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L'Atelier d'écriture de Villejean
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29 novembre 2022

Eulalie ou l'Art de flatter les bizarreries. 8 / Anne-Françoise

Eulalie 2022-07-10 - Nikon 4

Eulalie avait fait de longues études, surtout pratiques, qu'elle avait achevées par une thèse sur les vieilles filles acariâtres. Elle avait un fabuleux sujet d'étude en la personne de Léonie.

Cette dernière était fort soucieuse de sa santé. Elle observait précisément ses moindres mots, analysant ses symptômes, en recherchant les causes et les moyens de guérir. Elle méprisait tous ceux qui n'avaient pas sa science et son expertise en médicaments et, de fait, avait fort peu de compagnie. Elle appréciait donc les visites dominicales d’Eulalie, elle-même célibataire endurcie qui avait la patience de l'écouter, le don de la rassurer sur son avenir et la capacité à la distraire.

Eulalie avait beaucoup de qualités mais pas celle d'être ponctuelle. Léonie s'impatientait douloureusement au fur et à mesure que la vieille horloge égrenait les minutes et sonnait les heures des longs dimanches qui s'assombrissaient.

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6 décembre 2022

Lourdes / Adrienne

AEV 2223-12 Adrienne - Cirque de Gavarnie

Il faut croire aux miracles.

C’est pour ça que tant de gens vont à Lourdes, n’est-ce pas ?

Et ici le premier miracle a déjà eu lieu avant qu’on ne parte : que mon épouse accepte de quitter sa maison pour plus de huit jours !

– On pourrait partir tous ensemble, lui avais-je dit il y a quelques mois, toi et moi, notre fille, notre gendre, ses parents et sa petite sœur, qu’est-ce que tu en dis ?

– Même pas en rêve ! qu’elle m’a répondu.

Ah ! Je ne vous dis pas le nombre de fois que j’ai dû entendre « Ça ne se passera JAMAIS ! », mais elle a fini par céder quand je lui ai annoncé que le but du voyage était Lourdes.

La constance, y a que ça de vrai.

Bref, un événement que je tenais à immortaliser par une belle photo et l’occasion s’en est présentée au cirque de Gavarnie.

On est descendus du bus, les jeunes mariés, mon épouse et moi, les parents et la petite sœur de notre gendre… et là, PAF ! Trois olibrius à lunettes sont venus se poster à côté de nous, des gens avec qui on avait à peine échangé un bonjour ou un bonsoir !

La moutarde m’est montée au nez – oui, je suis comme ça et mon épouse me connaît bien, elle a réagi au quart de tour – elle m’a dit un truc dont je ne me souviens même pas, genre « On ne va pas en faire un fromage », mais en plus convaincant.

Alors on a tous pris la pose et fait un beau sourire, même les trois olibrius, à qui mon épouse tourne légèrement le dos, histoire de bien montrer que nous n’avons rien en commun.

6 décembre 2022

Le Petit rat / Anne J.

Anne J

Vous voyez la maigrichonne au bout de la rangée a gauche ? Oui la deuxième en partant de la gauche avec des gambettes de canari ? Eh bien, c'est moi ! Personne n'est à l'abri du ridicule, je l'avoue !

Quand j'ai eu une dizaine d'années, ma mère m'a demandé si je voulais faire quelque chose en dehors de la classe, une activité extrascolaire comme on dirait aujourd’hui. Je ne me souviens pas avoir eu vraiment de désir, et elle m'a proposée la danse ou le piano, activités classiques dans une famille bourgeoise, je vous l'ai dit, cela partait d'une bonne intention !

Mes sœurs ont fait de l'équitation mais moi j'ai toujours eu peur des grosses bêtes. Elle ne m'a pas vraiment encouragée pour le piano, elle même avait détesté ça et dans un appartement avec cinq gamins, ça paraissait compliqué, alors j'ai choisi la danse classique avec le Conservatoire !

Là il faut vraiment croire aux miracles ! Même avec un justaucorps rose et des chaussons à pointes, je n'avais aucun mais vraiment aucun don pour la danse : pas gracieuse, avec des bras et des jambes maigrichonnes et un corps trop raide, mal coordonnée et n'ayant aucun sens du rythme, je pense que la professeure a dû s'arracher les cheveux !

De plus il me fallait garder mes lunettes si je ne voulais pas tomber dans la fosse du théâtre. Mais quand même, j'ai dansé sur la scène du théâtre de Rennes !

Depuis j'ai goûté au piano et j'aime vraiment ça, bien que là non plus je ne sois pas vraiment douée. Alors je joue en catimini quand personne ne m'écoute et je me prends pour Rubinstein. Il suffit de trouver sa place dans la vie !

29 novembre 2022

Eulalie ou l'Art de flatter les bizarreries.2 / Maryvonne

Eulalie

Ma tante Léonie ne recevait plus grand monde sauf Monsieur le curé qui était en odeur de sainteté. Son plus grand plaisir était de recevoir Eulalie, une célibataire handicapée mais active, l'oreille paresseuse, sans doute d'origine ch’tie.

Elle ne souhaitait pas recevoir les autres visiteurs qu'elle avait rangés en deux catégories : ceux qui lui conseillaient de ne pas s'écouter ni se plaindre et au contraire de profiter de la vie : repas copieux, balade au grand soleil, sortie à l'opéra, aux concerts. Et d'autre part elle ne supportait pas non plus les bénis-oui-oui qui allaient dans son sens.

Ça amusait Françoise, l’employée de maison, de voir comment ma tante se tournait les sangs quand elle voyait apparaître les indésirés et comment elle trouvait une astuce pour leur fermer la porte au nez.

En fait, très chère amie, ce que voulait ma tante c’est que l’on soit entièrement de son avis et qu'on la rassure. Eulalie savait s'y prendre à merveille. Vingt fois la pauvre femme parlait de mourir et vingt fois la bonne Eulalie lui affirmait au contraire qu'elle avait encore une longue vie devant elle.

