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L'Atelier d'écriture de Villejean

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9 décembre 2025

Dimanche matin / Marie-Thé

 

Cuisiner ou bien aller au marché pour acheter du tout cuit, du tout prêt ?

On se pose la même question tous les dimanches matin. Cela finit presque toujours par la même réponse : on va au marché.

Mais qu’est-ce qu’on mange ? En entrée, des huîtres ou des pamplemousses ?

Les pamplemousses c’est bon pour la santé mais les huîtres c’est tellement bon !

Du poulet ou de la pintade ?

On peut prendre de la pintade pour cette fois, c’est plus cher mais c’est meilleur que le poulet.

On ne prend pas de fromage mais des gâteaux à la crème. On a bien le droit de se faire plaisir le dimanche.

Dans l’après-midi, on va courir pour faire fondre les kilos en trop.

 


 

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9 décembre 2025

Cette lumière-là / Marie Sylvie

 


 

On marche vers l'eau encore immobile.
On sent l'air froid, la rosée qui colle aux bottes.
On entend le clapotis discret comme une promesse.

 

On détache la barque.
On pousse doucement.
On glisse sur le fleuve qui s'éveille.

 

Cette lumière-là n'est pas encore le jour.
On la surprend, timide, dans le reflet rose de l'eau,
Dans le frisson des vagues.

 

On ne parle pas.
On respire plus fort.
On sait que l'instant est fragile.

 

Cette lumière-là s'installe sur les filets.
On croit qu'elle joue,
Qu'elle s'amuse à dessiner des éclats mouvants.

 

On regarde l'horizon s'ouvrir.
On voit le ciel hésiter,
Ni nuit ni jour
Juste une clarté qui s'invente.

 

On est seul mais pas vraiment.
On est avec l'aube.
On est avec cette lumière-là.

 

Elle ne dure pas .
Elle suffit.
On sait qu'on s'en souviendra 
Sans savoir pourquoi.

9 décembre 2025

Travailleurs du dimanche / Marie-Sylvie

 

 

On marche dans la rue encore calme.
On entend les cloches qui s'éparpillent dans l'air.
On suit le flot discret vers l'Église.
 
On n'est pas pressé.
On avance comme si le temps s'élargissait.
On croise des visages connus, des gestes simples.
 
Travailleurs du Dimanche.
On se lève tôt mais pas pour l'usine.
On se lève pour une autre tâche.
 
On s'assoit sur le banc de bois.
On écoute le silence avant les paroles.
On respire l'odeur de cire et de pierre.
 
On ne travaille pas avec les mains.
On travaille avec l'attention.
On travaille avec la mémoire.
 
Travailleurs du Dimanche.
On porte les mots comme des outils.
On porte les chants comme des pierres légères.
 
On regarde la lumière filtrer par les vitraux.
On se dit que c'est une autre forme de labeur.
On se dit que c'est une autre forme de repos.
 
On sort, le soleil est plus haut.
On reprend la semaine dans ce souffle.
On garde en soi la cadence des cloches.
 
Travailleurs du Dimanche.
On ne construit rien de visible.
On construit un instant partagé.
 
9 décembre 2025

Enfin ! / Adrienne

 

 

 

Enfin ! s’écrie-t-on quand le feu passe au vert pour la troisième fois depuis qu’on est dans cette queue et qu’on en voit (enfin !) le bout : oui, cette fois ça y est, ça va être à nous !

 

Enfin ! soupire-t-on quand le remboursement annoncé depuis plus de six mois se trouve (enfin !) sur notre compte et qu’on peut commencer à rêver concrètement à quoi on l’utilisera.

 

Enfin ! s’exclame-t-on au premier jour sans pluie, sans grisaille et sans brouillard, de sorte qu’on pourra (enfin !) faire sécher le linge dehors.

 

Mais tout de suite après on se morigène : allons ! allons ! se plaindre pour si peu de chose, quand il y a des millions de gens qui manquent de tout.

9 décembre 2025

Chez moi / Adrienne

 

 

- Je vais te confier un secret, dit-elle, et on sourit intérieurement parce que c’est une phrase qu’elle dit souvent à propos de choses tout à fait anodines.

