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L'Atelier d'écriture de Villejean
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4 décembre 2018

Consigne d'écriture 1819-11 du 3 décembre 2018 : Le jeu du personnage

Le jeu du personnage 

 

Vous allez incarner sur scène un personnage qui n’est pas vous. Nous allons choisir par collecte de vocabulaire puis par attribution au sort à chacun.e :

le métier du personnage,
un trait de son caractère,
son costume,
un accessoire,
son défaut de langage (presque tous les mots qu’il prononce commencent par une même lettre),
le lieu où il se trouve,
la date à laquelle il s’exprime.

Vous écrivez son monologue.

Si vous avez le temps, vous créez ensuite un deuxième personnage de la même façon et vous les faites dialoguer ensemble dans une deuxième saynète.

AEV 1819-11 Comédien

 

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16 avril 2018

L'atelier d'écriture de Villejean à l'honneur !

Très discret au sein de la Maison de quartier de Villejean où il se réunit chaque mardi en salle Mandoline, le club écriture vient de se mettre en valeur samedi  14 avril 2018 à L'Hermitage.

Les membres de l'atelier ont participé au concours littéraire "Encres d'automne" organisé par la Médiathèque de L'Hermitage.

Les années précédentes, Jean-Paul, Eliane et Dominique avaient été primés par le jury. Cette année encore c'est une des membres du club, Anne-Marie Herblin, qui a emporté le premier prix de ce concours avec un texte remarquable.

180414 Nikon 020

Si vous voulez vous entraîner vous aussi et peut-être gagner le prix en 2019, venez rejoindre la joyeuse équipe le mardi de 18 h 30 à 20 h 30 en salle Mandoline ! On écrit, on lit et on rit ! L'activité est gratuite pour tous les adhérent(e)s de l'association Rencontre et Culture.

Bravo encore à la lauréate dont le texte a été lu en public, superbement, par Fiorinda Madin.




Pour que Gabrielle danse encore

Les 8 montagnes, c’est ainsi que les gens du pays nommaient cette vallée.

Lovée dans ce havre de verdure se trouvait la maison des Turner.

Un havre, c’est bien ainsi que l’on pouvait qualifier cette bâtisse de pierres sèches, bien solide, reflet de la beauté des jours en ce pays d’accueil, en ce pays de paix.

Là vivait un pianiste blessé qui avait dû fuir un pays qui l’avait si malmené, un choix qui n’était pas le sien mais bien le choix des autres. Ces autres dont il ne parlait pas ou le moins possible.

Sous ce même toit ils étaient maintenant trois : lui, sa maigre valise et sa fille Gabrielle.

Gabrielle, son réel trésor et maintenant son unique amour.

Elle se tenait souvent devant lui, les yeux baissés, paupières chargées de larmes retenues,

La tresse toujours impeccablement faite, comme la lui faisait sa mère là-bas quand ils étaient encore au pays, qu’ils étaient réunis, quand Elle était encore en vie.

Elle...comme dans la légende du dormeur éveillé.

Il revoyait en boucle le jour d’avant, le temps du bonheur, la salle de bal, la fête, son regard, souriante....vivante !

Tout bascule si vite alors...Ce terrible jour de folie meurtrière, les interminables et terrifiants jours suivants, la furie des fusils, des balles, des cris, du sang... Macabre cortège de violences, d’horreurs et de peurs.

Se résigner douloureusement à l’exil, tout abandonner, même ses propres morts couchés au froid de cette terre maintenant si rouge des conflits fratricides, s’arracher de sa propre vie, décider de s’amputer de ses racines !

La fuite, les passeurs, les frontières, la faim, la soif, le froid, l’humiliation et toujours cette peur vissée à l’âme et ancrée au plus profond de la chair.

Enfin, après tant et tant d’épreuves, les solidarités, les accueils, la chaleur généreuse au goût d’humanité retrouvée. Etre un étranger, un migrant, un réfugié mais pouvoir retrouver une dignité et à nouveau se tenir presque debout.

