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L'Atelier d'écriture de Villejean
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7 juin 2016

Eloge de l'escargot / Jean-Paul

Amitié

Chez les escargots l’amitié est longue à venir mais quand elle est là, elle dure longtemps. L’escargot est très amical et pas du tout sectaire. Axel Bauer a chanté l’amitié d’un escargot avec deux nuits du Groënland.
Non, vous ne vous rappelez pas « Escargot deux nuits » ?

Et Jacques Prévert a infligé à moult escholiers l’histoire de ces deux escargots qui allaient voir pour la dernière fois une feuille tombée dans l’automne de sa vie et pas dans l’oubli cependant.

L’escargot est aussi comme moi, très ami avec les zeugmas. 


Couple

Lorsque, chez l’escargot, l’amitié devient amoureuse, Roméo ne fait pas de déclaration à Juliette, ni Tristan à Yseut, ni France Gall à Michel Berger, ni Jerôme Cahuzac à Madame l’Administration fiscale.
En effet l’escargot est hermaphrodite : il est tantôt il et tantôt elle et de fait on n’a jamais vu chez cet aimable gastéropode de manifestation pour ou contre le mariage pour tous.
Dans les villages d’escargots il n’y a de toute façon ni mairie, ni église, ni officier d’état-civil.
Quand ils veulent fonder un couple les escargots se mettent en ménage et ils vivent à la colle.

Art de se taire

Personne chez nous les humains n’organise de rendez-vous nocturne pour aller écouter, au plus profond de la Sologne ou ailleurs, en Bourgogne par exemple, le brame des escargots en rut.
L’escargot possède, tout comme la girafe, l’art de se taire dans les moments les plus intenses de sa vie. Son « Rhâââ lovely », son « Encore ! Encore ! », son « Mets ton doigt où j’ai mon doigt », son « Refais le me le », nul ne peut se vanter de les avoir entendus joints à des cris de joie ou des bruits de jouets jouasses quand en juin ou juillet l’escargot jouit ou se paie une toile (forcément de Jouy, si j’osasse).
C’est tout juste s’il émet un léger « Crac » lorsqu’un promeneur distrait écrase par mégarde son logis portatif. Alors que vous, il faut voir et surtout entendre les cris d’orfraie que vous poussez lorsque vous laissez tomber votre Iphone 6 et que son écran se brise ! 

Cuisine

L’escargot n’aime pas entrer dans la cuisine des hommes. Par nature il déteste l’odeur de l’ail.

Gendarme couché

Nous l’avons écrit plus haut, l’escargot est très amical. Il a bien voulu faire cadeau de son nom aux routiers sympas ou pas qui se traînent sur la rocade de Rennes ou sur le périphérique de Nantes afin de protester contre la loi travail ou l’emploi de main-d’œuvre des pays de l’Est dans les transports internationaux. Ce sont les fameuses opérations « Escargot » et quand il y en a les gendarmes ne sont pas près d’être couchés. Ils dévient le trafic et parfois même, quand ils ont quelque chose en eux de Tennessee, ils dévient Crockett.

Par contre là où le panneau de circulation indique un gendarme couché c’est l’escargot qui ne dort pas. Il lui faut en effet escalader chaque jour trente centimètres le long du panneau et en redescendre vingt la nuit. Comme le panneau mesure 1,80 mètre on demande à l’escholier de CM2 au bout de combien de temps l’escargot atteindra le sommet, sachant que l’année est bissextile, que le capitaine a 55 ans et que la baignoire perd O,25 litres tous les cinq litres depuis que Toto y a percé un trou avec la chignole à Papa.

Nudisme

La limace est une espèce d’escargot qui pratique le nudisme dans les jardins bien entretenus plutôt que sur les plages de sable fin. Elle est comme toute le monde, elle n’aime pas avoir du sable dans la raie des fesses.

Pour sortir de sa coquille cette grande folle un peu timide en a bavé mais elle n’est pas récompensée pour autant : en effet, même débarrassée de son dressing-room portatif, la limace à poil dur n’avance pas plus vite que l’escargot encore chargé de son home sweet home. Comme quoi rien ne sert de vouloir courir plus vite que l’ombre de la tortue qui se tire.

Helpdesk d’argot : Même si elle est aussi lente qu’un escargot, la limace est assez habile pour ne jamais se faire cravater quand elle se promène sans chemise et sans pantalon au nez et à la barbe d’un gendarme couché.

Ulysse

Quand Ulysse est rentré à Ithaque il a d’abord dû se farcir le décès de son chien, Argos, sous ses yeux. Le clébard était tellement ému de la réapparition de son maître qu’il a fait une crise cardiaque carabinée dont il ne s’est pas remis.
Puis il est allé retrouver Pénélope. Il a vu qu’elle avait dix ans de plus mais il s’est dit que lui aussi alors il n’a rien dit. Il a vu qu’elle était toujours aussi baba et cool et du coup ni l’un ni l’autre n’ont fait de crise cardiaque.
Mais quand il a vu la tapisserie toujours pas terminée, il n’a pu s’empêcher de demander :
- C’est quoi ce travail de gendarme couché ? »
Il faisait référence au problème de l’escargot qui escalade le panneau indicateur « Guerre de Troie » le jour et redescend la nuit et qui empoisonne la vie de tous les escholiers de la planète depuis que Charlemagne a inventé l’école.

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Sourire

L’escargot ne peut pas éclater de rire. C’est là une action beaucoup trop violente et beaucoup trop rapide pour lui. Tout juste esquisse-t-il, quand on lui conte une plaisanterie grasse, un long sourire d’acquiescement qui met du temps à disparaître. C’est pourquoi, malgré sa présence active dans le secteur de Chester, l’escargot a été dédaigné au profit du chat par Lewis Carroll lorsqu’il s’est agi de mettre dans ses « Aventures d’Alice au pays des merveilles » un personnage à sourire clignotant sur la branche d’un arbre magique.
De toute façon, l’escargot n’escalade que les panneaux indiquant un gendarme couché et ceux-ci n’existaient pas encore à l’époque.

Haïku

L’encyclopédie
De l’escargot Diderot :
Un simple haïkaï !

Rapports

C’est un escargot qui reçoit un SMS sur son téléphone :
« J’ai très envie de toi. Mais ce soir ce n’est pas possible. J’ai la garde des enfants. Et j’ai des principes ».

Il répond à son correspondant qu’il a soixante-dix ans et qu’il doit s’agir d’une erreur de destinataire.
Alors le premier confirme en répondant :
« Désoler » [sic].

Et l’escargot de demander, oralement, à son entourage :
- A votre avis, c’est un homme ou une femme qui m’a envoyé ce SMS ?

Moi j’ai tendance à penser que c’est une femme : les hommes n’ont pas de principe.
En même temps, j’ai tendance à penser que c’est un homme : les hommes n’ont que des rapports très éloignés avec l’orthographe.

Finalement, c’est très bien que l’escargot soit hermaphrodite !

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26 septembre 2017

Le gibier manque et les femmes sont rares / jean-Paul

LE GIBIER MANQUE ET LES FEMMES SONT RARES :
Supplique pour être opéré à l'Hôpital de la Timone à Marseille

se chante sur l'air de la "Supplique pour être enterré sur la plage de Sète" de Georges Brassens

1
Vous n’imaginez pas c’que j’ai fait comm’ boulots !
Explorateur d’enfers, métallo-mégalo
Marchand de casseroles au Harar(e)

J’ai vendu des télés aux paysans d’Ardenne
Mais dans ce grand désert où mon âme se traîne
Le gibier manque, les femmes sont rares.

01 Le gibier manque

2
L’amour c’est aussi con que le chant des oiseaux :
On n’prévoit pas le jour où l’on deviendra gros
Quand on est ivre en la gabare.

J’ai descendu des fleuves absolument grotesques
Et j’ai vu des pays abracadabrantesques
Où l’gibier manque, la femme est rare.

3
Dans les cabarets verts j’ai vu bière et Fräulein,
Ses bourrelets d’antan, muss es sein ? Es muss sein !
Ell’ me surnommait « Ringard Star ».

02 Biere_et_fraulein-1

La danse du balai, la danse du tapis…
Elle s’est envolée, eh bien, ma foi, tant pis !
Le gibier manque, les femmes sont rares

4
Si t’as levé le coude, alors lève le pied,
Rimbaud pas vraiment beau - poète, vos papiers ! -
J’étais vraiment un type bizarre.

Puis la mer a bercé tant d’amours cet été
Que dans le creux des vagues où j’étais balloté
J’ai rencontré la femme-cougar.

5
Ancienne jeune fille qui faisait des pâtés,
Belles jamb’s mais alors quell’ tête ! Mocheté !
Avais-je le choix dans la date ?

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Je me suis retrouvé en tutu sur le pont
- O Bwana Missié blanc ! Pauvre zombi Dupont ! -
Avec la chtouille entre les pattes.

6
Ses lèvres avaient le goût du beaujolais nouveau ;
Tous les dauphins dansaient avec ce cachalot
Le dernier tango à la mode.

Tu as beau bronzer beau, t’as la marqu’ du maillot
Aux Ménuires elle était barmaid dans le restau
J’aimai son cul sur la commode.

7
Ma civière est posée sur le pont du bateau
Enivré de douleur, je file, pas vraimambeau,
En direction de la Timone.

Je ne danserai plus, pas même comme un pingouin
Je n’suis jamais allé aux am-putes à Saint-Ouen
Mais maint’nant, en voitur’ Simone !

8
Avion, bête, camion, j’en passe et des meilleures,
Je pourrais porter plainte, au fond, contre mon cœur
Mais je délire et je m’égare.

Antoto Akali Abitchou Chankora
Mindjar Cassam Rouella Hawache et Fil-Ouaha
Le gibier manque, les femmes sont rares.

9
Careyon et Gallas et guerre aux Aroussis
Le chirurgien découpe et ça sent le roussi
Ma sœur prie Dieu dans le couloir.

Galansa ! Boroma ! P’tits roberts ! Burkini !
Choux cailloux et genoux, époux d’Abyssinie,
Le cœur me manque les jambes sont rares.

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10
Si vous me confisquez mes membres inférieurs
Vos villes deviendront des cloaqu’s en chaleur
Vous ne trouverez plus d’ivoire.

Comm’ j’hippopotaimais cette amante irascible
Verlaine me hurla dessus – j’étais sa cible –
« Pwète à la manque ! Faiseur d’histoire ! »

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11
Ô Terre du Harar ! O portes de l’Eden !
Misères de ma vie finies à l’Est d’Aden !
On a trop fait l’amour ensemble !

Quoi de plus redoutable, au fond, qu’un pet sonore ?
Langage, emporte-moi, tue-moi ou baise m’encore !
Ô tant je t’aime que j’en tremble !

12
Ô Dieu ! Mon Chinois vert, passe-moi donc le ciel !
J’écouterai pousser les fleurs du violoncelle,
Mettrai les bigoudis par douze

Aux cheveux du Destin, aux chercheuses de poux
Et je te scanderai les chansons des Papous
Pour que se termine… ce blues !

27 septembre 2017

Consigne d'écriture 1718-03 du 26 septembre 2017 : Les titres de chansons qu'on n'imaginait pas

Les titres de chansons qu'on n'imaginait pas.

 

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L'animateur distribue une liste de chansons dont le titre peut être jugé pour le moins "inattendu". Elle est extraite du livre d'Alister, "ANTHOLOGIE DES BOURDES ET AUTRES CURIOSITÉS DE LA CHANSON FRANÇAISE" paru aux éditions La Tengo.

Il est demandé de réécrire une ou plusieurs de ces chansons "hon", comme disait Philippe Meyer, en utilisant si on veut des éléments des autres titres de la liste.

