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L'Atelier d'écriture de Villejean
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18 janvier 2022

Amour impossible / Maïck conteuse

Il était une Dame Tartine, dans un beau palais de beurre frais.

Aux marches du palais, y avait une tant belle fille.

Anachronique, le saltimbanque attendait là. « Salut, salut, voici l’amour qui vient à toi ».

Pourtant c’était encore un petit sapin, qui vivait dans la forêt, entouré de grands arbres qui, sans arrêt, se moquaient et le trouvaient bien laid.

Mais lui, le ballon voyageur, volait tout doucement comme un oiseau poussé par le vent.

Il se mourait d’amour : « Vois, ma douce, tout au fond de moi, ce brasier qui ne s’éteint pas. Que vive la flamme pour de nouveau prendre feu et brûler jusqu’au bout !».

210721 285 073

Pourtant le crépuscule était grandiose ! Peut-être un jour, voudra-t-elle avec lui retrouver les paradis perdus ?

Colchiques dans les prés fleurissaient, c’était la fin de l’été.

Les sanglots longs de l’automne, berçaient son cœur d’une langueur monotone.

Et lui le petit cheval, dans le mauvais temps, qu’il avait donc du courage !

Il voyait là-bas, les neiges du Kilimandjaro : elles lui feraient un blanc manteau où il pourrait dormir.

Mais elle, elle l’attendrait à la porte du garage…

Avec la complicité, dans le désordre de : Guy Béart, Etienne Daho, Paul Fort, Christophe, Anne Sylvestre, Paul Verlaine, Pascal Danel, Charles Trénet, Francine Cokenpot, 2 chansons enfantines et une chanson traditionnelle. (A vous de les reconnaître !)

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11 janvier 2022

Mon ami Pierrot / La Licorne

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 Dans la nuit qui dure 

Pierrot est en pleurs

De tristes figures 

Encagent son bonheur

 

 La Lune insolente

Interpelle Mercure

Et lui dit "Invente

Un autre futur"

Quand l'Ogre du monde
 
Dévore tes jours
 
Quand sa faim immonde
 
Entre dans ta cour
 
Quand il t'emprisonne
 
Et qu'il te fait peur
Quand il t'empoisonne
 
De fausses frayeurs
 
 
Garde la lumière
Du fond de ton coeur
Sors de ta tanière
 
Brise les chaînes d'erreurs

 
Ôte tous les masques 
 
Qu'on te fait porter
Rejette les frasques
 
Des autorités

 
Si tu te réveilles

De tes protections

Tu verras le soleil

Et son affliction

 
Tu verras l'univers
Et son si bel ordre
 
Qui se moque des experts
 
Et de leurs contre-ordres

Tu verras la beauté
De ce qui t'entoure
 
Et toute la vanité
Des pauvres discours

 
 
 Observe les ficelles
 
Du pouvoir  déchu
 
Leur morte chandelle
 
Et  leurs coups tordus
Et puis mets les voiles
Et quitte le show
 
Retrouve les étoiles
Mon ami Pierrot
 Au clair de la terre
Accueille le temps
 
De la nouvelle ère
 
Qui déjà t'attend
18 janvier 2022

L'Évasion / Marie-Thé

Contrarié par une rupture inattendue,
fâché, abattu,
il remplit un sac,
jette toutes les lettres dans le brasier,
claque la porte,
selle son cheval
et s’en va.

Il devient un voyageur nomade,
sans soucis, sans attaches.
C’est la fin de l’été ;
Le soir, au crépuscule,
fatigué, éreinté
près de sa tente, il fume sa pipe.

A cette heure tardive,
les oiseaux cessent de chanter,
la nature embaume des senteurs de fleurs et de terre humide.
On distingue quelques colchiques dans le pré ;
il ressent un bien-être, un sentiment de liberté.

2122-16 marie-Thé - Colchiques

Il a voyagé de ferme en ferme,
travaillé la terre,
participé à des spectacles de saltimbanques
et maintenant l’automne arrive ;
bientôt le froid, la neige.

Que faire de cette liberté ?
Ses pensées s’envolent vers sa vie passée.
Nostalgie, mal du pays ?
Sa maison n’a rien d’un palais.
Celle qu’il appelait autrefois sa dame aux camélias
avait planté, semé, recouvert le jardin
de fleurs de toutes sortes.

Oublier les orages, revenir, pardonner.
Un matin d’automne,
il a détaché son cheval d’un sapin,
puis, joyeux, il a repris la route de son logis.

14 décembre 2021

Consigne d'écriture 2122-13 du 14-décembre 2021 : Petit éloge des vacances

Petit éloge des vacances

 

2122-13 Consigne - Petit éloge des vacances

C'est le titre d'un court recueil de nouvelles sur le thème des vacances. Il est dû à la plume de Frédéric Martinez.

L'animateur à relevé le titre, la première phrase et la dernière phrase de neuf d'entre elles.

A vous de jouer avec ces éléments.

Facultatif : vous pouvez (ré)utiliser les illustrations de la consigne précédente "Scrabble à Cléder" si elles vous inspirent. 

 

Titre

Première phrase

Dernière phrase

Passantes

— Où partez-vous ?

Rien ne sert de partir quand on ne sait plus voir.

Nostalgie du mardi soir

La jeune femme qui marche dans la rue Saint-Martin avec les gestes encore gauches de l’adolescence possède de grands yeux naïfs, prompts à s’émerveiller.

La parenthèse heureuse s’ouvrait dans la voiture où m’attendait mon grand-père et tandis que défilaient derrière les vitres de la Simca les immeubles et les maisons de la banlieue sud, je m’apprêtais à boire jusqu’à la dernière goutte ce concentré de vacances.

Une évasion

Une évasion désigne une fuite hors d’un endroit déterminé, le fait de s’échapper d’une prison pour un détenu.

C’est plus facile que ce qu’il pensait ; le voici déjà entre ciel et terre.

Sous les arbres

Aussi loin que je me souvienne, il y a le ciel et les tilleuls.

 

Quand tombait la première, lente, silencieuse, c’était pourtant comme une déflagration et je savais, le cœur serré, que les vacances filaient vers leur fin, que nous avions commencé de descendre la pente douce de l’été.

L’été sur toutes les lèvres

 

Je continue ma promenade dans Paris que les grandes vacances n’ont pas encore changé en ville fantôme.

Il faut fuir, s’arracher à la ville, à la torpeur moite qui s’y installe ; mais aucun train, aucun avion ne mène au pays que je voudrais rejoindre…

Vacances antiques

Tandis que Lola achevait son Coca, j’ai pu reprendre des forces.

Trouville, c’est parfait ; ça va me rafraîchir.

Sous la pluie

Ils me plaisent bien, ces deux-là ; je leur adresse mes vœux muets de bonheur tandis qu’ils tournent dans la rue Dupuis, pressent le pas sous l’averse qui éclate.

Un couple y échange des baisers clandestins ; je me demande si Pierre et Manon iront sur leur île grecque, y vivront un jour d’amour et d’eau fraîche.

La folle journée de Mme de B***

 

La marquise de B*** a trente ans, le teint frais, le nez court, les yeux noirs ; elle préfère l’été à l’automne et les remords aux regrets.

 

La voilà, mon île grecque !

D’amour et d’eau fraîche

La fatigue commence à alourdir mes pas.

— Où partez-vous ?

11 janvier 2022

Directions / Anne J.


 5_Im5

Qu'est-ce que tu veux faire, quand tu seras grand ?

En voilà une question, quand on a 17 ans, un diplôme en poche et juste quelques désirs ou intuitions et que ce que pensent tes parents pour toi, c'est sûrement le meilleur !
Mais est-ce vraiment ton choix ?

 

3_Im5

Et me voilà partie dans de longues études, guidée par une lumière vacillante et fragile qui éclaire à peine le chemin et laisse des ombres inquiétantes sur les murs et des illusions pleins la tête.

On ne marche pas vraiment dans la nuit mais l'espace est restreint et personne ne sait si la lueur mène quelque part.
Dans cette confortable prison, y a-t-il une porte de sortie ?
Rêver ?
Ou se prendre pour une fée, vêtue d'un manteau à étoiles bleues, qui, de sa baguette magique, peut changer le monde ?
A moins que ma mission dans ce monde qui n'est pas du cinéma soit d'être l'allumeur de réverbères ?

 

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Et si je me cachais sous une forêt de parapluie ?

Pour ne pas être mouillée, est-ce une bonne idée ?
Mais vivre là dessous n'est-ce pas se condamner à ne jamais voir le soleil,
Celui qui brûle certes
Mais aussi réchauffe et fait tout resplendir ?
Choisir le risque du plein jour
Ou rester à grelotter sous le parapluie ? 

1_Im03_Im1Aurais-je dû comme la plupart de mes amis
Choisir de partager ma cage ?

