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L'Atelier d'écriture de Villejean

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3 mars 2026

Utopie / Marie-Thé

 

- J’adore la chanson de Raymond Lévêque, « Quand les hommes vivront d’amour » m’a dit ma mère lorsque je suis passée chez elle cet après-midi.


 

Elle vit dans un monde utopique et, par jeu, je la suis dans son délire où il n’y a plus de machos comme l'était mon père et où les vaches, les bœufs, les moutons paissent tranquillement dans les champs. Les animaux ne vont plus à l’abattoir puisque les femmes et les hommes sont végétariens. Les lapins et les lapines vivent en liberté dans les parcs. Ils copulent sans retenue, ce qui fait rire les enfants.


 

Nous jouons au scrabble assises devant sa jolie table en cerisier, tout en continuant d’inventer notre monde idéal en chantant « Il n’y aura plus de misère, les soldats seront troubadours… ».


 

La partie finie, ma mère me dit : « C’est ton anniversaire, j’adore le thé au jasmin avec des gâteaux au chocolat et toi aussi. Tout est préparé dans le panier sur le buffet, il reste juste à chauffer l’eau ».


 

Pendant que nous buvons notre thé, ma mère me raconte des souvenirs vécus avant ma naissance.


 

- Avec ton père, j’ai voulu voir Paris et j’ai vu Paris. Quand j’ai voulu voir Vesoul pour rendre visite à ma sœur, il est resté avec elle, et je me suis retrouvée toute seule, alors que déjà je te sentais bouger dans mon ventre… »

 

Cette histoire, je l’ai entendue un grand nombre de fois !

 

Avant que je lui dise au revoir, ma mère chante en riant « Ma Liberté » de Serge Reggiani et me dit que oui, elle l’a aimée, sa liberté, et qu’elle n’a aucun regret !

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3 mars 2026

Deux histoires avec 27 mots / Anne J.

 

 

L'Escargot et la fourmi

 

Un escargot traverse le petit jardin, ignorant les roses sur sa droite, et s'arrête au pied de l'escalier en pierre.

 

- Bonjour, dit il à la fourmi, tu as vu comment va le monde ? Tu as entendu les dernières nouvelles ?

 

- Ne m'en parle pas ! Difficile de garder espoir !

 

- Tu as l'air un peu flageolante et pas vraiment en forme dis-moi ?

 

- Trop mangé ! Je viens de traverser un saladier de mousse au chocolat, je me sens gonflée comme une baleine ! Et j'en ai plein les moustaches !

 

- Il paraît que le chocolat c'est bon pour le moral ?

 

- Il paraît. Mais est-ce que ça guérit aussi de l’imbécillité ou de la vantardise ?

 

- Peut-être est-ce pour cela que les Américains ont mis la main sur le Vénézuela ?

 

- Va savoir, il paraît qu'en plus y a plein de pesticides dedans !

 

- Bien fait, na !

 

 

La Fibre

 

Ça y est, je suis désormais à la page avec ma nouvelle connexion à la fibre et finalement ce ne fut pas trop terrible : je craignais beaucoup cet indispensable changement et depuis quelques semaines je fermais convulsivement les yeux devant les panneaux qui fleurissent ici partout comme une victoire : « 90 % des Costarmoricains ont la fibre. Et vous ? »

 

Les 10% restants dont je fais partie ont le blues, voire le cafard, d'être classés sans retour dans la catégorie « ringards » mais « chat échaudé craint l'eau froide » : j'avais déjà vu les gars, ils avaient examiné la configuration, fait un petit trou dans ma maison, laissé du plâtre partout et étaient repartis en n'installant... RIEN ! Une blessure dont la maison s'est relevée mais pas moi !

J’étais au pied du mur, en bas de l'escalier…

 

C'est ma voisine qui me voyait procrastiner comme un escargot hystérique qui a pris le rendez-vous pour le début mars : les gars étaient si pressés qu’ils m'ont envoyé un SMS tous les 2 jours pour me dire que, si je voulais, ça pouvait être aujourd’hui ! Tôt plutôt que tard !

