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L'Atelier d'écriture de Villejean

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10 février 2026

La Comptine des douze merveilles / Marie Sylvie

 

Dans l’escalier du matin

Un pas léger ouvre le jour.  

Chaque marche dit : « Viens, regarde,  

le monde t’attend, tout en velours ».

 

 

Dans l’aquarium du silence

Trois Poissons font des ronds.  

Ils apprennent au Chat qui regarde  

Que l’eau parle avec des frissons.

 

 

Sous une feuille, l’Araignée  

Brode un fil fin tel un secret.  

Elle montre que les petites mains  

Peuvent créer de la beauté.

 

 

Sur la table l’Artichaut

Cache un cœur tendre sous sa peau.  

Il murmure : « Ce qui est précieux  

Se découvre toujours tout en haut ».

 

 

Le bulldozer jaune et solide

Pousse les pierres sans colère.  

Il dit qu’avant de faire un chemin

Il faut d’abord ouvrir la terre.

 

 

La caméra posée au vent

Garde un rayon, un rire, un instant.  

Elle apprend que chaque souvenir  

Est une graine pour plus tard.

 

 

Le Chien trotte dans le jardin

La queue en joie et le nez malin.  

Il montre que l’amitié vraie  

Se reconnaît au matin.

 

 

 

L’Éléphant bleu tout tranquille

Avance lentement dans la ville.  

Il dit qu’être grand parfois

C’est juste marcher sans bruit.

 

 

La fleur s’ouvre au bord du pré

Un peu timide et un peu fière.  

Elle apprend que la douceur pousse  

Lorsqu'on lui laisse de la lumière.

 

 

 

 

Le Koala serré contre l’arbre

Berce son petit dans ses bras.  

Il dit que l’amour, le vrai

Ne s’explique pas car il est là.

 


 

 

Le Léopard,  tache après tache,

Marche au soleil sans se presser.  

Il montre que chaque différence  

Est une façon d’être beau.

 

 

Et le pantalon sur la corde 

Danse au vent comme un drapeau.  

Il dit qu’être prêt pour la vie

C’est enfiler son courage tôt.

 

 

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3 février 2026

Consigne d'écriture AEV 2526-16 du mardi 3 février 2026

 

Les Lettrines de Gini Barris

 

 

Nous travaillons ce jour à partir d’un disque vinyle du groupe King Crimson intitulé Lizard (Le lézard) ; les illustrations de la pochette sont de Mme Gini Barris.

Nous décidons de les considérer comme des lettrines. Votre texte devra donc démarrer par la lettre K,I,N,G,C,R,I,M,S,O ou N.

Votre inspiration viendra de ce qui est représenté sur la lettrine ou des titres des morceaux de l’album donnés ci-dessous :


Le Cirque (comprenant l’Entrée des caméléons) - Jeux d’intérieur - Une famille heureuse - La dame des eaux dansantes - Le lézard - Les réveils du prince Robert - Boléro : le conte du paon (ou de la paonne) - La bataille des larmes de verre - La chanson de l’aube - La dernière escarmouche - Lamentation du prince Robert - Le grand sommet

 

Toutes les cinq minutes vous recevrez une nouvelle lettrine, soit pour votre inspiration, soit pour débuter un nouveau paragraphe.

 

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3 février 2026

Krakatoa ! / Adrienne

 

 

 

 

 

 

rakatoa ! fait la foudre qui tombe.

 

Krakatoa ! fait la terre qui se fend.

 

Le grand sommet tout enneigé illumine la plaine où les combattants s’affrontent sous les lamentations du prince Robert, qu’évidemment personne n’entend : ça gronde, ça crépite, ça tonnerre de Brest, ça hurle, ça cataclope… juste avant de disparaître dans le gouffre avec les feuilles encore vertes arrachées par la bourrasque, les chevaux avec les beaux harnais, les lances et les gonfanons.

 

Et pendant ce temps, comme dans la Chute d’Icare peinte par Breughel, de boer ploegt voort * : le travail des champs continue, les vaches broutent et les canards cancanent, les arbres fruitiers sont en fleur et aux roulements de tambour, le paysan préfère la flûte.