Délaissant les mirages
Comme le chat de l'image
En avançant en âge
Je deviens sage :
Je pars à l'aventure,
Je voyage léger
En faisant des bulles de savon.

«Je cherche fortune
tout au long du chat noir
et au clair de la lune
à Montmartre, le soir».

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11 janvier 2022

Pour ne pas perdre le Nord (1) / Laura

1_Im1

Pour ne pas perdre le Nord, je monte… mes quatre collines.

Il y a celle de chez moi - Saint Etienne, ma ville d’adoption en compte sept, comme Rome - que je descends allégrement le matin vers la gare.

Je préfère la remonter en bus le soir mais je la grimpe souvent à pied après le marché (donc chargée), le cinéma etc., lorsqu’il n’y pas de bus (après 19h30 et le dimanche) ou que l’attente excède le temps de la grimpette.

Des personnes qui font attention à moi m’ont dit, alors qu’elles l’ont montée en voiture, que ça montait bien, que ça faisait une trotte jusqu’aux commerces.

Le mercredi, je descends ma colline pour la piscine mais la pente, après deux kilomètres dans l’eau, est raide (plus que celle des autres jours), encore plus après la nage. Ensuite, il faut monter les deux étages.

Il y a la colline de mon premier travail, les lundis et vendredis, en collège et lycée général, à dix minutes en train de chez moi. En sortant de la gare, je monte jusqu’à mon établissement puis je prends l’ascenseur (ouf !) pour mon CDI au premier.

Pour accéder à mon deuxième établissement, j’ai deux collines : celle du lycée professionnel lui-même et celle de la gare que je monte le soir. C’est le seul CDI en sous-sol que j’ai connu donc il y a des marches pour en sortir puis pour aller en salle des professeurs.

http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2008/09/19/j-ai-deux-amours.html

Le midi, je sors prendre l’air car ma discopathie sévère réclame du mouvement et le soir je fais des courses ou vais en bibliothèque. Je marche chaque jour entre 4,5 et 7 kilomètres en moyenne.

1_Im3Pour ne pas perdre le Nord alors que j’ai mal, plus ou moins intensément, du matin au soir (et inversement, je nage (cf. ci-dessus) et je fais de la gym entre vingt minutes pour le cardio et une demi-heure pour les abdos, la muscu, le vélo, etc.) je danse car mon arthrose réclame du mouvement.

Pour ne pas perdre le Nord alors que la douleur m’empêche de dormir et que la fatigue rend moins supportables les douleurs, j’écris. Depuis quinze ans, des pages de douleur physique qui font mal à l’âme s’envolent vers ceux qui ne comprennent pas.


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Pour ne pas perdre le Nord, je lis la presse pour comprendre, de l’art (revues, essais et catalogues) pour contempler et des polars pour comprendre aussi par la psychologie des personnages.

 

11 janvier 2022

Pour ne pas perdre le Nord (2) / Laura

 Moi je t'offrirai la Belgique, ce plat pays, frontalier du mien, où je faisais encore du vélo dehors, - j’ai maintenant un pédalier d’intérieur -, où les mémés (celles de Toulouse et de Nougaro aiment la castagne) boivent de la bière.

2122-15 Laura -Toulouse-photo-31

Pour ne pas perdre le Nord je bois de ma Champagne natale des bulles non champenoises. Peu importe la provenance, pourvu qu’on ait les bulles.

Source des illustrations : 

http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2017/09/03/ne-me-quitte-pas-5976456.html

http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2006/08/31/pont-neuf.html

19 octobre 2021

Le Pays des matins qui se lèvent à l'envers / Jean-Paul

Au pays des matins qui se lèvent à l’envers
Monsieur de Monquartier fait émerger un œil
Du pantalon de pyjama dont il est coiffé

Le soleil illumine
Du plus haut point du ciel
Le moulin de Madame.

Celle-ci, au miroir,
Défait la farderie
Dont elle s’était parée pour égayer la nuit.

Au pays des matins qui se lèvent à l’envers
Monsieur de Monquartier va vider bistouquette
Au Ruisson bernigouet.

L’écluse de Monportail
S’ouvre et laisse passer
Les sables de plaisance.

2122-07 Jean-Paul 1 France_-_17_-_Saint-Froult_-_Écluse_de_Monportail_et_claires_ostréicoles

Le peu des jours s’en vient :
Il faudra aujourd’hui s’en aller chercher l’eau
A la Croix des galets,

Mener les grenouillères
A la Caillèterie
Et tirer la traînasse avant qu’il soit midi
Et le soleil couché.

Au pays des matins qui se lèvent à l’envers
Quand tombent les pénardes, sur le coup de vingt heures,
Tout le monde se fait beau pour danser parpagnole…
Et s’écroule dans son lit dès les grandes Versennes !

2122-07 Jean-Paul 1 sortie_pointe_de_parpagnole

La rouillasse des jours,
La mornètrie du temps…
Jamais rien n’importune les Matinlenversois.

2122-07 Jean-Paul 1 versennes

11 janvier 2022

Quatre poèmes d'après Dixit / Jean-Paul

LE CHAT NOIR 

 Il y a grand monde au cabaret
Pour présenter ses meilleurs vœux
Aux jeunes mariés très heureux.

C’est ici qu’on cherche fortune
Lorsque la lune est plus sereine ;
Aristide a trouvé la sienne !

Elle est jolie, s’appelle Blanche
Et la semaine et le dimanche
Elle rend la vie plus amène.

De ce bouge un peu dégueulasse3_Im1
La gamine a fait un palace
Et l’enrichit de ses chansons.

On n’reconnaît plus l’Aristide :
Le Bruant devenu timide
Est tout aux soins de sa poupée.

Elle a fleuri d’amour en cage
«Le Chat noir» et tous ses parages :
Les fleurs embaument le quartier.

Le chat, sur l’enseigne, est inquiet :
Voilà le petit canari
Qui parle de quitter Paris !

Se pourrait-il que d’aventure
On transborde en sous-préfecture
Son populaire paradis ?

Il sait qu’il y mourrait d’ennui
Alors, patiemment, il attend
Que dans la nuit noire monte un chant

Du genre, forcément alléchant
Pour son museau, :
« Ouvrez ouvrez la cage aux oiseaux... ».

 

LA PRINCESSE JAUNE

3_Im2- Il me vient une idée »
A dit la princesse jaune.

« Mon tout petit pays
Entouré de royaumes ennemis

Peut faire à tout moment
L’objet d’une invasion.

Réunissons les rois,
Carreau, Coeur, Pique et Trèfle.

Enseignons-leur le goût
De lutter pour des nèfles.

Promettons-leur
Que je serai le prix
Que je serai la proie
De choix
Du vainqueur
D’un tournoi. »

Ils sont venus, ils sont tous là.
Elle leur a expliqué toutes les règles.
Elle a donné toutes les cartes
Elle a servi le vin de Sarthe
Et depuis, jour et nuit, ils jouent à la belote
En descendant Jasnières et Coteau-du-Layon.

Elle vient le matin
Dans la chambre de chacun
Voir si dans leur culotte
Traîne encore un dragon,
Histoire de redonner
A ce carré de rois
La force de rêver,
En clamant « Dix de der !»,
Qu’ils l’auront à jamais
Pour soi seul.

Elle se fend la gueule :
Pendant ce temps qu’ils jouent
Et descendent des verres,
Ils ne font pas la guerre !

 

ZODIAQUE7_Im1

- On a coupé la montre en douze
quartiers égaux.

- Si t’as cinq minutes je t’explique !

On a coupé le ciel en douze
signes zodiacaux.

- Si t’as cinq minutes je t’explique !

On se souvient d’Hercule
Et de ses douze travaux.

- Si t’as cinq minutes je t’explique !

- On a mis douze mois dans l’année
ça vaut ce que ça vaut.

- Si t’as cinq minutes je t’explique !
Mais si tu fais tourner à rebrousse-temps la montre
On arrivera au temps de notre non-rencontre
Et tout repartira dans le même non-sens
Alors, sois gentille :
Rends-moi les aiguilles,
Retourne le cadran,
Allons de l’avant !

 

 

5_Im1

 

UN SOIR UN TRAIN

Moi je t’offrirai la Belgique,
Une île de fantaisie
Dans une pluie de perles !

Des gens qui restent-là
Quand passent les Teutons !

Des sages qui font tout
Pour ne pas perdre le Nord !

Des Flamandes qui dansent
En silence !

Même quand le train a déraillé
Et que la musique s’est arrêtée !

 

 



7 décembre 2021

Le Désert / Laura

210722 Nikon 045 recadrée

Quand je lis ce qui se passe entre le Maroc et l'Algérie ces derniers temps [1] au Sahara, je suis finalement contente que nous soyons allés voir ce désert tout au sud au Maroc du côté Atlantique et Mauritanien [2] même si ce fut le dernier voyage de mon mari.