Je danse comme un pingouin - L’amour c’est moins con que le chant des oiseaux - Le jour où je deviendrai gros - La salope - Qu’est-ce que tu connais à la samba ? - Le zizi des zombies - Et toi, sexuellement parlant ? - Jean-Noël, c’est Noël ! - Le gibier manque et les femmes sont rares - Elle écoute pousser les fleurs - What tu dis qu’est-ce tu say - Ma fiancée traverse une crise d’obsession sexuelle - Le cœur cibiste, la tête walkman - Les amants sont maigres, les maris sont gras - Oui la mer a bercé tant d’amours dans le creux de ses vagues le temps d’un été - Quand on découvre qu’on est moche - Belles jambes mais alors quelle tête ! - Mes bourrelets d’antan - Chérie, donne-moi du chili - Rien qu’une pute - Laissez-moi crooner tranquille - Bwana Missié blanc - Je me suis retrouvé en tutu - Zombi Dupont - Kafka c’est dansant - Enfermé dans les cabinets avec la fille mineure des 80 Chasseurs - Aah ! la Garantie foncière ! - Ca baigne dans l’huile - Flapie la défonce - Une chanson qui sert à rien - Si j’étais Scott Fitzgerald - Je porte plainte contre mon cœur - Les papous - Je gerbe - Si vous connaissez quelque chose de pire qu’un vampire parlez m’en toujours, ça pourra peut-être me faire sourire - Si t’as levé le coude, lève le pied - Mon Chinois vert - Si j’avance toi tu recules comment veux-tu que - Qu’est-ce que c’est beau dans sa tête ! - Dodus les mollets - Le steak ou complainte de ceux qui ont le ventre vide, considérée comme une gaudriole par ceux qui ont le ventre plein - Erotisme conjugal - Le choix dans la date - Passe-moi l’ciel - Ye Souis un fou dou fandango - Elle faisait prout ! prout ! - La connerie - Ca porte bonheur - Je pue - Va t’faire avorter ma mignonne - So long Aïcha (retour en Irak) - Mon p’tit Q - Je ne suis jamais allé aux putes - L’Officier des chansons de Sardou - La saga des crottes de nez - Faut pas prendre les paysans pour des… - Precox ejaculator - Pas vraimambeau - Quoi de plus redoutable qu’un pet - Bière et fraulein - Mieux vaut ses cils que ses seins - Mr Schubert i love you - Vahiné des Vahinés - Il vendait des téléviseurs aux paysans - Mange pas les bras - La danse du balai, la danse du tapis - On n’est pas des grenouilles - Ringard Star - Métallo mégalo - Je t’hippopotaime - Baise m’encor - On est mieux chez soi qu’à l’étranger - Coucou me revoilou - N’oublie pas la capote - L’amour en verlan - Comment tuer l’amant de sa femme quand on a été comme moi élevé dans les traditions - Bleu blanc rouge et des frites - Qu’est-ce qu’il a ce petit con à marcher sur mon cœur ? - Ringard pour le reggae - J’ai perdu 25 kilos - Les tribulations d’un vendeur de voitures d’occasion - La main aux fesses - Sergent pépère - Bazooka Boum Boum (la reine des punks) - Vivement que ma petite amie soit morte - La barmaid du resto d’altitude des Ménuires - Pershing 2 - Come back to the bonbons - Qu’est-ce qu’il a de plus que moi ce négro-là ? - T’as beau bronzer beau t’as la marque du maillot - Les juifs (c’est pas qu’on les aime pas) - Sample-moi tout simplement - Badabing beng bong - Bon bisou bibi à bébé bambou - Le jour où j’ai rencontré elle - Le pluie ne mouille pas l’été - Les bigoudis par 12 - Les pelouses sportives - Si tu savais, Nelson Piquet - Danse et ferme ta gueule - Le cul sur la commode - Viva Ougadougou - L’amour c’est comme les melons - Tous les dauphins tous les cachalots - Avion, bête, camion, j’en passe et des meilleures - Comme dit Lionel Richie - J’aurais pas dû tuer les p’tits chats - Le parking d’Auchan - Muss es sein ? Es muss sein ! - Pizzaïolo - La mayonnaise - Les petits roberts - La vie commence à 60 ans - Tes lèvres ont le goût du beaujolais nouveau - Une petite fille qui fait des pâtés - J’en perds mes baskets - Où c’que t’as appris à faire l’amour comme ça ? - C’est pas moi, c’est ma sœur - Monsieur Fred Astaire, c’était mon grand père - On a trop fait l’amour ensemble - L’amour, l’amour, l’amour, l’amour - Comme Rambo - Cosmos 77 - La Sainte Totoche - Choux cailloux genoux époux - Fière et nippone - Ne bois pas trop pour Noël ! - T’es vieux, t’es moche - T’es con, t’es moche - T’es beau, t’es moche, t’es con

4 décembre 2016

Il pourrait bien neiger / Jean-Paul

Il pourrait bien neiger, quand même, non ?

Le temps s’est mis au froid. Quand on va dehors on met autour du cou son écharpe irlandaise, on coiffe sa casquette irlandaise et on entame sa balade irlandaise, sifflotant « The Irish rover ». Gilles Servat la chante aussi car il l’a traduite en français, cette ballade nord-irlandaise, sous le titre français « Le cul cousu d’or ». 

Si on avait réellement le derrière bordé de nouilles on aurait de la neige à Noël, non ? Après tout, c’est l’hiver qui frappe à notre porte ! comme chantait Rika Zaraï. Pour un peu on écrirait à la façon de Philippe Delerm sur la première gorgée de vodka, celle qu’on verse dans le chocolat chaud aux premiers signes de laryngite.

On a eu fait ça bien à l’avance, cette année, au retour du concert en plein air à Villecresnes. On y avait chanté dehors avec juste deux tee-shirts sur le dos. Jusqu’à deux heures du matin. C’était en septembre. On a soigné la chose et depuis on a une pêche d’enfer.

Le cardiologue vous dit que votre cœur bat encore. On en est ravi ! Une chance, dites donc ! Et il n’y a rien à redire à l’électrocardiogramme. Bien sur la tension artérielle monte à 15,5 - 9 mais comme cela n’a lieu que dans le cabinet médical ; il n’y a pas lieu de s’inquiéter ; « c’est tout à fait normal, dit l’homme de l’art. Vous ne pouvez rien à cela. ».

Alors, quoi ? Où est le souci ?

Il n’y a pas de souci ! S’il y en a un peu plus, laissez-le moi ! Je me fiche de mon plus gros défaut ! Faut pas arrêter Roland Garros sous prétexte qu’il va pleuvoir ! De toute façon je regarde jamais le tennis qu’en V.O. : la voix du doublage, je l’aime pas !

Bref je ne suis pas encore rendu au point où l’on fait les derniers pas au ralenti. Il y a juste que c’est maintenant qu’il faut en profiter.

Alors, oui : il pourrait bien neiger quand même, non ?

 

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10 novembre 2016

Consigne d'écriture 1617-07 du 8 novembre 2016 : Imagidés

Les imagidés


C'est un jeu de l'éditeur Gigamic. Il est composé de douze dés qu'on lance et avec lesquels on raconte une histoire. Pour cette séance, nous n'en avons utilisé que 6.

Nous avons tiré ceci :

Le lieu de l'histoire : une maison
L'émotion qui doit transparaître dans le récit : la colère
Un élément du corps humain : le pied
Un animal : un chat
Un élément fantastique : un fantôme
L'histoire doit comporter un volcan

AEV 1617-07 Imagidés tirage 1

Nous avons effectué un deuxième tirage pour celles et ceux qui écrivent court
ou pour donner le choix entre deux histoires.

Le lieu de l'histoire : une grotte
L'émotion qui doit transparaître dans le récit : la surprise
Un élément du corps humain : l'oeil
Un animal : un chien
Un élément fantastique : un dragon
L'histoire doit comporter un château

AEV 1617-07 Imagidés tirage 2

 

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8 novembre 2016

99 Dragons : exercices de style. 38 Métro-nomique / Jean-Paul

1
Le dragon qui sort de sa grotte
A tout d’abord l’œil qui frisotte :
Pas habitué à la lumière
Il cligne, cligne des paupières.

Orléans ! Clignancourt ! Nation ! Porte Dauphine !
Bienvenue, mon Parnasse !

Quelle jolie Laumière en ce début du jOurcq !
Comme il faisait frisquet à la station Glaciaire !

AEV 1617-07 Le-métro-Glacière-à-Paris

2
Bientôt ragaillardi,
Se sentant d’appétit,
Le voilà qui chemine
Direction la cantine.

Bœuf en daube ? Censier Daubenton ?
Le Normand qui débarque en plein cœur de Paris,
Plein de Gaîté place des fêtes,
Il fait parfois son trou à l’entrée des Lilas !

AEV 1617-07 dragon 2

3
O divine et belle surprise !
Laisse ta faim maladive en prise !
Voilà ton repas de midi :
Un troupeau de blanches brebis !

Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
Danton ? Robespierre, passe encore !
Quelle mouche La Motte-Piquet ?
Qui tire les ficelles du Pantin d’Italie ?

4
Mais, sorti du château voisin

Voici qu’accourt un argousin :
C’est un énorme Saint-Bernard
Qui a dû se tromper d’histoire

Vraiment ? Comme c’est Corvisart !
Voilà qu’il a dit « Corvisart » !
Il a Cité, en Chemin, Pré-Vert et Maurice Chevaleret :
Qui va causer dégâts station Ménilmontant ?

AEV 1617-07 dragon 3

5
- Flambe-les, dit le chien au dragon. Ou tout comme !
Je vais les asperger de mon tonneau de rhum ! ».
Or c’était de l’essence. Ayant ainsi agi, il s’écarte du lieu.
L’autre peu malicieux lâche flamme et…prend feu !

Bêtes à gros museaux, méfiez-vous des saints placides !
Il n’y a plus d’après à Saint-Germain-des-Prés
Et plus de Pyrénées quand on a l’allant Ternes
Et les neurones Invalides.

Faites plutôt emplette à Richelieu-Drouot
D’un club de golfe clair qui rend le marc Cadet
Des soucis des bons poissonniers
Et permet de les Dugommier, les clébards qui gardent le Temple

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6
On mangea du dragon rôti tout cet hiver.
Saint-Georges ayant raté la bonne correspondance
S’est farci quant à lui les timbrés d’Angleterre
Et leur panse de brebis !

MORALITE

Ne faisons pas Trocadéro (Trop de cas des héros) :
Ils perdent quelquefois
Leurs couronnes, comme les rois.

D'une voix presque muette,
Ils murmurent Cambronne
Et restent sur le cul
Et restent sur le quai
De la Râpée.

4 octobre 2016

Ernest et Bernadette vont à Lourdes. 1, L’étape de Rohan / par Jean-Paul

Le premier soir ils firent étape à Rohan. Ils avaient pédalé toute la journée sous un très beau soleil sans rencontrer grand monde sur le chemin de halage au long du canal de Nantes à Brest, enfin de Brest à Nantes, puisqu’ils venaient de Carhaix.

Bernadette était ravie.

- Après nous, on peut tirer l’échelle ! lança-t-elle en franchissant la dernière écluse, située juste avant l’entrée dans la riante cité morbihannaise.
- Moi je tire déjà la charrette, ça me suffit ! avait protesté Ernest.
- Et la gueule aussi, on dirait, cher voisin !
- Dame ! C’est que je n’ai plus ton âge, très chère, ni ton énergie. Bernadette, ça rime avec Paulette. Ton père était facteur ? Tu avais fait en le suivant tous les chemins environnants à bicyclette ?
- C’est vrai, j’ai toujours aimé pédaler, et même parfois dans la semoule, à l’école.

Pour bien savourer la première répartie de la jeune fille il faut se souvenir que le canal de Nantes à Brest, entre Pontivy et Rohan, présente un dénivelé certain et qu’il a fallu construire 54 écluses sur 20 kilomètres pour en assurer la navigabilité. A vélo, on n’est pas exactement sur du plat. Sans être obligé de changer de braquet pour autant, il faut appuyer un peu plus sur les pédales.

Arrivés au camping du Val d’Oust ils posèrent leurs vélos contre le mur de la réception et entrèrent. Pendant que Bernadette réglait les formalités d’inscription Ernest se caressait la barbe et s’éventait le béret tout en lisant, sur le panneau de liège, la légende des photographies épinglées.

- C’est notre camping et on l’aime !
- On y vient depuis quarante ans tous les ans !

Et de fait, c’étaient toujours les mêmes têtes qu’on voyait, celles d’accortes grand-mères à cheveux violine, blanc, poivre et sel, roux, bleu ou noir d’encre : la teinture n’est pas faite pour les chiens non plus, enfin on verra plus loin que peut-être si ! Toutes ces braves dames posaient par groupes de deux ou trois devant leur caravane, leur camping-car, sous leur auvent aux motifs et couleurs fleuris et les reflets dispensés par un soleil breton pour une fois généreux donnaient à leurs peaux tannées des couleurs qui n’étaient pas sans rappeler les premiers shows psychédélique du Pink Floyd de 1967 dans le swinging London sous acide de leur préadolescence.

Toutes, absolument toutes, et c’est cela qui interpellait Ernest, avaient un caniche noir couché à leurs pieds ou fièrement assis sur leurs genoux cagneux. Pas une seule photo de mec en revanche ! Il fallait bien quand même quelqu’un, un Robert, un Roger, un Jean-Paul, un Jean-Claude pour parcourir au volant, en polluant le paysage avec une large caravane ou un camping-car de plus en plus gros au fil des ans, les quelques kilomètres qui les séparaient de ce paradis indéboulonnable. Ce n’était pas qu’elles fussent veuves, assassines ou lesbiennes. Les Pierre, Paul et Jacques existaient bien mais ils passaient leurs journées entre eux, cent mètres plus loin, hors du camping, installés le long du canal avec leurs cannes à pêches, leurs bourriches, leur amorce Dudule « pour que le poisson pullule ! », leur épuisette, leur clope au bec et leur vague à l’âme dans les mirettes.

