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L'Atelier d'écriture de Villejean

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24 mars 2026

Évolution ? / Jean-Paul

 

 

Le Boucher de Cro-Magnon-town s’appelait Martenot. Son échoppe était installée dans la grotte de Last-Cow.

 

C’était un type organisé, ordonné, méthodique voire tranchant. Il avait demandé à sa femme, qui était un peu artiste, de dessiner sur la paroi derrière son étal les animaux dont il découpait la viande et se servait de ces repères pour entreposer sa bidoche. J’écris « sa bidoche » mais c’était en fait notre réserve de viande, ce qu’on ramenait de la chasse et partageait ensuite.

 

- Faudrait voir à pas mélanger le mouton à cinq pattes et la vache folle, le cheval de retour et le bison futé ! Qu’il disait souvent, l’Arsène Martenot.

 

Il n’avait pas déposé le brevet de cette signalétique vu que l’INPI n’existait pas encore en ces temps préhistoriques mais il aurait pu. De fait Martenot était un peu l’inventeur des catégories impératives alors que c’est à Emmanuel Kant qu’on doit les impératifs catégoriques.

 

Son goût du rangement nous a donné plus tard des choses très pratiques comme le bac à légumes dans le réfrigérateur, la cloche à fromage, l’armoire à pharmacie, la cave à vins, le bac à glaçons, la classification Dewey pour les bibliothèques et les tags amusants sur les blogs d’enseignantes qui ne sont pas là pour raconter leur vie mais publient des tas de billets sous « Vive la famille » ou « Petite philosophie du matin ». ;-)

 

C’est fou de penser que nous devons tout aux Martenot. Je ne vais pas ressortir que c’était mieux avant mais la vie était plus simple à notre époque. Il fallait qu’on chasse le gibier pour becqueter, point-barre. On appelait ça « aller au mammouth ». Après, le boucher découpait la viande en taillant des bavettes avec les cuisinières qui les faisaient rôtir sur le barbecue en silex. C’était la même chose chaque jour, on vivait bien, on ne se posait pas de questions et on n’avait pas besoin d’écrire des fake-news à toute heure.

 

De notre civilisation, il n’est cependant resté que les dessins de Christiane Martenot sur les parois de la grotte.

 

Depuis la société a très peu évolué. Du moins si j’en juge par cette représentation ni faite ni à faire, par un nommé Pablo Picasso, d’une tête de taureau bricolée avec un morceau de cuir et une tige de métal !

 

L’art contemporain de nos descendants est particulièrement nul !

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24 mars 2026

Papoter à Papeete / Maryvonne

 

 

Assises sur le sable de la plage de Papeete deux jeunes femmes papotent.

 

Du coin de l’œil l'une d'elle semble regarder quelque chose ou quelqu'un sur sa gauche. Elle dit à sa compagne.

 

- Ne te retourne pas sinon il va s'en apercevoir mais il y a sur le rocher en face un beau mec tout nu qui semble réfléchir !

 

- A quoi peut-il penser ? demande son amie ?

 

- Peut-être à la tenue qu'il va mettre pour son mariage ?

 

Elles rient ! Et chacune y va de son hypothèse.

 

 

- Il s’interroge : « Mais où donc ai-je mis les habits ? Je crois bien être arrivé avec ? »

 

- C'est peut-être ton animateur d'atelier d'écriture qui cherche sa prochaine consigne ?

 

- Ou il participe à un jeu de mime et il faut faire découvrir la pensée de Descartes : « Je pense donc je suis ».

 

- Ou il sort du bain et son maillot est à sécher.

 

- Non ! Je sais, il nous a vues et il cherche comment nous aborder et comment s'appelle la fleur que nous avons sur l'oreille.

 

- Et si c'était nous qui allions vers lui ?

 

-_Bonjour Monsieur ! Connaissez-vous monsieur Rodin ? Vous avez une vague ressemblance avec l'artiste.

