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L'Atelier d'écriture de Villejean
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24 avril 2018

Les Vieux / Maryvonne

AEV 1718-27 djeunns 1833336

En premier, cher animateur ce n'est pas parce que tu nous parles en verlan que tu es beaucoup plus jeune que nous. Ceci étant dit le vieux ne comprend pas toujours ta consigne d'écriture à la première lecture puis après avoir compris il la conteste. Mais, comme il a vécu, il a beaucoup de choses à dire, disons qu'il a de l'expérience, des anecdotes et des certitudes.

Malheureusement ça ne lui sert souvent à rien. L'évolution fait que son expérience est ringarde, ses anecdotes ont une barbe et ses certitudes sont à remettre en question. Mais il fonce crayon dans le guidon pour te raconter tout ça à sa manière.

Un ieuv a du mal avec le rap, les jeans troués, les textes en verlan. Il a du mal à comprendre la jeunesse qui traîne, piétine devant son orientation et se colle des bitures rapides. Au moins les ieuvs dégustent à petites lampées leur pinard, leur Ricard ou le p'tit Porto.

Les ieuvs ont des prothèses dentaires, oculaires, auriculaires, coronaires. On leur a souvent enlevé des trucs qui ne servent à rien : l'appendice, la vésicule, parfois la rate ou un bout d'intestin donc les vieux sont incomplets mais il ne faut pas leur dire car ils sont susceptibles.

Les ieuvs ont emmagasiné beaucoup de savoir mais ils perdent la mémoire : +M et -M=0.

Ils se croient quand même des héros car ils ont tous fait une guerre : 39/45, l'Algérie ou mai 68. Bien que ces deux dernières s'appellent des événements ils continuent à dire « la guerre » car les vieux sont têtus.

Parfois les vieux ont les cheveux blancs mais ce n'est pas un critère fiable car certains trichent et d'autres les ont perdus dans la soupe. Mais c'est beaux les têtes blanches.

AEV 1718-27 Mémé les WattsLes ieuvs d'aujourd'hui s'habillent en rose layette ça leur rappelle leur prime enfance et ce sont les jeunes qui s'habillent en noir parce que le noir ça vieillit et le rose ça rajeunit comme quoi on n'est jamais content de son état et les vieux adorent tricher.

Heureusement autour de moi je ne vois que des jeunes qui ont gardé l'envie d'être entre copains, de faire du sport, d'être ouverts sur le monde, curieux et attentifs.

Une bande de potes capables de se réjouir d'une bêtise, d'une bonne blague, d'un bon mot. De vibrer à un match de foot, de tennis ou de hand-ball. Certains essaient de suivre l'actualité littéraire et les dernières technologies et en font profiter les autres. Il reste à ne pas trop se plaindre, à continuer à regarder l'avenir et ne pas enjoliver le passé en répétant : « C'était mieux avant ».

Un petit garçon à qui on demandait ce qu'il voulait faire plus tard a répondu : « Je voudrais vivre « à l'époque » : ça a l'air drôlement bien ! » !

 

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4 février 2020

Dans le jardin d'hiver / Marie-France

AEV 1920-18 Delvaux - L'éveil de la forêt


Dans le jardin d'hivHAIR

Le mHAIRe et ses partenHAIRes
Après un conseil très acTIF
ConvoquHAIRent
Toutes les commHAIRes et compHAIRes
NatTIFs d'ArgentiHAIRes.

Elles étaient toutes sorties de leur chaumiHAIRe
Venues en chemin de fHAIR
Ou bien en montgolfiHAIRe
Pour participer à cet apéritTIF
En habits des plus primiTIFs.

Les femmes nous livrHAIRent leur anatomie
Ayant laissé au vestiHAIRe
Leur manteau de panthHAIRe.

Seule une touffe sombre
De leur système pileux
Venait assombrir leur corps laiteux
Telle une coquille placée là
Afin de cacher l'objet du désir.

Un homme sur notre droite
Près d'un arbre sombre et tortueux
Un solitHAIRe à l'annulHAIRe
Jouait d'un air plainTIF.

C'est alors qu'une étrangHAIRe
Aux ailes recouvertes
D'une chevelure flamboyante,
S’élèva dans les HAIRs.


Elle semblait annoncer
Avec moult superlaTIFs
Un royaume des songes très prospHAIRe.


«D'après le tableau de Paul Delvaux « L’Eveil de la forêt»

10 décembre 2019

Les sœurs Tatin n’en font jamais d’autres ! : saynète / Jean-Paul

AEV 1920-12 four des soeurs tatin

Madeleine - C’est maintenant que t’arrives, Mathilde ?

Mathilde - Je remets toujours tout à plus tard ! Tu sais comment je suis ! J’ai oublié d’acheter des poireaux sur le marché samedi alors je suis allé à la supérette. J’en avais besoin pour ma vinaigrette

Madeleine - En attendant, c’est encore moi qui ai dû éplucher toutes les pommes pour le dessert !

Mathilde - Mais enfin, Madeleine, ne te plains pas ! Tu adores faire la cuisine ! Tu n’as jamais su assumer tes contradictions et là où il n’y en a pas, voilà que tu en crées !

Madeleine - Mais toi aussi, faut voir ! Tu es toujours partie ! A la moindre occasion tu es rendue dehors. Tu bavasses et tu tatasses avec tout le monde ! Tu rencontrerais un chien avec un chapeau tu l’inviterais à boire un verre au bistrot ! Tu aimes parler des autres avec n’importe qui. Tu n’as pas dit du mal de moi, au moins ?

Mathilde - A qui ?

Madeleine - Au chien avec un chapeau !

Mathilde - Mais enfin, Madeleine, arrête ta parano ! Ca te rend vraiment désagréable et personne ne t’y oblige, à chercher des noises !

Madeleine - En attendant, c’est comme ça ! Heureusement que je ne t’attends pas pour mettre en route la cuisine de l’auberge. Heureusement que je ne compte pas sur toi ! D’ailleurs la minuterie vient de sonner, la tarte est cuite. Je vais la retirer du four.

(Elle ouvre la porte du four qui fait un grand bruit de "kling", de "klong" et de "clap").

Dégage le plan de travail ! Mets-moi un dessous de plat au milieu ! Aaargh ! Qu’est-ce que c’est qui se prend dans mes pieds ? C’est le chat ? Attention, gare-toi, ça m’échappe des mains !

Mathilde - Désolée, ce n’était pas le chat, c’est mon cabas avec les poireaux pour ma vinaigrette

Madeleine - C’est malin de l’avoir laissé traîner dans le passage ! J’en suis toute retournée et la tarte aussi !

Mathilde - Y’aura qu’à la servir comme ça et prétendre que c’est une nouvelle recette qu’on a inventée !

Madeleine - Tu m’énerves avec tes certitudes, Mathilde Tatin ! Il y a des jours où tu mériterais des tartes !

AEV 1920-12 soeurs tatin

14 janvier 2020

De dames et d'hommes : neuf limericks ou courts poèmes / Jean-Paul

 Dans le wigwam
Du grand sachem
Pas de tabou ni de totem…

Mais c’est bien quand même 
En l'absence des dames
Qu’on re-visionne « Théorème » !

AEV 1920-15 1 Théorème

***

Pourquoi donc le fils de Guillaume
A-t-il coiffé ce large heaume ?
C’est qu’son paternel a un rhume,
L’arbalète un carreau à plume
Et que la cible, c’est sa pomme !

AEV 1920-15 2 Guillaume Tell

 ***

Cagliostro, ma jolie môme,
Je suis parti place Vendôme
Dérober quelques précieux gemmes.
En m’attendant, lis des poèmes !
Signé : A. Lupin, ton binôme.

AEV 1920-15 3 Cagliostro

 ***

C’est terrible, les amalgames !
Incroyable comme on diffame,
Pour une sombre histoire de pomme,
Adam le mari monogame
Et Eve la première femme !

AEV 1920-15 4 Adam et Eve

***

Un costume
Pour la mi-carême ?
Exhume un plant de chrysanthème !
Mets-toi une plume dans l’érythème
Fessier et jette l’anathème
Sur les astronomes d’Angoulême !
Promets à tout bourgeois-bohème
La chute de milliers d’enclumes
Sur son crâne de zombi blême !
Tu seras le prophète suprême,
Philippulus ou Nicodème,
L‘allumeur ultime du système !

AEV 1920-15 Philippulus

 ***

C’est le bossu de Notre-Dame !
La lettre q : son monogramme !
Voici qu’Esméralda l’allume
Et que la flèche se consume !
Vraiment, vraiment, quel drôle de drame !

