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L'Atelier d'écriture de Villejean
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30 mai 2023

Consigne d'écriture 2223-32 du 30 mai 2023 : Les Mots d'Anne Sylvestre

Les Mots d’Anne Sylvestre

 

On a demandé à Anne Sylvestre de dresser la liste des mots qu’elle aime. La voici :

Acacia – Agate – Aiguillée – Alsace – Améthyste – Ampélopsis – Angine – Anniversaire – Arachnéenne – Automobile – Baldaquin - Baliverne et billevesée – Barboteuse - Bois flotté - Bric-à-brac – Brunante – Cahier – Calanque – Candidat – Capodastre – Cigarette – Commode - Compostelle - Coquelicot – Coulisses – Débarouler – Eau – Écluse – Édredon – Encre – Escalier - Escogriffe – Espérance - Fanfreluche et falbala – Frangipane – Grenouille – Horions – Hormis – Huile – Humus - Île et lac – Jardinier – Labyrinthe – Larousse – Lavandière – Libellule – Livre - Mais bon – Marelle - Mémoire (si j’ai bonne…) - Mensonge – Mer – Mot – Myosotis – Nin-nin - Œuf – Ours – Paletot – Parfum - Patarou (en grand…) - Pavane - Petits mots – Pluie – Pourtant – Rafistoler – Réaupol-Sébastomur – Reposoir – Ricochets – Rutabaga – S’esclaffer – Sœurs – Soupe – Soupes – Taciturne – Tomate- Tomber d’énue – Tramway – Transhumance – Vaches – Vague - Verger

Elle a ensuite écrit pour chacun d’eux un souvenir, une sensation, un poème en prose, une description qui n’excède pas une quinzaine de phrases ou une page d’un livre de poche.

Saurez-vous pratiquer ce même exercice à partir de ses mots ou à partir de vos mots préférés ?

AEV 2223-32 Consigne - Anne Sylvestre

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21 mars 2023

Lettre à un vieil escalier / Anne J.

Si le monde n'est que muraille
cette muraille a des lézardes
et la vie est une drôle de pagaille
dans une humanité trop bavarde

J'ai monté pas à pas l'escalier de ma vie
et ses marches inégales

Aujourd hui je redescends petit à petit

AEV 2223-24 Anne J

Après le sommet de la jeunesse
vient le temps
où l'on perd l'équilibre
au moindre souffle de vent

J'aimais m’asseoir dans le vieil escalier de bois
j'admirais la spirale du colimaçon
sur l'escalier de pierre
je contemplais le jardin
et sur l’échelle du grenier
comme un chat
je matais le monde
des matous

Devant moi le mur
ses fissures
ses fêlures
ses brisures
ses échancrures
ses ruptures
ses embouchures
autant de prises pour me hisser
à la hune de ma vie
dans le vent de mes soupirs
au grand mât de mes désirs
vers l'inconnu de mon plaisir

Quand l'escalier se fait trop raide
quand les vieux os craquent
ou que l'envie de voyage s'amenuise
il nous reste les mots
les siens et ceux des autres
les contes et les histoires
et la poésie de Bobin
mais Christian ne viendra pas ce soir
il rêve

AEV 2223-24 Anne J

14 mars 2023

Le Boucher / Dominique H.

Bernard, le boucher du village d'à coté, bien que célibataire, est très affable. Mais voici que des rumeurs commencent à courir à son sujet. En particulier, il serait déconseillé de consommer son plat du jour le mardi, un « lapin chasseur » pourtant labellisé «  bio et sans additifs », délicieux de surcroît et digne d'un restaurant étoilé.

Yann, le pharmacien, qui va souvent aux champignons pour des raisons professionnelles, déclare avoir aperçu le boucher en forêt, déguisé en diable cornu, ganté de noir et armé d'un grand coutelas. Ce jour-là, plus intrigué qu'effrayé, Yann se mit à l'affût pour observer l' hurluberlu. D'après Yann, le boucher tendrait des collets et égorgerait les lapins piégés selon un rituel sadique. Ainsi il trancherait d'abord la gorge de l'animal puis tout ce qui dépasse, en commençant par les pattes et la queue, pour finir par les oreilles. Il fourrerait ensuite la bête amputée et ensanglantée dans un sac à dos étanche.

Mais le massacre ne s'arrêterait pas là. Lui succéderait une autre cérémonie satanique. Le boucher se saisirait alors à pleine main de la tête du feu-lapin, introduirait délicatement la pointe d'un bistouri successivement dans chaque orbite pour en retirer, selon un geste circulaire et chirurgical, les deux globes oculaires qu'il déposerait précautionneusement dans un bocal de verre contenant un liquide transparent. Il revisserait soigneusement le bocal avant de le ranger sous un torchon dans un panier en osier. Yann raconte aussi que dans l'arrière boutique du boucher, sur une étagère, il y aurait une rangée de bocaux des plus étranges . Il seraient remplis d'une solution de formol, colorée de fluorescéine que Yann aurait vendue au boucher.

Dans ce liquide fluorescent brilleraient, bien conservées, des dizaines d'yeux de lapin au regard fixe. Toujours d'après Yann, Bernard serait fétichiste des yeux de lapin. 

AEV 2223-23 Dominique - Yeux de lapins

Image empruntée ici où l'on apprend à satisfaire Bernard sans tuer d'animaux !

