vers et il y a un incipit imposé pour les vers 3 à 7 et 9



3 Mais
4 Comment
5 Peuvent-ils
6 Quand ?
7 C’est simple :
9 Et

On fait l'exercice deux fois et il est demandé ensuite d'étoffer l'un des poèmes en en conservant tous les mots.

AEV 1718-05 22040898

 

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4 octobre 2017

Consigne d'écriture 1718-04 du 3 octobre 2017 : Ah poser son fessier sur les mots de Rimbaud !

 Ah ! Poser son fessier sur les mots de Rimbaud !

A Charleville-Mézières, à l’entrée du musée Rimbaud, sur le quai de la Meuse, sont posées dix-huit chaises métalliques. Il s'agit d'une oeuvre d'art intitulée "Alchimie des ailleurs". Sur le siège de ces chaises des vers du poète ont été inscrits... et complétés d'une phrase par des poètes contemporains. A vous de les remplacer ce jour. Soit vous écrivez une seule phrase, commençant ou pas par les mots de ces poètes., soit vous écrivez un ou plusieurs poèmes, en vers ou en prose, dont la phrase de Rimbaud sera l’incipit.

La vie est la farce à mener par tous. Alors…
Le monde a soif d’amour. Tu viendras l’apaiser. Tes yeux…
Le chant des cieux, la marche des peuples ! Esclaves ne maudissons pas la vie ! J’établis…
Mais que salubre est le vent ! Au…
Je me crois en enfer, donc j’y suis. J’ai…
C’est un trou de verdure où chante une rivière. Ceux…
Les inventions d’inconnu réclament des formes nouvelles. Une …
J’écrivais des silences, des nuits. Je notais l’inexprimable, je fixais des vertiges. Je ne sais…
Oh la la ! Que d’amours splendides j’ai rêvées. Mon…
Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir. Ne…
C’est faux de dire : je pense. On devrait dire : on me pense. Personne…
Il faut être absolument moderne. L’homme...
Ô justes, nous chierons dans vos ventres de grès. Oui…
J’ai avalé une fameuse gorgée de poison. Je suis…
Elle est retrouvée. Quoi ? L’éternité : c’est la mer allée avec le soleil. Patiemment…
Je m’entête affreusement à adorer la liberté libre. La parole…
Ô saisons ! Ô châteaux ! Quelle âme est sans défaut ? Bien…
Oisive jeunesse à tout asservie ! Par délicatesse j’ai perdu ma vie. Jeunesse

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4 octobre 2017

L'Alchimie des ailleurs à Charleville-Mézières le 10 juillet 2017

L'alchimie des ailleurs

 L'Alchimie des ailleurs est une oeuvre de l’artiste québécois Michel Goulet. Certains croquis réalisés lors de la Nuit blanche 2010 «Dessine moi une chaise» ont servi de modèle aux dossiers. Figurent également 18 extraits de l’oeuvre d’Arthur Rimbaud ainsi que des poèmes inédits commandés à 18 poètes contemporains issus de la francophonie invités dans le cadre de résidences ou de lectures.

Si vous souhaitez en savoir plus sur cette oeuvre, voyez ici.
Vous pouvez agrandir les photos en cliquant dessus.

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4 octobre 2017

Vierge / Josiane

C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Ceux qui s'y coucheront ne se lèveront plus.
Plus jamais leurs grands yeux ne verront la lumière,
Plus jamais de leurs cœurs nous n’entendrons la vie.

Ils sont là, les vengeurs, les armes à la main.
Rageurs et sans pitié, ils ne sont que colère.
De quels amours maudits, enfants, sont-ils le fruit
Et qui guide leur main, leur cœur et leur esprit ?

Demain tout le pays ne sera que douleur.
Pourquoi étaient-ils là, et ce jour, à cette heure ?
La vie est une farce, elle finit en enfer.

Oh la la! Que d’amours splendides ils ont rêvées,
De plages alanguies et de soleils d’été,
Du doux frisson du vent sur leurs peaux dénudées,
De musiques sublimes, de cieux ensanglantés
Quand au lever du jour le soleil apparaît.