 

- Moi, dit la plus jeune, je suis la petite danseuse de tamouré. Vous avez l'air triste, est-ce que l'on peut vous aider ?

 

- Ah oui, Mesdemoiselles ! Je cherche dans ma tête la recette de la potée auvergnate, vous savez avec du chou et du lard ?

 

 

- Ben, on est bien en peine de vous répondre : ce n'est pas une spécialité de Tahiti.

 

​​​​​​​- Mais oui suis-je bête, je n'avais pas fait attention à vos fleurs de tournesol.

 

​​​​​​​- Non, pas de tournesol, Monsieur, fleur de tiaré.

 

​​​​​​​- Ah bon ? Je ne connais pas, je suis juste de passage pour voir mon ami Gauguin.

 

​​​​​​​La petite danseuse dit :

 

​​​​​​​- On va vous laisser, Monsieur, à vos pensées !

 

​​​​​​​Et, se tournant vers son amie, elle lui dit : «  Il est taré celui-là. !».

17 mars 2026

Consigne d'écriture AEV 2526-20 du mardi 17 mars 2026

 

Parler footballeur
 


Nous travaillons à partir du « Dico français-français » de Philippe Vandel et de son chapitre 4 sur le vocabulaire du football. Saurez-vous insérer entre cinq et dix de ces expressions dans un texte où vous parlerez d’une activité essentiellement statique :

- une soirée électorale – une partie d’échecs – la réalisation d’un puzzle – la commande de billets de train sur SNCF-connect – un concert, une pièce de théâtre, une conférence – un atelier d’écriture – une séance d’aquagym ou de pilates – un voyage en train ou en bus – la lecture d’un polar – une visite chez le médecin, au musée ou chez une vieille personne – toute autre situation dans laquelle on ne risque pas un claquage musculaire ?

marquer à la culotte – dans le cadre – balle – lucarne – décrocher la toile d’araignée – petit filet – couloir – herbe – goat (greatest of all time) – doublure – métronome – portier – téléphoné – impuissant – battu - missile – praline – pointu – tête – savonnette – caviar – retourné – louche – museler – arrêt-buffet – score fleuve – valise – remontada – classique – ventre mou – mimine – paluche – viril – hold-up – biscotte – à la douche ! – petit pont – mettre une clim – faire tourner – se prendre les pieds dans le tapis – se déchirer – se projeter - passer au travers – toucher du bois – sang et or – tricolore – à partir de là – pas malheureux – comme à l’école – ne rien lâcher – comme ils viennent – faire le vide dans sa tête – cadrer – marquer – ils ne passeront pas leurs vacances ensemble – l’entraîneur est dentiste dans le civil – compliqué – faire preuve d’humilité avec un grand U – une tête piquée – écouter les consignes – petit poucet – bleu – ultra – ligaments croisés – les trois points – une faute inutile – immanquable – laisser une chance – courant d’air – attentat – but – la réponse du berger à la bergère – voilà la vérité vraie

 

 

17 mars 2026

Dernière visite à tante Suzanne / Adrienne

 


 

Bien sûr on lui a téléphoné.


Mais jamais elle ne décrochait : avec les soins, le kiné, les repas, très souvent le téléphone lui est inaccessible.

 

Bien sûr on lui a acheté des pralines Neuhaus, ses préférées.
On est tombée en allant au magasin, la tête en avant.
On est arrivée chez elle le menton bleu et le nez hachuré.

 

Bien sûr on a hésité : sa chambre, était-ce bien dans le 7e couloir à gauche ?

 

Bien sûr c’était le but de lui faire passer un moment agréable.
Mais c’est de plus en plus compliqué de lui arracher un sourire et on essaie misérablement de la dérider sans se prendre les pieds dans le tapis.

 

Bien sûr on se sent impuissante à la soulager et on sort de là comme un chien battu.


« Ne rien lâcher ! » disait-elle autrefois.