Si le climat est clément (autour de 20 voire 25° en plein soleil) par là, fin octobre, ce n'était pas la pleine saison et il n'a pas été facile de trouver quelqu'un pour nous y emmener. L'un des hommes portait la tenue du vieillard mais était bien plus jeune(tableau 1) et moins foncé de peau.

Dans la ville entre océan et désert, cette carnation de peau se rencontrait. Le paysage océanique nous était familier depuis nos trois ans à Casablanca. Nous avions fait par là un tour en bateau.

 210722 Nikon 063 recadrée

210722 Nikon 061 recadrée 

210722 Nikon 081 recadrée210722 Nikon 081 recadréePas besoin de dateur pour me souvenir de ce périple une semaine avant sa mort ni pour me souvenir des personnes, imbues de beauté, qui t'ont dédaigné. Peu t'importait qu'ils te jettent aux orties. Ton verbe, tes gestes et tes actions visaient à me donner l'amour qui me manquait. J'aime revoir ton minois devant des huîtres sur fond d'Atlantique ou de désert entre deux piles de livres

 

 

[1] https://theconversation.com/algerie-maroc-la-rupture-est-consommee-172430

[2] http://www.lauravanel-coytte.com/dakhla-maroc/

4 janvier 2022

Sécheresse / Eliane

2122-14 Eliane - Peut-être 02

En ce siècle dit des Lumières, Clémence étouffait dans la diligence qui la ramenait vers la ferme de ses parents. Elle pestait, la clim était une nouvelle fois en panne.

Le soleil tapait dur en cette fin d'après midi. La météo n'avait pourtant pas prévu cette vague de chaleur qui asséchait tout.

C'était d'ailleurs cette cata qui ramenait Clémence vers le lieu qui avait bercé son enfance. Les récoltes avaient brûlé, il allait falloir trouver une solution pour ne pas mourir de faim.

Elle avait donc quitté la riche Maison dans laquelle dans laquelle elle était servante depuis quelques années. Dans cette Maison les domestiques étaient logés dans un appart à part. Loin des pièces de vie des maître et loin des pièces de réception. Dans cet appart Clémence avait pour colocs l'autre servante Mado avec qui elle s'entendait bien et la vieille cuisinière qui prétendait tout régenter. Elle ne lui ferait certainement pas de pub à cette vieille chipie.

Elle n'était pas non plus fan des patrons. L'épouse un peu folklo qui ne s'habillait qu'en fluo et le maître féru d'haltéro pour la pratique duquel il avait fait aménager une salle spéciale. Il avait aussi fréquemment des hallu qui le faisaient errer l'air hagard le long des couloirs. Le fils aîné qui recherchait la mâle compagnie et qui pourtant lui faisait la cour. Homo ou bi ? Clémence n'avait pas encore tranché. Le fils cadet, anar, rêvait de renverser la royauté, sans bien réaliser que pour lui et sa famille cela signifierait la ruine. Mais catho comme le reste de ce petit monde.

Arrivée à destination, Clémence se rendit avec ses parents dans la salle paroissiale où le bourgmestre avait branché l'ampli et les micros pour que chacun puisse entendre sans peine la conf sur la façon de gérer la crise au mieux. Le bourgmestre savait compter sur les écolos pour animer les débats.

Clémence avec son sens pratique avait déjà sa petite idée sur la marche à suivre : puisque tout était sec il était judicieux de ramasser assez de fourrage pour nourrir le bétail. On pouvait en ramasser des kilos et des kilos. Il faudrait aussi se procurer de l'eau. En étudiant les maths on apprenait qu'il suffisait de creuser des puits, il y avait de l'eau en profondeur. Bon, mais où creuser ? Certains intellos prétendaient savoir. A défaut d'autre chose on allait se fier à eux.

Les jeunes gens et les ados furent réquisitionnés pour manier la pelle et la pioche. On instaura un roulement hebdo.

Tout cela c'était bien beau et si cela permettrait peut-être de ne pas mourir de soif, cela n'allait pas arroser les champs. On n'avait pas de solution. On ne voyait que la prière. Une redif de la conférence fut programmée, à la suite de laquelle un gigantesque apéro fut servi. Il fallait remonter le moral des troupes, profiter des bonnes choses tant qu'on en avait. Tout le monde riait et chantait. Une vraie récré !

Clémence rentra à la ferme sous une chaleur que le soir n'avait pas dissipée. Elle rêvait d'enfiler un imper sous une pluie battante. Mais ce n'était qu'un rêve.

Il arrive que les rêves se réalisent. Le lendemain ce fut une sorte de miracle. Des hélicos traversèrent le ciel, déversant sur les champs des litres d'eau puisés dans le grand étang à quelques dizaines de kms.

Et, contre toute attente, quelques semaines plus tard on vit apparaître les premières pousses d'une future récolte. Clémence s'empara de son appareil pour quelques photos souvenir.

On remercia dans une même ferveur le ciel et les mécanos des hélicos. On fit une grande fête retransmise à la télé en mondiovision.

2122-14 Eliane - Peut-être 01

Images empruntées au film "Peut-être" de Cedric Klapisch (1999).

4 janvier 2022

Orientation. 2 / Maryvonne

C'était le jour où j'ai vu mon mari pour la première fois.

Comme je viens de vous le dire je ne suis pas allée à la fac pour y faire des études mais j'étais fan de l'ambiance.

2122-14 Maryvonne - La Chope

Toutes mes copines y étaient en maths, en géo et en italien. Je n'avais pas d'appart mais une petite piaule rue de La Chalotais au dessus du restau « La Chope ».

Après huit ans d'internat toute la bande avait besoin de se libérer. Nos soirées étaient plutôt folklos. Outre les bars Rennais où, quand nous avions l'oseille, nous pouvions boire l'apéro, nous fréquentions le club de Géo de la fac où la bière coulait à flot.

Certains matins c'était la cata pour se lever à l'heure. Heureusement mes petits élèves de 5 ans ne remarquaient pas ma tronche de cake et à cette époque les darons ne rentraient pas dans les écoles. A la sortie nous appelions les enfants au micro pour les rendre à qui de droit. J'avais réussi à trafiquer une carte d'étudiante pour manger au restau U avec mes potes. On n'y parlait pas encore de menu bio mais c'était surtout bon marché.

2122-14 Maryvonne - Veste pied de pouleDe temps en temps il y avait aussi ciné dans un amphi et c'est là, en papotant avec mes copines et en me tournant vers l'entrée que je l'ai vu arriver avec sa veste pied de poule, un peu « english », les mains dans les poches, placide et l’œil aux aguets.

Nous nous sommes revus au club de géo et le reste ne vous regarde pas. Il y a maintenant plus de 50 ans et nos potes sont toujours les mêmes.

23 novembre 2021

Capitale / Laura

Certains la disent capitale de l’esbroufe immobilière. D’autres parlent de l’escalade de l’anti-voiture. Moi, quand j’ai pris, en octobre, l’escalator du Forum des Halles pour remonter à la surface, l’escadrille des bâtiments haussmanniens m’a sauté au visage. L’escalier de la Bourse du commerce m’a permis d’escamoter un moment mon chagrin en m’offrant une escapade dans l’art. Celui-ci nous permet de prendre la poudre d’escampette pour l’idéal et de mettre dans notre escarcelle des moments de grâce. L’escarmouche oppose l’intelligence à la bêtise. 

2122-10 Laura - place-contrescarpe-home

Place de la Contr’escarpe, j’ai pleuré avant de prendre un chemin escarpé vers l’architecture et la beauté. Alors je me suis esclaffée : un escogriffe faisait un esclandre sans escompter l’intelligence des parisiens qui firent une escorte d’indifférence à cet escroc dont les propos haineux étaient tombés dans l’esgourde des sourds, préférant leur musique et l’espace de leurs livres en espagnol écrits par une espèce d’estudiantin attardé.

Le nombre de livres dans le métro parisien laisse espérer que l’esprit français n’est pas mort.

Espiègle espion , qui entre en ces lieux, n’abandonne pas tout espoir [1] !

Sur l’esplanade du Trocadéro, je me suis esquinté les yeux pour voir l’essentiel alors que mon estomac criait famine ! Essoufflé, mon esprit demandait une escalope dans un estaminet pour remplacer un moment l’esthétique par un estimable soufflé d’esturgeon à l’estragon en entrée, bienvenu hors du temps estival.