C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Où le souffle du vent couche à-demi les blés.
Ceux qui s’y coucheront dormiront à jamais.

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4 octobre 2017

Mais que salubre est le vent ! / Josiane


Mais que salubre est le vent !
Il fait voler les cerf-volants
Qui font rire les petits enfants
Qui nous donnent tant de tourments.

Et tournent, tournent dans le vent,
Et montent, montent au firmament
Et claquent, claquent dans le vent
Les ailes des cerf-volants ! 

4 octobre 2017

Le Mystère des dix-huit chaises / Jean-Paul

AEV 1718-04 mystère

La vie est la farce à mener par tous
Alors déguisez vous
En clown,
En Superman,
En drag-queen ou en Jupiter
Puisque je est un autre !


Le monde a soif d’amour. Tu viendras l’apaiser.
Garde-toi cependant une poire pour la soif,
Une poire à lavement pour noyer ses laideurs.


Le chant des cieux, la marche des peuples !
Esclaves ne maudissons pas la vie !
La mort aura vite fait de ployer à genoux
Le poète qui maudit !


Mais que salubre est le vent
Qui sème tout à la fois
Les graines d’avenir
Et l’engrais de l’oubli !


Je me crois en enfer, donc j’y suis.
Pour combien de saisons ?
Pour quel crime commis ?
C’est de ne pas savoir qui fait que l’on y est
Sans même pouvoir y croire.

 

AEV 1718-04 saison

 

C’est un trou de verdure où chante une rivière
Et la Nature, idiote, y berce un militaire !


Les inventions d’inconnu réclament des formes nouvelles :
Soufflons le verre de la cornue inusitée
D’où sortiront les germes de la vie éternelle !


J’écrivais des silences, des nuits. Je notais l’inexprimable, je fixais des vertiges.
Sous ce que j’ai écrit ils ont posé leurs mots
Et c’était détestable ;
Sur ce que j’ai écrit ils ont posé leurs culs
Et c’était lamentable !


Oh la la ! Que d’amours splendides j’ai rêvées
Mais chaque fois ma mère entrait et me disait :
« Boug’ toi donc, fainéant ! Il est l’heure de t’lever !


Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir :
Un homme qui aurait vu l’ours qui aurait vu le loir.


C’est faux de dire : je pense. On devrait dire : on me pense.
Couteau planté dans le ventre,
Balle perdue dans le poignet,
Pour que tout ce raisiné
S’arrête enfin de couler
On me panse, on me panse !

170712 265 021


Il faut être absolument moderne !
Il y a tant de vieilles badernes,
Il y a tant de vieilles casernes
Et si peu qui me concerne
Dans vos étendards en berne.


Ô justes, nous chierons dans vos ventres de grès,
Dans la colle du progrès,
Dans la quille et dans les agrès
Et dans les pantalons des paléontogogues


J’ai avalé une fameuse gorgée de poison
Et j’aurais préféré qu’on ait
Sur ma table posé
Bière crémeuse ou, à foison,
Lumineux cruchons de gorgeon.
Où se trouve l’eau de la Meuse
Que j’y recrache mes misères
D’auteur « malgré lui » qu’il en ait
De best-sellers pour les liseuses !

170710 Nikon 026


Elle est retrouvée. Quoi ? L’éternité : c’est la mer allée avec le soleil
Jouer à saute-nuages et à change-couleurs dans le ciel de Barfleur


Je m’entête affreusement à adorer la liberté libre
A en perdre la raison
Mais une chambre d’hôpital
Sera ma dernière prison.
Dis-moi, à quoi tout cela rime ?
Et, ma sœur, quel était mon crime ?


Ô saisons ! Ô châteaux ! Quelle âme est sans défaut ?
O cuisine ! Ô restau ! Quel cuistot sans couteaux ?


Oisive jeunesse à tout asservie !
Par délicatesse j’ai perdu ma vie

Si vous la retrouvez
Envoyez-moi un mot :

Cimetière de Charleville
Boîte aux lettres Rimbaud.

170715 Nikon B 012

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