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L'Atelier d'écriture de Villejean

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12 décembre 2023

Consigne d'écriture 2324-12 du 12 décembre 2023 : Elliott Erwitt

Elliott Erwitt

 

 

elliott_erwitt

Elliott Erwitt est un photographe documentaire américain considéré comme l’un des maîtres dans son domaine. Connu pour ses images en noir et blanc candides et souvent drôles, Erwitt est responsable de quelques-unes des plus emblématiques photos du XXe siècle, notamment des portraits de personnalités comme Marilyn Monroe, Che Guevara et Richard Nixon. Vivant à New York, Erwitt voyage beaucoup pour ses commandes. Tout au long de sa carrière, l’artiste publie de nombreux carnets photos, souvent sur des chiens. « Le travail qui m’intéresse est terriblement simple », note-il humblement en 1988. « J’observe, j’essaie de divertir, mais surtout je veux des images qui soient émotion. C’est ce qui m’intéresse dans la photo ».  Il est décédé le 29 novembre 2023.

Vous choisissez une photo parmi les quinze proposées et vous commencez à écrire, sachant que deux autres photos vous seront distribuées, une par une, et influeront sur l’écriture de votre texte puisqu’il devra être illustré par ces trois photos en fin de course.

Pour la version en ligne, choisissez trois photos qui se suivent dans ce tableau et écrivez-nous un texte qui mène de la première à la deuxième et nous emmène ensuite jusqu'à la troisième.

Elliott Erwitt - Lucienne Vna Kan 1954

Elliott Erwitt - Versailles 1975

Elliott Erwitt - Dog legs New-York 1974

 1 Lucienne Van Kan 1954

2 Versailles 1975 

 3 Pattes de chien 1974

Elliott Erwitt - Marilyn New-York 1956

Elliott Erwitt - Le Garçon à la baguette Provence 1955

Elliott Erwitt - Che Guevara 1964

 4 Marilyn Monroe 1956

 5 Provence 1955

 6 Che Guevara 1964

 Elliott Erwitt - La Tour Eiffel 1989

 Elliott Erwitt - Prado madrir 1995

 Elliott Erwitt - Bulldogs on stoop New-York 2000

 7 Paris 1989

 8 Madrid, Musée du Prado 1995

 9 New-York 2000

Elliott Erwitt - California kiss 1956

Elliott Erwitt - Dali 1963

Elliott Erwitt - Metropolitan museum 1988

 10 Santa Monica 1955

 11 Salvador Dali 1963

 12 New-York 1988

Elliott Erwitt - Paris 1970

Elliott Erwitt - Wilmington 1950

Elliott Erwitt - Wyoming 1954

 13 Paris 1970

 14 Wilmington 1950

 15 Wyoming 1954

 Vous pouvez admirer d'autres photos d'Elliott Erwing ici où nous les avons empruntées.

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12 décembre 2023

Petit Paul fait une belle rencontre

Le boulanger avait dit : « Il faut me livrer ces deux baguettes. » Paolo était allé chercher son vélo, aussitôt suivi par Petit Paul qui avait à peine eu le temps de se demander s’il était vraiment plus grand que les baguettes. Paolo avait enfoncé le béret sur la tête de son petit-fils, l’inclinant sur la droite pour le protéger du soleil. Il avait ensuite pris le sien avant de charger les baguettes et le garçon sur le porte-bagages. Ils étaient partis par la grand-route.


Dans le bourg et à sa sortie, il y avait une ligne blanche qui délimitait la route puis, lorsqu’on arrivait dans la campagne, la ligne s’interrompait au niveau des platanes. 


Paolo aimait prendre son temps, il aimait que les autres sachent le faire aussi. Il roulait quasiment au milieu de la chaussée et tant pis pour les voitures qui arrivaient derrière. Elles doubleraient si elles avaient envie mais lui ne se rangerait pas. Petit Paul aimait accompagner son grand-père qui sifflotait des chansons ou des airs joyeux. C’était, sur ce vieux vélo, le moment de complicité particulier entre eux.


