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L'Atelier d'écriture de Villejean

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21 novembre 2023

Mitsumasa en Italie / Marie-Thé

AEV 2324-09 Marie-Thé 01

Le jour suivant, Mitsumasa parcourt les rues de la banlieue de Venise.

Personne ne semble remarquer ce cavalier à l’allure fringante sur son beau cheval bai dont les fers claquent sur le sol. Les rues sont quasiment désertes à cette heure matinale.

Un moine passe rapidement près de lui, la tête baissée, comme s’il avait quelque chose à cacher pense Mitsumasa. Peut-être fait-il tout simplement ses prières du matin ?

Pourquoi donc le tailleur ferme-t-il sa porte sur son passage ? C’est son jour de fermeture. Dommage pour Mitsumasa qui aurait aimé se faire tailler une veste !

Au bâtiment suivant, il voit le garde champêtre coller une affiche sur le panneau de la Mairie.

Que se passe-t-il ? Curieux, Mitsumasa s’approche et lit : « Une statue qui se trouvait dans le clocher a disparu. Le voleur est recherché ».

AEV 2324-09 Marie-Thé 02Quelques rues plus loin, il entend un chœur de femmes chanter joyeusement « Connaissez-vous les lavandières ? » Il connaît cette mélodie et se dirige allègrement vers les voix, tel Ulysse vers les Naïades de la légende Grecque.

- Hello beau chevalier, approche, nous allons laver ton linge !». Tu peux te baigner si tu veux, nous chanterons pour toi. Lorsque Mitsumasa arrive près de la fontaine les trois femmes l’éclaboussent en riant.

AEV 2324-09 Marie-Thé 03Il poursuit son chemin et passe devant une diligence dans laquelle montent deux moines chargés d’un gros colis. Il pense alors à la statue volée mais décide de ne pas se mêler de cette affaire. Il a de l’imagination mais cela lui a déjà joué bien des tours.

Un petit garçon, son cartable sur le dos lui indique une auberge où il pourra s’installer. C’est la plus jolie maison du quartier. Des jardinières chargées de fleurs égaient la façade surmontée de pierres de taille donnant à l’ensemble l’allure d’un petit château. Il décide de se reposer dans cette auberge. Il pourra ainsi se restaurer et écrire à sa mie pour lui raconter sa journée.

 

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21 novembre 2023

Le Voyage raté de Mitsumasa / Anne J.

AEV 2324-09 Anne J

 

Le jour suivant, Mitsumasa sortit de très bonne heure le matin. Il traversa la place déserte, au centre de laquelle trônait le navire qui s’embarquerait très bientôt pour le Nouveau monde et souleva le couvercle de l’une des deux malles qui attendaient leur chargement tout près des tonneaux de beaujolais nouveau. Il partait loin de tout cela, il n’en pouvait plus de sa vie et de son encombrante famille.

 

 

 

AEV 2324-09 Anne JSon beau-frère qui avait exercé un temps le dangereux métier de toréador vendait désormais des glaces italiennes aux enfants et on l’entendait clamer du matin au soir : « Gelati ! Assaggiare i meravigliosi gelati di Faustino ! »  (vous pouvez bien imaginer que cela signifie : « Goûtez les merveilleuse glaces de Faustino ! »). De plus il avait une abominable voix de chanteur d’amour et chantait faux mais ses enfants l’adoraient.

AEV 2324-09 Anne JSa femme, la belle Livia ne jouait plus de violoncelle, elle l’avait mis en vente au bénéfice des pauvres de l’Église, encouragée en cela par un prêtre italien du nom de Antonio quelque chose, dont elle était tombée éperdument amoureuse.

Mitsumasa ne voyait pas du tout ce qu’elle lui trouvait et faisait toutes les nuits des rêves qu’il espérait prémonitoires, dans lesquels le bel Antonio finissait guillotiné en place publique. Il voyait sa tête avec ses cheveux roux, rouler dans le panier et son corps désarticulé jeté dans une charrette comme une marionnette sans succès, En route pour le cimetière de San Michele et la fosse commune ! 

AEV 2324-09 Anne JMitsumasa voyait tout dans sa cachette, grâce aux fentes entre les lattes de bois : il apercevait un homme et une femme candidats au voyage avec leur maigre bagage et les religieuses sortant du couvent de la place pour prendre l’air et se distraire un peu : en voila deux qui se mettent à parler tandis que deux autres admirent un landau à vendre dans l’étal de bric-à-brac au pied de la chapelle, comme si elles pouvaient en avoir l’usage !