 

Jusqu’en décembre dernier.
Mais je n’ai plus rien retrouvé de ce volontarisme lors de ma dernière visite.


On est pas malheureux d’être vieux, disait grand-mère Adrienne, mais de se sentir le devenir.


Voilà la vérité vraie.

17 mars 2026

Le Match "stationnaire" de mes rêves / Jean-Loup

 

La musique planante de Pink Floyd qui envahit l’enceinte prépare le corps et l’esprit à l’évènement cosmique. Un régal, du caviar pour les oreilles !

 

Les spots multicolores, comme un métronome, cadencent l’apesanteur.

 

Rêve ou réalité, fiction, être, non-être ? Compliqué !

 

Le stade est bondé, vibrant, bouillant, prêt à rugir.

 

Mais au centre du terrain, l’arbitre philosophe (si si ça existe!), d’une gravité parfumée de mystère, fixe la balle avec une intensité inquiétante, comme s’il contemplait l’abîme.

 

Il souffle dans son sifflet bleu sculpté. Enfin… il porte le sifflet à sa bouche, puis se fige.

 

Pourquoi siffler ? Qu’est‑ce qu’un début, au fond ? Et si le match avait déjà commencé avant nous ?”

 

Les joueurs se regardent, un peu nerveux. Finalement, ils décident de jouer classique. L’arbitre les observe, l’air grave, comme si chaque passe remettait en question l’ordre du monde.

 

À la 5ᵉ minute, suite à un petit pont, un tacle violent survient. Une faute inutile. Le joueur hurle, roule dans l’herbe, implore, craint pour ses ligaments croisés.

 

L’arbitre s’approche lentement, s’accroupit, et murmure :

 

La douleur est un phénomène subjectif et n’a de sens que si tu lui en donnes, mais je comprends ton trouble.”

 

Biscotte ? Carton ? Non. Il sort un petit carnet et note : “Un être humain au sol .”

 

À la 12ᵉ minute, un attaquant tombe dans la surface, victime d’une praline sur un retourné un peu louche.

 

Penalty évident. Un véritable attentat. Tout le monde le voit.

 

L’arbitre, lui, regarde le point de penalty comme si c’était un trou noir.

 

Qu’est‑ce qu’une faute, sinon la projection de notre angoisse sur autrui ? Une erreur, un manquement, je ne peux pas juger cela.”

 

Pas de penalty. Un véritable hold-up ! Le public, impuissant, commence à douter de sa propre existence.

 

À la 18ᵉ minute, un but, pas malheureux, est marqué en pleine lucarne, un véritable missile ! Le portier, battu, est passé au travers. Le stade explose.

 

L’arbitre reste immobile, les yeux perdus dans le vide.

 

Un but… Mais qu’est‑ce qu’un but ? Chaque pas est un but ! Une ligne franchie ? Une illusion collective ? Une fuite en avant dans l’absurde ?”

 

Le but n’est ni validé ni refusé. Il est en suspens, comme nous et tout le reste.

 

Je rêve, c’est probable !

 

 

À la mi‑temps, les joueurs reviennent au vestiaire pour écouter les consignes et faire un arrêt-buffet. L’arbitre les suit, s’assoit sur un banc, et déclare :

 

Vous jouez pour gagner, triompher d’un adversaire, mais la victoire n’est qu’un concept. A partir de là, peut‑on vraiment gagner contre le néant ?”

 

Silence gêné. Un défenseur, viril d’apparence, demande timidement, comme à l’école, s’il peut juste boire un peu d’eau.

 

La seconde période est encore plus étrange. Un joueur proteste contre une touche mal attribuée suite à une tête dans le petit filet.

 

L’arbitre répond :

 

La touche n’est qu’une ligne imaginaire, une frontière arbitraire. Comme toutes les frontières. Comme toutes les règles. Comme… nous.”

 

Je suis en lévitation.