 

 

* Le proverbe "de boer hij ploegde voort", c'est un peu notre mythe de Sisyphe flamand :-) quelles que soient les circonstances et les difficultés, on poursuit sa tâche, à l'image du paysan qui travaille la terre, saison après saison.

3 février 2026

Lettrines / Anne J.

 

 

 

 

népuisables danseurs, nous dansons, agitons nos clochettes

 

et séduisons les gentes demoiselles,

 

partagés que nous sommes

 

entre le monde d’hier et le monde d'aujourd'hui.

 

Dernière escarmouche avant la fin de notre monde ?

 

La fin de nos châteaux forts et de nos villes de marchands ?

 

La fin d'un monde ou la fin de tous les mondes ?

 

***

 

 

 

 

alheur à nous, pauvres mortels !

 

Finie pour nous, la chanson de l’aube !

 

Déjà l’Ankou chevauche à nos cotés

 

Et nous ne le voyons pas.

 

C’est déjà la fin de la chevauchée,

 

La chute inévitable.

 

La main de l’Ankou s’accroche à notre manche.

 

Adieu, Mortel !

 

***

 

 

 

 

 

i belle soit la vie,

 

Enivrés de parfums capiteux,

 

Assis sur de somptueuses soieries

 

Au sommet des soirées licencieuses,

 

Le temps poursuit sa course.

 

Lamente toi, sinistre chevalier !

 

Ôte ton armure

 

Et profite du temps

 

Tant qu’il y en a encore !

 

***

 

 

 

 

 

arpe Diem, place au cirque !

 

Que la fête commence

 

Au carnaval du monde !

 

3 février 2026

Le Grand sommet / Marie Sylvie

 

On ne devient lumière 
qu'en traversant la nuit qui nous habite...

 

 

 

 

 

 

ontant vers les hauteurs, 

Drapé de noir 

Magnor avait le visage fermé 

Tel une porte que l'on a trop longtemps claquée.

 

Sous lui le cheval blanc avançait 

Avec une raideur presque douloureuse

Comme si la bête portait elle aussi le fardeau de ce prince 

Que son peuple ne reconnaissait plus.

 

La nuit vaste et silencieuse

Semblait absorber chaque pas

Chaque souffle

Chaque regret.

 

 

Il ne fuyait pas.

Il s'exilait.

 

 

Depuis des mois 

Les regards se détournaient de lui.

On murmurait qu'il avait perdu le cœur

Qu'il ne voyait plus les hommes 

Mais seulement les fautes.

Magnor avait gouverné comme on brandit une épée :

Droit

Froid

Tranchant.

Et maintenant il gravissait Le Grand Sommet

Pour accomplir l'épreuve que nul ne pouvait faire à sa place.

 

Le chemin était rude.

Les pierres coupaient

Le vent giflait

La montagne ne pardonnait rien.

Mais plus il montait plus quelque chose en lui se fissurait

Non pas de douleur

Mais d'ouverture.

 

À mi-parcours il s'arrêta.

Le cheval blanc tremblait.

Magnor posa une main sur son encolure

Et d'un geste simple

Il sentit tout ce qu'il n'avait jamais voulu voir :

Sa dureté

Sa peur

Son orgueil

Sa solitude.

Le cheval 

Miroir silencieux

Reflétait son âme.

 

Alors il comprit.

 

Ce n'était pas la montagne qu'il devait affronter.

C'était lui-même.

 

Il continua à pied.

Le manteau noir s'alourdissait à chaque pas

Comme si la nuit refusait de le laisser partir.

Mais Magnor avançait 

Porté par une volonté nouvelle

Fragile mais vraie.

 

Au sommet l'aube l'attendait.

 

Elle ne se leva pas d'un coup.

Elle naquit en lui.

 

Une chaleur douce

Un souffle clair

Une lumière qui ne venait ni du ciel ni de la terre

Mais de cet espace intérieur qu'il n'avait jamais osé ouvrir.

Le manteau noir glissa des épaules.

Le cheval blanc apaisé s'éloigna sans bruit

Telle une ombre que l'on remercie.

 

Lorsque Magnor redescendit 

Il n'était plus vêtu de nuit.

Ses cheveux éclaircis par la lumière

Prenaient des reflets blonds.

Son visage s'était adouci.

