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L'Atelier d'écriture de Villejean

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29 novembre 2022

En attendant Eulalie. 2 / Jeanne

femme sous la pluie

Dans l'attente prolongée de Miss Eulalie, Tante Léonie se plaisait à prolonger la discussion auprès de Françoise .

Par la fenêtre de l'appartement du petit bourg où notre famille logeait, Léonie vit passer Madame Goupil qui, dans un pas pressé, essayait d’esquiver les premières gouttes de pluie qui s’attardaient sur la ville. Elle portait une robe de soie mais n’avait pas de parapluie. Elle risquait de prendre l’eau et de friser sa coiffe parfaitement symétrique.

Je vis ma tante réfléchir, toute pensive face à cette vision, se tapant le front. Elle se demandait si Madame Goupil était arrivée avant ou après l'élévation qui se passait ce dimanche dans l'église voisine. Elle pensa qu’elle devait le demander à Miss Eulalie

Elle regarda le ciel et le gros nuage sombre qui l’accompagnait. Il allait pleuvoir, elle le savait de par ce qu’elle voyait et par la lourde température qui régnait à ce moment. Ma tante, de naissance et d’éducation très craintive, rétorqua que le plus tôt serait le mieux car si l'orage n'éclatait pas son verre d'eau de Vichy ne passerait pas. Cela figurait pour elle un fait bien plus important que l'état de la robe que portait Mademoiselle Goupil. De plus elle observa avec logique que sur la place il était impossible de s’abriter.

La vision de l'heure la fit pâlir et même tressaillir : elle n'avait pas encore pris sa pepsine et les vêpres avaient déjà grandement commencé. De manière brusque elle saisit un livre de messe à la riche reliure pour tenter de rattraper son malheureux retard quant à la lecture des textes sacrés auxquels d'ailleurs elle ne comprenait pas grands mots. Elle était surtout préoccupée de savoir si son médicament pris en retard allait tout de même faire son effet sur l'eau de Vichy.

 

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29 novembre 2022

En attendant Eulalie. 3 / Marie-Thé

femme sous la pluie 2

Léonie et Françoise devisaient sous la véranda en attendant Eulalie.

- Madame Goupil se pavane avec une robe de soie, dit Françoise. Je l'ai vue passer sans parapluie tout à l'heure. Elle va se faire saucer. Sa belle robe va lui coller au corps. Quand elle va rentrer dans l'église pour les Vêpres tous les hommes vont la dévorer des yeux ! Ce matin déjà, elle est arrivée après l’élévation ! Elle ferait n'importe quoi pour se faire remarquer !

- Moi j'en ai rien à faire de Madame Goupil, dit Léonie. J'ai mal à l’estomac : j'ai oublié ma pepsine et je suis tellement nerveuse que mon eau de Vichy ne descend pas ! Qu’il pleuve un bon coup et que l'orage éclate !

Tout à coup elles entendirent un bruit léger puis de plus en plus sonore, régulier, musical puis assourdissant sur le toit de la véranda. C’était la pluie suivie de coups de tonnerre. En regardant par la fenêtre elles aperçurent Madame Amédée, la grand-mère, qui partait faire son petit tour habituel.

- Madame Amédée ne fait jamais rien comme tout le monde, dit Léonie. Elle est un peu fofolle. Sortir par temps pareil ! Elle doit avoir des choses à se faire pardonner parce qu'aujourd'hui c'est sûr c'est dimanche et le bon Dieu se venge. Malheureusement Eulalie ne passera pas aujourd’hui ajouta-t-elle tristement.

 

29 novembre 2022

En attendant Eulalie. 4 / Véronique

Iliers sketch 2

Elles bavardent toutes les deux. Elles se sont installées dans la véranda qui donne sur le superbe jardin entretenu avec soin par le vieux jardinier.

Les deux amies attendent Eulalie pour aller aux vêpres. Le temps est gris, le ciel est sombre. Il va sûrement pleuvoir. Sur le chemin de l'église elles croisent Madame Goupil qui porte une robe neuve de soie grège.

- S’il se met à pleuvoir, sa robe va lui coller à la peau, dit Léonie. Elle veut toujours se faire remarquer !

