Ben, ça ne peut pas être dans le sud de la France où les plages sont plutôt couvertes de galets et de toute façon, compte tenu de l'affluence, il n'y a pas la place nécessaire pour étendre sa serviette.
Soit on paye un bras pour une chaise longue, soit on s'assoit malaisément sur un petit pliant bancal. De toute façon on ne peut pas rester longtemps, il y fait trop chaud !
Alors allons étendre notre serviette en Bretagne sur le sable si fin qu'il épouse nos formes. Quelques « va-et-vient » de nos parties les plus volumineuses vont creuser un moule à nos mensurations. Quatre galets à chaque coin de la serviette en assurent la stabilité. On est si bien !
Jusqu'au moment où un coup de pied maladroit d'un sale mioche dans son foutu ballon nous envoie une pelletée de sable. Bien obligée de se lever mais comment secouer sa serviette sans arroser l'entourage ? Il faut, en plus, se méfier du vent qui va asperger les yeux. Alors, par prudence on cherche un coin isolé et quand on revient notre place est prise. La plage ce n'est pas une sinécure.
Au nord de soi, il y a ce matin où vous avez envie de rester chez-vous, de ne parler à personne, de ne même pas ouvrir votre téléphone. D'habitude au sud de soi vous êtes un soleil, aimable avec tout le monde, serviable, gentille. Mais la girouette a tourné et indique le nord. On ne sait pas pourquoi mais on a froid. Vous n'allumez pas la cuisine qui sent encore le repas de la veille. Même une bonne douche ne vous tente pas. Vous êtes même persuadée que votre chauffe-eau marche mal. Et puis le thé du matin est amer, le pain est sec et il n'y a plus de brioche. Si vous avez un compagnon, il vous agace.
Pourtant vous pourriez être au sud de soi. Votre travail ou votre retraite se passe bien. Vous ne manquez de rien ! Et bien, non, aujourd’hui c'est le grand nord. Celui qui vous fait frissonner, qui vous fait rester un peu plus longtemps en robe de chambre.
Vivement que le vent tourne mais pourvu que mon soi ne passe pas complètement à l'ouest !
Ces illustrations de Georges Beuville (1902-1982) sont tirées d’un livre en allemand, « Paris Frankreich Nord und West » publié en 1941. Il s’agit d’un guide « touristique » permettant de visiter Paris et la zone occupée par l'armée allemande.
Que vous soyez soucieux ou soucieuse de ce contexte historique ou pas, vous aurez bien quelque chose à dire à partir de ce livre et/ou de ces images ?
- Hello ! Jolie mademoiselle, vous prendrez bien un verre pour sceller l'amitié franco-allemande ou même celle entre l'aristo et l'ouvrier ? En deux mots, entre deux mondes ?
Nous ne sommes pas au bar du Ritz avec les hauts gradés et les artistes parisiens. Nous sommes plus près de l’Internationale communiste.
- N'ayez pas peur, « meine Gretchen » ! Ici c'est la France des petits bistrots, des gens de peu. Buvons ensemble du vin du Rhin et on effacera la frontière ! »
La pauvre enfant ne sait plus à quel saint se vouer, elle qui avait été élevée par une mère austère mais aussi un peu artiste. Par exemple elle vénérait les sculpteurs et en particulier la statue du dessinateur Beuville qui posait en homme de Cro-Magnon. C'était pour elle le début de son histoire de France. Après s’enchaînaient les différentes dynasties : les rois, les reines, les marquis et marquises, les généraux, les inventeurs, les explorateurs, les écrivains, les Lettres de mon moulin, les révolutionnaires, les grands pianistes. Tout le monde sur les rails du temps historique, alors pourquoi pas les Allemands ?
Ils vont remettre de l'ordre dans tout ça car, on le voit bien d'après les dessins de Beuville, c'est la chienlit, tout fout le camp dans ce pays. Les Allemands, eux ont bouffé du lion. Il vont nous réorganiser tout ça en cinq sec. Allez « Raoust !» ! La vieille France, nous allons la mettre au pas… « Au pas camarade, au pas camarade, au pas, au pas, au pas ! ».