7 mars 2023

Consigne d'écriture 2223-22 du 7 mars 2023 : Dis-moi dix mots 2023

Dis-moi dix mots 2023

 

 

4_Im0 8_Im0  6_Im0 
29_Im0 10_Im0  27_Im0
12_Im0  31_Im0  33_Im0 
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Choisissez une des dix images proposées. Puis sélectionnez un mot parmi les dix de la liste suivante :

Année-lumière – Avant-jour – Dare-dare – Déjà-vu – Hivernage –
Lambiner – Plus-que-parfait – Rythmer - Synchrone - Tic-tac

Le mot choisi fera partie du titre de votre texte. L’image sera son illustration. Vous pouvez également vous servir des neuf autres mots proposés et de ce qu’on trouve dans les définitions ou mises en situation de ces dix mots ci-dessous :

Année-lumière :
Unité astronomique de mesure de longueur (al), correspondant à la distance parcourue par la lumière dans le vide en une année, soit env. 9,461.10* mètres, ou 0,307 parsec. L’étoile la plus proche se situe à 4,22 années-lumière de la Terre (Le Petit Robert de la Langue française).La réalité est à des années-lumière de ses illusions (Le Petit Robert de la Langue française).

Avant-jour :
(Vieilli) Période du jour qui précède le lever du soleil (source Dictionnaire des francophones). Syn. : aube.

Dare-dare :
FAM. Promptement, en toute hâte, précipitamment, vite.
Exemple : « Si vous aviez à me proposer un meilleur sujet tout prêt pour cette semaine, je le prendrais dare-dare » (Sainte-Beuve).

Déjà vu :
Perçu par le regard. « Choses vues », souvenirs de Hugo. Locution adv.
• C’est du déjà vu : ce n’est pas une nouveauté. 
• Une impression de déjà-vu. ➙ paramnésie.
Exemple : « C’est donc dire que ce tandem présentait un petit air de déjà-vu qui ne déplaisait pas à Danseret » ( A. Truand, Une douzaine de beignes pour le sergent, Québec Amérique) / OQLF

Hivernage :
1. MARINE Temps de la mauvaise saison que les navires passent en relâche. Hivernage d’une expédition polaire. Par extension : Port où les navires relâchent.
 2. GÉOGRAPHIE (courant en français d’Afrique) Saison des pluies, dans les régions tropicales. « Que viendra la moisson après l’hivernage pénible » (Senghor).
 3 . AGRICULTURE Labour qui précède l’hiver. Séjour du bétail à l’étable pendant l’hiver (opposé à estivage). Fourrage destiné à la consommation d’hiver.

Lambiner :
Agir avec une lenteur, une mollesse excessive, perdre son temps à des riens. ➙ lanterner, traîner ; FAM. traînasser.
Ne lambinez pas en chemin. ➙ s’attarder.
Exemple : «Marcelle devait lambiner merveilleusement et ne se défaire que peu à peu de ce précieux linge qui touchait son corps» (Jules Supervielle, «Le voleur d’enfants», Gallimard, 1926, collection Folio, page 122).

Plus-que-parfait :
GRAMMAIRE
◆ Plus-que-parfait de l’indicatif : temps corrélatif de l’imparfait (auxiliaire à l’imparfait et participe passé) exprimant généralement une action accomplie et antérieure à une autre action passée (ex. quand il avait dîné, il nous quittait ; si j’avais pu, je vous aurais aidé).

◆ Plus-que-parfait du subjonctif : temps employé surtout dans la langue littéraire (auxiliaire à l’imparfait du subj. et participe passé), exprimant, en subordonnée, l’antériorité par rapport à un fait passé ou une corrélation avec le conditionnel (ex. Il fallait, il faudrait qu’il eût accepté, que nous eussions accepté ; nous ne le laissâmes pas partir avant qu’il eût avoué).

Rythmer :
Donner du rythme à (une phrase), cadencer. « Il avait médité sa phrase, il l’avait arrondie, polie, rythmée » (Flaubert).

Synchrone :
◆ DIDACTIQUE Qui se produit dans le même temps ou à des intervalles de temps égaux ; qui a la même période, la même vitesse. ➙ simultané, synchronique. Mouvements, oscillations synchrones.
« Un souffle lent, qui n'était pas synchrone avec les battements du cœur » (Aragon). Les rues « résonnaient sous leurs pas synchrones » (Perec).

Tic-tac :
Bruit sec et uniformément répété d’un mécanisme, surtout d’un mécanisme d’horlogerie. Faire tic-tac. Le tic-tac d’une montre. 
Exemple : « Le tic-tac des horloges, on dirait des souris qui grignotent le temps » (Alphonse Allais, Les Pensées.)

 

Le livret complet avec des jeux et des textes d’auteurs se trouve ici :

https://dismoidixmots.culture.gouv.fr/content/download/153229/file/Livret%20site.pdf

2 mai 2023

Souvenirs de Mémé Paulette / Anne J.

2023-04-19 - Nikon 112

- Tu vois, ma petite Mélanie, ce café là-bas sur la place qui s'appelle « La Grande Georgette », eh bien de mon temps il s'appelait « Les Paulettes » et on y servait les meilleures paupiettes de toute la ville.

- Ah oui, comme dans la chanson ?

- Exactement « Paulette, tu es la reine des paupiettes, des paupiettes de veau ! »

- Et c'est quoi, mamie, des paupiettes ?

- Un truc que tu n'aimerais pas avec ton régime végétarien, une escalope et de la chair à saucisse, souvent servie avec une sauce aux oignons et des pâtes.

- Beurk ! Et la statue de Colbert devant la Cathédrale, elle existait déjà de ton temps ?

- Bien sûr, c'est là qu’ on s'est mariés avec ton grand père et on a même fait une photo devant. La photo s'appelle « Amour Sauvage ». Ensuite on est allée faire d'autres photos au parc de la Patte d’Oie, on est même montés sur le manège vénitien et on a fini au café « Le Cochon à plumes » pour manger un cochon grillé avec de la choucroute, le tout arrosé au champagne, du champagne Tarlant bien sûr !
 
- C'est eux qui l'ont offert ?

- Mais oui, nous on n'avait pas les moyens , Pierre et Mélanie Tarlant nous l'ont offert pour cette occasion et tu vois , on t'a même donné son nom à Mélanie !