- Que m’importe ! lui répond Françoise. Je me sens si nerveuse… Une bonne averse, des coups de tonnerre… Que l'orage éclate ! Cela me calmerait.

Elles décident de rebrousser chemin. Elles arrivent juste comme l'orage éclate, effrayant, bruyant. Quel triste dimanche !

La vieille Madame Amédée marche aussi vite qu'elle le peut avec ses vieilles jambes fatiguée.

« Qu’ai-je encore fait ? On dirait que Dieu se venge, pense-t-elle.

29 novembre 2022

En attendant Eulalie. 5 / Anne-Françoise

Maison_de_Tante_Léonie_à_Illiers-Combray_(1)

Une maison bourgeoise,un dimanche après-midi. Léonie échange avec Françoise, la bonne qui a l'air bien bonne d'écouter la précieuse tante Léonie.

Léonie attend Eulalie à l'heure des vêpres. Elle s'inquiète de la pluie qui menace à la fois ceux qui sont dehors mais aussi pour son intérieur à elle vu qu'elle a des soucis de digestion qu'elle pense être liés à la météo. Elle prend un médicament tout en ouvrant son niveau de messe. Elle lit les textes sans les comprendre vu qu'elle se préoccupe d'abord de l'efficacité de ses gouttes... et les gouttes de pluie se font entendre sur les carreaux.

Léonie entend aussi le grelot de la porte du jardin. « C'est la grand-mère qui sort ! » l'informe la bonne qui ajouté en langage politiquement correct que la grand-mère est « piquée », félée, fada.

La tante Léonie pense que la météo aura empêché Eulalie. Elle attribue ce mauvais temps au Bon Dieu qui se venge du manque de foi du monde. En bref, le texte évoque des soucis digestifs, météorologiques et religieux. Le ciel est tombé sur la tête de la tante Léonie !

29 novembre 2022

En attendant Eulalie. 6 / Dominique H.

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas dans cette maison bourgeoise aux rituels bien établis. Samedi est le jour du marché et dimanche le jour du Seigneur.

Le samedi Françoise quitte la propriété, un panier en osier à la main et le dimanche elle recouvre ses boucles dorées d’une mantille de dentelle noire et surtout elle serre dans sa main gauche gantée de cuir également noir un gros missel relié en cuir antique et à la tranche dorée. L'élégance discrète de Françoise, la bonne, est à peine éclipsée par celle de la précieuse tante Léonie qui, malgré quelques signes ostentatoires de richesse, peine à masquer sa tête alourdie par les années et surtout son teint ictérique. Elle a des ennuis hépatiques qu’elle tente en vain d'apaiser par des liqueurs digestives.

chambre-Léonie

Ce dimanche matin sa carnation de jaune citron vire à l’olivâtre de contrariété : la grand-mère Eulalie est en retard. Françoise murmure poliment que la grand-mère n'a plus tous ses esprits, que selon la parole du seigneur il convient de se montrer indulgent vis-à-vis des pauvres d'esprit. Et Françoise, la bonne, poursuit en regardant la pluie tomber :

- Ne voyez-vous pas dans cette averse l'expression météorologique de la colère de Dieu ?

C’en est trop pour la tante Léonie qui s'évanouit ! La bonne Françoise se porte charitablement à son secours, lui fait inhaler des sels. La tante Léonie ressuscite.

Le dimanche est bien le jour du Seigneur !

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29 novembre 2022

En attendant Eulalie. 7 / Anne J.

Ma tante Léonie parlait avec Françoise en attendant qu'arrive Eulalie. Elle lui disait :  «  Je viens de voir passer la mère Goupil sans parapluie, toute fière avec sa robe de soie, tu sais, celle qu'elle s'est fait faire à Châteaudun. Je ne sais pas où elle va mais si c'est loin, elle va se prendre une de ces sauces ! »

- Ça se peut, disait Françoise qui ne voulait pas se mouiller et n'en pensait pas moins.

orage- Tiens, disait ma tante en se frappant le front, je me demande bien à quelle heure elle est arrivée à l'église, je vais le demander à Eulalie. Françoise, regarde le ciel, pas besoin de consulter la météo, avec ce nuage noir et ce soleil bizarre, c'est sûr, on va avoir la flotte ! Je m'disais aussi, fais trop chaud, c'est pas normal, un p'tit orage ça va faire du bien, on s'en fout des belles fringues de la mère Goupil !

