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L'Atelier d'écriture de Villejean

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19 mai 2026

La Maison qui attendait / Marie Sylvie

 

 

CERTAINS CHEMINS NE MÈNENT PAS 

À UN LIEU

MAIS À LA PART DE NOUS QUI ATTENDAIT

 

 

IL EXISTE DES MAISONS QUI N'ABRITENT PERSONNE

ELLES VEILLENT SUR CEUX QUI REVIENNENT

 

*** 

 

On disait que le chemin n’allait nulle part.  

Qu’il traversait la forêt comme une vieille

cicatrice

Sans début ni fin

Juste une entaille dans la terre. 

Les habitants du village l’évitaient. 

Trop silencieux.

Trop droit.

Trop obstiné. 

On racontait qu’il avalait les pas

Qu’il gardait les ombres.

 

Moi je savais qu’il menait quelque part.  

Je l’avais emprunté autrefois
Lorsque j’étais encore assez jeune pour croire que les lieux avaient une mémoire 
Et que les maisons pouvaient aimer.

 

Ce matin-là la lumière était blanche
Presque crue. 

Les arbres
Dépouillés
Ressemblaient à des silhouettes qui hésitent à parler. 

Le vent ne soufflait pas. 

Même les oiseaux semblaient retenir leur souffle. 

J’ai avancé
Lentement
Comme si je marchais dans un souvenir trop fragile.

 

À mesure que j’approchais
Une sensation étrange montait en moi : 
Ce n’était pas moi qui revenais vers la maison.  
C’était elle qui venait vers moi.

 

La première fois que je l’avais vue
J’avais dix-sept ans. 

Elle m’était apparue comme un refuge
Une promesse.

Un ventre de pierre où l’on pouvait déposer ses peurs. 

J’y avais passé un Été entier
À écouter les murs respirer
À apprendre le langage des fenêtres
À comprendre que certaines bâtisses ne sont pas construites : 
Elles naissent.

 

Puis j’étais partie.  

On part toujours trop tôt des lieux qui nous aiment.

 

Aujourd’hui la maison était là

Exactement comme dans ma mémoire : 

Un peu penchée

Un peu sauvage

Enlacée par les ronces et les herbes hautes

Mais quelque chose avait changé. 

Elle semblait… éveillée. 

Comme si elle m’attendait depuis des années

Immobile mais vibrante

Retenue par un fil invisible.

 

Je me suis arrêtée devant la porte.  

Le bois était gonflé par l’humidité

Mais la poignée

Elle

Elle était tiède.  

Comme une main.

 

Alors j’ai compris.

 

Ce n’était pas un hasard si les deux photographies 

Le chemin et la maison avaient été juxtaposées.  

Ce n’était pas un simple voisinage.  

C’était une histoire d’appel et de réponse.

 

Le chemin m’avait reconnue.  

La maison m’avait rappelée.  

Et moi j’étais revenue.

 

Lorsque j’ai poussé la porte

Un souffle d’air m’a enveloppée

Doux comme un drap ancien.  

À l’intérieur rien n’avait bougé.  

Ou plutôt : Tout avait attendu.

 

Les murs

Les meubles

La poussière même semblaient retenir une respiration longue de plusieurs années. 

J’ai avancé jusqu’à la fenêtre du fond

Celle qui donnait sur les arbres. 

La lumière y tombait comme une bénédiction.

 

Alors seulement j’ai senti la vérité me traverser :  

Je n’étais pas revenue pour revoir la maison.  

J’étais revenue pour qu’elle me rende ce que j’avais laissé ici.

 

Ma peur.  

Ma solitude.  

Mon ancienne peau.

 

Je suis restée longtemps

Debout

Immobile

À écouter le silence.  

Puis j’ai refermé la porte derrière moi

Sans regret.

 

Le chemin cette fois ne m’a pas avalée.  

Il m’a rendue au monde.

 

Ce que nous quittons

Continue parfois de nous appeler

Jusqu'à ce que nous entendions enfin.

 

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19 mai 2026

Prosopopée / Jean-Paul

 

 

 

Dans la vallée grise les cyprès se poussent du col pour voir aussi loin qu’ils le peuvent. Les montagnes, là-bas, ont la tête dans les nuages.