 

AEV 1920-15 6 Adam et Eve

 ***

A l’ « Auberge du Cerf qui brame »
Il était midi. Nous entrâmes.

- Tavernier ! Sache que nous sommes
Quatre-vingts chasseurs, gentilshommes,
Et une marquise anonyme
Célèbre pour sa grandeur d’âme
Et pour sa bourse magnanime.
Les bonnes odeurs que l’on hume
De ta cuisine nous réclament
Et l’exercice nous affame !

- Et que prendrez-vous, messieurs dames ?
Un petit bouillon de légumes ?
Ou du caviar par centigrammes ?

Alors la marquise proclame :

- On veut bouffer d’l’hippopotame !

AEV 1920-15 7 Adam et Eve

 ***

Vers le grand tournoi de Bergame
Où s’affrontent les fines lames
Sous de flambantes oriflammes
Le chevalier Jérôme
Sous son armure de chrome
S’achemine bonhomme

Soudain tombe la brume
Le chemin se déplume
Plus une once de bitume
Son grand cheval écume
Et Jérôme se paume

Pour aller à Bergame
Retenez cet axiome,
Ce brillant stratagème :

Fuyez les hippodromes
Et allez-y en tram !

AEV 1920-15 8 isabelle de Merrytureve
Image empruntée à Isabelle de Merrytureve

***

De ce que nous fûmes,
De ce que nous sommes
Je ne dirai rien car c’est trop intime.

La façon dont on s’aime,
Celle d’ont on s’arrime
A notre vive flamme,
A notre toit de chaume,
Au chemin de nos âmes...

Par ailleurs je présume
Que c’est trop métronome
Pour que vous en tiriez ne serait-ce qu’une épigramme.

Lors, laissez-nous, en somme,
Sans raison et sans rimes
Rester de beaux fantômes
D’amoureux à la gomme
Insoucieux de réclame.

Posez vos porte-plumes,
Biffez vos théorèmes !
Laissez-nous faire nos gammes
Et rêver de Paname,
De Bohême ou de Baume
De Venise sous la neige ou dans la brume. 

AEV 1920-15 9 Venise Caffi
Tableau d'Ippolito Caffi

21 janvier 2020

A-Musée vous ! / Jean-Paul

On a beau être circonspect avec le théâtre d’improvisation, on ne s’attendait pas vraiment à ce que ce fût aussi abstrus.

Moi qui me préparais à voir des histrions farauds, des ludions excités et des péronnelles persiflantes sur le point de se lancer des invectives et des pantoufles ou de fulminer sur la scène, j’ai été vite sorti de ma zone de confort : il n’y avait pas de scène ce dimanche-là à l’Antipode, la MJC du quartier de Cleunay à Rennes !

Pas de sièges pour les spectateurs non plus, comme s’il était scabreux d’utiliser cette rémanence de l’ancien monde qu’un personnage de Molière, appelait, je crois, «les commodités de la conversation».

200119 265 018Le spectacle comprenait trois parties assez ineffables. L’une d’entre elle était muette et l’on avait exhorté quelques spectateurs audacieux à se mêler au groupe, à jouer les cobayes pour accompagner, les yeux bandés, les acteurs improvisateurs dans la simulation d’un voyage en train. Cela se passait dans un compartiment à l’ancienne, de ceux où il y a toujours de quoi maugréer ou se sentir chafouin quand un voyageur sort sa pipe ou déballe son sandwich au saucisson à l’ail et ses œufs durs.

Ce qui nous intéresse ce jour est le récit de la troisième partie. Après un petit tour dans les étages nous sommes revenus dans la salle de concert transformée cette fois en musée de l’absence. Pour une raison qu’il ne nous appartient pas plus que cela de vilipender, les oeuvres avaient disparu du musée. Ne subsistait plus que le cartel indiquant leur titre, le nom de l’artiste et la date de réalisation.

200119 265 024On pouvait donc ainsi ne plus admirer «La danse à la campagne», d’Auguste Renoir ; «Le Cri» d’Edvard Munch ; «Le Baiser» de Rodin ; «La Trahison des images» de René Magritte (le fameux «Ceci n’est pas une pipe») ; «L’origine du monde» de Gustave Courbet, ce «Ceci n’est pas un sexe féminin» que Jacques Lacan aurait caché pendant longtemps chez lui. Et puis une installation d’une artiste contemporaine, «The artist is here» de Marina Abramovic qui s’était exposée en personne au Museum of Modern Art de New-York.

J’ai suivi un temps les arguties de deux comédiens-spectateurs atrabilaires devant «la pipe» de Magritte :

- Ca n’a pas de sens ! «Le Radeau de la Méduse» au moins ça me parle, ça me raconte une histoire !».

Je me suis bien gardé d’ergoter et d’intervenir dans le débat en y mettant mon grain de sel maritime mais j’eusse bien proféré, laconique : «Mais là non plus, ceci n’est pas un radeau !». Je ne m’étais pas proposé comme cobaye et j’ai donc gardé le silence.

200119 265 035Je suis demeuré débonnaire devant « La Danse à la campagne ». Deux jeunes et jolies spectatrices avaient mis en courroux le gardien du musée qu’elles avaient dérangé dans sa lecture en lui demandant :

- Qui c’était, au juste, cet Auguste Renoir ?

S’en étaient suivies quelques billevesées du même acabit devant lesquelles il avait su demeurer marmoréen. Il avait même ensuite accepté de les prendre en photo devant le tableau absent. Méfiez-vous : un téléphone qui ne fait pas de selfies est forcément patibulaire ! Ou has been !

Devant «L’Origine du monde» le jeu est resté très frugal :

- J’aimerais que tu me regardes comme tu regardes ce tableau ! avait lancé la comédienne.

200119 265 040

Pour toute réponse, il l’a enlacée et c’est tout juste s’ils n’ont pas mimé « Le baiser » de Rodin ! C’eût été une belle façon de vaticiner car un peu plus tard, au centre du musée, un autre couple avait pris le parti sacrément iconoclaste d’adopter la posture dudit groupe statuaire. «Zut me suis-je dit in petto, j’aurais vraiment dû accepter de faire le cobaye !».

Et c’est là que mon imagination phagocytée par ces saynètes s’est mise à galoper dans la mansuétude. Car, au fond, lorsqu’on écrit, en atelier ou chez soi, à partir de quelques mots, d’une situation ou d’un tableau n’est-on pas en train d’improviser un objet théâtral ?

Au pire, on écrit un monologue poétique, un viatique pour le poète anachorète, une kyrielle de limericks surréalistes qui vont nous permettre de pavoiser lorsqu’un lecteur ou une lectrice s’ébaubira devant la façon dont on a exécuté le pensum demandé.

Au mieux, par accumulation, on constitue le matériau d’une conférence sur Arthur Rimbaud, celui d’une biographie de Laure Manaudou dans un univers parallèle où les sœurs Tatin se prénommeraient Kiki et Macaron. On peut même pondre une saga fantastico-délirante autour d’Isaure Chassériau : cette jeune femme sortirait de son tableau et participerait, au sein de l’Université de Rennes 3, à une entreprise de voyages dans le temps à vocation de secourisme féministe.

La seule différence est qu’il reste quelque chose de nos élucubrations : des piles de cahiers à petits carreaux remplis d’une écriture bientôt illisible ! Alors que si je n’avais pas pris de photos, enregistré le galimatias issu de ces dialogues simultanés et fait le récit de cette soirée, il ne serait rien resté du tout de ce spectacle de fin de stage. Juste le souvenir de la meilleure réplique, la plus réaliste, celle lancée par le gardien :

- Mesdames et messieurs, nous vous prions de sortir, le musée va fermer.».

Et je serais bien avisé de n’avoir aucune objurgation contre ce spectacle d’impro «intello» : en tant qu’animateur d’atelier d’écriture, j’y ai gagné une consigne pour la séance du mardi suivant !

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11 février 2020

Jour de l'an / Jean-Paul

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Cela a commencé à tomber le 31 décembre vers 23 heures. Et donc le premier janvier de cette année-là il a neigé toute la nuit. Yoko s’est réveillée la première. Il y avait encore dans le salon des serpentins et des cotillons de ci de là mais toute la vaisselle était lavée et rangée, Maman est comme ça et Papa obéit. Ses parents et ses oncles et tantes avaient fait la fête jusque tard mais elle n’avait pas entendu les claquements de portières des voitures quand ils étaient repartis. On l’avait mise au lit vers 22 heures 30 et elle avait dormi d’un sommeil profond.

