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L'Atelier d'écriture de Villejean

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13 janvier 2026

Consigne d'écriture AEV 2526-13 du mardi 13 janvier 2026 (suite)

 Comme promis mardi dernier, je livre ici les dix tableaux de René Magritte qui ont servi cette semaine de support à la consigne AEV 2526-13 de notre atelier. 

 

Vous pouvez cliquer sur chaque image pour l'agrandir. Elles ont toutes été récupérées sur Internet.

 

 

La lampe philosophique

La clé des champs

 

 

Le mal du pays

Les nouvelles années

 

 

La colère des dieux

La représentation

 

 

Souvenir de voyage

La bonne aventure

 

 

La durée poignardée

Le confort de l’esprit

 

 

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13 janvier 2026

O comme oracle / Adrienne

 

 

 

 

Avant de pouvoir consulter la pythie, il lui a fallu se travailler l’imagination pour trouver une « lampe philosophique», comme il était stipulé dans l’annonce.

 

Sur place, il a été déçu.

 

A part qu’elle fumait la pipe et laissait serpenter la fumée bleutée tout en la rejetant par le nez, le reste était fort convenu : un guéridon, une bougie, une ambiance sombre et feutrée.

 

Il regrettait déjà d’être venu par une si belle journée sans un seul nuage. Cette pythie ne serait qu’une banale diseuse de bonne aventure, il en était persuadé.

 

Il se dit qu’il aurait tout aussi bien pu aller à la plage, qu’il y aurait été plus heureux, même si sa maison est vide, les volets de travers et la porte bicolore à force d’être battue par les vents et les embruns.

 

Et c’est là qu’il s’est aperçu que derrière la pythie, la porte s’était ouverte et de la pièce d’à côté il entendit : « Je vois une fenêtre dont une vitre est brisée et chaque éclat de verre est identique à l’autre. Je vois un arbre, aussi… »

 

Mais il n’écoutait déjà plus, son esprit et lui avaient pris la clé des champs.

 

Ce sera plus thérapeutique, se dit-il, et moins coûteux, de donner une couche de peinture à ma porte et aux volets.

13 janvier 2026

La Fin du voyage / Anne J.

 

La vieille dame n'aimait pas les souvenirs de voyage, c'était clair : pas de statuettes chinoises, pas de masques africains, pas de défenses d’ivoire, pas de lions sculptés dans son intérieur.

 

S’il y avait des tableaux, ils étaient plutôt abstraits ; aucun ancêtre, aucune gravure représentant un homme en habit chapeau à la main, juste une femme stylisée berçant son bébé au-dessus du lit dans la chambre.

 

Le brocanteur s'approcha d'un bougeoir qu'il soupesa. Lourd, en métal, formant comme un dauphin stylisé, il était ce que la police appelle un objet contondant, mais ça pourrait sûrement se vendre un bon prix ; il se frotta les mains.

 

Il continua d'arpenter les pièces du petit appartement avec un œil gourmand et intéressé, tandis que les héritiers se tenaient muets à distance, ne sachant que penser de la situation : ils se sentaient mal à l'aise d'être ainsi dans un espace intime qui ne leur appartenait pas et racontait toute une vie de travail, de voyages, de rêves, de désirs. Ce lieu parlait du temps qui n'était plus et d'un passé lointain, tellement lointain qu’on ne pouvait imaginer la vie sans l’électricité, à la lueur des bougeoirs en bronze ou du feu dans la cheminée.

 

Dans des objets on lisait cent ans de vie, on mesurait la durée des années qui filent de plus en plus vite malgré le tic-tac qui semble imperturbable de la petite horloge sur la cheminée du salon, ceux de la grande comtoise qui s'élève sur le parquet usé, du petit réveil électrique de la table de nuit, de la pendule de cuisine moderne, en plastique. Sans doute la vieille dame avait elle fait ses premiers voyages vers la plage en locomotive à vapeur, c'est ce que racontent les petites photos sépia dans le gros album cartonné sur l'étagère.

