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L'Atelier d'écriture de Villejean

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5 décembre 2023

La Lettre / La Licorne

 

 "On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans"...disait Arthur. 

C'est vrai. C'est l'âge des premières amours, de celles qui vous fendent le coeur en deux, en quatre, en huit...et qu'on n'oublie jamais. 

C'est l'âge où les filles tracent des lettres aussi rondes que leurs joues d'adolescentes, l'âge où elles font aussi des bulles sur les i, parce que c'est plus joli...l'âge où elles sont romantiques et encore innocentes, souvent.

C'est l'âge où les garçons veulent avoir du succès, l'âge où ils veulent montrer aux copains qu'eux aussi, ils ont des flirts, des conquêtes, l'âge où ils collectionnent les filles comme ils collectionnaient les billes...il n'y a pas si longtemps.

Alors, quand, à la sortie du lycée, la voisine de Paolo a glissé une enveloppe dans sa main en lui disant tout doucement : "Donne-la à Giambattista, s'il te plaît...c'est important", Paolo n'a pas trop écouté ce qu'elle disait...il a surtout vu ses yeux de biche et son sourire de miel, son cerveau s'est brouillé et il est rentré chez lui en serrant la lettre très fort.

Dans sa chambre, il a déchiré l'enveloppe et il a lu les mots. Dès le début, il s'est rendu compte de son erreur. "Cher Giambattista ! ". Bien sûr...ce n'était pas pour lui...c'était toujours pour le beau JB que leur coeur battait. C'était toujours lui dont la boîte à lettres s'emplissait de mots doux, tandis que la sienne restait désespérément vide.

Cette fille, il la connaissait à peine. Il l'avait croisée plusieurs fois dans les couloirs, mais il aurait été incapable de dire comment elle s'appelait. D'après la signature, c'était Coralie. Bizarre, cette signature, d'ailleurs. Elle finissait en "sac de noeuds"...sûrement une fille à problèmes.

Le message était d'une mièvrerie confondante. "Je te regarde pendant les cours et chaque jour, je t'aime davantage. Maryline m'a dit que tu lui avais dit que tu trouvais que j'avais de jolies lèvres. De celles qu'on a envie d'embrasser. Moi aussi, j'ai envie de t'embrasser."

Ah, les filles ! Toutes plus "nunuches" les unes que les autres. Mais quand même, il a de la chance, JB. Moi, avec mon acné et mes lunettes, je ne fais rêver personne. Si ce n'était pas mon meilleur pote, je la jetterais à la poubelle, cette lettre pleine de sentiments sucrés. Mais, bon, je ne peux pas lui faire ça. Je vais l'appeler :

"Allô , Mme Facchini ? Oui, vous pouvez me passer Giambattista, s'il vous plaît ? Merci à vous ! Bonne soirée, Madame. Allô, JB ? C'est Paolo. Dis, y'a une fille qui m'a donné un mot pour toi, à la sortie de la classe. Une brune, avec les cheveux longs. Son nom ? Coralie. Tu ne connais pas de Coralie ? T'es sûr ? Pourtant, c'est ce qui est écrit sur l'enveloppe : "De la part de Coralie", avec un coeur sur le "i".. Que je jette la lettre ? Tu as assez d'admiratrices en ce moment ? Tu ne veux pas t'encombrer d'une greluche de plus ? Bon, ben...écoute, c'est comme tu veux. On se voit demain, au foot, OK ? Oui, j'apporte le ballon. A bientôt, JB !"

Paolo avait jeté la lettre sur son bureau, au milieu d'un tas d'autres papiers. Et puis, le lendemain, la vie avait repris. Le foot, les amis, il avait fourré les papiers dans un tiroir et puis il avait oublié. 

43 ans plus tard, alors qu'il vient de prendre sa retraite, il se dit que c'est le moment de trier la valise dans laquelle il avait entassé, pêle-mêle, ses cahiers et ses notes de lycée. Entre deux pages de philo, il tombe sur une enveloppe jaunie...et en parcourant les lignes, les souvenirs enfouis remontent soudain. La fille...JB...le coup de fil.

Il regarde la signature. Et quelque chose lui saute aux yeux. Caroline ! Le prénom de la fille , c'était Caroline ! Pas Coralie.