Le dimanche était jour de fête quand Eulalie venait faire sa visite. Il était cependant préférable d'être à l'heure sinon ma tante se portait pâle et il fallait lui apporter les sels.

6 décembre 2022

La Photo de classe / Eliane

Groupe de collégiens de 6e 1965-66 réduite

C'était le fils d'un cousin de ma mère, un enfant à l'intelligence vive mais un peu trop sage. C'était le jour de la photo de classe. Cet événement était prévu ; lui s'était mis sur son trente-et-un, jolie veste à pied-de-poule, pantalon bien repassé, chaussures cirées.

AEV 2223-12 Eliane - Xavier R

Bon, les chaussettes blanches, ça fait un peu trop un peu too much puisqu’il était assis devant près du prof. Il était content, souriant, le seul à sourire vraiment. Un peu fayot, non ?

Le prof présent sur la photo enseignait le français, soit la littérature, et il était digne d'être admiré : bien dans sa peau, un autoritarisme calme, maniant l'humour quand il le fallait. Gilles et son meilleur copain Paulo l'aimaient bien. Ce prof était encourageant, il disait fréquemment que chacun a des qualités qu'il suffit d'exploiter. Il disait qu'il suffit de trouver sa place dans la vie et que la constance, y’a que ça de vrai.

Ils étaient en sixième. Ils allaient cheminer dans ce lycée normalement jusqu'au bac. Avec Paulot il se disaient : « Tu crois qu'on va y arriver ? Paulot rigolait et disait : « Faut croire aux miracles ! ». C'était bon à entendre. Parfois il suffit d'un ami pour se sentir heureux.

Gilles a maintenant 40 ans. Il regarde encore cette vieille photo. Au deuxième rang Gilles se souvient de Rémi, petite gueule d'ange à tomber les filles avec ses yeux azur. Rémi qui rêvait de faire du cinéma ou du théâtre. Il dévorait toutes les pièces de théâtre qui lui tombaient sous la main. Le caïd de la classe, le plus grand, tout à fait en haut de la photo, le plus grand par la taille, toujours sûr de lui et cancre assumé, le toisait en lui disant : « Avec un peu de chance tu l'auras ton étoile sur Hollywood ! » Rémi ne relevait pas, ça ne valait pas la peine, surtout que l'autre ajoutait : « Laisse tomber ! Il y a la queue aux toilettes ! ».

Dans cette classe des groupes s'étaient formés par affinités, centres d'intérêt commun, même si leur personnalité n'était pas complètement aboutie car, c'est vrai, apprendre à vivre demande plus d'une vie. Gilles se demandait ce qu'ils ont bien pu devenir. Quelle profession ont-ils exercée ? Pour certains on pouvait tenter de deviner. Les esquisses s'étaient décidées : médecin, journaliste, bibliothécaire, artiste mais aussi charpentier, mécanicien. Essayer de retracer ou plutôt deviner leurs vies respectives, c’était se croire dans un film de Rohmer. Ils se sont perdus de vue. Gilles soupire : « Nous n’avons plus rien en commun ! ».

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6 décembre 2022

Je n'étais pas prêt / Jeanne

AEV 2223-12 Jeanne

AEV 2223-12 Jeanne - Je n'étais pas prêt

Je n'étais pas prêt et en même temps je me demande « Qui l’est ?  Qui est prêt à vivre cela ? ». On ne nous prépare pas à ce genre de drame, on nous formate à le vivre de manière solennelle, « pour le pays » qu'ils disent, « la nation » mais moi on ne m'avait pas prévenu des conséquences affreuses qui ont consumé ma propre vie. On m'avait promis des médailles, un certain sentiment de fierté, de gloire, de reconnaissance. Mais moi on ne m'avait pas prévenu et j'avais 19 ans. On m'avait dit « Il suffit de trouver sa place dans la vie ». Mais quelle place pouvais-je me faire dans cette vie là ? Dites-moi comment mais s'il vous plaît ne me dites pas qu'il y avait un moyen différent de vivre cette vie. Je culpabilise déjà tellement. En fait je crois que je ne comprends pas. Ccomment s'en sortir vainqueur ? Où sont les beaux souvenirs, les joies, le sourire de maman ? Ma vie d'avant complètement engloutie sous ces millions d'images qui tournent sans cesse dans ma tête,.« Tu crois qu'on va y arriver ? » m'avait il demandé avec ses yeux grandis de peur mais brillants de désespoir. Je ne lui ai pas répondu car il avait déjà abandonné. Au fond personne n'est vraiment dupe. Je l'ai laissé ce matin-là, mon beau Arnaud. Je l'ai abandonné sous le portique du bâtiment auquel il avait été affecté et je ne l'ai plus jamais revu. Si vous saviez comme il me manque ! Quand parfois j'arrive à sortir de ce cauchemar qu'est la spirale du visage éteint, des corps morts, des violences sans mesures qui tournent dans mon âme, je revois son visage triste de ce matin-là, je peine à le reconstituer tout à fait dans mes pensées. Très rarement je surprends un souvenir heureux de cet homme, très bref, très court. Je le vois sourire, mordre dans son pain, content de vivre mais cela ne dure que peu de temps. Deux ou trois secondes peut-être. Ces années de triste réalité ont bouffé ma vie en ne me laissant rien. Même mes souvenirs me sont retirés, vous y croyez ? Vraiment je ne comprends pas, je ne comprends pas que tout puisse s'effacer dans une telle douleur, une douleur qui est devenue ma vie. Il ne me reste que cette photo derrière laquelle je vous écris, cette photo où les hommes, dont moi, ne s'attendent pas à la vie que les gens subissent. Si personne ne peut m'expliquer pourquoi et comment vivre avec cela je ne vous abandonnerai pas par lâcheté mais par un profond malheur. Pardonnez-moi mais je n'étais pas prêt.