- Ouais, ouais !

- En plus y a rien pour s'abriter. Oh zut il est déjà 3 heures, j'ai oublié mon médoc, je comprends maintenant pourquoi ça pèse là dedans !

Elle se précipita sur son livre de messe, un truc chic en velours violet et or et laissa tomber des images pieuses bordées de dentelles qui lui servaient de marque-pages. Elle avala sa dope en pensant que ça ne marcherait pas. Ça lui prenait la tête, les médocs, l'heure et la lecture de son missel. Trois heures déjà, c'est incroyable !

missel s-l1600

Plic ploc, ça commence à tomber, on dirait, ben oui, vlà qu'il pleut vraiment et ben ça douille ! Il pleut comme vache qui pisse ! Ça c'est une bonne douche, pardi !

- Eh bien Françoise, allez y, j'ai entendu la sonnette du jardin ! Allez voir qui peut être dehors par un temps pareil !

- C'est Madame Amédée qui a dit qu'elle allait faire un tour. Mais qu'est ce qui tombe !

- Bah ça ne m'étonne pas, dit ma tante en levant les yeux au ciel, j'ai toujours dit qu'elle était un peu fada ! Si ça l'amuse ! Moi je reste au chaud !

- Mme Amédée, elle s'en fiche des autres, dit Françoise doucement. En fait elle pensait sans le dire que ma grand mère était zinzin et elle n'était pas la seule.

- L'office est fini, c'est foutu, elle ne viendra pas, soupirait ma tante. Froussarde ! Tout ça pour un peu de pluie !

- Mais il n'est pas 5 heures ! Juste quatre heures et demie !

- C’est tout ? On n'y voit goutte à 16 h 30 à la fin mai ! Va falloir allumer, à c’t’heure ! Ah ma pauvre Françoise, le Bon Dieu doit être bien en colère ! Faut dire aussi avec la bombe atomique, Marine Le Pen, l'homme qui marche sur la lune et le monde des métavers ! Si mon pauvre Octave voyait çà ! Tout fout le camp ! Et le bon Dieu, il se venge !

29 novembre 2022

Le Samedi ou la Surprise des Barbares. 1 / Jeanne

L’avancée du déjeuner offrait au samedi une tournure particulière et ce pour toute la famille.Une tournure plus sympathique, plus indulgente. Le temps libre habituel était remplacé par un repas précoce et copieux. Ce petit décalage horaire faisait plus de bruit que le passage à l'heure d'hiver ; un petit samedi asymétrique qui fait plus parler que la femme du maire avec le facteur. C’est comme ça dans les sociétés fermées où il ne se passe pas grand-chose au sein des vies tranquilles des habitants.

Cela rendait notre samedi gai et l’humour, la taquinerie se levaient de bonne heure avec nous. Ça en devenait une sorte de rituel, l'événement du jour qu’on prenait peut-être trop au sérieux mais, écoutez, le bonheur n'a pas de secret ! « Il n'y a pas de temps à perdre n'oublions pas que c’est samedi ! » était la phrase à tendance rigolote que chacun s'amusait à répéter, faisant semblant de ne l'avoir encore jamais entendue.

repas familial 01

Ma tante, très sérieuse, osait demander un repas plus lourd, comme un beau morceau de veau puisque, évidemment, la journée serait plus longue. Certains distraits oubliaient ce décalage en pensant ne pas manger avant l'heure et demie et nous étions enchantés de leur rappeler... qu'on était samedi ! On riait longtemps et cela faisait le tour de la maison.

Le ciel semblait lui aussi au courant car après le déjeuner le soleil flânait une heure de plus là-haut. Cela en troublait certains qui pensaient être en retard pour la promenade. Et s’étonnaient de voir l’heure. Bien sûr le ou les étourdis «étaient rappelés à l’ordre par toute la famille ! Parfois des accidents arrivaient durant cette journée pourtant bien organisée : certains barbares se pointaient chez nous à 11 heures pour discuter avec mon père et nous trouvaient à table. Cela égayait Françoise mais ce qui l’égayait plus encore c'était la réponse ludique de papa : « Mais voyons, c’est samedi ! »

Quand elle en faisait le récit, elle pleurait et inventait la suite du dialogue, celma faisait rire toute la tablée.