[1] https://www.poetica.fr/poeme-1448/charles-baudelaire-chacun-sa-chimere/

***

Version avec le mot caché dévoilé

2122-10 Laura - bourse_de_commerceCertains la disent capitale de la Lutècebroufe immobilière. D’autres parlent de la Lutècecalade de l’anti-voiture. Moi, quand j’ai pris, en octobre, le Lutècecalator du Forum des Halles pour remonter à la surface, la Lutècecadrille des bâtiments haussmanniens m’a sauté au visage. Le Lutècecalier de la Bourse du commerce m’a permis de Lutècecamoter un moment mon chagrin en m’offrant une Lutècecapade dans l’art. Celui-ci nous permet de prendre la poudre de Lutècecampette pour l’idéal et de mettre dans notre Lutècecarcelle des moments de grâce. La Lutècecarmouche oppose l’intelligence à la bêtise.

Place de la Contr’Lutècecarpe, j’ai pleuré avant de prendre un chemin Lutècecarpé vers l’architecture et la beauté. Alors je me suis Lutèceclaffée : un Lutècecogriffe faisait un Lutèceclandre sans Lutècecompter l’intelligence des parisiens qui firent une Lutècecorte dindifférence à ce Lutècecroc dont les propos haineux étaient tombés dans la Lutècegourde des sourds préférant leur musique et le Lutècepace de leurs livres en Lutècepagnolécrits par une Lutècepèce de Lutècetudiantin attardé.

Le nombre de livres dans le métro parisien laisse Lutècepérer que l’Lutèceprit français n’est pas mort. 

Lutècepiègle Lutècepion qui entre en ces lieux, n’abandonne pas tout Lutècepoir[1] ! 

Sur la Lutèceplanade du Trocadéro, je me suis Lutècequinté les yeux pour voir l’Lutècentiel alors que mon Lutècetomac criait famine. 

Lutèc’soufflé, mon Lutèceprit demandait une Lutècecalope dans un Lutècetaminet pour remplacer un moment la Lutècethétique par un Lutècetimable soufflé de Lutèceturgeon à Lutècetragon en entrée, bienvenue hors du temps Lutècetival.

 

 

16 novembre 2021

Regrets / Anne J.

2122-09 Anne J

J'aimerais encore
me réveiller après une longue nuit dans un chalet isolé
écouter de mon lit la neige qui fond du toit et s'égoutte
me lever en frissonnant dans la maison silencieuse
pour allumer le poêle à bois déjà froid
et me recoucher en attendant le soleil

plonger des grandes tartines de pain au miel dans un thé brûlant
avant de sprinter vers la douche dans le couloir gelé
enfiler collant, vieux jogging et pantalon de K-Way
et ouvrir la porte sur un champ de neige immaculée

chausser mes skis de fond avec des amis
pester contre les paquets de neige collante qui s'entassent dessous
glisser laborieusement jusqu'aux traces de la veille
et tituber sur la piste en évitant les bosses
essayer le pas de patineur
et m'éparpiller dans la neige, skis emmêles, sans craindre la fracture

2122-09 Anne J

admirer la neige sur les sapins
m’émerveiller des rayons de soleil
secouer les moufles pleines de neige
pour faire une photo avec un vrai appareil photo
mordre dans un sandwich au saucisson et un morceau de pain d'épices
sans déchausser les skis

rentrer éreintée les joues brûlantes et les fesses trempées
pour boire une Ricoré au lait avec des morceaux de brioche
dormir avant le repas du soir
et la partie de tarot
et m'endormir sur « Libé » ou « le Canard » de mercredi dernier
lire jusqu'au milieu de la nuit un roman policier
et attendre la semaine prochaine pour retourner dans le monde
rien n'est urgent, tout est parenthèse

C'était au siècle dernier
nous mangions du saucisson
nous n'avions pas peur de tomber
d'avoir froid et de nous perdre
de nous lever pleins de courbatures
c'était avant le portable et l’Internet
au temps des dinosaures
quand nous étions jeunes encore...

2122-09 Anne J

16 novembre 2021

Venue d’ailleurs / Josiane

A la sortie de Sainte-Anne, un tournant, puis une route étroite bordée d’arbres. Chaque matin Morisot l’empruntait pour une promenade de santé, accompagné de son fidèle compagnon, un boxer nonchalant qui n’aurait pas fait de mal à une mouche.

Morisot ne sortait qu’en costume, un canotier vissé sur la tête, sa barbe rousse bien taillée et le pli du pantalon soigneusement marqué comme pour se rendre à une cérémonie.

Après sa promenade il s’installait à la terrasse du Vert-Coeur d’où il regardait la mer toujours changeante en sirotant à la paille un sirop d’orgeat bien frais. De là, il regardait passer les chalands qui rentraient du marché chargés de lourds paniers dans lesquels se mêlaient aux fruits et légumes de saison les poissons brillants pêchés la nuit même.

Il aimait cette heure du jour où il apprivoisait sa solitude en rêvant d’une hypothétique rencontre. A quarante ans passés il était toujours célibataire, ce qui ne manquait guère d’alimenter les conversations dans cette bourgade bien pensante.

Ce jour-là Morisot s’installa comme à l’accoutumée devant son sirop d’orgeat, humant l’air iodé venu de la mer. Il sortit de sa poche un petit carnet noir qui ne le quittait jamais et dans lequel il griffonnait les notes qui lui serviraient à construire le roman auquel il travaillait.

Dans ce carnet il lui arrivait aussi parfois d’esquisser des croquis révélant ainsi une autre facette de son talent. Ce petit carnet était une pépite car Morisot savait manier les mots comme personne. Des phrases courtes, incisives, un beau travail d’orfèvre de la littérature.

Ce jour là, donc, avait commencé comme tant d’autres et Morisot croquait l’immense étendue vert émeraude qui s’offrait à ses yeux, n’oubliant aucun détail : bateaux, pêcheurs, passants, quand il resta interloqué.

Il la vit arriver près de la jetée, tenant par la main une fillette aux cheveux roux, belle comme une journée d’automne sous les assauts du soleil. Elle que l’on disait morte et qui déambulait de cette démarche fière qui l’avait toujours bouleversé. Dix ans déjà que son aimée avait disparu, emportant avec elle tous ses espoirs de jeune homme amoureux. Et voila qu’elle réapparaissait et que son coeur se remettait à vibrer.

Berthe Morisot - Intérieur à l'île de Wight

Il restait là, tétanisé, la main suspendue au dessus du carnet noir. Elle passa devant lui, il en eut le souffle coupé, n’osa aucun geste, il était comme pétrifié. Quelques secondes d’un bonheur infini, d’un espoir fou et déjà elle s’éloignait, la fillette trottinant à ses côtés.

A cet instant il leva les yeux, un avion glissait en silence dans le bleu du ciel et laissait derrière lui une traînée blanche, mais on ne savait pas s’il était perdu, s’il venait du passé ou bien s’il y retournait.

7 décembre 2021

Quelques échappées / Eliane

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Hiver

Il était le chauffeur de ce 4/4 qui nous conduisait sur les pistes caillouteuses et poussiéreuses du désert tunisien entre Djerba et Tataouine.

Beau visage ambré sous le turban blanc, la barbe abondante couleur de neige. Grave, sérieux, fier sans être imbu, le verbe rare.

Il ne partagea pas avec nous ce repas maghrébin pris dans l'une des maisons troglodytes qui composent cette petite ville aux confins de nulle-part.

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Eté

Avec des amis je passais quelques jours en Bretagne.

Nous parcourions dans l'air vif et iodé le chemin de douaniers qui nous emmenait jusqu'au phare en prenant soin de ne pas frotter nos chevilles aux orties.

A la nuit tombée nous allions déguster quelques crêpes en ville. Les restaurants et cafés avaient sorti des tables sur les pavés devant leurs devantures.

Il valait mieux prévoir un gilet, les soirées sont fraîches en Bretagne.

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Eté (suite)

Cette année là une nouvelle venue avait grossi nos rangs.

Un joli minois typé asiatique qu'elle se plaisait à accentuer avec son maquillage et ses tenues.

Elle n'avait pas tardé à faire fondre un cœur.

Plus tard ce nouveau couple nous avait envoyé une photo les représentant enlacés sous un parapluie dans une rue de Tokyo.

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14 décembre 2021

O comme odeur / Adrienne

2122-13 Adrienne - Grèce pexels-photo-3264723

Photo de Alex Azabache sur Pexels.com


– Eh bien? Qu’est-ce que vous faites? lance Cindy, tout étonnée de voir Mme de B*** assise à table en train de griffonner, au lieu de l’attendre dans son fauteuil comme d’habitude.

– Vous le voyez bien, ma petite Cindy : j’écris!

– C’est vos cartes de vœux, peut-être? Moi y a longtemps que j’en écris plus!

Cindy jette ses affaires au portemanteau et booiinng le casque de moto sur le petit meuble de l’entrée.

Inutile de s’énerver, pense Mme de B***, elle ne changera jamais.

Elle en est encore à se demander si elle va lui répondre qu’elle écrit une nouvelle pour un concours organisé par son magazine quand elle se rend compte que Cindy ne l’écoute déjà plus.