Et un cheval marron

Robuste et vivant

L'attendait comme un compagnon choisi

Non imposé.

 

Il enfourcha la monture.

La montagne derrière lui ne pesait plus.

Le chemin devant lui ne faisait plus peur.

 

Il n'était plus le prince que son peuple craignait.

Il devenait qu'il pourrait aimé.

 

Et Le Grand Sommet

Dans son silence immobile

Scella sa métamorphose.

 

 

 

Le sommet n'est jamais un lieu

C'est l'instant où l'on se rencontre enfin.

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3 février 2026

Les Lettrines de Gini Barris / Jean-Paul

 

 

 

 

 

l se pourrait bien, ce soir, que nous allions faire un voyage dans le passé. Avec un i comme iconoclaste, le voyage, bourré d’anachronismes, richement décoré de fioritures irlandaises, enluminé ainsi qu’un manuscrit du Moyen-âge pour illustrer les riches heures des années 1960 et 1970.

 

Sur une mer tranquille, dans un crépuscule rouge et orange, de drôles de bateaux mélangent les époques : un steamer à vapeur, deux drakkars, deux voiliers à trois-mâts flottent parmi les dauphins et ne semblent pas surpris de côtoyer un grand serpent de mer. A l’avant-plan, sur des planches comme à Deauville, les Beatles, quatre garçons qui furent dans le vent entre 1963 et 1969 ont installé le cirque de leur exubérance. Ringo Starr, torse nu, tient le rôle du clown : bretelles rouges, pantalon à damier noir et jaune, chaussures trop grandes. Le magicien Lennon fait sortir Yoko Ono d’un pot de fleurs. Paul McCartney arbore sa barbe de la période « Let it be » et le maharashtri Harrison pratique le très fameux « Yoga de la narine ».

 

 

 

 

n ne s’étonnera pas, après cette entrée des caméléons modernes des années 70 de repartir au Moyen-âge en compagnie de deux musiciens et d’une jongleuse. C’est O comme olifant, c’est un lac en Écosse écrasé de soleil, c’est la chanson de l’aube jouée sur le cromorne ou sur le psaltérion, ce sont des collants bicolores pour une petite fée rousse.

 

S’ils ont lien de parenté, il pourrait bien s’agir d’une famille heureuse en route vers le château pour gagner quelques liards contre des pitreries, pour agrémenter de jeux d’intérieur les lamentations du prince Robert.

 

 

 

 

ul ne sait pourquoi le fils du roi n’a plus de joie. Lui a-t-on fait le coup de la paonne ou bien au contraire se sent-il délaissé par les dames de la cour du roi Pourpre ?

 

Un dragon vole dans le ciel . Se trouve-t-on ici dans une version de la légende de Saint-Georges où, plutôt qu’une princesse, c’est le fils du roi qui est offert en tribut à la bête ?

 

 

 

 

 

 

 

 

ais voilà, il y a tant de motifs celtiques et d’entrelacs vicieux sur cette pochette de disque vinyle que le soldat romain s’est égaré. Saint-Georges a rencontré la Mort en chemin et celle-ci, en cheminant à ses côtés, l’a mis en garde :

 

- Ne crois pas, mon bonhomme, qu’il n’y aura pas de lézard sur la voie que tu as choisie car à combattre le mal au nom d’une religion on n’est jamais certain d’atteindre un jour le grand sommet. Il y a toujours, crois-moi, un acmé aux actions - la Mort abuse parfois du vocabulaire médical ! – et ce combat avec le dragon de Silène sera sans doute pour toi la dernière escarmouche. Ou l’avant-dernière. Je continue ma route. Tu me retrouveras bientôt sous un autre coup de Lune.

 

***

 

Il convient de conclure ce voyage temporel par un étonnement. Toute la débauche d’électronique et d’électricité qui a envahi la musique dans le dernier tiers du XXe siècle est quasiment absente de la pochette du disque « Lizard » de King Crimson d’où sont extraites ces lettrines. N’est-ce pas déjà un appel, de la part de l’artiste, à revenir à un monde acoustique, enfantin, coloré, de joueurs de luth et de princesses, d’acrobates de cirque, de carnaval joyeux et de lutins facétieux ?