Caroline ? Nom d'un p'tit bonhomme ! Mais il connaît une Caroline...qui était au lycée en même temps que lui.

"Dis, chérie...ta soeur, qui est en maison de repos...Caroline oui...tu m'as dit qu'elle avait toujours été dépressive. Mais en fait, elle a commencé quand exactement ... sa dépression ? Ah.....l'année du bac ? Un chagrin d'amour ? Dont elle ne s'est jamais remise ? Pourquoi je te demande ça ? Oh, comme ça. Je me demandais..."

(Remarque : Je n'ai pas tenu compte du contenu intégral de la lettre, un peu trop explicite à mon goût. J'ai préféré imaginer autre chose,  juste à partir de la photo,  ça laissait plus de place à l'imagination...)

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5 décembre 2023

Incognito-incognita / Jean-Paul

AEV 2324-11 JK - Very bad tripPaolo a raconté l'histoire de la lettre retrouvée à son épouse, Dame Sophia. Elle a bien ri, elle aussi.

Parce que Paolo est du genre hypermnésique, à se souvenir des noms des rues de Rome, des numéros des chambres d'hôtels où ils ont séjourné, des noms des personnages de romans, toutes ces données bien inutiles dont elle-même ne s'embarrasse absolument pas.

Or voilà que pour une fois Paolo est pris en flagrant délit d'oubli total ! Elle espère juste que ça ne va pas tourner au « Very bad trip 1, 2, 3 ou 4 » parce que tous les gens auxquels il raconte cette histoire se font un malin plaisir de l'accuser de tous les maux ou, tout simplement, de lui poser des questions qui l’enfoncent dans sa culpabilité.

- Est-ce qu'il y avait une enveloppe ? Peut-être y a-t-elle inscrit au dos son nom et son adresse ? a demandé Anna-Francesca.

- Et alors, si c'était le cas, je lui renvoie la lettre quarante-trois ans après, à la fille, en lui demandant de m'excuser parce que je ne l'ai pas transmise ? Et aussi une copie à Giambattista avec l'expression de ma penauditude - ça existe ? - devant ce forfait incompréhensible et pourtant peut-être décisif ?

***

AEV 2324-11 JK - Passe ton bacMais d'abord résumons les faits : Coralie, 19 ans, va passer son bac. Si elle le réussit elle aura le champ libre pendant les vacances et ira rejoindre Giambattista, « homme marié mais très, très libre » qu'elle a envie d'embrasser. Sauf qu'il y a 222 kms qui les séparent et « des impondérables ». Le plus embêtant des impondérables est ce Paolo qu’elle a chargé de faire passer sa lettre à Giambattista.

Quarante trois ans après Paolo retrouve la lettre au fond d'une valise et découvre qu'il n'a plus aucun souvenir de cette Coralie !

***

De la même manière que Marcel Proust est devenu le « maître-étalon » de la littérature bourgeoise contemporaine - mais de nos jours toute littérature est bourgeoise, l’autre terme de l’alternative étant le rap ou la chanson française écrite en anglais - le mètre étalon de la sagesse, pour Paolo, c'est Sophia.

Ce qui l'a rassuré c'est qu'elle a décrété, à l'emporte-pièce comme bien souvent, « Le passé, c'est le passé ! On ne revient plus dessus ! »

C'est vrai que Sophia n'a pas entreposé de valise de vieux papiers dans le grenier commun. A part des cours de psychologie et des bouquins du même domaine il n'y a rien de son passé à elle là-haut hormis trois disques de Joan Baez.

Quelquefois quand elle va chez son père, elle trouve des vieilles photos d'elle et ça ne lui fait rien, si elles ne lui plaisent pas, de les déchirer.

Mais Paolo n'est pas ici pour raconter sa vie ni celle de son épouse. A part cette histoire de lettre retrouvée et cette lubie de conserver des tas de photos, d'enregistrements sonores et cette valise d'avant le déluge, son existence à lui est trop simple, trop linéaire pour qu’on en tire de la littérature.

AEV 2324-11 JK - Gloria Lasso- Giambattista, a demandé madame Éliane, combien de divorces ?

- Moins que Gloria Lasso !