Ce jour-là, Petit Paul entendit du bruit derrière lui. Il se retourna et distingua au loin une voiture qui approchait en dégageant de la poussière.

 

- Pépé Paolo, Pépé Paolo, je crois qu’il faudrait se mettre un peu sur le côté… »

 

Mais Paolo n’en avait pas envie et venait seulement d’attaquer le refrain de "La Java bleue".

En y repensant ce soir-là, Marylin leva les yeux de son livre et sourit. Vraiment, ces français : les bérets, le vélo, la casquette et cette lenteur dans la manière de vivre dans les campagnes ! Elle avait demandé au chauffeur de sa belle voiture rouge de ralentir et de rester derrière le vélo. Ils avaient roulé lentement en décapotable. Marylin avait alors entendu Paolo chanter. Elle, dont la voiture filait jusque là vitres fermées à vive allure, s’était laissé cueillir par ce jeune enfant d’abord inquiet puis joyeux, la chanson du grand-père, les baguettes qui lui faisaient envie et tous les parfums de l’été qui lui réjouissaient les narines. La voiture s’était ensuite portée au niveau du vélo et elle avait tenté d’engager la conversation avec Paolo. Devant les incompréhensions, ils avaient fini par communiquer par gestes, ce qui n’était guère évident pour Paolo qui ne pouvait pas trop lâcher son guidon !


Marylin sourit et envoya des baisers au vieil homme et à l’enfant. La voiture fila devant. Marylin était attendue et ils étaient déjà en retard. Elle décida de garder en mémoire ces quelques minutes incongrues comparées au reste de sa vie.  C’est cette dernière image qui lui resta quand elle quitta ce monde. Personne ne sut qu’elle partit dans l’au-delà avec ce dernier souvenir de tendresse, de chaleur, de douceur et de paix. 


La baronne Trucmouche du Machin Chose qui allait se recueillir sur la tombe de son défunt mari, magnat du pétrole, ne daigna pas diriger son regard vers l’allée du cimetière où Marylin est enterrée : cette Marylin, dépravée, droguée, aguicheuse, qui était capable de détourner d’honnêtes hommes, dont le sien, d’un beau mariage et d’une vie de père de famille ne valait pas le détour.


La baronne, accompagnée de son petit chien et du gros de son défunt mari, accéléra le pas pour aller se recueillir sur la tombe familiale d’où un photographe prit le cliché de ces huit pattes.
 

12 décembre 2023

Discours d'ouverture de la COP 1000 / Anne J.

- Messieurs , mesdames, nous voici tous réunis pour la COP 1000 en cette année 2124 ! Je suis heureux de vous accueillir pour cette cérémonie d'ouverture en ce mois de décembre et de fêter avec vous le 1000ème anniversaire de ces rencontres décisives pour la planète.

Sur le mur derrière moi , vous pouvez contempler une image d'un temps tout à fait révolu , une époque où pour parcourir les vastes espaces qui existaient en certains endroits de la planète Terre on pouvait utiliser des moyens de locomotion horriblement polluants.

Elliott Erwitt - Wyoming 1954 

A votre droite, un train, on disait aussi un chemin de fer, propulsé par une locomotive à charbon, une substance minérale extraite de la terre par des travailleurs, dans des conditions plutôt pénibles. La combustion de cette substance produisait de la vapeur qui actionnait des pistons avec lesquels on faisait avancer cet engin qui tirait des voitures en grand nombre et dans lesquelles on entassait des personnes, des animaux et des marchandises. Comme vous le voyez, cela dégageait aussi un panache de fumée assez sombre et passablement toxique et polluante.