Souvent on en faisait trop et on insinuait tous que la dernière fois qu’elle avait raconté cette histoire cela paraissait plus long. Ainsi l'histoire se répétait et se transformait indéfiniment.

29 novembre 2022

Le Samedi ou la Surprise des Barbares. 2 / Madame C.

Si chez les Le Quesnoy le lundi c'était raviolis, chez les Dujardin samedi c'était goinfrerie. Le repas serait servi à l'avance, sans doute parce qu'on savait qu'on s'éterniserait à table. Il y aurait des pâtés, des rôtis, des sauces, des entremets ; on boirait des apéritifs, des vins sirupeux, des liqueurs pour les dames, des armagnacs pour les messieurs, on s'en mettrait plein la panse.

Il régnait ce jour-là une bonne humeur particulière. L’oncle Jacques qui habituellement terrifiait tout le monde partait d’un rire égrillard à chaque plaisanterie grivoise. Les femmes faisait semblant de s’offusquer mais elles rigolaient bien entre elles, les coquines !

Les bourgeois bousculaient leurs habitudes. Ils s’encanaillaient en mangeant une heure à l'avance. Ce décalage était le sujet de plaisanterie niaises, bien lourdingues, mais ça faisait rire tout le monde. Ça les changeait des repas mondains bien calés, bien orchestrés.

Ils faisaient ensuite une petite promenade digestive et se tordaient de rire quand un invité sortait naïvement : « Tiens, le soleil est encore haut dans le ciel ! ».

Comme quoi le bonheur ça tient à peu de choses !

promenade 1

29 novembre 2022

Le Samedi ou la Surprise des Barbares. 3 / Véronique

Françoise-ROn est quel jour ? Ah, samedi c'est vrai !

C'est ce que se dit Lucien tous les samedis. Un petit déjeuner léger car le samedi la famille mange plus tôt, une heure plus tôt.

Lucien n'aimait pas trop le samedi mais le reste de la famille s’en amusait et tous les samedis c'était l'événement. On élaboraité le repas avec Yvonne avant qu’elle n’aille au marché.

Vers le milieu de la matinée Lucien avait déjà oublié qu'on était samedi. Ça donnait lieu à des moqueries des autres.

Cette journée de samedi revêt une grande importance car ce décalage fait de la famille de Lucien des gens à part. Après déjeuner la famille se promène dans une ville déserte car tout le monde mange. Même le soleil est de la partie car il n'est pas au même endroit.

Au fil des ans le samedi reste toujours un jour d'étonnement, de nouveauté. Gare aux étrangers qui ne connaissent pas ce rituel. Ils devaient alors faire face à toute la famille prise de fou-rire.

Ce énième samedi, identique aux autres, la famille de Lucien en faisait chaque fois une nouveauté.

29 novembre 2022

Le Samedi ou la Surprise des Barbares. 4 / Brigitte

Iliers-Combray

- Quel jour ? Mais quel jour sommes-nous ? s’exclama Lucien

Il ne cessera de répéter cette phrase jusqu'à l'heure d'un petit déjeuner frugal. Le samedi le repas a lieu une heure plus tôt. Le menu du repas est élaboré juste avant qu'Yvonne ne parte au marché. Toute la famille se régale à l'avance de ce décalage horaire qui rend cette famille bien singulière.

Quel jour ? Mais quel jour sommes-nous ? S’exclame Lucien qui a déjà oublié au milieu de la matinée.

Après le déjeuner une promenade digestive sous le plein soleil du Midi dans des rues désertes. Quel privilège d’errer ainsi pendant que tous les citoyens déjeunent.

Après de nombreuses années ce décalage horaire a toujours été source d'étonnement et de joyeux fous rires face à des étrangers éberlués.

Quel jour ? Mais quel jour sommes-nous donc ?

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