Regardant son enfant, il se demandait : "Est-ce que demain serait tendre ? Est-ce que tous les demains et lendemains pourront à nouveau leur être tendres ?".

Tant de larmes versées ! Leurs yeux étaient comme la pierre sèche des murs de cet abri et comme lui, il leur faudrait être solides, pour qu’un jour à nouveau le piano puisse chanter et Gabrielle danser.

6 juin 2018

99 dragons : exercices de style. 41, Style expressément coquin / Jean-Paul

180521 Nikon 009

Il s’appelait Paul Ledragon mais on le surnommait Popaul. C’était un chemineau qui se faisait employer comme journalier ici ou là. Il n’était jamais le dernier à aller cueillir la pâquerette derrière un talus, à demander becquée à Vénus ou à s’enivrer de sa bouteille mais quand il allait en pantoufles par le chemin sec il se calmait, il regagnait les villes où ça sentait l’avoine, prêt à accepter tous les boulots comme on prend ce qui tombe de l’étagère.

Ce jour-là, le 20 octobre 1854, Popaul Ledragon était venu boire du ratafia au Pont de Neuilly. C’était une gargote qui s’appelait ainsi parce qu’elle était sise près du pont de Neuilly-sur-Marne. Dans la période précédente, Popaul avait vécu au clair de lune et il en était réduit, comme souvent, à se contenter du café du pauvre.

Il avait demandé à la patronne s’il y avait de l’embauche dans la région.

- Nous on cherche un plongeur, déjà !

- Un plongeur ? Dans la Marne ? Avec un scaphandre de poche ? Pour aller récupérer les noyés ?

- Non, mon gars ! Nous, c’est Albert Leroy et moi ! Et le plongeur c’est pour faire la vaisselle du restaurant !

Ledragon avait dit banco et il était devenu l’homme à tout faire du « Pont de Neuilly ». On ne le reconnaissait plus. Il faisait les cuivres façon grand hôtel ; en cuisine il décortiquait la crevette comme pas un ; il faisait la lessive d’Albert et mettait ses chaussettes à la fenêtre ; bref il sculptait l’atmosphère de manière telle que personne n’eût voulu en changer. Ainsi il donnait toute satisfaction et même plus vu qu’affinités avec la Zézette qui tortillait de la crinoline devant lui.

P 94 04 Sablé - Fête des écoles (26-06-94) + Montgolfières au Comice agricole 20 réduite

Comme il avait le nez tourné à la friandise il avait très vite senti que la patronne avait un frelon dans le module, qu’il existait en elle un trésor à faire étinceler. Il avait deviné qu’Albert, de ce côté-là, s’était endormi sur le rôti. Pour ce qui est de s’expédier chez Montgolfier, il y a des gens comme ça qui, avec un scoubidou de sous-officier de réserve, sont capables de devenir très rapidement des académiciens de la flanelle. Albert Leroy en était : sa petite musique de nuit était passée du B-dur au bémol et les seins de Zézette mouraient comme des melons.

A la façon dont elle faisait des yeux de carpe pâmée en le regardant travailler, il avait compris qu’elle en était réduite, pour chanter Ramona, à faire résonner sa petite guitare cachée.

Un jour qu’Albert était parti au ravitaillement à l’autre bout de Paris chez son neveu Georges qui était grossiste près de l’abbaye de Longchamp, Popaul avait aisément réussi à faire cascader la vertu de l’aubergiste. Il lui avait déballé le Mon chéri et elle n’avait pas tardé à crier Maman. Bref il avait mangé en hachis les restes du gigot et les deux s’en étaient trouvés bien.

Cela faisait six mois que ce manège durait. On était maintenant au signe des gémeaux, fin mai, début juin. Zézette n’avait jamais été aussi resplendissante ni Albert aussi suspicieux. Il la regardait qui tournait et retournait son éventail et il lui trouver un petit air à faire voler son dragon comme elle en avait à l’époque de leurs fiançailles. Son dragon ou son Ledragon ? Très vite cette association d’idées fit tic tac dans ce qui lui restait de cervelle et il comprit ce soir-là ce qui devait se tramer ici les jours où il allait chercher boustifaille et tonneaux à Longchamp.