Ils ne rentraient retrouver Denise, Josiane ou Maryvonne que le midi, pour grailler, et se dépêchaient après le café de regagner leur terrain de chasse. Car ils s’étaient, au fil du temps, les pêcheurs, habillés comme les autres porteurs de carabines : treillis kaki, casquette de militaire, bottes noires et tant pis si comme ce jour-là il faisait vraiment chaud voire orageux. On tombait la veste, on ouvrait une autre Kro et on réécrivait la France en marcel – le maillot de corps, pas Proust, bien sûr ! – ou en T-shirt lettré, orné d’un « Cerné par les cons » par exemple ou d'un autre slogan choisi parmi les milliers de possibilités vestimentaires d’un goût incertain que l’on vend ici et partout. 

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 - On se pose où on veut, Ernest ! Pas d’emplacement numéroté ! J’ai commandé du pain et des croissants pour demain matin.

Ernest remit son cul endolori sur la selle en fox à poil dur de son vétété d’Ertétiste.

Ils repèrèrent les sanitaires afin de planter Céline Dion – c’était là le nom que Bernadette avait donné à sa canadienne – à bonne distance.
- C’est pas pour la vue c’est pour l’odeur ! avait-elle commenté dans un grand rire. Et puis aussi pour ménager tes oreilles sensibles. A cause des Hollandais qui passent leur vie là-dedans à claquer les portes, faire du barouf, bavasser d’une cabine à l’autre et ce même la nuit ! Tu vois comme je prends soin de tes insomnies, hein, Ernest ?

C’est vrai, Ernest avait le sommeil léger. Un rien le réveillait et le réendormissement n’était pas toujours au rendez-vous. Pour ce voyage-là, il aurait préféré séjourner à l’hôtel mais ça ne faisait pas partie du programme. Et de toute façon, à l’hôtel aussi, il s’en payait des nuits à moitié blanches.

- Ici, peut-être, ça ne serait pas mal ?
- OK. De toute façon, j’suis crevé, je rends les armes !

Ils étaient le dos au canal, sur un emplacement tout plat, tout gazonneux, genre « Le cul dans l’herbe tendre » de Michel Simon et Serge Gainsbourg.

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Photo d' Adrienne

Pendant qu’ils montaient la tente, le ciel se couvrit. Lorsque la dernière sardine fut enfoncée, le dernier tendeur mis en place, ils n’eurent que le temps de se précipiter sous leur abri de toile. L’orage éclatait.

Une averse carabinée se précipita sur le camping. Ca sonnait comme des rafales de mitraillette. Ca ne s’arrêtait pas. Les belligérants au-dehors gueulaient comme des putois : « Fermez le portillon, les gars ! ».

- Quand on ferme le portillon, interrogea Ernest, il fait moins froid dehors ? Ca empêche la pluie de tomber ?
- Je crois que c’est rapport aux caniches noirs ! Tu as remarqué ? Tout le monde a un caniche noir ici ! Elles ont peur que leur cabot se fasse la belle. Qu’il aille faire du vagabondage sur le chemin du halage !
- Que leur clébard ne se barre ! Ils peuvent bien aller se noyer s’ils le veulent. Moi je n’ai jamais eu de chien. Ou alors y’a longtemps. Ou il sentait pas bon.
- « Chien mouillé » ils n’ont pas encore osé le lancer, ce parfum-là, Dior et Givenchy !
- Merde !
- Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?
- J’ai le cul mouillé. La flotte… elle rentre dans la tente.
- J’aurais dû emmener un tapis de sol.
- Elle ne rentre pas, la flotte, elle remonte. On est installés dans une flaque. Ca ne serait pas arrivé si on avait choisi l’hôtel.
- Allons, Ernest, ne sois pas aussi bougon ! Je parie que dans vingt ans, tu t’en souviendras encore du camping de Rohan. C’est ce genre de mésaventure qui fabrique les meilleurs souvenirs. Un train qui arrive à l’heure ne reçoit jamais la légion d’honneur !
- C’est peut-être vrai mais en attendant…

Dix minutes après la pluie cessa et le ciel bleu se réinstalla au-dessus d’eux. Ils s’ébrouèrent puis démontèrent le campement pour aller le replanter vingt-cinq mètres plus loin sur du terrain plus propre et plus sec.

C’est Ernest qui fit la cuisine ce soir-là. Faire la cuisine est un grand mot. Il ouvrit une boîte de cassoulet et une bouteille de vin blanc. Encore fallut-il pour cela que Bernadette aille emprunter un tire-bouchon au voisin de la caravane d’en face. Elle avait oublié cet ustensile indispensable à Carhaix. Elle revint de cette expédition complètement pliée de rire.

- Le voisin d’en face… C’est le sosie craché de Bill Clinton comme toi tu es celui de Che Guevara ! Et sa femme n’arrête pas de faire le ménage avec une petite balayette à poils bleus !

Bien qu’il fût fatigué voire esquinté par les coups de pédale et les kilomètres parcourus, Ernest eut du mal à s’endormir ce premier soir. Il découvrit que Bernadette ronflait et que quand on dort, même si on est une jeune fille bien élevée, on n’a aucune retenue. De temps en temps en effet elle lâchait des pets plus ou moins tonitruants pour accompagner ses ronflements. Le cassoulet faisait son effet. Quel charmant voyage cela allait être jusqu'à Lourdes !

AEV 1617-04 JP Che Guevara à vélo

 

23 septembre 2016

Famille Thénardier, je vous hais ! / Jean-Paul

Ils continuent de ne pas s'embêter, à l'Université de Rennes 3 ! L'équipe de chercheurs un brin farfelus formée par le Pr Isaure Chassériau et les trois frères Park (Luna, Jurassic et Central) envoie toujours dans le passé son véhicule-robot baptisé Tornado afin d'en ramener des trésors (?) non parvenus jusqu'à nous. Il en est ainsi du poème ci-dessous, un  pastiche de Victor Hugo écrit par André Gide et que l'auteur a sans doute jugé bon de déchirer un peu avant de recevoir le prix Nobel de littérature en 1947. Remercions l'Université de Rennes 3 d'avoir récupéré ce document très intéressant pour l'histoire littéraire du XXe siècle.

FAMILLE THENARDIER, JE VOUS HAIS ! (un poème retrouvé d’André Gide)

AEV 16-17-02 dubout5

Si tu veux foutre le bordel
Au nouvel an chez ta belle-doche
Tu débarques en porte-jarretelles
En brandissant un tournebroche
Garni de blanches tourterelles !

Surtout, n’fais pas dans la dentelle,
Au nouvel an chez ta belle-doche !
Vas-y déguisé en poubelle
Avec des restes de cantoche
Dans ta chevelure poivre et sel ! 

AEV 1617-02 5176981

Comme Lady Gaga l’infidèle
Tu te recouvres de bidoche,
Tu joues au vieux Polichinelle
Et tu accroches en haut de l’échelle
Les plus turbulents des mioches moches
De ta belle-sœur Isabelle.

C’est fastoche de faire un festoche
De mauvais goût un peu cruel !
Je sais d’infâmes ritournelles
Extraites des « Fiancés de Loches »

Du genr’ « Le chat d’la mère Michel
Mixé dans la pâte à brioche » !

 A la petite Pimprenelle
Tu confisques sa vieille totoche,
Tu la lui caches dans l’eau d’vaisselle
Et à sa grande sœur, la gazelle
Qui crèche rue du Maréchal Foch,
Pendant qu’elle touille son vermicelle
Tu lui roules deux ou trois galoches !

AEV 1617-02 dubout6

Si tu veux foutre le bordel
Au nouvel an chez ta belle-doche
Tu viens avec la varicelle,
Avec la peau qui s’effiloche !
J’ai un pote qui boss’ dans l’cinoche,
Il connaît toutes les ficelles
Du maquillage gore qu’on s’accroche
Pour faire trembler les jouvencelles !

 Si t’es du genre intellectuel
Tu viens avec Aldo Ripoche !
Il jouera sur son violoncelle
Le « Concerto pour la main gauche »
Du dénommé Maurice Ravel
Ou de frondeuses tarentelles
Composées par Gérard Filoche :
Y’a pas plus chiant comme saltarelle ! 

AEV 1617-02 albert-dubout-le-prince-des-humoristes-7-m

Si ta famille, par les bretelles,
T’envoie ramasser une gamelle
Sur le pavé de la place Hoche
Tu as gagné ! C’est dans la poche !
Tu ne paieras plus la gabelle
De cette sinistre bamboche :
Tu ne fais plus partie des proches !

Et l’année prochaine, à Noël
Moët et Chandon plein la valoche,
Caviar de Russie à la pelle,
Tu pourras te taper la cloche
Sans te farcir les sales caboches
De ces messieurs et demoiselles !

Tu pourras te faire un cinoche,
Mireille Darc dans « La grande sauterelle »,
Un film avec Juliette Binoche,
Un vieux polar avec Bébel
Ou rester devant ta téloche
En te gavant de caramel !

AEV 1617-02 62d7064d

Famille, je vous Gargamelle !
Vous ne méritez que taloches,
Horions et coups de manivelle !

Et je signe, sans anicroche :
Gavroche, rebelle de la Bastoche.

 

 

Les illustrations sont d'Albert Dubout et empruntées ici et là sur le web. Merci à l'artiste et aux généreux partageurs.

8 mars 2016

Haïkus de Valence / Jean-Paul

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Dans le dépôt-vente
Un trois-mâts embouteillé :
Secret de Licorne

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Débâcle au musée :
J’ai fait disparaître Isaure,
Ame incontrôlable

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Arômes d’été :
Des randonneurs affûtés
Dans le Puy-de-Dôme

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Appâter, douceâtre…
Faire miroiter l’alcôve…
Mais d’abord… dînette !

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Attachés au mât
Les marins-pêcheurs d’Ulysse
Déjouent l’enjôleuse

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Pour les hommes mûrs
L’entraîneuse au noir corsage
L’entrebâille, ment.

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Crêpes ! Confettis
Costume de Cléopâtre !
C’est la Mi-Carême !

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Dame à sa fenêtre
De château moyenâgeux :
Jamais multitâche !

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Enchevêtrement
De pistes, d’intrigues folles :
L’enquêteur patine.

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Oter le torchon,
Constater, dans le panier,
L’oubli d’ouvre-boîte !

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Désir entêtant :
Sauter sur la mulâtresse
A brûle-pourpoint

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Naître pâlichon
Puis illuminer la nuit :
Bombyx du mûrier

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Jouer du flûtiau
Pendant une extrême-onction
C’est assez fâcheux

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Le vent de noroît
Sème des chants entêtants
Dans tes portugaises

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La jolie flûtiste
Comme je la frôlerais
Si n’était l’évêque !

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Blâmable bêcheuse
La Sévigné a pondu
Beaucoup trop d’épîtres

Dès l’apéritif,
Bâfré sans prévoir ! Gâchis !
Dessert : Forêt-noire !

Ce bâtard de Temps
Oblige à poser la plume
Et gâche la fête !

 

 

 

 

17 novembre 2015

Le dernier bottetrain de Paris / Jean-Paul

C’est une idée qui nous bottait depuis longtemps : aller à la rencontre des petits commerces du temps jadis, entrer dans les bistrots qui affichaient autrefois sur leur devanture « Ici on peut apporter son manger », visiter l’échoppe d’un réparateur de machine à écrire à boule, etc.

Le hasard a fait que, ayant à faire rue de la Pompe, nous sommes passés devant le magasin de M. Jeannot. Les volets de la boutique ont déjà de quoi vous attirer l’œil : semblables à un tableau du peintre belge René Magritte, ils représentent les sabots d’Hélène, les bottes de sept lieues du petit Poucet, la pantoufle de vair de Cendrillon, les souliers de satin de Paul Claudel, le dernier des mocassins Mohicans, la godasse de Samuel en attendant Bécaud, les escarpins d’Iznogoud le fourbe qui rit, les chaussons d’Ernest, les Tatanes que Titine cherche après et d’autres chaussures d’elles-mêmes comme les mules du pape qui signifient qu’on vous attend de pied ferme ici.

Mais, contrairement à ce que l’on pourrait croire, M. Jeannot ne s’occupe pas de chausser les petits petons de Valentine, d’habiller le talon d’Achille ou de soigner les chevilles des personnalités qui enflent. Il faut entrer dans sa boutique et admirer son impressionnante collection de… fessiers princiers !