 

A moins que les images n’aient été lues dans le désordre et que dans le « N » final de King Crimson ne soit glorifiée la guitare électrique de Robert Fripp ?

 

En tout cas, si l’illustratrice, Gini Barris, a voulu représenter Jimi Hendrix, elle s’est plantée : l’homme qui mettait le feu à sa guitare était gaucher et elle a dessiné un droitier !

 

 

P.S. J’ai lu après avoir écrit ce texte que les illustrations ont été composées à partir des seules paroles des chansons, sans écoute de la musique par l'illustratrice !

27 janvier 2026

Consigne d'écriture AEV 2526-15 du mardi 27 janvier 2026

 

Le Paris jadis de Laszlo Fircsa





Nous travaillons à partir de mots extraits d’une chanson de Jean-Roger Caussimon, «Paris jadis», et de onze images signées Fircsa qui vont tourner : on ne découvrira une nouvelle image que toutes les cinq minutes.

La façon d’utiliser ce matériel est totalement libre ce soir !

 

abondent - accordéon - advienne, - air - allez - allez donc - âme - amour - argomuche - attrait de - Bastoche - bleu. - bon - brame - Bretagne - bretelles - Bruant - brumes - capitale - Carco - cause - Champs-Elysées - change - chanson - chanteur - chauvine - choses - ciel - coeur - comprennent - cours - dit - donc - donne - échos - église - Eiffel - entend, - Envoie - esprit. - est - étonne - exaltant, - fantôme - fêtes - fleuris. - fond - genre - gnangnan - Grévin - grisée, - hanter - incertaines - irisée, - langage - larmes - loin - long - lumière - mairie - Ménilmontant, - Ménilmuche - Messieurs-Dames - mieux. - monde - musée - musiques - nostalgique - Paname - Pantin - Pantruche - Paris, - partent - passionne - Pauvre - pays. - pense - piano - place - plusieurs - posthume, - prenaient - printemps; - Provence - quais - reine - rengaines - républiques - reste - Restera, - Réveille - revient, - rigole - rimes - ritournelle - rues - s'allument, - s'croirait - Seine - semé - seule - souveraine, - succès - tabac -buvette - télés - temps - toujours - tour - une blonde - unique - vacances - vaut - Verlaine - vieux jeu - villages - visage - visiteurs - XVIème – yeux.
 
Vous pouvez cliquer sur chaque image pour l'agrandir
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

27 janvier 2026

Paname / Marie-Thé

 

Tôt ce matin nous prenons le train pour une journée à Paris, une grande aventure pour nous provinciaux qui n’avons jamais mis les pieds dans la capitale.

Inséparables depuis l’école primaire, Félix, Augustin et moi en discutons depuis des semaines et aujourd’hui, c’est le grand jour ! Tout excités, pendant le voyage, on se raconte des histoires, on rit beaucoup, on somnole.

Sur les quais de Montparnasse, dès la descente du wagon, moment de panique, nous sommes emportés par la foule qui nous entraîne et nous éloigne les uns des autres…

 

A la sortie de la gare, on se retrouve enfin tous les trois. C’est sur un air d’accordéon qui résonne dans les couloirs du métro que nous nous rendons aux Champs-Elysées, première étape de notre voyage.

Café et croissants chauds dégustés sur la terrasse d’un bistro, nous voilà détendus, heureux, prêts à profiter de cette journée à Paris, un projet rêvé enfin réalisé.


Avec nos grosses chaussures de marche, nos anoraks et nos sacs à dos, nous nous sentons un peu décalés lorsqu’on se rend compte que « les p’tites femmes de Paris » portent des talons hauts et un p’tit bibi sur des coiffures sophistiquées. Les hommes eux, sont en costume élégant.

Rien ne nous échappe. En arrivant à l’Arc de Triomphe, c’est grandiose ! Félix prend des notes. Je sors mon Kodak pour immortaliser ce moment d’émerveillement, pendant qu’Augustin croque quelques passants sur son carnet de dessin.


Reprendre le métro devient facile et nous voilà dans le vieux quartier du Sacré-Cœur. Puis, sur la place du Tertre, des artistes peintres insistent pour nous tirer le portrait.