Albert Leroy ne vécut plus dès lors qu’avec cette question : Comment se débarrasser de ce chaud de la couche ? Comment mettre les bagatelles à la porte ? Bien entendu, sans agacer le sous-préfet, sans rendre publique la paire de cornes que sa sauterelle d’édredon lui faisait porter. A-t-on idée aussi, ô femme folle, d’avoir le bonbon qui fait robe à queue ?

Il s’ouvrit de son dilemme à son neveu Georges. Le neveu était un drôle à la fesse tondue ! Il était sexy comme un curé dans un prunier mais à part ça c’était un homme de bon conseil, très inventif et l’on disait de lui qu’il avait toujours du boudin à apporter à sa cousine.

- Ta tante Zézette s’applique un homme sur l’estomac. Mais c’est à moi que le cataplasme pèse.

- Y’a pas de quoi se mettre en capilotade à cause d’un dénicheur de fauvettes qui a emprunté un pain sur la fournée, Tonton ! Mais ton gars Popaul, on va le faire cheminer autrement que des pieds. Je sais comment le faire cesser de grimper aux rideaux !

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On ne sait pas comment Georges s’y prit mais trois semaines après, sur l’esplanade au pied du pont de Neuilly-sur-Marne un chapiteau immense était dressé. Des clowns, des acrobates, des trapézistes, des singes et même un éléphant traversèrent toute la ville dans une parade folle pour annoncer la représentation du cirque Carelli.

On ferma l’auberge ce soir-là et, à la demande insistante d’Albert, Ledragon accompagna les tauliers du pont de Neuilly à la fête. Tout se passa bien pour tout le monde jusqu’au moment où le dompteur hypnotiseur, Zorbak le Grec, demanda à Popaul de descendre sur la piste pour ce qui allait être, selon lui, le clou du spectacle.

Le lion ouvrit grand sa gueule, le dompteur mit la tête du factotum dedans. Il y eut un roulement de tambour, le canon tira sa poudre aux moineaux et… le lion ferma sa gueule !

Ben oui, parfois ça accidente sur la piste. On laisse les chats aller au fromage et finalement les fauves mangent les papiers des petits fours ! Quand on prend les chemins de Fatima, il y a des risques ! Quand on mène Popaul au cirque aussi !





19 décembre 2018

Consigne d'écriture 1819-13 du 18 décembre 2018 : Je me souviens de théâtre ou d'opéra

Je me souviens de théâtre ou d'opéra

 Hélène Builly - 11 Le dernier métro

En vous inspirant (ou pas) des illustrations d'Hélène Builly, écrivez, à la manière de Georges Perec, des phrases qui commencent par "Je me souviens" et qui sont relatives au théâtre ou à l'opéra.

Vous pouvez si vous le souhaitez séparer vos écrits en deux pages : sur la première vous vous souvenez de pièces, d'opéras, d'acteurs, d'actrices ou de faits que tout le monde connait. Sur la seconde, vous relatez des souvenirs plus personnels.

28 mars 2018

Consigne d'écriture 1718-23 du 27 mars 2018 : Ecrire comme Delerm

Ecrire comme Philippe Delerm


Philippe Delerm ! L'auteur de "La première gorgée de bière" a publié récemment "Et vous avez eu beau temps ?"