Car avant que la jet-set ne se délocalise au Pôle Sud, M. Jeannot a tiré le portrait de ces fesses de faces de cul-pincé. Moulés dans une résine synthétique souple, ils sont offerts, moyennant un léger financement, à votre roturière et pédestre vindicte. Comment ça marche, le bottetrain ? C’est simple ! Vous choisissez le séant de la personnalité que vous détestez le plus, vous chaussez le bottetrain – une ranger de pointure 78 – et vous vous défoulez en défonçant le postérieur de l’empaffé(e) notoire que vous avez choisi(e). Une variante consiste à envoyer votre pied dans le derrière en fichant le projectile dans une carabine Lebel de Cadix rebaptisée "fusil à pompe Mariano".

Nous avons testé la chose : cela fait beaucoup de bien. Avant de vous inviter à faire de même, nous laisserons le mot de la fin à M. Jeannot que nous avons interviewé :

- C’est, forcément, logiquement, une affaire qui marche, qui a marché et marchera toujours. Sans cette industrie qui est la mienne, la société ne peut pas avancer. Nous exerçons un rôle tout à fait positif, prépondérant et j’oserai l’affirmer, fondamental dans la marche en avant du progrès. C’est d’ailleurs ce que dit depuis des siècles la devise de notre famille : « Il ya des coups de pieds au cul qui se perdent ? Venez chez nous les retrouver ! ».

Pour prendre votre panard, une seule adresse : « Au coup d'pied dans l'cul », rue de la Pompe à Paris.

Plonk 01 Bottetrain

 

 

4 novembre 2015

Lettres N et O du Dictionnaire des idées reçues / Hélène

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Navire : Qui permet de prendre le large seul ou à plusieurs pour les personnes « à mer ».

Nectar : boisson fruitée qui enivre de plaisir les palais délicats préférant boire et conduire.

Noblesse : titre, qui se perd et se disperse, attribué à des personnes qui se disent « de la haute » ; appelée aussi « prout prout ma chère » !

Oasis : nom publicitaire d’une boisson chimique qui ne désaltère que les enfants ayant une soif avide en plein désert.

Ordre : consignes de rangement qui opposent inéluctablement les mères à leurs enfants.           --->                                

Optimiste : gai voyageur qui trouve toujours en chemin une destination qui le satisfait.

Oreiller : en plumes ou non, il aide les doux rêveurs à prendre leur envol.

Orthographe : Ce mot va bientôt disparaitre du dictionnaire. Auparavant destiné à écrire correctement les mots selon des règles bien établies, il est actuellement bafoué de la langue française au profit de l’écriture phonétique.

Œuf : petit nid douillet protégé par une coquille servant à recueillir un petit être en devenir. Pour les enfants, chocolat cachant une surprise plus communément appelé Kinder.

Oiseau : Kinder à plumes qui nous permet de voyager en le regardant voler.

Original : exemplaire unique pris à la source qui aime se faire remarquer.

Obus : suppositoire gros modèle faisant tout péter !

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Odeur (des pieds) : délicate ivresse qui fait fuir de près comme de loin tout individu non enrhumé. Plus communément appelé jus de chaussettes.

Ours : individu poilu ou non qui se retranche dans sa tanière.

Oméga : Complémentaire de l’Alpha. Se retrouve dans les huiles alimentaires et pas que grecques.

Nerveux : Tic- Tac Toc (Nous ne parlons bien évidemment pas du balancement très irritant de certaines horloges et toc !)

Nègres : Personnes chez qui l’on voit la vie en noir. Péjoratif ; est devenu synonyme de personnes à qui l’on rend la vie noire.

Négresse : riche épouse du nègre. Ensemble ils voient la vie en rose.

Normands : personnes fières de leurs vaches et de leurs camemberts.

Notaires : transmetteurs de biens qui se servent au passage.

Nation : station de métro parisienne. Difficile de penser à un pays dans ces termes à l’heure actuelle.

Orgue : casse-tête retrouvé principalement dans les églises qui accompagne au plus haut les chants sacrés.

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22 septembre 2015

Au même instant mais sans doute pas à la même heure /Jean-Paul

MARCHAND DE CAILLOUX

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Aujourd’hui, Alexandre a son voyage ! Ca fait des années qu’il travaille d’arrache-poil dans cette boîte de marde, à faire toutes sortes de choses, utiles ou pas, pour que de grands niaiseux puissent se retrouver benaises dans des beaux bureaux tout en verre après avoir décroché leur diploume. Il faut croire que la dernière année est toujours l’année de trop ! En tout cas, tout en babounant et bouboussant, il se dit qu’il ne va pas faire patate le jour qu’il accrochera ses patins, si jamais sa patronne lui organise une party de départ. Si on veut aller au bout du monde, c’est sûr qu’il faut voyager léger. Ca va lui faire du bien, ce jour-là, de vider son sac !



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Ce soir Marion va déloger. Elle va faire le chat. Plus que ça même ! Elle va quitter pour toujours le domicile conjugal, larguer ce péteux qui enchaîne à-fond sur à-fond et bat le beurre ensuite. Fini de faire fristouiller pour ce type les petits plats dans la cuisine, de faire blinquer l’argenterie. Elle va dire adieu à sa baraque à frites, aux plus belles années de sa vie qu’elle a gâchées avec lui. Elle a ramassé toute la dringuelle qui traînait ici et là. Elle a posé son sac sur le siège arrière, est montée dans la voiture, a claqué la porte, démarré. Les pneus ont crissé et fait voler quelques grenailles. Elle a mis un CD de rock et a pris la route d’Ostende.

 


LA PETITE TONKINOISE


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Le 4x4 s’est arrêté devant la maison près du baobab. C’est un cul-vert et c’est Philippe qui le conduit. Léna l’attend calmement, tranquillement dans l’ombre du géant. Elle est comme toujours terriblement excitante dans son mon mari sort je sors. Quel golo, que ce mari-là ! Léna est le plus beau deuxième bureau de tout le Congo mais l’autre ne s’est jamais rendu compte qu’il possédait un trésor dans sa case. A croire qu’il lui en manquait une ! Il paraît même qu’il a de son côté une liaison avec un pamplemousse. Il a suffi à Philippe d’arriver habillé comme un jaguar, d’emmener Léna au maquis une ou deux fois et elle a été à lui vite fait bien fait. Le plus dur sera de lui faire avaler, à la fin de cette nuit-ci, qu’il retourne mardi en Europe pour être affecté dans une nouvelle ambassade quelque part dans le monde ; partout ailleurs sauf ici, c’est son choix. Les climats tropicaux et les femmes trop piquantes, on s’en lasse, à la longue.


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VEUVE NOIRE

Eva a beau frotter, frotter avec la vadrouille, rien n’y fait, la tache de sang ne disparaît pas. Elle a bien ramassé les morceaux du cadavre avec la pelle à chenit, les a glissés un par un dans les grands sacs poubelles bleus mais elle bute sur ce dernier écueil d’une tache débile, indélébile, obnubilante au point qu’elle se fait de la bile. Elle a trouvé vite fait la cachemaille du vieux qui quéqueillait avant qu’elle ne le zigouille et ne se rhabille, elle n’a rien fait à la précipitée, elle a empoché le pactole mais elle ne pouvait décemment pas partir en laissant la maison dans cet état. Ca aurait fait rêver aux ours dans les chalets des environs. On est Suisse ou on ne l’est pas. Chez nous, les gens, même à la tronçonneuse, on les tue proprement.


BA MOIN A TI BO

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- Faut qu’on arrête de cocagner, a lancé Amédée à Rachel. Tous ces gens qui travaillent dans la zoreillerie et nous qu’on est là à fouiller patate en buvant des ti punchs, faut vraiment qu’on se resaissise. Rachel qui lavandait dans la buanderie lui a répondu :
- Parle pour toi, fainéant ! T’es encore rond comme une boule carrée, à cette heure, pour tenir de tels propos !

- Mais non, mais non, plaisante Amédé, je ne suis pas marti boire, je suis Martiniquais. D’ailleurs, en parlant de ça… Viens donc ici que je te doucine, ma Doudou !
Las ! Comme une diarrhée, en voulant s’extirper du hamac, il s’est viandé. Ca a fait "ploc", ça a fait "ouille", ça a fait "dring dring", ça a fait "pin pon pin pon". Bref ça a été assez bruyant finalement le jour ou Amédée, attisé, affaissé, a fait son AVC !


LE BLUES DU DENTISTE

- Bonne arrivée ! a déclaré Margareth en ouvrant la porte du cabinet médical.

C’est la première fois qu’Antoine vient charlater ici et il se dit qu’il a bien fait de prendre son bain annuel dans le fleuve Niger. Déjà qu’en temps ordinaire il camembère un max ! S’il avait su que le docteur serait une doctoresse, blanche de surcroît, il aurait fait trempette un peu plus longtemps et aurait même demandé à Boris le pluvian de lui nettoyer les molaires comme il fait au croco et à ses frères.

- Que puis-je pour vous ? demande Margareth. Votre mal est-il profond ?


Qu’est-ce qu’elle à, la toubibe, à pratiquer la gromologie ?


- Eh bien voilà, répond Antoine. Je suis un peu gêné pour vous dire… C’est rapport à mes organes de base !

- Qu’est-ce que vous appelez comme ça ?
- Le mieux est peut-être que je vous montre ?

Il se lève et baisse pantalon et slip.


- Tudieu ! La grosseur des testicules ! s’écrie Margareth. Comment ça vous est arrivé ?.

- Eh bien voilà, répond Antoine, je pense que c’est samedi dernier. Je suis allé voir les femmes qui font boutique mon cul.

Le médecin reste silencieux un temps assez long puis elle déclare solennellement.

- Je pense que vous n’y couperez pas : il va falloir couteauner dans tout ça !

Et moi je pense qu’il va falloir que je me creuse vraiment le ciboulot pour établir un lien entre tous ces personnages si je veux écrire avec ça une histoire qui tienne debout. Et déjà, pour que ce soit compréhensible, il faudrait que je me-vous procure le « Petit dictionnaire insolite des mots de la francophonie » de Loïc Depecker afin qu’on puisse décrypter ce schmilblick international !

 

007 Dico Loïc Depecker

 

P.S. Les photos ont été empruntées aux généreux donateurs du net. Merci à eux !

15 septembre 2015

Rêver de voir / Jean-Paul

On peut vivre aussi longtemps qu’on veut… On peut vivre aussi longtemps qu’on voudra, on ne verra jamais, même si on aimerait le voir :

- La chèvre de Monsieur Seguin manger trois loups de mer au petit-déjeuner ;
- Une bouteille assez grande pour contenir Paris ;
- Le déversement, dans le port de Marseille, d’une quantité suffisante de piquets de tente pour en boucher l’accès (pour ceux qui ont la chance de passer leurs vacances en hôtel trois étoiles depuis leur petite enfance, apprenez qu’un piquet de tente est aussi appelé sardine) ;
- Un éléphant du cirque Amar dans un magasin de porcelaine à Limoges ;

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- La Vénus de Milo se retrousser les manches ;
- La Victoire de Samothrace se prendre la tête un jour où elle aurait un coup dans l’aile ;

On peut vivre aussi longtemps qu’on voudra, on ne verra jamais, même si on aimerait le voir :

- Saint Guirec se piquer le nez (ça, c’est déjà fait) ;
- La rivière Vilaine rebaptisée Cybèle par d’audacieux élus. Dieu a donné un nom aux animaux, on peut bien baptiser les rivières, non ? La Loire-Inférieure n’est-elle pas devenue Atlantique de par le fait de quelque prince ? ;
- Le mariage de Monsieur Sans-Culotte avec Madame Sans-Gêne ;
- La Joconde qui visite le Clos-Lucé. Une selfie, Mona Lisa ? ;

AE 151602 Clos-Lucé


- Un enfer pavé de granit plutôt que de bonnes intentions ;
- Un détective privé de jugeote. Il en existe peut-être mais ils ont bien du mal à faire carrière ;
- Tous les gars du monde se donner la main ;

On peut vivre aussi longtemps qu’on voudra, on ne verra jamais, même si on aimerait le voir :

- Tous les cocus du monde porter des clochettes au-dessus de la tête ;
- Un esquimau glacé qui mange une cinéphile. L’inverse non plus d’ailleurs, car maintenant c’est pour bouffer du pop-corn et, ce faisant, faire chier son voisin qu’on va au cinéma. D’où ma manie de vouer les cinéphiles aux gémonies ou à toutes sortes d’exquis maux ;
- La remise du tuba académique à Boby Lapointe pour son interprétation de « L’hélicon » ;

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- Quand on pense que Ricet Barrier a failli avoir les palmes pour sa « Java des hommes grenouilles ! ;
- Une libellule Stroskanienne se plaindre à Gulliver d’un excès de zèle (z’L ?) de Lulli à Lilliput ;
- Un cimetière marin à Mourmelon-le-Grand (Haute-Marne).

