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L'Atelier d'écriture de Villejean

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17 mars 2026

Soirée électorale / La Licorne

 


22 mars 2026. Salle de mairie de Trifouilly-les-Arsurettes, 91 habitants et 100 bovins.

 

La campagne a été compliquée. Et chaude.  Vraiment chaude. Dédé, le maire sortant, aurait pu "mettre une clim" dans son village...s'il en avait eu les moyens. 

 

Toutes les occasions de se déchirer ont été saisies. 
Hubert, le prétendant, qui se projetait maire depuis 10 ans, s'était mis en tête de séduire le "ventre mou" du village et il n'y est pas allé de main morte. Il avait déposé des tracts dans toutes les boîtes à lettres et, dans sa bafouille, on pouvait relever des expressions-missiles comme "immobilisme", "décrocher la toile d'araignée", "fautes inutiles", "réponse du berger à la bergère"...Bref, il est allé droit au but. 

 

Dédé a tenté de jouer en défense et de le marquer à la culotte, mais il s'est un peu pris les pieds dans le tapis. Ses réponses émaillées de "si c'est pas malheureux", "voilà la vérité vraie"...n'ont pas vraiment convaincu. 
A partir de là, le débat s'est peu à peu envenimé. Aucun des deux n'étant capable de faire preuve d'humilité (avec un grand U), le combat est devenu plus "viril"...et histoire de ne pas laisser une chance à l'adversaire, chaque mot prononcé par l'ancien maire fut désormais "retourné" contre lui, avec une régularité de métronome. 

 

A chaque "attentat" verbal, le pauvre Dédé essayait de "faire le vide dans sa tête". Il se disait que, depuis 18 ans qu'il portait l'écharpe tricolore et qu'il faisait tourner la commune, il était "passé au travers" de choses autrement plus graves... Ce n'était pas un "bleu", mais, au fond de lui, il se sentait quand même comme le petit poucet, face à l'ogre. Un peu impuissant. Faut dire qu'Hubert faisait, à la louche, deux têtes de plus que lui, qu'il était dentiste dans le civil. Il parlait bien et il en imposait. Le genre de type sûr de lui, difficile à museler. 

 

On s'enlisait dans le match classique gauche caviar - droite cassoulet...quand, un beau matin, en se croisant par hasard sur le petit pont de Trifouilly, les deux candidats faillirent même en venir aux mains. Les grosses paluches d'agriculteur de Dédé auraient-elles eu raison des mimines blanches d'Hubert ? On ne le saura pas car, par chance, le gros François s'interposa. Camionneur de métier, il fit un "arrêt-buffet" qui restera dans les annales. 

 

"En voilà deux qui ne passeront pas leurs vacances ensemble", avait-il commenté au café du coin, j'ai vraiment cru que ça allait finir par une praline.


- Ouais, il est temps que ça se termine, sinon ils vont faire comme à l'école, quand ils étaient plus jeunes... régler la chose en roulant dans l'herbe... avait dit un autre.


- C'est sûr ! Ça craint... avait répondu le tenancier en lavant les verres. Le grand Hubert est furax. Les trois points d'avance que Dédé avait pris sur lui il y a six ans lui sont restés en travers de la gorge, on dirait. Croyez-moi, il ne va rien lâcher... Ce n'est pas le genre à se déclarer battu ou à jouer les doublures. Plutôt le genre à vous glisser une savonnette sous les pieds. Et avec ça, menteur comme un arracheur de dents ! "
Tout le monde avait rigolé. 

 

Le dimanche soir arriva enfin. Tous les habitants étaient massés dans la salle de mairie. 

 

Le dépouillement commença ultra-fort : les dix premiers bulletins étaient en faveur d'Hubert. 
Un score-fleuve. Le dentiste, sans écouter les consignes, ne put s'empêcher de commenter. 
On entendait son accent pointu depuis le fond du couloir. 


"Allez, c'est bon...Le résultat est téléphoné. Tu peux faire tes valises, Dédé !". 

 

Mais, contre toute attente, Dédé effectua ensuite une "remontada" fulgurante : une vingtaine de bulletins plus tard, le score était parfaitement équilibré. 
La salle, silencieuse, retenait son souffle. 
Soudain, un léger courant d'air...
C'étaient les enfants, qui, de dehors, observaient la scène par une petite lucarne. 

