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L'Atelier d'écriture de Villejean

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7 avril 2026

Vieux ou pas ? / Anne J.

 

Je trouve la proposition de notre animateur (qui est né la même année que moi) presque insultante ! Parler comme ses arrière -grands-parents ? Mais ces mots-là font partie de mon vocabulaire et je les utilise couramment, alors quoi ?

 

Je fais partie des vieux ? Mince, alors ! Ne faites pas cette tronche, vous aussi vous en êtes ?

 

Oui quand je vais à la plage, je prends une petite laine, car en Bretagne il fait toujours un peu frisquet pour se promener en marcel.

 

 

Oui quand je vais sur les sentiers de douaniers et même parfois en ville je mets mes grolles de marche pour être à l'aise et ça ne m'avantage pas autant que les escarpins ! Mais quand on est une vioque comme moi, on s'en moque d'être rétro, de trouver un jules et on ne fait pas sa mijaurée sous la pluie.

 

C’est bizarre de penser que je suis maintenant presque aussi vieille, voire plus, que mes grands-parents quand je les ai connus et je me plais à les imaginer quelque part dans un autre monde en train d’observer l’aînée de leurs petits-enfants devenir une ancêtre comme eux !

 

  •  

- Tu l’as vue, la mouflette ? Elle a drôlement grandi !

 

- Pour sûr, elle a fait du chemin avec ses petites guibolles toutes maigrichonnes !

 

- Elle a même eu son bac mais elle n’a pas voulu devenir institutrice, pourtant c’est un beau métier.

 

- C’est pas grave, elle a bien gagné son oseille quand même, on peut bicher d’avoir une petiote comme ça mais elle n’a pas trouvé de jules pour l’épouser, c’est un peu dommage !

 

- Je crois qu’elle préférait lire la gazette ou écouter le poste plutôt que de faire la zazou dans des noubas avec des blousons noirs ou de traîner dans les dancings avec des jeunes gens de bonne famille.

 

 

- Je crois surtout qu’elle préférait refaire le monde et causer avec des contestataires et toutes sortes de gauchistes, même des qui fréquentaient l’église !

 

- Mince c’est bien vrai ! Elle allait chez les curés de gauche !

 

- Et maintenant qu’elle est à la retraite, elle a une vie épatante, elle sort le matin avec son cabas pour prendre l’air, acheter pour trois francs six sous de quoi faire son fricot, en se moquant de la réclame et en préférant le bio. L’après midi, elle fait l’institutrice pour des migrants qui viennent, sans sarrau ni gibecière, apprendre les rudiments de notre difficile langue.

 

- Punaise c’est une chouette nana, notre petite fille, je te le dis !

 

- Allez, sors nous une roteuse, qu’on boive un coup à ses 72 piges ! Après on ira flamber notre oseille au casino en écoutant des vieux disques vinyle sur notre pick-up d’époque !

 

- Punaise, quel programme !

 

- A la tienne, et à tous ceux de la classe 54, c’est les meilleurs !

 

 

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7 avril 2026

Les Godillots de la sagesse / Marie Sylvie

 

 

Sur le banc moussu du square,
Leurs godillots posés comme deux pierres d’angle,
Armand et Léon regardaient filer l’après‑midi.
Ce tantôt qui sentait la feuille morte et la bibine éventée
Leurs silhouettes
Enveloppées de paletots et de chandails fatigués
Semblaient sorties d’un vieux fricot de souvenirs.
 
 - Tu sais, Armand, dit Léon en tirant sur sa liquette
Les dictons c’est comme les douilles : 
Ça repousse chaque printemps.》
 
- Pour sûr !  répondit Armand
Mais toi tu les cueilles toujours verts.》 
 
Ils se chamaillaient ainsi depuis des décennies,
Deux cadors de la sagesse bancale,
Deux philosophes de comptoir sans rouquin ni picrate ,
Deux survivants de l’époque des gibecières,
Des sarraus ,
Des pick-up et des zazous.
 
 
 - Qui sème le vent récolte la tempète ! 》  lança Léon fier comme un coq qui biche.  
 
 - Mazette ! 
Tu me l’as déjà servie cent fois ta tempête ! soupira Armand. 
Et tu l’as même mélangée avec  " À cheval donné on regarde les grolles" . 
 
 - Ben quoi !?  fit Léon
Les proverbes voyagent. 
Ils décarrent.
Ils gambillent.
Ils font la nouba dans la tête.》
 
Une mouflette passa en courant
Son tricot de peau trop grand flottant comme une voile.  
 