- Mélanie , c'est pas mal, mieux que Moët et Chandon quand même !

- Ensuite on a habité rue Brûlée avant de déménager boulevard Dieu Lumière à la naissance de ton père.

- En somme vous êtes passés des feux de l'enfer dans la rue Brûlée au paradis de la rue Dieu Lumière ?

- Le boulevard Dieu Lumière ! Ça fait plus chic et puis en guise de paradis c'était près des étoiles ! Un 6eme étage sans ascenseur ! Il y avait 3 pièces et au rez-de-chaussée le café Pétrouchka , un café chic où on jouait de la musique tzigane et où des hommes avec un drôle d'accent jetaient les verres au sol après avoir sifflé leurs vodkas.

- Et après tu as déménagé ici ?

- Oui, ma bichette, rue du Clou dans le Fer, parce que le 6eme étage sans ascenseur à mon âge ! Mais ici, c’est grand, propre, la cuisine est neuve et il y a plein d’instruments modernes dont je ne sais pas me servir , je regrette un peu ma cuisinière à charbon mais bon , on appelle cela l’ascenseur social.

- Et tu sais pourquoi ça s’appelle rue du Clou dans le Fer ?

AEV 2223-28 Anne J- C’est à cause de la légende de Saint Dustan. 

- Raconte, mamie ?

- Un jour, le Diable s'est approché de lui déguisé et lui a demandé de refaire le fer de son cheval. Mais Dunstan a vu clair dans le déguisement et a cloué un fer à cheval au sabot fendu du diable, lui causant une douleur énorme. Il ne l'a enlevé qu'une fois que le Diable eût accepté de ne jamais entrer dans une maison avec un fer à cheval sur la porte ; et c’est pour cela que toutes les maisons ont un fer à cheval porte-bonheur au dessus de leurs portes et que la rue s’appelle le clou dans le fer.

- Parce que c’était dans cette rue ?

- Peut-être, qui sait ?

- Allez, ressers moi une petite goutte !

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17 janvier 2023

Diane, Léo, Marguerite et Anne-Françoise / Maryvonne

Dillon 12 colorée

Dans une école, Marguerite, une toute petite bonne femme aux pommettes rouges, était la directrice d'Anne-Françoise, une institutrice aux méthodes surannées. La preuve elle racontait encore aux enfants des histoires de grenouilles qu'il fallait embrasser sur la bouche. « Beurk ! » disaient les bambins. Et aussi des histoires de prince charmant. « Même pas en rêve !» clamaient les petites filles. Et encore des contes de chevaliers. « N'importe quoi ! » s’esclaffaient les petits garçons. Vous remarquerez que dans cette école démodée tout était genré, très genré.

Un beau jour la maîtresse demande aux enfants de faire une ronde et de chanter en mimant la célébrissime chanson : « Savez-vous planter les choux A la mode, à la mode de chez nous ? ».

Il s'en suivait différents mimes. On les plante avec le doigt, avec le pied, avec l'oreille ainsi de suite. Les enfants qui n'avaient vu les choux qu'à l'étal du super marché étaient perplexes ; d'ailleurs ils n'en mangeaient jamais ou alors de temps en temps, à la cantine, des choux de Bruxelles, et encore en se pinçant le nez.

Une délégation alla se plaindre à Marguerite en disant :

- Nous les enfants nous n'aimons que les patates et nous en avons assez de planter des choux ! ».

La directrice leur conseilla de faire une bonne blague à Anne-Françoise et de changer le légume.

- De plus, dit la directrice, comme votre maîtresse adore les vers de terre, les limaces, les escargots, mettez-en dans vos paroles !

Voilà un excellent exercice de création et de concertation. Quand Anne- Françoise proposa de nouveau la plantation de choux, les enfants entonnèrent leur version :

- Savez-vous planter des patates, à la mode, à la mode ? Savez-vous planter les patates à la mode d'Anne-Françoise ? On les plante avec les limaces, à la mode, à la mode On les plante avec les limaces, à la mode d'Anne-Françoise.

S'ensuivaient des couplets avec des escargots, avec des vers de terre, des lézards et des scolopendres.

Anne-Françoise était un peu vexée mais ravie de voir sa classe frondeuse et inventive.

Elle ne reparla jamais des choux mais un matin quand elle attaqua « A la pêche aux moules, moules, moules ». Les enfants dirent :

-Non, Maîtresse ! Ça existe des chansons plus modernes ! Et si on écrivait du rap ? Rappe les choux, rappe les patates, rappe le poisson !

- Ou alors écrivons des recettes de cuisine ! proposa la maîtresse qui sentait que la situation lui échappait et ne voulait pas perdre la face.

Il faut bien que chacun sorte la tête haute de ce conflit des générations. 

2 mai 2023

Consigne d'écriture 2223-28 du 2 mai 2023 : Une Ville étrange

Une Ville étrange

 

Vous avez vécu, vous vivez ou vous vous retrouvez à devoir vivre dans cette ville étrange.

Voici les noms de quelques unes de ses rues, les noms de certains lieux emblématiques et ceux de certains de ses habitants.

Racontez tout ce que vous savez sur eux ou elles ou imaginez quelque chose à partir de cela.

