Le Paradis ? Lili
Je n'en reviens pas ! On m'avait dit que je devais rester dans la cité, à la périphérie de la ville, dans la banlieue, là où les tours tutoient les pylônes électriques. Ma vie n'était pas exemplaire, même un peu chaotique. « Tu mérites le purgatoire ! » m’avait dit mon dernier amant, et j'en avais bien conscience. Rien chez moi n’est exemplaire, je n’ai jamais aimé m’ennuyer, alors à moi les aventures en tout genre.
Et puis je me trouve là, dans une ville aux fenêtres ouvertes sur un peuple d'anges occupés à gérer le quotidien normal. Il y a ceux qui chantent, ceux qui font sécher leur linge, ceux qui se baladent en carrosse, puis ceux qui ne font rien. L'ocre des façades resplendit sous un ciel au bleu parfait. Tout semble animé et en parfaite harmonie. Est-ce le paradis ? Si oui, tout doit être permis. Ici, on porte auréole et paires d'ailes. Y a-t-il un service d'entretien ? Je ne me sens pas du tout préparée à vivre dans ce monde de Bisounours où tout est top.
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On vient de poser une auréole juste au-dessus de ma queue de cheval, je sens mes cheveux s'électriser comme sous le casque d'un coiffeur. Ça brille, pas moyen d'échapper aux regards. En fait, personne ne me regarde. Chacun va à ses occupations, le sourire aux lèvres. Je sens des démangeaisons dans le dos, on me greffe une paire d'ailes. Vais-je pouvoir voler ? Un vieux rêve à réaliser.
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Voilà, je suis équipée, j'ai tout ce qu'il faut pour être heureuse. Je suis au paradis. Mais pourtant ce décor, ces façades baroques aux ocres rutilants, cette orgie de masques heureux, ce grouillement de vie où tout l'espace est occupé, serait-ce un carnaval ? Mais je n'entends pas de musique, je ne sens pas d'odeurs, je vois tout à la fois. Je suis en même temps aigle et petite fourmi. J'essaie de crier, rien ne sort. Je vais marcher. C’est alors qu’aussitôt un pas franchi, je vole. Mes ailes de petit ange m'empêchent de marcher. Une bénédiction ? Je suis peut-être en apprentissage, celui du bonheur aseptisé. Je voudrais vraiment savoir ce qu'il y a derrière les murs. Peut-être n'est-ce qu'un décor de carton-pâte ? Il faudrait que je remonte la rue pour savoir s'il y a une porte, s'il y a quelque chose au-delà. Suis-je condamnée à porter ailes et auréole ? J'ai peur d'avoir perdu ma liberté.
Peut-être y a-t-il d'autres paradis, moins parfaits ?
S'il vous plaît madame, où est le bureau des réclamations ?
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