 

Le joueur abandonne et se met à contempler l’horizon pour faire le vide dans sa tête.

 

Pas de score fleuve, le match se termine sans qu’on sache comment.

 

Je suis sans doute proche du réveil.

 

L’arbitre conclut, debout au centre du terrain, face au vide :

 

Pour gagner, il faut accepter de perdre. Le vrai match était en vous. Vous l’avez peut‑être perdu... Ou gagné. Ou… rien de tout cela.”

 

On regarde sans comprendre.

 

Je suis vraiment réveillée, il est temps de se projeter vers le programme du jour ! Ne rien lâcher ! Savonnette et à la douche !

 

Voilà la vérité vraie de mon rêve, un chouïa existentialiste, de la nuit dernière.

 

 

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17 mars 2026

Cours de pilates / Anne J.

 

  • - Bonjour chers auditeurs, aujourd’hui, une adepte du Pilates nous fait découvrir cette forme mal connue de Yoga inventée par un américain nommé justement Pilates. Alors Anne, je peux vous appeler Anne ? Expliquez-nous comment vous avez commencé ce sport !

  •  

  • - J’ai découvert cette forme de Yoga grâce a Internet il y a un peu plus de 2 ans. Avant le Pilates, j'ai tenté, sur les conseils d'une amie, la salle de gym près de chez moi. Grâce à elle j’ai eu une entrée gratuite. C’était une salle classique avec des tapis de course, des vélos et des machines pour se faire des muscles, avec un coach pour vous rythmer les entraînements tel un métronome, un peu comme à l'école et je trouvais ça pas si mal car on pouvait s'y rendre quand on voulait de 7 h à 22 h et même le dimanche. Mais ma voûte plantaire a décidé que ce n'était pas une bonne idée et j'ai mis 18 mois à guérir d'une inflammation qui me faisait souffrir du lever au coucher et même après.

 

Arrêt buffet et reprise du sport, version plus douce chez Dan coaching, le Pilates a Lannion !

 

Le bâtiment ne paie pas de mine à l’extérieur, une vieille maison avec une pancarte où il manque des lettres. Comme vous l'imaginez, le patron s'appelle ou se fait appeler Dan, beau gosse, je dirais 45 ans, mince musclé, viril. Il vous reçoit dans un petit bureau et vous fait causer de vos misères, vous écoute et vous promet de tout changer ou presque, voire de vous refaire un corps de rêve, et vous observe, car dès la 1ère séance, il a dit que je marchais a 10 h10 en attaquant avec les talons et que donc j'avais un problème avec mes pieds !

 

En piste pour la première leçon, avec la place à droite du prof près du radiateur, on écoute les consignes… Allongez-vous sur le tapis, les pieds en porte manteau et respirez par le ventre, puis par les cotes en serrant le ventre, c'est parti pour 4 minutes.

 

Et on enchaîne, un mouvement sur le ventre, un mouvement sur le dos, des étirements à genoux, des équilibres debout, des abdos assis, à plat ventre et levez les coudes ou levez les pieds etc., surtout ne rien lâcher !

 

J'ai tenté de suggérer qu’on pourrait faire tous les exercices sur le dos en premier puis ceux sur le ventre au lieu de se retourner sans arrêt comme un steak dans la poêle, nenni ! Ça fait partie de l'exercice : le truc le pire c'est à plat dos, soulever juste la tête pour la décoller et rester ainsi sans rien contracter, ni les épaules, ni les dents, ni les bras, le plus longtemps possible, je ne tiens pas 10 secondes ! Compliqué !

 

On est maximum 12 par séance et c'est plutôt féminin mais il y a quelques gars quand même : des petites jeunettes parfois maigres comme des haricots dans une tenue lycra fluo sortie tout droit de Décathlon, des petites boulottes avec du ventre et 10 kilos en trop en vieux survêtement, des vieilles à cheveux blancs presque anorexiques qui viennent 3 fois par semaine et arrivent avec leurs gourdes qu'elles tètent tout le cours, des vieilles et des vieux avec des prothèses de genou, de hanche, en vieux tee-shirt chiffonné et caleçon de nuit, et des minettes au corps de rêve en dos nu d'athlète , tout est permis.