J'ai perdu le sens de la raison ! « Ah ! Si maman elle savait ça, tralala » elle dirait : « Au pas, au pas, rentre chez toi petite effrontée ! » et « Achtung ! Cesse de fréquenter ces voyous : un jour ils vont perdre la guerre ! ».
- Je ne m’énerve pas, je m’exprime ! La vie est trop injuste ! Déjà ça fait trois jours qu’il pleut et on ne peut pas mettre le nez dehors !
- Comme ça tu as du temps pour travailler ton piano ! De quoi tu te plains ?
- Constance me quitte pour un certain Wolfgang qui, parait il, est plus drôle que moi… et plus jeune, et plus talentueux aussi.
- Et moins sourd ! Oui, d’accord c’est plutôt moche.
- Et j’ai perdu ma tante Gertrude, celle qui était centenaire.
- Super, alors tu hérites ? Elle était riche, ta tante Gertrude ?
- Pas tellement mais on vient de lui découvrir un enfant illégitime de 50 ans dont personne ne connaissait l’existence et qui hérite de tout ! Il faut dire, des témoins de l’âge de Gertrude, il n’y en a plus beaucoup, surtout avec toute leur tête !
- Et on l’a découvert comment ?
- C’est le généalogiste de la notaire qui m’a coûté un demi bras…
- Pas de chance pour un pianiste !
- En plus je viens de recevoir une mise en demeure d’un huissier pour 28 sous non payés sur une facture de charbon !
- Et tu risques la prison pour dettes ?
- Parfaitement mais ils envoient la lettre à ma tante Gertrude, comme si les morts relevaient leur courrier !
- Et payaient leurs dettes ! Comme on dit, les linceuls n ont pas de poches ! Et les trépassés n’ont pas de boite à lettres…
Ludwig joue quelques mesures d’un sanctus d’une messe en do dièse et soupire :
- J’en ai plus que marre de ces commandes de messe, d’oratorios, de cantates, de tout ce bazar religieux ! Moi ce que je veux c’est jouer du rock, du blues, du slam, de la musique qui fait du bien et qui déchire ! T’as entendu parler d’un nouveau groupe de Liverpool ou Manchester ? Les Beatles, ils s’appellent. C’est génial !
- Ah oui ? Et tu connais quelque chose ?
Ludwig joue les premières mesures de « Let it be » et claque bruyamment le couvercle de son piano hors de prix.
- Je vais prendre l’air ! dit il. Il sort en sifflotant « Yesterday » et en marmonnant : « Trop cool !» .
« Yesterday, all my troubles seemed so far away... »
Où est passée Paris dans l’oeuvre de Georges Beuville ?
Il y a 23 illustrations en bichromie, signées de lui, dans ce guide de la France pour les Allemands édité en 1941.
Cet ouvrage qui est vendu autour de trente euros sur Internet et que j’ai trouvé parmi les trois tonnes de livres de mes beaux-parents a été rédigé par de nombreux… collaborateurs. ;-) et ;-(
Cinq illustrateurs, un auteur pour le texte, Roger Roumagnac, un auteur pour la partie gastronomique, Pierre Andrieu, un traducteur, Alfred Fraude, un adaptateur allemand, Hans Banger, et un éditeur intellectuel pour l’ensemble, Doré Ogrizek .
C’est un bel objet, le papier n’a presque pas jauni, les illustrations sont sympathiques, il y a un index des lieux cités et une liste alphabétique des curiosités architecturales à visiter à Paris et en province.
Mais voilà : dans la partie Paris, Georges Beuville ne s’est pas embarrassé de décors pour représenter la capitale. Était-ce pour lui une façon d’opposer une certaine résistance à cette troisième très envahissante visite de nos voisins d’Outre-Rhin ?