Armand la suivit du regard attendri.  
 
 - Aujourd’hui les jeunes disent  "c’est mortel "
"C’est du tonnerre 
"C’est terrible ".
 Nous on disait  " c’est "chouette"
" C’est bath ".  》
 
Et avant nous nos vieux disaient  
《 c’est croquignolet  ! 》 ajouta Léon. 
Chaque époque tricote son propre langage.》
 
Le vent se leva
Léger
Presque tendre.  
Léon sortit de son cabas une baveuse encore tiède.  
 
 Tiens ! prends. 
C’est mon présent du jour. 》
 
 Tu veux que je casque encore la douloureuse  ? 》
 
- Non !  dit Léon. 
Aujourd’hui on partage. 
Comme hier. 
Comme demain si demain existe encore.》
 
Armand sourit.
Un sourire qui avait traversé les guerres,
Les deuils,
Les cellulaires et les panier à salade,
Les joies minuscules et les grandes peurs.  
 
 - Tu sais Léon… 
Les dictons c’est peut‑être tout ce qu’il nous reste pour tenir debout. 》
 
 - Alors disputons‑nous encore, répondit Léon. 
Tant qu’on se dispute on vit.》
 
Et leurs voix
Pleines de rides et de lumière
Montèrent doucement dans l’air du soir
Comme deux vieilles chansons qui refusent de mourir.
 
31 mars 2026

Consigne d'écriture AEV 2526-22 du mardi 31 mars 2026


Fabula 


 

Les 8, 9 et 10 mai prochains aura lieu à Rennes le festival « Fabula ». Conteurs et conteuses y proposeront spectacles de contes et autres animations autour de la littérature orale. L’équipe décoration du festival vous invite à jouer avec les mots « conte, conter, conteur » en vue d’afficher des textes très courts sur le lieu du festival.

 

1) Il vous est donc demandé de rédiger des aphorismes, des haïku, des limericks ou de simples phrases avec des jeux de mots à partir du vocabulaire des contes et en jouant avec les homonymes « conte », « comte » et « compte ».

Voici pour vous aider une collecte de vocabulaire réalisée par Anne-Françoise :

Compte-chèques - Compte courant - Contrat à compte d'auteur - Chambre régionale des comptes - Compte personnel de formation (CPF) - Compte joint - Compte épargne temps - Compte de résultat - Règlement de comptes – Compte-gouttes - Compte-rendu - Compte à rebours - Comptes d’apothicaire - Commissaire aux comptes - Compte à découvert - Livre de comptes - Le temps est compté - Trouver son compte - Tenir compte de - Le compte est bon - Rendre compte de quelque chose à quelqu’un Régler son compte à quelqu’un - Faire ses comptes - Pour le compte de quelqu’un - Ne pas demander son compte - travailler à son compte - S’en tirer à bon compte - Etre loin du compte - En fin de compte - Tout compte fait - Au bout du compte - Compte tenu de - A bon compte - Avoir son compte - A ce compte-là - Laissé pour compte - Bloquer un compte - Rentrer en ligne de compte - C’est l’intention qui compte - Les bons comptes font les bons amis - S’établir à son compte - Le compte est bon - Compter sur ses doigts - Apprendre à lire, écrire et compter - Compter pour du beurre - Compter les moutons - Compter les points, les coups - Faire tourner le compteur - Relever le compteur - Remettre le compteur à zéro - Un compteur d’eau, d’électricité, de gaz - Un compteur de vitesse - Le comté, fromage de Franche Comté Comté AOP au lait cru de vache - Comté : on l’aime sans compter – Payer comptant – être content - Conter fleurette - En conter de belles - Conter des sornettes - Ne pas s’en laisser conter – le comte de Monte Cristo - Barbe-Bleue – Peau d’Âne – Cendrillon – ogre – sorcière – balai – petit Poucet – prince charmant - grenouille – Jack et le haricot magique – Pierre et le loup - , etc.

 

2) Si vous n’êtes pas inspiré·e par cette consigne, essayez de légender poétiquement ou humoristiquement les photos suivantes ou imaginez le conte qui est ou pourrait être raconté par chacune des personnes représentées sur les photos.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

31 mars 2026

AF-FABULA-TIONS. 2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

31 mars 2026

AF-FABULA-TIONS. 1

 

 

 

 

 

 

 

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31 mars 2026

Fabula / Marie Sylvie

Pour cette nouvelle consigne,
 j’ai choisi de prendre un léger détour par rapport au thème initial.  
Plutôt que de jouer directement avec les mots conte / comte / compte, 
j’ai eu envie d’animer les personnages des photographies proposées. 
Chacun d’eux m’a semblé prêt à prendre la parole, à se lancer, 

à trébucher peut‑être… alors je les ai imaginés en train de relever un défi : 
Lire des virelangues spécialement composés pour eux.

