Ce matin, je suis allée faire des courses et comme hier était un jour férié, il y a foule à la Biocoop près de chez moi. Parmi toutes les ménagères bobo qui peuplent le magasin, je croise quelques guenuches, ces femmes qui font des grimaces de singe devant l'étal de yaourts en ne sachant pas quoi choisir, elles ont oublié leur galactomètre, pour savoir si elles ont encore droit dans leur régime sans gluten ou sans lait à un pot de Skyr. Pour ma part je rejette d'emblée les farcineux, ces poulets mous élevés en batterie, lavés a l'eau de javel, venus de Thaïlande ou du Brésil et je jette un regard dégoûté sur les étanfiches. Ces poissons pêchés dans le Leguer et donc locaux me donnent des frissons, je suis définitivement devenue végétarienne et je préfère pour ce soir ma gargoussière au bord de la mer.
Ce soir au duriuscule, quand le soleil plongera dans la mer, après une interminable journée de pluie où je suis restée enfermée chez moi, je prendrai mes effondrilles, ces bâtons de marche spécial senior qui m'empêchent de m'effondrer ou de tituber dans les chemins pierreux et j'irais m’empiffrer d'un succulent tajine végétarien à la gargoussière des embruns sur la plage.
Très précieuses les effondrilles, car je me remets à peine de ma dernière glissade sur le pavé mouillé, je clabaude encore, j'ai échappé de peu à la bandoline du médecin qui voulait me mettre dans le plâtre pour trois semaines et je dois prendre mon azedarac pour dormir mais quelle idée aussi de prendre le canezou au lieu de la grande rue, un soir de pluie après une averse de grêlons !
A la gargote de la plage, les desserts ne sont pas super et bredi breda je chipoterai sur un crumble à la banane et en laisserai la moitié.
Demain il me faut aller dans ma capucionière pour m’entraîner au violon sans importuner mes voisins et préparer mon audition à l'élifoire de la semaine prochaine, une grande fête juive où on mange du chou farci et des succulents gâteaux au pavot.
J'irai danser gracioso, faluner des pétards et manger des esquimaux avec des amis qui auront trop bu et raconteront, falariques, des contes à dormir debout avant de partir au petit matin, pour l’esquinancie, pays de rêves brumeux de lendemain de brosses, la cuite québécoise au sirop d'érable !
Je vais vous conter, si vous le voulez bien, ce qui m'est arrivé ces dix derniers jours.
Mardi soir, j'ai mis mon plus beau canezou et ma jupe rouge fendue. J'ai mis aussi un peu de gel dans mes cheveux (j'évite toujours la bandoline et la brillantine car c'est dépilatif), puis, avec une barrette, j'ai fixé gracioso une fontange sur mon chignon. Ainsi parée, je suis partie à mon cours. Mes deux fanfans voulaient m'accompagner mais je leur ai fait comprendre que ce n'était pas le genre d'ébaudissement qui leur plairait. En plus, je n'ai pas envie de les vêtir comme moi : ils auraient l'air d'un fagotin et d'une guenuche.
J'ai donc préparé une bonne galimafrée pour mes deux petits gastrolâtres et, avant de partir, je les ai invités à cagnarder devant la télé ou à faire une partie de brusquembille. Ce n'était pas un programme archifou, c'était "bonace", mais comme je leur avais promis un ducaton s'ils étaient sages, au final, ça s'est plutôt bien passé. Quand je suis rentrée, ils s'étaient un peu estocadés, il y avait eu quelques clabauderies mais les figulines sur la cheminée, dieu merci, étaient intactes.
Mercredi, j'ai emmené fiston à son cours d'équitation. Je suis restée pendant la leçon. Il m'a montré qu'il maîtrisait parfaitement la volte et la caracole. Il a du mérite car il a dû changer de monture : son cheval habituel est farcineux depuis la semaine dernière.
Vendredi, ce fut ma choupinette qui fit des siennes. Elle s'est réveillée avec le teint pâle comme la porcelaine. Une diaphanéité qui n'augurait rien de bon. J'ai dû l'emmener bredi breda chez le médecin, qui a palpé sa gorge, a diagnostiqué une esquinancie, non contagieuse, heureusement.