 

Mais on ne passe pas son temps à regarder les autres, beaucoup d'exercices se font sur le tapis, on ne voit rien sur les côtés, pour les autres on doit se concentrer. Pour ma part j’ôte mes lunettes bien souvent pour être plus à l'aise à plat ventre le nez dans le sol donc je ne vois rien, c'est plutôt bien pour faire le vide dans sa tête. Le prof ne fait pas de comparaison, il a des variantes pour toutes nos impossibilités et il encourage chacun à progresser à partir de ses possibilités, l’humilité avec un grand U devant les ravages du temps et la loi de la gravité qui nous empêche de décoller les genoux pour prendre appui sur les mains.

 

Ça a l'air un peu physique mais pour ma part je trouve ça un peu neurologique aussi : il y a des exercices de coordination des bras et des jambes et de la respiration que je ne parviens pas a faire avec mon cerveau et des positions qui ont l'air simple et que je mets plusieurs semaines à réaliser, juste parce que mon cerveau ne sait pas comment y parvenir ! Il paraît que c'est ok.

 

Et comme dans tout sport, le meilleur c'est quand ça s’arrête au bout d’une heure ! Relaxation 5 minutes sur une musique planante, toujours la même et dans la position qu'on veut ( pour moi en chien de fusil), avant de se lever, de ranger l'élastique qui nous fait travailler les omoplates, de ramasser si on peut encore se baisser sa serviette et de remercier notre tortionnaire, Dan ou Nico son adjoint qui a toujours une mine de papier mâché (il a un bébé qui ne dort pas la nuit) et de promettre de revenir la semaine prochaine pour une nouvelle séance

 

A partir de là, j'espère vous avoir donné envie de tenter l'aventure !

 

C'était la vérité vraie d'un cours de Pilates par Anne, notre envoyée spéciale ! Merci à tous et toutes et à la semaine prochaine !

 

 

 

17 mars 2026

Vous ne passerez pas au travers ! / Jean-Paul

 

 

 

Voilà la vérité vraie, messieurs dames : je ne suis pas malheureux. Ça ne veut pas dire pour autant que je mange du caviar à la louche : à la Saint-Sylvestre les œufs de lump suffisent à mon bonheur du moment que quelqu’un dans l’assistance veuille bien faire tourner le plateau des toasts jusqu’à proximité de mes petites mimines.

 

Je touche du bois mais je ne tiens pas à être le « goat » en matière de félicité vu que cela pourrait créer des jalousies. Le « goat » n’a rien à voir avec une chèvre, c’est juste l’acronyme de « greatest of all time ».

 

Je ne suis pas un type compliqué. Je prends les petits bonheurs comme ils viennent. Je sais faire preuve d’humilité avec un grand U comme disait si bien le philosophe Luis Fernandez.

 

Je sais que mon bien-être du moment – qui dure depuis un bon moment – je le dois à la dame qui s’agite à l’autre bout du couloir chez nous.

 

Je ne suis pas ici pour raconter ma vie mais mon épouse, Marina Bourgeoizovna, se transforme de plus en plus souvent en courant d’air. Tantôt elle va raconter « Le Petit Poucet » et d’autres contes d’horreur à des mouflets dans les écoles, tantôt elle va chanter des airs de musique classique ou folklorique dans des chorales à chefs de chœur tellement habités dans leur tête que, de mon point de vue, on ne passerait pas nos vacances ensemble !

 

Le lundi, avec une régularité de métronome, elle va piquer une tête dans l’eau à Saint-Malo.

