Visite originale / Maryvonne
Après avoir accroché son vélo aux ganivelles du chemin de plaisance, Claude Jouanne a rendez-vous avec Nicolas Xéres pour aller visiter le cimetière du nord à Rennes. Nicolas commence par lui montrer sa nouvelle voiture, selon lui un joujou extra qui fait « crac boum hue ! ». Il dit que c'est quand même ballot de rouler à 30 à l'heure avec une telle « machina ». Claude avec son vieux biclou ne semble pas épaté mais bon en route ! A pied cette fois pour la visite.
Nicolas a promis des lieux étonnants . Suivons leurs pas.
A l'entrée, sous le porche de la coupole, deux militaires endormis là depuis on ne sait plus quelle guerre ont les honneurs. C'est écrit, gloire aux vieux débris de la guerre. Ça donne déjà le ton. A gauche dans la partie la plus ancienne, une vieille pierre tombale est décorée de bouchons de liège. On ne sait plus qui est là mais avec ciboire et calice en relief il pourrait bien s'agir d' un religieux. La légende veut que venir y déposer un bouchon peut aider à vous guérir de l'alcoolisme ! Modernité oblige on y trouve parfois des capsules de bière. Il paraît mais moi j'dis ça, j'dis rien, que les employés du cimetière ne seraient pas étrangers à ce rite.
Un peu plus loin la section devient chic, une sorte de Père-Lachaise rennais. On y croise des anciens maires, des architectes, des évêques.
Discrètement derrière un if, Maître Odorico repose sous une mosaïque délicate dans les tons violets et parme qui représente un pavot. Une jardinière modeste faite de petites tesselles complète l'harmonie.
De cet endroit on aperçoit la tombe toute en verdure de la Sainte aux pochons. Entièrement recouverte de lierre, elle abrite le corps de Madame de Coëtlogon réputée être morte en odeur de sainteté et est l'objet d'un rituel. Les malades viennent prélever de la terre au pied de sa sépulture pour l'emporter durant neuf jours dans un pochon. Au retour de celui-ci au cimetière la sainte intercédera en leur faveur pour obtenir une guérison.
En chemin vous croiserez un oxymore : Joseph Turmel, prêtre et membre de la libre pensée.
Dans un virage voilà deux tombes d'une même famille, comme des lits jumeaux qui se côtoient mais dans des croyances différentes. Un ange veille et prie sur les uns tandis que pour les autres un macaron révèle qu'ils ont légué toute leur fortune aux œuvres sociales et laïques. Ce dernier, Joseph Beaugeard avait à Rennes un grand magasin d'ameublement : « Au vieux chêne ». On se dit que ces deux frères ont bien dû se prendre la tête aux repas de famille.
Plus loin encore, voilà la somptueuse sculpture, enfin une copie, d'un sculpteur rennais à la triste histoire. Léofanti. ayant présenté son œuvre au prix de Rome, ne fût pas primé. Son Christ avait, semble-t-il, un déhanché pas trop catholique. En revenant de cette humiliation il se suicida en se jetant du train.
Et puis tout au fond vous arrivez chez les gens du voyage, les forains et les gitans. Sans doute las de leurs incessants voyages, ils souhaitent se construire une imposante villa pour le reste de leur séjour sur terre. Certains monuments valent le prix d'un appartement. Catholiques, évangélistes ou pentecôtistes, leurs grandes tombes sont ornées de gravures et de versets religieux.
Si un jour les deux garçons veulent trouver une autre histoire de Rennes, au cimetière de l'Est ils trouveront les soldats français, mais aussi ceux du Commonwealth, les victimes des bombardements, le monument pour ceux qui donnent leurs corps à la science, des carrés musulmans ou asiatiques. Il y a aussi le discret petit cimetière Saint Laurent.






