Il applique la même recette dans ce recueil : chaque texte ne contient pas plus de quarante lignes. L'auteur écrit au présent et use et abuse du pronom « on » et de phrases courtes pour raconter des événements de la vie quotidienne. Dans ce style-là vous écrirez deux ou trois petits textes dont le titre sera choisi dans cette liste :

Et vous avez eu beau temps ? - Renvoyé de partout - Je le lis chez ma coiffeuse - N’oubliez pas… - Je me suis permis - Et tu n’as rien senti venir ? - Il faudrait les noter - Il n’a pas fait son deuil - Un jour peut-être vous jouerez là, vous aussi - Tais-toi, tu vas dire des bêtises - C’est pas pour nous - Et prends-toi quelque chose - Là on est davantage sur… - J’te joue d’l’harmonica - En même temps je peux comprendre - Vous êtes un type dans mon genre - C’est grâce au collectif - Abruti, va ! - Chez nous c’est trois - Tiens, rends-toi utile - Nous allons vous laisser - On l’a déjà vu dans quoi, déjà ? - C’est juste insupportable - Où sont les enfants ? - Il aimait ça le Monopoly - Je sais pas ce qu’on leur a fait aux jeunes - On était bien sous la couette - On peut peut-être se tutoyer ? - Ca finit quand ? - Je préfère Gand à Bruges - Ca pousse et ça nous pousse - Ils n’articulent plus maintenant - C’est pas pour dire mais - J’dis ça, j’dis rien - Pour être tout à fait honnête avec vous. - Oui, mon brave Milou - Ne rentre pas trop tard, ne prends pas froid ! - Vous me flattez - Tu n’as pas lu "Au-dessous du volcan" ?

1718-22 Et-vous-avez-eu-beau-temps-1-1

 

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30 mai 2017

Une jeune fille aux yeux pers / Eliane

AEV 1617-28 serveuse

Elle avait les yeux pers, il avait les yeux vairons.

Elle portait une robe incarnat sur sa peau d'albâtre.

Il la contemplait, admiratif, mais elle ne le regardait pas. Elle était au bout du rouleau, elle avait servi des cafés, des cafés au lait, des cacaos toute la journée mais bien sûr il ne le savait pas. Il ne savait pas qu'elle avait dû sourire à des clients acariâtres, éviter les mains baladeuses de quelques abrutis ou réparer les dégâts de quelques « absents » qui avaient renversé leur tasse.

Il ne voyait rien de tout cela, animé du désir de lui être agréable. Il avait envie de lui offrir du champagne, des roses rouges et même, et surtout, de l'emmener au septième ciel.

Alarmé, il vit un homme s'approcher d'elle. Un grand mec à la chevelure d'ébène et à l'air altier. Ouh, la, la ! La compétition allait être rude ! Mais la belle tourna la tête et regarda par la fenêtre. Sauvé pour cette fois-ci, mais il avait eu la frousse.

Brusquement, tous les hommes lui paraissaient être des ennemis, des dangers. Par exemple celui-là qui fumait un havane dans le fauteuil Club, ou cet autre, véritable statue de bronze, accoudé au bar.
Même celui-là qui ne payait pas de mine avec sa tignasse couleur carotte.

Bon, assez, il lui fallait être dans l'action. Quelle stratégie adopter ? Il ne fallait pas se planter, se faire rembarrer sous peine d'avoir le cœur lourd et de se traîner des tonnes de cafard. Tout cela le rendait anxieux.

Il en était là de ses ruminations quand brusquement elle se leva, prit son sac et sortit.

Il décida de la suivre.

Elle semblait d'humeur insouciante, un léger sourire grenat sur ses dents de porcelaine. Elle marchait d'un pas alerte, dansant, dans cette ville de pierres grises et d'ardoises brillantes de pluie.

Elle était comme délestée du poids qui, un instant avant, ployait ses épaules.

Curieux il la suivait, inquiet de sa destination mais charmé par cette ballerine qui évoluait devant lui.

Elle s'arrêta devant un grand porche marron, sonna, le porche s'ouvrit et se referma derrière elle.

Arrivé à son tour devant ce portail, il constata qu'il ne portait aucune indication, aucun nom, seulement une sonnette couleur argent.