Allait-on embarquer cette lourde Pieta en marbre ou bien ce piano abandonné, à moins qu’on ne préfère un cheval à bascule ?

Soudain, une femme s’approche du marin qui surveille la cargaison et veut lui acheter la malle dans laquelle se trouve Mitsumasa bien caché pour attendre son départ vers une nouvelle vie. Elle prétend vouloir meubler son salon de coiffeuse avec des objets marins :

- C’est la mode, dit-elle, et je voudrais aussi un cabestan, une lampe tempête, des cordages et une boussole. Je prendrais bien aussi le canot de sauvetage mais mon salon est trop petit !

Le marin hésite : avec tout cet argent, il pourrait aller boire quelques bières à la taverne.

Et voilà qu’arrive le capitaine du navire, avec son bandeau de pirate et sa jambe de bois

AEV 2324-09 Anne J- Mon matériel n’est pas à vendre, dit-il en brandissant son sabre. Vous ne voulez pas plutôt une décoration chinoise ? Allez voir en face : il y a un étal de chinoiseries, en marchandant un peu vous l’aurez pour un bon prix.

La femme insiste, sort des billets de son réticule et fait des œillades au pirate qui se sent tout émoustillé. Pourquoi pas après tout ? se dit-il. Avec cela je pourrais m’offrir un beau mousquet pour mon prochain voyage.

- Allez , je vous laisse la malle et deux lampes-tempêtes et débarrassez moi le plancher !

Et voilà comment Mitsumasa se retrouva au beau milieu d’une volière de femmes en bigoudis ! C’était un Nouveau monde aussi mais pas celui dont il rêvait. Il dut attendre la nuit tombée pour sortir de sa cachette et se faufiler sur la place à nouveau déserte pour rentrer chez lui.

Sa femme l’accueillit avec un aimable «  Alors ? T’étais ou ? » et Mitsumasa se dit que demain il retenterait sa chance.

21 novembre 2023

T comme Thuin / Adrienne

21 novembre 2023

Le Jour suivant / Jean-Paul

AEV 2324-09 JK 01Le jour suivant Mitsumasa fut très déçu par le Grand Canal : il était tout petit ! Au pied de l'église Santa Maria della Salute il n'y avait que cinq gondoles. C'est tout juste si les gondoliers présents ne se battaient pas entre eux pour proposer une balade en amoureux au seul couple de touristes qui déambulait à proximité de l’embarcadère sur la piazzetta.

AEV 2324-09 JK 07C'est vrai qu’au prix de la course vers le Pont des Soupirs ou le Rialto il ne fallait pas aller chercher plus loin les vrais pigeons de Venise.

Mitsumasa alla s'enregistrer à la Pensione Wildner où il hérita de la chambre n°28. Ce numéro était également celui du jour où il était né. Après avoir confié son cheval à un palefrenier très bronzé il revint à pied prendre la température du lieu.

AEV 2324-09 JK 03Tout était pittoresque en diable ! Devant l'église fermée deux paysannes locales, un fichu sur la tête, semblaient se prendre en photo avec une perche à selfie. C'était d'autant plus incongru qu’un peu plus loin à droite un photographe de rue proposait ses services à un officier de marine accompagné d'une hôtesse de l'air. Son appareil ancestral, semblable à ceux dessinés par Albert Dubout dans son recueil « Les Photographes » était posé sur un trépied et devait encore fonctionner avec des plaques rigides.

AEV 2324-09 JK 05- Soit quelque chose cloche par ici, soit il y a des problèmes dans la temporalité de cet univers ou de l'Italie tout entière ! » songea Mitsumasa.

 De fait, à droite du photographe, un médecin en robe et portant un chapeau moyen-âgeux avait posé sur des tréteaux roulants trois gobelets renversés. 

AEV 2324-09 JK 09Proposait-t-il une partie de bonneteau ? Ou bien, comme il brandissait un flacon, commercialisait-il en Europe le fameux élixir du docteur Doxey fabriqué en Amérique avec des ingrédients qui devaient rester aussi secrets que la lettre de Coralie ?

Mitsumasa avait eu droit, sans en comprendre un traître mot, à toute l'histoire que Giacomo avait contée à voix forte au gendarme de Saint-Tropez en képi et ceinture blanche et qu’avait écoutée également dame Véronica en jupe rouge et pull vert.