On peut vivre aussi longtemps qu’on voudra, on ne verra jamais un monde dans lequel on vivra aussi longtemps qu’on voudra.

2 décembre 2014

A la manière de Philippe Delerm / Maryvonne

Y’a un peu plus je le laisse ? 

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Sous le couteau alerte du boucher, le rôti de porc est parti en biais.Hier c’était le pâté de lapin qui avait les pattes allongées comme un lièvre. L’artisan qui biaise beaucoup incline gentiment la tête et lance sa phrase en forme de petit bénéfice : « Y’a un peu plus je le laisse ? »
Le ton n’est pas vraiment interrogatif, il est rapide, quasi affirmatif et nous on dit : « oui ».
De toute façon que ferait-il du petit bout supplémentaire ? Et puis on ne veut pas passer pour un radin. Il est sympa le boucher et dans ce oui les rôles sont inversés. On dirait que ce n’est pas le boucher qui a peur de perdre une cliente mais la cliente qui a peur de contrarier son boucher.
Chez le marchand de fruits c’est pareil voilà que la dernière poire fait largement pencher la balance. « Y’ a un peu plus je le laisse ? » Ben oui, banane, si je ramène ma fraise je vais avoir l’air d’une pomme et on ne va pas couper la poire en deux !!!
Alors je me prends à rêver qu’un jour mon banquier me pose cette question : « Y’a un peu plus, je le laisse ? » Et là aussi je dirai oui !

N’oubliez pas d’éteindre vos portables !

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En entrant dans la salle de spectacle on peut voir une mosaïque de petites lucarnes bleues. Un présentateur ou une voix off annonce : « N’oubliez pas d’éteindre vos portables !». J’enrage de ne pas me souvenir de ceux qui cherchent une formule plus originale. La seule dont je me souvienne est : «N’oubliez pas de rallumer vos portables en sortant ! ». De toute façon personne n’obéit plus, il n’y a plus dans les salles qu’une bande d’anarchistes qui mettent leur appareil en vibreur et qui regardent en douce les messages qui s’affichent. Ils pensent être incognito mais les acteurs voient bien le visage du schtroumpf désobéissant s’allumer en bleu.

C’est moins grave que celui qui a carrément oublié d’éteindre la sonnerie. C’est insup…portable.
A l’enterrement de notre cousine Jeannine, mes deux sœurs et moi sommes au deuxième rang à l’église. En plein milieu de la cérémonie la sonnerie du portable de ma sœur aînée retentit d’un vibrant air de biniou. Le temps de trouver l’objet du délit au fond du sac on avait le temps de danser une «avant deux» ou une «gavotte». Notre voisine de rang nous fusille du regard.

Quand le prêtre annonce « La famille peut s’avancer » la même voisine soupire : « Et en plus vous faites partie de la famille !!! »
Ben voilà aussi : le curé, après avoir dit « Vous pouvez vous assire (sic) » n’avait pas dit, sur son ton chantant : « N’oubliez pas d’éteindre vos portables ! Amen ! »

« Ça a été ? »

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Ou alors : « Ça s’est bien passé ? » La serveuse est accorte, diligente et souriante mais probablement aveugle car régulièrement la question est posée à un convive qui a devant lui une assiette vide. Visiblement on ne peut faire mieux. Il n’est pas obligatoire de répondre, en fait ça veut juste dire je vais enlever vos assiettes et vos couverts. De toute façon si il y avait une couille dans le potage on appellerait le cuisinier pour savoir si il nous chante «Rigoletto » façon castrat.

Si il y avait une limace dans la salade on féliciterait le patron de servir du « bio ». Je les soupçonne même de rajouter des bestioles au dernier moment.

Si ça avait été mauvais on l’aurait laissé dans l’assiette. Donc normalement ça a été avec des plus et des moins. Comme on ne veut pas passer pour un râleur c’est en sortant dans la rue que s’exprime le « Ca n’a pas été » : c’était cher pour ce qu’il y avait dans l’assiette, le pain était sec, c’était froid à mon goût. J’ai le souvenir d’huîtres laiteuses, de beurre à l’ail pas décongelé, de glace sur une assiette chaude et je vous en passe. Mais je retournerai au restaurant et ça ira, ça ira, ça ira ! Pourtant une fois encore je ne ferai pas la révolution.

27 novembre 2014

Slam de la gorge déployée / Jean-Paul

Je suis celui qui retentit du fond du ventre lorsque Pinocchio dans son antre fait contre sa mauvaise fortune bon choeur et joue du xylophone en tapant sur les côtes du sombre cétacé et cela a suffi pour que j’éclate et qu’il en perde, lui, haleine.

Je suis celui, recroquevillé, qui se déplie soudain, se tend puis se distend, se termine en jet d’eau, en petite fontaine, celui qui soudain tourne court et se braque-marre comme une baleine.

Je suis celui de la marquise qui sortit à cinq heures comme il se petit-doigt dans l’air de son salon sans se faire de mousse :

Je suis petit, discret, distingué, aristo, mais quelle idée vraiment au retour pour le thé : se montrer si gourmande des propos incongrus de ce petit Marcel que bientôt la madeleine aux marches du palais, en passant dans la glotte se pose en mon travers et la marquise s’étrangle, s’étouffe, s’intoxique et je meurs avec elle en un dernier hoquet tandis qu’ultime saut sa carcasse s’affaisse et son corps se trémousse !

Je suis celui lardu, gras du, un peu loquedu, riche en sous-entendus qui est fraîchement pondu quand on dit que la proie, dinde, oie, sainte-nitouche est touchante et « gentille »

Mais je deviens vite jaune et du genre mauvais lorsque, perdant ses billes, embrouillée de bisbilles, devenue immobile devant la fermeté, le refus très futé de l’accorte nubile d’appeler peccadilles vos troubles bagatelles, sans accès aux dentelles l’idylle s’entortille.

Je suis parfois de bon aloi, de convenance, de circonstance, de bon ton ou de pure forme

Comme je puis éclater Rabelaisien, Toporesque, à tout crin, plus Homérique que Rohmérien, Gargantuesque, sonore, énorme.

Ou je peux être idiot, stupide, satisfait, façon Gribouille qui se mouille

Ou sinon grave ou graveleux, coupant comme le couteau du charcutier adroit mais glissons sur le jour où il coupa l’andouille !

Il est rare pourtant que parmi les terrines,
chatouillé du persil fourré dans les narines de la tête de veau j’occupe la vitrine.

Je viens souvent du fond, du fond des âges, du fond de la classe, du fond de la gorge. Je nais de l’incompréhension, du décalage mais je suis toujours sans entraves

Et je cours de la poupe à l’étrave trop grave du Sérieux, cette dispensable épave.

Puis il est des périodes où je n’existe plus : de grands moments de drame


Où le tragique humain mène son pion à dame

Et le plateau alors est envahi de guerres, d’épidémies, de meurtres, d’attentats, de conflits et malgré les soldats je ne suis plus jamais même celui du sergent, gloussement de voix molle de folle du régiment, le préféré assurément du capitaine des dragons tout feu tout flamme et l’industrie du disque tout Sardouniquement se remet à fumer

Et en vient même un jour à oser m’exhumer.

Car, je dois l’avouer, je suis une valeur sûre : même si, vieux de la vieille,


Je vaux un bon bifteck, je suis le propre de l’humain, j’ai toujours sur l’écran de veille

De quoi vous envahir de LOL, de MDR, de chansons, de saillies
Qui vous laissent ébahi(e)s
Bref de quoi vous faire
Manquer d’air
Pour le der des ders
Der des ders des soupirs
Der des ders des sourires
Der des ders des mourir
Der des ders des mourir de rire

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23 septembre 2014

Tonton Nestor et le Hezbollah / Dominique MD

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« Mon cher, dit-elle, vous êtes fou, j'ai deux mille ans de plus que vous ». Tonton Nestor n'en croyait pas ses oreilles. Lui qui avait mis la zizanie aux noces de Jeannette, lui qui avait mis un pinçon en son éminence charnue, lui qui n'avait pu, jamais, mettre un peu d'ordre dans sa tenue, ses propos, ses façons d'être, voilà qu'une statue, et pas n'importe quelle statue, une statue de reine, le tenait en respect, lui disait « pas touche !», l'enjoignait de garder ses distances, d'arrêter de maudire.

Deux mille ans, diable ! Qui pouvait bien être cette femme ? C'était refroidissant.

Il arpentait un ancien cloître glacial, un soir de décembre, au Liban, à Tripoli exactement. La neige était tombée depuis plusieurs jours sur le Mont Liban, c'était magnifique.

 

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Il s'était joint à un groupe de joueurs de cricket pakistanais, rencontrés dans l'avion Paris-Beyrouth. Eux poursuivraient leur route vers l'Est, lui remonteraient vers le Nord.

« Le temps, madame, que nous importe ! ». Voilà ce qu'il aurait voulu répondre. Mais il n'avait pas eu le temps. Déjà le groupe se déplaçait, il ne voulait pas perdre ses joueurs de cricket. Avec eux, il s'amusait vraiment. Certes, il ne parlait pas l'ourdou, et ne comprenait pas non plus leur anglais chantant parlé à la façon indienne. Lui ne connaissait tout au plus que dix mots de la langue de nos voisins. Mais curieusement, la statue lui avait parlé dans une langue qu'il avait comprise. Ce n'est pourtant pas la Pentecôte, pensait-il !

Les joueurs de cricket s'engouffraient maintenant dans un car qui devait les emmener au restaurant à Byblos. Il se fit tout petit, cacha son visage et ses bacchantes dans sa casquette et monta incognito dans le car. A Byblos, il regretta un peu son initiative. En effet, les joueurs étaient accueillis dans un restaurant luxueux. Dans l'entrée, on servait du champagne et des mezzés. Mais bientôt, il faudrait s'asseoir à table or sa place n'était pas prévue. Il pensait passer le temps du repas avec le chauffeur de car mais celui-ci était déjà reparti pour essayer de garer son engin quelque part dans les rues étroites de la ville.

Il alla alors se cacher dans les toilettes, le temps du repas des joueurs. Mais au bout de dix minutes d'enfermement, il entendit une voix semblable à celle de la statue : « Etranger, sauve-toi d'ici, ou l'on donne l'alarme aux chiens et aux gendarmes !». Les gendarmes, il en faisait son affaire, il avait toujours su leur parler. Il avait fait ses premières armes à la foire de Brive la Gaillarde, où il s'était interposé entre quelques dizaines de gaillardes et des gendarmes mal inspirés. Mais les chiens, il en avait une peur bleue. Des chiens arabes, qui plus est !

Il se mit alors à écrire fébrilement sur le papier de toilettes, qui s'effilochait un peu : « Fermé jusqu'à la fin des jours pour cause d'amour !», et réussit à suspendre son libelle à l'extérieur de la porte, pendant un instant où il était seul. Le temps passait, il n'entendait plus rien, il se mit à craindre que les joueurs ne fussent partis sans lui dans leur hôtel près de la route de la corniche.

Il sortit des toilettes. Il n'y avait ni chiens, ni gendarmes. Le restaurant s'était vidé. Il restait seulement un serveur endormi, au fond du restaurant une femme de ménage  magnifique, belle comme la statue du cloître, qui rangeaient les tables abandonnées par les joueurs de cricket, et,  attablé au bar, un vieil irlandais, ivre probablement puisqu'il lui dit : «  C'est toi que j'aime, et si tu veux, tu peux m'embrasser sur la bouche et même pire ». Puis il continua : « Cher Monsieur, vous êtes un autre !».

Tonton Nestor était dans une situation inédite. Lui qui venait de Brive-la-Gaillarde n'avait jamais été confronté à un vieil Irlandais ivre, gay de surcroît. Il se rappela les leçons de son grand-père qui avait fait la guerre de 1870 contre les Prussiens. Il garda son sang-froid, et répondit « C'est aujourd'hui que je le perds ! ». Au moins pour la nuit, il aurait une chambre et un lit et de la compagnie. « Venez ! » dit l'Irlandais, « je vous montre le chemin, et vous conduis at home ».

On ne sait pas ce qu'il advint de tonton Nestor mais pendant la nuit la femme de ménage rémunérée par le Hezbollah pour espionner tonton Nestor, qui était aux aguets dans la chambre à côté, entendit une des deux voix dire « Qu'est ce que tu fais là ?», et l'autre répondre « Pousse donc un peu !».

