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L'Atelier d'écriture de Villejean

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16 décembre 2025

Le Musée national du Badaud / Marie-Thé

 


 

- Déjà de retour chéri ? Je suis bien contente, c’est le dernier jour du salon temporaire du bricolage, c’est à côté du Musée national du Badaud, tu viens avec moi ?

 

- Ah non, je pense que ça ne va pas être possible. Je n’ai pas fini de réparer le râpe-carottes électrique et j’ai envie de carottes râpées pour mon pique-nique demain midi.

 

- Justement, tu vas peut-être découvrir plein d’inventions créées par des gens qui ne cherchent qu’à simplifier le travail à la maison. Si ça se trouve quelqu’un a inventé une machine à râper les carottes sans électricité ?

 

- Mais enfin Juliette j’ai le journal sous les yeux, regarde-le. L’expo du bricolage ce n’est pas en ce moment, c’est le mois prochain. Si tu veux, on peut aller dimanche au Musée national du Badaud. C’est une promenade dans un immense bâtiment bleu où l’on croise des personnages célèbres en cire. Tu pourrais peut-être voir tes idoles en vrai, André Dussollier et bien d’autres qui te font fantasmer. Dans la partie concernant les statues des femmes, moi j’espère rencontrer Marilyn Monroe et Brigitte Bardot.

 

- Oh là là, j’ai un aveu à te faire. Je savais qu’il y avait André Dussollier et j’avais tellement envie de le voir que j’y suis allée toute seule la semaine dernière.

 

- Quelle audace ! Eh bien moi j’irai tout seul dimanche. Je m’assoirai dans un fauteuil devant Brigitte Bardot et les autres stars, jusqu’à me laisser envahir par des émotions.

 

- Monsieur, vous n’êtes pas raisonnable. Vous êtes mesquin et aveugle. Avec moi vous avez encore mieux que toutes ces vedettes sophistiquées.

 

- Puisque c’est ainsi nous resterons ici !

 

Et ils se mirent à rire !

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9 décembre 2025

Consigne d'écriture AEV 2526-11 du mardi 9 décembre 2025

 

Écrire comme Delerm en 2025

 

 

Chaque nouvelle de cet auteur, Philippe Delerm, ne contient pas plus de quarante lignes.

 

Il écrit toujours au présent et use et abuse du pronom « on » à la place du « je ».

 

Il fait des phrases courtes mais avec beaucoup d’adjectifs pour raconter des événements de la vie quotidienne, des situations sans rien d’exceptionnel que tout le monde a vécues au moins une fois.

 

« On est entre la thèse de sociologie et la rédaction de 1er de la classe ».

 

Dans ce style-là vous écrirez de deux à cinq petits textes dont le titre sera choisi dans cette liste extraite de « Le Trottoir au soleil »

 

 

Au nord de soi - Avec son petit matos - Cette lumière-là - Chez moi - Dans un grain de sable, toute la plage - Deuxième vie - Dimanche matin - Du soleil et de l’eau sur un lavoir - Égoïste - Enfin ! - Je peux vous faire à dîner - Je veux redoubler - La figue mûre - Le ballon jaune - Le bonheur des amers - Le café dans un verre - Le cauchemar du trois étoiles - Le trottoir au soleil - Les persistants lilas - Les Toulousaines - On n’est pas invité ! - Passez une bonne après-midi - Pépites du métro - Quelques cerises noires - Se plaire dans Turin - Secouer sa serviette sur la plage - Terre à terre - Travailleurs du dimanche - Un champ de canne à sucre - Vivante par défaut

9 décembre 2025

Écrire comme Delerm / La Licorne

 

Au nord de soi

 

Parfois, la vie est belle...on est au soleil, dans la chaleur de la vie, dans la chaleur des autres. On rit, on chante, on se donne des rendez-vous. Avec un chat, un arbre, un voisin. Avec soi aussi. Avec un livre au coin du feu. Avec un bout de ciel et deux nuages qui passent. Parfois, tout est fluide, tout coule naturellement et joyeusement. On ne se pose pas de question.

 

Et puis, parfois, on bute. On s'accroche. Dans les ronces de la vie. Dans un contre-temps, un incident, une broutille. Ou dans un malentendu, une dispute, une trahison qu'on n'attendait pas. Le ciel se couvre, la neige tombe sur nos espoirs fanés et l'hiver s'étend. 

 

Glacial. Inhospitalier. 

 

Parfois, on est au nord de soi.

 

 

Vivant par défaut

 

Pourquoi se lever ? On est tellement bien dans la tiédeur des draps. Quand on devine la lueur du jour à travers les fentes des volets, que tout est calme et que le réveil n'a pas encore sonné.  Quand on profite des dernières minutes d'une nuit insouciante. Quand on a encore de la brume dans le cerveau et des rêves effilochés au bord des cils.