22 novembre 2022

Consigne d'écriture 2223-10 du 22 novembre 2022 : Henri Crespi et tautogramme

Henri Crespi et tautogramme

 

L’animateur distribue à chaque écrivant·e une image d’Henri Crespi extraite d’un magazine pour enfants des années 1961-62.

Il demande à chacun·e de choisir une des consonnes suivantes de l’alphabet : B C (mais seulement si prononcé K) D F G J L M N P R S T V et de lister dix mots en rapport avec l’image commençant par cette lettre puis dix autres mots au choix commençant toujours par cette même lettre.

Il est demandé d’insérer ces vingt mots ou d'autres commençant par cette même consonne dans le texte qui naîtra de cette image ou de cette question :

Quelle est sont les (15 ?) différences que vous voyez entre 1961 et aujourd’hui ? ;-)

Vous pouvez cliquer sur les images pour les agrandir

40 05

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15 novembre 2022

Animal on est mal / Laura

Laura - Lapin

Nous, les anciens de la cuisine (lapin, vache, papillon, chouette, oies, moineau, perroquet), nous avons connu son mari. 

 

Laura - Papilons 2Tout le monde disait qu’il gérait comme mec et c’est vrai qu’il gérait. Après, comme disait sa belle-sœur, de leur « chez eux » et à propos d’elle : quand on regarde dans les coins, il était comme tout le monde, pas si …. clean. 

 

Laura - PapillonAlors, quand il est mort, beaucoup ont cru qu’elle n’allait pas savoir gérer la cuisine. Nous, les vieux animaux, nous la connaissions en fait mieux que les autres. Nous l’avions vu agir dans notre paysage . Certes , elle ne gère pas comme lui mais elle gère … à sa façon. Quand elle a perdu une partie de notre environnement (tous les meubles de la cuisine) dans son déménagement, six mois après la grande Perte, et qu'on a été vache (pas comme notre copine Marguerite du frigo) avec elle, nous nous sommes inquiétés pour elle.

 

Laura - OiseauElle a vacillé - qui ne l'aurait pas fait ? - mais elle a utilisé les caisses de déménagement comme meubles de cuisine et elle s'est ajouté de nouvelles activités culturelles, seule envers et contre tous. Et elle a continué à remplir le frigo de légumes, fruits et crudités, fuyant les produits transformés, les mauvais gras et sucres et a perdu encore 20 kgs après son départ, 40 en tout. 

 


Laura - OiesDe la porte, on voyait que l'intérieur n'était pas aussi... qu'avant mais nous nous sentions bien avec elle. Elle passe plus de temps dans notre paysage commun, râle après elle de ne pas arriver à gagner plus de sous avec ses livres et tous ses écrits, pleure, crie mais elle vit, merde, peut-être plus pleinement elle-même qu'avant. 

Laura - Hibou

8 novembre 2022

Le Chiffre des choses / Laura

En lisant cette consigne, j’ai bloqué sur le mot « chiffre », cherchant sa définition par rapport aux nombres sur la photo. J’étais toujours bloquée par le rapport avec les citations que j’ai choisies, je n’en trouvais pas :

« La vie est triste, l'art est gai ». Friedrich Dürrenmatt.

« Aucun artiste ne tolère le réel ». Nietzsche.

« Ah si Van Gogh avait pu s'offrir un Van Gogh ! » René de Obaldia.

AEV 2223-08 Laura - Van Gogh

Alors, j’ai pensé à la valeur, au prix au lieu du chiffre des choses, de l’art, des œuvres en ce qui concerne mes citations, une de mes passions.

Je lis, entends, de plus en plus ici et là à mon insu : les riches, les pauvres. Le prix de telle chose comme celui de la place de cinéma empêcherait les gens d’y aller.

Je ne nie pas qu’il y ait des pauvres, j’en ai eu un comme meilleur ami et il était curieux comme moi et trouvait toujours le moyen de lire. Car la bibliothèque est gratuite pour ceux qui ne sont pas imposables. Je le suis de peu et j’ai payé vingt euros, ce qui est le prix d’un gros livre qui coûte vingt euros minimum et j’en emprunte des centaines par an, pour 20 euros dont de gros catalogues d’art (40 euros en moyenne) car j’en achète moins depuis.

La gratuité des musées ? Elle existe pour beaucoup de personnes et j’en ai bénéficié à certains moments et encore parfois maintenant. Donc les pauvres peuvent lire, voir des œuvres d’art.

Certains qui se disent pauvres ont des maisons 100 000 fois plus chères qu’un livre. Certains accordent de la valeur et dépensent leur peu d’argent dans des marques, des téléphones, télévisions grand écran, des abonnements à des chaînes payantes, des fleurs, des plantes. C’est leur « chiffre des choses. »

Mon « chiffre des choses », c’est la presse papier, la médiathèque, le cinéma, surtout d’art et essai, les expos, etc. Cela égaie ma vie car le réel, les gens sur leur portable, les c… en voiture qui passent et bloquent les carrefours pour mon tram, mon bus, ça me…. !

Le prix énorme d’une voiture, quand on compte tout et celui trop bas des transports par rapport à leur coût réel.

18 octobre 2022

Chantal Goya / Josiane

2223-06 Josiane - Chantal Goya

Vous êtes encore là, à vous habiller comme il y a cinquante ans quand vous étiez comme moi une jeune fille.

Cette façon que vous avez de rester aussi enfant à soixante dix ans passés me met de bonne humeur.

Vous vous émerveillez toujours en sautillant sur scène comme un enfant parmi vos personnages de contes de fée.

J’aurais tendance à vous plaindre de ne pas vous apercevoir que vous frôlez, non, que vous côtoyez le ridicule, mais en même temps n’est ce pas vous qui avez raison ? Vous n’avez jamais quitté le monde de l’enfance et vous paraissez sans filtre quand vous parlez de vous et de votre passion pour ce que vous faites. Quand d’autres font des confitures pour leurs petits enfants, vous continuez à leur donner du rêve et ça marche.