AEV 2324-09 JK 02- Je l'ai retrouvée dans mon grenier cette lettre écrite par une certaine Coralie il y a quelques vingt ans ! D'après son contenu il paraît que j'étais chargé de la remettre alors à mon ami Giambattista. C'est une jeune fille de 19 ans qui était tombée amoureuse de lui bien qu’il fût marié depuis peu et qui lui disait son souhait de le revoir pour l'embrasser  !

- Et plus si affinités, sans doute ? demanda Veronica.

- On ne saura jamais ! Si j'ai retrouvé la lettre vingt ans après c'est que je ne l'ai pas remise !

- Mais tu es un vrai père La Morale, Giacomo Crapovio ! commenta le gendarme. Je n'aurais jamais cru cela de toi !

- Un père La Morale ? Tu parles ! Un vrai tue-l’amour, oui ! commenta Véronica.

AEV 2324-09 JK 04

A proximité, deux touristes français, un homme et une femme, s'étaient assis sur les marches de l'église avec leurs lourdes valises posées à même le sol. Sans doute repartaient-ils vers la gare. Ernest avait encore sur l'arcade sourcilière le sparadrap dont Margaret l'avait artistiquement décoré après la bagarre de la veille au Harry’s bar.

- Eh bien ! On s'en souviendra de notre voyage de noces à Venise ! rigolait-elle.

- Je savais que l'Italie avait la réputation d'être un peu tape-à-l'oeil mais je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi frappant ! admit Ernest.

AEV 2324-09 JK 06Un peu plus loin sur les marches trois ragazzi della cita, des ados en goguette, des zazous en sweat à capuche zonaient en zyeutant le groupe de touristes attroupé autour de Zampano qui chantait des tarentelles accompagné de Gelsomina à l'accordéon. Il y avait peut-être des poches à se faire, mieux remplies que celle qu’Ernest avait sous les yeux.

Comme on approchait de midi Mitsumasa alla s'installer en terrasse du restaurant proche. Il ne déjeuna pas vraiment tranquillement : il fut importuné alors qu'il dégustait son plat de spaghetti par une mendiante qui portait son bébé dans un sac ventral puis par une gamine qui tenait à tout prix à ce qu'il lui achetât un bouquet de fleurs pour sa « donna ».


AEV 2324-09 JK 08

 Il avait trop peu encore de vocabulaire italien pour pouvoir expliquer à la fillette qu’il avait divorcé récemment et qu'il était revenu en Italie afin de retrouver une nommé Coralie qu'il avait connue par ici une vingtaine d'années auparavant.

14 novembre 2023

Consigne d'écriture 2324-08 du 14 novembre 2023 : Lautréaval

Lautréaval

 

D’après M. Jacques Quinton, le poète redonnais Louis Peuchard est né à Redon le 11 août 1919. Monté à Paris en 1936 il a fréquenté les peintres et poètes de cette époque et a connu l’effervescence et le bouillonnement intellectuel du Front populaire.

Il prit alors le pseudonyme de Lautréaval.

Ce qu’il écrivait, dans une veine humoristique, provocatrice ou extravagante, relevait soit du génie selon les uns, soit de la fumisterie pour les autres. En témoigne ce poème en hommage à la ville de Redon :

Le canal le canal
Horizontal
Le canal le canal le canal
Eau Eau

(in « Les Chants crurent »).

Après la guerre il a fréquenté Georges Brassens, René Fallet et Roland Topor.

Il aurait publié, à compte d’auteur et à très faible tirage, un recueil de poèmes intitulé « Effleure le mal » et son texte « Eau eau marais marais », précurseur du rap, figure dans une anthologie, « La poésie autrement » de Claude Verachté, parue en 2006.

Réécrivons ensemble l’oeuvre de ce poète méconnu. Au choix :

1) Écrivons des poèmes courts et absurdes dans le style de celui évoqué ci-dessus ;

2) Réécrivons en prose poétique des poèmes d’« Effleure le mal » dont nous n’avons que le titre, issu du recueil de Baudelaire « Les Fleurs du mal ».