 

Pourquoi se lever ? On sait ce qui nous attend : la douche, le métro, les collègues, le stress...et ce combat sans fin pour survivre dans la jungle moderne.

 

Pourquoi se lever ? Alors que c'est quand on dort qu'on vit le plus intensément. On vit dans la merveille. Dans le champ de tous les possibles. On admire, on frémit, on court, on vole...

 

Au réveil, on se sent "vivant par défaut".  

 

 

Je veux redoubler

 

Dans l'enfance, on tremble tous à l'idée de redoubler. Refaire une année encore...la même chose : retraverser les mêmes leçons, les mêmes exercices...La perspective du redoublement est un cauchemar.

 

Et puis, on grandit, on devient adulte, on devient vieux...et là, tout à coup, à l'orée du grand départ...on est pris d'une idée folle : 

 

"Grand Dieu, c'est passé si vite... S'il vous plaît, je ne pourrais pas redoubler ?".

 

  

Deuxième vie 

 

Imaginez. On ferait une deuxième vie...comme on fait une deuxième année scolaire : on se souviendrait de la précédente et on s'appliquerait. On se dirait : "Tiens, ça, ce n'est pas si difficile, la vie, finalement." .

 

On se sentirait plus grand, plus sûr de soi... On roulerait les mécaniques devant ceux qui ne connaissent pas les codes, qui expérimentent les choses pour la première fois. On râlerait un peu, aussi, juste ce qu'il faut...

 

Ce serait plus facile, plus prévisible en tout cas...Alors on savourerait un peu plus les récrés, les bons moments, les amis et on referait des erreurs, bien sûr, mais pas les mêmes. Oui, ce serait bien, une deuxième vie. 

 

9 décembre 2025

Deuxième vie / Adrienne

P comme parfum

 

Dans le supplément au journal du week-end dernier, on lit attentivement un test comparatif de bougies parfumées, alors qu’on n’a jamais acheté ce genre d’article et moins que jamais l’intention d’en acheter.


On a juste du mal à s’empêcher de lire tout ce qui est chose écrite et ce depuis qu’on a cinq ans et qu’on « lisait » les étiquettes des pots de confiture.


Des bougies, on en a deux pleins tiroirs, des rouges, des blanches, des vertes, des dorées, so christmassy 🙂  mais la carissima nipotina a décidé qu’en faire brûler même une seule était nuisible à son bien-être.


Alors qu’autrefois on fêtait Noël à la seule lueur de leurs petites flammes et qu’on aimait beaucoup ça. 😉


On aime aussi la bonne odeur du café, mais ça rend malade la carissima nipotina, comme à peu près tous les parfums.

 

On est donc à la fois bien contente qu’elle vienne pour Noël, comme chaque année depuis 2006, et bien préoccupée à ce que tout soit selon ses goûts. 🙂


Car avec elle il y a un avant et un après, avec une charnière qui se situe en 2019 et qui est à l’origine d’une véritable deuxième vie.


Sans bougies et sans café. 🙂


***


L’illustration date de Noël 2013, le premier passé dans la maison en ville.
 

 

9 décembre 2025

Secouer sa serviette sur la plage / Adrienne

 

 

O comme Obituaire


Le père, les deux grands-pères, l’arrière-grand-père, ils se sont tous ligués contre le mois de décembre pour en faire un calendrier obituaire.

 

Quatre chers disparus qu’on a connus et aimés, toujours trop tôt disparus, quel que soit leur âge ou le nôtre.

 

On aura donc aujourd’hui une pensée spéciale pour Edmond, celui qui n’a jamais dû secouer sa serviette sur la plage pour la bonne raison que la première fois qu’il l’a vue, il était déjà grand-père depuis longtemps et qu’il y est allé en costume trois pièces, sans même enlever ses belles chaussures pour fouler le sable.

 

***

 

La consigne a permis à l’Adrienne d’exprimer encore une fois toute sa reconnaissance à son arrière-grand-père.

 

Sur la photo d’illustration, le père entre son grand frère et sa petite sœur, celle dont on porte le nom, dans les dunes à Knokke, années 1930.

 

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9 décembre 2025

Dimanche matin / Adrienne

 

N comme Noël

 

Peut-être était-ce parce qu’on était dimanche matin – et sans doute aussi Noël approchant – qu’on s’est souvenue tout à coup d’un objet qu’on avait autrefois, il y a bien longtemps, quand on était une petite fille.


C’était un de ces souvenirs que les gens rapportaient de Lourdes, comme cette vierge Marie en plastique dont la couronne bleue se dévissait pour qu’on ait accès à l’eau bénite qui se trouvait à l’intérieur, ces images pieuses aux bords dentelés et ces scapulaires en diverses matières, on se rend compte avec le recul qu’on avait vraiment toute la collection.