Il est à peine midi, juste le temps de flâner un peu avant de s’attabler dans un petit restaurant pour manger le plat du jour, une entrecôte-frites sauce au poivre qui réveille nos papilles.

Un homme barbu, coiffé d’un chapeau de cow-boy, passe entre les tables avec un piano à bretelles en chantant des airs de Jean-Roger Caussimon et d’autres vieux refrains comme « Ménilmontant » de Charles Trénet.

Après une flânerie le long de la Seine où les bouquinistes attirent les badauds, le quartier du Moulin rouge nous surprend par le calme qui y règne à cette heure du jour.

 

Enfin, la Tour Eiffel telle que nous l’imaginions. Sa stature et son élégance, nous impressionnent.

C’est par une pause dans un café de Montparnasse que s’achève notre périple parisien. Sur le quai de la gare, en cherchant notre wagon, Félix, Augustin et moi chantons « Ils ont des chapeaux ronds, Vive les Bretons ».

Dans le train du retour, épuisés, nous dormons jusqu’au terminus en rêvant de revivre une autre journée aussi exaltante.

 

27 janvier 2026

Lire / Anne J.

 

 


J’ai déjà raconté, dans cet atelier d’écriture ou ailleurs, ma découverte de la lecture à l’âge de six ans, le jour où ma mère m’a inscrite à la bibliothèque du quartier, me donnant ainsi accès à un monde fabuleux et quasi inépuisable de livres.

 

J’ai déjà parlé de ce fantasme absolu de commencer la lecture par les livres répertoriés sous la lettre A et de m’acheminer mois après mois jusqu’à la lettre Z dans la partie réservée aux enfants. Et je vous ai déjà conté mes longues après-midis adolescentes à lire un livre entier, tranquille à la table du fond jusqu’à ce que résonne la sonnerie annonçant la fermeture…

 

Lire sur un banc public dans la rue ou dans un parc où s’ébattent bambins et canards est une expérience qui m’a toujours tentée mais que j’ai peu essayée, du moins pas plus de cinq minutes en attendant un rendez-vous

 

J’aimerais être encore cette jolie blonde qui attend l’unique objet de son désir. Nul ne sait si elle ne feuillette pas le catalogue de ses prochaines vacances pour savoir si cela vaut la peine de savourer l’automne dans un pays lointain, et de bercer sa peine, comme l’ami Verlaine, des sanglots d’un violon ?

 

C’est peut-être vieux jeu de s’asseoir dans les villages à la terrasse d’un café pour lire sur les visages des visiteurs du lieu, un vieux château du XVIième, leur admiration pour les petites tourelles décorées et les fenêtres à meneaux. Mais notre jolie blonde, qui sait, lit peut-être un magazine scientifique ardu en vue d’un examen tout proche ? Ou penche-t-elle ses jolis yeux sur un feuilleton de gare ou un livre coquin qui la fait rêver ?

 

En tout cas elle est là pour être vue en train de lire dans cette ruelle : elle ne verrait aucun inconvénient à ce que l’on admire ses longues jambes nues qui dansent sous son jupon blanc. Coquine la demoiselle ?

 

J’aime lire à tous moments de la journée, du petit déjeuner, souvent en anglais et sur ma liseuse au soir dans mon lit calée sur deux oreillers avec un beau volume sur l’estomac. Depuis longtemps déjà je m’endors quasiment tous les soirs le nez sur la page en cours au bout de dix pages de lecture et je me réveille dix ou quinze minutes après, ce qui ne m’empêche pas de reprendre là où j’en étais pour sombrer à nouveau avant d’avoir atteint la page suivante.

 

Je lis à table si je mange seule, ce qui est une revanche sur mon enfance : j’aurais bien voulu faire çà mais ça ne se faisait pas d’adosser son livre à son verre à table.

 

Je lis dans le train faisant ici un peu « has been» dans un compartiment où 90 % des passagers ont le nez sur leur téléphone.

 

Je lis dans les salles d’attente, non pas les rares magazines people mais mon roman en cours.

 

Et quand je ne lis pas, il m’arrive d’écouter des podcasts de livres en cuisinant ou en cousant.