 

Non je ne voulais pas avancer le rendez-vous, j'avais besoin de me préparer à l'épreuve en écoutant ma musique apaisante préférée (de la musique klezmer), en me gavant de jus d'ananas bien connu pour ses propriétés relaxantes et pour faire garder l’espoir que tout irait bien,

 

Et finalement ils sont arrivés deux heures en avance, ils ont demandé où ils devaient mettre la box. Fataliste, j'ai dit : « Où vous voulez » alors ils ont fait un trou en haut de la porte d'entrée, ont tiré un fil jusqu'au sol et installé ladite box dans le placard à balais de l'entrée ! C'était pas idéal mais on va s'y faire ! Une heure après tout fonctionnait après le branchement qu’ils ont fait pour moi (« Ne le dites pas car ce n'est pas notre boulot ! »).

 

C'est chouette finalement d'être reliée au monde et de faire partie des 90 % de costarmoricains modernes ! Mais en gros ça ne change rien : le monde ne tourne pas plus rond !

 

N.B. Les mots de départ étaient : 

placage blessure victoire ; tard retour gain ; munition cafard espoir ; escadrille fourmi galoche ; ananas escalier moustache ; mousse au chocolat musique klezmer tartiflette ; Vienne Arménie Danube ; rose patate cote ; escargot baleine chouette

3 mars 2026

Le Sentier des bêtes douces / Marie Sylvie

 

 

Le vieux stade n’était plus qu’un cercle silencieux mangé par les herbes folles. 

 

Les gradins s’effritaient mais la piste demeurait une fine cicatrice ocre qui filait vers l’inconnu.  
Je m’y engageai au petit matin, un livre dans la poche et une plume coincée entre ses pages comme un talisman. 
Le vent portait un parfum de terre humide et la lumière naissante glissait sur le sol avec une douceur presque animale.
 
Au bout du chemin un ancien gymnase se dressait éventré par le temps. 
Les vitres brisées laissaient entrer des rais de lumière qui découpaient l’air en éclats mouvants. 
Je m’arrêtai un instant happé par une pensée étrange : 
Et si les lieux abandonnés respiraient encore comme des bêtes endormies ?
 
Je repris ma marche. 
La forêt s’ouvrit devant moi profonde et bruissant comme traversée de chants invisibles. 
Un papillon surgit décrivant dans l’air une rosace délicate comme une signature vivante.  
Je le suivis du regard jusqu’à ce qu’il disparaisse entre deux troncs avalé par l’ombre.
 
Plus loin la forêt s’effilochait en dunes blondes. Le vaste rivage apparut vibrant et baigné d’énergie
Le soleil montait lentement et la mer jouait une musique lente, presque une mélodie de respiration.  
Sur un rocher quelqu’un avait laissé une petite corbeille de fraises rouges et brillantes. 
Je souris : le monde a parfois des gestes de tendresse inattendus.
 
Je longeai la côte. 
Les paysages changeaient comme des humeurs :
Ici la rudesse de la Bretagne avec ses vents qui sculptent les jours.
Là les ciels immenses de la  Normandie traversés de nuages pressés.
Plus loin encore la chaleur de la Provence où les pierres gardent la mémoire du soleil.
 
C’est dans cette transition de terres que je la vis.
 
Une panthère noire immobile et posée sur un promontoire rocheux. 
Sa silhouette découpée dans la lumière semblait irréelle. 
Je m’arrêtai net, le souffle suspendu.  
Elle ne bougea pas. 
Son regard profond et calme n’avait rien de menaçant. 
Il disait seulement : 
《 Je suis là, tu es là et cela suffit.》
 
À ses pattes un lionceau trottinait maladroitement. 
Il s’approcha de moi curieux et sans peur.  
Je m’accroupis. 
Il renifla mes doigts puis la plume dépassant de mon livre.  
La panthère derrière lui resta silencieuse mais je sentis son attention dense comme du velours sombre.
 
Le lionceau fit un petit bruit semblable à un miaulement rauque puis se retourna vers une cavité dans la roche.  
Je compris :  c’était leur tanière.
 
Je restai là longtemps assise sur le sable 
à écouter la mer
à regarder le lionceau jouer avec un morceau de bois
à sentir la présence tranquille de la panthère.  
Le monde semblait soudain tenir dans ce triangle fragile : La mer la bête et moi.
 
Et dans cette immobilité quelque chose se dénoua.  
Une harmonie discrète presque secrète se glissa dans l’air.  
Je sentis que je n’étais plus une simple passante :
J’étais devenue témoin d’un instant que personne ne pourrait jamais me reprendre.
 
Lorsque je me relevai la panthère inclina légèrement la tête comme un salut.  
Le lionceau trottina vers elle puis disparut dans la tanière.
 