Rue des Écrevées - Rue de la Grosse écritoire – Rue de Tambour – Rue du Marc – Rue Pluche – Place du Forum - Hautes promenades – Basses promenades – Rue de la Grue – Rue Pol Neveux – Rue de Venise – Rue Marlot – Rue Brûlée – Boulevard Dieu Lumière – Boulevard Lundy – Rue Tournebonneau – Rue de l’Arquebuse – Rue de la Renfermerie – Rue des Trois raisinets – Rue du Pistolet – Place des Loges Coquault - Rue Tacot – Rue du Clou dans le fer

Café Pétrouchka - Villa Demoiselle – Le Cellier – Le Boulingrin – L’Église Saint-Jacques – La Cathédrale – Le Cirque – William disques – Rêve poudré – La statue de Jeanne d’Arc – La statue de Colbert – Amour sauvage – Les Paulettes – The Glue pot – La Piscine Talleyrand – Le manège vénitien – Le parc de la Patte d’oie – La Fontaine Subé – Le Cinéma Opéra – La Grande Georgette – Mon souk – Le Bocal – Le Cochon à plumes

Georges Clavel – Bernard Baudry – Louis Cheze – Cedric Diebolt Vallois – Remy Leroy – Pierre Tarlant – Nicolas Amiel - Agnès Pacquet – Françoise Carillon-Ramonet – Mélanie Tarlant – Clothilde Davenne – Eliane de Heidsick – Antoinette Paillard – Dominique d’Aupilhac – Claire Clavel – François Villard – Hugues Krafft – Nicolas Le Vergeur – Just Fontaine – Marine Biniou – Paul Douce – Le Comte G. Chandon

2023-04-17 - Nikon 7

7 février 2023

Göttingen / Anne J.

Quand il m'a dit « Nous partons »
j'ai pensé Göttingen et Barbara
plutôt que Toulouse et Vierzon
ville et piano
avec ou sans
Brel et Nougaro

AEV 2223-19 Anne J

Quand il m'a invitée
j'ai dit que j'aimais
le sucre chaud et doré
les crêpes au caramel
et les bonbons Werthers
à Göttingen

Quand la serveuse s'est approchée
avec son plateau doré
j'ai admiré ses longs doigts
et les bagues scintillantes
qui nous posaient les assiettes
de petits choux au caramel
dégoulinants

A Göttingen
pas de montagne, pas de rapides
ni grands ni petits,
pas la moindre chute d'eau
pour les kayaks intrépides ,
pas de descente à skis
et donc pas de fractures
pour aucun de mes os
Juste la nostalgie d'une voix
et du piano de Barbara. 

7 février 2023

Suite de "La Belle au Bois dormant" / Marie-Thé

AEV 2223-19 Marie-Thé - Petits rosés

Réveillée depuis de nombreuses années, la Belle au Bois Dormant vivait heureuse dans le château de son prince charmant.

Celui-ci aimait les plaisirs de la table, en particulier les petits rosés, ces champignons hallucinogènes au goût à la fois sauvage et épicé.

La veille de sa mort elle lui avait préparé une bouillabaisse, cette fameuse soupe de poissons qu’ils avaient dégustée lors d’un de leurs voyages à Marseille. Il l’a avalée avec gourmandise et a dévoré ensuite un saladier des petits rosés qu’il aimait tant.

Avant de se coucher le soir, elle lui a joué sur son piano blanc la petite musique de nuit de Mozart dont il appréciait la mélodie.

Puis ils se sont couchés, se sont caressés et elle s’est endormie.

Lui se tenait le ventre, incommodé par la grande quantité de champignons qu’il avait absorbée.

Lorsqu’elle s’est réveillée, il souriait comme un bienheureux dans son trip. Mais il était froid : il était mort ! Elle s’abandonna quelques semaines à son chagrin.

Neuf mois plus tard, la Belle au Bois dormant mit au monde un petit prince qu’elle appela Ivanhoé, comme son père.

Elle transmit à son fils la passion de son prince pour les pigeons. Ensemble, ils expédiaient et recevaient des messages fixés sur les pattes des oiseaux.

Le pigeonnier prospérait. Les fientes étaient vendues comme engrais ou bien répandues dans leur jardin. De beaux légumes y poussaient en grandes quantités.

Quand elle devint très vieille, à son grand désespoir, Ivanhoé s’amouracha d’une jouvencelle. Il abandonna les pigeons et s’acheta un téléphone portable pour envoyer ses messages.

Quelques mois plus tard, désespérée, la Belle au Bois Dormant s’en alla rejoindre son prince charmant dans la crypte du château.

11 avril 2023

Tous à vos sonnettes ! / Maryvonne

Depuis 1977 nous habitons La Bellangerais, un quartier bien dessiné avec moult petits chemins, si bien que nous avons choisi, mon mari et moi-même, de travailler sur place et de circuler à pied et à vélo. Trente ans de coulée verte pour le mari sans couper aucune route. Pour les courses plus lointaines nous avions les berges du canal.

Un bonheur, même si les cyclistes gênent les piétons et les piétons gênent les cyclistes et même si les racines des arbres nous chahutaient un peu. Les premières pistes cyclables à cheval sur la rue et le trottoir (Boulevard de Metz par exemple) n'étaient pas idéales dans la mesure où souvent les voitures se garaient sur celles-ci, nous obligeant à déboîter.

Enfin est arrivée la superbe piste protégée du boulevard de Chézy. carrément l'autoroute : une merveille. Des aménagements partout, les quais, le mail etc... qui deviennent par là-même très fréquentés.

Pendant ce temps l'âge m'a rattrapée et je sens bien que mon équilibre n'est plus au top ; mes oreilles, bien qu'appareillées, ne captent pas tous les bruits. Mes mollets ne sont plus aussi performants. Donc on me croise, on me double, on me frôle. Les vélos cargos et les vélos poussettes me font peur.

Et surtout souvent derrière une cycliste un peu lente nombreux sont ceux qui oublient le petit coup de sonnette qui dit : « Attends la vieille !  Je vais te doubler ! ». Ça m'éviterait de sursauter.

Au fond je m'en fiche parce que maintenant j'ai la ligne B du métro. Alléluia !

Ai-je bien répondu à votre question : « Vous hésitez à prendre le vélo pour vos trajets ? » ?

Texte libre - Maryvonne - A vos sonnettes !a987d27e

4 avril 2023

La Genèse / Anne J.