 

Hubert se rapprocha de la porte. Sa grande silhouette, en contre-jour, se détachait nettement dans le cadre. Pour se donner une contenance, il posa sa main sur le montant.  
"Vas-y, grand, joue les portiers...et touche du bois ! gloussa le cafetier."

 

Il ne restait plus qu'un seul bulletin. 
Le conseiller prit son temps. Il essuya ses verres de lunettes sur son maillot sang et or, déplia soigneusement le petit papier blanc, sourit un peu...et comme on tire une dernière balle, lança à la cantonade : 


- "André Martin" !

 

Ce qui suivit ? Je crois qu'on entendit un cri étranglé près de la porte (exactement le même que celui poussé quarante ans plus tôt, au moment où, face à un but immanquable, Hubert avait flanché et s'était écroulé - rupture soudaine des ligaments croisés -...tandis que Dédé, devant les filets, repoussait le ballon d'une tête piquée).

 

Mais le cri en question fut immédiatement recouvert par un grand brouhaha : le tenancier et ses amis avaient attrapé Dédé et le soulevaient au-dessus d'eux, en hurlant :


- T'es le goat, Dédé ! T'es le goat ! "
 

Passé de "goal" à "goat", Dédé, aux anges, était à nouveau porté en triomphe... et c'est peu dire qu'il savoura sa victoire...
Même le baby-foot du café s'en souvient !

 

 

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10 mars 2026

Consigne d'écriture AEV 2526-19 du mardi 10 mars 2026

 

Logorallye animalier

 

 

Chaque écrivant·e reçoit une liste d’une douzaine d’expressions françaises contenant le nom d’un animal ou se référant à son comportement.

 

Il doit commencer une histoire avec pour mission d’insérer une de ces expressions dans son texte.

 

Cinq minutes plus tard, il reçoit une seconde liste avec d’autres expressions du même genre avec la même mission. Et ainsi de suite. Au bout de l’heure écoulée son texte doit contenir douze expressions « animalières ».

 

1 - Acheter chat en poche - Adieu veaux, vaches, cochons - Appeler un chat un chat - Au chant du coq  - Avancer à pas de loup - Avancer comme un escargot  - Avoir une mémoire d'éléphant - Avoir d’autres chats à fouetter  - Avoir des cuisses de grenouille - Avoir des dents de lapin - Avoir des fourmis dans les jambes

 

2 - Avoir du chien - Avoir l'estomac dans l'étalon (?) - Avoir la chair de poule - Avoir le bourdon  - Avoir le cafard  - Avoir un bec de lièvre - Avoir un caractère de cochon  - Avoir un chat dans la gorge - Avoir un œil de perdrix - Avoir une araignée au plafond - Avoir une écriture de cochon

 

3 - Avoir une faim de loup - Avoir une fièvre de cheval  - Avoir une langue de vipère - Avoir une mémoire d’éléphant  - Avoir une taille de guêpe - Bavard comme une pie - Bouc émissaire - Chat échaudé craint l’eau froide  - Chaud lapin  - Cochon qui s’en dédit

 

4 - Copain comme cochon  - Crier au loup  - Crier haro sur le baudet  - Devenir chèvre - Donner sa langue au chat - Doux comme un agneau  - Entre chien et loup  - Être à cheval sur …  - Être aux abois - Être bête comme une oie  - Être chargé comme une mule / comme un baudet

 

5 - Porter des pantalons pattes d'éléphant - Porter un nœud papillon - Porter un slip kangourou - Porter une queue de cheval - Poser un lapin - Prendre la mouche  - Prendre le taureau par les cornes - Quand c’est flou c’est qu’il y a un loup - Quand le chat n’est pas là, les souris dansent  - Quand les poules auront des dents - Remède de cheval  - Revenons à nos moutons

 

6 - Rire comme une baleine - Rouler en Coccinelle - Rouler en Jaguar - Rusé comme un renard  - S’ennuyer comme un rat mort  - S’entendre comme chien et chat  - Se coucher avec les poules  - Se donner un mal de chien - Se faire le coup du lapin  - Se fourrer dans un sale guêpier