Et maintenant elle est là, première levée, première habillée, tout enthousiasmée par l’épaisse couche de neige qui recouvre la cour et le jardin. La neige ! Comme autrefois !

Elle a chaussé ses bottes rouges, enfilé sa doudoune bleue, elle n’oublie pas son écharpe, ses gants et son bonnet. Elle ouvre la porte.

Il y a du brouillard et le soleil commence à le percer en dardant ses rayons obliques. Quelques flocons de neige volètent ici et là mais ils sont énormes, ils ont la taille d’un moineau aux plumes bleues et on peut voir toutes les branches de leur cristal. Pas un n’est pareil à l’autre. Ils parlent ; ils l’appellent :

- Viens ! Viens, Yoko ! Viens jouer avec nous !

Elle referme la porte, saute derrière l’un, essaie d’attraper l’autre. Elle quitte la cour de la maison, se retrouve sur le chemin qui mène à la forêt.

- Viens ! Viens! Viens jouer avec nous, Yoko !

Contes_Printemps-20-copy_670Maintenant ce ne sont plus les flocons qui l’appellent. Ce sont deux tâches rousses qui n’arrêtent pas de sautiller. Elles se trouvent près d’un arbre, l’une posée sur un rocher, l’autre agrippée à même le tronc du chêne dénudé. Deux animaux malins. Et il y a une autre tâche rousse devant. Celle-là, Yoko la connaît bien. C’est le kilt du professeur Craig, cet étranger barbu qui leur apprend l’anglais langue morte à l’école.

- Bonjour, professeur Craig !

Le réfugié écossais se retourne et, la reconnaissant, lui sourit.

- Ils vous ont appelé, vous aussi, Professeur ?

- Oui. Comment le sais-tu ? Toi aussi tu entends leurs voix ? C’est un drôle de premier de l’an et ce sont de belles étrennes. Je crois bien que ce sont les deux derniers spécimens de cette espèce. Squirrels ! Des écureuils ! Ils se nourrissaient de noisettes et de ballets de Tchaïkovski. On en voyait beaucoup dans les opéras autrefois, à l’époque où l’on n’interdisait pas aux dames de porter le chapeau à l’intérieur ni aux hommes de fumer la pipe.

Contes_Printemps-09-copy_670

- Mais comment pouvait on voir les danseuses et les danseurs derrière l’écran de fumée et les chapeaux à plumes ?

- Quand on ne voit pas ou plus on imagine, Miss Yoko. Parfois c’est mieux, même. Est-ce que tu as déjà vu le lion de Belfort ?

Contes_Printemps-10-copy_670

- Non. C’est en Angleterre ?

Contes_Printemps-scan 03- Non, c’est en France, là où il y avait la Joconde, Monna Lisa. Il a été sculpté par Bartholdi, le même qui a fait la statue de la Liberté à New-York. Maintenant que ces monuments ont disparu nous ne pouvons plus que les imaginer d’après leur photo.

- Vous croyez qu’ils se laisseraient photographier ? J’ai pris mon téléphone avec moi pour avertir Maman en cas de danger.

- Oui ! Oui ! Viens poser avec nous ! répondent les écureuils. Donne ton téléphone au professeur Craig !

Yoko va s’asseoir sur le rocher. Les écureuils sautent sur ses épaules et lui chatouillent le nez avec le pelage de leur queue si empanachée qu’on ne sait même plus s’il faut mettre un « n » ou un « m » devant le « p » de ce mot !

Monsieur Craig prend la photo mais tout de suite après un nuage passe devant le soleil. Est-ce que c’est d’avoir évoqué les continents disparus, l’odeur du passé, l’incendie du Louvre et de la ville de Paris ? On a l’impression que quelque chose a changé dans l’atmosphère. D’ailleurs il n’y a plus de cristaux de neige et d’un seul coup, comme dans un doux rêve, les écureuils se sont enfuis dans la forêt.

- As-tu seulement pris le temps de déjeuner, Miss Yoko ?

- Non, j’ai entendu les voix, j’ai vu la neige, je me suis tout de suite habillée.

- As-tu seulement prévenu tes parents de ton départ ?

- Non plus.

- Ce n’est pas très raisonnable. Allez viens, je te ramène chez eux.

***

Le premier janvier de cette année-là, ça s’est bien agité sur les réseaux sociaux de l’île. On a beaucoup vu la photo de la petite Yoko O.

Celle où elle a les écureuils sur les épaules. Et aussi celle de la famille O. installée avec le professeur Craig devant ce qui restait de bûche du réveillon de la veille et un copieux petit-déjeuner. Même les équipes de télé ont fait le déplacement dans la matinée.

Mais les autorités scientifiques ont eu beaucoup de mal à encaisser l’histoire de ce retour fugace d’une espèce disparue. C’est si facile de truquer une photo de nos jours ! D’après elles, les écureuils n’ont jamais parlé en japonais à quiconque.

Et ceux qui ont cherché à leur expliquer cela par des mutations génétiques ont été renvoyés illico dans leurs buts.

- Et pourquoi pas des extra-terrestres tant que vous y êtes ? Ou le Stade-Rennais-Football-Club battu par l’ASM de Belfort en quarts de la Coupe de France 2020 ? Autant nier l’existence des sœurs Chihiro et Hinata Tatin ! N’import’nawak, professeur Craig !

29 janvier 2020

Consigne d'écriture 1920-17 du 28 janvier 2020 : Trois tableaux pour une histoire

Trois tableaux pour une histoire

 

Dans le recueil de tableaux d’un même peintre qu’on vous a distribué (collection Regards sur la peinture) vous allez choisir trois tableaux avec lesquels vous allez raconter une seule histoire. Vous y expliciterez les liens entre les personnages ou les lieux représentés sur ces trois toiles. 

AEV 1920-17 4 Trois tableaux de Gauguin

5 février 2020

Consigne d'écriture 1920-18 du 4 février 2020 : Allons chez le coiffeur !

Allons chez le coiffeur ! 

 

1. On jette sur le papier dix noms qui contiennent le son «air», que cela soit écrit «aire», «ère», «er», «erre»ou «air».
On fait la même chose avec cinq mots qui contiennent le son « tif ».
On met tout ce vocabulaire en commun.

Air - Aire - Argentières - Articulaire - Auriculaire - Bagheera - Berbère - Bière - Cafetière - Canebière - Cavalière - Chaumière - Chemin_de_fer - Chimère - Contraire - Cuillère - Débonnaire - Dromadaire - Ecuyère - Ermite - Esther - Etrangère - Grand-mère - Guerre - Hier - Hiver - Inventaire - Jachère - Légionnaire - Locataire - Longère - Luminaire - Maire - Mémère - Mohair - Moléculaire - Monte-en-l’air - Montgolfière - Moustiquaire - Naguère - Notaire - Paire - Panthère - Partenaire - Parterre - Paupière - Pivert - Première - Prestataire - Prosper - Pull-over - Saperlipopette - Secondaire - Solitaire - Sorcière - Stratosphère - Tanière - Termite - Tralalère - Trouvère - Vacancière - Ver de terre - Vermicelle - Vestiaire - Vicaire –

Actif - Apéritif - Attentif - Attife - Attractif - Combatif - Contemplatif - Coupe-tifs - Créatif - Digestif - Diminutif - Exécutif - Expéditif - Fictif - Hâtif - Indicatif - Infinitif - Intuitif - Motif - Natif - Olfactif - Productif - Rébarbatif - Relatif - Subjonctif - Supplétif - Tiffany - Tiphaine - Typhoïde - Typhon -

2. On utilise ensuite le maximum de ces mots pour parler du cheveu, du système pileux ou des coiffeurs.
Le personnage qui parle peut être tiré d’une monographie de la collection «Regards sur la peinture». Un tableau peut aussi servir de décor ou de support à l'histoire.

3. Lorsque l'on tapera son texte sur l'ordinateur, tous les sons «air» seront remplacés par HAIR écrit en capitales et les sons 'TIF' seront aussi écrits en capitales.

200201 265 142

Photo prise à Pleumeleuc (Ille-et-Vilaine) le 1er février 2020.