AEV 2223-26 Anne J

Bon, Dieu avait créé le monde et Adam,
Non sans mal et en 6 jours.
Le septième il se reposa.

Mais l’homme se sentait seul au paradis,
Même s’il y avait plein de bêtes à plumes et à poils
Et sans doute quelques serpents.

Alors Dieu créa la femme
Et les ennuis ont commencé.

Dieu avait créé le monde, Adam et Eve
mais l’homme était crédule
et le serpent rusé
alors pour une pomme volée
ils en ont été chassés.

Et pourtant nous, pauvres humains
continuons d’aimer la tarte aux pommes, 
les chaussons aux pommes
et même le boudin aux pommes !

Si seulement Eve avait utilisé une banane
on aurait pu les bannir de la terre
ce qui aurait bien fait mon affaire !

Anne J. n'aime pas les bananes !

4 avril 2023

Funérailles africaines / Anne J.

Bon, les animaux vont avec la chenille aux funérailles de sa belle-mère,
tous en ligne, le coq, le chat, le chien, la hyène, le lion et l'éléphant
mais le lièvre est le plus malin de tous
alors il se met derrière la file
et il demande alors « Qui est à la tête de ce cortège ? 
Une appétissante chenille ? 
Mais le coq ne pourrait pas la manger ?"

Alors le chat mange le coq trop lent,
le chien mange le chat car suivre le chat n'est pas dans sa nature,
la hyène qui a toujours faim mange le chien,
le lion qui a les crocs mange la hyène
et l’éléphant écrase le lion.

Le lièvre monte sur le dos de l’éléphant,
met de la paille dans ses oreilles
et allume la paille :
l'éléphant prend feu
mais le lièvre saute à temps
alors il est le seul survivant
et personne ne va aux funérailles de la belle mère de la chenille !

(d'après un conte africain )

AEV 2223-26 Anne J

28 mars 2023

Une Journée ordinaire / Josiane

Un matin comme tant d’autres. Dur, dur de s’extraire de la chaleur du lit. Le réveil a déjà sonné deux fois. Félix est sous la douche, il tousse, depuis hier il est un peu enchifrené et ça le rend particulièrement chafouin. Je n’ai pas intérêt à moufter, faisons-nous toute petite et filons à la cuisine préparer le café.

J’aime le bruit du café qui chuchote et cette odeur effleurant mes narines. Et hop! Les tartines dans le grille-pain et ce moment de pur plaisir, les mains autour du bol fumant. J’aimerais que cet instant se prolonge indéfiniment.

 

AEV 2223-25 Josiane - Journée ordinaire 3

Mais, le lion affamé sort de la salle de bain, on dirait un vieux maffieux tant il est de mauvaise humeur.

Stop ! Arrêt sur image, que le temps s’arrête !

Il a les tifs ébouriffés, une touffe de poil s’échappe de son peignoir mal fermé. Je pouffe. Il a l’air d’un gorille avec son torse pileux et sa carrure d’athlète.

AEV 2223-25 Josiane - Journée ordinaire 2Je n’ai pas vu venir la première baffe, déjà la deuxième est en route. Ne pas moufter, laisser la colère s’effilocher, regarder par la fenêtre le beffroi qui se dessine derrière les carreaux. Le coup suivant me fait suffoquer, surtout ne pas broncher, bluffer.

Même pas mal, ces trois mots, comme une litanie dans ma tête. Ne pas le regarder, baisser les yeux. Je sens son souffle haletant et je devine sa colère. Son coup de poing me terrasse, je ne suis plus que souffrance, en attente du prochain coup. Je me laisse glisser sur le sol.

Mon café doit être froid, le beffroi égraine ses coups, je les compte. Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept.

Il est sept heures, la journée vient seulement de commencer.

28 mars 2023

Consigne d'écriture 2223-25 du 28 mars 2023 : Mots avec ff

Mots contenant la graphie « ff »

 

Voici une liste de 100 mots contenant le son « f » et, assez souvent, la graphie « ff ».

Insérez un maximum d’entre eux dans votre texte pour raconter, au choix :

1 Une journée ordinaire ;
2 Une bataille rangée à bord d’un bateau ;
3 Un souvenir relatif à Paris ;
4 Ce que vous voulez

à donf - affable - affaire – affaler - affamé - affiche – afflux - affolant - affreux - affront – affronter - affûté - baffe - bat’d’Af – beffroi - bluff - bouffardes - bouffe - bouffer - bouffi - bouffon - bourre-pif - boursouflé - buffet - chauffe - chiffonnier - coffre - coiffe - défonce – diffamer – diffus - effacer - effarés – effaroucher - efféminé - effervescence – effet – effigie - effilocher - effleurer – effluve - effréné - effroi - effronté - enchifrené - engouffrer - étoffe - étouffe - famine  - Félix - fieffés - filer - fontaine - gaffe - Gaffiot - infliger - joufflu - kiffer - loufiat - maffieux - mafflu - maroufle - mataf - Mouffetard - moufle - moufter - mufti - nef - offensés – offert - office - officier - offrande - orthographe - Paf  - paraffine – piaffer - pouffe - Raffarinade - raffiot - raffut - ratafia - rebiffer - rebuffade - riflard - ruffian - soif – soiffard - souffle - souffleter - soufflets - souffre-douleur - souffreteux - staff - suffisance - suffoque - Surcouf - taffe - tafia - tifs - touffe – touffue – truffe

AEV 2223-25 Consigne - Le Bouffon

7 février 2023

Consigne d'écriture 2223-19 du 7 février 2023 : Mot malin 2

Mot malin 2

 

1) Dans cette liste de cinquante mots, choisissez en dix que vous devrez insérer dans votre texte.

montagne – assiette – rat – déguisement – rose – foudre – chaud – piano – océan – blanc – château – rapide -
pigeon – flèche – été – balle – vert – pauvre – Australie – pieuvre – école – amis – banane – petit – malin – ville – léger – sucre – bague – plage – blé- prison – licorne – joli – voiture – surprise – gris – poisson – reine – Russie – pelle – maison – chocolat – sandwich – champignon – histoire – jeune – jambe – roi - hiver

2) Assemblez les dix mots choisis deux par deux de manière aléatoire ou sans réfléchir à un lien quelconque entre eux.