 

7 - Être comme un poisson dans l’eau - Être comme une poule qui a trouvé un couteau - Être connu comme le loup blanc  - Être fait comme un rat  - Être fier comme un paon  - Être laid comme un pou - Être le dindon de la farce  - Être malin comme un singe  - Être muet comme une carpe - Être nu comme un ver  - Être rusé comme un renard

 

8 - Être soigné comme un coq en pâte - Être un drôle de zèbre - Être un mouton  - Être une cougar - Être une fine mouche - Être une langue de vipère  - Être une poule mouillée  - Faire des pattes de mouche - Faire l’autruche - Faire tourner en bourrique  - Faire un coup en vache

 

9 - Faire une vacherie  - Fort comme un bœuf  - Il fait un froid de canard - Il fait un temps à ne pas mettre un chien dehors - Il fait un temps de chien - Il n’y a pas un rat  - Il pleut comme vache qui pisse  - Il pleut des queues de vache - La nuit, tous les chats sont gris  - Larmes de crocodile  - Manger (bouffer) de la vache enragée  - Manger comme un porc

 

10 - Mémoire de poisson rouge  - Ménager la chèvre et le chou - Mettre la charrue avant les bœufs  - Mettre la puce à l'oreille - Monter sur ses ergots - Monter sur ses grands chevaux  - Mouton à cinq pattes  - Myope comme une taupe - Ne pas casser trois pattes à un canard - Oie blanche  - Passer du coq à l’âne  - Payer en monnaie de singe

 

11 - Se jeter dans la gueule du loup  - Se regarder en chien de faïence  - Se tailler la part du lion  - Temps de chien  - Tête de linotte  - Tête de mule / têtu comme une mule  - Tirer les vers du nez - Tourner chèvre - Traiter de noms d’oiseaux  - Un drôle d’oiseau  - Un froid de canard

 

12 - Un gros porc / un porc  - Un mal de chien  - Un mouton de Panurge  - Un ours mal léché : - Une cervelle d’oiseau . - Vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué  - Voir le loup - Y a pas de quoi fouetter un chat  - Y a pas un chat  - Yeux de merlan frit

10 mars 2026

Animaux / Adrienne

 


Appelons un chat un chat : la mère de famille brûlée à A*** vers 1620 après un procès pour sorcellerie n’était pas plus sorcière que vous ou moi.


A moins bien sûr que vous croyiez que les sorcières existent et dans ce cas, je suis désolée de vous le dire, vous avez plus qu’une araignée au plafond mais tout un troupeau qui vous obscurcit l’entendement. 


On sait aujourd’hui qu’il suffisait de peu de choses pour subir la vindicte de la populace : elle a toujours besoin de boucs émissaires.


Depuis toujours on crie haro sur le baudet, sur celui qui n’a pas les moyens de se défendre ni d’échapper aux tourments qu’on veut lui infliger.


Mais revenons à nos moutons : sur Geneanet les gens notent sous son nom « sorcière brûlée à *** »

Pour eux, donc, les sorcières existent.


On a beau se donner un mal de chien depuis des siècles pour enseigner aux gens le rationalisme, la science, l’esprit critique, le choix du mot juste… à quoi bon, on peut se le demander.

 

C’est là que généralement l’Adrienne est comme une poule qui a trouvé un couteau : faut-il signaler aux gens leur erreur ? Faut-il en rire ou en pleurer ? Faut-il hausser les épaules ?

 

Alors on fait l’autruche. On est irritée. On est fâchée. On est déçue. Mais on se dit : à quoi bon réagir ? Est-ce que ça va changer quelque chose ?


Il n’y a pas un rat que ça intéresse.

Au contraire, même : on dirait que ceux qui ont noté « sorcière brûlée à A*** » en sont heureux et fiers et qu’ils seraient fort contrits de devoir l’effacer de leur page. Ou de pousser « le féminisme » jusqu’à rétablir la vérité : « femme accusée de sorcellerie et brûlée vive sur la place publique après un procès bidon »


Lhumanité, hélas, a une mémoire de poisson rouge et ne cesse de répéter ses erreurs.


Oui, on est un drôle d’oiseau en ce monde quand on demande des preuves. Quand on demande à voir.