 

Rassurez-vous, il existe encore des endroits où je délaisse les livres : je ne lis pas sous la douche, je ne lis pas en conduisant et pas non plus en faisant mon jardin.

 

Et il me reste un regret : quand je suis partie à la retraite, il y a déjà plus de dix ans, je caressais l’idée de passer des après-midis à la médiathèque pour y lire des journaux ou d’autres ouvrages, je me disais que j’aurais le temps : que nenni, je n’ai pas encore trouvé ce temps là !

 

Allez, je vous quitte, j’ai un livre passionnant qui m’attend ! Kenavo !

27 janvier 2026

Une Échappée à Paname au printemps / Marie Sylvie

 


C'était un matin de Printemps,
Celui qui s'ouvre tel une promesse
Avec l'air tiède qui caresse les joues 
Et les pavés encore humides de la veille.
Les vacances avaient commencé  sans programme,
Sans carte,
Sans boussole.
Juste une envie :
Marcher,
Flâner,
Se laisser surprendre.
Paris m'appelait 
Non pas comme une destination
Mais comme une respiration.

 

Je suis descendue à Montmartre,
Guidée par une intuition plus que par un itinéraire.
Les yeux encore ensommeillés,
J'ai suivi les pas des visiteurs,
Ces silhouettes lentes qui s'arrêtent devant chaque vitrine,
Chaque façade,
Comme si le temps s'était suspendu.
Là, dans une petite "Gasse" sur la Butte,
Un peintre en béret posait ses couleurs sur une toile,
Et un enfant regardait, 
Bouche entrouverte, 
Comme devant un miracle.

 

L'accordéon d'un vieux monsieur résonnait à quelques mètres,
Jouant une chanson que je ne connaissais pas
Mais que mon cœur reconnaissait.

 

Paname, dans sa robe de lumière,
M'enlaçait doucement.

 

Je suis montée vers le Sacré-Cœur,
Cette église qui veille sur la ville comme une mère silencieuse.
Les marches m'ont essoufflée,
Mais chaque palier offrait une vue plus vaste,
Plus vertigineuse.
Là-haut, Paris s'étalait, 
Immense et intime à la fois.
La Capitale semblait respirer sous mes pieds
Avec ses toits gris,
Ses cheminés,
Ses murmures.
J'ai pensé à tous ceux qui l'avaient aimée avant moi,
À ceux qui y avaient pleuré,
Ri,
Chanté.
Une nostalgie douce m'a envahie
Comme une larme qui ne tombe pas
Mais qui reste suspendue au bord du regard.

 

Je suis redescendue vers la Seine,
Ce fleuve qui ne juge pas,
Qui emporte les secrets et les rêves.
Les péniches glissaient lentement
Et les ponts semblaient raconter des histoires anciennes.
J'ai croisé des amoureux,
Des solitaires,
Des groupes bruyants,
Des silences habités.
Paris est ce théâtre où chacun joue son rôle sans costume,
Sans texte,
Juste avec ses émotions à vif.

 

 

Puis au détour d'une rue
La Tour Eiffel est survenue comme une apparition.
Elle ne m'a pas impressionnée
Elle m'a émue.
Elle était là, fidèle,
Plantée dans le ciel,
Témoin de tant de vies.
J'ai pensée à toutes les cartes postales,
À tous les clichés
Et pourtant la voir là
Dans l'instant
C'était autre chose.
C'était une rencontre.

 

Le jour s'est étiré comme une mélodie lente.
J'ai marché sans fatigue,
Portée par une joie tranquille.
Les cafés débordaient de rires,
Les terrasses vibraient
Et moi 
Je me suis sentie accueillie
Comme si Paris m'avait reconnue.

 

Le soir venu je me suis assise sur un banc
Près du canal Saint-Martin.
Un jeune homme jouait des musiques 
Et une vieille femme chantait  doucement.
Les larmes me sont venues 
Sans tristesse
Juste comme un trop plein de beauté.
J'étais là, dans la ville monde,
Dans la ville mémoire,
Dans la ville chanson

 

Et je me suis dit :
Paris ne se visite pas.
Elle se vit.
Elle se respire.
Elle se pleure.
Elle se chante.

 

Et moi, simple passante,
J'ai eu le privilège d'y improviser une journée de grâce.

 

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