Puis un jour, en plus de tout ça, quelqu’un en a rapporté une vierge-Marie-boîte-à-musique : quelques tours de clé sous le socle de la statuette métallique et on entendait la mélodie de « Sur cette colline, Marie apparut. Au front qu’elle incline, rendons le salut ».


Par bonheur on connaissait les paroles 😉


Mais ce qui intriguait vraiment la petite fille de huit ans, c’était la phrase inscrite en lettres capitales qu’on pouvait déchiffrer sur l’auréole : « Je suis l’immaculée conception ».


On a bien sûr interrogé la mère pour savoir ce que signifiait cette phrase sibylline… mais devinez quoi ?


On n’a jamais eu d’autre réponse que ce navrant « Tu comprendras quand tu seras plus grande ».

 

9 décembre 2025

Avec son petit matos / Lili

 

 

 

On devine sa haute silhouette de marcheur immobile. Il installe méticuleusement son petit matos rutilant de bimbeloteries. Il a relevé les manches de son boubou comme on hisse la voile d’un bâtiment avant une grande partance.

 

Il plonge ses mains dans une valise aux étiquettes illisibles. En jaillissent des bracelets colorés, des montres en acier, des bagues aux reflets argentés, des chaînes aux lourds maillons, des porte-monnaie au ventre de carton. Il me salue de loin. Je lui fais un signe de la main, toujours le même.

 

Il est 14 heures. Je suis installé à la terrasse du café Le Tourangeois. J’ai ouvert le journal et je laisse couler la première gorgée de bière entre mes lèvres impatientes. Je guette le moment où il vérifiera si son présentoir posé sur des tréteaux métalliques ne boîte pas. Le voilà qui se penche, ouvre les bras, embrasse son étal, tangue légèrement vers la droite.

 

Un pavé, toujours le même, lisse, rond, glissant peut tout faire basculer. Tous les jours, à la même heure, avec une extrême précision, il rééquilibre le centre du monde.

9 décembre 2025

Au nord de soi / Lili

 

Yulka Popkova (cop. Istock)

 

Au nord de soi, on atteint la frontière de ses rêves.

 

Là-bas, tout est froid, figé, absent. On veut revenir en arrière. On avance les bras tendus dans l’espoir de trouver un passage. On se cogne contre des blocs de glace à la dérive, on aspire au retour dans les terres chaudes et humides, on rêve de forêts moussues, de prairies venteuses. On espère la ritournelle des rêves douillets, la caresse amoureuse de l’aimé, le vol d’une hirondelle un soir d’été. On craint l’absence des mots sur le papier rayé, la blancheur uniforme de la page tendue devant soi comme un suaire de pacotille.

 

On se prend à gémir. On s’enroule sur soi, on attend, on veille.

 

Pourtant on sait les frontières fantasques, poreuses. Alors on s’éveille, on marche, on est passeur de rêves.

9 décembre 2025

Chez moi / Marie-Thé

 

Dans la salle de bain ce matin, à l’heure de se laver les dents, une coccinelle, sur ses petites pattes de rien du tout, se déplace tranquillement sur le carrelage blanc en explorant cet univers nouveau pour elle.

 

Tout à coup, ses ailes se déploient et elle s’envole par la fenêtre ouverte sans doute pour signifier qu’il fera beau demain.

 

 

9 décembre 2025

Secouer sa serviette sur la plage / Marie-Thé

 

Une famille arrive sur la plage et s’installe à sa place habituelle. On n’aime pas changer en général, cela bouscule l’ordre déterminé par des jours et des jours de routine.

Toutes les serviettes de la familles étalées les unes à côté des autres, les jeans et les tee-shirts balancés sur le sable, les maillots enfilés, mère, père et enfants courent dans la mer.

De sa place, on peut les voir s’éclabousser, nager, jouer, se rouler dans les vagues.

Une demi-heure plus tard ils reviennent, mais avant de se vautrer sur leurs serviettes, ils secouent celles-ci dans tous les sens.

Une véritable tempête de sable arrive vers leur voisine, une jeune nymphe aux longs cheveux bruns, qui se frotte les yeux et ne semble pas apprécier. Alors elle part se baigner, crawler. On la voit nager sous l’eau, ressortir et faire la planche en se laissant bercer par le mouvement de la mer. Puis assise sur le sable mouillé au bord de l’eau, elle se roule dans les vaguelettes.

Lorsqu’elle remonte s’étaler sur sa serviette, les regards des hommes ne sont pas indifférents à sa silhouette.

Le soleil la sèche et elle s’endort pour une petite sieste bienvenue en cette fin d’après-midi.

 

 

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