 

Quand on refuse d’être un mouton de Panurge.

 

10 mars 2026

99 dragons : exercices de style. 86, Logorallye animalier

 

 

Il faut appeler un chat un chat et ce type-là qui avançait vers moi à pas de loup me semblait un drôle de z’héros !

 

C’était un beau matin, au chant du coq et j’ai beau avoir une mémoire d’éléphant je ne me souviens plus s’il avait des dents de lapin ou des cuisses de grenouille mais, déjà, pas épais, le mec ! Il avançait comme un escargot mais pas vraiment ventre à terre ! Normalement un vrai z’héros a des fourmis dans les jambes dès qu’il s’agit de se battre avec un dragon !

 

 

Un vrai z’héros ça a du chien, ça a un caractère de cochon, même avec un chat dans la gorge ça chante « Tiens voilà du boudin ! » en montant à l’assaut. Ça ne se demande pas si nous sommes tous sexistes, ça fonce dans le tas si tu lui demande de repasser le linge – Oh que calor sur la Libye ! - ça lui fiche le bourdon qu’on soit tête de linotte au point de lui demander de faire un boulot de bonne femme !

 

Le type qu’ils m’avaient envoyé dans cette version-là, soit il avait un œil-de-perdrix qui le gênait pour marcher, soit il caillait des meules – impossible vu le temps ! – soit il avait la trouille, en tout cas il avait la chair de poule.

 

Je ne voudrais pas faire ma langue de vipère, même si un dragon n’est jamais qu’un très gros serpent, mais un type aussi maigre, avec une taille de guêpe comme la sienne, ça frisait le maladif. Le genre qui promène une fièvre de cheval, sorti du lit de Béatrice Dalle avec 39°2 le matin, peut-être aussi une faim de loup et l’incompréhension d’avoir été désigné pour le casse-pipe avec mézigue. Le bouc émissaire parfait. Cochon qui s’en dédit, celui-là je n’en ferais qu’une bouchée !

 

Je ne suis pas à cheval sur les principes mais quand même, scénaristiquement parlant, est-ce que ça se pratique d’envoyer, au lieu d’un cador, un type aux abois, doux comme un agneau, se faire trucider en direct devant les caméras en même pas cinq minutes de combat ? Est-ce que ce pitch bébête comme une oie ne cachait pas quelque piège ? Un truc pour me faire devenir chèvre. Je donnais ma langue au chat.

 

Le Saint-Georges du jour ouvrait grand ses mirettes. On aurait dit une poule qui avait trouvé un couteau plein de sang et l’inscription « Homard m’a tuer » écrite sur le mur de la casbah.

 

- Je suis fait comme un rat ! Je suis le dindon de la farce ! Aurait-il pu clamer.

 

De fait il restait muet comme une carpe à qui on vient d’imposer un mariage forcé avec un chaud lapin.

 

J’ai vu le coup qu’il allait faire l’autruche, mettre sa tête dans le sable ou me demander poliment :

 

- Excusez-moi, je suis une poule mouillée. Vous auriez une serviette ? Pouvez-vous me soigner comme un coq en pâte plutôt que de me faire un coup en vache, genre poule au pot tous les dimanches en mode Henri IV ?

 

 

- Mon petit gars, quand on est fort comme un bœuf, c’est normal de faire des vacheries ! Toute votre histoire à vous les z’hommes est pleine de types copains comme cochons qui finissent par se faire aux uns et aux autres le coup du lapin et bien plus encore ! Je ne vais pas verser des larmes de crocodile sur ton sort. Nous autres les monstres, on s’est juste adaptés à vos mœurs pour survivre, un point c’est tout !

 

Qu’est-ce qu’ils m’avaient envoyé là, du coup ?

 

Leur combattant ne cassait pas trois pattes à un canard. Ou alors c’était un mouton à cinq pattes : le type devait peut-être ménager la chèvre et le chou. D’ici cinq minutes il me dirait qu’il avait été payé en monnaie de singe en hiver et qu’il souhaitait juste revoir sa Normandie avec Gabin et Belmondo.

 

Et puis le type s’est ressaisi. Il a posé son barda sur le sable et il a sorti de sa besace ni plus ni moins qu’un flûtiau. Il s’est mis à en jouer.