4 juin 2019

L'accordeur de cigales / Jean-Paul

Tout a sans doute commencé à cause de l’accordéoniste. Il s’est incrusté dans une discussion entre Nathalie et Monique dans la salle des périodiques de la Bibliothèque universitaire où je venais d’atterrir. Dans toute la joyeuse bande de mes collègues d’alors j’avais réussi à en embarquer trois dans ce projet musical totalement au diapason du Jack Lang de 1981 : descendre dans la rue le jour de la Fête de la musique et donner à entendre et à voir son savoir-faire de tapeur de casseroles, de frotteur de violon ou d’élytres, de joueur de piano debout ou de chanteur de salle de bains.

Ce n’est pas pour embêter la fourmi mais moi je suis du signe de la cigale et mon instrument c’est la gratte, la guitare. Je souffle également dans des harmonicas et mon inspiration pour ce jeu de souffler-aspirer dans un « ruine-babines » vient de Neil Young plus que de Bob Dylan. Encore que les modèles français que j’ai eus dans l’enfance s’appelaient plutôt Albert Raisner ou Antoine. Ce dernier, dans ses « Elucubrations » de 1965 ou 66 nous gratifiait de deux petites notes par-dessus ses chemises à fleurs à la fin desquelles il proclamait : « Oh ! Yeah ! ». 

A l’époque Sheila chantait « Le kilt », « Petite fille de Français moyen » et « Le Folklore américain ». Il y avait plein de joyeux loustics qui avaient débarqué avec des guitares électriques et il fallait choisir son camp entre Beatles et Rolling Stones. Mais on pouvait aussi préférer la guitare sèche du moustachu de Sète, l’oncle Georges B. avec son « plonk plonk » régulier qu’on appelle la pompe.

Mais je m’égare. Tout ça c’était bien avant qu’on fasse la connaissance de ce pharmacien à thèse tardive – il ne l’a toujours pas soutenue - qui jouait de l’accordéon. Il m’est arrivé plus tard de chanter avec lui du Bruce Springsteen (« Pay me my money down ») mais jamais de morceaux de Neil Young.

Donc l’accordéoniste, Hervé, s’est joint à nous, a tenté de se mettre en osmose avec notre répertoire de javas folles et de tangos stupéfiants pour que finalement, sur la petite place derrière chez nous, nous produisions sans recevoir top de quolibets la première prestation des « Rats déridés » ce 21 juin 1998 dans la bonne ville de Rennes.

Vingt ans ont passé depuis, la chorale a grossi puis s’est éteinte, puis s’est transformée en Club des 5 et j’en ai à nouveau deux autres sur les bras. Grâce à l’informatique et à cause de la nécessité de transposer la tonalité des partitions pour les joueurs de piano à bretelles sans capodastre, j’ai fait d’énormes progrès en solfège. Mais franchement, être accordeur de cigales, quel turbin ! Que devrait dire vrai un chef de chœur, quel enfer vit-il, le roi de la polyphonie ? Parce que moi, mes cigales chantent à l’unisson. Une fois sur deux j’oublie de leur faire faire des vocalises mais il me semble bien que le quart d’heure qu’elles passent à bavasser entre elles avant de pousser la moindre note est un exercice de mise en voix bien plus efficace que les « Rheu Keuh Tseuh Keuh », le « Chênehutte-les-Tuffaut » ou le « La belle eau, la belle eau, la belle eau » que j’ai pratiqué en tant que choriste de 2008 à 2018 au sein de la Chorale Héloïse, le lundi soir, rue de Redon.

Quand je jette un œil sur cette activité musicale continue je me questionne cependant. Ne serais-je pas plutôt une très patiente et très utopique fourmi rêvant que de ces gosiers de bavardes sortent des watts Castafioriens, des habaneras de Carmen bien en place, des « Eaux vives » habitées ou des « Emmène-moi » chavirants ?

AEV 1819-03 la-cigale-et-la-fourmi B

Je réussis désormais à accompagner deux accordéonistes tatillons, un violoniste souple et des joueurs de ukulélé de rencontre. Personne ne joue du xylophone avec moi et Jean-Luc Godard a encore oublié son ocarina – pardon, son Anna Karina – dans les limbes des années soixante évoquées plus haut.

Mais toutes ces prestations déjantées, du « Meuh Meuh Meuh font les vaches » donné sur la place de la Mairie de Rennes au « Yoga de la narine » balancé sur la scène du « Diapason », du « Galette saucisse je t’aime » envoyé à l’A.G. de la Maison de quartier de Villejean à cet « Homme debout » qui ne doit rien évoquer du tout aux pensionnaires des deux EHPADS où l’on me traîne, tout ce travail d’accordeur improbable n’a-t-il pas pour objectif de réconcilier les cigales et les fourmis dans un même éclatement jovial des muscles zygomatiques ?

Faut-il que j’ajoute « J’ai usé cinq culottes » à la liste de ces gentilles provocations pour me persuader que « Tant que je chanterai, nous serons en été et la vie sera belle » ?

Parce que de toute façon, si on me demande à l’hiver de « danser maintenant », La Fontaine ne sera pas déçu du voyage : la danse et moi, ça fait deux ! Plus que deux, même !

Mots insérés : accordéoniste, bande, collègues, diapason, elytres, fourmi, guitare, harmonica, inspirateur, jeu, kilt, loustic, moustachu, Neil Young, osmose, place, quolibet, Rats déridés, solfège, turbin, unisson, vocalises, watt, xylophone, yoga, zygomatique.

 

N.B. La caricature de l'auteur en cigale La Fontainienne est toujours due au talentueux Michel Hivert.

2 mars 2016

Consigne d'écriture 1516-20 du 1er mars 2016 : 366 réels à prise rapide

366 réels à prise rapide

 

Ce jeu a été inventé par Raymond Queneau : il est décrit ici.

Il consiste à écrire chaque jour un texte sur le vif, en moins de cent mots en trascrivant des élément réels de la journée et en respectatnt une thématique différente chaque jour imposée par la liste.

L'atelier a travaillé sur les thèmes du mois de septembre.

AEV 1516-20 366 réels logo-rc3a9els-queneau2

24 avril 2018

Breton ? Pas breton ? / Marie-France

Quand je parle gallo,
Je suis Breton,
Quand je parle patois,
Je suis Normand,

Quand je me promène sur le sillon,
Je suis Breton,
Quand je sillonne les plages du débarquement,
Je suis Normand,

Quand je mange la galette au beurre
Je suis Breton,
Quand je déguste un bon camembert,
Je suis Normand.

Mais alors moi qui suis née
De l'autre côté du Couesnon,
Moi qui a vécu
Sur les bord de l'Ille,
Je suis quoi ?
Breton ou Normand ?

Pet'être ben que oui
Pet'être ben que non !

Je suis tantôt breton,
Tantôt Normand,
C'est selon !

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24 janvier 2018

Consigne d'écriture 1718-16 du 23 janvier 2018 : Insérer dix pictogrammes dans un texte

INSÉRER DIX PICTOGRAMMES DANS UN TEXTE

 

On distribue une planche de pictogrammes créés avec les polices Webdings et Wingdings.

Il est demandé d'écrire un texte dans lequel dix de ces pictogrammes seront insérés à la place des objets ou concepts qu'il désignent.

Cette consigne est tirée du livre d'Odile Pimet "Le goût des mots"
(Matoury : Ibis rouge éditions, 2004)

1718-16 pictogrammes

12 décembre 2017

La Ballade de Jean et Johnny / Edorée

1718-12 jean d'ormesson

Mon pauvre Jean, nous te pleurons mardi matin, tu fais la une des journaux, on parle de tes livres, de ta bonne humeur. Tu as quitté les noces de Figaro. Jeudi matin Johnny prend ta place dans les médias, il t’a rejoint et occupe toutes les attentions, c’est l’amour que nous aimons. Il n’est pas le chanteur abandonné qu’il croit. Loin s’en faut.

Il passe ses derniers jours auprès de ses proches, entouré de son équipe médicale que l’on a nommée lors de ses funérailles. La blouse de l’infirmière déboutonnée ne l’a pas ranimé.

Mes souvenirs, mes seize ans, c’était lui. J’étais insouciante alors, Casimir mène la grande vie et quelle vie, il a vécu plusieurs vies, plusieurs morts. Tel le phénix il renaît. On le croit immortel, il dirait malgré tout que cette vie fut belle.

Toi aussi Jean qui grogne, Jean qui rit, aux yeux bleus comme Johnny mais malicieux et pétillants, les tiens, Jean, exprimaient la joie, ceux de Johnny avaient un fond de mélancolie, une mélancolie qui lui collait à la peau.