Madame Maryvonne, elle aussi, a gardé des lettres et quelquefois elle renvoie le paquet entier à son expéditeur ou expéditrice. Elle aussi farfouille dans son grenier et a retrouvé récemment un discours de départ en retraite qu'elle a écrit mais n'a pas prononcé. Alors, quinze ans après, elle l’a envoyé au récipiendaire qui lui a répondu dans le même style sincère mais amusant. Tous ces profs ont des lettres et sont très sympathiques !

Paolo est tellement noyé dans son mystère qu'il devrait envoyer cette lettre non au récipiendaire mais au récipient de flotte en lui disant qu'il ne comprend goutte ! Mais finalement il a écouté Sofia. Il s'est allongé sur le divan des filles à l'atelier psy. Il a raconté l'histoire, elles se sont bien moquées de lui et la semaine prochaine on parlera d'autre chose.

De toute façon avec la cassette numéro 4 de son frère il a trouvé encore mieux comme mystère. Mais c'est quoi cette musique de clavier funèbre ? Ça ressemble furieusement, si on peut dire, à un concert de musique planante comme « Cyborg » de Klaus Schulze et ça semble jouer du violoncelle ! C'est le magnéto qui déconne ou quoi ? La bande qui tourne à l'envers ? Même en accélérant grâce à Audacity la vitesse de l’enregistrement numérisé, ça ne ressemble en rien à ce qu'ils jouaient ensemble autrefois.

L’idéal - et c'est ce dont rêve Sophia - ce serait de le vider sans regarder ce qu’il contient, ce grenier. Parce que c'est terriblement mort ou mortifère, tout ça. Même sur les photos de classe, même dans la liste des gens avec qui on a fait de la musique, si on va interroger Internet avec leur nom, on s'aperçoit que certains d'entre eux sont déjà passés de vie à trépas, dont un à l'âge de 55 ans. Ça a un petit côté vraiment attristant, tout ça.

C'est pour cela que lors d'un prochain voyage de Sophia Paolo ira remettre la lettre de Coralie dans la valise. Par vice, il cherchera son enveloppe éventuelle et il priera. Il priera pour que la jeune fille ait eu son bac, qu’elle ait est rencontré un autre homme, marié ou pas, qui l'aura rendu heureuse et pour qu'elle soit maintenant une sexygénaire épanouie. Il priera pour qu’elle ait oublié ces deux jeunes crétins de Giambattista et Paolo. Ça devrait être d'autant plus facile à faire qu’elle n’a plus de lettres ni de l’un ni de l'autre dans son propre grenier !

AEV 2324-11 JK Eglise-San-Giovanni-e-Paolo-et-la-place (1)
 L'église San Giovanni e Paolo à Venise

28 novembre 2023

Consigne d'écriture 2324-10 du 28 novembre 2023 : Soixante-quatre cases

Soixante-quatre cases

 

Cette ville nouvelle été construite à l’image de certains quartiers de la ville de New-York. Neuf avenues rectilignes s’y croisent à angle droit, délimitant ainsi soixante quatre blocs d’habitation ayant la forme d’un carré parfait.

Utilisez les noms des quartiers et des personnages qui suivent pour raconter une tranche de vie à l’intérieur de cette ville.

La partie française - La partie anglaise - La rue du Fianchetto - Le Boulevard Traxler - Le quartier letton - La Tour blanche – La Découverte - La rue de Steenwijk - Restaurant de la Fourchette royale – Café de la Régence - Le square Tartacover - La statue du grand Turc automate - Le Pré catalan - L’Avenue de la Volga - La place de Budapest - Le Grand roc - L’Immeuble Gambit-Roi - La Casa Rossolimo - L’Orang-outan, café associatif – La piscine de l’Hippopotame – La M.J.C. Diagonale.

La Sicilienne - La Scandinave - La Hollandaise - Monsieur Nimzovitch - Madame Philidor - Monsieur Larsen - Monsieur Tarrasch - Madame Staunton - Monsieur Bird - L’évêque noir - Le cavalier Pieuvre - Emilie Paulsen - Sabine Maroczy - Miguel Najdorf - Robert Fischer - Gaby Marshall - Caro(line) Kann – Sophie Alekhine - Mlle Frauke Grünfeld - Olga Tchigorine - Marc Taïmanov, pion empoisonnant - Le docteur Hérisson.