– Faudra que je retourne chez le docteur. Pour mon poignet. Je vais lui dire de me mettre en congé. Comme ça je serai à la maison pour Matteo. Rapport à ses examens de décembre…

– Ah oui, je vois.

– Bon, je vous laisse à vos écritures, je me mets au travail, plus vite ce sera fait, plus vite je peux rentrer !

« La marquise de B*** a trente ans, le teint frais, le nez court, les yeux noirs ; elle préfère l’été à l’automne et les remords aux regrets » relit-elle, dans le but de reprendre le fil de son écriture. Mais c’est compter sans l’ouragan qui sévit dans sa cuisine.

Pauvre Matteo, se dit Mme de B***, il serait bien plus tranquille pour préparer ses examens si sa mère allait au travail…

Son but est d’écrire une sorte de "folle journée de Mme de B***" , avec des quiproquos amoureux, des portes qui claquent, une petite touche de Mozart et de Beaumarchais, mais transposé sur une île grecque.

Oui, pourquoi une île grecque ? La voilà qui hésite.

Elle n’a jamais mis les pieds en Grèce.

Peut-on parler d’un pays dont on ne connaît même pas l’odeur ? Est-ce que la plage y sent plutôt la mer ou les pins ? Ou l’huile à bronzer ?

– Ben quoi, vous êtes où, là ? fait Cindy, campée devant elle, les poings sur les hanches. Ça fait bien trois fois que je vous parle et que vous répondez même pas !

– Oh ! pardon, ma petite Cindy. Je crois que j’étais en Grèce, sourit Mme de B***.

– En Grèce ? Qu’est-ce qu’y mangent, là-bas ? J’ai justement pas d’inspiration pour ce soir.

– De la moussaka ? propose Mme de B***. De la feta ? Des feuilles de vigne ?

– Beurk non, je vais plutôt faire des frites, tout le monde aime ça !

La voilà, mon île grecque ! se dit Mme de B*** en refermant son cahier.

9 novembre 2021

Amnistie générale ! / Jean-Paul

2021-10-23 - Nikon 62

Longtemps nous méditâmes sur ce que pouvaient bien signifier les lettres colorées qui s’étendaient sur la façade du cinéma Manivel à Redon.

En matière de bon sens ces seize voyelles ou consonnes et cette esperluette ne faisaient que tièdement l’unanimité.

- Insinuent-elles qu’on ferait mieux de regarder « Les chiffres et les lettres » à la télé plutôt que de venir voir ici ce qui n’est peut-être qu’un navet de plus ?

- Un navet n’eût pas décroché de César, Rosalie ! fut la réponse immédiate de la dame qui m’accompagnait.

On pouvait composer « midi », « minuit », et « mâtines » mais ça clochait : rien ne sonnait, on n’entendait rien que les bruits légers des bateaux de plaisance amarrés en face de l’estaminet pour cinéphiles nourri·e·s aux éminentes critiques de « Télérama » ou du « Masque et la plume ».

Nous nous entêtâmes dans notre « Recherche du mot perdu » puis à force d’avoir été enduits d’erreur, nous conclûmes et admîmes en notre for intérieur que cela suintait fort le concept artistique.

- Fourguons leur de l’inattendu, aux Redonnais ! Avaient dû se dire les artistes-architectes plus ou moins déments. Ils sont si attachés à leurs vieilles antiennes, ils ont l’âme si sédimentée dans leurs traditions qu’un peu de surréalisme dans l’eau froide ne leur fera pas de mal !

Et puis cette année, nous nous mutinâmes :

- Je refuse d’être tétanisé par cette corporation médisante. Je décide que ces lettres sont mises là de façon immanente à la seule intention de notre amusement ! Je vais les confier à l’Atelier d’écriture. La muse de la danse des mots aura tôt fait de nous emmener, grâce au générateur d’anagrammes, vers les autres mystères qu’elle inspirera à mes coreligionnaires.

Or, l’heure étant venue de la médiumnité, je suis bien étonné pour ma part, devant cette liste de vocables que la machine émiette, d’y trouver les minutes de mai 68 ou de cette autre manifestation paysanne dont la femme de ma vie – celle qui m’appelait « Rosalie » ci-dessus – fut l’involontaire témoin à l’époque où ses parents créchaient et usinaient à Redon.

La famille habitait alors non loin d’ici, rue de l’Union, au bord du canal et les enfants devaient traverser le passage à niveau devant l’hôtel de ville pour aller à l’école de l’autre côté de la voie ferrée. Elle avait dix ans et en revenait ce soir de juin quand, avec son frère cadet, ils s’étaient retrouvés en pleine lutte intestine entre des paysans sainement remontés et des brigades anti-émeutes dont le destin consistait à « mater le mutin dès le matin». Les lacrymos pleuvaient comme des boules d’antimites. Les bras se tendaient sans aménité pour envoyer voler des poulets congelés sur les flics sans immunité qui se démenaient tant bien que mal pour ne pas y laisser des plumes. Bref ça se castagnait avec une intensité pas inusitée mais presque.

A cette époque-là, Marinette – appelons-là comme ça vu qu’elle change de prénom comme de chemise, ces temps-ci – n’était déjà pas du genre « Midineta minaudensis » (midinette qui minaude). Les demi-teintes n’étaient et ne sont toujours pas sa tasse de thé sauf lorsqu’elle fait de l’aquarelle.

La distribution d’horions ne diminuant pas, la main du petit frère fut fermement empoignée et maintenue dans la sienne ; elle s’insinua au milieu de l’échauffourée et traversa au galop le champ de bataille sur lequel les belligérants, tels des tennismen fous échangeaient en les lançant, sans craindre une quelconque tendinite, les projectiles qu’ils détenaient tout en braillant des injures sur un mode asinien.

Une qui fut bien médusée, voire néantisée, ce fut la maman des deux mômes.

- Mais il fallait attendre que ça se termine ! Vous vous rendez compte de l’immensité de votre bêtise ? Vous n’avez pas eu le sentiment que c’était dangereux d’être là au milieu de tout ça ?

2122-08 Jean-Paul - 26 juin 1967

Image empruntée ici

***

Bien sûr, un autre agencement des mots de cette liste était possible. J’aurais pu évoquer aussi par exemple ma propre vie estudiantine, les tissus d’indienne des amples jupes des filles des années qui suivirent, vous dire, grâce au mot "déniaisement", comment je fus intimement inséminé... par la poésie rimbaldienne et la musique étasunienne mais mon surmoi n’est jamais très chaud pour qu’on médiatise ne serait-ce qu'un poil de ma part intime.

Et surtout j’adore raconter la vie des autres !

7 décembre 2021

La Bibliothèque aléatoire / Maïck conteuse

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La pile trône au pied de son lit depuis des semaines et ne diminue pas. Elle s’enrichit même au fil du temps. On y trouve de tout ! Un curieux mélange de sérieux, de pas sérieux, de contes, de sciences, de polars.

Elle a lu les quatrièmes de couverture mais ne se décide pas ; pourtant il y a des choses qui paraissent alléchantes !

Le dernier arrivé ? « Les Zimbus d’eux-mêmes ». Un livre de l’excellent psychanalyste Honoré De Montcuq. Ou comment le syndrome du Zimbus semble gangrener toute la classe parisienne.

L’avant dernier ? « Comment se passer du dateur », livre de développement personnel de Félicité Sapress, pour apprendre à économiser le temps, denrée extrêmement volatile par les temps qui... courent.

« Poussez-pas mémère dans les orties » de la gériatre Philomène Basage. Comment préserver sa vieillitude dans cette société qui court après le jeunisme.

« Les casoars casqués » du politologue Alfred Castro. Le casoar est le plus dangereux des êtres vivants. Omnivore, il peut achever sa proie d’un seul coup de «vous-tu». Le problème est qu’il a de moins en moins peur de ses «con»génères.

« L’angine chinoise » du Docteur Darius Folamour, infectiologue à l’hôpital de la Pitié-Calamité. Une nouvelle forme d’angine bactérienne s’attaque aux cordes vocales. Bizarrement, elle s’attaque de préférence aux journalistes et aux hommes politiques. Les révélations époustouflantes d’une recherche scientifique hors du commun et ses conséquences sur notre avenir.

« Les sans-gilets », polar haletant dans le monde d’une nouvelle forme de pauvreté. L’inspecteur Pierre L’Abbé mène l’enquête toujours affublé de son béret et de sa cape de Zorro.

« Les pavés d’or », roman graphique qui raconte l’ascension vertigineuse d’un accro aux Champs-Elizés. Plus grande est l’ascension, plus dure sera la chute. Texte et graphisme remarquable de Mickey Pousse.