 

Bref de temps en temps on se croise les ligaments à la maison pour cinq minutes d’arrêt-buffet, pour marquer des dates dans le calendrier, pour se projeter dans un voyage à courte distance parce que les longs déforment les valises et aussi pour regarder des spectacles « en replet » – mais pas à ventre mou ! – sur la petite lucarne.

 

Dans le cadre de cette cohabitation maritale originale ce qui est le plus drôle c’est son nouveau boulot auquel je participe « à distance ».

 

Madame fait aussi en effet du bénévolat au Secours populaire. Elle est passée récemment de la distribution alimentaire à la vérification des jeux et jouets avant revente. A partir de là le vendredi midi elle revient quelquefois avec un puzzle de 1000 pièces dont il faut vérifier qu’il est bien complet.

 

Voilà donc pourquoi maintenant, de manière immanquable, je suis à la bourre pour la publication de mes écrits à deux balles sur mon blog ou sur la numérisation de mes disques classiques !

 

Mais j’ai enfin atteint le but de mon existence : je retombe en enfance et je fais le vide dans ma tête en triant les morceaux de ciel bleu, de tour Eiffel et de canal saint-Martin qui cohabitent sur ce paysage coloré et surréaliste !

 

 

Comme dit Marina Bourgeoizovna et comme on a pu l’entendre en écoutant la consigne de cette semaine relative aux footballeurs : « Pour faire le vide dans sa tête, il faudrait déjà qu’il y ait quelque chose de dans ! ».

 

1-0 ! La balle au centre !

17 mars 2026

Soirée immanquable / Marie-Thé

 

Félix a 50 ans aujourd’hui. C’est mon mec attitré. Pour fêter son anniversaire, j’ai invité ses copains et ses copines. Y’a Firmin et Sébastien, Jérôme, Faustine et Jules, Ernestine, François, Marie et moi.

J’ai cuisiné toute la journée en écoutant de la musique et maintenant c’est l’heure de l’apéro.

Après un ou deux verres de champagne, les langues se délient. On se croirait dans une cour de récréation ou bien dans les vestiaires des footballeurs après un match !

- Voilà la vérité vraie, dit Jérôme. Certes les tricolores ont perdu samedi. Ils auraient gagné si Maradona n’avait pas marqué Platini à la culotte.

- Arrête ! répond Jules, Platini a quand même décroché la toile d’araignée, t’as oublié ? T’as fumé de l’herbe ou quoi ?

 

 

Chacun y va de son commentaire. Le ton monte. Énervée, Ernestine qui n’aime pas le foot se lève et se prend les pieds dans le tapis. Elle serait tombée si Firmin ne l’avait pas retenue avec ses grandes paluches.

- Bon dit Félix, on n’est pas là pour parler foot. J’ai tellement faim que j’en ai le ventre mou. Y’ a pas que des biscottes et du jambon au menu. Josette a cuisiné tout l’après-midi un couscous tellement épicé qu’en partant vous foncerez plus vite qu’un missile.

Ils se sont régalés, ils ont levé leurs verres en l’honneur de Félix et, pour terminer en beauté, ils ont fait tourner les serviettes.

Ce sont de bon amis et pourtant ils ne passeront pas leurs vacances ensemble, et nous non plus !

 

 

17 mars 2026

Le Match secret du temps / Marie Sylvie

 

 

 
Dans la nuit du 29 Mars, 
lorsque les aiguilles hésitent encore entre l’Hiver et le Printemps, 
le Temps descend sur la pelouse du monde pour jouer son match annuel.  
Les maisons sommeillent 
mais déjà, dans les couloirs silencieux, 
les râleurs marquent à la culotte chaque horloge 
comme si l’aube pouvait leur voler quelque chose. 
Ils avancent à pas prudents, 
redoutant de se prendre les pieds dans le tapis du changement, 
ce tapis invisible où trébuchent les habitudes.
Ils se sentent un peu impuissants
battus d’avance par cette minute qui se dérobe,
par cette heure qui glisse entre les doigts
comme une savonnette de lumière.
 