3) Imaginez que vous devez faire deviner aux autres membres présents deux des mots que vous avez associés. Pour cela vous devez trouver un « mot malin » qui établira un lien entre les deux mots de la paire.

Par exemple pour faire deviner « cavalier » et « Espagne » vous pouvez proposer « Don Quichotte ».
Faites cela pour vos cinq paires et ajoutez vos cinq mots malins à votre liste de mots à faire figurer dans votre texte. Celui-ci pourra être un conte pour enfants, un poème à la façon de Jacques Prévert, le récit d’une excursion en groupe ou ce que vous voudrez.

2023-01-01 - 285 6

24 janvier 2023

Cher Père Noël / Maryvonne

Cher Père Noël

Cette année 2023, je commence très tôt la liste où tu trouveras mes souhaits et il va falloir que tu fasses des économies.

AEV 2223-17 Maryvonne - Père Noël

Je souhaiterais que tu m'offres des voyages, par exemple la route de la soie ou La Nouvelle Orléans. Je veux bien aussi un autre séjour à ta convenance si c'est un endroit où je ne suis jamais allée. C'est une exigence de Jean-Paul. J'ai aussi quelques réserves pour certaines destinations. En ce moment l'Ukraine ne me tente pas ni l'Iran, même si c'est un très beau pays : je ne supporte pas le foulard toute la journée. A cause de mon hypothyroïdie je ne souhaite pas les zones très froides, donc tu exclus les deux pôles et toute ta région de prédilection. Ne m'invite pas chez toi. Ne me fais pas un coup pareil ou alors moi, je t'offrirai en retour un tour en bateau pour la traversée vers l'île de Sein par gros temps, un billet pour le pic du Midi où le manque d'oxygène te fera tourner la tête. A la fête foraine, qui se trouve justement à Rennes à ta période de prédilection, je t'obligerai à monter dans les manèges à sensations fortes et à circuler dans un labyrinthe de verre avec obligation de garder ta hotte sur le dos.

En plus, cerise sur la bûche, je te demande, s'il te plaît, de faire une distribution de cadeaux dans une favela. Je te laisse le choix. Un détour par un centre de réfugiés serait aussi de bon aloi.

Mon très cher Père Noël, j'ai bien conscience que je suis très exigeante et tu dois me prendre pour une mauvaise personne. Si je te demande la lune c'est parce que tu voyages la nuit et que je suis bien naïve. Si tu ne peux rien pour moi, tant pis et si c'est un gros péché de te menacer de sévices terribles n'en tiens pas compte car si il y a un lieu où je ne veux vraiment pas aller c'est au confessionnal.

Je t'embrasse, père Noël

PS : J'ai oublié de te dire que je ne veux pas aller non plus dans l’hémicycle de l'Assemblée nationale, mais ça tu n'y peux rien, je crois savoir que tu ne votes pas en France.

14 mars 2023

Le Locataire / Anne J.

Isidore est un locataire encombrant
mais heureux.

En ces temps de grève des éboueurs
il se gave de vos poubelles et autres déchets.

D’habitude, il se suffit de rares épluchures.

Isidore s'en moque du 49,3
et de l'âge du départ à la retraite
mais Isidore vote
pour la poursuite de la grève,
rat-dicalement.

AEV 2223-23 Anne J

21 mars 2023

Monsieur le coucou... / Maryvonne

Monsieur le coucou, 

Il y a du jaune dans ton chant et je prends jaune au titre de traître, car tu m'as trahie.

Comme dirait notre cher La Fontaine, nous allons le démontrer tout à l'heure.

Tu le sais peut-être, dans les années 50 j'ai moi aussi changé de nid, pas tout à fait pour mon confort, j'ai atterri dans un lycée rennais à 35 km de mes branches d'origine, ce qui représente environ 27 kilomètres à vol d'oiseau.

AEV 2223-24 Maryvonne - Lycée Jean Macé

Mon école ne s'appelait pas « Les oiseaux » comme un certain établissement de prestige mais « Jean Macé », qui était plutôt un rassemblement de pioupious, en grande partie d'origine modeste. Je me suis retrouvée bel et bien en cage et pour communiquer avec mes parents il n'y avait que le courrier.

Il se trouve que j'ai toujours été un drôle d'oiseau qui aime se servir de sa plume. Chaque semaine, j'écrivais donc à mes parents en leur racontant avec moult détails ma vie d'interne et aussi ma vie scolaire. Comme un paon je faisais la roue quand j'avais de bonnes notes et dans le cas contraire j'enfouissais ma tête sous mon aile comme un enfant qui se croit bien caché quand il ferme les yeux. Pour le reste roucoulements d'amitié et prises de bec étaient l'ordinaire de la vie recluse.

Tous les quinze jours, ou tous les mois si j'avais été punie, je rentrais dans le nid douillet : les bras de ma mère.

Lors de l'un de mes retours, mon père au beau plumage mais au ramage ombrageux, m'appela d'un pépiement peu amène qui ne présageait rien de bon.

Il déplia une de mes lettres, la posa sur le bureau, me tendit une plume et m'intima l'ordre de signer au bas de cette lettre : « Le coucou ».

 Avec lui il était obligatoire d'obéir, ce que je fis en tournant à la ronde un regard interrogateur.