Vous pouvez nous parler par exemple de Coralie qui se prépare à passer son bachot et est amoureuse d’un homme marié, de Mitsumasa, peintre japonais de passage, de Laure Manaudou venue disputer une compétition à la piscine Bogolioubov, du café « Le Diapason » où l’on joue aux échecs au son des concerts de rock ou de tout ce que vous voudrez bien imaginer dans ce cadre.

litterature

Illustration de Jonathan Wolstenholme

28 novembre 2023

La Vie cachée de Caroline Kann / Anne J.

Elle consulta son planning pour la journée et poussa un gros soupir. Ça allait être une grosse journée, comme bien souvent. Caroline Kann tenait depuis quelques années avec son ex-mari Robert un central de taxis et même dans une petite ville comme Tolérance, c’était beaucoup de travail. Mais Caroline aimait ce travail qui lui faisait rencontrer toutes sortes de personnes et fréquenter tellement de lieux emblématiques dans sa ville adorée. Pour rien au monde elle n’aurait habité ailleurs ou fait un autre métier.

Bon à 9h, il fallait récupérer Madame Philidor à la piscine de l’Hippopotame, comme tous les lundis et jeudis matin. C’était le moment réservé aux personnes corpulentes, voire plus, et la plupart d’entre elles y allaient sur prescription de leur médecin. Caroline sourit en pensant à la grosse madame Philidor en maillot probablement trop petit pour contenir sa masse. Allongée sur le dos elle devait faire penser à une baleine ; heureusement qu’elle ne s’appelle pas Madame Phildefer, pensa-t-elle en pouffant mais quelle chance que la piscine soit aussi possible pour ces personnes là.

AEV 2324-10 Anne J

A 10h, elle passerait devant la statue du grand Turc et fredonnerait inévitablement la marche turque de Mozart, un de ses morceaux préférés ; ça la mettait toujours de bonne humeur et c’était absolument nécessaire avant de retrouver Madame Staunton et Mr Bird à la MJC Diagonale . Ils étaient drôles ces deux-là : ils faisaient mines d’être juste de bons amis mais tout le village savait que Mr Bird quittait sa maison la nuit tombée pour rejoindre la petite maison de madame Staunton d’où il repartait le matin en faisant mine de lui avoir emprunté le journal. Ils s’étaient rencontrés au cours de gym douce de la MJC où ils soignaient tous deux des troubles de l’équilibre et de la marche liés à un début de maladie de Parkinson. Ma grand-mère aurait dit qu’ils sucraient les fraises ! Mais Dieu qu’il fallait de la patience pour attendre qu’ils montent dans la voiture et s’installent. En plus ils se faisaient des politesses style « Après vous, chère amie » « Mais non passez le premier je vous en prie » etc.

Avec tout ça il serait déjà presque midi, Caroline prendrait alors la rue du Fianchetto , celle où elle avait rencontré Robert qui titubait après une soirée arrosée à 1h du matin et qui avait alors vomi dans son taxi comme un malpropre. Le lendemain il était venu s’excuser avec un bouquet de 50 roses et un sourire tellement charmeur qu’elle avait succombé. Robert était un homme charmant quand il n’avait pas bu mais hélas il buvait assez souvent et Caroline avait fini par le mettre dehors.

AEV 2324-10 Anne J

La rue du Fianchetto conduisait à la Casa Rossolino tenue par le clan des Siciliens et une mamma sicilienne qui faisait des pizzas à damner tous les saints de Sicile ; Caroline les adorait mais ne s’en autorisait qu’une par semaine, sinon c’est sûr on finirait par la retrouver le lundi à la piscine de l’Hippopotame

Puis ce serait le moment d’une petite sieste bienfaisante avant de rejoindre l’école scandinave et les 3 petits Nimzovitch, 2 filles et un garçon qui habitaient en dehors du village et que leurs parents avaient inscrits dans cette école révolutionnaire où on faisait cours dehors par tous les temps et où il n’y avait pas d’autre salle de classe que les bois et les champs alentour.

Les petits Nimzovitch rentrés chez eux, Caroline s’accorderait une pause avenue de la Volga où se réunissait sa chorale préférée qui ne chantait que des chants russes transposés à l’octave supérieure car il n’y avait que des femmes pour chanter ces hymnes au grand Staline malheureusement écrits pour les basses profonds des cosaques.