Au delà de soixante-dix ans ne sommes nous pas encore les enfants que nous avons été et dont il reste toujours quelque chose ?

18 octobre 2022

Amélie Nothomb / Josiane

2223-06 Josiane - Nothomb

Chapeau, Madame Nothomb ! Chacune de vos apparitions me met de bonne humeur. Je ne rate aucune de vos interviews. Je les guette au détour des programmes de radio et de télévision. Votre attirance pour le champagne, votre boisson favorite, titille mes racines champenoises. Vous usez et abusez de cette boisson aux bulles soporifiques et vos yeux pétillent autant que la boisson à leur évocation.

J’aime votre façon de vous vêtir, de vous maquiller (lèvres rouges à outrance et yeux charbonneux). J’aime vos chapeaux improbables et surtout cette façon que vous avez de vous exprimer, avec cette conscience que vous vous adressez à un auditoire et que par conséquent il est poli d’articuler pour la bonne compréhension de chacun, même si quelquefois vous vous perdez dans un discours qui tout à coup me devient hermétique. Vous vous reprenez vite, comme si vous aviez conscience de vous être fourvoyée.

J’aime quand vous nous racontez vos excentricités, lorsque sans aucune gène vous expliquez que vous ne mangez que des fruits avariés.

Voilà Amélie, votre personnage me met de bonne humeur, une heure avec vous est un plaisir toujours renouvelé .

Revenez nous chaque année à l’occasion de la naissance de chacun de vos enfants. Ces livres qui n’encombrent pas les bibliothèques, jamais de gros pavés, romans de quelques pages aussi fins que des bulles de champagne.

29 novembre 2022

Le Samedi ou la Surprise des Barbares. 6 / Jean-Paul

Longtemps je me suis levé de bonheur. Je sautais du lit prestement, le cœur gai, content que l'on soit samedi et que ce jour installe, dans tous les rituels du séjour chez tante Léonie, un élément de désordre et de rigolade dans la famille.

Et pourtant c'était dû à un tout petit rien, au fait que Françoise, notre bonne, devait ce jour-là se rendre au marché de la ville voisine en début d'après-midi. Du coup on déjeunait une heure plus tôt. Impérativement et logiquement la matinée de chacun était raccourcie d'une heure. L’étourdi qui oubliait la particularité de ce jour-là, le dérèglement de l'horloge par rapport à celle des « barbares » - nous appelions ainsi ces fous qui se mettaient à table sur le coup de midi un samedi, chose que nous faisions nous aussi tous les autres jours de la semaine alors que le samedi chez nous c'était onze heures tout comme le lundi c’est raviolis chez les Le Quesnoy - l'oublieux du calendrier Pirelli, le distrait ou l’a côté de la plaque du décompte du temps, celui-là ou celle-là avait droit à des saillies taquines, des quolibets moqueurs, de la mise en boîte gentille :

- Eh bien, mon ami ? Vous souffrez de l'amnésie post-vendredi soir arrosée au Porto ? Avez-vous oublié qu'il faut vous raser les joues dès l’aurore et ne pas attendre la lecture du Figaro pour cela ? Maman trouvait rasoirs les articles de ce journal à l'exception de la chronique littéraire et de la revue des théâtres.

- Encore en charentaises, tante Léonie ? Vous avez des cors au pieds ou quoi ? N’oubliez pas de ranger vos fromages avant onze heures !

D’entendre tout cela Françoise dans la cuisine entrait dans des fous rires sans fin et je me précipitais dans les jupes de ma grand-mère en faisant semblant de sangloter :

- Françoise va encore faire pipi dans sa culotte !

Pendant ce temps le soleil entrait par la fenêtre ouverte et illuminait notre reproduction du « Déjeuner sur l'herbe » de Manet dont les personnages semblaient s'amuser encore plus qu'à l'habitude sauf la dame toute nue qui, comme maman, n'avait pas l'air d'apprécier le compte rendu de la pièce de Feydeau qu’on jouait la veille aux Mathurins, « Mais ne te promène donc pas toute nue ! ».

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25 octobre 2022

Consigne d'écriture 2223-07 du 25 octobre 2022 : Pinterest

Pinterest

 

Parmi ces douze images ci-dessous, piochées sur la plate-forme Pinterest en cherchant des cartes du jeu Dixit, l'une d'elle vous inspirera-t-elle pour écrire un rêve, un poème, un conte, un souvenir, un délire, un devoir sur table du style "vous avez quatre heures" ? Cette semaine l'atelier est "en ligne pour tout le monde".

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29 novembre 2022

Le Samedi ou la Surprise des Barbares. 4 / Brigitte

Iliers-Combray

- Quel jour ? Mais quel jour sommes-nous ? s’exclama Lucien

Il ne cessera de répéter cette phrase jusqu'à l'heure d'un petit déjeuner frugal. Le samedi le repas a lieu une heure plus tôt. Le menu du repas est élaboré juste avant qu'Yvonne ne parte au marché. Toute la famille se régale à l'avance de ce décalage horaire qui rend cette famille bien singulière.

Quel jour ? Mais quel jour sommes-nous ? S’exclame Lucien qui a déjà oublié au milieu de la matinée.

Après le déjeuner une promenade digestive sous le plein soleil du Midi dans des rues désertes. Quel privilège d’errer ainsi pendant que tous les citoyens déjeunent.

Après de nombreuses années ce décalage horaire a toujours été source d'étonnement et de joyeux fous rires face à des étrangers éberlués.

Quel jour ? Mais quel jour sommes-nous donc ?

29 novembre 2022

Le Samedi ou la Surprise des Barbares. 3 / Véronique

Françoise-ROn est quel jour ? Ah, samedi c'est vrai !

C'est ce que se dit Lucien tous les samedis. Un petit déjeuner léger car le samedi la famille mange plus tôt, une heure plus tôt.