Tout juste aperçoit-on la tour Eiffel au loin dans l’image du train sur laquelle on voit l’inspecteur Crouton se pencher à la fenêtre. Du coup son chapeau s’envole ! Voilà ce que c’est de ne pas comprendre ce que veut dire « Nicht hinaus lehnen » !
Les étudiants du Quartier latin se pendent à l’enseigne médiévale de la Truie qui file. Ces contemporains de François Villon se prennent-ils pour la très perchée Lorelei ? Deux images plus loin ils nous jouent mai 68 avant l’heure, clamant que « nous sommes tous des juifs allemands » et bombardant de tabourets et de cafetières un bourgeois aussi désemparé que le général de Gaulle le jour où il est allé demander conseil au général Massu à… Baden-Baden !
De la même époque date l’affaire de la Tour de Nesle. Comment ? Vous ne la connaissez pas ? Moi non plus du reste, même si j’ai lu, il y a très longtemps, le roman presque éponyme de Michel Zévaco. J’en ai appris plus sur cette légende urbaine dans ce « Guide du routard vert-de-gris » dont je vais avoir du mal à me séparer maintenant que je me suis promis à moi-même de le retraduire en français ! Marguerite de Bourgogne, la plus mante religieuse des reines de France, recevait là ses jeunes amants et s’en débarrassait en les faisant trucider et jeter ensuite dans le fleuve qui traverse Paris.
Ça vous rappelle quelque chose, hein, les Brassenssophiles ? Oui, c’est ça, La Ballade des dames du temps jadis !
Semblablement, où est la reine Qui commanda que Buridan Fust jetté en ung sac en Seine ? Mais où sont les neiges d’antan !
(Wo sind die uralte Schneen ?!)
Surtout, malgré l’absence de décor, quel dynamisme dans ces dessins ! Le voleur de crabe aux pinces d’or, la circoncision du chat du rabbin, enfin, du relieur, la fuite des lapins sur le quai de la Mégisserie (prononcer Mé-guis-se-ri-yeu, façon Francis Blanche dans le Papa Schulz de "Babette s'en va-t-en guerre"), le cheval qui s’enfuit et les paysans affolés par la chute de la montgolfière de Jean-Cristobal Ragaru près de Sablé-sur-Sarthe !
Sans vouloir donner dans le déboulonnage des statues on ne sait pas trop quoi penser de la vision que nous donne Georges Beuville des autodafés nazis. Qu’est-ce qui choque le plus le professeur Tournesol sur cette image ? Le fait que les plus abrutis de ses contemporains brûlent des livres, s’en prennent à la science et vont jusqu’à déclarer que la terre est plate et que l’action de l’homme compte pour beurre dans le réchauffement de la planète ?
Ou bien est-il scandalisé par le fait que le dessinateur lui ait collé, sur le bûcher où brûlent die Bücher, la tête de – Eh oui, c’est bien lui, avant l’heure ! - Zébulon ?
Tournicoti ! Tournicoton ! Cette image est censée illustrer le théâtre de guignol du jardin du Luxembourg. D’une façon bizarre, n’est-il pas ?
L’Histoire, vraiment, quel drôle de manège enchanté !
Un noble héritier de gentilhommière
Recueille, tout seul, un fief blasonné.
Il dit à son frère puîné
Sois abbé, je suis ton aîné.*
Refrain :
J'ai du bon tabac dans ma tabatière,
J'ai du bon tabac, tu n'en auras pas.
(version - satirique- originale)
***
Les autres sont un peu modifiées pour s'adapter à l'image proposée :
Meunier, tu dors,
Ton gamin, ton gamin en profite.
Meunier, tu dors,
Ton gamin, le malin, flirte encore
Refrain :
Ton gamin, ton gamin en profite
Ton gamin, chaud lapin, flirte encore
Il court, il court, le futé
Le futé Dubois, gendarme,
Il court, il court, le futé
Le futé Dubois s'enfuit.
Il est passé par ici,
Il repassera par là.
Le futé va se cacher
Le futé Dubois, gendarme,
Pourras-tu donc le "pincer" ?