Je repris le chemin du retour le livre contre moi et la plume frôlant ma peau.  
Et je sus que quelque chose en moi avait changé de place ... comme si une bête douce avait trouvé sa propre tanière dans ma mémoire.
 
 
3 mars 2026

Les Cartes postales de la famille Trop-Chou / Jean-Paul

 

 

On imagine mal aujourd’hui ce qu’a pu être la circulation des images au début du XXe siècle. Merci les Postes et Télégraphes ! Il faut avoir hérité du passé solidifié d’un écrivain progressiste mais conservateur pour comprendre que, pareillement à la roche Tarpéienne et au Capitole, la syllogomanie n’est jamais très éloignée du syndrome de Diogène.

 

Comme les chats ne font pas des chiens et que les grands-parents ne jetaient rien au prétexte que « ça pouvait toujours servir », le petit-fils, lui aussi, a tout gardé.

 

Comme il a oublié jusqu’à la folie l’usage des mots « classer », « ranger », « trier » et surtout « mettre à la poubelle », il n’avait plus qu’une chose à espérer : c’est que, parmi ses héritiers, il se trouverait quelqu’un d’assez curieux, d’assez patient et d’assez ordonné qui jugerait que, dans tout ce fatras de papelard, certains documents valaient le coup d’être conservés ou partagés.

 

Le hasard faisant très bien les choses, M. Bourgeoizov a justement hérité d’un gendre dont la profession est… (ou était) : bibliothécaire !

 

C’est donc moi qui m’y colle sur cet axe Saint-Cloud-Rennes et en ce moment, je m’occupe d’une collection de cartes postales kitsch, kitschissimes même, sur laquelle je vous proposerai de délirer un de ces quatre !

 

Au fil de mes travaux de numérisation, je me dis qu’il n’a pas dû chômer, qu’il a forcément dû bien pédaler, le facteur cycliste du quartier des Batignolles entre 1904 et 1909 pour livrer à la famille Trop-Chou, 39, rue Sauffroy, à Paris, toutes ces cartes postales pleines de couleurs pastel, essentiellement du bleu et du rose, qui lui étaient adressées.

 

Le cheminot Trop-Chou, originaire de Guichen se prénommait Eugène et son épouse Marie Léocadie, née Gauvain. A partir de 1902 ils ont une gamine, Geneviève. Bizarrement, c’est surtout à elle que l’on écrit et la correspondance frise parfois l’absurde ; chaque année elle reçoit des cartes de bonne année, bonne fête, poisson d’avril, Joyeuses Pâques et Heureux Noël avec au verso une simple répétition de la formule affichée au recto ou même parfois aucun texte, avec la seule signature de l’expéditrice : Odette (la cousine?), Marie-Thérèse, Gabrielle…

 

Le phénomène se reproduit jusqu’en 1909 et au-delà, sauf qu’à partir de cette année-là on change d’adresse : les Trop-Chou (je ne mets pas de x à Chou parce que c’est un nom propre ! ) ont quitté Paris pour Saint-Cloud (Seine et-Oise), 64, rue Royale.

 

***

 

Je ne suis que sur le premier classeur contenant ces trésors. Il y en a trois autres encore plus gros et deux grosses boîtes métalliques. C’est qu’ensuite Geneviève épouse Petr Andreï Ivanovitch Bourgeoizov, un Rennais du quartier de Quineleu qu’elle a connu quand elle venait en vacances chez sa marraine Augustine R. : celle-ci habitait rue de Riaval dans le quartier Sud-gare. Ils font un premier gamin en 1925 mais ils le perdent puis un deuxième en 1927 qui est le quasi centenaire dont on vide la maison et contre lequel je peste gentiment. D’ailleurs je ne résiste pas au plaisir de publier sa photo en costume marin : il a vraiment fière allure, le gars Pierrot.

 

 

A vrai dire je ne peux pas lui en vouloir vraiment d’avoir accumulé autant de papier dans sa maison de deux étage avec cave et garage. Il paraîtrait que dans la compétition entre écrivains passéistes je ne suis pas loin non plus, avec mon grenier-bibliothèque de musicien à guitare et d’écrivain multiplicateur de dragons, d’atteindre une marche du podium olympique !