Johnny, ta musique restera gravée en moi comme un chant d’espérance, tu m’as fait chanter, danser, crier. Je n’étais pas fan de toi mais je t’aimais bien.

Tes fans, les vieux, les jeunes, les enfants ont vécu avec toi. Tu es un membre de leur famille, tu es présent dans toutes leurs manifestations, mariage, anniversaire, soirée entre potes, kermesse, sorties en boîte et même pendant la gestation, les bébés dans le ventre de leur maman ont été bercés par tes chansons.

Tu t’es adapté à tous les mouvements musicaux ; si Macron est le plus cultivé de tous les français, toi tu es le plus populaire.

1718-12-Johnny

Tes obsèques étaient  une fête en larmes,  fans et bikers ont pleuré et chanté à la fois sans oublier ton nom. Un monument comme toi fait partie du patrimoine français.

Tu as pris ta retraite à 74 ans au soleil des Antilles dans la paix et la tranquillité,  maintenant tu savoures le temps. Pour toi une autre vie va commencer.

Tu es le chevalier du ciel qui a rejoint les anges. Pour t’accueillir, ils quittent harpes et cithares et allument le feu  sur des guitares étoilées, tu fais entrer Jean dans la danse, vous riez tous ensemble au plaisir de Dieu.

Au revoir et merci !

16 janvier 2018

La Belle Angèle / Marie-France

Le petit Paul, enfant craintif et rêveur, venait d'embarquer pour le Pérou. Sur le pont du bateau il regardait s'éloigner le bleu de l'océan avec nostalgie et appréhendait le climat de ce nouveau pays où il allait vivre désormais près d'une famille qu'il ne connaissait guère. Ce n'est pas la photo de sa grand-mère maternelle « La Belle Angèle » qui pouvait le rassurer. Elle ressemblait étrangement à ces bretonnes portant une coiffe mais son visage lui paraissait bien hostile.

Depuis 8 ans déjà il vivait au gré des vents sur le bord de l'océan entre la pointe du Chay et la pointe des Minimes, près de La Rochelle. Ce long voyage en bateau l'ennuyait au plus haut point : plus de balades pieds nus sur le sable à la recherche de quelques crustacés ni de déjeuners sur la plage près des parcs à huîtres. Il devait se tenir en petit gentleman parmi les gens de la «haute»

Alors pour passer le temps il se plaisait à courir d'un pont à l'autre et à jouer les apprentis corsaires ; il s'imaginait grimper en haut du mat à l'attaque d'un bateau de croisière venu occuper son coin de l'océan.

Les journées passaient lentement entre les jeux imaginaires et l’ennui le plus total. Jusqu'à ce jour de grande tempête où l'animation sur le bateau prit une autre tournure. Cette nuit-là son père fut pris de malaises que l'on attribua au mal de mer. Le médecin du bord lui prodigua tous les soins nécessaires mais au petit matin le petit Paul se retrouva orphelin : son papa venait de mourir.


Le voyage touchait à sa fin et très vite il débarqua à Lima où l'attendait la famille de sa mère. Tout de suite il reconnut la «Belle Angèle». Comme sur la photo elle n'était pas très belle à ses yeux et ressemblait davantage à une jeune vache plutôt qu'à la plus belle femme de Lima. La politesse fit qu'il accepta ses bras chaleureux.

1718-15 Gauguin - La Belle Angèle

De ce jour, il ne quitta plus sa grand-mère. Son air sévère et triste cachait une femme douce, attentive et très aimante vis-à-vis du petit Paul. Avec elle il parcourait les rues de la ville en tongs et en short comme sur le port de La Rochelle. Mais le climat océanique lui manquait beaucoup, un petit coup de vent lui aurait permis de mieux respirer, il ne rêvait que de reprendre le bateau pour retrouver «sa France».

C'est ainsi qu'à la fin de sa scolarité il s'embarqua sur un cargo et s’engagea dans la marine.

Tout cela pour oublier très vite son «pied marin» et revenir sur la terre ferme. Là il se mit à peindre. Il n'avait de cesse de se retrouver son petit atelier du bord de mer où il pouvait admirer les plus beaux payasages et les coucher sur la toile.

Il envoyait ses esquisses à la Belle Angèle qui elle se languissait de son absence.

Cet hiver là aucune couleur ne troublait le gris du ciel. Paul se plongea dans ses souvenirs et retraça les traits de cette grand-mère tant aimée : son visage était tout illuminé d'un large sourire et le rose de ses joues contrastait avec le bleu du ciel, c'était le souvenir qu'il en gardait.

16 janvier 2018

Deux pieds / Josiane

1718-15 Magritte chaussuresDeux pieds s’en sont allés par le chemin léger, couronnés de feuilles d’automne et de baisers volés.

Deux pieds s’en sont allés cueillir le temps qui passe et l’eau de pluie qui coule au dos des parapluies.

Deux pieds s’en sont allés par la route morose du temps qui court à perdre haleine, à cœur perdu.

Deux pieds s’en sont allés pour passer sur la rive où la colombe vole, de plumes dévêtue.

Deux pieds s’en sont allés, légers et court-vêtus et à bride abattue.

Qui les a attachés, enlacés?

Deux pieds sont là, lacés, privés de liberté.

11 septembre 2018

Retourner à Charleville-Mézières / Jean-Paul

170715 Nikon B 011

Oui, je retournerais bien à Charleville-Mézières ! Nous avons passé une semaine un peu folle dans cette cité ardennaise en juillet 2017 et cela m’a tellement plu, la boîte à lettres spéciale pour recueillir le courrier destiné à Arthur Rimbaud, que j’ai entamé une correspondance folle, à sens unique, à destination de ce coffret jaune posé à l’entrée du cimetière où le poète est enterré.

Après une année de ce petit jeu, je me sens un peu coupable d’avoir ri et fait rire deux ou trois ateliers d’écriture avec ces délires d’aujourd’hui balancés à un squelette d'hier qui n’en peut mais et se trouve bien incapable de répondre.

Il me reste encore à envoyer une lettre recommandée avec demande d’accusé de réception en direction de cette fameuse boîte aux lettres pour que le gag soit complet et l’incident clos.

Car je m’interroge toujours : le facteur dépose-t-il bien le courrier dans cette boîte à l’air si mort ? Un service de la ville vient-il, de temps en temps, prendre livraison de la correspondance reçue par Arthur ? Qu’en font-ils, de ces lettres folles, les Carolomacériens ?

Ne ferais-je pas mieux de rassembler mes textes épars, de les imprimer, d’en faire un livre et de l’envoyer au directeur du Musée Rimbaud dans son moulin au-dessus de la Meuse ? Ce scénario non plus ne m’agrée pas vraiment. Parfois je suis victime de crises de paranoïa : j’imagine que le monsieur s’approprie ma littérature et la publie sous son nom avec le titre « Les lettres de mon moulin ». Si cela devenait un succès de librairie je serais vert ! Plus vert que le cabaret du même nom auquel Rimbaud consacra un très chouette poème.

1819-01 Marthe Vassallo Musée Charleville img_5186_med_hr

Oui, j’y retournerais bien à Charleville-Mézières mais sans le fantôme de Rimbaud à honorer-explorer-déplorer-exploiter-exploser. J’irais refaire la croisière sur la Meuse à partir de Monthermé. Je retournerais au Musée des Ardennes voir la cruche-matriochka dont parle Marthe Vassallo sur son blog. 

J’irais à nouveau savourer la carbonade flamande, la bière brune et le café gourmand du restaurant belge de la rue du Moulin. J’irais randonner entre Gernelle et Rumel avec un GPS pour tâcher de ne pas me perdre cette fois!

J’irais au Festival de la Marionnette !

Surtout j’irais poser ma tente – dont je n’aurais pas oublié les piquets sur le balcon ! – au camping municipal. Mon ami Manu que j’ai envoyé là-bas cet été m’a affirmé qu’on y passe désormais des nuits très tranquilles : les gendarmes locaux ont mis un terme au tapage nocturne occasionné par les kékés du coin qui croyaient devoir se montrer plus rustauds encore que le gars Jean-Arthur.

Allons bon, voilà que ça me reprend : on a dit qu’on n'en parlait plus, de celui-là !

7 février 2018

Consigne d'écriture 1718-18 du 6 février 2018 : le portrait chinois mystère

Le Portrait chinois mystère

Vous allez écrire un portrait chinois... mais pas le vôtre. Celui d'un personnage connu. Il s'agira de rester suffisamment mystérieux tout en étant explicite pour que les autres écrivants essaient de le découvrir à travers la liste des "si j'étais".