« Crolles et ses cascades » un livre de photos hallucinantes du photographe Kilian Voyeur qui traque un être mythique sur une commune de la vallée du Grésivaudan où sévit encore la petite cousine de la Bête.

« Le gentil minois de la Fé-gnasse », conte de la forêt-volution. Une fée nunuche vit au milieu de ses peluches pendant que le monde s’écroule autour d’elle. Se réveillera-t-elle avant la catastrophe ? Suspens garanti jusqu’à la dernière ligne. Un livre drôle et terrifiant d’un auteur que l’on soupçonne utiliser un pseudonyme : Merlin L’emmerdeur.

Mais comment ingurgiter tout ça ? Comment faire face à ce choix ? Pour le moins éclectique, direz-vous. Non-choix délibéré ! Elle choisit un nombre devant chaque rayon de la bibliothèque, 48 par exemple, et elle prend le 49ème. Alors évidemment, c’est parfois risqué et très souvent elle n’en lira que la quatrième de couverture mais elle a besoin de cette pile au pied de son lit… au cas où elle devrait y rester… dans son lit bien sûr. Ce n’est pas l’envie qui lui manque d’ailleurs, non, c’est plutôt le courage. Comment ingurgiter tout ça ? Les élucubrations de ses contemporains lui font parfois regretter que l’angine chinoise ne s’attaque pas aux stylos ou aux claviers d’ordinateurs !

19 octobre 2021

Château- Bonheur / Dominique H.

Château-Bonheur ou Le Voyage imaginaire de Léonie et Gaspard
dans un village normand près de Granville.

Sur une carte IGN au 1/25000ème le pays des enfants ressemble au pays des grands : la mer, les rivières et les mares sont figurées en bleu, les forêts en vert anis, les grandes routes en rouge, les routes secondaires en jaune, les chemins en noir et les maisons sont grises. Surtout sont inscrits plein de lieux-dits aux noms bizarres.

Mais les enfants ont la chance de pouvoir utiliser la carte IGN comme ça leur chante, leur GPS mental étant des plus fantaisistes. Nulle préoccupation du chemin le plus court, de la qualité du macadam, pas plus que des limitations de vitesse. C'est par magie qu'ils passent d'un lieu à l'autre.

2122-07 Dominique - chateau-bonheur-2

Gaspard et Léonie habitent depuis leur naissance dans le même village au joli nom de « Château Bonheur ». Il n'y a que dix maisons à Château-Bonheur sur la carte IGN. Bien sûr ce n'est pas la grande ville, pas de cinéma, de médiathèque ni de paradis de la consommation. Et pourtant Gaspard et Léonie ne s'y ennuient pas. Ils sont complices depuis la maternelle et rigolent bien dans le car scolaire qui les trimballe matin et soir, côte à côte ; parfois même ils se donnent discrètement la main. Ils ont eu sept ans au printemps, Léonie en avril et Gaspard en mai, et viennent de terminer leur CP. « Sept ans, l'âge de raison » ont dit les parents et les grands-parents. Alors, comme les grands, ils font des projets de vacances à deux.

Ayant envie de voir du pays, ils ont décidé de partir en randonnée à la journée, sac au dos. Pour avoir observé leurs parents, ils savent que ce genre d'expédition se prépare. Gaspard a déjà chipé la carte IGN du coin que son père semble avoir oubliée dans sa sacoche à vélo. Ils ont aussi vidé leur tirelire et mis leurs économies en commun : vingt deux euros cinquante, ils vont pouvoir aller loin. Dans leur sac à dos du pain du fromage, chacun leur gourde, un paquet de mouchoirs et chacun un pansement au cas où. C'est déjà très drôle de faire ces préparatifs en cachette des parents, leur projet étant « secret- défense » a dit Gaspard. Ils pressentent que leurs parents ne seraient pas d'accord, qu'ils diraient que c'est dangereux, qu'ils sont trop jeunes et patati et patata.

Les grands rajouteraient aussi « Vous n'êtes pas bien ici ? ». C'est vrai que dans la campagne de Château-Bonheur la vie est belle. Pour leurs anniversaires, leurs parents leur ont fait une super surprise. Laura, la maman de Léonie, championne d'escalade, a amarré solidement avec des cordes de rappel et des mousquetons une échelle de meunier au tronc du vieux chêne noueux, puis Emmanuel, le papa de Léonie, a calé et cloué une palette dans la fourche formée par les quatre grosses branches du chêne. Manon, la maman de Gaspard a posé un tapis encore joli sur ce plancher.

2122-07 Dominique - cabane

Ensuite, Léonie et Gaspard ont chiné leurs grands parents pour meubler et décorer leur cabane à leur goût : Daniel, le papy de Léonie, un as de la machine à coudre, leur a fabriqué quatre coussins, « pour le confort » a-t-il dit en les leur offrant. Christiane, la mamie de Léonie, leur a donné une cuvette qu'ils ont renversée pour en faire une table basse, deux grands verres en carton, et Isabelle, la mamie de Gaspard, une ancienne boîte à pain en guise de bibliothèque, plus une jolie boîte métallique à couvercle pour la réserve de biscuits et un parapluie au cas où. Laura, pour la sécurité, a disposé trois matelas usagés au pied du chêne, au cas où l'un deux tomberait. Gaspard a accroché avec des pinces à linge à des petites branches deux carrés de tissu africain pour faire tenture murale. Léonie, ravie, pense « Quel bonheur extraordinaire, à sept ans, d'avoir un vrai palais dans les arbres avec mon amoureux »!

Maintenant qu'ils savent lire, rien de plus facile que découvrir les noms de lieux-dits, et quel plaisir de piquer un fou rire en déchiffrant des appellations bizarres comme «  le chat troussé », « le loup pendu », ou encore «  Bidon » qui met Gaspard dans tous ses états.

- Ah ! Ce que je me bidonne » pouffe-t-il en se tapant sur le ventre.

Plus sérieusement, ce matin c'est à Léonie de fixer la destination. Pour cela, elle a mis au point tout un cérémonial: elle étale soigneusement la carte sur le tapis, elle se met un cache d'avion sur les yeux, tourne trois fois en l'air son crayon magique clignotant puis, comme un avion de guerre, le pique sur un point de la carte en faisant un bruit de moteur. Si la pointe du crayon tombe en plein champ, elle a le droit de recommencer. Le point de départ de la randonnée est toujours Château-Bonheur. Tous les moyens de transport sont permis et aujourd'hui c'est Gaspard qui organise le trajet.

Ce matin, le crayon magique a piqué au Nord, sur «  La Mare es Champs ».

- Nous devons prendre nos maillots de bain et notre serviette » dit aussitôt Léonie.

- Tu crois ? dit Gaspard, il n'y a pas de rond bleu sur la carte à cet endroit, et ça va alourdir notre sac à dos.

- Tu fais comme tu veux, Gaspard, je ne veux pas te commander, mais moi je les prends, ce n'est pas si lourd ! Ceci dit, que proposes-tu comme stratégie, Gaspard ? C'est un peu loin et tu sais que si nous ne sommes pas rentrés pour le dîner, nos parents seront inquiets et appelleront la police ? 

- C'est très simple, dit Gaspard, nous allons partir par les airs. Nous allégeons au maximum nos sacs, nous mettons nos maillots sur nous (ne te tracasse pas je me tournerai pendant que tu te changeras). Nous allons grimper prudemment en haut du chêne en nous tenant aux grosses branches. J'avais prévu ce cas de figure et j'ai accroché à une branche une réserve de quarante ballons gonflables. Nous allons en gonfler vingt chacun que nous accrocherons à notre ceinture (j'en ai prévu une pour toi). Nous gonflerons aussi notre bouée au cas où nous tomberions dans la mer ».

- Ca marche ! Et surtout n'oublie pas de prendre la carte, Gaspard ! 

Gaspard et Léonie grimpent sur les grosses branches, se partagent les ballons et commencent à les gonfler. Vingt ballons à gonfler c'est long mais à sept ans on a la vie devant soi et puis il faut prendre son temps sinon la tête se met à tourner et ils sont en haut de l'arbre et quand Gaspard regarde les matelas tout en bas il a le vertige. Léonie a déjà gonflé quatre ballons ; Gaspard, lui, s'est arrêté au milieu du troisième. Léonie, voyant Gaspard tout pâle dit « Stop ! Je redescends à la carte et on change de destination ! »

2122-07 Dominique - mulotElle reprend son crayon magique, répète son cérémonial et cette fois, le crayon magique pique sur «  Les Mulots ». Gaspard qui vient de poser les pieds sur le tapis et a repris des couleurs, s'écrie «

- Ah Non ! Surtout pas ! J'ai peur des souris ! »

- C'est vrai ? » demande Léonie étonnée.

Elle pensait que Gaspard était un gaillard. Ne voulant pas l'humilier, elle ferme les yeux, reprend son crayon viseur qui, cette fois pique sur un lieu dit « Bréhat ».