 - Tu vois, ajouta-t-il, tu es comme le coucou : tu ne parles que de toi !

J'aurais voulu m'enfuir à tire d'aile pour un ailleurs mais la stupéfaction me clouait au sol. La semaine prochaine la petite hirondelle ne livrera pas de courrier dans son bec.

J'accepte de tout perdre et que, dans le temps passager de cette perte, le nid d'hirondelle que j'ai dans la poitrine soit vide, vide, vide, féeriquement vide et appelant.

AEV 2223-24 Maryvonne - Hirondelle recadrée

21 mars 2023

Madame... / Maryvonne

Madame 

Vous m'avez demandé ce que c'était que les anges et j'ai bien des difficultés à vous répondre. Quand ils passent ils ne se manifestent que par le silence. Je n'en ai vus qu'en pierre, les ailes collées au corps. 

Le plus souvent ils étaient dans les cimetières sur les tombes des petits enfants. Comment sont-ils arrivés là ?

 Par les rails rouillés du ciel et le tramway d'un songe qui me traverse, avec personne à bord.

AEV 2223-24 Maryvonne - Anges

31 janvier 2023

Consigne d'écriture 2223-18 du 31 janvier 2023 : Les Incipit d'Emma

Les Incipit d’Emma

 

Choisissez un des incipit ci-dessous pour débuter votre texte et insérez-y au moins trois des mots suivants :

irrationnel – hurluberlu – galipette – farandole – élixir – dodécasyllabe – colloque – youpi ! - torticolis – quiproquo – œuf – manifestation – jachère – lubie – illusion – fulgurance – diapason – colocataire – baratin - vampire – robot – polochon -ogre – nomade – galimatias – fourre-tout – dyslexie – baston - zoulou

***

Ce sont les lapins qui ont été étonnés !

L’année passée, le 22 mars au soir, il m’est arrivé quelque chose d’extrêmement singulier.

Enfin, me voilà rentré après deux semaines d’absence.

Jamais je ne m’habituerai au printemps.

Il était une fois un marchand de coqs qui aimait bien sa femme.

La voix féminine tombe du haut-parleur, légère et prometteuse comme un voile de mariée.

La Première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide.

Il y a bien longtemps, dans la bonne ville de S., vivaient une vieille femme nommée Hilda et son chat qu’elle appelait « le chat ».

Vos parents vous mettent au monde, c’est à dire qu’ils vous mettent dans la morale et tout le temps que vous demeurez dans ce tombeau préliminaire, vous êtes bien aimé d’eux.

Vendredi soir j’étais invité à une soirée chez un collègue de travail.

Comment où et quand tout ceci-a-t-il commencé ?

Ce qu’on appelle pessimisme n’est rien d ‘autre que l’art de vivre, l’art de goûter la saveur amère de tout ce qui est.

AEV 2223-18 consigne Incipit 

Vous pouvez également cliquer sur cette image pour voir d'autres incipit et les utiliser s'ils vous inspirent plus.

Ce jeu nous est proposé par notre amie Emma qui tient le blog http://eperluette.over-blog.com/-31 et dont le travail photographique, pictural et vidéographique est toujours admirable. Prenez le temps de le savourer ici et ici et ici.

 

14 mars 2023

Le Train / Laura

AEV 2223-23 Laura - Le Train de MagritteImmobile à jamais, ton train, à côté de tes cendres,
Trône dans le salon, en face des étagères abandonnées
Au-dessus de la cuisine qu’on m’a dit de laisser.
Les livres se serrent pour se tenir chaud car l’amour
A foutu le camp. La hotte aspirante de solitude
N’a jamais été remontée. On peut vivre sans affection
Mais pas sans savoir, savoir vivre, savoir être seule
Dans un confinement volontaire mais plus ouverte
Au monde que l’humaine condition.

24 janvier 2023

Consigne d'écriture 2223-17 du 24 janvier 2023 : Lieux aimés ou détestés

Lieux aimés ou détestés

 

Lister cinq lieux ou endroits du monde réel ou évoqués dans des fictions (cinéma, livres, BD...)

- où vous n’êtes jamais allé·e et ne désirez absolument pas aller ;

- où vous êtes déjà allé·e et où vous n’avez aucune intention de retourner ;

- où vous n’êtes jamais allé·e et où vous iriez bien volontiers.

 
Cela vous fait quinze possibilités de textes à développer ou à assembler comme bon vous semble.

AEV 2223-17 Venise

17 janvier 2023

Old tante Koba / Anne J.

Dillon 21 coloriée et réduite dans goart 1

Assise près du feu brillant
Une douce torpeur m'envahit
Mes paupières se ferment
Et je m'endors

Je ne suis plus une jeunesse, c'est sûr
Et depuis que je suis entrée par erreur
Dans ma soixante dixième année
Je pense à mon futur
Un peu mais pas trop quand même

Dans les brumes du rêve
- ou faut il dire du cauchemar ? -
Voilà qu'apparaît
La vieille tante Koba

Assise auprès de son poêle
Dans son fauteuil à bascule favori
La cafetière à portée de main
Un pied trempant dans l’eau chaude
Pour soigner son rhumatisme
Les yeux fermés de béatitude
Les bras croisés sur son corps amaigri
Les cheveux en pétard
Elle somnole et se souvient

Mais ce pyjama vert
Je le connais !
Ces bottines à lacets
Me rappellent quelque chose !
Ce grain de beauté sur le bras droit
Ces gros orteils trop longs
Mais
Ce sont les miens !
Mais ce n’est pas tante Koba
C’est moi
Moi très bientôt
Sur ce fauteuil a tète de chats
Qui est dans mon salon
Depuis qu’est partie
Tante Koba

D’ailleurs j’entends
Le grincement de la charrette de l’Ankou
Et le tintement des os
Et au moment où elle s’approche
Avec sa grande Faux
Je me réveille en sursaut
Cauchemar ou prémonition ?
Qui pourrait le dire ?