Lucien n'aimait pas trop le samedi mais le reste de la famille s’en amusait et tous les samedis c'était l'événement. On élaboraité le repas avec Yvonne avant qu’elle n’aille au marché.

Vers le milieu de la matinée Lucien avait déjà oublié qu'on était samedi. Ça donnait lieu à des moqueries des autres.

Cette journée de samedi revêt une grande importance car ce décalage fait de la famille de Lucien des gens à part. Après déjeuner la famille se promène dans une ville déserte car tout le monde mange. Même le soleil est de la partie car il n'est pas au même endroit.

Au fil des ans le samedi reste toujours un jour d'étonnement, de nouveauté. Gare aux étrangers qui ne connaissent pas ce rituel. Ils devaient alors faire face à toute la famille prise de fou-rire.

Ce énième samedi, identique aux autres, la famille de Lucien en faisait chaque fois une nouveauté.

29 novembre 2022

Le Samedi ou la Surprise des Barbares. 2 / Madame C.

Si chez les Le Quesnoy le lundi c'était raviolis, chez les Dujardin samedi c'était goinfrerie. Le repas serait servi à l'avance, sans doute parce qu'on savait qu'on s'éterniserait à table. Il y aurait des pâtés, des rôtis, des sauces, des entremets ; on boirait des apéritifs, des vins sirupeux, des liqueurs pour les dames, des armagnacs pour les messieurs, on s'en mettrait plein la panse.

Il régnait ce jour-là une bonne humeur particulière. L’oncle Jacques qui habituellement terrifiait tout le monde partait d’un rire égrillard à chaque plaisanterie grivoise. Les femmes faisait semblant de s’offusquer mais elles rigolaient bien entre elles, les coquines !

Les bourgeois bousculaient leurs habitudes. Ils s’encanaillaient en mangeant une heure à l'avance. Ce décalage était le sujet de plaisanterie niaises, bien lourdingues, mais ça faisait rire tout le monde. Ça les changeait des repas mondains bien calés, bien orchestrés.

Ils faisaient ensuite une petite promenade digestive et se tordaient de rire quand un invité sortait naïvement : « Tiens, le soleil est encore haut dans le ciel ! ».

Comme quoi le bonheur ça tient à peu de choses !

promenade 1

29 novembre 2022

Le Samedi ou la Surprise des Barbares. 1 / Jeanne

L’avancée du déjeuner offrait au samedi une tournure particulière et ce pour toute la famille.Une tournure plus sympathique, plus indulgente. Le temps libre habituel était remplacé par un repas précoce et copieux. Ce petit décalage horaire faisait plus de bruit que le passage à l'heure d'hiver ; un petit samedi asymétrique qui fait plus parler que la femme du maire avec le facteur. C’est comme ça dans les sociétés fermées où il ne se passe pas grand-chose au sein des vies tranquilles des habitants.

Cela rendait notre samedi gai et l’humour, la taquinerie se levaient de bonne heure avec nous. Ça en devenait une sorte de rituel, l'événement du jour qu’on prenait peut-être trop au sérieux mais, écoutez, le bonheur n'a pas de secret ! « Il n'y a pas de temps à perdre n'oublions pas que c’est samedi ! » était la phrase à tendance rigolote que chacun s'amusait à répéter, faisant semblant de ne l'avoir encore jamais entendue.

repas familial 01

Ma tante, très sérieuse, osait demander un repas plus lourd, comme un beau morceau de veau puisque, évidemment, la journée serait plus longue. Certains distraits oubliaient ce décalage en pensant ne pas manger avant l'heure et demie et nous étions enchantés de leur rappeler... qu'on était samedi ! On riait longtemps et cela faisait le tour de la maison.

Le ciel semblait lui aussi au courant car après le déjeuner le soleil flânait une heure de plus là-haut. Cela en troublait certains qui pensaient être en retard pour la promenade. Et s’étonnaient de voir l’heure. Bien sûr le ou les étourdis «étaient rappelés à l’ordre par toute la famille ! Parfois des accidents arrivaient durant cette journée pourtant bien organisée : certains barbares se pointaient chez nous à 11 heures pour discuter avec mon père et nous trouvaient à table. Cela égayait Françoise mais ce qui l’égayait plus encore c'était la réponse ludique de papa : « Mais voyons, c’est samedi ! »

Quand elle en faisait le récit, elle pleurait et inventait la suite du dialogue, celma faisait rire toute la tablée.

Souvent on en faisait trop et on insinuait tous que la dernière fois qu’elle avait raconté cette histoire cela paraissait plus long. Ainsi l'histoire se répétait et se transformait indéfiniment.

29 novembre 2022

En attendant Eulalie. 6 / Dominique H.

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas dans cette maison bourgeoise aux rituels bien établis. Samedi est le jour du marché et dimanche le jour du Seigneur.

Le samedi Françoise quitte la propriété, un panier en osier à la main et le dimanche elle recouvre ses boucles dorées d’une mantille de dentelle noire et surtout elle serre dans sa main gauche gantée de cuir également noir un gros missel relié en cuir antique et à la tranche dorée. L'élégance discrète de Françoise, la bonne, est à peine éclipsée par celle de la précieuse tante Léonie qui, malgré quelques signes ostentatoires de richesse, peine à masquer sa tête alourdie par les années et surtout son teint ictérique. Elle a des ennuis hépatiques qu’elle tente en vain d'apaiser par des liqueurs digestives.

chambre-Léonie

Ce dimanche matin sa carnation de jaune citron vire à l’olivâtre de contrariété : la grand-mère Eulalie est en retard. Françoise murmure poliment que la grand-mère n'a plus tous ses esprits, que selon la parole du seigneur il convient de se montrer indulgent vis-à-vis des pauvres d'esprit. Et Françoise, la bonne, poursuit en regardant la pluie tomber :

- Ne voyez-vous pas dans cette averse l'expression météorologique de la colère de Dieu ?