- Je connais, dit Gaspard, c'est une île, il faut y aller en bateau. Mais je crois que c'est un peu loin et une fois que j'étais en voilier avec mon papa, il y avait beaucoup de vent et des grosses vagues, j'ai vraiment eu très peur ».

Léonie ne dit rien mais pense :« Décidément, Gaspard a peur des mulots, de la tempête, il manque de souffle pour les ballons, il a le vertige… Est-ce que je pourrai compter sur lui dans la vie? En même temps, il est gentil, prévenant, prévoyant et je l'aime ! Bon ! Alors j'apprendrai à cohabiter avec les souris, j'apprendrai à naviguer et je développerai mon souffle. »

2122-07 Dominique - Montchaton- On continue » dit Léonie. Abracadabra, crayon magique, dis-moi ! Montchaton ! ».

En entendant « Mon chaton », Gaspard, tout ému, va poser un baiser sur la joue de Léonie. Elle pouffe de rire en lui disant :
- Ce n'est pas un mot doux, Gaspard, c'est le nom du lieu et ça s'écrit en un seul mot avec un t entre mon et chaton ! 

Mais Léonie voit que Gaspard est au bord des larmes. Alors elle l'enlace tendrement, lui fait un long bisou et dit, enjouée :
- J'ai une faim de loup ! Pas toi ? On va dire que la randonnée d'aujourd'hui est terminée alors je t'invite à pique-niquer avec moi sur les matelas ! 

- Wah ! » dit Gaspard en sautant de joie.

7 décembre 2021

Le Dernier livre du korrigan / Anne J.

210722 Nikon 081 recadréeLe Korrigan ferma le livre d'un claquement sec. Voilà, c'était le dernier livre. Il avait tout lu. Il avait décidé dès l'enfance de commencer par le haut de la bibliothèque à la lettre A et, 99 ans plus tard, il venait de fermer le dernier livre de la rangée des Z. C'était là toute sa vie, une vie entière à vivre dans les livres : être le chevalier Roland à Roncevaux, la dame aux camélias, l'ogre vert de Shrek, Harry Potter ou Lawrence d'Arabie et tant d'autres personnages fabuleux.

Le korrigan repoussa sa couette d'un geste large et se leva ; il était temps pour lui d'affronter l'inconnu, plus que temps, car comme tous les korrigans, il allait disparaître le jour de son 100ème anniversaire, soit exactement dans 1 an.

210722 Nikon 072 recadréeIl remplit son sac de quelques menus objets, attrapa son bâton et sortit de la caverne. Il cligna des yeux dans le rayon de soleil et respira. Devant lui, la campagne s’étendait jusqu'à la mer, toute fleurie comme un jardin en ce beau matin de printemps. Les lapins couraient dans la prairie et on voyait filer leurs petits derrières blancs, le vent ébouriffait ses rares cheveux et caressait sa barbe, l'air sentait l'iode et l'herbe chauffée au soleil

Le korrigan partit et marcha longtemps sur les sentiers longeant la mer, rencontrant parfois un promeneur promenant son chien, mais souvent seul de longues heures sur le chemin.

210722 Nikon 047 recadréeLa nuit commence à tomber quand au loin apparaît une vieille maison dont la cheminée fume. Le korrigan fatigué, se décide à frapper pour demander gîte et couvert. Une vieille petite bonne femme apparaît sur le seuil et l'invite à entrer. La soupe d'orties fume au coin du fourneau, le pain est sur la table, prêt à être coupé et dans son panier le vieux chat dort. La vieille lui propose de partager ce maigre repas et le korrigan accepte simplement. Quand le repas est terminé, la vieille femme sort deux petits verres du buffet et pose sur la table une bouteille pleine d'un liquide ambré. Tous deux s’installent au coin du feu, le korrigan s'allume une pipe et ils commencent à causer.




210722 Nikon 049 recadrée

La femme raconte : une vie de labeur dans cette ferme avec son mari et ses enfants, beaucoup de travail à faire, pas mal de soucis et de malheurs mais aussi tant de joies. Elle est belle encore avec son visage où les rides racontent le parcours de sa vie. Elle était belle autrefois.

- Regarde ! dit elle au korrigan et, sortant une vieille photo du tiroir de la cuisine, elle lui fait admirer son corps de rêve et son joli minois.

- Et toi, que fais tu par ici ? demande-t-elle alors au vieux korrigan.



Le korrigan raconte : une vie passée à lire des livres et cette dernière année qu'il veut passer à découvrir le monde inconnu. Il lui raconte toutes les vies qu'il a vécues dans les livres et comme il avait aimé cette vie imaginaire et lui confie ses difficultés à comprendre cette nouvelle contrée qu'il a entrepris de parcourir.

L'aube commence à pointer quand le petite vieille reprend la parole. Des livres, elle n'en a lu aucun.

- Le seul livre que je possède, c'est cette vieille bible qui me vient de mes parents.

Et, ouvrant le livre, elle tourne les pages puis s'arrête.

- Ici, tu vois, sont écrits les noms de mes parents, ceux de mon mari et de mes enfants partis au loin et avant le prochain jour, en dessous de mon nom, on écrira la date d'aujourd'hui car je ne serai plus.

Ouvrant alors une vieille boite de carton, la femme en sort deux objets précieusement emballés.

- Je vais te faire deux cadeaux. Ce canard en plastique jaune contient ma part d'enfance et pour affronter le monde il te sera bien utile car le monde est plus beau avec les yeux de l'enfance.

L'objet suivant est enfermé dans un écrin, comme un bijou précieux

- Dans cette petite boite se trouve une étincelle. Elle apportera la joie partout où tu la porteras. Avec elle, tu réveilleras les tristes et les déçus et tu goûteras chaque minute de ta dernière année. Grâce à elle, j'ai aimé chaque minute de ma vie. J'ai aimé poser des baisers sur les joues de mes enfants, respirer la mer, sentir le vent dans les collines et les vallons, j'ai aimé goûter les framboises et sortir le pain du four. J'ai connu la joie, la tristesse, les retrouvailles et les séparations, j'ai adoré vivre et partager l'étincelle de la joie. Quand ce sera ton tour de partir, trouve quelqu'un pour qu'elle ne s'éteigne pas.

Le korrigan serra contre son cœur le canard de plastique et la boite de l'étincelle puis se leva. Il n'avait pas de temps à perdre ; pour pareille mission, un an c'était bien court. Il ouvrit la porte au moment où le soleil pointait à l'horizon, annonçant un nouveau jour à vivre.

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30 novembre 2021

Consigne d'écriture 2122-11 du 30 novembre 2021 : Avis !

Avis !

 

Rédigez un avis à afficher dans la rue, dans une bibliothèque, aux toilettes, au travail, dans un cimetière, dans une forêt, dans un bureau de vote, etc.

Quelques embrayeurs :

2122-11 150-defis-d-ecriture-pour-en-finir-avec-la-page-blanche-

Forte récompense à qui...
Saison d’ouverture de…
Avis aux non-fumeurs
Si vous lisez cette affiche, c’est qu’il est déjà trop tard…
Prière de ne pas déranger les…
Attention danger : chute de…
Zone exclusivement réservée aux…
Le propriétaire de la...
Les parents de la petite…
Appel aux bonne volontés…

Inventez un autocollant de voiture pour impressionner les chauffards, attirer la sympathie des policiers ou simplement frimer.

(Consigne empruntée au livre "150 défis d'écriture" de Sébastien Onze, Mango littérature, 2008.)

Vous pouvez vous servir d’un des avis que vous aurez rédigés comme incipit ou sujet d’un texte plus long si vous le souhaitez.

19 octobre 2021

Consigne d'écriture 2122-07 du 19 octobre 2021 : Pays imaginaires

Pays imaginaires


2122-07 Consigne - Carte topo

L’animateur vous distribue une carte d’état major au 1/25000e. En vous servant des noms de lieux et de la géographie des paysages que vous y trouverez, décrivez un ou plusieurs des pays imaginaires suivants et dites ce qu’on peut y découvrir, comment on y vit, ce qui s’y passe, etc.

Pays de mon coeur – de mes souvenirs – de mes parents – de ma naissance – où j’aimerais vivre – que j’habite – où je vis dans l’imaginaire – de l’amour – de la colère – de la haine – des nuages – du brouillard – des fleurs – des questions – du sucre et des bonbons – du sel – des cadeaux – des gâteaux – des poissons – des oiseaux – des papillons – de la poussière – des contes – de la poésie – des vieux – des enfants – des livres – des farfelus – des illuminés – des sages – des fous – des chats – des trésors – des idées – des pierres – des rêves – de l’inconscient – de l’immobilité – des matins qui se lèvent à l’envers – des idées noires et des idées roses - des fantômes rouges aux yeux bleus – des trésors de l’esprit – du savoir – des chairs à vif et des idées phosphorescentes – du mensonge – de l’insouciance – des parenthèses et des virgules.