28 février 2023

Couloir magique / Dominique H.

Un couloir avec des portes ouvrant sur différents paysages

Soudain, me voici propulsée dans ce fameux couloir magique. Trop bizarre ! Ses parois sont animées de mouvements de distorsion. Elles cherchent à se rapprocher de moi. Leur matériau semble vivant. J'avance prudemment le pied droit pour essayer de toucher la plinthe. Aussitôt, le mur, très mobile, et même fluide, entoure mon extrémité et l'isole comme une île. C'est un mur à pseudopodes qui veut me phagocyter la jambe. Je la retire vivement mais, dans l'instant, le sol se gondole et mon pied gauche tombe dans un trou incandescent étonnamment glacé.

Au plafond, une pyramide de cristal filtre une lumière blanche et la décompose dans les six couleurs de son spectre. Je patauge en plein arc-en-ciel. Cette ambiance psychédélique ne diffuse aucune musique ni aucune odeur. Il fait froid et seul un sifflement lancinant évoque le bruit de la bise. Fuir !

Voici une porte blanche, immobile et fixe, anormalement normale avec une vraie poignée. Seule étrangeté, une inscription hermétique «  Mutabor » qui devrait m'inciter à réfléchir deux fois avant d'ouvrir. Mais je ne suis pas en état de réfléchir d'autant plus que j'ai lu «  Monte à bord ». ! J'entre. Un énorme tuyau m'aspire et la porte se referme derrière moi en claquant. Le paysage a changé. Maintenant c'est un couloir cylindrique rigide, sans boursouflures. Mes mains se posent sur les parois, elles sont lisses et ne se dérobent pas sous mes doigts. Le sol est une mousse verte, souple, tiède, humide, d'où monte un parfum de sous-bois. La lueur est rose comme l'aurore et au bout du tunnel, un soleil se lève. L'ambiance est douce et feutrée, le vent est tombé. Je progresse lentement sur cet épais tapis, vers la lumière. Soudain le tuyau s'arrête. Le bon sens m'est revenu et je m'arrête aussi. C'est le vide, ou plutôt le ciel ! Je me pince, je ne suis pas morte. Pour me rassurer, une mer de nuages joufflus, bien blancs, m'offrent leurs rondeurs comme pour m'inviter à sauter. Serais-je encore sous substance ? Dégrisée ou pas, je n'écoute que mon élan vital et mon besoin de douceur et je saute, dans le vide ! 

AEV 2223-21 Dominique - Oies cendrées

Miracle ! La fonction crée l'organe, c'est bien connu. Instantanément mes poils se transforment en plumes, mes bras en ailes, mes pieds se palment et je sens mes jambes se coller sous mon ventre. Mon profil prend une forme aérodynamique, mes yeux voient un bec jaune s'allonger en une spatule décorée de deux narines. Je suis devenue une oie cendrée et je vole, je vole réellement. Ma légèreté nouvelle m'enchante. Demain c'est le mois de Mars et je migre vers le Nord.

AEV 2223-21 Dominique - Etang de MordellesJe suis une oie cendrée du vingt-et-unième siècle et mon cerveau est équipé d'une puce GPS qui me renseigne en temps réel sur ma position. Ce matin je survole les étangs de la rive droite de la Vilaine, au sud de Rennes. Le temps est clair, et le paysage est magnifique vu du ciel, une mosaïque de bleus et de verts. Je ne résiste pas, je vais me poser. En plus du GPS, mon cerveau est équipé d'un pilote automatique, mes ailes savent freiner précisément et c'est en douceur que mes pieds palmés vont se poser sur un îlot de prairie verte décorée de trois pins sylvestres. Je suis sous le charme, je regarde, je respire. Voici la longue fourrure noire d'un animal qui nage à la surface de l'eau. Mon Wikipédia intégré me fait savoir que c'est une loutre. A mes pieds une primevère, plus loin une jonquille, l'air sent le printemps. Et encore un peu plus loin, se dandinant dans une apparente indifférence, un beau mâle cendré de mon espèce qui semble ne pas m'avoir encore vue. Soudain, je sens une bouffée de phéromones m'ébouriffer les plumes et diffuser leur parfum dans l'air, et voici que le beau mâle cendré me regarde. Que la vie sur terre est belle !

AEV 2223-21 Dominique - prairie puzzle

29 novembre 2022

Le Samedi ou la Surprise des Barbares. 5 / Dominique H.

Tous les samedis matin je me levais gaiement et prestement. Gaiement parce que le prétexte à la rigolade du samedi était institué officiellement dans notre famille.

C'était ce qu'on appelle un rituel et cette règle était immuable : Françoise, notre bonne, devait se rendre de bonne heure et de bonne humeur au marché en début d'après-midi. Cette habitude immuable raccourcissait la matinée de chacun de façon impérative et l’étourdi qui oubliait la consigne offrait aux autres une belle occasion de plaisanterie taquine ou de mise en boîte gentille : « Pas de grasse mat’ le samedi ! » ou « Tu as l’amnésie post-vendredi soir ? », « Ton rasoir est tombé en panne, ce matin ? », « Aurais-tu des cors aux pieds ? Tu gardes tes charentaises ! » et Françoise partait dans des fous rires sans fin et parfois même se précipitait au petit coin pour une impériosité.

Evidemment ma petite sœur se précipitait pour dire à ma grand-mère : « Je crois que cette fois Françoise a fait pipi dans sa culotte ! ». Par la fenêtre ouverte le soleil encore au Sud-Est éclairait le « Déjeuner sur l'herbe » de Manet dont les personnages semblaient s'amuser encore plus qu'à leur habitude.

Édouard_Manet_-_Le_Déjeuner_sur_l'herbe

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