 

C’est curieux. C’est deux phrases m’évoquent le mot « prosopopée ». Cette figure de style consiste à faire parler un objet ou un animal. Le renard et le corbeau, c’est une prosopopée ; la cigale et la fourmi aussi.

 

C’est curieux. Ce paysage est sacrément cispadan. « Cispadan », c’est un mot que j’ai appris la semaine dernière et qui signifie « en deça du Pô ». Mais l’en-deça et l’au-delà dépendent de l’endroit où on se trouve, non ? Quel est l’adjectif pour au-delà du Pô ? Transpadan ?

 

C’est peut-être un peu trop étendu pour être le village de Don Camillo et Peppone mais en dépit de la couverture nuageuse on imagine très bien de vieux messieurs ou d’élégantes dames à chapeau de paille qui arpentent des rues sans trop de voitures pour se rendre à pied… où ça ?

 

Toutes les maisons se ressemblent. On ne voit pas l’église, le théâtre ou le stade et le cimetière est sans doute dans notre dos. 

 

C’est aussi une ville sans rivière, sans voiture, sans personne. Une ville fantôme ? Une ville dans la vallée grise.

 

 

A côté, c’est l’inverse. L’arbre a dû pousser bien avant la route, tranquillement, alors que la ville grandissait autour de lui. Bienheureux est-il de ne pas avoir été abattu mais maintenant, posé sur son petit îlot de terre, on l’imagine intrigué par ce flot incessant de voitures sur ses flancs.

 

Comme le petit cyprès de la première image ils se demande où mènent ces deux flèches tracées sur le sol, à quoi riment ces signes sur les pancartes, à quoi servent les lampadaires la nuit ? A éclairer les moustiques ? Et quelles sont les cigales et les fourmis qui conduisent ces petits véhicules blancs ? Pourquoi font-elles tant de chemin pour aller voir si loin les cyprès de Crest et se demander ce que les arbres pensent alors que lui aussi ne demanderait qu’à faire dans la prosopopée !

19 mai 2026

Casoar / Jean-Paul

 

 

 

Ce soir, décidément, je suis séduit par les mots de la langue française. Les péniches du quai Saint-Cyr m’évoquent le mot casoar. Il s’agit de la plume qui surmonte le shako des jeunes gens de Saint-Cyr Coëtquidan où se trouve l’école des sous-officiers qui s’en coiffent.

 

N’allez pas déduire de cet intérêt soudain pour les vêtements de soldats que je me prends pour la grande duchesse de Gerolstein ! Je ne vais pas remplacer Dame Felicity Lott qui vient de décéder cette semaine. Je n’ai pas sa tessiture et, contrairement au personnage d’Offenbach, je n’aime pas tant que cela les militaires.

 

Mais je suis toujours content de voir une photo que j’aurais pu pendre moi-même ou une perspective que j’ai déjà immortalisée dans ma photothèque. Ici on est sur le pont Malakoff, au pied de la tour des Télécoms qu’on appelle maintenant le Mabilay pour faire plus anglais.

 

C’est drôle : ce qui me fait rêver sur cette photo ce sont les deux vélos peints sur la piste cyclable du quai de la Prévalaye. Ils font naître en moi une envie d’être au mois d’août, de pédaler et de tester, avec moins de voitures autour, les pistes cyclables rennaises.

 

Maintenant j’ai l’âge de faire cela à la façon d’Henri Vaillant, le patron des usines du même nom dans les albums de bandes dessinées où Jean Graton fait effectuer à Michel Vaillant et Steve Warson des arrêts au stand pour changer les pneus pendant les courses automobiles.

 

 

Mais sil y a moins de voitures en août, y a-t-il moins de trottinettes électriques ?

 

Finalement je suis comme le piaf de la photo ou l’arbre du texte précédent. Qu’est-ce que c’est que tous ces gens qui s’agitent autour de nous ? Est-ce que je ne suis pas mieux à la maison  à faire ma cuisine – je suis mon propre traiteur - ? Et le bonheur, finalement, n’aurait-il pas la forme des îles ?