Mais ce transport est encore moins nocif pour la planète que ce que vous voyez a gauche. Cette petite caisse sur roues est une voiture individuelle, qui peut transporter seulement 4 à 6 personnes, contrairement au train qui peut en véhiculer plusieurs centaines, et qui fonctionne par la combustion d'une huile dénommée pétrole ou essence, elle aussi extraite de la terre. On disait « des énergies fossiles » et seuls certains pays en avaient ; ils se croyaient les rois du pétrole et le faisaient payer un max à ceux qui n'en avaient pas. Ces pays-là sont tous désertiques désormais depuis que plus personne n'utilise ces énergies qui ont failli détruire la planète.

La voiture roule sur ce ruban noir qui est ce que l'on appelle une route, qui doit être entretenue régulièrement et qui est couverte d'un matériau dénommé asphalte, lequel provient aussi de ce fameux pétrole !

Les routes ne sont désormais plus que des larges chemins pour les piétons et de magnifiques pistes cyclables en terre sur lesquelles on peut rouler à vélo. Remarquez aussi les poteaux et les fils électriques sur cette photo. Ces éléments ont totalement disparu du paysage après les tempêtes mémorables des années 2050 qui ont tout arraché et ont enfin été remplacés par des lignes électriques enterrées pour acheminer notre électricité propre issue des énergies renouvelables. Ces transformations ont de plus réjoui les photographes !

Dans ce nouveau monde des années 2100, on se déplace désormais par lévitation et l’énergie est fournie par les puces implantées dans notre cerveau. En raison de petites imperfections il est recommandé de s'aider d'un parapluie pour garder l'équilibre jusqu'à ce que l'intelligence artificielle corrige les bugs du programme et nous permette de planer sans risques. Admirez la souplesse et la grâce ainsi que le jeu de jambes du personnage au centre de la photo. Ce moyen de déplacement se pratique sur terre et sur mer ce qui est bien utile car la mer recouvre désormais une grande partie de la planète. Le monument très ancien au fond de la photo est l’ancien emblème de la ville de Paris. Construite sur un marécage par un ingénieur astucieux, cette tour, malgré son âge, a très bien survécu à l’élévation considérable du niveau de la mer.

A droite, l’homme et la femme qui ont les pieds au sol ont hissé un signal devenu obligatoire en fermant a demi leurs parapluies, car ils sont arrêtés en pleine circulation et pourraient être verbalisés. Si vous attendiez un peu, vous les verriez s’élever dans un tango langoureux et voguer d’un seul geste vers les sommets tout proches des Alpes, à moins qu’ils ne décident de se refugier sur la lune : la mer de la Tranquillité est depuis peu le lieu à la mode pour les lunes de miel !

Elliott Erwitt - La Tour Eiffel 1989

Si les vols interplanétaires vous font peur et si vous avez assez le vertige pour ne pas vouloir planer au-dessus des océans, il existe désormais un nouveau moyen de déplacement sans aucun risque : les livres .

A vrai dire il s’agit d’une très vieille méthode remise au goût du jour. Pour en profiter, il suffit d’aller dans un lieu qui renferme ces précieuses choses, d’ouvrir le premier volume qui vous inspire, de s’asseoir à une table ou de se coucher confortablement dans un lit avec deux oreillers et de se plonger dedans : aucune énergie dépensée, vous pouvez même en produire si, en même temps que vous parcourez les pages, vous pédalez sur un vélo statique. Pour y voir clair, une simple bougie fichée dans une bouteille suffit.

Et pour voyager plus loin, grâce à une modification de nos chromosomes faite couramment dès la naissance à tous les bambins, il vous suffit de boire la liqueur forte de votre goût correspondant au pays que vous voulez visiter : une gorgée de rhum vous enverra planer au dessus des île Caraïbes, un shoot de whisky vous emmènera dans les châteaux des Highlands , un godet de vodka vous fera léviter au dessus de la Sibérie , avec un petit verre de saké vous irez visiter le Japon et une bouteille de limonade bien fraîche vous fera pédaler sur le canal de Nantes a Brest
Peut-être qu’en glissant un billet doux dans le décolleté osé de cette lectrice vous irez passer la
soirée aux Folies Bergères, qui sait ?