9 septembre 2014

Sainte Maison blanche aux volets bleus / Jean-Paul

JRMorel 07N’en déplaise à Maxime Le Forestier, on ne trouve que très peu de maisons bleues aux volets blancs adossées à la colline aux coralines dans la Bretagne qui est si belle quand il pleut sur le Festival Jean-Michel Caradec.

L’inverse par contre est assez répandu et tout photographe épris de vrais clichés ne manquera jamais d’immortaliser, ainsi que l’a fait sur cette aquarelle M. Jean-Roger Morel, cette sacrée maison blanche aux volets bleus qu’on voit dans le port de Ploumanac’h, de Trégasoil ou de Ploumazout car les maisons blanches aux volets bleus, c’est comme les marées noires, elles ont envahi tout, elles sont partout. 

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Le cérémonial n’est complet que si des hortensias poussent dans le jardin et si, au voyageur, des rideaux de dentelles aussi épais qu’un string essaient de cacher l’habitante déjà bien dissimulée dans l’ombre. Car la maison a beau être blanche, l’intérieur en est toujours sombre.

La locataire, on l’imagine très bien portant par-dessus son chignon la sainte coiffe bigoudène et confectionnant sur la sainte crêpière Billig la sainte galette au chèvre et au miel.

Mais on est très déçu par la réalité quand on la voit sortir de la sainte maison blanche aux volets bleus. Elle est jeune, jolie, percée de partout, tatouée sur les bras et les jambes, elle porte un short en jean déchiré et des collants noirs, elle a des cheveux bleus et un iphone collé à l’oreille.

C’est que voyez-vous, braves gens, depuis 1914 Sainte-Bécassine a eu le temps d’avoir une descendance, des enfants, des petits-enfants, des arrière-petits enfants et celle-ci s’en va retrouver son coquin dont elle espère bien qu’il lui en fera, à elle aussi, une tripotée qu’ils nommeront Timothée, Victor, Mélanie, Ernestine ou Auguste. Oui, comme vos arrière- arrière-grands-parents. Pourquoi est-ce que le monde nous rajeunirait ?

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26 mars 2013

Les Pâques du gardien d'immeuble / Dominique

 

Le gardien d'immeuble se plaignait de douleurs aux épaules. Porter son aspirateur dans le dos lui devenait difficile. Le médecin du travail découvrit deux rougeurs légèrement protubérantes en haut des omoplates et nota dans sa fiche de visite : « à surveiller ».

 

Le gardien d'immeuble devenait rêveur, il ne faisait plus beaucoup le ménage et s'arrêtait brusquement en chantonnant, oubliait de porter les colipostes urgents à leurs destinataires. Rosemonde, sa femme s'inquiétait de plus en plus, ce qui la rendait acariâtre. Lui, au contraire, avait perdu son caractère soupe-au-lait. Même les vieilles propriétaires avec lesquelles il s'était fâché, qui surveillaient à longueur de journée son travail, notaient ses retards, se plaignaient de son incapacité à faire le ménage aussi bien qu'elles, n'arrivaient plus à le faire sortir de ses gonds. Il se levait à cinq heures chaque matin, et lisait un psaume dans la traduction d'André Chouraqui. Puis, il sortait les poubelles, faisait le ménage et disparaissait vers onze heures. L'après-midi, il arpentait les rues de Rennes, de la fac de Beaulieu à la prison de Vézin, de la piscine de Bréquigny à celle de Villejean. Il recherchait les quartiers en hauteur, les collines où l'on peut voir de loin et s'élancer.

 

Le soir, quand il se couchait, sur le dos, dans son lit, il sentait les deux petites boules sous les omoplates. Elles grossissaient, c'est sûr, bientôt il serait obligé de dormir sur le côté. Au bout de quelques semaines, il sentit une grosse gibbosité dans son dos. Pâques approchait. Il savait qu'il devrait être bientôt prêt.

 

Rennes n'offrait pas de belles collines. Il se renseigna sur la région. Cela faisait seulement quelques mois qu'il résidait en Bretagne. Il avait fui le Nord et son chômage, il savait que l'amiante de son ancienne usine textile ne lui laisserait pas un long répit.

 

 Un matin de très bonne heure, il prit le train pour Saint-Brieuc. On lui avait dit que du haut du pont d'Armor, on pouvait voir un beau panorama. C'était compliqué d'atteindre ce pont. Il n'avait l'air fait que pour les voitures. Le parapet était surélevé, - à cause des suicides sans doute-. Il fallait beaucoup de courage pour l'escalader, et il était bien vieux. Il enleva sa veste, puis son tee-shirt. Le vent froid le surprit. Il sentit son dos craquer, et entendit le bruit léger et doux des plumes qui éclosaient de dessous sa peau. Puis, il sentit les grandes rémiges s'extraire peu à peu, se tendre. Il s'élança alors. Au début, il tomba de quinze mètres et eut très peur. Il réussit dans un grand effort à se mettre à l'horizontal et à planer. Il lui fallait apprendre à utiliser ses grandes ailes blanches toutes neuves. Il s'y essaya de plusieurs façons. Finalement, il comprit qu'il devait les déplacer très lentement, sans à coup. Son plaisir était immense. Il ouvrit grand les yeux. Le vent froid les faisait pleurer. Il se laissa tranquillement pousser par le vent d'Ouest. Il longeait la côte et comptait les îles. Bientôt, il atteignit le Mont-Saint-Michel.

 

 

21 mai 2024

Betty entre à l'école / Jean-Paul

 

Betty Lelapin-Blanc ouvre de grands yeux effarés. C’est ça, l’école ? On lui avait promis qu’elle serait avec des enfants de son âge, qu’elle jouerait à des jeux et se ferait plein de petits camarades et de grandes copines. Eh bien ça s’annonce mal ! Dans la classe de Madame Lelièvre, il n’y a que des étrangers. Et en plus ils ont tous l’air plus ou moins débile. Et c’est quoi, d’abord, ce désordre que laisse régner la maîtresse dans la classe ? Si tous les apprenants sont sagement assis aucun n’est concentré sur l’écoute de l’institutrice et personne n’a un regard pour la nouvelle arrivante.

 

 

Celui qui ne risque pas de s’intéresser à elle, c’est Barbery le hérisson. Déjà parce qu’il lui tourne le dos, ce qui n’est pas très élégant – on ne fait pas voir son cul à une nouvelle venue – et ensuite parce que lui aussi a l’air terrorisé. Les chenapans du premier rang l’ont bombardé de boulettes de papier, un avion lui a sifflé aux oreilles - c’était peut-être un Boeing dont la portière eût pu se détacher en plein vol – et enfin le bureau de la maîtresse a servi de cible pour un concours de lancer de fléchettes juste au-dessus de ses piquants. Cela n’en manquait d’ailleurs pas, de piquant, puisque les fléchettes étaient des porte-plumes.

 

- C’est bon, Betty, dit Madame Lelièvre, tu peux aller t’installer dans le fond à côté de Lachenille, mais surtout ne lui prête pas tes livres. Elle aime tellement les manuels scolaires qu’elle prend pour des romans qu’elle en dévore toute la journée.

 

 

Dans la rangée du fond, là où d’habitude les dents baignent, il y a, à la gauche de Lachenille Tweedledum et Tweedledee, des jumeaux qui se collent des beignes à propose de bugnes. Ils sont nés à Lyon, ce sont des gones malpolis et s’ils continuent comme ça à se bigner ils finiront au bagne.

 

Près de la fenêtre Rose et Réséda écrivent des poèmes. Betty ne savait pas qu’on apprenait aussi aux fleurs à parler, écrire et compter.

Devant elles c’est Dominique Ledronte que tout le monde appelle Dodo. Lui aussi appartient au cercle des poètes disparus. Il a l’air sympa mais c’est peut-être le fayot de la classe. Le gars qui est là pour apprendre les mille et un trucs qui vous permettent, plus tard, non seulement de ne pas disparaître dans la nature ou l’anonymat mais surtout de devenir le premier partout, comme Dodo Lasaumure ou Dodo Sofitel.

A sa droite il y a Jean-Claude Lemorse, un gros rigolo, celui-là, le genre qui raconte des histoires belges à la récré et lance des défis à tout le monde. En plus il connaît tout Lennon-McCartney par coeur. Son voisin de pupitre c’est Gilbert Charpentier. Avec quatre bouquins il te fabrique une maison et avec sa sœur, Marie-Thé, ils inventent des spectacles de variétés.

 

Le croirez-vous ? Hermione de Depique et Harry Sixdecoeur jouent aux cartes pendant les cours ! Et pour de l’argent en plus !

 

Les élèves du deuxième rang valent également le détour. Il y a Véronique Fantaisie, la tortue à tête de veau qui lit des bandes dessinées dans lesquelles on raconte qu’elle a battu le mari de Madame Lelièvre à la course. Elle partage son pupitre avec Legriffon, un gars qui a un long pif et la peau toute rouge. Il paraît sage, les bras croisés, le sourire aux lèvres mais peut-être qu’il n’écoute rien de ce que dit la maîtresse. Betty se demande s’il ne serait pas amoureux en fait d’Hermine Lablanche.

 

Hermine Lablanche, Betty l’apprendra plus tard, son surnom c’est la Duchesse. Il faut voir comme elle prend soin de son apparence ! En permanence elle se regarde dans son miroir, se recolle du vernis sur les ongles, se remet du rouge aux lèvres. Betty est sûre et certaine que le mot « pin-up » a été inventé spécialement pour elle.

 

A côté d’elle Lucette Lacarpe a l’air plus simple, plus sympa. Et de fait au bout de quelques jours dans cette classe de loups-phoques, c’est elle qui deviendra la meilleure amie de Betty Lelapin-Blanc. Lucette est assise à côté de William Lelézard. Tout le monde l’appelle Bill ou Pecos Bill parce que c’est un terrible, celui-là ! Il refile des coups de règle en bois à son voisin de devant, Coquillard dit Gros Coco. Un du genre crâne d’oeuf mais peut-être plus fragile qu’on ne croit.

 

Lagrenouille écrit proprement et religieusement tout ce que dit Madame Lelièvre. A croire qu’elle prend tout ça pour parole d’évangile et confond son encrier avec un bénitier.

 

Le Chapelier, lui, est vraiment fou. C’est lui qui fabrique des avions en papier alors que Clément Ader a juste vingt ans et que les frères Wright ne sont même pas encore nés. C’est lui qui lance des porte-plume dans le bureau de Madame Lelièvre. C’est lui qui a coincé les pattes arrière de Bazougesur le loir dans une théière

 

*** 

 

A part son premier moment de frayeur, Betty est maintenant bien contente d’être là. Dans son dos il y a le cabinet des curiosités avec plein de choses bizarres qui servent à la leçon de sciences naturelles. Il y a au-dessus de l’armoire un squelette dont elle apprendra qu’il est celui  du Jabberwocky, un animal aussi slictueux et tove qu’un borogove.

 

Il y a aussi à proximité le violon qu’on a confisqué à un ancien élève barge et fantasque lui aussi, un nommé Sherlock Holmes. Et surtout, au-dessus de la porte d’entrée, il y a un beau tableau de Mathurin Méheut qui représente des homards qui dansent le quadrille des lanciers du Bengale. Bety adore la musique et la danse. En apprenant cela Madame Lelièvre qui est très gentille lui a promis qu’elle lui donnerait des cours particuliers.

 

Quelle chance elle a ! Finalement, ils sont très bien, ces étrangers. Et puis, contrairement à ce qu’on lui avait annoncé les élèves ne portent pas d’uniforme ils ont juste des cravates rayées bleu turquoise et rouge vermillon. Du coup, pendant la dictée, Betty a demandé à Lachenille qui se prénomme Anne-Françoise et qui est bonne en orthographe où il fallait mettre les « s « du pluriel aux adjectifs de couleurs. 

 

- Il n’y en a pas ! a répondu sa voisine. C’est comme toute cette classe, c’est un spectacle haut en couleur.

 

Là dessus Lachenille s’est envoyé une autre page de son Bled derrière la cravate.