C’en est trop pour la tante Léonie qui s'évanouit ! La bonne Françoise se porte charitablement à son secours, lui fait inhaler des sels. La tante Léonie ressuscite.

Le dimanche est bien le jour du Seigneur !

29 novembre 2022

En attendant Eulalie. 5 / Anne-Françoise

Maison_de_Tante_Léonie_à_Illiers-Combray_(1)

Une maison bourgeoise,un dimanche après-midi. Léonie échange avec Françoise, la bonne qui a l'air bien bonne d'écouter la précieuse tante Léonie.

Léonie attend Eulalie à l'heure des vêpres. Elle s'inquiète de la pluie qui menace à la fois ceux qui sont dehors mais aussi pour son intérieur à elle vu qu'elle a des soucis de digestion qu'elle pense être liés à la météo. Elle prend un médicament tout en ouvrant son niveau de messe. Elle lit les textes sans les comprendre vu qu'elle se préoccupe d'abord de l'efficacité de ses gouttes... et les gouttes de pluie se font entendre sur les carreaux.

Léonie entend aussi le grelot de la porte du jardin. « C'est la grand-mère qui sort ! » l'informe la bonne qui ajouté en langage politiquement correct que la grand-mère est « piquée », félée, fada.

La tante Léonie pense que la météo aura empêché Eulalie. Elle attribue ce mauvais temps au Bon Dieu qui se venge du manque de foi du monde. En bref, le texte évoque des soucis digestifs, météorologiques et religieux. Le ciel est tombé sur la tête de la tante Léonie !

29 novembre 2022

En attendant Eulalie. 4 / Véronique

Iliers sketch 2

Elles bavardent toutes les deux. Elles se sont installées dans la véranda qui donne sur le superbe jardin entretenu avec soin par le vieux jardinier.

Les deux amies attendent Eulalie pour aller aux vêpres. Le temps est gris, le ciel est sombre. Il va sûrement pleuvoir. Sur le chemin de l'église elles croisent Madame Goupil qui porte une robe neuve de soie grège.

- S’il se met à pleuvoir, sa robe va lui coller à la peau, dit Léonie. Elle veut toujours se faire remarquer !

- Que m’importe ! lui répond Françoise. Je me sens si nerveuse… Une bonne averse, des coups de tonnerre… Que l'orage éclate ! Cela me calmerait.

Elles décident de rebrousser chemin. Elles arrivent juste comme l'orage éclate, effrayant, bruyant. Quel triste dimanche !

La vieille Madame Amédée marche aussi vite qu'elle le peut avec ses vieilles jambes fatiguée.

« Qu’ai-je encore fait ? On dirait que Dieu se venge, pense-t-elle.

29 novembre 2022

En attendant Eulalie. 3 / Marie-Thé

femme sous la pluie 2

Léonie et Françoise devisaient sous la véranda en attendant Eulalie.

- Madame Goupil se pavane avec une robe de soie, dit Françoise. Je l'ai vue passer sans parapluie tout à l'heure. Elle va se faire saucer. Sa belle robe va lui coller au corps. Quand elle va rentrer dans l'église pour les Vêpres tous les hommes vont la dévorer des yeux ! Ce matin déjà, elle est arrivée après l’élévation ! Elle ferait n'importe quoi pour se faire remarquer !

- Moi j'en ai rien à faire de Madame Goupil, dit Léonie. J'ai mal à l’estomac : j'ai oublié ma pepsine et je suis tellement nerveuse que mon eau de Vichy ne descend pas ! Qu’il pleuve un bon coup et que l'orage éclate !

Tout à coup elles entendirent un bruit léger puis de plus en plus sonore, régulier, musical puis assourdissant sur le toit de la véranda. C’était la pluie suivie de coups de tonnerre. En regardant par la fenêtre elles aperçurent Madame Amédée, la grand-mère, qui partait faire son petit tour habituel.

- Madame Amédée ne fait jamais rien comme tout le monde, dit Léonie. Elle est un peu fofolle. Sortir par temps pareil ! Elle doit avoir des choses à se faire pardonner parce qu'aujourd'hui c'est sûr c'est dimanche et le bon Dieu se venge. Malheureusement Eulalie ne passera pas aujourd’hui ajouta-t-elle tristement.

 

29 novembre 2022

En attendant Eulalie. 2 / Jeanne

femme sous la pluie

Dans l'attente prolongée de Miss Eulalie, Tante Léonie se plaisait à prolonger la discussion auprès de Françoise .

Par la fenêtre de l'appartement du petit bourg où notre famille logeait, Léonie vit passer Madame Goupil qui, dans un pas pressé, essayait d’esquiver les premières gouttes de pluie qui s’attardaient sur la ville. Elle portait une robe de soie mais n’avait pas de parapluie. Elle risquait de prendre l’eau et de friser sa coiffe parfaitement symétrique.

Je vis ma tante réfléchir, toute pensive face à cette vision, se tapant le front. Elle se demandait si Madame Goupil était arrivée avant ou après l'élévation qui se passait ce dimanche dans l'église voisine. Elle pensa qu’elle devait le demander à Miss Eulalie

Elle regarda le ciel et le gros nuage sombre qui l’accompagnait. Il allait pleuvoir, elle le savait de par ce qu’elle voyait et par la lourde température qui régnait à ce moment. Ma tante, de naissance et d’éducation très craintive, rétorqua que le plus tôt serait le mieux car si l'orage n'éclatait pas son verre d'eau de Vichy ne passerait pas. Cela figurait pour elle un fait bien plus important que l'état de la robe que portait Mademoiselle Goupil. De plus elle observa avec logique que sur la place il était impossible de s’abriter.