En face, sur le banc des optimistes,  
les contents s’étirent doucement. 
Pour eux l’heure nouvelle est un caviar
une offrande discrète déposée dans le cadre de leur matinée. 
Ils avancent dans le jour comme des   métronomes
réglés sur la pulsation du soleil, 
confiants, 
presque joyeux.  
Ils savent que le Printemps n’entre jamais en fanfare
mais par un petit filet de clarté qui s’invite entre les rideaux.
 
À sept heures l’arbitre invisible du cosmos siffle le coup franc du passage.  
Les râleurs protestent, 
brandissant leur café comme un carton de biscotte 
mais le Temps, 
souverain, 
ne se retourne pas.  
Certains tentent une remontada
jurant qu’ils récupéreront leur sommeil perdu
tandis que d’autres touchent du bois pour ne pas arriver en retard à leur propre vie.  
Et puis il y a ceux qui malgré toute leur bonne volonté passent au travers
comme si l’aube les avait oubliés sur le banc de touche.
 
Mais le jour finit toujours par rassembler tout le monde.  
À midi les râleurs ont été envoyés à la douche !
Les contents sourient sans triompher et le soleil,
complice, 
trace une lucarne de chaleur sur la table.  
Le match s’achève sans vainqueur ni vaincu,
seulement avec cette vérité douce : 
Le changement d'heure n’est pas une bataille
mais une respiration.  
Une façon qu’a le monde de nous rappeler que rien n’est immobile, 
que tout avance, 
même lorsque nous traînons les pieds.
 
Et voilà, 
comme dirait l’autre, 
la vérité vraie : 
Le Temps joue et nous jouons avec lui.
 
17 mars 2026

Foot ou presque / Maryvonne

 

Quand j'étais jeune et belle j'aimais aller au football dans ma petite commune. A l'époque c'était une bonne équipe qui jouait en première division. Aujourd'hui quand mon mari regarde les résultats, lui qui s'y connaît, il ne comprend pas pourquoi et comment, dans le classement, ils ont moins un. Ils ont dû se prendre les pieds dans le tapis.

 

Avec les mots donnés par Jean-Paul il souhaite que nous parlions non pas du sport mais d'une activité statique. Ça se trouve bien, moi je tenais la buvette. Mon but était d'aller au match gratos et d'emporter dans ma valise des souvenirs à raconter aux copines le lundi au lycée.

 

Dans le cadre de ma fonction il arrivait que lors d'un tournoi je sois désignée pour remettre le bouquet au capitaine de l'équipe gagnante. A partir de là, ça devenait intéressant. Onze garçons à embrasser ça marque une adolescente et ce n'est pas très compliqué ni très sportif. Mes ligaments croisés étaient au repos.

 

A cette époque, après avoir couru 90 minutes, ils ne passaient pas à la douche et ne sentaient pas la savonnette parfumée. Qu'importe, il ne s’agissait pas de leur serrer la paluche mais bien de les embrasser les joues au moins trois fois.

 

Au printemps ils sentaient bon l'herbe fraîche. De temps en temps une moustache bien virile me balayait le visage.

 

Ce qui était immanquable c'était le récit que je ferais à mes copines dans les couloirs du lycée et même le soir au dortoir. Il fallait bien marquer leur imagination avide de sensations et, vous me connaissez, je savais enjoliver et marquer les souvenirs importants.

 

Cerise sur le ballon il est arrivé que mon beau-frère, le capitaine, m'écrive le compte-rendu du match et me demande de le téléphoner à Ouest-France pour la page sports du lundi. Et là j'étais un peu fière.

 

Je sais que vous vous demandez si parfois il ne s'est pas passé des trucs louches. Non il ne se passait rien de désagréable, je suis passée au travers, c'était une jeunesse saine. Pas de « remontada » sous le short ni de propos graveleux. Voilà la vérité vraie.

 

 

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