Bénédiction ; L'Albatros ; Élévation ; Correspondances ; J'aime le souvenir de ces époques nues ; Les Phares ; La Muse malade ; La Muse vénale ; Le Mauvais Moine ; L'Ennemi ; Le Guignon ; La Vie antérieure ; Bohémiens en voyage ; L'Homme et la Mer ; Don Juan aux enfers ; Châtiment de l'orgueil ; La Beauté ; L'Idéal ; La Géante ; Les Bijoux - pièce condamnée ; Parfum exotique ; Je t'adore à l'égal de la voûte nocturne ; Tu mettrais l'univers entier dans ta ruelle ; Avec ses vêtements ondoyants et nacrés ; Le Serpent qui danse ; Une charogne ; Le Vampire ; Le Léthé - pièce condamnée ; Une nuit que j'étais près d'une affreuse Juive ; Remords posthume ; Le Chat (Viens, mon beau chat, sur mon cour amoureux) ; Le Balcon ; Je te donne ces vers afin que si mon nom ; Tout entière ; Que diras-tu ce soir, pauvre âme solitaire ; Le Flambeau vivant ; À Celle qui est trop gaie - pièce condamnée ; Réversibilité ; Confession ; L'Aube spirituelle ; Harmonie du soir ; Le Flacon ; Le Poison ; Ciel brouillé ; Le Chat (Dans ma cervelle se promène) ; Le Beau Navire ; L'Invitation au voyage ; L'Irréparable ;Causerie ; L'Héautontimorouménos ; À une dame créole ; Mœsta et errabunda34 ; Les Chats ; Les Hiboux ; La Cloche fêlée ; Spleen : I - Pluviôse, irrité contre la ville entière, II - J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans, III - Je suis comme le roi d'un pays pluvieux, IV - Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle ; Brumes et pluies ; L’Irrémédiable ; À une Mendiante rousse ; Le Jeu ; Le Crépuscule du soir ; Le Crépuscule du matin ; La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse ; Je n'ai pas oublié, voisine de la ville ; Le Tonneau de la haine ; Le Revenant ; Le Mort joyeux ; Sépulture ; Tristesses de la lune ; La Musique ; La Pipe ; Le Masque ; Hymne à la beauté ; La Chevelure ; Duellum ; Le Possédé ; Un Fantôme : I - Les ténèbres, II - Le Parfum, III - Le Cadre, IV - Le Portrait ; Semper eadem ; Chant d'automne ; À une Madone ; Chanson d'après-midi ; Sisina ; Sonnet d'automne ; Une Gravure fantastique ; Obsession ; Le Goût du Néant ; Alchimie de la douleur ; Horreur sympathique ; L'Horloge.

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14 novembre 2023

Trois poèmes idiots ? / Anne J.

Ciaran
Domingo
Federico

Les tempêtes sont elles
Des migrants illégaux
Sans permis de séjour ?

2023-11-03 Nikon 82

***

J'aime les raviolis,
Les petits Chinois,
Les gros Géorgiens
Et les classiques italiens.

Le monde a beaucoup à apprendre
De ces petits oreillers délicieux
Pour se reposer
Des fracas du monde.

AEV 2324-08 Anne J

***
A propos d’oreiller
Le mien est un espace partagé
Et toujours occupé

La nuit c’est moi
Le jour c’est le chat

La guerre n’a lieu
Qu’au petit matin
Et tard le soir

Pourrait-on résoudre
Les conflits du monde
De cette façon ?

AEV 2324-08 Anne J

14 novembre 2023

Quatre poèmes de Lautréaval extraits de "Effleure le mal" / Marie-Thé

Que diras-tu ce soir, pauvre âme solitaire ?

Tu es seul, mon ami, cherche sous l’évier !
Tu trouveras une fillette remplie de piquette,
Et puis tu la boiras pour oublier Lola
Qui de toi ne veut pas.

AEV 2324-08 Marie-Thé - Lola

 ***

La cloche fêlée

Dans les maisons du bourg,
On écoute dans la nuit
La cloche fêlée tintinnabuler
Toutes les heures avec un son cassé.

Aux environs de minuit, quelques lucarnes s’éclairent,
Pour quelques-uns, c’est l’heure d’une pause-pipi
Ensuite ils se recouchent, se rendorment bien vite.

Alphonse lui, se tourne sur la droite,
Se tourne sur la gauche
Puis s’allonge sur le dos.

La cloche sonne et résonne
C’est déjà le matin. Alphonse s’est endormi.

Aux douze coups de midi,
Il se réveille enfin, ébahi et surpris.

AEV 2324-08 Marie-Thé - Cloche fêlée

***

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle

Il est gris souris le ciel de novembre.