AEV 2324-10 Anne J

A 20h, elle rejoindrait ses copines Gaby, Olga et Sophie au restaurant de la Fourchette Royale Elles y finiraient la soirée en compagnie du cavalier Pieuvre, de l’évêque noir, et du docteur Hérisson à raconter des ragots sur les habitants de Tolérance , à jouer au « 6 qui prend » et à siroter de la vodka géorgienne de contrebande.

On avait écrit « les malheurs de Sophie » mais qu’il était bon d’écrire « les bonheurs de Caroline » à moins que ce ne soit «  La vie cachée d’un chauffeur de taxi à Tolerance » !  

28 novembre 2023

Une Ville atypique / Marie-Thé

Une ville détruite par des bombardements a été reconstruite à l’image de certains quartiers de la ville de New-York. Les rues sont rectilignes et les immeubles d’habitation ont la forme d’un carré parfait.

Chacun de ces blocs possède une singularité marquée par ses habitants ou bien par ceux qui y ont séjourné. On peut découvrir la partie française, la partie anglaise, le square Tartacover et bien d’autres quartiers encore.

AEV 2324-10 Marie-Thé - Foujita

C’est dans cette ville atypique que Mitsumasa a choisi de venir en résidence pendant une année. L’architecture droite et sans fioritures semble convenir à ce peintre japonais.

Dans le quartier Letton, au 2e étage de la 9ème rue, vit Coralie, dans un studio d’étudiant. Elle est amoureuse, fume du shit et a bien du mal à se concentrer sur le programme du bachot qu’elle doit passer dans quelques mois.

Elle se rend chaque semaine à la piscine de l’Hippopotame. C’est là qu’elle rencontre Mitsumasa et qu’il lui demande de devenir son modèle.
Ils se retrouvent chaque semaine dans la piscine après une séance de pose. Ensuite, Mitsumasa emmène Coralie dîner au restaurant de la Fourchette Royale avant d’aller dans son appartement pour faire ce que font tous les amoureux, c’est-à-dire dormir ensemble.

C’est la belle vie pour Coralie qui, de ce fait, ne travaille pas beaucoup et vit sur un petit nuage. « Je partirai avec Mitsumasa au Japon à la fin de l’année, c’est sûr ».

AEV 2324-10 Marie-Thé

Un jour qu’elle passe devant le café Diapason en revenant de ses cours, elle le voit attablé face à un Asiatique, le Docteur Hérisson, bien connu dans la ville pour sa médecine basée sur l’acupuncture. Ils font une partie d’échecs au son d’un concert de rock. Mitsumasa lui sourit lorsqu’elle entre et s’assoit à côté de lui.

A la fin de la partie, ils discutent de choses et d’autres, en particulier de l’art de vivre du Japon et le Dr Hérisson demande à Mitsumasa si sa femme n’aurait pas eu envie de l’accompagner dans son voyage.

Coralie se décompose. Elle ne savait pas que Mitsumasa avait une famille !

Blessée, elle renverse le jeu d’échecs, crie à tue-tête « Tu es un traître !». La musique s’arrête. Les clients se taisent et regardent Coralie. Pour ne pas montrer ses larmes, elle quitte le café Diapason en claquant la porte comme dans un film tragique.

Il a fallu à Coralie quelques semaines de repos pour digérer cet affront et sa déception.

Et puis, aidée par ses amies de la fac, elle a retrouvé une vie normale et s’est remise à préparer sérieusement son bachot.

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28 novembre 2023

Ville nouvelle / Maryvonne

Dans cette ville nouvelle, nous pourrions penser que les habitants sont froids et distants, venus ici pour être parfaitement des inconnus les uns pour les autres.

Au contraire, l'instinct grégaire boosté par ce nouvel environnement a été amplifié. Chacun a voulu explorer les nouveaux lieux de chaque quartier. C'est ainsi que l'évêque noir a voulu faire un prêche depuis la tour blanche. Il s'est exprimé en termes hauts en couleur et a ravi l'assemblée très colorée. Personne n'a ri jaune même à ses propos un peu verts.

Au restaurant de la Fourchette royale Olga Tchigorine, la Scandinave, a voulu goûter la sauce hollandaise et est tombée en même temps sous le charme du grand Turc. Ils sont partis bras dessus-bras dessous vers la piscine de l'Hippopotame où ils ont eu la surprise d'y trouver Laure Manaudou à l’entraînement. Forcément à quartier moderne piscine moderne, elle est venue essayer.