 

Tellement anodines qu’on se demande bien ce qu’elles ont de « secret » et cette fois-ci est comme les précédentes :

 

– Je vais te confier un secret, on pense à déménager, mon mari et moi.

 

Alors bien sûr, on dit qu’on comprend, que la maison est très grande, en effet, et le jardin plus grand encore.

 

Et on acquiesce, oui l’âge est là, le mari est septuagénaire et il a eu des problèmes de santé assez sérieux.

 

C’est une bonne décision, lui dit-on, alors qu’on est soi-même parfaitement incapable de la prendre ou même de l’envisager.

 

Donc on précise sa pensée :

 

– C’est une décision vraiment courageuse !

 


 

P.S. L’Adrienne est comme ses chats : il y a tant de choses plus chouettes à faire avec des boites, des sacs et des cagettes que d’y empiler ses affaires en vue d’un déménagement… Elle comme eux deux seraient bien restés jusqu’à la fin de leurs jours dans leur verte campagne 🙂

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9 décembre 2025

Cette lumière-là / Adrienne

 

 


Cette lumière-là est celle qui illumine nos nuits depuis mercredi dernier.

 

Tout le couloir et l’escalier sont d’un bleu parfait et juste assez lumineux pour ne pas avoir besoin d’un autre éclairage.

 

On se dit que ça compense peut-être un tout petit peu le gaspillage que ça représente  🙂

 

Et que ce sera Noël toute l’année.

 

Parce que celle à droite – qui est celle de la connexion internet – clignote de temps en temps.

 

Comme cette guirlande lumineuse de quand on avait douze ans, de celles d’une époque où on y vissait de vraies petites lampes en verre multicolore de formes diverses.

 

Le père avait remplacé par mégarde une des lampes défectueuses par une clignotante, ce qui fait que toute la guirlande s’était mise à clignoter joyeusement.

​​​​​​​

Et on trouvait ça assez énervant 🙂

9 décembre 2025

Au nord de soi / Jean-Paul

 

Au nord de soi on a une Belgique empreinte de silence, de sobriété et de dignité.

 

Ce n’est pas un plat pays, c’est un pays droit. On a des ancêtres qui se sont mariés là-bas. La branche familiale de l’arbre généalogique y a pondu ses rameaux pendant cent ans avant de revenir en France, pas loin, dans le Pas-de-Calais.

 

On en a gardé une rigueur morale, quelque chose de catholique, l’idée de front républicain, l’amour de tout ce qui est battu en brèche par le monde poutino-techno-trumpiste (PTT !) actuel.

 

On n’est pas empêché pour autant, du fait de ces valeurs-là, d’être un sybarite. Alors on profite comme un gamin du trottoir au soleil. On y fait rouler ses billes, on sifflote. On regarde sans s’énerver les gens qui se croient importants, les nains et les naines qui balancent des « Casse-toi, pauv’ con ! » et des « Les sales connes, on va les foutre dehors !».

 

Au nord de soi, dans sa Belgique intime comme dans la vraie, celle qui a vécu deux ans sans gouvernement, on sait que Waterloo rime avec « morne plaine » et on préfère en rire.

 

- Mets ta ceinture !

- J’ai ma ceinture !

 

9 décembre 2025

Dimanche matin / Jean-Paul

 

Le dimanche matin, sur le coup de neuf heures cinq, neuf heures dix, on descend acheter le journal au Huit à huit.C’est un Carrefour city en fait mais le monde se fiche bien de la vérité historique. Il s’abreuve de défèque-niouzes désormais.

 

La version dominicale d’Ouest-France est composée de quatre parties enchâssées les unes dans les autres. Le Dimanche-Ouest France est vite lu ou plutôt parcouru. On trouve là les nouvelles du jour dont on se fiche à peu près éperdument. La partie magazine vous énerve à cause de l’invité people à qui on demande son avis sur tout et n’importe quoi… et qui le donne. Dans le supplément sports on ne fait que jeter un œil sur les résultats du Stade Rennais Football Club qui est un peu notre voisin de palier.

 

Enfin, ce pour quoi on a dépensé 1,55 euro pour ne pratiquement rien lire arrive ! C’est le supplément jeux.

 

Ce sont deux feuilles pliées en deux, soit huit pages, les plus précieuses de vos achats de la semaine.