Il sonna, on lui demanda qui il désirait voir. Il ne connaissait pas le nom de la belle. A tout hasard il dit : « Isabelle ». « Il n'y a aucune Isabelle ici. » Il resta coi, dégrisé, dépité.

Puis il sonna à nouveau : « Excusez-moi, mais il y a une jeune femme qui vient d'entrer, elle a perdu une barrette, une belle barrette incrustée de saphirs. Je voudrais la lui rendre. On lui demanda d'attendre puis on l'informa que non, nulle barrette de ce genre n'avait été perdue.

Contrarié, déboussolé, il ne savait que faire. Il tenait tellement à l'aborder, à lui adresser la parole, à tenter sa chance.

Il décida d'attendre, elle finirait bien par sortir, même si ce n'était que le lendemain.

Il alla s'asseoir sur un banc et resserra sa veste autour de lui. L'espoir était incrusté en lui.

Mais il avait froid et il avait faim. Il grelottait. Un passant compatissant lui demanda s'il avait besoin d'aide. Il lui lança un regard noir, haineux, en déclarant qu'il n'avait rien demandé. Le passant effaré passa son chemin.

AEV 1617-28 coralie

Le temps passait et, à la longue, il eut vraiment trop froid et trop faim. La mort dans l'âme, il se décida à entrer dans ce café, un peu plus loin, qui éclairait le trottoir d'un rectangle jaune.
Il se sentait amer, commanda un chocolat chaud. Il voulait bien aussi les quelques groseilles qui traînaient sur le bar.

Derrière celui-ci deux serveuses ronchonnaient. « Vraiment elle exagère, elle a maintenant une demi-heure de retard. » Le patron intervint : « Finalement Coralie ne viendra pas ce soir, mais il n'y aura plus beaucoup de clients maintenant, Solange, tu peux partir. »

Il leva les yeux : « Coralie, cette jeune femme aux yeux pers, à la peau laiteuse qui aujourd'hui portait une robe rouge ? ».

Les serveuses acquiescèrent et il se sentit soudain envahi d'un doux bien-être. Voilà ! Elle travaillait ici, désormais il saurait où la trouver.

28 novembre 2017

Histoire abracadabrantesque / marie-France

AEV 1718-10 coup de fil anonyme

Benjamin, l'excellent acupuncteur de la rue des Martyrs, exerçait son métier depuis de nombreuses années, tout près du salon de beauté de Mme Germaine. Ils évoluaient chacun dans un joyeux désordre qui était loin de déplaire aux habitants du quartier.

Dans ce quartier déshérité et devenu mal famé la venue d'un gendarme en faction fut fort appréciée. Il avait pour mission de faire régner l'ordre et de mettre hors d'état de nuire tous les individus rebelles. Hostile à toute tentative d'explication, il envoyait au besoin tout ce petit monde en prison, pensant ainsi éliminer tout risque de débordement.

Ce soir-là il reçut un coup de fil anonyme qui le déstabilisa : un individu en caleçon se promenait dans le quartier et venait de faire irruption dans le salon de beauté de Mme Germaine. Tout d'abord notre gendarme crut à un canular et, sur un ton tranchant, il raccrocha. Quelques minutes plus tard, le téléphone sonna à nouveau. Notre homme essaya de connaître l’origine de cet appel mais en vain ; ses questions inquisitrices n'eurent pour effet que d'énerver son interlocuteur.

Le ton montait. Devant tant d'incompréhension entre les deux hommes, l'homme en uniforme promit alors de se rendre sur les lieux. Il était quelque peu inquiet, se sentant bien seul pour affronter cet individu quelque peu excentrique et peut être violent. Il prit son courage à deux mains et se rendit rue des Martyrs comme indiqué, bien décidé à dominer la situation et à obtenir quelques explications.

Arrivé là il remarqua deux silhouettes dans le salon de Mme Germaine.

L'éclaireur du quartier, autrement dit l'allumeur de réverbère, était en train d'exécuter sa tâche et les quelques lampadaires en fonction répandaient une lueur douceâtre sans toutefois mettre en lumière la scène du salon de beauté.