Dans la partie française, au café associatif, Monsieur Larsen est venu écouter de la musique. Il a rencontré Gaby Marshall, une soprano colorature qui connaît bien l'évêque noir et évidement ça tisse des liens.

- Mais alors vous connaissez aussi Monsieur Bird qui chante comme un rossignol ?

- Mais oui nous avons fréquenté ensemble le Diapason, un cours de chant, en arrivant dans cette ville nouvelle.

Dans l'entrefait le docteur Hérisson est est arrivé ; il a voulu saluer Gaby Marshall qui est une de ses patientes, mais celle-ci l'a snobé, tout affairée à faire connaissance avec Monsieur Larsen.

AEV 2324-10 Maryvonne - paella

Du coup ça a mis Hérisson en boule et il est parti en disant « Puisque c'est ça je vais retrouver Margaret Staunton dans la partie anglaise. Ça fait longtemps que j'ai envie de l'inviter à La Casa Rossolimo pour une bonne paella au riz noir, vous savez avec de l'encre de seiche et des toutes petites pieuvres bien grillées. Nous allons nous régaler et tant pis pour Gaby, cette Castafiore de pacotille. Si elle en pince pour Larsen, très bien ! Cette histoire me rebat les oreilles.

Après s'être bien régalés en sortant du restaurant, ils ont croisé Olga et le grand Turc qui sortaient de la piscine. Le Docteur Hérisson, bien allumé par le bon vin qu'il a bu avec la paella a reconnu Olga qui est aussi une de ses patientes. Le voilà qui entonne
la chanson, les bras grand ouverts :
« Olga , ma p'tite bonne femme mon radada !
mais t'es revenue du Nebraska, Youpie !

Le grand Turc n'a pas aimé mais Olga a éclaté de rire et c'est à quatre qu'ils sont partis au café de la Régence boire une dernière coupe de champagne, dans la partie Française forcément ! 

28 novembre 2023

Adrienne s'amuse / Adrienne

28 novembre 2023

Caroline ? / Jean-Paul

- Moi je lis plutôt « Caroline » m'a dit mon épouse à qui j'ai montré la lettre de ouvrez les guillemets Coralie point d'interrogation fermez les guillemets et à qui j'ai raconté l'histoire de la lettre non transmise. (cf ce texte-ci)

Si on met à part le fait que Jean-Baptiste était bien encore en 1980 un de mes meilleurs amis toute cette histoire pourrait très bien sortir d'un roman de Patriiiiick Modiano.

AEV 2324 10 JK Hopper_NighthawksDans une ville dont on ne mentionne pas le nom existerait un café associatif appelé L’Orang-outan. Pas un de ces palaces à grandes baies vitrées comme on en voit dans les tableaux d'Edward Hopper, non mais un troquet à l'ancienne comme celui que tenaient la mère et la grand-mère de Daniel Bird à Wazemmes, quartier très populaire de Lille.

Ce café de l'Orang-outan se trouverait dans le bloc B4, dans la rue de Steenwijk. C'est là que tous les soirs Olga Tchigorine et Caroline Cann se donnent rendez-vous. Ce sont des étudiantes. La première, Olga, sirote une grenadine avec un glaçon alors que Caroline turbine au Perrier tranche.

Elles ont entrepris d'écrire un roman à quatre mains. Cela s'appelle « Sabine Maroczy ».

Pour Olga qui a imposé le patronyme du personnage il était impératif que ce nom se termine par un Y à cause de « Madame Bovary ».

- Si tu veux, a concédé Caro Cann, mais je refuse qu'elle se suicide à la fin du livre. D’ailleurs personne ne doit mourir dans mon roman, enfin dans notre roman.

 

AEV 2324-10 JK Collage Cavalier pieuvre

- Même pas le cavalier Pieuvre ?

- A la limite celui-là peut perdre un bras sur le champ de bataille mais sinon pas de passage de vie à trépas !

- Ni non plus Marc Taïmanov, le pion empoisonnant du collège Philidor, avenue de la Volga ?

- Un pion c'est temporaire, juste le temps du collège ou du lycée. Ça s'oublie. Sa promotion en prof est assurée pourvu qu'il bosse et qu'il décroche le CAPES. Il peut même rêver d'agrégation si tout tourne bien.