La vision de l'heure la fit pâlir et même tressaillir : elle n'avait pas encore pris sa pepsine et les vêpres avaient déjà grandement commencé. De manière brusque elle saisit un livre de messe à la riche reliure pour tenter de rattraper son malheureux retard quant à la lecture des textes sacrés auxquels d'ailleurs elle ne comprenait pas grands mots. Elle était surtout préoccupée de savoir si son médicament pris en retard allait tout de même faire son effet sur l'eau de Vichy.

 

12 mai 2015

Du genre un peu dans le cirage question genre / Jean-Paul

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 Un violon n’a pas quatre pattes. S’il a quatre pattes, c’est qu’il a bouffé des OGM ou que vous avez trop bu. Un violon a quatre cordes, c’est-à-dire deux fois moins qu’une mandoline et deux fois moins que le nombre de gens qui étaient présents dans la salle Mandoline ce mardi.

La salle Mandoline est ce lieu magique où les gens sont sympathiques et rient beaucoup. Grolle Deville 1 et Grolle Deville 2 nous en parlent quand elles sont rangés près de nous dans le placard aux chaussures de la loggia.

150509 019Nous on n'a jamais le droit d'y aller à la Maison de quartier de Villejean. La différence entre les grolles de ville et nous c'est un peu celle qu'il y a entre le cabriolet sport du frimeur et le véhicule utilitaire (Trafic, Kangoo ou monospace) du plombier. De toute façon on ne les imagine pas vraiment, Grolle Deville 1 et Grolle Deville 2 en train de turbiner sur les chemins de grande randonnée comme les marathoniens que nous sommes !

150509 02042 kilomètres qu’on a parcourus ce week-end ! Oh, pas en une fois, bien sûr ! En trois jours : 16, 22 et 4 et cette fois pas sous la pluie comme l'autre jour en Normandie. Si on file la métaphore avec les bagnoles c'est vrai qu'on est plus souvent sur la route qu au garage, nous. Ce week-end monsieur et Madame K. ont campé près de Lorient mais ils ont fait activités séparées. Lui seul a randonné. Après sa première balade, quand il nous a posés dans l'herbe sous la tente, enfin séparés des Josette qui puent, on a fait la conversation avec Madame Capedepluie.

150509 037- J'ai eu chaud, nous a-t-elle dit. Pour son premier pique-nique il a trouvé une souche bien large et bien plate sur le bord de l'étang de Lannénec, là où il y a de très beaux asphodèles. Un moment de lucidité l’a traversé et il a failli me sortir de chez monsieur Sakado où j'étais rangée. S'il avait poursuivi dans cette idée de me transformer en nappe, il m'aurait extirpée du sac et il m’eût sans vergogne aucune étendue sur la souche qui ne dormait que d'un œil. Ensuite il eût posé son fessier sur mon ventre ou sur mon dos. Personnellement j'ai horreur de ces positions qui ne sont même pas dans le Kama soutra ! Mais heureusement son karma foutraque avait décidé de lui jouer un tour à sa façon. Jugeant la souche sèche et chassant la pensée d'un souillage de fond de cale, il a posé dessus celui de son pantalon et sorti son sachet sans souci ni sushis pour étancher sa soif et sa faim sur la souche. Pain au chocolat, banane, abricot, gorgée d'eau.

- On sait, Madame Capedepluie, on était là, on a tout vu grâce à nos œillets !

 

- Vous n'avez pas d’yeux derrière les chevilles que je sache ? Juste l'estomac dans les talons quelquefois ! Bref la souche a lâché un bon paquet de résines collantes, genre confiture de framboises. Je crois bien que le fute est foutu!

- Dieu merci, a dit Rangdoignon gauche, personne ne se mêle...

150509 056- Ah ! Ah ! a éclaté de rire Madame Capedepluie.

- Qu'est-ce qui vous fait rire ?

- Se mêle, semelle, c'est drôle!

- Vous prenez votre pied avec pas grand chose ! Personne ne se mêle de me balancer quand je marche dans la grotte de Giens...

- C'est pas plutôt la grotte de Lourdes et la faïence de Giens ? ai-je suggéré à mon jumeau.

Mais au fait... Je ne me suis pas présenté :je suis Rangdoignon droit. Mon frangin et moi sommes des godillots.

- Je ne sais pas, a-t-il répondu. Je suis aussi nul en contrepets qu'en contredanse. En tout cas, vous, Madame Capedepluie, vous n'avez rien vu du bal à Laïta !

- Désolée, Messieurs les godillots mais vous allez me raconter. Vous savez que je suis une cape de pluie préventive et porte-chance. En général quand il m'emporte, que je pèse 3 kilos sur son dos et prends toute la place dans son sac, il fait toujours beau au-dehors !

- Tatatata ! Attendez ! On vous a vu à l’oeuvre l’autre jour ! Vous étiez de sortie et pas qu'un peu l'autre week-end en Normandie ! On ne voyait que vous et votre capuche jaune fluo tout au long de l'estuaire de la Sienne sous la pluie battante !

- Oh ça va, les Frères croquenots ! On a les mythomanologies qu'on peut! Parlez-nous plutôt de ce que j'ai raté sur la Laïta !

- C'est assez rare que le marcheur randonne tout seul dans la cambrousse. Il était plutôt du genre marcheur urbain jusqu'à il y a peu. Là Madame K. était à un stage de contes dans un camp scout . Alors le samedi il a pris la bagnole et est allé se poser à Guidel-Plage.

150509 086- Il ne faisait pas très beau mais sec. Il a trouvé très vite le GR, le chemin de grande randonnée

- Fastoche! Le GR 34 longe la rivière !

- Tout comme en Normandie l’EPR longe Flamanville!

- Au début très bien ! On voit le port du Pouldu en face : des bateaux de plaisance devant des maisons blanches. Il se met en route. Des fleurs partout sur le chemin.

- Le GR très bien ! Balisé, des escaliers, une balustrade en fil de fer tout du long pour éviter les chutes en cas de tremblement de terre ou de lendemain de cuite. Très escarpé mais très bien.