 

Le brocanteur continuait son inspection et on le voyait presque compter dans sa tête les billets qu'il pourrait enfermer bientôt dans son coffre-fort : il y avait tant de belles choses dans cet endroit !

 

Dans le salon, la vitre brisée laissait entrer l'air froid de janvier : la vieille dame détestait le froid et se serait désolée de voir les éclats de vitre sur le tapis noir et blanc, les pompiers n'avaient pas eu d'autres solutions pour la relever de sa chute, de sa dernière chute avant le début de la fin.

 

De l’autre côté de l'appartement on apercevait par la fenêtre le grand arbre qui fleurirait bientôt, un magnolia rose foncé qui s'étalait chaque printemps dans une débauche de pétales et qu'elle ne verrait plus. La nature, la vie, les objets, tout est figé à l'identique depuis six mois que cet appartement est vide de son occupante.

 

Les seuls témoins de cent ans de vie, sont ces objets hétéroclites que se partagent un brocanteur à tête de vautour et quelques membres de la famille, pilleurs d’épaves, rassemblant leur butin en tas informes dans un appartement où règnent désormais le froid, la poussière, le désordre.

 

 

Je formule, en silence, en observant le manège des uns et des autres, le souhait que la vieille dame ne voie rien de tout ça ou alors qu’elle en ricane en pensant : « Heureusement que c’est sans moi ! », ou bien « Fermez la fenêtre, on gèle ici ! ».

13 janvier 2026

 La « Bonne aventure » / Lili

 

 

 

Bien sûr, la porte est ouverte, pourquoi serait-elle fermée ? La maison est vide, inhabitée depuis une cinquantaine d’années. Je m’approche, tout est noir mais je peux distinguer par terre une masse brune, immobile. Ne pas bouger. Attendre.

 

C’est la fin de la journée. Le soleil s’est évanoui, englouti par des nuages lourds et menaçants. Le vent s’est levé. La porte bicolore aux rayures fanées laisse échapper un grincement lancinant auquel répondent des corneilles posées en sentinelles sur le toit. Ne pas avoir peur. Avancer. Franchir le seuil. Éviter la masse brune. La contourner. Je connais cette maison mais je dois la visiter pour en évaluer le prix. Un client recherche un abri de chasse en lisière de forêt.

 

Soudain je perçois un léger mouvement. Ça bouge. Un halo scintille au-dessus de la chose à terre toujours indescriptible. Une odeur métallique se répand. Mes jambes s’alourdissent, tremblent. Je ne les sens plus. J’ai huit ans et j’ai peur. Je recule épouvanté par l’odeur âcre d’un feu fouetté par la pluie. Une déflagration retentit. Je dois partir. L’orage va se déchaîner. Mais, devant moi, le corps de Lisette se tord.

 

Lisette ! Ce n’est pas possible ! Ce n’est pas de ma faute. C’est toi qui voulais qu’on grille les châtaignes ramassées près du talus. On s’était installés contre le mur de la maison à l’abri du vent. J’avais allumé le feu avec un briquet dérobé à mon frère. L’orage avait grondé. Brutalement, la pluie était tombée, froide, lourde, des éclairs avaient jailli en rafales. Vite ! la maison !  Mais une explosion terrible t’avait projetée contre la porte, plaquée sur le mur. Je voulais te mettre à l‘abri. Je ne pouvais pas te toucher, des éclairs s’échappaient de ton corps. Puis plus rien. Tes yeux grand ouverts ne brillaient plus. J’avais fui en courant à perdre haleine.

 

Ô Lisette ! Tu es là, allongée devant moi. Je ne dois pas entrer. Il faut que je te laisse tranquille. Je dois m’en aller. Tes yeux me fixent. Je recule, je saisis la poignée de la porte. Une douleur terrible me fait lâcher prise. Ma main est en feu. Ton corps se soulève lentement, vient à moi. Je tends la main, je vais te rejoindre. Je fermerai la porte derrière nous et nous partirons ensemble là où tu m’attends.