Samedi midi, tonton Gérard est venu manger à la maison. Il est éleveur et agriculteur. On ne risque pas de l'oublier d'ailleurs car, pendant tout le repas, il ne nous a parlé que de ça. De son tout nouveau galactomètre, des effondrilles qui restent au fond des bouilles de lait si on ne les nettoie pas bien et même de la dernière façon de faluner qu'un voisin lui a enseignée. Rendue aphone à cause de son mal de gorge, la pauvre Choupinette le regardait, les yeux écarquillés, comme s'il avait parlé chinois.
Dimanche, les enfants étaient ravis, on avait rendez-vous avec leur père et on est allés se promener dans la forêt tous les quatre. Stéphane leur a appris le nom des arbres. J'en ai découvert un que je ne connaissais pas : l"azedarac". Puis il leur a dit : "Regardez, je vais vous montrer quelque chose." Il a cassé une petite branche de sureau et, avec son couteau suisse, en deux temps trois mouvements, il a fabriqué un petit sifflet pour chacun. "Ça s'appelle une clifoire", a-t-il dit. "Il sait tout, papa", ont dit les gamins, admiratifs. Sûrement. Mais qui c'est qui, le soir, les a entendu "flûter" jusqu'à des heures indues ? C'est moi.
Ce mardi, on était invités à prendre l'apéro chez ma copine Marie. Elle, je l'aime bien. Mais son mari, lui, m'insupporte. Il est psychanalyste...et calembouriste. Un mélange détonant.
Quand j'ai parlé de mes nouveaux cours du mardi, il a aussitôt évoqué l'une de ses clientes, atteinte de "dansomanie".
" Elle danse jour et nuit, a-t-il confié, ce qui fait qu'elle est filiforme. Une silhouette éthiopique. Enfin, elle, elle ne s'en rend pas compte. Elle se trouve normale. Figurez-vous que l'autre jour, en séance, elle m'a sorti cette phrase incroyable : "Pour être dans les normes, il faut rester mince."
A ce moment-là, il s'est arrêté et m'a regardé avec insistance. C'est là que j'ai compris que j'avais dû louper l'une de ses blagounettes.
"Tu n'as pas compris ?
Dans les normes : dans "l'énorme" ! Hihihi..."
Marie était morte de rire. Moi, j'ai fait semblant de trouver ça amusant et puis, prétextant un peu de fatigue, je suis rentrée le plus vite possible.
La vérité, c'est que je sentais qu'à la dixième blague "vaseuse", j'allais répliquer par un trait incendiaire et malvenu. C'est ce que Stéphane appelait mon côté "falarique".
Et puis, le mardi soir, j'ai danse...et ça, c'est sacré !
Aujourd'hui, c'est vendredi.
Dix jours. Voilà. On y est.
C'est la fin de mon petit decameron hexapole.
Vous connaissez un peu plus mon quotidien maintenant.
Mais aujourd'hui, excusez-moi, j'ai mieux à faire que d'écrire ma vie dans un blog.
Ce soir, je vais festoyer avec mon débaucheur préféré.
Un canezou, nommé Azedarac, falunait bredi breda au milieu des effondrilles et des brusquembilles, quand surgit tout à coup une jolie figuline répondant au nom de Fanfan. Elle caracolait gaiement d'exapole en exapole, accompagnée de sa fidèle guenuche et d'un duriuscule ducaton éthiopique. Après un moment d'ébaudissement, Azedarac aborda la Belle sans galimafrée et lui dit, d'un air bonace :
- Je me rends dans ma capucinière à deux pas de là, accepteriez-vous de partager un en-cas avec moi ? Cela me ferait grand plaisir et vous pourriez vous reposer un peu.
Fanfan le regarda. Même s'il n'avait pas l'air d'un débaucheur, elle se méfiait un peu.
Avait-elle affaire à un gastrolâtre en esquinancie, à un décaméron en mal de baisure, à un fagotin archifou ou à un jeune gracioso à bandoline ?
Elle le toisa d'un oeil dépilatif et pencha pour la dernière hypothèse. Pas besoin d'un galactomètre pour mesurer le degré de sincérité du jeune sieur, il émanait de lui une certaine diaphanéité qui inspirait confiance.