Si j’étais (ou s’il était)

une couleur – un animal – un parfum – une langue – un fruit – une invention – un oiseau –une boisson – des chaussures – un moyen de locomotion – Un bijou – un outil – un élément – un légume – un gâteau – une heure du jour – un poisson – un objet de toilette – un meuble – un écrivain – un monument de Paris – une superstition – une religion – une épice – une caresse – un animal domestique - Une civilisation disparue

je serais (ou il serait) …

Le portrait chinois utilisé est extrait du livre d'Odile Pimet "Le Goût des mots", Ibis rouge éditions, 2004

1718-18 couple chinois

13 décembre 2017

Consigne d'écriture 1718-12 du 12 décembre 2018 : Nécrologies mélangées ou pas

Nécrologies mélangées ou pas


Ecrivez sur Jean d’Ormesson en insérant des titres de chansons de Johnny Hallyday dans votre texte. Ou faites l’inverse : écrivez sur Johnny Hallyday en insérant des titres d'oeuvres de Jean d'Ormesson. Ou faites la nécrologie de François-Régis Hutin avec les deux. Ou mélangez le tout comme il vous plaira.

Titres d'oeuvres de Jean d'Ormesson :

IL 171211 jean doAu plaisir de Dieu, - Au revoir et merci, - Casimir mène la grande vie - C'est l'amour que nous aimons - C'est une chose étrange à la fin que le monde - C'était bien - Comme un chant d'espérance - Dieu, les affaires et nous, chronique d'un demi-siècle - Dieu, sa vie, son œuvre, - Du côté de chez Jean, - Et moi, je vis toujours - Et toi mon cœur pourquoi bats-tu - Garçon de quoi écrire, - Guide des égarés - Histoire du Juif errant, - Je dirai malgré tout que cette vie fut belle - Jean qui grogne et Jean qui rit, - La Conversation - La Création du monde - La Douane de mer - La Fureur de lire la presse - La Gloire de l'Empire - La vie ne suffit pas - L'amour est un plaisir, - Le Bonheur à San Miniato, - Le Rapport Gabriel - Le Vagabond qui passe sous une ombrelle trouée, - Le Vent du soir, - L'Enfant qui attendait un train - Les Illusions de la mer, - Mon dernier rêve sera pour vous, - Odeur du temps - Presque rien sur presque tout - Qu'ai-je donc fait - Saveur du temps - Tant que vous penserez à moi - Tous les hommes en sont fous, - Un amour pour rien, - Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit - Une autre histoire de la littérature française - Une fête en larmes - Voyez comme on danse

Titres de chansons de Johnny Hallyday : 

IL 171211 Johnny H

 

Allumer le feu - Souvenirs, souvenirs - Noir c’est noir - L’envie - Je te promets

et d'autres ici

8 novembre 2016

Légende islandaise / Jean-Paul

Lorsque Logre est en colère
Toute la maison tremble.

Les assiettes brinqueballent,
Les verres à pied parkinsonnent,

La cafetière sur le feu
Se claquemure sous son couvercle,

L’oiseau jaune du coucou
Ne sort plus pour donner l’heure,

Le rocking-chair se renverse
Et son plaid plaide coupable,

Le portrait de la grand-mère
Se décroche la mâchoire,

Le troupeau des sept fillettes
Monte se réfugier dans sa chambre,

La soupe qui était déjà fade
Il faudra se la fader froide.

Le chambranle de l’entrée
Se prend la porte en plein nez

Ca y est ! Papa est sorti
Pour faire un tour dans la nuit,

Commettre un horrible meurtre,
Faire pousser les hauts cris

Au vent qui hurle Déraison
Par-dessus les toits des maisons.

AEV 1617-07 Ogre islandais

Madame Logre se redresse
Et remet tout en état

Elle verse du lait au chat
Puis elle monte jusqu’au grenier.

Son pied fait grincer les marches
De ce très vieil escalier.

Elle donne un tour de clé
Puis allume la bougie.

Très tranquille sous son suaire
Le vieux fantôme est ravi :

On vient lui rendre visite.
Elle est bien cette petite !

Mais ce soir c’est très bizarre
Ce soir, il y a un lézard.

- Oncle Arthur, dit la pauvrette,
S’il te plaît, viens-nous en aide !

Il faut me débarrasser
De ce monstre de mari !".

- Je sais, répond le fantôme,
Les raisons de sa colère.

Je crois qu’il n’ira pas loin :
J’ai planqué ses mocassins

Et pour moi, sept lieues, c’est rien !".
Dit l’être sans consistance.

Il ouvre l’œil, le bon, l’œil-de bœuf, et s’élance
Dans la nuit et le silence.

Il repère l’individu
Qui vitupère ses "Rogntudju".

Son sale caractère-cratère
Eructe d’affreux borborygmes,

Des injures qui s’élèvent,
Des miasmes pestilentiels.

Et le fantôme, du ciel,
Fait tomber la pluie propice.

Lors, dans le profond précipice
De l’ire de l’ogre qu’on vexe,

Dans tous les creux et plis et replis de ce cave,
Tout retombe en coulée de lave,

Etouffe ses velléités
De craquer, cracher, craqueler à jamais.

Ca y est le volcan est éteint !

AEV 1617-07 Volcan islandais

***

Et puis c’est la musique du petit matin calme.

La femme et les sept filles de Logre
Sortent danser dans le jardin.

Tout respire en paix sur la lande.
C’était le dernier ogre-volcan de l’Islande

Dont, par pitié pour vos oreilles,
Nous cacherons le patronyme.

Seul le chat noir, Spépatafjöll,
Regrette la pétrification du grand maître de la maison

Il lui donnait parfois en guise de cadeau
Des petits bouts de bébés d’hommes.

Mais il se fait une raison. Car les chats savent mieux que nous
Qu’"Avec le temps, va, tout volcan !".

19 octobre 2016

Consigne d'écriture 1617-06 du 18 octobre 2016 : Bretelle et Garance

Bretelle et Garance

Ce sont deux jeunes artistes de Laval (Mayenne), plutôt dans le genre clowns musiciens. Bretelle, le garçon, joue de l’accordéon et de la trompette. Garance, la fille, écrit les textes des chansons, chante et joue du trombone à coulisse.

Voici les titres inclus dans leur deuxième CD, « Folie douce et mèche électrique » :

Quand je te – Quand tu ronfles – Gaspard – Elle voudrait – Merci – Comment ça – Dégonflons la baudruche – Etat de grâce – Son cœur est comme un écrin – L’amie – Manolita – La chouette – Porême

1. Soit vous incluez cinq de ces titres dans un texte où les deux personnages apparaissent (ou pas) ;

2. Soit vous écrivez une ou deux ou trois (ou plus) chansons ou petits poèmes ou petits textes dont le titre est obligatoirement, pour chaque texte, celui d’une des treize chansons. On peut utiliser aussi le titre du CD ou les noms des artistes comme titres.

 

AEV 1617-06 Bretelle et Garance

13 septembre 2016

Faits d'été, faits divers / Maryvonnne

Fin juin, dernière séance d'écriture à Villejean, je pose mon crayon raide comme un bout de bois dans ma trousse, il bat des cils, ferme les yeux, il a grise mine, sa bouche a la forme d'une virgule couchée elle aussi. Les mots se lovent sous ma gomme. Je tire la fermeture éclair . Déprime !

Pourtant il suffirait de décider que cette fois je m'attelle à mon livre. Ce n'est pas la première fois que j'y pense mais, comme tout grand écrivain, j'ai connu la souffrance, surtout de ne pas savoir par où commencer. J'avais bien commis quelques nouvelles mais les éditeurs envoyaient des lettres de refus.

Cette fois il me fallait être plus ambitieuse. Puisque les vacances étaient là, pourquoi ne pas trouver l'inspiration dans la vie estivale ? Juste une idée comme ça !

J'allais justement sur la côte des « côtes d'Armor », dans une station dont le nom s'égrène comme du sable fin : E...R...Q...U...Y.... Avec mon balcon sur la mer j'allais bien être spectatrice de quelques faits importants, de scènes de vie cocasse, de roucoulades au clair de lune, de prises de becs entre automobilistes ou entre goélands, de rencontres secrètes dans le petit chemin de la rue des Forges.

Avec des noms comme la rue du Paradis, la rue de l'Enfer il y avait de quoi planter le décor. Mais non, le beau temps apaisait les touristes et les commerçants : tout le monde était joyeux et content, pas de quoi en faire un roman.