 

 

19 mai 2026

Hypothèse / Jean-Paul

 

 

A force de marcher d’un bon pas sur la piste cyclable peut-être bien que la mamie rebelle arrivera avant les deux escargots à l’enterrement de la feuille morte cet automne dans la Drôme !

 

 

12 mai 2026

Consigne d'écriture AEV 2526-26 du mardi 12 mai 2026

 

 

Disparus du Larousse

 

L’animateur vous gratifie d’une liste de cinquante mots retirés du dictionnaire Larousse.

 

 

archifou adj - azedarac nm - baisure nf - bandoline nf - bégueulerie nf - bonace nf - bredi-breda adv - brusquembille nf - cagnarder v - calembouriste nm - canezou nm - capucionière nf - caracole nf - cispadan adj - clabauderie nf - clifoire nf - cric-crac nm - dansomanie nf - débaucheur nm - décaméron nm - dépilatif adj - diaphanéité nf - ducaton nm - duriuscule adj - Ébaudissement nm - ecclésiastiquement adv - échauffant adj - effondrilles nf - esquinancie nf - estocader v - étanfiche nf - ethiopique adj - étoupillon nm - exapole nf - fagotin nm - falarique nf - faluner v - fanfan nm - fantasquement adv - farcineux adj - festoyer v - figuline nf - flûter v - folâtrerie nf - fontange nf - galactomètre nm- galimafrée nf - gargoussière nf - gastrolâtre nm - génésiaque adj - gracioso adv - guenuche nf

 

1) Il vous est demandé d’écrire un texte dans lequel vous les utilisez alors que vous ignorez leur définition. Écrivez un poème, un texte surréaliste, appuyez-vous sur un schéma existant, une chanson, un conte... Laissez-vous bercer par leur sonorité.

 

2) Il vous donne ensuite la définition de ces mots. Cette fois-ci intégrez-les dans un autre texte (ou dans la suite du même) mais en connaissant leur définition et en respectant leur sens.

 

 

archifou adj : extrêmement fou

azedarac nm : arbre de la famille des méliacées

baisure nf : endroit où un pain en a touché un autre dans le four

bandoline nf : eau visqueuse pour lisser les cheveux

bégueulerie nf : caractère, air d’une bégueule

bonace nf : calme de la mer

bredi-breda adv : trop vite (raconter une chose bredi-breda

brusquembille nf : sorte de jeu de cartes

cagnarder v : vivre dans la paresse

calembouriste nm : faiseur de calembours

canezou nm : corsage sans manches

capucinière nf : maison de capucins

caracole nf : mouvement en rond qu’on fait exécuter à un cheval

cispadan adj : qui est en deçà du Pô

clabauderie nf : criaillerie importune et sans raison

clifoire nf : Espèce de seringue que font les enfants avec du sureau

cric-crac nm : bruit que fait une chose qu’on déchire, qu’on casse

dansomanie nf : passion, manie de la danse

débaucheur nm : qui en débauche un autre

décaméron nm : récit d’événements survenus dans un espace de dix jours

dépilatif adj : qui fait tomber les poils, les cheveux

diaphanéité nf : qualité de ce qui est diaphane

ducaton nm : ducat d’argent

duriuscule adj : un peu dur

Ébaudissement nm : grande réjouissance

ecclésiastiquement adv : en ecclésiastique

échauffant adj : se dit des aliments et remèdes qui augmentent la chaleur animale

effondrilles nf : dépôt qui reste au fond d’un vase après l’ébullition ou l’infusion

esquinancie nf : violente inflammation de la gorge

estocader v : porter des estocades

étanfiche nf : hauteur de plusieurs lits de pierre qui font masse dans une carrière

ethiopique adj : d’Ethiopie

étoupillon nm : petite mèche introduite dans une pièce d’artillerie pour éviter l’humidité

exapole nf : contrée qui renferme six villes principales

fagotin nm : singe habillé que les charlatans exhibent dans les foires

falarique nf : arme de trait incendiaire chez les Francs

faluner : Répandre des débris de coquilles utilisés comme engrais dans un champ

fanfan nm : petit enfant

fantasquement adv : d’une manière fantasque

farcineux adj : qui a le farcin une sorte de gale qui vient aux chevaux et aux mulets