 

Au début son morceau n’avait pas de quoi fouetter un chat, fût-il à neuf queues. Et puis quand il a entamé l’air du concerto opus X n° 2, « La Notte », de Vivaldi, j’ai compris qu’ils m’avaient envoyé un type rusé comme un renard. Exactement comme le Nounours de "Bonne nuit les petits", hypnotisé par les notes,  je l’ai suivi sur son nuage de bonheur musical jusque dans les pays nordiques, le joueur de flûte de Hamelin !

 

 

10 mars 2026

Séduction / Marie-Thé

 

Pierrot, le seul homme du service comptable, ne casse pas quatre pattes à un canard disent, avec ironie, la plupart des filles du bureau mais elles jouent quand même les coquettes en passant devant lui, ce qui le fait rougir.

Un jour, élégant plus que d’habitude, il porte un pantalon à pattes d’éléphant, une chemise écossaise et un nœud papillon rouge ; elles sont très surprises et se disent qu’il est certainement amoureux de l’une d’entre elles. Qui est donc l’heureuse élue ?

A la pause, les langues se délient. Des petits groupes par ci par là se posent des questions et les imaginations vont bon train.

Est-ce Ernestine ? Elle a du chien mais ce serait étonnant, il sait bien qu’elle a un caractère de cochon.

Sûrement pas Josette, elle est orgueilleuse et fière comme un paon, ni Juliette, avec sa tête de linotte et sa cervelle d’oiseau, elle n’aurait pas été capable de nous cacher un événement si important dans sa vie.

Etiennette ? Elle est maline comme un singe et on dit qu’elle n’a jamais vu le loup, peut-être bien que lui non plus d’ailleurs. Des rires discrets fusent de tous côtés.

S’il choisissait une fille du bureau, ça changerait l’ambiance. Il faudrait faire attention à ce qu’on dit.

« Qui sait ? C’est peut-être un chaud lapin ! » dit la plus âgée du groupe et ça déclenche encore des rigolades.

- Allons les filles, sermonne Eléonor, arrêtez de faire vos langues de vipère !

A la fin de la pause elles ont bien du mal à redevenir sérieuses en passant devant le bureau de Pierrot.

Celui-ci, futé, a bien compris qu’il est l’objet de leurs discussions.

Il les aime bien toutes ces filles qui le font quelquefois tourner en bourrique.

Il est jeune encore mais jamais il n’en choisira une plutôt qu’une autre. Il est trop heureux avec tout le groupe qui le fait rire et se moque gentiment de lui. Parmi elles, il se sent comme un coq en pâte.

Lorsque Pierrot rentre chez lui le soir, il retrouve son ami Jeannette qui a une taille de guêpe et qui est douce comme un agneau.

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10 mars 2026

La Semaine du look / Anne J.

 

En règle générale je ne suis pas très intéressée par les questions de look et, appelons un chat un chat, je m’habille un peu « comme la chienne à Jacques » dirait mon copain québécois, autrement dit n’importe comment : plus je vieillis, plus je ne vois que mes mollets de coq, mes cuisses de grenouille et plus c’est difficile de trouver des tenues qui m’aillent.

 

J’aurais aimé avoir du chien, une allure de star, être longiligne et m’habiller comme un mannequin mais ce n’est pas le cas :je n’ai plus depuis longtemps une taille de guêpe !

 

Et pourquoi cette semaine suis-je dans ces affres de chiffons ? Parce que je vais fin avril au mariage de ma filleule et que, comme disent les minettes, « Je n’ai rien à me meêeeeeeeeeeeeettre ! »

 

Un jour de virée à Rennes, j’ai fait les magasins un peu chic dans l’espoir de trouver quelque chose et j’ai cru devenir chèvre : soit c’est immettable, soit ça ne me va pas, soit ce serait pas mal mais dans une autre couleur. Mon teint palot ne supporte ni le beige, ni le vert pâle, ni le bleu ciel qui me donnent l’air de sortir de l’hôpital.

 

Porter des pantalons pattes d’éléphant à un mariage, pourquoi pas, si on en trouvait ? Un nœud papillon ? Ça me ferait un genre !