- Ensuite de belles vues sur les coudes de la rivière. Le seul problème c'est le pont de saint-Maurice ! Plus on avançait moins on le voyait se profiler.

- Le paysage devient sauvage et puis soudain à un carrefour, une aubaine ! Une bande de terre qui traverse la rivière pour aller jusqu'à trois maisons posées là sur l'autre rive. Pas besoin d’aller jusqu’au pont ! Mais pourquoi y a-t-il une barrière en travers de ce chemin ?

150509 087- Il s'avance en espérant qu'il y aura un passage sur le côté de la barrière. Quelle chance, il y en a un !

- Et il se retrouve sur la rive droite du fleuve alors qu'il venait de la rive gauche. En toute logique il retrouvé le drapeau polonais...

- ...où monégasque, qui indique qu'il est sur la bonne route et c'est justement sur la gauche. Le voilà donc à marcher dans l'autre sens mais en pleine campagne jusqu'à ce que le GR s'enfonce dans les bois, descende à nouveau et fasse demi-tour !

Il se retrouve à nouveau sur la rive gauche de la Laïta à remonter vers le pont de Saint-Maurice alors du coup voilà monsieur qui s'inquiète. Il fallait peut-être que je tourne à droite au lieu de prendre cette bande de terre? Puis soudain il a une illumination : une île ! Je suis passé sur une île!

-Il ne pouvait rien lui arriver de pire pour allonger son chemin et lui faire perdre sont temps ! Si ! Qu'il pleuve !

- Pô grave, j'étais là commente Madame Capedepluie.

- En fait il n'a pas plu et il a fini par apercevoir le pont. Il l'a traversé et on a descendu la rive droite

- On est arrivé avant le Pouldu près d'un embarcadère et là, surprise : des hérons  qui faisaient trempette dans le port désert. Ils ne nous ont même pas entendus. C'est la preuve que même en étant des chaussettes à clous on sait la jouer discrètes quand on veut !

- Il a pris des photos ; il a même filmé les oiseaux, dis donc !

- Il va falloir qu'il rachète un disque dur externe! C'est la souris de l'ordi qui est venue nous raconter ça dans le placard à godasses.

- Menteurs ! proteste Mme C.. Elle est encore attachée à l'ordi par un fil !

- Excusez nous, Madame Lacape, on revient d'un stage de conte alors c'est normal qu'on fabule un peu !

- Vous le savez très bien : c'est seulement au pays du Miraginaire que les bottes font sept lieues à chaque pas !

- Que les princesses vont au bal en pantoufles! Et que les godasses de rando et les capes de pluie cassent du sucre sur le dos de leur propriétaire à côté d'un ukulélé rose sous une toile de tente qui en a vu d'autres !

- C'est bien simple si ma tente avait la possibilité de parler de ses sacs rose et bleu, on l'appellerait « Mon oncle » de Tati(e) !

150509 104

4 octobre 2022

Le Facteur indiscret / Marie-Thé

1ère version :

2223-04 Consigne Facteur filigrane

Antonin le facteur est un passionné de mots, de belles lettres et curieux de la vie des autres.

C’est un homme au cœur tendre qui distribue le courrier en Guadeloupe, sur l’île de la Désirade, ce nom magique qui fait penser à l’amour et à la passion.

Antonin aime son métier. Les lettres, chaque matin il les examine, il les hume une par une, sans avoir de scrupules pour son indiscrétion. Aujourd’hui, une missive attire son attention. Elle dégage des senteurs de fleurs sauvages, de thym et de laurier. Elle vient d’Arles et est destinée à un vieil insulaire qui habite près du mirador. C’est un marabout un peu fou. Comment une Arlésienne est-elle tombée amoureuse de cet homme si mystérieux ?

Antonin s’imprègne de l’odeur de la missive et l’ouvre avec délicatesse. Il découvre alors la plus belle lettre d’amour qu’il ait jamais lue.

- Trop de chance, ce marabout ! Il a dû jeter un sort à l’Arlésienne. Ils me font rêver ces mots d’amour. Je vais garder la missive quelques jours pour la relire et rêvasser tranquillement.

2223-04 Consigne Facteur filigrane eye fish2ème version :

Antonin le facteur est un joyeux luron. Il distribue le courrier dans la Baie de Somme.

C’est un être plein d’imagination qui dégage une joie de vivre communicative. Mais ne vous y fiez pas. Antonin sait tout sur chaque personne qui un jour a reçu du courrier. Il profite de son métier pour lire des lettres qu’il ouvre et referme à la vapeur.

Il se réjouit surtout lorsqu’il trouve des lettres parfumées, signe que ce sont des lettres d’amour. Il les garde quelques jours et soupire avec la destinataire qui guette son passage et attend vainement de recevoir du courrier de son amoureux.

Antonin en profite pour consoler la femme éplorée. Il se fait tendre et garde la lettre un peu plus longtemps.

Antonin se dit magicien et utilise son pouvoir. En réalité, c’est un solitaire envieux du bonheur des autres.

29 novembre 2022

Eulalie ou l'Art de flatter les bizarreries. 7 / Brigitte

Eulalie-2

Eulalie était désormais la seule visite acceptée par la tante Léonie. En effet cette fameuse tante, un tantinet hypocondriaque, ne supportait pas du tout qu’on minimise ses symptômes et avait éliminé tous ceux qui lui disaient qu'une promenade au soleil et un bon bifteck seraient la panacée !

Pour l'autre catégorie de visiteurs potentiels, ceux qui pensaient que la tante Léonie frisait la phase terminale, ils étaient de même vite écartés.

Seule Eulalie réussissait l'exploit de la distraire, de la plaindre et en même temps de la rassurer sur son avenir.

C'est ainsi que les visites dominicales d’Eulalie, tant attendues, plongeaient la tante Léonie dans un état d'attente presque douloureux s'il se prolongeait jusqu'à la soirée.

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