Notre gendarme s'y rendit à pas feutrés et hésitants. Il n'était pas trop courageux à vrai dire. Arrivé à hauteur du cabinet de Benjamin l'acupuncteur, il reconnut notre homme en tenue plus que légère, vêtu d'un simple caleçon. Ils étaient là, tous les deux, en grande conversation autour de la nouvelle vitrine du magasin de Germaine : des produits de beauté, parfums, savons, rouge à lèvres et crème de carottes, disposés artistement sur un lit de soierie récupérée au Marché Saint-Pierre.

Le gendarme fit le constat et ne put verbaliser. Il aurait bien aimé savoir qui les avait démasqués.

Il ne put se résoudre à interrompre leurs petits jeux frivoles. Il reprit sa garde, comme si de rien n'était. C'est alors qu'il remarqua au 2ème étage de l'immeuble d'en face, une vieille personne à la fenêtre qui referma le rideau prestement. Il se dit que c'était probablement de là que provenait ce coup de fil anonyme.

Il s'en alla rassuré.

AEV 1718-10 SMS anonyme

11 novembre 2015

Consigne d'écriture 1516-08 du 10 novembre 2015 : Les voyages, les rencontres, le dépaysement

Les voyages, les rencontres, le dépaysement

- Ecoutez ce reportage  d'Antoine Lalanne Desmet : portrait nocturne ;

- Lisez un ou deux poèmes de Pouchkine :

  - Prologue de Rouslan et Loudmila 
  - Je vous aimais...

- Ecrivez à partir ou dans l'ambiance de cela un texte qui parle de voyage à l'étranger, de rapport avec une langue étrangère.

P.S. Le poème qu'on entend dans le reportage est ici :
http://milema.canalblog.com/archives/2012/02/07/23462349.html

On l'entend, en russe, complet, ici :
https://www.youtube.com/watch?v=Nh9kDp4arh4

 

AEV 1516-08 Pouchkine consigne

 

 

13 février 2024

L'Ame voyageuse / Jean-Paul

« Toute la civilisation occidentale me dégoûte. Je n'aime que ma tente, mes chevaux et le désert ». Alexandra David-Neel (1868-1969).
 

101 ans ! C'est à croire que la haine ordinaire, ça vous conserve un homme ! Une femme en l'occurrence !
 

Isaure Chassériau et moi on n'est pas comme ça. Beaucoup plus ouvertes, accueillantes aux petits bonheurs du jour, amusées par les toponymies insolites, titillées par les situations décalées.
 

C'est pour cela que j'ai accepté de l'accompagner en Alsace après qu'elle a eu gagné le 1er prix du concours de « Circonstances », une revue féministe mais pas que dans le genre de Télérama.
 

Sept jours tous frais payés pour deux personnes, Alexandra David-Neel peut bien cracher dessus ! Isaure qui a passé plus d'un siècle enfermée dans un tableau et qui a subi à défaut d'un quadruple pontage, une ou deux résurrections a tout de suite pris date avec les organisateurs.
 

- Je souhaite aller en train de Rennes à Strasbourg et de là me rendre à Wasselonne dans une Deux chevaux de location de couleur rose, un véhicule que je laisserai à Mulhouse après avoir descendu la route des vins !
 

En Alsace il vaut mieux descendre la route des vins plutôt que les vins de la route, surtout si on conduit.
 

Le plus difficile a été de découper ce parcours à travers le Bas-Rhin et le Haut-Rhin en tronçons plus ou moins égaux en fonction des jeux auxquels ma compagne d'une semaine souhaite se livrer.
 

Le premier jour elle veut se mettre en quête de trois moustiquaires et d'un vicomte à Wasselonne, visiter le fort de Mutzig pour savoir si cette bière, la Mutzig, adoucit les mœurs.
 

 

A partir d'Otrott elle souhaite faire un détour sur le Mont Sainte-Odile où elle pense découvrir les ruines d'une ville ancienne appelée Ogalopp. Etape le soir à Obernai.
 