 

Je me suis donnée en vain un mal de chien. Vais-je aller à la noce nue comme un ver ?

 

J’ai bien cru que j’allais faire tourner en bourrique toutes les vendeuses en dévalisant les portants pour remplir de chiffons la minuscule cabine d’essayage avec un pauvre porte-manteau plein de trucs qui ne me vont pas… Et alors l’idée m’est venue : pour être une cougar - tout le monde a le droit de rêver - je vais la faire, ma robe, et dans une couleur qui me va.

 

Ça tombe bien, la semaine dernière il faisait un temps de chien, on a même eu de la neige vendredi soir alors j’ai taillé, cousu, ajusté, ourlé et presque fini ma tenue de gala.

 

Et pour continuer dans cette veine de contemplation de soi-même, voilà que la future mariée m’envoie un message pour me dire qu’elle aurait besoin d’une photo de moi, petite fille, avant 10 ans ! Je farfouille dans mes albums photos très anciens pour tenter de trouver quelque chose : grâce à ma mémoire d’éléphant je me souviens de ma première photo d’identité, c’est une des rares photos où je souris, je porte un petit pull dont je sais qu’il était vert - la photo est en noir et blanc - et je suis encore mignonne : je n’ai pas l’air d’avoir une cervelle d’oiseau , ni des yeux de merlan frit, juste un début de dents de lapin…

 

 

Mais c’est quand même plus supportable que la photo sur la plage avec mon maillot en laine tricotée qui pendouille !

 

Mais si tout dans la vie était une question de look, je n’aurais pas survécu , c’est sûr  !

10 mars 2026

Les Confidences d'une mourante... qui a déjà prouvé qu'elle savait survivre / Marie Sylvie

 

 

 

On dit souvent que je devrais avoir une mémoire d’éléphant mais la vérité est plus fragile. 

Le coma a laissé derrière lui des chambres vides, 

des couloirs sans portes, 

des paysages où les visages se dissolvent comme de la buée sur une vitre. 

Alors j’avance doucement en tâtonnant

et j’écris pour que les souvenirs reviennent

non pour les retenir de force

mais pour leur offrir un chemin vers moi.

 

Parfois ma main tremble

et je me retrouve avec une écriture de cochon,

irrégulière, 

cabossée, 

comme si chaque lettre devait se frayer un passage à travers mes muscles fatigués. 

Mais je continue. 

Parce que chaque mot posé est une victoire, 

un souffle repris, 

une preuve que je suis encore là.

 

Je n’ai jamais su avoir une langue de vipère.

Même aujourd’hui alors que la vie m’a bousculée, 

mes mots préfèrent la douceur aux piqûres.

Pourtant il m’arrive d’être aux abois

lorsqu'un souvenir refuse de revenir,

lorsqu'une date se dérobe, 

lorsqu'un nom se cache derrière un rideau de brume. 

C’est une détresse silencieuse, 

une inquiétude qui ne crie pas mais qui serre la poitrine.

 

Alors je décide de prendre le taureau par les cornes

Je m’assieds, 

je respire, 

je laisse venir ce qui veut bien venir. 

Je me donne un mal de chien pour retrouver les fragments, 

pour recoller les morceaux, 

pour reconstruire ce puzzle dont certaines pièces semblent s’être envolées. 

C’est un travail patient presque artisanal, 

un travail de brodeuse qui reprend un fil perdu.

 

Il y a des jours où je me sens le dindon de la farce lorsque ma mémoire me joue des tours,

lorsqu'elle me laisse croire qu’elle revient pour mieux s’échapper. 

Je pourrais rire si ce n’était pas si déroutant. 

Et parfois oui j’aimerais faire l’autruche,

enfouir ma tête sous les draps, 

attendre que tout se remette en place tout seul comme par magie.

 

Mais je sais que la nuit tous les chats sont gris 

et que les contours se redessinent au matin. 

Les souvenirs aussi. 

Ils reviennent par petites touches, 

par éclats, 

par parfums. 

Une odeur de savon, 

un rayon de soleil sur le mur, 

un bruit de pas dans le couloir… 

et soudain quelque chose s’éclaire. 

Parfois un détail suffit à mettre la puce à l’oreille

à réveiller une scène entière que je croyais perdue.