15 janvier 2013

Une préface à la vie de Berthoise / par Jean-Paul (séance du 15 janvier 2013)

 

Ce n’est pas forcément une bonne idée de demander à un natif du Nord émigré en Bretagne d’écrire la préface à la biographie d’une Bretonne émigrée dans l’Oise ! Marie-Berthe de Chantilly-Ribot que tout le monde connaît d’avantage sous son pseudonyme de Berthoise écrit dans son roman « Il a plu »qu’elle est "Bretonne et Brayonne" à la fois. En vérité, nous sommes tous citoyens du monde et si nous nous sommes croisés dans nos trajets, elle et moi, c’est assez bizarrement au niveau de Lyon et en nous arrêtant, au parc de la Tête d’or, devant la statue du faune et de la centauresse qui s’embrassent. A part l’amour des bouchons lyonnais et des bières, surtout belges, Berthoise et moi avons un goût très commun et très surprenant pour les mots et les choses du sexe et, je n’en doute pas, elle a dû, elle aussi, s’interroger sur la manière de coïter de ces deux entités-là. Sur cette statue, du reste, force est de constater que chacun des deux partenaires a une queue de cheval. Au repos, certes, pour l’un, mais le fait est là, ne nous crêpons pas le chignon à propos de ce qui se passe sous la couette.

 

Dans son dernier ouvrage, paru aux éditions « Fée du logis » et qui a pour titre « Exercice-culotte » Marie-Berthe n’a pas craint non plus d’endosser la personnalité de la grande duchesse de Gérolstein. Ses variations sur « Ah que j’aime les militaires » ont pris la forme d’une véritable ode amoureuse au duc d’Aumale, un de ses ancêtres qui posséda jadis le château de Chantilly, dépendances et domesticité comprises, et qui n’avait qu’un mot à la bouche : « Rectifiez la position ! ». Dans le chapitre « Berthe, Henri et moi » on peut lire d’étranges phrases comme : « Craignant d’avoir été abusé par mes sens ensommeillés, je suis allé vérifier : la marquise gouttait ». Voilà ce que c’est quand on sort à cinq heures en chantant sous la pluie que « Tout va très bien » ! J’ai noté aussi : « Le chat ne se laisse jamais oublier ». Nous sommes loin ici des glauques étalages d’Henry Miller et Anaïs Nin auxquels, désastre des temps, ont succédé les bien pires encore "50 nuances de Grey". Chez Berthoise, aristocratie des ancêtres oblige, on ne manque jamais de tenue. La poésie naît justement des joies simples, naturelles, largement répandues et si leur pratique n’est jamais secrète elle n’est jamais ostentatoire. Tout est dit sobrement, en phrases courtes, posées et jouissives. De Marie-Berthe de Chantilly-Ribot on peut- dire ce que l’on disait déjà de son oncle Jean-Amédée Walrus : « Jamais laconisme ne fut plus parlant ».

 

Biographie Berthoise

En découpant en trois parties à peu près égales la biographie qu’elle consacre à notre amie commune, Adrienne Finzi-Contini ne pouvait mieux faire ni avoir une vision plus juste de la personnalité de l’artiste. La première partie est consacrée à la vie d’une diariste habitée par le doute. Elle s’intitule « Vitalité et vanités de la vie en Vexin pour Vénus ». Il fallait effectivement que lui fassent pendant « Le désir permanent du voyage » et « La musique adoucit les mœurs comme elle raffermit l’humeur ».

 

En cette époque troublée où trop de choses déliquescent, où je néologise à tour de bras, où l’administration pèse pour tout fonctionnaire zélé le poids d’un âne mort suspendu au plafond et nul ne sait ce qu’il pondra si on lui tire la queue, quand il pleut sur la ville close de Concarneau autant de seaux d’H2O qu’un curé pourrait en bénir, lorsque le vent remplace le soleil et les idées grosses de l’extrême droite celles de la droite pas fine au Nord du bassin parisien, on se dit qu’il y a une limite de tolérance à la connerie et que James serait en droit de faire un bond en disant « Schön ». Impitoyable plus encore que Clint Eastwood, l’envie d’aller voir ailleurs se fait alors pressante, surtout si le jardin ne donne rien en guise de fleurs jaunes. A croire que Berthoise n’est heureuse que quand elle a un souci et que sans cela elle est vacante et rêve de vacances, de larguer tous ces mômes accrochés à ses basques pour aller mettre la main au panier de Léon de Bayonne, là où vit le sous-marin jaune des Beatles et celui qu’elle préfère s’appelle George.

 

Partir, oui, mais comment ? La technologie la transporte malgré les difficultés qu’elle rencontre, comme tout un chacun, à décrypter le mode d’emploi de ces engins. Rien ne vaut le coucou suisse ou la pendule années 50 ! Et pourtant sa voiture rouge dispose, sans qu’elle le sache, d’un module d’auto-rétrécissement qui lui permettrait de doubler les camions de betteraves à 130 à l’heure en passant par-dessous leurs essieux. Son appareil-photo Lumix est doté d’une option « photo panoramique » mais elle peut d’autant moins la sélectionner que sa fille préférée, Poulette, a encore emprunté l’appareil pour photographier Dieu seul sait quoi, comme font tous les djeunns d’aujourd’hui qui se respectent (ou pas !) et déposent sur Facebook des horreurs insolentes qui ont le mérite de n’être drôles que pour des geeks comme eux. Mais de fait, eux comme nous, ne sommes-nous pas tous devenus des geeks ? Il nous faut connaître l’anglais pour travailler à la grandeur de la France alors que cette langue devrait servir à aller visiter Londres, à retourner en Inde, à expliquer à l’employé d’état-civil à Moscou qu’on est à la recherche de la cantinière russe qui est perchée dans l’arbre généalogique et ne voudra en descendre que pour accompagner Napoléon et son armée en France, jusqu’à Quimper ou Cayeux-sur-Mer s’il le faut, car elle a envie que son arrière-petite-fille puisse aller souventes fois à Paris où des expositions, des brasseries et des salons de thé LewisCarrolliens tendent les bras de leurs fauteuils à tous les affamés de la terre, oui, c’est bon, même si c’est très cher. L’essentiel est de rester (cul)turel ! Et du voyage, mon Dieu, gardons trace ! Des choses lues à Rouen, ne faisons pas bûcher. Dans la trentaine de romans que Berthoise a écrits il faut souligner, et nul n’est mieux placé qu’Adrienne pour le faire, la brièveté des séjours, l’enchaînement quasi alphabétique des petits événements, le peu de longueur des déplacements. A croire que rien ne vaut finalement le « Voyage autour de ma chambre au château de Chantilly » de Xavier de Maistre, le « Turlututu je suis reviendue » ou le « De la nécessité de la petite laine, de la bière qu’on sirote lentement, en la savourant jusqu’à ce qu’elle vous tourne un peu la tête » de Berthoise elle-même.

 

Je ne dirai rien du chapitre sur la musique qui s’étend de Rameau à Sanseverino, d’Offenbach à Bollywood. Le serpent, lui-même instrument de musique, se mord ici la queue car l’on revient au baiser du faune et de la centauresse. Comment comprendrait-on sinon l’hymne d’amour que constitue le best-seller de la dame : « Les mains de la chef de chœur ». Moi-même, si je n’étais pas secrètement amoureux de Lucie qui nous dirige, resterais je dans cette chorale où l’on bavasse presque autant que l’on ne chante ?

 

C’est là ce qui me plaît dans la vie et l’œuvre de Berthoise et qu’il convenait de définir avant que vous ne vous vous lanciez dans la lecture de cette foisonnante biographie. On est dans le quotidien, sur un marché aux puces, à un repas de famille, on cueille des champignons de toutes les couleurs, on s’engueule en voiture, au restaurant, on répond à mille questionnaires, on traverse la campagne en hiver, on visite une expo, on va à un concert, on photographie pour la centième fois le château de Chantilly, tout le monde a fait ça mais chez elle ce n’est jamais anodin ou inodore : il y a toujours, jusque dans ses silences ou ses phrases de trois mots et demie, quelque chose qui brille : une flamme intérieure.

 

Bonne lecture à vous.

 

P.S. J’aurais pu faire encore plus long mais, comme a dit Romain Gary, "il faut toujours connaître les limites du possible". Surtout quand on est soi-même un être impossible et pris par le temps : je dois m’en aller maintenant rédiger la préface au recueil de chansons de Joye traduites en bas-breton par Sklabez. Préfacier, ce n’est pas un métier facile. Il faut trouver la bonne longueur d’ondes et savoir stopper sa faconde. Maintes fois par le passé, quand je ne le fis pas, les émules de Gary me coupèrent !

 

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19 février 2013

Les Chaises : pièce à dormir debout / Jean-Paul

 

Sur la scène du théâtre le plateau est nu. Il y a juste deux chaises qui se font face et un grand écran blanc qui occupe tout le fond. Les deux personnages féminins, Cour et Jardin, arrivent chacune d’un côté différent de la scène. Elles ont chacune un gros dossier plein de feuilles dactylographiées et s’assoient l’une en face de l’autre, ayant vue à la fois sur la salle et sur l’écran. Lorsqu’elles sont en place le technicien projette sur l’écran une photo d’Henri Cartier-Bresson.

 

COUR. – Aujourd’hui, le patron de la P .J. est venu s’asseoir à la terrasse de la brasserie Dauphine. Il aurait bien mangé une choucroute et bu un verre de Riesling bien frais mais il n’y avait personne au comptoir et personne non plus n’est venu prendre sa commande depuis qu’il s’est assis à la terrasse déserte.

 

JARDIN. – Alors il attend. C’est un gros monsieur à l’air placide. Il porte un chapeau melon et un pardessus à col de velours. Il a gardé son parapluie à la main. La pointe du pépin fermé touche le sol, trois doigts du bonhomme serrent le manche recourbé et le pouce et l’index de l’homme pendouillent sur la petite queue du J à l’envers. Sans même tapoter du doigt, il attend.

 

COUR. – Il a une moustache blanche, de faux airs de Pierre Bellemare qui n’est peut-être pas encore né vu que la photo date de 1932. Il est ventru, a le visage massif, la chair flasque au bas des joues, le regard un peu éteint qui fixe le vide. Il attend.

 

JARDIN. – Dehors, sur la place, les vélums du restaurant voisin dessinent dans la lumière du jour hivernal une France stylisée, un hexagone au Sud-Ouest duquel trois types debout sont immobiles. Deux d’entre eux semblent discuter en marchant alors qu’en fait ils n’avancent pas. Le troisième tourne la tête et regarde derrière eux. Lui aussi a l’air d’attendre quelqu’un.

 

 

COUR. – Il y a cinq tables avec des nappes blanches à la terrasse du restaurant et seize chaises mais sur la scène…

 

JARDIN. –… ou dans cette scène…

 

COUR. – … on n’en voit que quinze.

 

JARDIN. - Il y a des chaises mâles et des chaises femelles. Toutes la journée, écrasées sous les culs des humains, elles rêvent du moment où le soir le garçon en long tablier va les empiler sur la table, les unes sur les autres, enfin, tête-bêche.

 

COUR. – Quand le dernier autobus n° 69 sera passé, le loufiat éteindra la lumière et l’orgie commencera. Un air de jazz mystérieux descendra de l’appartement du dessus. Toute la journée les chaises attendent ça.

 

JARDIN. – Elles ont des noms un peu bizarres. Parfois « La tempérance » est montée sur « le diable » et « la justice » sur « le chariot ».

 

COUR. – Hier soir « le pendu » était sur « la maison-Dieu » et « l’étoile » sur « l’amoureux ».

 

JARDIN. – « Le bateleur » s’envoie « l’impératrice » et « le soleil » a enfin rendez-vous avec « la lune ».

 

COUR. – Présentement, c’est « la papesse » qui a attrapé le patron de la P.J.

 

JARDIN. – Par le fond de son pantalon elle a fait pénétrer une pointe de son paillage et la voilà qui aspire l’âme du type qui attend.

 

COUR. – Ça a une âme, un policier ?

 

JARDIN. – A cette époque-là, oui. Dans les trous qu’ont creusés en elle les vers à bois, la chaise niche les différentes parties qu’elle soutire au policier.

 

COUR. – Son aveu d’impuissance devant le gang des tractions avant.

 

JARDIN. – Ses rêves de retraite à Meung-sur-Loire : la pêche, le fricandeau à l’oseille de son épouse, la partie de cartes de l’après-midi au café avec le docteur, le boucher et le cabaretier.

 

COUR. – Bientôt la papesse a tout pompé. La chaise est repue et le commissaire Maigret n’est plus qu’un fantôme creux dans la mémoire de l’auteur de la pièce. Un souvenir lointain.

 

JARDIN. - Fin de la scène 1.

 

COUR. – Malgré son Alzheimer, l’auteur a écrit une scène 2

 

JARDIN. – Tu rigoles ? La pièce est encore inachevée. Elle fait 4208 pages à l’heure d’aujourd’hui.

 

COUR. – Et… on va tout lire ? Je peux aller faire une pause pipi ?

 

JARDIN. – Attends la fin de la scène 2. Cette fois c’est une photo de Jacques Prévert par Robert Doisneau.

 

COUR. – Je crois que j’ai deviné le nom de la chaise !