(liste trouvée dans « Le Planteur de virgules » d’Isabelle Normand et Marie Ketline Adodo)

2122-07 Consigne - Planteurs de virgules

19 octobre 2021

Au pays de l’Insouciance / Josiane

2122-07 Josiane - 2 fantôme

Et voila, fin du voyage, destination en vue. Des paysages à couper le souffle, un ciel parfaitement pur et le soleil dans tout son éclat. Nous voici au pays de l’Insouciance.

Il parait qu’ici les matins se lèvent à l’envers, qu’il y a des fantômes rouges aux yeux bleus, qu’on ne mange que du sucre et des bonbons et que ça ne fait même pas mal aux dents. On peut lire de la poésie toute la journée. Il n’y a pas de vieux, seulement des enfants. Il y a des fleurs, beaucoup de fleurs ; des livres, beaucoup de livres que l’on entrepose dans « Le chalet des anges ».

2122-07 Josiane - 3 chalet des anges


2122-07 Josiane - 4 fantômeIl y a des oiseaux de toutes les couleurs qui chantent à tue-tête du matin au soir et que nul ne dérange. Les enfants ont donné des noms aux lieux qu’ils habitent et ils s’en sont donné à coeur-joie : Pisseloup, Les crottes, La queue Jacques, Chez Doudou.

Certains, un peu poètes, ont nommé Le Chalet des anges, La Vie neuve, La Commette aux quilles. Personne pour les gronder. Ils vivent sans contrainte, poursuivant les papillons, barbotant avec les poissons (la maman des poissons, elle est bien gentille), se roulant dans la poussière.

Des idées, ils en ont par milliers, c’est pourquoi ils ont Le chalet des ministres ; là ils se rassemblent parfois pour régler leurs petits différends : rien de grave, des histoires de distribution équitable de sucre et de bonbons et proposer de nouveaux jeux pour les jours à venir.

S’il n’y avait les fantômes rouges aux yeux bleus tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Oh, ce n’est pas qu’ils soient bien méchants mais la nuit ils plantent des pancartes : Chalet des mortes, Sur les mortes, Lac des mortes, Bois des dépendues.

2122-07 Josiane - 2 fantômeC’est qu’ils ne sont pas gais nos fantômes. Alors, dans la journée, les enfants arrachent ces horribles pancartes pour les remplacer par : Carrefour de la biche, Chalet neuf, Lac de Bellefontaine, Bois sur les champs.

Et puis, il y a les cadeaux, les cadeaux que leur fait la nature. Des lacs aux eaux transparentes où ils se baignent en s’éclaboussant et en riant aux éclats. Des fontaines où ils peuvent boire l’eau pure des torrents. Les bois où ils jouent à cache-cache avec les biches et les chevreuils.

2122-07 Josiane - 5 fontaine

Et puis un jour, les fantômes rouges aux yeux bleus les transportent au pays où on grandit… Mais ça , c’est une autre histoire.

2122-07 Josiane - 6 fantômes

12 octobre 2021

Le korrigan, la guitare et le dragon / Anne J.

Images pour conte MAB 31 paysanne

C'est une toute petite bonne femme avec un grand tablier à carreaux bleus et un petit chignon sur le haut de la tête. La toute petite bonne femme marche d'un pas triste sur une petite route de montagne qui serpente entre les champs et les bois. C'est l'automne et il commence à faire frais. La toute petite bonne femme est plongée dans ses pensées quand elle entend une petite voix qui appelle :

- Au secours ! Au secours ! Venez m'aider !»

Images pour conte MAB 11 lutinElle regarde partout, cherche dans l’herbe, écoute encore et finit par découvrir un petit korrigan attaché à un arbrisseau.

- Qu’est-ce que tu fais là, ligoté comme ça ?

- Détache-moi, je n'en peux plus, je t'en prie, fais vite !

La toute petite bonne femme détortille la corde autour du korrigan qui se masse les poignets et la remercie chaleureusement.

- Qu’est ce qui t'est arrivé ?

- Eh bien, vois-tu, je cherchais des pilules pour dormir la nuit - je souffre d'insomnie depuis l'hiver dernier et je n'arrive pas à dormir plus de 1 à 2 heures par nuit - alors je me suis dit que les marmottes avaient sûrement ce qu'il fallait. Je suis entré, dans le terrier là derrière mais la marmotte est revenue pendant que je farfouillais dans ses affaires et elle m'a vu. Et une marmotte en colère, ce n’est pas commode !! Alors elle m'a hurlé dessus et puis elle m'a coincé dans le fond du terrier, m’a saucissonné avec une corde et attaché là. Heureusement tu es passée par là.

- Oui c'est un hasard, je promène mon malheur ; je viens de perdre mon tout petit mari et je n'ai de goût à rien.

- Que puis-je faire pour toi ?

La toute petite bonne femme essuie ses yeux avec le coin de son tablier bleu et réfléchit un moment

Images pour conte MAB 23 guitare- Ce que j'aimerais c'est apprendre à jouer de la guitare mais toutes les guitares que l'on peut acheter sont bien trop grandes pour moi, je pourrais me cacher dans leur caisse, alors !

- Au pays des korrigans, je connais un endroit où on peut trouver des toutes petites guitares pour les toutes petites personnes, mais c'est loin. Si tu veux je t'emmène.

- Et on y va comment ?

- J'ai caché mon vélo dans le buisson là- bas. Viens !

Le korrigan sort du buisson un superbe vélo rouge avec des grandes sacoches vertes. Il attrape la toute petite bonne femme et d'un geste rapide la met dans la petite sacoche devant le guidon.

- Tu seras bien, là ! Tiens-toi au guidon, on y va !

Images pour conte MAB 09 véloEt les voilà partis. Le vélo roule, roule et arrive au pays des korrigans. On présente la toute petite bonne femme à des tas de petits bonhommes aux oreilles pointues, tous vêtus de rouge avec des petits bonnets et bientôt la toute petite bonne femme découvre un orchestre entier de korrigans jouant du violon, de la flûte, de la contrebasse, du saxo et de la guitare. Derrière l'orchestre il y a un tas d'instruments inutilisés et le korrigan se met à fouiller jusqu'à ce qu’il trouve une toute petite guitare qu'il propose à la toute petite bonne femme toute rose de bonheur.

- Oh merci ! Merci !

La toute petite bonne femme plaque quelques accords sur la guitare et un petit air s’échappe de l’instrument. Les korrigans applaudissent et invitent la toute petite bonne femme à jouer et à danser avec eux. Quand le jour se lève, les korrigans disparaissent et la toute petite bonne femme se retrouve seule au pied d'un rocher dans le soleil qui resplendit. Elle décide de s'allonger pour dormir un peu et serre contre elle sa toute petite guitare.

Quand la toute petite bonne femme se réveille, elle découvre à côté d'elle un œuf si gros qu'elle peut à peine en faire le tour avec ses bras. Elle cherche dans les alentours et ne voit rien, sauf une vieille petite brouette qui traîne derrière une maison en ruine.

Pas un seul habitant dans ce coin de montagne déserte ? La toute petite bonne femme reprend donc la route de sa maison après avoir mis dans la brouette sa toute petite guitare et l'énorme œuf avec lequel elle pense faire une grosse omelette en arrivant car la toute petite bonne femme adore les omelettes au fromage. La route est longue et le chemin difficile mais la petite bonne femme chantonne pour se donner du courage en pensant à tous les airs qu'elle va pouvoir jouer sur la petite guitare.

Quand elle arrive à la maison après plusieurs heures d’effort, elle s'aperçoit que l’œuf a bien souffert du voyage et que des petites fissures sont apparues à sa surface. Elle pose l'œuf précautionneusement sur le coin de la cheminée, le temps de ranger la toute petite brouette dans l'appentis et quand elle revient, l'œuf est brisé et un tout petit dragon est sorti, encore tout humide.

Images pour conte MAB 36 dragon

Il tient dans sa patte droite un tout petit violon et dans sa patte gauche un harmonica qu’il approche de sa bouche qui crache des flammes. Heureusement l'harmonica est en métal et bientôt une divine mélodie retentit dans la toute petite maison. La toute petite bonne femme accompagne à la guitare jusqu'à la tombée de la nuit. C'est alors que l'on voit arriver des dizaines de petits bonhommes vêtus de rouge avec des oreilles pointues et des petits bonnets, avec leurs instruments

La petite maison s'anime, on chante, on joue, on boit, on rit et ça fait beaucoup de bruit dans le voisinage.

C'est alors qu'on voit arriver une grosse marmotte en colère qui hurle :

- C’est bientôt fini, ce boucan ? Je voudrais dormir, moi !

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