 

D’autres fois il faut me tirer les vers du nez

me laisser le temps de retrouver le fil, 

de rassembler les morceaux épars. 

Je cherche, 

je fouille, 

je tends l’oreille à ma propre mémoire comme on écoute une mer lointaine. 

Et lorsqu'enfin l’image se forme, 

je reste là, 

immobile, 

avec des yeux de merlan frit

étonnée, 

émue, 

reconnaissante.

 

J’écris non pour dire adieu mais pour dire encore.  

J’écris pour que la vie continue de circuler en moi même dans les zones d’ombre.  

J’écris pour que les souvenirs reviennent même s’ils arrivent en désordre, 

même s’ils trébuchent, 

même s’ils se cachent.  

J’écris parce que la mort annoncée il y a sept ans m’a laissée tranquille ...

et que je compte bien profiter de ce sursis, 

de cette victoire silencieuse, 

de cette renaissance inattendue.

 

Si ce sont là les confidences d’une mourante

alors je veux bien continuer longtemps à mourir ainsi :  

C’est-à-dire, 

chaque jour, 

à renaître un peu plus.

10 mars 2026

Un Drôle d'oiseau / Lili

 

 

C’était l’homme de sa vie. Un drôle d’oiseau quand même. Elle admirait sa prestance, son assurance en société face à n’importe quelle situation. C’était bien simple, il avait toujours raison quel que soit le sujet abordé. Ainsi, lors d’une discussion sur un thème qui lui était complètement étranger, il s’appuyait sur les dires d’un interlocuteur pour lui tirer les vers du nez et pérorer sur le sujet en toute connaissance de cause, tout ça accompagné de rires qu’il s’évertuait à faire passer comme irrésistibles.

 

L’homme de sa vie… Oui ! Même si elle se donnait un mal de chien pour le croire vraiment. Justement, à propos de chien, ils en avaient un, un très gros à l’humeur revêche, intraitable. Il grondait sourdement prêt à mordre quand on voulait le caresser et surtout le sortir de sa niche. Un ours mal léché disait le voisin, dangereux même ! Elle avait donc essayé de le vendre mais on lui avait répondu qu’il n’était pas question de vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, et ça dans un éclat de rire railleur. Elle en avait parlé à son homme qui lui avait promis de s’atteler à la besogne. Le temps avait passé, l’homme de sa vie avait d’autres chats à fouetter… Des chats ! se disait-elle, des chats dont il ne m’a jamais parlé. Elle n’avait pas insisté pour éviter sa colère.

 

Oui, un drôle d’oiseau avec un caractère de cochon, une alliance improbable. Elle était souvent agacée par les propos qu’il tenait en toute quiétude. Ne lui avait-il pas affirmé qu’en cas de grand froid, il n’avait jamais froid, jamais de chair de poule… Pour un volatile, c’était vraiment étonnant.

 

Elle avait commencé à douter. Un peu déplumé sur le crâne, les épaules tombantes, les jambes légèrement arquées, le ventre bien arrondi, son bel oiseau n’avait rien du port altier d’un échassier mais, semblait-il, il plaisait. Un chaud lapin, peut-être. C’est sa voisine, la mère Michel, qui le lui avait soufflé. Mais pouvait-on la croire ?

 

Quant à elle, elle se regardait souvent dans le miroir de l’entrée. Où était passée sa taille de guêpe ? Ses yeux de biche ? Ses cheveux d’ange ? Les enfants étaient partis, elle s’ennuyait. Elle regardait souvent la télé, une présence indispensable qui la tenait en éveil. Elle découvrait d’autres femmes qui comme elle devenaient des fantômes sans odeur ni épaisseur. Elle pleurait ou riait selon un rythme qui s’imposait à elle. Ce n’était pas dramatique, il devait y avoir pire.

 

Le soir, elle attendait le moment où entre chien et loup elle sortirait dans le jardin, fumerait une cigarette et irait ouvrir le portillon à son homme qui reviendrait tel un oiseau de nuit pour planer sur ses doutes et les effacer d’un trait de plume.