Les deux dernières images m’ont inspiré une autre forme encore : 
Un défi collectif, 
presque une petite chorale où les voix se mêlent, 
s’emmêlent, 
se rattrapent et repartent ensemble.

C’est donc une traversée ludique, 
un peu décalée 
où chaque personnage tente de dompter son virelangue, 
seul ou en chœur. 
Une manière de faire résonner les photographies autrement 
tout en restant dans l’esprit du jeu proposé.

 


ELLE CONTE QU'UN COMTE COMPTAIT LES CONTES QU'ON LUI CONTAIT 
MAIS À FORCE DE COMPTER LES CONTES 
LE COMTE A PERDU LE COMPTE !

 


LORSQUE JE CONTE SANS COMPTER 
LE COMTE ME COMPTE 
MAIS LORSQUE JE COMPTE LES CONTES
LE COMTE NE ME COMPTE PLUS !

 


QUI CONTE AU COMTE QU'IL DOIT COMPTER CE QU'ON LUI CONTE 
COMPTERA PLUS VITE QUE LE COMTE QUI COMPTE SANS ÉCOUTER LE CONTE !

 


LE COMTE CONTENT COMPTAIT LES CONTES QU'ON CONTAIT
MAIS LE CONTE MÉCONTENT  COMPTAIT QUE LE COMTE COMPTAIT MAL  !

 


LA CONTEUSE COMPTE LES CONTES DU COMTE
MAIS LE COMTE TOUT CONTENT 
COMPTE SANS COMPTER QUE LA CONTEUSE CONTE PLUS VITE QU'IL NE COMPTE !

 


DU BOUT DES DOIGTS 
IL CONTE AU COMTE QU'IL FAUT COMPTER JUSTE
MAIS LE COMTE CONFOND LE CONTE QU'ON LUI CONTE AVEC LE COMPTE QU'IL CROYAIT COMPTER !

 


ELLE RACONTE QU'ON NE COMPTE PAS LES CONTES QU'ON RACONTE 
MAIS QU'ON RACONTE LES CONTES QU'ON NE COMPTE PAS,
CE QUI DÉCOMPTE LE COMTE QUI COMPTAIT LES CONTES RACONTÉS !

 

 

LE COMTE QU'ELLE CONTE COMPTE QU'ON LE COMPTE PARMI LES CONTES
MAIS ELLE COMPTE BIEN LUI CONTER QU'UN COMPTE QUI COMPTE TROP FINI PAR PERDRE LE FIL DU CONTE !

 


 ( VIRELANGUE COLLECTIF )

À QUATRE 
ILS COMPTENT LES CONTES QU'ILS CONTENT 
MAIS CHACUN COMPTE DIFFÉREMMENT 

CELUI QUI CONTE VITE COMPTE MAL
CELUI QUI CONTE LENTEMENT CONTE MIEUX
MAIS LES DEUX AUTRES NE SAVENT PLUS SI C'EST LE CONTE QUI COMPTE OU LE COMPTE QUI CONTE  ! 

 


TOUTES TROIS COMPTENT CONTER UN CONTE SANS COMPTER 
MAIS À FORCE DE COMPTER POUR CONTER ELLES CONTÈRENT UN CONTE QUI NE COMPTAIT PLUS DU TOUT !

 

 

***

Au bout du compte ... ou du conte ou du comte,
je dois bien vous avouer que je ne sais plus très bien
 j’espère ne pas m’être complètement emmêlée dans ce grand tricotage de mots. 
À force de compter les contes pour les comtes, de conter sans compter 
et de recompter ce que j’avais déjà conté, 
il est possible que j’aie fait chauffer le compteur plus que prévu.

Mais tout compte fait, 
si je me suis un peu perdue dans mes comptes
 à rebours et mes contes à rebond, 
j’espère que vous ne me tiendrez pas rigueur de mes comptes d'apothicaire
Et que, 
malgré mes contorsions de conteuse comptable,
vous trouverez que je ne suis pas trop loin du compte.