« Celle qui est trop gaie » est descendue dans son jardin,
Pour y cueillir du romarin.

Elle a bien ri avec Jean-Louis cette nuit.

Ce matin, en descendant les marches du perron
Avec ses sabots de bois,
Elle a glissé dans la boue.

Son cotillon est tout crotté.

Elle n’est plus « celle qui est trop gaie ».

AEV 2324-08 Marie-Thé - Celle qui est trop gaie

***

Elévation

J’ai grimpé très haut dans la montagne
Pour y cueillir du thym et du romarin.

Par la même occasion,
Je pensais méditer, élever mon esprit
Le vent m’a refroidie.

La pluie m’a transpercée.

De la vallée montaient les nuages.

Au lieu de m’élever dans la belle nature
Je suis redescendue et me suis recouchée. 

AEV 2324-08 Marie-Thé - le-matin-du-lundi-30-decembre-l-eglise-du-mont-saxonnex-semblait-flotter-au-dessus-d-une-mer-de-nuages-photo-celine-martinelli

14 novembre 2023

Six poèmes de Lautréaval extraits de "Effleure le mal" / Jean-Paul

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Je bous dans la marmite
Je prépare dynamite

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
La vapeur s'échappe
Et moi sous la chape
Je répète un plomb

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
La tristesse m'accable
Et je suis bien capable
De vous péter un câble

Je pars vers l'azimut
Dans ma cocotte-minute

Que tourne le sifflet la grande explosion !

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Je balance mon contre-ut
Un arc-en-ciel paraît
Qui vient porter au monde
Et mon ébullition
Et ma bénédiction

Je suis une horreur sympathique,
au fond.

2023-11-04 Nikon 8

***

Le Roi d'un pays pluvieux

Le roi d'un pays pluvieux
Nous n'avons rien à lui envier

Nous aussi nous sommes plus vieux
D'un jour chaque jour
D’un mois chaque mois
D'un an chaque année

Le roi d'un pays pluvieux
Tout aussi arrosé que nous
Et même plus

Rien ne nous oblige, nous,
A discourir sous la pluie,
Comme fit François de Hollande

AEV 2324-08 JK - francois hollande

***

Chanson d'après-midi

Tout ce qu'on a pu
S'enfiler
Comme faux-filet
Et vraie bidoche !

Tout ce qu'on a pu
Biberonner
Comme Côtes-du-Rhône
Et vins de Loches !

Tout ce qu'on a pu
Fréquenter
Comme bons pâtés
A la cantoche !

Tout ce qu'on a pu
On y est rompu
On s'y est rompu
La sous-ventrière
Qui traîne par terre

On a pu On a pu On a pu
On est repu !

AEV 2324-08 JK Gargantua

***

Je t'adore à l'égal de la voûte nocturne

Je t'adore à l'égal de la voûte nocturne
Mais qui donc a percé tous ces trous dans ta robe ?

Pourquoi tes jeans sont-ils déchirés à ce point ?
Et pourquoi tant d'étoiles tatouées sur tes épaules ?

Je t'adore à l'égal de la voûte nocturne
Mais pourquoi cet hommage à Io la vache
Sous forme d'anneau dans le nez
Comment c’est que voilà qu’ t’es ?

Peut-être n’es-tu, tout simplement, qu’un ciel brouillé ?
Je vais demander à la lune de m'éclairer.

AEV 2324-08 JK jai-demande-a-la-lune

***

J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans

J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans
Et pourtant je n'en ai que neuf-cent-trente-deux

methuselah_vitrail

***

Que diras-tu ce soir, pauvre âme solitaire

Que diras-tu ce soir, pauvre âme solitaire
De Don Juan aux enfers, à celle qui est trop gaie ?

Que tu regrettes l’irréparable ?

Le serpent qui danse dans ta sépulture
Est le châtiment de l'orgueil.

Comme tu retournerais à la vie antérieure !
Tu mettrais l'univers entier dans ta ruelle !
Tu renierais ton obsession,
Apprendrais l'harmonie du soir.

Mais crève, Tenorio ! Apprends donc le goût du néant
Et l'alchimie de la douleur !

Cloître ! Cloître ! Cloîtré !
Tombe ! Tombe ! Tombé !

Fais ton festin de pierres et de terre à jamais !