Elliott Erwitt - Lucienne Van Kan 1954

Mesdames, messieurs cette brève introduction vous permet de mesurer le chemin parcouru depuis les années 2020 et les événements dramatiques des années 2030 qui ont vu la moitié pauvre de l’humanité affronter des changements drastiques et difficiles.
Nous les pays riches en sommes bien sortis mais il est de notre responsabilité de ….

- Désolés, un problème technique vient d’interrompre ce discours ! On nous annonce l’arrivée d’un engin intergalactique en provenance de la planète Mars…

12 décembre 2023

En noir et blanc / Maryvonne

AEV 2324-12 - Marivonne - En noir et blanc 1 AEV 2324-12 - Marivonne - En noir et blanc 2 AEV 2324-12 - Marivonne - En noir et blanc 3 AEV 2324-12 - Marivonne - En noir et blanc 4

12 décembre 2023

Y'a d'la joie ! / La Licorne

 

Y'a d'la joie
Bonjour, bonjour, les demoiselles

Y'a d'la joie
Sous le ciel gris, coeurs en émoi

Y'a d'la joie 
Et de la pluie dans les ruelles

Y'a d'la joie
Partout, y'a d'la joie

 

Y'a d'la joie
La tour Eiffel est tellement belle

 Y'a d'la joie
Je bondis sans savoir pourquoi

Y'a d'la joie
Bonjour, bonjour jeunes demoiselles

Y'a d'la joie
Partout, y'a d'la joie

 
Y'a du monde 
Dans les galeries, dans les musées, 
 
Y'a du monde 
Qui lorgn' sur vous, belles demoiselles,
 
Y'a du monde 
Qui fait semblant d'se cultiver
 
Y'a du monde 
Partout y'a du monde
 
  
Y'a du monde 
Devant vos charmes naturels
 
Y'a du monde 
Le Louvre ne désemplit pas
 
Y'a du monde
L'homme à l'imper c'est moi, bordel
 
Y'a du monde 
Partout, y'a du monde
 
 
 
Mais ...y'a des fois 
Je vous l'avoue, chère demoiselle,
 
Y'a des fois   
Sous le ciel gris, par temps de chien
 
Y'a des fois  
Où je m'assieds dans la ruelle
 
Y'a des fois 
Je n'sais plus très bien
 

 Y'a des fois 
Quand mon coeur vacille et chancelle
 
Y'a des fois 
 Où, oui, c'est vrai, oui, je m'assois
 
Y'a des fois 
Où je retrouve ma vie de chien
 
Où sans toi(t) 
Je ne suis plus rien
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12 décembre 2023

N comme Nappe à carreaux / Adrienne

12 décembre 2023

Il faut s'en remettre au hasard / Jean-Paul

Elliott Erwitt - California kiss 1956

Il faut s’en remettre au hasard. J’aurais pu ce soir proposer à l’atelier d’écriture dont je suis l’animateur des poèmes publiés dans le magazine La Croix-L’hebdo ou des images de sa rubrique « L’Art et la manière » dans laquelle un journaliste analyse une œuvre d’art.

Or il se trouvait parmi celles-ci, la photographie prise par Elliott Erwitt du fameux « Baiser californien ». Alors j’ai fait le lien avec l’information nécrologique entendue il y a peu sur France-Culture le 29 novembre, date de son décès.

En conséquence – ou du coup, si on préfère – je suis allé voir ses autres photos sur Internet et je n’ai pas été déçu de mon voyage internautique.

Il faut s’en remettre au hasard. Mais en est-ce un vraiment ? En ce moment mon passionnant livre de chevet s’appelle « Un Livre à soi ». C’est un recueil de textes divers de Francis Scott Fitzgerald. De ce fait j’ai regardé récemment un documentaire sur les rapports entre Hemingway et Fitzgerald. Et du coup je lis aussi « Paris est une fête » du gars Ernest. Définitivement, je préfère Francis ! Et me voilà donc avec un troisième voyageur américain, plus tardif, qui s’en vient jeter un œil digne du Droopy de Tex Avery sur le beau pays de France où du reste il est né en 1928 et qu’il a quitté à l’âge de huit ans.