festoyer v : bien recevoir quelqu’un, le bien traiter

figuline nf : ouvrage de poterie

flûter v : jouer de la flûte ; cri du merle : pop. boire

folâtrerie nf : action, parole folâtre

fontange nf : nœud de ruban qu’on place sur la tête

galactomètre nm : instrument pour mesurer la qualité du lait ; pèse-lait

galimafrée nf : espèce de fricassée composé de restes de viande

gargoussière nf : sorte de gibecière où l’on met les enveloppes contenant la poudre d’une bouche à feu

gastrolâtre nm : gourmand ; celui qui fait un dieu de son ventre

génésiaque adj : qui se rapporte à l’origine du monde

gracioso adv : gracieusement (en musique)

guenuche nf : petite guenon

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12 mai 2026

Disparus / Laura

1

La brusquembille,
Mot qui meurs en ville,
Me rappelle mon idylle
Avec  les autres drilles

 

Je les ai attendus bredi-breda
Avec Ida
En regardant la Léda
De Vinci, mon dada

 

L'azédarac 
A été vu au bras de Balzac
Vêtu d'un frac
A Aurillac

 

J'ai pris une voiture
Pour chercher la baisure
J'ai roulé à toute allure
Sans repérer sa stature

 

Disparu, tu as disparu.
Disparu, tu as disparu[1]

 

Au coin de ta rue.
Je t´ai jamais revu.

 

2

J'avais dessiné sur le sable
Un  canezou remarquable
Puis d'autres mots plus aimables
L'ont emporté avec la capucinière

 

Je me suis assise près de l'arbre cispadan
Mais la clabauderie  a fichu le camp
Je l'ai cherchée dans les champs
Les bois et à Rouen

 

Et j'ai crié, crié : "Bandoline[2] !",
Pour revoir sa bobine;
J'en ai eu une angine.
J'aimais tant cette coquine

 

Sous l'azédarac
A Carnac
Je me suis retrouvée en vrac
Dans mon hamac

 

J'ai couru jusqu'à la devanture
De la boulangerie où une baisure
Avait perturbé la progéniture
Du boulanger à la forte carrure

 

Ses cheveux étaient gluants de bandoline
Alors j'ai crié Aline
Bredi-breda mais ma voisine
Avait disparu en sourdine

 

Quand nous jouions à la brusquembille
Comme une anguille
De sa chaise avec estampille
Elle est partie en vrille

 

Je revoyais son canezou 
Qui me donnait envie de bisous
J'ai crié ouh ouh
Vers la capucinière

 

Mais elle avait disparu
A l'horizon cispadan
Pour une clabauderie d'enfant
Me laissant face au néant

 

Disparu, tu as disparu.
Disparu, tu as disparu

 

Au coin de ta rue.
Je t´ai jamais revu.

 

[1] http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2016/01/14/disparue-jean-pierre-mader-5744687.html

 

[2] Paroles Aline par Christophe - Paroles.net (lyrics)

12 mai 2026

Récit de vie. 1 / Anne J.

 

Ce matin, je suis allée faire des courses et comme hier était un jour férié, il y a foule à la Biocoop près de chez moi. Parmi toutes les ménagères bobo qui peuplent le magasin, je croise quelques guenuches, ces femmes qui font des grimaces de singe devant l'étal de yaourts en ne sachant pas quoi choisir, elles ont oublié leur galactomètre, pour savoir si elles ont encore droit dans leur régime sans gluten ou sans lait à un pot de Skyr. Pour ma part je rejette d'emblée les farcineux, ces poulets mous élevés en batterie, lavés a l'eau de javel, venus de Thaïlande ou du Brésil et je jette un regard dégoûté sur les étanfiches. Ces poissons pêchés dans le Leguer et donc locaux me donnent des frissons, je suis définitivement devenue végétarienne et je préfère pour ce soir ma gargoussière au bord de la mer.

 

Ce soir au duriuscule, quand le soleil plongera dans la mer, après une interminable journée de pluie où je suis restée enfermée chez moi, je prendrai mes effondrilles, ces bâtons de marche spécial senior qui m'empêchent de m'effondrer ou de tituber dans les chemins pierreux et j'irais m’empiffrer d'un succulent tajine végétarien à la gargoussière des embruns sur la plage.