 

Tout comme il y a des scientifiques et des littéraires, il y a des jeux de chiffres et des jeux de lettres. Ces derniers sont réservés à la femme de votre vie, cruciverbiste et motfléchiste (?) invétérée.

 

On s’accapare les quatre kemaru, le deux takuzu et les quatre fubuki. Cette phrase ressemble à une commande de sushis dans un restaurant japonais mais on n’y met jamais les pieds dans ceux-là et on espère juste que ces mots sont invariables au pluriel. Peut-être même dit-on, au singulier, kemaraï et takuzaï comme pour les haïku ?

 

Pour un peu bientôt on n’entendrait plus dans la maison que le bruit léger des deux crayons Critérium Bic gradation 4 B et les rares frottements des deux gommes. Mais il se trouve que ce rituel intellectuel s’effectue immanquablement au son du Concerto pour trompette de Haydn suivi de celui de Hummel ou de "Trumpet volontary" de Purcell.

 

Tant pis pour les jeunes Chinoises de l’étage en dessous qui s’essaient à la grasse matinée occidentale !

 

9 décembre 2025

Avec son petit matos / Jean-Paul

 

 

Avec son petit matos, elle ne peut pas rivaliser , Isaure Chassériau ! Surtout avec « La Chasse au tigre » de Rubens !

 

On est au Musée des Beaux-arts de Rennes. Quel visiteur s’arrêterait pour deux bouquets d’églantine attachés dans les cheveux d’une demoiselle du XIXe siècle qui pose en robe rose ? Qui pourrait trouver admirable cette lumière-là, cette position du genre « Judith Godiche » devant un mur gris de salon bourgeois ?

 

Et à quoi sert-il, ce rideau bleu ? A masquer la jeune fille lorsque la nuit s’en vient ? Y a-t-il seulement une fenêtre à gauche ? Si oui, on n’est pas invité par le peintre à contempler, dehors, le parc du château de Linières.

 

Dépourvue d’atouts, Isaure semble vivante par défaut. Elle n’a pas la pêche, la banane ou la cerise. Ou si : elle a connu quelques cerises noires : le père vite disparu, la mère dans la dèche mais tout cela est terminé : Emma-Antigone Chassériau-Duval s’est remariée avec un député vendéen bien pourvu, le sieur Guyet-Desfontaines.

 

Isaure, c’est la fille qui n’a pas de bol. Elle est décédée dépressive à l’âge de trente-sept ans, soit dix ans  trop tard pour rejoindre Jim Morrison, Janis Joplin, Brian Jones et Jimi Hendrix dans le club de ceux qui avaient du matos. Bien après son décès un type lui a offert une deuxième vie, dynamique, drôle, pleine de fantaisie. Las ! Cet écrivaillon n’a jamais contacté le moindre éditeur pour faire connaître le récit de son évasion du Musée des Beaux-arts de Rennes en 1999.

 

Et aujourd’hui, avec le vol des joyaux de la couronne au Louvre, quel intérêt cela aurait-il ?

 

Avec un aussi petit matos, on ne peut que lui souhaiter le sort de la population mondiale : le bonheur des amers. S’il y en a un !

 

 

9 décembre 2025

Avec son petit matos / Maryvonne

 

Il arrive avec son petit matos dans une enveloppe kraft. Le maître va s'absenter et il souhaite confier la consigne de l'atelier d'écriture du mardi suivant à l'une d'entre nous. L'une d'entre nous puisque nous ne sommes que des femmes qui, chaque mardi, venons nous ébaudir, crayon à la main, sous la houlette de Jean-Paul.

 

Ah ! Jean-Paul ! Un « sexa » avec quelques restes d'adolescence, le sac à dos, l’œil qui frise, la bâche sur la tête et son immense culture en bandoulière.

 

C'est Véronique qui se voit promue chef de file. Il n'a pas l'air d'avoir de doute sur le sérieux de celle-ci, moi si et je m'attends à entendre rouler son rire comme une poignée de petits cailloux colorés.

 

Dans ce contexte chacune va reprendre son sarrau d'écolière et, toutes appliquées, on va aligner nos bêtises hebdomadaires. Tant pis pour Jean-Paul et tant mieux pour Véronique.

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