Il faut s’en remettre au hasard. Parmi les quinze photos proposées j’ai choisi, le premier, celle-ci, prise au château de Versailles.

Elliott Erwitt - Versailles 1975Elle ressemble terriblement à un dessin de Jean-Jacques Sempé. Sous le regard étonné d’un Louis XIII jeune ou d’un quelconque courtisan ou ministre de Louis XIV à qui on vient d’interdire l’usage du 49.3 trois visiteurs du château sont en arrêt devant un tableau noir au centre duquel ne figure qu’une étiquette blanche. Non, ce n’’est pas un tableau de Soulages revu et corrigé par Malevitch !

Je subodore qu’il est inutile d’interroger le gardien qu’on voit de dos en train de se dégourdir les jambes. Nous ne sommes pas dans la photo mais devant et si on peut toucher son épaule du bout de l’index, ça ne lui fera rien, il ne sentira rien. Et donc pour savoir ce qui est écrit sur le papier au milieu du tableau il faut peut-être agrandir l’image.

Moi je préfère m’en remettre au hasard et encore plus à mon imagination folâtre. Je décrète qu’il est annoncé : « Isaure Chassériau a quitté son tableau le 1er avril 1999. Nous sommes sans nouvelles d’elle depuis ce jour. ».

 

Isaure 1024

Sans doute est-ce la position des bras de la petite fille, presque identique à celle de la dame en rose du Musée des Beaux-Arts de Rennes qui m’a rappelé cette histoire sortie de mon cerveau d’hurluberlu notoire.

***

One silver dollar… S’il y a bien quelque chose de commun à ces trois voyageurs américains, Fitzgerald, Hemingway, Erwitt, c’est bien leur absence de réticence à parler d’argent.

Le texte le plus drôle de « Un livre à soi » est ce long chapitre ou Scott et Zelda, riches de leurs 36000 dollars gagnés l’année précédente viennent s’installer, en 1924, sur une Côte d’Azur encore déserte. Ils alignent séjours à l’hôtel, locations de villas luxueuses avec nurse, domestiques, jardinier, achat de voiture, restaurants et fêtes bien alcoolisées. Ils auront vite fait de tout dépenser sans s’en rendre compte.

Hemingway, encore inconnu, vit pendant ce temps-là avec femme et enfant dans un quartier populeux de Paris avec un maigre salaire de journaliste, correspondant en France d’un journal de Toronto. Pour arrondir ses fins de mois il va jouer aux courses, gagne parfois mais juge plus prudent de s’arrêter. Paris est une fête dans laquelle il tient le rôle du pauvre et les portraits qu’il dresse des autres exilés américains ne sont pas très flatteurs.

Elliott Erwitt - Lucienne Van Kan 1954Pour Erwitt, on ne sait pas, mais ce cliché, par exemple, là où je l’ai récupéré sur Internet, sur un site de vente d’oeuvres d’art, est vendu 7000 $. On est d’accord : c’est l’oeuvre d’un photographe prestigieux, reconnu, publié, exposé.

Mais cette photo, prise en 1954, qu’a-t-elle d’exceptionnel ? Qui est cette dame? Consulte-t-elle son livre de comptes ou procède-t-elle à la lecture de « L’Adieu aux armes » sur la table de sa cuisine ?

J’ai déjà oublié son nom de baptême. De la bouteille dans le coin en bas à droite de la photo carrée, si je m’en remets au hasard et à ma mémoire, je peux juste dire qu’elle me fait penser au mot « grappa ». A tort, du reste. C’est plutôt là le conditionnement des bouteilles de chianti qu’on voit là. Quelquefois le hasard se trompe !