 

JARDIN. – Allez, va faire pipi au lieu de dire des bêtises.

 

COUR. – Je voudrais bien mais… Je n’arrive pas à me lever… Je me sens vidée d’un seul coup.

 

Elles s’immobilisent toutes les deux. Le rideau tombe. Les spectateurs n’applaudissent pas. Ils ne sortent pas de la salle. Ils ne le peuvent pas. Moi-même j’ai du mal à termin...

15 janvier 2013

Consigne d'écriture 1213-14 du 15 janvier 2013 : Berthoise

 

Berthoise

 

Nous écrivons autour d'une blogueuse inconnue de nous qui s'appelle Berthoise. C'est un pseudonyme que cette dame utilise pour raconter sur Internet des choses du tout venant de sa vie. Son blog s'intitule d'ailleurs C'est du tout venant.

 

L'animateur distribue la liste des titres des derniers billets parus sur ce blog (1), quelques billets courts, une liste d'expressions du type "brève de comptoir" qui n'ont rien à voir avec cela (2). Il demande d'écrire à partir de cela des pages d'une biographie imaginaire de cet auteur.

 

1

 

Lyon
Vous chantez ?
En piste
Choses lues à Rouen
Cantinière russe
Du malheur d’être grand
Vitalité ?
Douceur
Aléa de la vie professionnelle d'une remplaçante en milieu rural.
Vanité
Portes et fenêtres
Oh ! Chantilly !
Artiste
Chérubins et tout petit
Petite joie malsaine
Nouvelle technologie et vie du cœur
Musique indienne
De la nécessité de la petite laine
Hier comme Hopper
Pensées des morts
Champignons de toutes les couleurs
Amour maternel
Mes deux amours
Trifouilly-les-oies
Comme à Ostende
Opération Turbot
Sentimentale
Berthe Henri et moi
Fée du logis
Restons (cul)turels
A dada
Questionnaire
Mon cher duc, permettez que je vous appelle Henri
Turlututu, je suis reviendue
La tête ailleurs
Froid de canard
Poulette
Le Grand
Les mains de la chef de choeur
La maison de Concarneau

 

2

 

Autant qu’un curé pourrait en bénir


Le poids d’un âne mort pendu au plafond


Tu fous un coup de pied dans une poubelle, il en sort dix, des gars !


Visqueux, c’est parce que c’est mon choix


Ti bouffes ti bouffes pas ti crèves quand même. T’écris !

 

- Est-ce que quelqu’un veut un autre café ?
- Pas de ce genre-là, non merci !
- Prière d’un serré ?

 

Y’a une limite de tolérance à la connerie
Schön Konnerie ?

 

Sa sœur soigne son maradis. Son maradis ?
Son mari qu’a la maladie d’Alzheimer

 

Elle n’est heureuse que quand elle a un souci
Sinon elle est vacante

 

 

12 février 2013

Anka / Dominique

 

Dans l'encrier de la belle Anka apparurent soudain toutes sortes d'images. L'encre était bleue mais la surface faisait comme une loupe où se formaient et disparaissaient des papillons évanescents, des fourmis peuplant une fourmilière, une forêt peuplée d'oiseaux de paradis, des animaux retournés à l'état sauvage et puis finalement un message en signes cabalistiques qu'elle recopia soigneusement sur un buvard.

 

 Elle alla trouver la voyante Léna afin d'interpréter le message qui, sûrement devait décider de sa vie future. La voyante resta longtemps en silence, comme si le message était non pas difficile à déchiffrer – elle avait été agent secret pendant la dernière guerre et le chiffrement et le déchiffrement étaient pour elle un jeu d'enfant – mais plutôt difficile à faire entendre à cette petite innocente.

 

- Oublie les mille et une nuits, lui dit-elle. Le message ne dit rien dans ce registre-là. Je ne voudrais pas te faire une peur express mais il s'agit d'un passage en outre-monde.

 

- Non ! s'écria Anka qui sentait la révolte la gagner. Ce n'est pas possible. J'en reviens de l'outre-tombe. Ce message parle-t-il du passé ou du futur ? 

 

- Il ne s'agit pas d'outre-tombe, mais d'outre-monde !


Les deux femmes devinrent très pensives. Léna devait-elle traduire la fin du message à Anka ? Anka était-elle capable de le comprendre ? Elles buvaient un café 0405, en fait un expresso avec du Tranxène que Léna réservait à ses clients difficiles.

 

Anka devait s'équiper pour un décollage immédiat vers la Sicile. Elle y rencontrerait l'innocent de Palerme : un jeune homme que la mafia cachait soigneusement. Jeune, il ne l'était peut-être plus, car le message disait – mais, il y avait une petite tache sur le buvard à cet endroit et cela introduisait un peu d'ambiguïté – que cela faisait déjà 6000 nuits qu'il avait disparu ! Cet innocent connaissait semble-t-il le cœur des deux mondes et serait donc capable d'emmener Anka outre-monde. Léna ne put en dire plus, mais à Palerme, Anka aurait d'autres informations sur la suite de son voyage.

 

Anka monta en tremblant dans l'avion. C'était la fin de l'après-midi. La tête calée contre le hublot, elle regardait l'embrasement du ciel avant la nuit. Son esprit était vide. Le soir tombé, elle se reprit. Il me faudrait un petit carnet pour tenir mon journal pensa-t-elle. L'hôtesse de l'air lui fournit gracieusement le carnet de bord de Greg, le commandant de bord, et un stylo aux ailes de la compagnie. Le carnet de bord était déjà bien rempli et contenait d'autres messages cabalistiques ressemblant fort à celui de son encrier. Elle comprit qu'elle n'aurait même pas besoin de rencontrer l'innocent de Palerme. C'est le commandant lui-même qui l'emmènerait outre-monde.

 

L'atmosphère dans l'avion était un peu spéciale. Ils n'étaient que trois passagers, plus l'hôtesse de l'air et le commandant Greg. Un des passagers avait un air de vieux parrain, l'autre était une passagère, habillée en bonne sœur mais pourvue de grosses lunettes qui lui mangeaient les trois-quarts du visage. Elle voulut déchiffrer les nouveaux messages, mais le sommeil la gagnait et elle se sentait sans force.

 

montalcino-italie-2006

Quand elle se réveilla, il faisait tout à fait nuit. Le parrain et la bonne soeur s'étaient assis à ses côtés. Ils firent des mots croisés, en français et en italien, et burent du vin de Montalcino. Tout cela était très joyeux. C'était vraiment une bonne façon de commencer ce voyage ! Après l'atterrissage, ils sortirent sur le tarmac. Il y avait, au pied de l'avion, un petit groupe en guise de comité d'accueil. Il faisait noir. Elle n'y voyait rien, mais l'un du groupe parla. Elle en était sûre, c'était la voix de son père. Elle ne l'avait plus entendue depuis vingt-deux ans. 

19 septembre 2023

Consigne d'écriture 2324-02 du 19 septembre 2023 : Scripta

Scripta

 

scripta

A l’aide du jeu de cartes Scripta, nous récoltons une bonne dizaine de mots au hasard du tirage et du jeu. Nous aurons mission d’en inscrire au moins six obligatoirement dans le texte que nous allons écrire.

Il peut s’inspirer, si vous le souhaitez, de l’image ci-dessous d’Ali Migutsch, illustrateur allemand pour enfants. Soit vous la considérez dans son ensemble, soit vous choisissez un appartement en particulier.

Les mots recueillis à insérer : pituite - retiré - revue - virées - kir - brisé - mamas - ramenas - situer - risotto - rituels - safran - vedette - hotte - Ohé - démenti - enfiler - griefs - loquet - votée - troquée

Ali Migutsch 8

2023-09-19 285 17 recadrée

2023-09-19 285 16 recadrée

16 mai 2023

Consigne d'écriture 2223-30 du 16 mai 2023 : Médiéval

Médiéval

 

AEV 2223-30 Consigne - Lettrine O






yez, oyez, gentes dames et beaux damoiseaux !

Le but de cette page est de vous suggérer des mots et des expressions pour "imiter" le style du français du moyen-âge, juste le temps de réécrire une fable ou un conte traditionnel ou ce que vous voulez !

Vous pouvez par exemple :

- Ecrire "oi" au lieu de "ai" : françois au lieu de français ; estoit, avoit, vouloit, pouvoit : était, avait, voulait, pouvait...
- Ajouter des "l" après des u : aultres, ceulx : autres, ceux
- Ajouter des "s" avant des "t" : maistre, queste, nostre : maitre, quête, notre
- Mettre des "y" à la place de "i" et des "i" à la place de "j" : Le samedy douziesme de iuillet

La totalité du vocabulaire est récupérable ici.

moult, moultes : beaucoup fol : fou labeur : travail
point : pas Le fifre (petite flûte); hautbois, clarinette corvée, besogne : tâche
je puis : je peux Le tambourin : percussion (petit tambour) enseigne, échoppe : boutique
Nous : Je (pour les rois ou les nobles) le luth, la mandoline : sortes de petites guitares apothicaire : pharmacien
l'ami : toi La vielle : sorte de violon pis : pire
Il me plait de... : j'aime La guimbarde : instrument de musique ledit, ladite
bel : beau; fort bel : très beau La cornemuse quiet : calme
nul, nulle : aucun, aucune La lyre mère-grand : grand-mère
que nenni ! : non complainte : triste histoire (ou chanson) balluchon : sac-à-dos
Icelui, Icelle : celui, celle chaumière : petite maison gué, pont-levis : pont
auberge : hôtel-restaurant mansarde : logis oncques : jamais, personne
taverne : bar lattrines : toilettes encor : encore
faire ripaille : manger lavoir : ~machine à laver taïaut : fuyons !
s'attabler : passer à table eau du puits : ~eau du robinet cesser : arrêter
Le disner : Le dîner chandelier, lampion, lanterne : ~lampe choir : tomber; échoir
victuailles : nourriture poèle : chauffage clore : fermer
mets : plats plume d'oie et encrier : ~stylo conjurer : implorer, conspirer, éviter
gré : goût ("Est-ce à votre gré ?" parchemin, velin : papier défaillir : s'évanouir
les fourneaux : la cuisine; grimoire : livre (de magie) faillir : échouer
pot, chaudron, marmite, cassole : plats de cuisson gazette : journal se hâter : se dépêcher
breuvage : boisson trépas : mort; trépasser : mourir implorer : supplier, demander
Gueuse, Cervoise : bière défunt : personne morte mander : envoyer qqn à sa place; convoquer; commander
chope : verre occire : tuer mirer : regarder
auge, gammelle, écuelle : assiette meurtrir : blésser il naquit : il est né...
cruche : carafe malemort : mort violente ouïr : entendre, écouter : "Oyez, oyez !"; avoir ouï dire : avoir entendu
flaque : carafe de vin chérir : aimer se languir : s'ennuyer
fiole : flacon épris : amoureux octroyer : permettre
gosier : gorge m'amie, ma mie : mon amie quérir : chercher; queste : quête, recherche
doux et bon... dulcinée : petite amie questionner : poser une question
hôte : celui qui reçoit promise : fiancée rompre : casser, briser
farci, tourte, civet, à la broche, rôti : recettes épousailles : mariage songer : penser, rêver
brouet : potage courtiser : draguer; courtisane abhorer : détester
chapon : poulet castré baiser : bisou, bise bâtonner : donner des coups de bâtons
poulaille ou poularde : poule la couche : le lit chérir : aimer
poussin, oyson (oie), faisan, paon : volailles pucelle : vierge courroucer
lyèvre, connin, lappereau : lapin catin : prostituée molester, importuner
pourcelet, sanglier : Porc vit : sexe masculin offenser
La pinte (de Paris) = 48 pouces du Roi (~27 mm) cubes, soit ~0,95 l (presque 1 L); forniquer découdre
La chopine = une demi pinte (environ 0,47 l); foutre : sperme Sire, sieur, messire, gentilhome : monsieur
Le litron : mesure de volume ( jadis, naguère : autrefois; d'antan: d'autrefois Dame
festoyer : faire la fête las : fatigué, hélas Sa Majesté le Roy (Roi), Dauphin : futur roi
accoutrement : tenue, déguisement adieu : au revoir agenouillement
fard : maquillage; se farder : se maquiller l'heur : la chance jouvenceau, jouvencelle
baladin : acteur sur-le-champ : immédiatement compagnon, compère : ami
bouffon : humoriste la souvenance : le souvenir vilain : non noble, villageois
narrer, conter : raconter vain : inutile; en vain manant, gueu :
fabliau : fable miséricorde : pitié maistre : maître
farce : comédie, ~blague courroux : colère croquant : paysan rebelle
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L'Atelier d'écriture de Villejean
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