Assise sur le sable je me dis : « Ma fille tu n'as pas vraiment de but dans ta vie ! ».

Même pas capable de démarrer un livre. J'avais pourtant déjà le titre : « J'suis moche mais ça me va bien », réflexion humoristique que m'avait faite ma copine Jojo un jour d'adolescence où je pestais contre mon acné.

Les yeux dans la vague, les pieds dans le sable, je suis à marée basse sous mon crâne. Soudain j'entends deux enfants babiller derrière moi ; ils ont construit un super château de sable. La petite fille très enthousiaste, toute à son ouvrage monumental s'écrie : « Et dans mille ans, on contemplera avec satisfaction ce qu'on a construit aujourd'hui ! ».

Le petit garçon plus dubitatif se retourne et voit un gros nuage prometteur d'orage.

Il anticipe la catastrophe.

Il a le regard qui s'écroule comme un château de sable sous la pluie.

Puis il se retourne vers moi et me demande : « Et un jour, nous aussi, on n'existera plus ? ».

- Oui, un jour, mais dans longtemps, nous n'existerons plus. ». J'ai beau moduler ma voix la plus douce, un gros chagrin s'abat sur lui, plus violent que l'orage.

- Je ne veux pas ne plus exister un jour ! Je ne veux pas ne plus exister un jour ! » pleure-t-il à gros sanglots.

Soudain j'avais un but dans ma vie : j'avais un petit garçon à consoler mais ce ne fut pas une mince affaire.

En me quittant il me dit : « Tu rentres chez toi ? Alors, profite parce qu'un jour tu n'existeras plus ! » . C'est fou ce qu'un rien peut vous remonter le moral.

Peanuts 07 R

 

26 janvier 2016

D'un nuage l'autre : prendre de la hauteur / Jean-Paul

Ma nièce Célestine dite « la Céleste » réclame qu’on aille toujours plus loin, toujours plus haut. Elle va être ravie ! Me voici aujourd’hui à pelleter les nuages, une expression québécoise qui signifie qu’on est un rêveur, qu’on n’a pas les pieds sur la terre, qu’on tient peu compte des réalités. Et pourtant si. Je me demande même comment on conjugue le verbe "pelleter". Si ce n'est pas une préoccupation réelle, ça !

Ce verbe est-il construit sur le modèle de haleter ? On dirait alors « j’halète ou je halète », je pelète, on hériterait de Bruxelles d’une prime à la vache haletante mais d’un seul coup je me souviens que le Québec ne fait pas partie de l’Europe. Ce verbe est-il construit sur le modèle de jeter ? Je jette, je pellette. Ca nous rappelle « J’ai vu le loup, le renard et la pelette, j’ai vu le loup le renard chanter, la jument de Michao passer dans le pré et la belette mémérer ».

En effet, prenant exemple en cela sur Bernadette Chirac, la belette mémère. Elle a un nez de fouine, elle épie, elle écornifle, elle est prête à médire, à cancaner, à débiner, la bignole ! Gardez-vous de prêter le flanc à ses commémérages ! De toute façon, ne prêtez jamais le flanc à personne ! Il est très rare qu’on vous le rende, surtout si c’est un flanc aux œufs.

AEV 1516-17 photo de nuage et expression québécoise 2016 01 26Au Québec, les brunes comptent pour des prunes. Quelle que soit la couleur des cheveux de la dame, si on a une petite amie, ce sera forcément une blonde. Vous deviendrez son chum une fois que vous serez tombé en amour avec elle. Si tout se passe bien on est vite rendu au stade « être en amour par-dessus la tête ». Sur la cendrée du dit stade, on fait des tours et des détours et là, deux solutions. Soit on se marie, soit on est accoté. Concubin, si vous préférez. On se promet d’être fidèle et on ne casse pas trop de vaisselle puisqu’il n’y a pas eu de liste mariage déposée chez Pronuptia. Mais attention, on peut être accoté et quand même dans le lit ! C’est étrange, non ?

Mais trêve de préambule ! J’étais donc ce jour-là accoté à une blonde qui était brune, nous étions au creux du lit, nous reposant après des ébats fougueux, quand soudain la ficelle qui reliait mon bras à sa cheville s’est cassée. Du coup, on a cassé. Comme elle tenait à la main une grappe de ballons gonflés à l’hélium, elle s’est envolée dans les nuages, direction le huitième ciel. « Toujours plus haut ! » a dit ma nièce !

Que devais-je faire ? Il n’était plus temps de pelleter en avant. Je ne devais pas montrer que j’étais un deux de pique, que j’étais du genre poche au jeu de l’amour. Je tenais à elle alors j’ai fouillé dans ma poche et j’ai sorti un grand livre que j’avais déjà en partie dévoré. C’était un roman-fleuve écrit par un senteux. Ou bien c’était l’Ecornifleur, de Jules Renard, mais pas celui qui chantait avec le loup et la belette. Je ne sais plus, parce que tout de suite, quand je me suis replongé dedans, j’ai pelleté dans la cour du voisin les problèmes de gravitation universelle, de loi de la pesanteur, d’attraction terrestre et tout ça. Si cette fille disparaît de ma vie, me suis-je dit, l’existence me pèsera et moi je n’aime rien tant que la légèreté. Si je me suis attaché à elle, c’est qu’elle me faisait planer aussi et comme c’est elle qui m’attire, et pas la terre, je ne pèse plus rien et je peux m’envoler pour la rejoindre. Je veux être son chum à jamais, c’est-à-dire l’être pour toujours. Je me suis remis sur le piton, j’ai pitonné sur le premier mot de la première ligne de la page 99 et le livre et moi, on s’est envolés. Facile pour le livre, il ne pesait même pas une livre.

Vu de là-haut, mes amies, vous semblez très bizarres ! J’ai eu vite le piton collé, mort de rire, LOL comme on dit désormais. Comment ? me suis-je dit, il y a là neuf personnes dans la salle Mandoline et aucune ne placote avec sa voisine. Aucune ne pique une jasette avec Cosette, aucune ne taille une bavette, aucune ne fait sa pipelette, pas la moindre causette, un vrai congrès d’ascètes ! Tout le monde fait silence et écrit autour d’une boîte de chocolats dans laquelle il reste treize carrés. Jeff de Bruges est vexé qu’on le boude ! Après on dit les femmes bavardes ! Après on dit les femmes gourmandes !

Toujours plus haut, toujours plus haut et pas de traces de ma blonde. Pour me désennuyer un peu et tuer le temps comme on peut avant d’arriver sur Saturne j’ai pris cette fille en stop sur mon grand livre. Elle était sur un nuage et levait le pouce alors j’ai levé le pied.

AEV 1516-17 JP Nimbus

- Vous allez vers les cumulo-stratus, professeur Nimbus ?
- Ne pelletons pas de la boucane. Montez. Si on en rencontre à votre convenance, je vous déposerai.

Elle avait de longs cheveux noirs et une combinaison moulante d’acrobate de cirque danseuse de tango ou de femme-grenouille danseuse de java.

C’était un beau voyage mais quand on a été rendus au-dessus des derniers nuages je me suis souvenu d’un seul coup que je souffrais d’acrophobie.

- S’il vous plaît, arrêtons ce rêve et ce texte, lui ai-je proposé.
- Pourquoi ? On est bien ici ? J’étais très contente d’avoir trouvé un co-voiturage où l’on ne jase pas.
- Désolé mais j’ai un peu peur d’avoir deviné la chute et je crains fort que, comme pour Isaac Newton chez Gotlib, elle ne soit pour ma pomme.
- Aussi vrai que je m’appelle Céline de Dion Bouton, je n’ai jamais vu un aéronaute aussi pleutre !
- S’il te plaît, Céline ! En fait je suis spéléologue spatio-temporel et je ne peux pas monter plus haut que le grenier ni descendre plus bas que la cave. Redescendons, je t’en prie ou sinon je vais me répandre en flaque d’eau dans l’illustration de la page 202 du bouquin. Ce serait dommage d’abîmer un si beau livre !

Elle a eu pitié de moi, elle a gueulé un grand coup, comme savent faire les chanteuses canadiennes : « Goéland » !

Bretagne 16 goéland sans bords

Alors cet oiseau blanc dont j’avais fait le portrait en aquarelle en 1992 est arrivé illico. Il s’est posé sur sa main.

- Mon pelleteur de nuages n’est pas très en train, a-t-elle dit à l’oiseau. Amène lui donc celui de 8 h 47.