 

Très précieuses les effondrilles, car je me remets à peine de ma dernière glissade sur le pavé mouillé, je clabaude encore, j'ai échappé de peu à la bandoline du médecin qui voulait me mettre dans le plâtre pour trois semaines et je dois prendre mon azedarac pour dormir mais quelle idée aussi de prendre le canezou au lieu de la grande rue, un soir de pluie après une averse de grêlons !

 

A la gargote de la plage, les desserts ne sont pas super et bredi breda je chipoterai sur un crumble à la banane et en laisserai la moitié.

 

Demain il me faut aller dans ma capucionière pour m’entraîner au violon sans importuner mes voisins et préparer mon audition à l'élifoire de la semaine prochaine, une grande fête juive où on mange du chou farci et des succulents gâteaux au pavot.

 

J'irai danser gracioso, faluner des pétards et manger des esquimaux avec des amis qui auront trop bu et raconteront, falariques, des contes à dormir debout avant de partir au petit matin, pour l’esquinancie, pays de rêves brumeux de lendemain de brosses, la cuite québécoise au sirop d'érable !

 

 

12 mai 2026

Récit de vie. 2 / Anne J.

 

Traiter ses voisines de guenuche

Ne vous fait pas voir d’un bon œil

Et apostropher ses voisins en les appelant farcineux

Ne vous rend pas le voisinage aimable

Même si on mesure la complaisance au galactomètre.

 

Vu l’état du monde en ce moment

Je préfère ne pas remplir ma gargoussière

De petits plombs

Ou de falariques

J’aurais trop envie de faire une galimafrée

De tous ces politiques bavards et inefficaces.

 

 

Sous l’adézarac je cagnarderai,

Je siroterai les effondrilles

Au fond de ma tasse de thé vert

Pour éviter l’esquinancie

A faire des clabauderies.

Gracioso j’ôterai mon canezou

Et je m’endormirai

Dans la bonace,

Espérant - quelle naïve ! -

Le retour du soleil et de la fraternité.

 

Même pas en rêve !

12 mai 2026

La Bonace des ombres. 1 / Marie Sylvie

 

 

Dans la bonace du soir 

Un archifou s’avance

Flûte en main

Prêt à flûter le vent.  

 

Autour de lui

Les ombres marchent bredi-breda

Comme si le monde hésitait 

Entre rire et poussière.

 

Une guenuche surgit

Coiffée d’une fontange pâle

Et son pas gracioso fend la lumière.  

 

Dans sa gargoussière 

Elle porte des rêves effrités

Des effrondrilles de jours anciens  

Qu’elle offre à qui sait écouter.

 

Alors le ciel devient diaphanéité

Et l’on entend très loin

Le fanfan du matin qui recommence.

12 mai 2026

La Bonace des ombres. 2 / Marie Sylvie

 

 

(version avec sens respecté)

 

Dans la bonace du matin

La mer retenait son souffle

Si calme que l’on aurait pu y entendre le cri-cra  d’une feuille.  

 

Un archifou que l’on disait un peu duriuscule

S’amusait à flûter près du rivage

Tandis qu’un fanfan riait aux éclats

Laissant tomber dans le sable 

Quelques effondrilles de son goûter.

 

Plus loin une vieille gargoussière pendait à l’épaule d’un soldat

Et dans la lumière oblique

La diaphanéité de l’air faisait danser les poussières.  

 

Une jeune fille 

Coiffée d’une fontange 

Avançait doucement

Portant dans ses mains une petite figuline

Qu’elle avait façonnée au lever du jour.

 

Un marchand ambulant

Véritable gastrolâtre

Faisait festoyer les passants 

De restes de galimafrée

Racontant bredi-breda ses histoires fantasques.  

 

À ses pieds une guenuche apprivoisée  

Jouait avec un étoupillon

Tombé d’une pièce d’artillerie.

 

Alors dans ce tableau presque immobile

Quelque chose s’ouvrit 

Un Ébaudissement  simple

Comme si le monde

Pour un instant

Se souvenait de sa propre douceur.

 

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