 
31 mars 2026

Tout compte fait, on s'amuse bien / Maryvonne

 

 

Une Dame vient d'acheter le conte « Roule galette » et part sans payer.
- Mais... Madame ! Vous oubliez de régler !
- Non mais j'ai un conte courant : attrape-moi si tu peux !
*

 

* cf vidéo infra

 

- Eh bien, Eliane, tu as l'air bien concentrée ce soir ?
- Oui je travaille mon conte à mon compte.

 

Si Édorée était là, il y aurait sans doute un mac qui viendrait relever les compteurs… à gaz bien entendu.

 

Ne vous étonnez pas si Monsieur et Madame fument un pétard ensemble : ils ont un compte joint !

 

 

- Finalement je n’achèterai  pas votre voiture !
- Mais vous m'aviez promis ?
- Oui, excusez-moi, j'ai un compte à rebours.

 

 - Six cuillères, six fourchettes, six couteaux, six petites cuillères. C'est quoi ta liste ? 
 - Un compte à des couverts.

 

 J'ai vu une naine qui a écrit son histoire… A conte d'hauteur, peut-être ?

 

Monsieur De Queiroz m'a apostrophée parce que sur ma liste d'élèves je n'ai pas inscrit le nom de sa fille séparé de la particule. Sans doute était-il comte ou vicomte et je ne le savais pas ! Tout compte fait il a eu raison sinon j'aurais fait la faute toute l'année. 

 

Cet après-midi j'ai égaré mon porte-monnaie. A la petite épicerie qui compte bien pour dépanner, je l'avais posé à côté d'un pack d'eau de 4 bouteilles qui avaient dû être six, je n'en voulais qu'une et j'avais besoin de mes deux mains pour déchirer l'emballage plastique. Je l'ai donc retrouvé à côté des trois bouteilles restantes. Finalement j'en ai fait un petit conte et je m’en tire à bon compte, bien contente de retrouver mon porte-monnaie. 

 

24 mars 2026

Consigne d'écriture AEV 2526-21 du mardi 24 mars 2026

 

Renc'art

 

Le jeu "Renc'art avec l'art" repose sur 22 reproductions de tableaux ou de sculptures au format carte à jouer.  Chaque écrivant·e en reçoit sept puis en choisit une dans le lot.

 

Comme dans le jeu, on lui demande de décrire rapidement ce qu'il a sous les yeux, sans utiliser les mots du titre ou le nom de l'auteur.

 

Ensuite pour chacune des oeuvres il s'efforce de la résumer en un mot dont il espère qu'il fera deviner aux possesseurs du lot d'images celle qu'il a en main.

 

On se trouve donc en possession de sept ou huit mots, d'une description et de sept cartes.

 

Il est demandé avec cela de faire dialoguer deux des oeuvres de sa série ou d'écrire une histoire, un poème, une nouvelle qui sera illustrée par deux seulement de ces images.

 

Cliquez sur les images pour les agrandir

 

 

 

 

24 mars 2026

Le Penseur et la danseuse / Marie Sylvie

 
 
Dans la salle encore tiède des pas du public
le Penseur toussote, 
se redresse un peu
et lance d’une voix grave :
 
 
《  Enfin seuls.  
Je vais pouvoir rappeler une vérité essentielle :  
 
Sans moi rien n’existe.  
Je suis la réflexion,
la profondeur,
le moteur invisible de toute action.  
On me croit immobile 
mais je voyage plus loin que n’importe quel pied pointé.  
Je pèse,
j’analyse,
je décortique.  
Bref je suis indispensable. 》
 
 
La Petite danseuse roule des yeux. 
Elle ajuste son tutu,
fait un demi‑plié
et répond avec un sourire qui pique un peu.
 
 
《 Mon cher monsieur de bronze
tu es peut‑être la profondeur
mais tu es aussi la lourdeur.  
Tu passes ton temps à ruminer,
à tourner en rond dans ta tête,
à t’enrouler sur toi-même comme un escargot philosophe.  
Moi je suis l’élan,
la joie,
le risque.  
Je tombe,
je me relève,
je recommence.  
Je suis la vie qui circule.  
Sans moi tu serais un caillou qui pense.  
Et encore pas sûr qu’il pense.》
 
 
 
Le Penseur fronce les sourcils.  
Il adore qu’on le contredise,
ça lui donne du grain à moudre.
 