 

Mais elle avait perdu sa belle assurance, elle se sentait nue comme un ver dans un marigot fétide. Elle n’avait aucune arme pour résister à l’emprise de ce drôle d’oiseau qui déchiquetait sa volonté avec son bec fouisseur. Mais elle n’était quand-même pas une poule mouillée ! Elle n’allait pas faire l’autruche toute sa vie !

 

Un soir de novembre, elle s’arrêta tout net au milieu de l’allée et fit demi-tour. Un drôle d’oiseau ! Oui, mais c’est moi la colombe qu’on a mise en cage. Eh bien non !

 

Elle marcha d’un pas ferme vers la niche, libéra le chien, ouvrit la cage des tourterelles, passa du coq dans le poulailler à l’âne dans le pré, cassa trois pattes à son canard préféré, mit pour la dernière fois la charrue avant les bœufs et disparut dans la nuit.

 

On ne la revit plus jamais mais on raconte que pendant longtemps on vit planer au-dessus de sa maison un drôle d’oiseau, un aigle noir.

 

 

 

 

3 mars 2026

Consigne d'écriture AEV 2526-18 du mardi 3 mars 2026

 

Dictopia 2

 

 

Dictopia, créé par Jeremy Partinico, est un jeu un peu similaire au Scrabble sauf qu’il n’y a pas de plateau et que le but est de constituer, à partir d’un ensemble de huit consonnes et de huit voyelles, un certain type de mots.

 

Nous nous inspirons de ce jeu pour faire une collecte de vocabulaire. Complétez librement le tableau suivant en essayant de trouver, à chaque fois, trois mots répondant à la contrainte énoncée dans la colonne de gauche :

 

 

Contrainte

Mot 1

Mot 2

Mot 3

Mots appartenant au champ lexical du sport

Ex. : club, dopage, victoire

 

 

 

Mots dans lesquels on ne trouve pas deux fois la même lettre

Ex. : Fois, pacte, slogan, hamster

 

 

 

Mots qui finissent par une consonne

Ex. : Ouest, gravir, délation

 

 

 

Noms féminins

Ex. : Vue, nuit, ardeur

 

 

 

Mots comprenant trois syllabes

Ex. koala, tomate, liberté

 

 

 

Mot complétant la phrase

« J’adore, le, la, les... »

Ex. : thé, danse, sushis, humour

 

 

 

Noms propres de lieu

Ex. : Nil, Corse, Amazonie,

 

 

 

Mots où alternent voyelles et consonnes

Ex. : coq, véto, farine, manipule

 

 

 

Mots du champ lexical animal

Ex : nid, louve, chaton, licorne

 

 

 

 

Il vous reste ensuite à écrire un texte (ou plusieurs) dans lequel vous insérerez au moins neuf de ces vingt-sept mots.

 

 

3 mars 2026

Dictopia / Adrienne


Un œil – le bon, évidemment –, une cible disposée juste assez loin pour que ce soit fun et pas trop loin pour que ce soit jouable, il n’en faut pas plus pour qu’on s’amuse comme des fous, tout l’après-midi, au club de tir de Nice.

 

On est entre mecs – ce n’est pas qu’on soit misogynes mais les dames on les préfère pour des activités dans d’autres domaines – donc pas de prise de chou, pas de distraction et on peut se laisser aller.

 

C’est mon ami de Mende qui a amené le sujet et on a d’abord un peu fait mine de trouver ça – comment dire – too much mais en réalité on a tous eu ce regard humide et les poils du cou et des bras qui se dressent à l’idée de pouvoir, sans qu’aucun danger de riposte ni de poursuites judiciaires ne nous menace, tirer sur de vraies cibles humaines. 

 

A Sarajevo. 

 

Un week-end organisé. 

 

On t’installe avec vue sur le marché ou sur le pont et tu tires sur des gens qui courent, pliés en deux. 

 

Ça avait un prix, bien sûr, il était question de devoir débourser 100 000, 200 000 € mais faut avouer que c’est autre chose, comme grand frisson, que de tirer sur des goélands dans les dunes ou de faire la chasse aux guillemots en train de couver sur leur nid ! 
 

Des habitants de Sarajevo courent se mettre à couvert d’un bombardement serbe, le 12 juillet 1992. — © PASCAL GUYOT / AFP

 

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