Derrière lui est arrivé un train à vapeur, du genre de ceux qui font de courtes lignes et des signaux de fumée-poèmes pour les Indiens. J’ai grimpé dans le wagon de queue. Au fur et à mesure qu’on redescendait c’est devenu un bus. Quand nous sommes arrivés à la gare de Rennes, je me suis réveillé. J’étais dans mon lit et je me fichais bien de savoir ce qu’il était advenu des deux canadiennes dans les nuages. Bien content d’avoir cassé sans avoir cassé du sucre sur leur dos. Bien content d’être revenu sur une terre bien ferme.

Bien content de pouvoir y planter ma tente en ayant satisfait ma nièce !

12 février 2013

Le Livre sans titre / par Jean-Paul

Le béton qui coule dans nos veines nous rend durs comme des robots. Nous courons dans les rues de la cité maudite et notre cavale qui dure depuis six mille nuits ne nous laisse que rarement tout seuls avec notre silence. Malgré tous ses progrès le monde est toujours à feu et à sang quelque part, à croire que nous subissons, dans la forêt des égarés, le châtiment des hommes-tonnerres.

 

Mais chaque vendredi soir je quitte la fourmilière. C’est l’heure de la révolte, la guerre des boutons : j’éteins tous les écrans, je ferme la radio. 

 

MIC 2013 02 11 Livre sans titre

Sur la couverture du livre, la photo de l’auteur, Rodrick Nosferas, me hèle tranquillement et m’invite à pratiquer le retour à l’état sauvage de l’enfance.

 

Bien calé dans le canapé j’ouvre le livre magique dans lequel Rodrick fait sa loi. La prunelle de mes yeux s’écarquille à ce décollage immédiat : dès que j’ai lu quelques lignes je sais que j’ai ce soir le monde dans la main. Très vite, à suivre l’aventurier, l’innocent de Palerme que j’étais pénètre dans les mystères de la forêt. Les arbres de l’imaginaire laissent tomber des lianes magiques. J’en oublie « Les mille et une nuits » et une peur express monte en moi : arriverons-nous avant la tempête à sortir de la forêt de bouleaux, à regagner le fleuve ? L’ombre de la mort plane et mille dangers nous séparent encore de la demeure d’Anka. Chez elle on est vraiment dans le cœur des deux mondes et les papillons de la Léna nous invitent à l’embrasement.

 

C’est à ce moment-là que mon épouse crie « A table ! ». Je délaisse le clone de Lara Croft à chevelure poil-de-carotte chez qui Rodrick – a-t-il du cœur, cet homme-là ! – m’a amené puis je vais retrouver le silence de Nélio, ma douce cuisinière et la réalité des corps qui se sustentent alors que l’esprit flotte.

 

Lorsqu’après le repas je retourne à mon livre l’intrigue est devenue toute autre. Je suis maintenant dans le journal de Fanny. L’encrier maudit de Rodrick est tellement divergent que son livre contient tous les livres qui n’ont jamais été écrits. Fanny est fantastique. Elle dit en incipit de son carnet de bord de grégaire bavarde : « Ma sœur vit sur la cheminée depuis qu’un mauvais génie l’a transformée en cigogne. Cela n’aurait rien de gênant si nous habitions en Alsace mais ma sœur et moi habitons Plounéour-Menez, en Bretagne, dans les Monts d’Arrée. Cela fait jaser dans le bourg et du bruit jusque dans Landerneau. »

 

Ce conte à dormir debout me tient éveillé jusqu’à ce que Nélio, maintenant allongée dans notre lit, me propose de goûter à d’autres joies.

 

Le samedi matin le livre de Rodrick s’est fait recueil de poèmes. Il a pour titre « La chanson des enfants perdus » et cela me va bien au teint.

 

Dimanche il me fera entendre la voix des rois en me content les légendes de la dynastie des Tout An Café 0405. Ce livre formidable, je ne le lâche plus. Il est l’héritage ou la crypte des âmes que Rodrick Nosferas a dû racheter à Gogol, voler à Jack London ou subtiliser à Shakespeare, allez savoir. Il ne semble exister qu’un seul portrait de cet auteur mythique et le livre que j’ai entre les mains, acheté à un bouquiniste à Lyon, est peut-être un exemplaire unique. Il n’a pas d’achevé d’imprimer et ne figure pas au catalogue BN-OPALE de la Bibliothèque Nationale.

 

Une seule chose est sûre pour moi : chaque lundi matin c’est l’opération gerfaut (comme un vol de… hors du charnier natal !). C’est à nouveau le passage en outre-monde, ce retour vers les liens maudits à surveiller, la soumission aux listes de tâches bureaucratiques et idiotes que la petite terreur de Glimmerdal, mon chef de service, me fait parvenir par courriel alors qu’il est en réunion ou chez lui. Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes. Un jour, là où j’irai, j’effacerai tous ces gens avec un revolver, sauf Nélio évidemment. Ce sera Waterloo Nécropolis adieu, dernière station avant le désert. Je ne ferai plus rien alors que lire tout mon soûl comme quand j’étais enfant.

12 novembre 2024

M comme Musique / Adrienne

 


 

Concert classique, samedi dernier, à l’académie de musique et l’Adrienne est bien étonnée d’y recevoir la compagnie d’une ancienne copine de classe : à huit ans, sa sœur et elle avaient été obligées de suivre des cours de solfège et de piano et chaque fois qu’elles devaient s’y rendre, elles passaient d’abord par le bureau de leur père, pour essayer de l’amadouer et d’obtenir de ne pas devoir y aller.


 

Elles n’étaient pas mûres pour la muse et préféraient musarder.

C’est assez logique.


 

Mais comme chacun sait, l’âge adulte rend amnésique : à leur tour, elles ont obligé leurs enfants à apprendre un instrument 🙂


 

***


 

Le lendemain, au moment où il fallait ouvrir l’expo, il y avait déjà une multitude de grands et de petits musiciens entre les murs de la salle pour une journée consacrée au hautbois.


 

Un magnifique buffet de pique-nique attendait ceux qui auraient une petite faim ou une petite soif.


 

La voilà donc, se dit l’Adrienne, la baguette magique de la motivation !


 

Comme elle occupait une place stratégique, avec l’accueil à côté du buffet, la bénévole de service lui a demandé de surveiller aussi celui-ci.


 

Bien sûr, les enfants, les uns après les autres, sont venus muser dans les parages : Madame, je peux avoir une pomme ? une mandarine ? un muffin ? une gaufre ? un jus de fruits ? du cécémel ?

 

Tant pis, s’est dit Madame, la responsable du buffet n’avait qu’à le surveiller elle-même.

 

Car avouez-le : la politesse, c’est une arme psychologique redoutable 😉

15 octobre 2024

Cyber Horizon / Maryvonne

 

 

 

Je comprends que sur le dessin que l'on vient de me remettre, il y a trois pistes qui se coupent au centre en formant une place dite logiquement place centrale.

 

Je comprends qu'en bordure des pistes se trouvent des flocons de couleur blanche qui symbolisent les lueurs de l'intelligence artificielle.

 

Je comprends que grâce à la propagation d'un trait qui rejoint toutes les lueurs entre elles vous obtenez une toile d'araignée.

 

Dans le domaine de l'intelligence animale c'est un bel hommage à notre Arachné dont le tissage fait fureur d'époque en époque depuis l'antiquité. (Athéna la transforma en araignée).

 

Sa plus belle invention fût le fil de fuite qui va du centre de la toile donc du piège à son logis. Elle est ainsi prévenue par la pulsation du dit fil qu'une proie est capturée. Grâce à ce cyber-horizon, elle a le dévoilement de son futur repas en place centrale.

 

Maintenant, si je file la métaphore, un animateur d'atelier d’écriture, par exemple, lancerait des pistes individuelles qui en fin de séance se retrouveraient dans un croisement central, sorte de placette où se tiendra le théâtre de la lecture. Des petites lumières seront au bord des pistes pour éclairer des mots à cueillir et à introduire dans le texte que vous allez tisser et qui deviendra lumineux. Votre style devra être simple et élastique, solide mais joli comme la soie.

 

Si votre texte plaît le piège aura fonctionné et l'assistance vous écoutera avec différents sentiments propres au goût de chacun.

 

Si vous vous prenez pour Spider-girl vous vous sentirez à l'aise dans l'exercice, sinon prenez tout de suite le fil de fuite et rentrez dans votre trou obscur !

 

 

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L'Atelier d'écriture de Villejean
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