Chaque soir Olga et Caro se lisent l'une à l'autre le chapitre qu’elles ont pondu chacune de leur côté. S'il y a des incohérences elles corrigent puis elles discutent des évolutions possibles et se répartissent les deux chapitres suivants dont elles ont énoncé la trame.

Certains soirs Miguel Najdorf, leur condisciple qui donne des cours de piano à la M.J.C. Diagonales pour payer ses études vient les saluer et tente de savoir ce qu'elles écrivent. Mais devant ses questions les deux jeunes femmes se ferment comme des huîtres.

- Ça ne te regarde pas, Miguel !

- Je suis sûr que c'est de la poésie !

- Pas du tout ! Tu n'y es pas du tout !

- Ou alors c'est une méthode pour gagner à la bataille navale !

- Écarte-toi au lieu de dire des idioties ! Tu nous enlèves toute la lumière !

***

La patronne de l'Orang-outan s'appelle Greta Staunton. C'est là le nom de son mari car elle est hollandaise d'origine. Après la fermeture elle traverse à pied la ville dans la nuit pour rejoindre le bloc F5, l'immeuble Gambit-Roi à l'angle du boulevard Traxler et de la rue du Foie frit.

Son mari Edward est cuisinier à la Casa Rossolimo, une pizzeria installée au bas du bloc B5 qui est donc voisin du B4 où se trouve le café associatif.

Lui ne la rejoint que plus tard à la maison car le restaurant accueille encore plus longtemps les fêtards qui vont au spectacle et dînent ensuite. Souvent sur l'oreiller ils se racontent leur journée, les aventures de leurs clients, les esclandres des habitués, les fricotages des uns et des autres.

- C’est vrai qu'il n'y a pas mieux qu'un restaurant pour fricoter ! admet Greta mais ce soir j'ai mieux que toi comme ragot. Ton patron, monsieur Benoni, est venu à l’Orang-outan jouer à l'avantageux devant les étudiantes qui écrivent un roman !

- Elles ne risquent rien les minettes, avec cet homme-là !

- Quand même, elles sont majeures, bien jolies et bien attirantes !

- Si elles écrivent des romans c’est qu’elles n'ont pas la tête à s'en bâtir un de ce genre-là. Il y a assez d'étudiants de leur âge en ville ! Elles ne vont pas s'intéresser à un commerçant marié qui commence du reste à bedonner un chouïa !

- Sait-on jamais ?

*** 

2023-04-18 - Nikon 371

C'est une semaine après ce dialogue-là qu'on a découvert dans le square Tartakover le cadavre d'un militaire du 41e régiment de cavalerie. Il avait été découpé proprement et savamment en morceaux et du coup on a suspecté le boucher Tarrasch dont la boutique, place de Budapest, donne sur le square. Le plus étrange de l'affaire est bien que dans les sacs plastiques se trouvaient également six autres bras humains.

- Ça fait penser au cavalier Pieuvre ! a confié Olga Tchigorine à Caro Kann !

Le boucher avait un alibi en béton. Alors une espèce de psychose s'est emparée de la ville. Des gens se sont confinés chez eux, les boutiques ont baissé les volets plus tôt, plus personne ne traînait la nuit dans les rues.

Puis l'affaire s'est tassée, tout est redevenu normal dans la vie d’Edward et Greta et des habitants de la ville aux soixante-quatre blocs. Sauf qu'un matin où il ne s'y attendait pas Edward a trouvé la pizzeria définitivement fermée et a perdu son emploi.

- Monsieur Benoni a disparu ! Envolé ! Il va falloir que j'aille pointer au chômage et que je trouve un nouveau job !

- Ils sont partis en emportant la caisse ?

- Non pas « ils ». Lui tout seul. Elle, la pauvre madame Benoni, est effondrée. Elle ne comprend pas. J’espère que ça n'a rien à voir avec l'affaire du square Tartakover !

C'est à peu près à ce moment-là que Caro-Kann disparaît elle aussi de la ville et de la vie d’Olga.

Celle-ci est allé au commissariat de police demander une recherche dans l’intérêt des familles, de la littérature juvénile et du comité Nobel.

- Avant de disparaître elle m'avait donné une lettre à remettre à Monsieur Benoni.