7000 $ ! Il doit certainement me manquer un neurone mais pour ma part, je ne me pose jamais la question de la valeur financière de ce que j’ai acquis ou fabriqué moi-même. Peut-être que la photo de mes grands-parents avec leurs enfants à Karpacz en Pologne en 1950 vaut plusieurs milliers d’euros ? De toute façon je ne la vends pas, ni aucune de celles, nombreuses que j’ai prises moi-même. Elles n’ont pas de prix.

***

Il faut s’en remettre au hasard : il est parfois très drôle. Ce matin j’ai failli photographier, depuis le bus qui m’emmenait à Beaulieu, alors qu’il était arrêté au feu rouge de l’avenue Janvier, une classe de moutards de maternelle qui attendait l’ouverture des portes du Musée des Beaux-arts pour aller faire la connaissance d’Isaure Chassériau. Ils avaient tous des gilets fluo oranges, roses ou jaunes. D’autres individus plus virulents auraient tiré au LBD dans ce tas d’indisciplinés mais j’ai respecté leur droit à l’image et j’ai surtout eu la trouille d’être dénoncé après publication comme photographe pédophile.

Oui, le hasard est drôle. La troisième image qui me revient lors de ce jeu de logorallye tournant – l’animateur d’atelier a retrouvé pleinement son rôle de parfait sadique ! - est celle-ci :

Elliott Erwitt - Prado madrir 1995

Elle me rappelle la première émission de radio entendue ce matin : une longue enquête sur les pratiques machistes de Gérard Depardieu et les excès de ces messieurs du cinéma. Cela réveille une autre trouille, celle de vivre dans un monde où toute partition masculine est examinée à l’aune de #metoo et des nombreux bémols qu’on peut souligner chez tous ces mâles très mal élevés.

Heureusement il nous reste le rire. Et là, en terminant, je dis « Merci Elliott ! ». Cette photo là ne vaut pas 7000 $, elle vaut 10 ! 10/10 ! Elle n’a pas de prix !

Les sept samouraïs figés devant la femme nue et la dame seule devant le tableau voisin où le même modèle pose habillé, c’est du hasard ou bien de la nature humaine ? A qui s’en remettre pour savoir ? Celle-là, comme on dit chez moi, tu me la copieras !


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 12 décembre 2023

à partir de la consigne AEV 2324-12 ci-dessous

5 décembre 2023

Consigne d'écriture 2324-11 du 5 décembre 2023 : La Lettre de Coralie

La Lettre de Coralie

 

Mais qu’est-ce qui lui a pris à Paolo d’aller fouiller dans cette valise, pleine de cahiers et de lettres, qu’il avait presque oubliée dans son grenier ? Voilà qu’il y a trouvé une lettre adressée à Giambattista, son meilleur ami de ses années de jeunesse, par une certaine Coralie dont il ne se souvient absolument plus. Il est dit dans ce courrier que Paolo devait transmettre la lettre où elle déclare son amour à Giambattista à l'intéressé et, visiblement, il ne l’a pas fait.

Quarante-trois ans après Paolo ne voit plus Giambattista, Giambattista et Marianna ont divorcé et on ne sait rien de plus de Coralie qui, d’après la signature ambiguë, se prénommait peut-être Caroline.

Faites parler un ou une de ces quatre personnages à propos de cette lettre, de cette époque, de son statut actuel de sexygénaire ou de la gestion de ses archives personnelles.

Ou racontez une histoire similaire de lettre retrouvée ou perdue.

AEV 2324-11 Coralie ou Caroline - signature

***

Mardi 15 avril 1980

Giambattista

Pourquoi ne pas écrire « cher » ou « très cher Giambattista » ? me diras-tu ? Je m’explique : ce genre d’expression me paraît débile et trop conforme aux lettres que l’on envoie à une personne que l’on a connue et que l’on flatte en pensant du plus profond de soi-même « Il faut être amical, elle ou il peut toujours être utile !!! » C’est une forme d’hypocrisie dissimulée qui me sort particulièrement par les yeux. Evidemment ce n’est pas général puisque je l’utilise fréquemment lorsque j’écris à des parents. Je ne suis pas pour autant hypocrite !!