 

N.B. Les 27 mots casés sont : compétition, pédaler, podium, folie, guitare, oublier, facteur, musicien, écrivain, musique, image, couleur, reproduit, adresser, souhaiter, l'absurde, passé, kitsch, Paris, Rennes, Saint-Cloud, imagine, délirer, marin, chat, dragon, chien

1 mars 2026

Af-Fabulations. 2 / Jean-Paul

 

 

 

 

 

 

 

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1 mars 2026

 

 

 

 

 

 

 

Collages et panonceaux réalisés à partir de

 

la consigne 2526-22 de l'Atelier d'écriture de Villejean

1 mars 2026

Affabulations. 1 / Jean-Paul

 

 

 

 

 

 

 

 

1 mars 2026

Af-Fabula-tions. 1 / Jean-Paul

 

 

 

 

 

 

 

10 février 2026

Consigne d'écriture AEV 2526-17 du mardi 10 février 2026

 


Premiers mots
 


C’est un jeu de plusieurs puzzles composés d’une image et des lettres ou syllabes du mot correspondant
 

Mots

Nbre de pièces

Syllabes

 

 

 

maison melon bouquet bonbon moto vélo

2

Mai son me lon bou quet bon bon mo to vé lo

cadeau bocal tapis soleil

2

Ca deau bo cal ta pis so leil

éléphant bulldozer escalier araignée caméra léopard

3

É lé phant bull do zer es ca lier a rai gnée ca mé ra lé o pard

artichaut aquarium koala pantalon

3

Ar ti chaut a qua rium ko a la pan ta lon

 

 

 

Moto vélo toit chat cerf lion vélo

4

 

fleur chien robot wagon

5

 

gâteau soleil maison bateau pigeon mouton

6

 

canard toupie poupée cheval

6

 

 

Il vous est demandé de retomber en enfance et de composer des comptines, des poèmes, des histoires avec ceux de la liste et d’autres mots très simples pour être compris des enfants.
 
Ou sinon de livrer une réflexion sociologique sur le choix de ces premiers mots (orthographe, présence d’animaux non domestiques, etc.). Ou de mélanger les syllabes pour faire des mots nouveaux. Bref d’écrire tout ce que vous voulez avec ce matériau et ce concept de transmission de la lecture !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

10 février 2026

Badoum Badoum / La Licorne

 

 

Petite comptine pour les enfants 

 

 

 Badoum, badoum, badoum... 

Un éléphant qui se balançait

Sur une toile, toile, toile d'araignée

C'était un jeu tellement, tellement sympa

Qu'il appela... les deux koalas...

 

 

 Badoum, badoum, badoum... 

Trois animaux qui se balançaient

Sur une toile, toile, toile d'escalier

C'était un jeu tellement, tellement sympa

Qu'ils appelèrent le léopard qui passait par là...

 

  

Badoum, badoum, badoum...

Nos quatre amis, hum, se balançaient 

Sur une toile, toile, légers comme une fleur 

C'était un jeu tellement, tellement sympa

Qu'ils allèrent chercher ...une caméra !

 

 

Badoum, badoum, badoum...

La p'tite araignée qui sommeillait

Sur sa toile, toile, toile si bien tissée 

Trouva ce jeu tellement, tellement amusant

Qu'elle se mit à son tour à se balancer

  

  

Badoum, badoum, badoum

Et tous les cinq se balançèrent

Sur la toile, toile toile de l'araignée

C'était un jeu tellement, tellement amusant...

Quand, tout à coup, badaboum...

  

Ils tombèrent tous...

 dans l'aquarium !!!

 

 

 Plif, plaf, plif, plaf, 

On ne retrouva d'eux que de petits bouts...

Des syllabes mélangées que les poissons, sympas, 

Remirent, comme il purent, bout à bout...

 

Plif, plaf, plif, plaf

On vit un "élépard"... qui surnageait

Aux côtés d'un "léophant" et d'un "koara"...

Sous le regard de la "caméla"... 

  

Et sous les yeux moqueurs de l'araignée

Qui trouva cela tellement, tellement rigolo...

Qu'elle appela aussitôt un petit chien...

Pour les rejoindre dans l'eau...

  

 

Badoum, badoum, badoum...

Plif et plaf

plif, plaf, plif, plaf

 

Badoum, badoum, 

Plif et plaf

Plif, plaf, plif, plaf...

 

 

La Licorne

 (qui aime bien , parfois,

"retomber"...badaboum !

en enfance) 

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