Le futé Dubois s'enfuit...
Vive les vacances,
à bas les pénitences,
les cahiers au feu,
le traître au milieu.
C'est la mère Michel qui a perdu son chat
Qui crie par la fenêtre à qui le lui rendra
C'est le Père Lustucru qui lui a répondu :
"Allez la Mère Michel, vot'chat n'est pas perdu !"
Sur l'air du tra la la la
Sur l'air du tra la la la
Sur l'air du tra déridéra et tra la la
C'est la mère Michel qui lui a demandé :
Mon chat n'est pas perdu, vous l'avez donc trouvé ?
C'est le père Lustucru,
Qui lui a répondu :
Donnez une récompense, il vous sera rendu.
(Refrain)
Et la mère Michel lui dit : c'est décidé,
Si vous m'rendez mon chat vous aurez un baiser !
Et le père Lustucru,
Qui n'en a pas voulu,
Dit à la mère Michel : vot' chat il est fendu.
Inspirez-vous de l’image d’Achille Devéria qui vous a été remise – ou que vous avez choisie – pour écrire une histoire. Vous choisirez son titre dans la liste ci-dessous ou vous piocherez du vocabulaire dans ces titres de chapitres extraits de deux tomes des « Misérables » de Victor Hugo.
Aurore - Autre pas en arrière - Bâtons dans les roues - Bouteille d'encre qui ne réussit
qu'à blanchir - Christus nos liberavit - Cinq de moins, un de plus - Commencement du
repos - Confier, c'est quelquefois livrer – Déposezplutôt votre argent dans telle forêt que
chez tel notaire - Dernières palpitations de la lampe sans huile – Doublequatuor
- Ébranlement dans l'absolu - Fin joyeuse de la joie - Formes que prend la souffrance
pendant lesommeil - Héroïsme de l'obéissance passive - L'Alouette - L'attraction et
l'extinction - L'autorité reprend sesdroits - L'herbe cache et la pluie efface - L'homme filé
- L'homme réveillé - L'onde et l'ombre - La chambre d'enbas - La décroissance
crépusculaire - La descente - La guerre entre quatre murs - La nuit blanche – La
prudence conseillée à la sagesse - La situation s'aggrave - La terre appauvrie par la mer
- Le cloaque et sessurprises - Le coup de fusil qui ne manque rien et qui ne tue personne
- Le dedans du désespoir - Le désordrepartisan de l'ordre - Le frère raconté par la sœur
- Le pan de l'habit déchiré - Le septième cercle et le huitièmeciel - Le soir d'un jour de
marche - Le système de dénégations - Le vautour devenu proie - Le voyageur arrivé
prend ses précautions pour repartir - Les artilleurs se font prendre au sérieux - Les effets
de rêve mêlés aubonheur - Les morts ont raison et les vivants n'ont pas tort – Les
obscurités que peut contenir une révélation- Les œuvres semblables aux paroles
- Lueurs qui passent - Lui aussi porte sa croix – MademoiselleGillenormand finit par ne
plus trouver mauvais que M. Fauchelevent soit entré avec quelque chose sous le bras
- Nouveaux griefs - Nuit derrière laquelle il y a le jour - Où l'on s'adore - Par qui il faisait
garder sa maison - Philosophie après boire - Pied à pied - Pour le sable comme pour la
femme il y a une finesse qui est perfidie- Prisonnier - Progrès actuel - Quatre à quatre
- Que faire dans l'abîme à moins que l'on ne cause? – Quelhorizon on voit du haut de la
barricade - Quelque fois on échoue où l'on croit débarquer - Solution de quelques
questions de police municipale - Suprême ombre, suprême aurore - Tholomyès est si
joyeux qu'il chante unechanson espagnole - Tombeau convenable - Tranquillité - Un
juste - Un lieu où des convictions sont en train de se former - Une mère qui en rencontre
une autre - Une tempête sous un crâne - Vagues éclairs à l'horizon