AEV 2324-08 JK Molière_frontispice_de_Dom_Juan

14 novembre 2023

Fou, fou, fou ! Cinq poèmes de Lautréaval / Maryvonne

Pléonasme

Un plat plat
Un escalier qui monte
Un danseur qui danse
Un crépuscule du soir
L'aube du matin
Un parfum qui parfume
Et des bohémiens en voyage

AEV 2324-08 Maryvonne - bohémiens

***

Alchimie de la douleur

Aïe ! Aïe !
Aspirine, doliprane
Cocktail anti-douleur
Aïe ! Aïe !
J'ai mal au cœur.

AEV 2324-08 Maryvonne - 1312416-Caricature_de_Charles_Baudelaire

***

Beaudelaine a mis fin à ces époques nues avec ses vêtements ondoyants et nacrés.
A une mendiante rousse, fière de sa beauté
J'ai donné un manteau en peau de chat
Brumes et pluies ont fait l'irrémédiable
Le goût du néant a fini le travail
Et flic et flac !

AEV 2324-08 Maryvonne - petite-mendiante-rousse-c1843-1939_u-l-q1n0mru2fjqjt

***

Rhum, duellum, Delirium

Encore un verre mon bonhomme
Encore un vers de poésie
Pour faire plus joli
Encore un verre, dit le factotum
J'ai mal à mon duodénum
Encore un ver solitaire
Pour foutre ma vie en l'air
Et juste un dernier poème
Pour dire à la vie que je l'aime

julienlaforgue-julien-laforgue-alcool-ivresse-charles-baudelaire-poeme-spleen-poete-litterature-enivrez-vous

***

Albatros, élévation

Dans son bec vole la correspondance de l'homme de la mer à la servante au grand cœur.
Je n'ai pas oublié, dit le message encré, la beauté, le parfum exotique et cette volupté unique.
Je suis comme le roi d'un pays pluvieux
Je pleure des gouttes salées qui la nuit me tiennent éveillé
Dans ce ciel brouillé l'oiseau fera une percée
L'aube sera spirituelle
Pour que ce poème te caresse de son aile.

AEV 2324-08 Maryvonne - Albatros

14 novembre 2023

Cinq poèmes de Lautréaval extraits de "Effleure le mal" / Anne Françoise

L’albatros

Souvent pour m’amuser, je me lève sur la plage,
Je prends de hautes poses, je chante la belle mer,
Je danse ma vie, indolente compagnonne de voyage
Des nuages glissant sur le fond bleu du ciel.

Je déclame, gesticule, je me crois sur les planches
Quand un roi de l’azur maladroit et honteux
Laisse piteusement une grosse fiente blanche
Tomber sur ma personne, moi l’actrice aux cent feux !

Les parents, les enfants, les baigneurs, les bronzés
Ne voient plus mon talent, ma haute destinée ;
A cause d’un albatros, au milieu des huées,
Je cherche ma serviette, il me faut m’essuyer.

AEV 2324-08 Anne-Françoise Albatros

***

Quand le ciel bas et lourd

Quand le couvercle en métal sur la casserole pèse comme un ciel de canicule
Ça va…

Quand le couvercle en métal sur la casserole s’agite comme un ciel de foudre et d’éclairs
Ça ne va plus…

Il me faut vite baisser le gaz sous la casserole sinon tout va déborder.

AEV 2324-08 Anne-Françoise - Casserole

***

L’invitation au voyage

Mon papy, ma belle-sœur,
Songez à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble
Aimer à loisir
Aimer et mourir
A l’EHPAD dans une chambre.

AEV 2324-08 Anne-Françoise - EHPAD

***

Le cerf-volant

Quel drôle de nom !
A-t-on déjà vu un cerf voler ?
Voler dans le ciel, dans les airs ?
Ou voler ses noisettes à l’écureuil ?
Non vraiment, il est fou le cerf-volant !

AEV 2324-08 Anne-Françoise - Cerf-volant 2

***


Phares

Les petits phares qui s’allument sur la mer
Ont-ils une maman, une gentille mère
Qui, quand ils ont fini leur far en dessert,
Leur dit : « Il est temps d’allumer vos lumières » ?

Y-a-t-il des phares filles, des phares sœurs
Qui se fardent avec Mylène Farmer ?

Dansent-elles la farandole
Autour des bateaux la nuit ?

Leur racontent elles des fariboles ?

Sont-elles farouches quand la lune luit ?

AEV 2324-08 Anne-Françoise - Phare

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