Le deuxième jour arrêt à Barr. Recherche d'un bistrot nommé « Chez Raymond ». Visite du château de Haut Andlau. Tant qu'à faire de boire, Haut Andlau que du vin bas de gamme ! C'est vrai c'est elle qui conduira donc c'est à moi de goûter au Gewurztraminer, au Riesling où au Sylvaner en faisant attention à ce que le Pinot ne me rende pas ou trop grise ou trop noire !
- Comment elle est faite cette carte ? On ne voit pas de localité portant le nom de ces breuvages !
 

Déjeunera t-on d'une choucroute à Itterswiller ou Blienschwiller ? Comment sera l'hôtel à Scherwiller ? Scherwiller pour ce que c'est Willer ? On s'en fiche, c'est tout frais payés par le journal « Circonstances » ce voyage !
 

L'essentiel est bien qu'avec tous ces nom à coucher dehors on trouve quand même un toit pour nous héberger le soir !
 

Le troisième jour à Châtenois visite du musée des poupées cigognes.
Déjeuner - encore de la choucroute !? - à Ribeauvillé.
Nuit à Kaysersberg après avoir écouté à l'auditorium local un concerto pour piano de Beethoven, le numéro 5 appelé L’Empereur.
 

Le 4e et le 5e jour sont consacrés à la visite de Colmar dont les habitants ne s'appellent pas les Colmarrants et c'est bien dommage.
 

- Je tiens à visiter le musée du chemin de fer ! ai-je exigé. Toutes ces locomotives à vapeur, ces chefs de gare empaillés, ces tickets de quai, ces indicateurs Chaix, je ne vais pas dire que c'était mieux avant mais au moins c'était quand même autre chose que de passer deux heures sur SNCF-Connect pour acheter un aller-retour Rennes Lyon et qu'on t'enverra le billet de retour quatre jours avant le départ du train. Faut-il que j'emmène mon imprimante et mon ordinateur à Lyon ? Ou que je fasse comme tout le monde en mettant toute ma vie dans mon téléphone portable ?
 

- Moi je veux voir la Collection Schlumpf au musée de l'auto, répond Isaure. Le Schlumpf grognon, le Grand Schlumpf, Michael Schlumpfmacher…
 

- Et le musée Bartholdi ! Et celui du textile ! Et celui du jouet !

- Est-ce qu'il y a des gens qui vivent et travaillent à Colmar ?
 

- Oui : les gardiens de musée !
 

Le 6e jour arrêt pour boire un ballon à Guebwiller et depuis Tann on prendra l'autoroute pour dormir à Mulhouse.
 

Le 7e jour on visitera le parc botanique, on rendra la voiture, on essaiera de trouver un restaurant indien parce que la choucroute tous les jours, ça commence à bien faire !
 

Et après en rentrant à Rennes Isaure se remettra à boire du vin blanc et moi je ne boirai plus que de l'eau.

Est-ce qu'on aura trouvé pour chacune de nous une coiffe alsacienne typique pour pouvoir faire les idiotes au carnaval de Rennes ?
 

Comment ? Il a déjà eu lieu ? Zut on l'a raté à cause de ces préparatifs et de l'excitation du voyage !
 

Signé : Marie Drabutin-Chantal, marquise et voyageuse de Cesson-Sévigné

20 février 2024

B comme Burelé / Adrienne

– Espèce de marinier des étangs ! Samouraï des Caraïbes ! Œuf d’uraète ! Esturgeon ignifugé ! Écrivain d’erratum !

 

– Calmez-vous, Capitaine !

 

– Pacha de bowling ! Bonsaï burelé !

 

***

 

P.S. : Le mot "burelé", que je ne connaissais pas, m’a fait penser à tous ces autres mots que j’ai appris grâce aux injures du Capitaine !