 

C’est alors que je sens une masse chaude contre mes jambes. Un chien au poil noir s’est tapi à mes pieds. Ma main le caresse. Je ferme la porte de la maison et regagne ma voiture. Le chien me suit. Une page vient de se tourner. Je retire la pancarte « A vendre » tandis que des éclairs tout près éraflent la cime des arbres.

 

Et je me souviens… Il y a quelque temps, dans la rue, une femme était venue à moi, m’avait saisi la main, l’avait ouverte et murmuré ces mots étranges : « Pour ouvrir ta maison, tu devras fermer la porte ». Elle s’était évanouie dans la foule. J’avais longtemps suivi des yeux sa silhouette fragile aux couleurs de feu.

13 janvier 2026

La Clé des champs / Marie Sylvie

 

 

Dans la pénombre douce d'une pièce ordinaire

Un arbre minuscule 

Simple plante d'intérieur

Se tient immobile dans son pot de terre.

Depuis toujours son horizon est identique :

Un mur pâle

Une étagère

Un rai de lumière.

 

Mais un matin

Un éclat inattendu fend le silence.

La vitre brisée de la fenêtre ouvre une brèche

Un souffle de dehors 

Un parfum de possible.

L'arbre ne bouge pas

Mais tout en lui se penche

Attiré par cette déchirure lumineuse.

 

Il voit pour la première fois.

Il voit le ciel qui passe

L'ombre d'un nuage 

La danse d'un oiseau.

Il devine la terre vaste

Le vent qui parle

La pluie qui caresse.

 

Alors naît en lui un rêve simple et immense :

Partir.

Quitter le pot trop étroit

Glisser hors de la demeure

Sentir sous ses racines la vraie profondeur du sol.

Découvrir la nature non plus en écho 

Mais en présence.

 

Dans la toile imaginée

On verrait son feuillage frémir d'un désir neuf

Comme si la brisure de verre était devenue

Pour lui

La véritable clé des champs.

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13 janvier 2026

N comme naissance / Adrienne

 


 

Il est sur un pont entre deux rives, dans une sorte de brouillard.

Il est vêtu de noir et il nous tourne le dos.

Les pans de son habit lui font comme les ailes d’un ange, d’un ange noir.

On suppose qu’il se sent mal, coupable de quelque chose.

Il est seul sur ce pont, où il n’y a rien à voir.

Ça ressemble à l’attitude d’un candidat au suicide.

Près de lui est couché un lion : le lion belge des statues du début du 20e siècle.

On est en 1940.

Il a fui l’envahisseur allemand.

Il a le mal du pays.

Mal à son pays.


 

 

 

Quinze ans plus tard, l’homme a vieilli.

Le lion est toujours à ses pieds, dans la même pose.

Et lui est toujours aussi bien vêtu, portant l’habit mais le chapeau à la main, puisqu’il est dans un intérieur.

Tout y est minéral, même la bougie allumée dans un bougeoir sur la table ronde, et le tableau au mur représentant fort justement une ruine.

Tout est vieilles pierres, même lui et ses souvenirs de voyages.


 

 

 

Si tout ça vous semble trop triste, pour le confort de l’esprit il y a aussi une image rassemblant quatre éléments : en plus du minéral et du végétal, vous y voyez l’eau et le feu. Mais le confort est inconfort : vous êtes placé devant un mur et ce n’est que par deux trous que vous pouvez voir d’une part, un bout de mer, d’autre part un arbre sur un fond montagneux bleuté, sans qu’il y ait aucune logique entre les deux.

Et à vos pieds brûle un feu biblique : rien ne l’alimente.