- Vous l'avez cette lettre ?

- Ben non, je l'ai remise !

- Vous l'avez lue ?

- Ben non c'était mon amie, c'étaient ses affaires. Je ne lis pas le courrier des autres, c’est indiscret.

***

Le roman « Sabine Maroczy » n'a jamais paru en librairie. Il est resté à l'état de brouillon inachevé dans une valise marron conservée dans le grenier d’Olga Tchigorine.

C'est tout juste, le jour où elle l'ouvrira, si elle se souviendra de cette Caroline Cann ! Mais se prénommait-elle réellement Caroline ? Elle n'en n'est plus très sûre à présent, quarante ans après ! 

AEV 2324-11 Coralie ou Caroline - signature

21 novembre 2023

Consigne d'écriture 2324-09 du 21 novembre 2023 : Le Jour suivant

Le Jour suivant

 

C'est le titre d'un livre, ou plutôt d'un album d'illustrations muet, du graphiste japonais Mitsumasa Anno, paru à L'École des loisirs en 1979.

On y voit les étapes du périple que le dessinateur a accompli en Europe en 1963, 1975 et 1978. Les lieux représentés sont un mélange de médiéval et de contemporain assez surprenant.

Vous allez choisir une des images de l'album. L'incipit de votre texte sera obligatoirement "Le jour suivant, Mitsumasa..."

Vous devrez obligatoirement inclure dans votre texte les cinq mots qui figurent sous l'image choisie. Vous essaierez de décrire un maximum d'éléments de détail de cette image.

AEV 2324-09 Mitsumasa Anno  AEV 2324-09 Mitsumasa Anno
Linge
Cartable
Clocher
Fleurs
Statue
Cavalier
Diligence
Bicyclette
Jarres
Lavandière
 AEV 2324-09 Mitsumasa Anno  AEV 2324-09 Mitsumasa Anno
Pigeons
Kiosque
Ballons
Oeil-de-boeuf
Dôme
Calèche
Tuiles
Arcades
Cheval
Clocher
 AEV 2324-09 Mitsumasa Anno  AEV 2324-09 Mitsumasa Anno
Religieuse
Porte-voix
Landau
Caravelle
Échafaud
Violoncelle
Toréador
Marionnette
Mousquet
Coiffeuse
 AEV 2324-09 Mitsumasa Anno  AEV 2324-09 Mitsumasa Anno
Photographe
Bonneteau
Terrasse
Plan
Spaghetti
Rialto
Pigeon
Gondole
Cloche
Arcade
21 novembre 2023

Tout un cinéma / Maryvonne

AEV 2324-09 Mitsumasa AnnoLe jour suivant Mitsumata s'émerveilla devant les arcades où l'ombre était bienfaisante. La chaleur lui tombait sur les épaules comme un couperet. Mais plus horrible était la vision de la guillotine qui préfigurait une exécution où, là, la tête tomberait vraiment des épaules. Hormis qu'il ou elle n'aurait plus jamais de coiffeuse la mort n'avait aucun avantage. Que l'on soit le toréador encorné par le taureau ou le soldat victime d'un mousquet, la mort avait le même résultat.

C'est étonnant de réunir dans un même endroit la vie bouillonnante d'un marché avec des peintres, des sculpteurs, des marchands, des marionnettes et la veuve rouge.

Au centre un capitaine au long-cours a exposé son bateau dans le but sans doute de constituer son équipage. Ceux qui rêvent de voyage ne savent pas que s’ils signent, ils embarqueront pour une vie de galère sauf si c'est juste pour un rôle dans un film.

Du haut de sa monture Mitsumata s'étonne du mélange des époques et se dit que c'est peut-être, là, Cinecittà avec sous ses yeux les accessoires de cinéma car les affiches de Jean Gabin, Sophia Loren, Charlie Chaplin et Marilyn Monroe nous emmènent au XXème siècle et non au temps de la Louisette.

Un accessoiriste convoie sur un chariot la statue de la louve avec Romulus et Remus.

Pour mettre toute cette scène en musique, un violoncelle attend son heure à l'entrée de l'église pour jouer la symphonie de la « Commedia del Arte » : Moteur ! Action ! Et si vous montez les marches de la raccourcisseuse, ne coupez-pas !

AEV 2324-09 Maryvonne

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