 
《 Très bien, très bien.  
Tu bouges,
tu virevoltes,
tu papillonnes.  
Mais enfin à quoi sert le mouvement  
s’il n’a pas de direction  
ni de sens, 
ni même un début de réflexion ?  
Tu es charmante certes
mais tu vas où exactement ?  
Tu danses pour danser.  
Moi je pense pour comprendre.  
Et comprendre c’est avancer.》
 
 
 
La danseuse éclate d’un rire clair,
un rire qui fait vibrer la salle entière.
 
《 Avancer ?  
Tu n’as pas bougé d’un centimètre depuis 1880.  
Moi au moins j’essaie.  
Et puis tu sais quoi ?  
La pensée sans le corps
c’est une lettre sans facteur.  
Ça reste coincé dans la boîte.  
Moi je porte les idées,
je les mets en mouvement,
je leur donne une forme,
une respiration.  
Sans moi tu serais un brouillard. 》
 
 
Un silence tombe.  
Pas un silence hostile.
Un silence qui réfléchit,
qui respire,
qui se reconnaît.
 
Le Penseur incline la tête.  
La Danseuse adoucit son sourire.
 
 
 《 Bon… 》 dit-il.  
《 Bon… 》 dit-elle.
 
 
Et ensemble :
 
《 Il faut bien l’admettre :  
La pensée a besoin du corps  
et le corps a besoin de la pensée.  
L’un donne l’élan,
l’autre donne la direction.  
Sans toi je m’effondre.  
Sans toi je m’égare.  
À deux nous avançons. 》
 
Alors dans la salle silencieuse
on aurait juré voir le bronze se détendre 
et la cire respirer.
 
 
N.B. Mon objectif : faire débattre ces deux figures comme deux facettes de l’être humain, l'’âme et le corps.
24 mars 2026

Comment naquirent les écuyères / Anne J.

 

 

  • - Bonjour, murmura la jeune fille intimidée. Tu es beau avec ton pelage marron et ta crinière au vent mais tu ne t’ennuies pas dans cette grotte, coincé avec tes frères sur ce rocher glacial ?

     

    - Oh si, je rêve de grandes chevauchées dans les herbes avec le vent dans ma crinière, je rêve de respirer le parfum des fleurs, du feu de bois, des grands arbres, je rêve de sentir le soleil me chauffer le dos et de voir les étoiles briller, je rêve de sentir la pluie, d’entendre l’orage, de gambader dans la neige, je rêve d’être libre et de sortir de cette grotte humide, froide et souvent déserte

     

    - Et tu es là depuis longtemps ?

  •  

  • - Il y a des millions d’années que les hommes m’ont peint ici pour que des millions d’années plus tard on me découvre et que j’existe encore dans les yeux éblouis des visiteurs mais je crois que j’aurais préféré la mort à cette éternité immobile. Fais-moi disparaître ! Rends-moi à la poussière !

  •  

La fillette se baissa pour prendre une poignée de poussière et la frotter sur la pierre et ainsi effacer les chevaux mais le vent se mit à souffler follement dans la grotte et à tourbillonner, faisant voler sa courte jupe et ses cheveux, alors elle eut une idée.

 

Elle se mit à danser avec tout son corps, avec tout son cœur. Se penchant à l’oreille de chaque cheval dessiné sur la pierre, elle souffla dans ses naseaux, caressa son doux pelage, murmura des mots doux et dansa, dansa de plus en plus vite, tournant et virevoltant jusqu’à perdre le souffle et tomber à terre.

 

Un a un les chevaux sortirent de leur longue immobilité et se mirent à galoper vers la sortie. Bientôt seule la poussière resta pour témoigner de leur disparition. Elle retomba lentement, recouvrant peu à peu la jeune fille d’une couche dure et dorée.

 

 

Les visiteurs surpris découvrirent dans la grotte une petite statuette dorée représentant une jeune fille, les cheveux tirés en arrière, vêtue d’un jupon de mousseline, dressant la tête comme pour voir s’échapper quelque chose avec sur les lèvres un merveilleux sourire de joie.

 

Et quelle ne fut pas leur surprise quand un petit cheval au pelage marron et à la crinière noire entra dans la grotte, s’inclina devant la danseuse immobile jusqu’à frôler son oreille et souffla doucement par le nez . La danseuse alors leva délicatement une jambe, se hissa debout sur le dos de l’animal et se mit follement à danser et à faire toutes sortes d’acrobaties époustouflantes.

 

Ainsi naquirent les écuyères qui nous enchantent encore, de la complicité entre un cheval de la préhistoire dessiné par les hommes sur une paroi rocheuse et une jeune danseuse au grand cœur qui était éprise de liberté.

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