Le terme est différent quand j’écris à des amies : « Mon Hélène chérie » « Ma Sylvia adorée », des filles que je connais depuis longtemps et que j’aime profondément. Je ne me vois pas t’appeler « Giambattista chéri » (c’est plutôt commun et … comique) mais c’est un avis comme un autre ; au fait, Marianna t’appelle-t-elle CHÉRI » ?

Aussi t’appellerai-je Giambattista, c’est tout con mais ça me plaît. Peut-être trouveras-tu cette lettre différente de la première qui était un peu débile (rien qu’un peu !!) et quelque peu gamine !!! Mais il paraît que c’est agréable de rester gamine, même quand on a 19 ans, et même quand on passe son bac dans quelques mois… Je dois dire que j’appréhende ce foutu examen qui de plus est décisif pour moi et mon avenir ; j’ai tellement fait la conne que maintenant je m’en mords les doigts, tu comprends, cela signifie tellement de choses pour moi, entre autre, la liberté… La liberté de dire merde à tout le monde et d’envisager mon avenir comme je l’entends…

Si je l’ai j’aurai quartier libre pendant toutes les vacances et je pourrai même venir te voir… Ça, ça serait le PIED, si du moins nous communiquons (critique du téléphone because : on ne se voit pas...) toujours!

En fait c’est la première fois que je sors avec un homme marié (quoique très très libre) et je dois avouer que ce n’est pas si terrible… Il y a quelques années je l’aurais très mal pris, je me serais accusée, peut-être à tort ; les principes, ce sont les gens qui nous les inculquent, c’est pourquoi maintenant tout ceci me passe au-dessus, je dois avoir mûri mais je dois dire que je me fous complètement de ce que les gens peuvent penser de moi et des relations que j’entretiens ; je ne suis pas insensible, au contraire, mais j’estime être réaliste et droite (pourquoi chercher le mal, je suis bien, ainsi).

Tu croiras peut-être que je me confie et sur un certain point tu auras raison car j’avais envie de te l’écrire et si tu veux nous en parlerons. Cela doit t’énerver que j’écrive toujours « peut-être » mais il y a quand même 222 kms qui nous séparent et les impondérables ne sont pas exclus….

Ce qui est certain c’est que j’ai envie de te revoir ; je ne sais pas comment te l’expliquer car je n’ai pas envie de faire de sous-entendus, si sous-entendus il y a… En fait on cherche toujours des complications alors que les choses peuvent se dire si facilement… Voilà ! Je le dis et le répète : j’ai hâte de te voir et tu me manques ».

Je ne sais quand cette lettre t’arrivera, cela dépendra de Paolo.

Moi aussi, j’ai envie de t’embrasser

Coralie

***

L'auteur de cette consigne demande à Caroline-Coralie de bien vouloir excuser l'extrême goujaterie dont il fait preuve. Nous savons tous que ça ne se fait pas de publier du courrier privé sur Internet. Même s'il y a peut-être prescription au bout de quarante trois années ! ;-)

5 décembre 2023

Le Mystère de la lettre retrouvée / Marie-Thé

Bonjour Coralie,

Que s’est-il passé dans ma tête en avril 1980 pour que je ne remette pas à Giambattista, mon meilleur ami, une lettre que vous lui aviez écrite ?

Cette lettre, je la retrouve aujourd’hui avec stupéfaction, en mettant de l’ordre dans ma correspondance. J’hésite à l’ouvrir, je la mets de côté.

Dans la nuit, cette lettre m’obsède et m’empêche de dormir. Alors, n’y tenant plus, je me lève. La curiosité l’emporte et j’ouvre l’enveloppe.

C’est alors que ce que j’ai enfoui au fin fond de ma mémoire pendant plus de quarante ans m’est revenu comme un boomerang. J’en rougis encore.