13 janvier 2026

La Bonne aventure / Maryvonne

 

En rentrant de la plage, sur le chemin, parce qu'un gros nuage menaçait et que devant moi se trouvait une porte ouverte, j'ai franchi le pas, le pas de la porte. L'expression était bien adaptée mais, contrairement à l'accueil que me faisait toujours mon beau-frère avec cette blague : « Mais entrez donc ça vous fera une sortie ! », c'est le silence qui m'accueillit. Pas un bruit : la maison était vide.

 

Combien de pages pourrais-je écrire sur une maison vide ? Pas beaucoup ! Personne pour papoter. Je ne serais donc que de passage et pas pour bien longtemps. J'avais fantasmé sur cette maison à la porte bicolore et me voilà bien déçue, je n'en saurai pas grand chose.

 

Par-ci, par-là, sur les murs, des objets avaient laissé leurs traces mais pas assez pour que ce soit significatif.

 

Je n'avais même pas peur de cette maison fantôme si particulière.

 

Par-delà les fenêtres apparaissait un jardin qui avait dû être un paradis parsemé de pâquerettes. Pas à pas je m'approchai et, sans panique, j'enjambai d'un seul pas la porte-fenêtre ; et, là encore, pas un bruit, pas d'horizon. Cela aurait pu être une bonne aventure mais pas du tout sinon juste l'idée que j'ai pu vous servir un texte aussi vide que la maison.

 

J'espère que vous n'êtes pas déçus ?

13 janvier 2026

La Clé des champs / Maryvonne

 

La maison vide que je viens de visiter était en assez bon état. Celle d'à côté, au contraire, avait à la grande fenêtre une vitre brisée. Les éclats de verre jonchaient encore le sol. Même si la silhouette générale était identique à la première, le grand arbre en façade lui donnait de l'allure et quand on imaginait les enfants perchés et tous le oiseaux d'Anne-Françoise qui faisaient bruire la ramure, on sentait la vie prête à bondir.

 

Laurent Mauvignier dans sa « Maison vide » qui lui a valu le prix Goncourt voit le cerisier qui a été planté sur le côté évoluer avec la maisonnée. Il décrit la vie de l'arbre comme une épopée avec ses longues branches souples qui viennent frapper les vitres avec ses cerises nourricières.

 

Je ne saurais aussi bien faire que ce long récit, long récit, long récit, alors je vais prendre la clé des champs et mon texte aura peut-être le Gond très court.

13 janvier 2026

Le Mâle du pays / Raymonde

 

Il est bien connu, le mâle du pays : il pisse sur le lampadaire quand il sort du bistrot avec l'autre, dès qu'il a le dos tourné .

 

Il rugit comme un lion (enfin, il tente) mais tremblote comme un coyote lorsqu'il passe sur le pont pour rentrer chez Mémère.

 

Elle est toujours là, Mémère, les mains sur les hanches pour l'accueillir .

 

- Alors, mon ange, t'as passé une bonne soirée ? Elle a été longue la promenade avec l'autre poivrot, hein, mon chien ? Bon toutou, va ! Au panier ! ...

 

... Et toi, va cuver ! Sac à vin ! 

 

 

13 janvier 2026

Le Con (pas) fort de l'esprit / Raymonde

 

 

Dès tout petit, on voyait bien qu'il n'avait pas la flamme, ses yeux ressemblaient à deux trous dans le mur, pas plus expressifs, vides de sens.

 

Son père se désespère. 

Sa mère se désesmère. 

Sa sœur se désessoeur.

Son frère se désesfrère. 

Bref ! C'est un boulet, une charge, un poids (petit pois dans la caboche). 

 

Même la mer a des hauts et des bas quand elle le voit qui s'approche avec ses grosses pattes velues, tout juste bon à jouer le rôle du Yéti dans les montagnes enneigées.

Il y est allé. 

Il a dévalé. 

Dans l'arbre, il s'est emplafonné. 

 

Mon histoire est terminée .

 

NB :  1 ) La mer a des yeux ;

         2 ) Le Yéti, il existe. 

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