Le soleil échauffant et cagnardantestocada définitivement ses hésitations.
A côté d'elle, son petit ducaton remuait son étoupillon en cadence et sa guenuche lançait des "cric-crac" enthousiastes. Ils mouraient de soif... et elle aussi.
Sans bégueulerie, elle flûterait bien un petit verre de fontange avec quelques étanfichesfarcineuses et croustillantes.
C’est l’histoire d’une gargoussière qui avait un fanfan, une fille, toujours vêtue de rouge, et dont la mother gastrolâtre habitait une exapole à l’autre bout de la forêt.
On était jeudi.
- Mon canezou, dit la gargoussière à son fanfan, plutôt que de te vautrer dans la folâtrerie tu vas aller porter des clifoires et un petit pot de falarique à ta mère-grand. Mais fais bien attention en cagnardant au milieu des azédaracs : il y a un méchant fagotin qui estocade les promeneurs pour leur piquer leurs ducatons. Alors vas-y bredi-breda voir Mémé dans sa capucinière.
Voilà donc le petit canezon rouge parti avec son petit panier empli des clifoires et du petit pot de falarique.
Quand elle passe devant la maison de brique des trois petits calembouristes elle tombe nez à nez avec le grand méchant fagotin.
- Eh ! Bonjour, ma baisure, qu’il lui fait comme ça. Quelle étanfiche t’amène en ces lieux ?
- Je vais chez ma meumé qui habite la sixième maison de l’exapole lui porter son quatre heures.
- C’est très bien mon lapin de se soucier des guenuches âgées ! Ne traîne pas en chemin, la nuit tombe vite, ces temps-ci.
- La nuit à deux heures de l’aprème ? T’es vraiment archifou, fagotin ! festoye-t-elle et elle se remet en route.
Le fagotin est dans l’ébaudissement : il va en estocader deux aujourd’hui, une guenuche génésiaque et un fanfan farcineux. Un vrai festin en perspective, sans bégueulerie ! Il monte sur sa bandoline électrique et, maintenant qu’il a l’adresse, il file vers le n° 6 de l’exapole. Il gare son engin et toque à l’huis.
- Qu’est-ce que c’est ?
- C’est le livreur Hubert. Votre bonace vous fait livrer de la clifoire et de la falarique.
- Ouvrez les effondrilles et le dépilatif cherra !
Le fagotin entre, il se jette sur la meumé et il la flûte.
Bien évidemment il a pris soin, devant de la boulotter, de lui enlever sa caracole et son étoupillon de nuit. Une fois qu’il a nettoyé le parquet des restes de sa galimafrée il enfile la caracole, se coiffe de l’étoupillon puis il se glisse dans le pageot et il attend.
Retardée par sa dansomanie chronique qui lui fournit gracioso de la dopamine et est très bonne pour sa diaphanéité, le canezou rouge arrive. Elle toque à l’huis, elle ouvre les effondrilles et le dépilatif choit.
- Salut, mère-grand ! Je viens t’apporter…
- Ne dis rien, je crois que j’ai deviné : une clifoire et de la falarique !
- Non, pas du tout : un cric-crac !
Le fanfan sort une brusquembille du panier et défouraille en plein dans le galactomètre du fagotin. Puis, avec une paire de figulines à bouts pointus, elle découpe le ventre du débaucheur et en fait sortir la grand-mère. Elles dépiautent ensuite le cispadan et le font cuire au décaméron, transformant ainsi en charcutaille le fagotin échauffant.
Enfin, comme chaque jeudi, ecclésiastiquement, ou comme à chaque match du Stade Rennais Football Club, elles se font une indigestion de clifoire-saucisse en regardant un documentaire animalier en replet sur Arte.
L’animateur vous remet un choix de photographies tirées du programme des expositions 2026 de Bretagne musées, le réseau des musées bretons. Elles représentent des œuvres d’art, tableaux, sculptures, photos, objets.
Vous en choisissez une ou deux ou trois pour en tirer de l’inspiration pour un texte mais attention : il vous est interdit d’utiliser les mots suivants dans votre texte :