AEV 2324-11 Marie-Thé - jupe arc-en-ciel

Chère Coralie, vous étiez belle. Cet été-là, vous portiez une jupe longue aux couleurs arc-en-ciel qui s’ouvrait lorsque vous marchiez et découvrait vos jolies jambes. Lorsque, discrètement, je jetais un œil dans le décolleté de votre tee-shirt rouge moulant, je ressentais un émoi. Bref, j’étais amoureux de vous mais la timidité m’empêchait de vous aborder. Le monde appartient aux beaux parleurs. Hélas, je n’en faisais pas partie.

Lorsque vous m’avez confié cette lettre pour Giambattista que je devais revoir la semaine suivante, j’étais désespéré. J’ai déposé la missive dans une valise avec d’autres courriers puis je l’ai oubliée.

C’est à moi qu’elle aurait dû être envoyée, surtout pas à Giambattista, qui déjà était marié et peut-être bientôt père de famille !

Aujourd’hui, je me pose des questions :

Est-ce que j’ai sauvé le mariage  de Giambattista ?
Est-ce que je vous ai privée d’un grand bonheur ?

Désolé, chère Coralie, la jalousie m’a fait perdre la tête.

Je vous renvoie cette lettre. Vous pourrez la détruire et l’oublier. Ou bien ranimera-t-elle la flamme, comme le chantait si bien Jacques Brel :


« On a vu parfois,
Rejaillir le feu,
D’un ancien volcan,
Qu’on croyait trop vieux » 

5 décembre 2023

Chère ou très chère inconnue / Maryvonne

Il est bien dommage que sur cette lettre tu ne laisses pas d'indices pour que nous puissions te retrouver et dénoncer le traître qui a retenue prisonnière cette missive dans une valise. Ceci-dit j'aimerais voir la tronche de la valise, sa geôle pendant tant d'années, poussiéreuse à souhait je pense. Si au moins la lettre avait été avec quelques autres assemblée et nouée par un joli ruban bleu ou rose que l'on appelle une faveur !

Faveur ? Désolée tu n'en as eu aucune de la part de cet individu qui déclare ne pas avoir de mémoire, l'enfoiré ! Ceci n'est pas dû à sa mauvaise foi, vu qu'il n'a pas non plus de bonne foi pour agir de la sorte.

AEV 2324-11 Maryvonne - Aldo Macione

 J'ai une théorie : je pense qu'il y a de la part de Paolo à un acte manqué. Il se dit : « Déjà que Giambattista est marié et qu'une petite peste de 19 ans s'intéresse à lui, c'est beaucoup pour un seul homme !». Paolo, lui, est célibataire et il se dit qu'il n'y a pas de justice et retient la lettre dans l'espoir d'annexer pour lui-même cette jeune Caroline.

Ça lui tourne un peu la tête et après avoir tergiversé, il se retrouve un peu honteux, parce qu'au fond c'est un brave garçon et aujourd'hui il habille sa honte en oubli. Le mot « chéri » dans cette lettre agit comme un mantra qui lui fait tourner les sangs.

Il apprend par cette missive que son copain est très libre. Le con ? Et bien son subconscient lui envoie : très libre ? Alors il ne fera pas longtemps avant d'en trouver une autre. Pourtant ce qui le fait enrager c'est « Qu'est-ce qu'il a de plus, ce rital, qu'un mec comme moi ? ».


AEV 2324-11 Maryvonne - RitalMais ta phrase qui le tue c'est « Je ne sais quand cette lettre t'arrivera, cela dépend de Paolo ». Eh bien jamais ! Paolo décide la censure, ainsi cet amour illicite ne sera pas.

Ce n'est pas qu'il se joue en père « La morale » mais simplement en jaloux et la jalousie peut pousser à de mauvaises actions.

Aujourd'hui le temps à passé, il a un peu honte en pensant qu'il a peut-être fait couler des larmes et qu'une belle histoire a sombré par sa faute.

Il essaie de se racheter en partageant avec nous cet échec mais il aura beau faire et beau dire : cette missive restera une lettre morte.

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