26 mars 2024

Ran Plan Ran Pataplan ! / Jean-Paul

 

On ne sait plus qui a eu cette idée folle de lui offrir un tambour à Richard. Peut-être bien était-ce grand-père, par vengeance ou par frustration ? Va savoir si le vieux  n'a pas rêvé toute sa vie de faire « Ran plan ran pataplan » pour faire l'intéressant auprès de ses parents ?

 

 

 

Parce que pour séduire les filles c'est plutôt râpé ! Pas très glamour, la peau tendue et les baguettes ! Aux trois jeunes tambours qui reviennent de guerre la Madelon qui sert à boire préfère toujours l'officier à moustaches avec son grand sabre de fer, ou même de bois, et sa grosse voix de Mick Jagger. C’est une tradition qui s’est perpétuée au point que de nos jours on est bien en peine de citer le nom d'un batteur célèbre. Adieu les Keith Moon, Ringo Starr, Charlie Watts, Billy Cobham, Christian Vander, Phil Collins et Nick Mason de la grande époque ! Aujourd'hui ce sont des machines qui rythment la musique. Remballe tes fûts, beau militaire !

 

Et pourtant, même sans tambour, ni trompette, grand-père a bien su conquérir grand-mère. Et il s'entendent très bien ces deux-là. Alors remballons nous aussi les histoires de frustration.

 

De toute façon Richard n'est pas là pour séduire les filles. Il est là pour faire « Ran Plan Ran Pataplan » sur son tambour. La chose qui est sûre c'est qu'il a apprécié le cadeau. Il sent qu'il va taper toute sa vie ! Merci pour tout, Grand-père, Parrain ou Tombé du ciel !

 

 

Les filles peuvent bien sauter à la corde où jouer à la baballle, ça ne le dérange pas et ça ne l'intéresse pas plus que ça, Richard. Elles peuvent bien jouer à la maman avec leur poupée de chiffon ou leur baigneur en celluloïd, il s'en fiche, Mr Tambourine-man, du réarmement démographique de la France. Ce n'est pas lui qui va s'offusquer d'un taux de natalité à 1,8 ! Le deuxième bébé des Français peut bien naître sans bras et être accusé pour cela de ne pas œuvrer à la croissance du pays, de ne pas gonfler le PIB ni les profits des grandes entreprises, cela lui chaut peu, à Richard.

 

Ran Plan Ran Pataplan !

 

Les copains peuvent bien jouer au petit soldat avec des fusils en branches de bois ramassés dans le petit bois derrière chez moi et répondre ainsi à la préoccupation permanente des gouvernants : « Envoyons des troupes au front ! Envoyons des troupes au front ! ». Et alors quoi ? Elle sent le pâté, la chute des reins ? Ce ne serait pas mieux d'envoyer les troupes à la croupe si on veut botter les fesses à Poutine ou combattre le Djihad islamique ukrainien ?

 

Ran Plan Ran Pataplan !

 

 

Richard s'en bat les flanc que le cousin de Paris, avec sa belle tenue et son fusil « pareil qu’un vrai », défile comme à la parade devant Grand-papa. La cousine Yvonne est bien rigolote avec son shako, ses épaulettes, ses bottes et son sabre mais ce n'est pas demain la veille qu'on va accepter des femmes dans la grande muette. Les femmes et « muette », c'est incompatible, non ?

 

 

Bien sûr cette saillie ne tient pas compte de grand-mère. Elle est la seule qui sache faire lâcher ses baguettes au tambourineur fou. Dans la façon qu'elle a de lire et de raconter des histoires il y a quelque chose d'apaisant, de divin, de mystique, de mystérieux. Du reste il paraît que « mystère » est le nom d'un spectacle qu'on jouait autrefois sur les parvis d'église. Même le chat Mistigri s'abstient de jouer avec les pelotes de laine qui traînent par terre quand grand-mère conte aux petits.

 

 

 

Mais aussitôt que l'histoire est finie Richard reprend son tambour et sort casser les oreilles aux joueur de quilles, aux joueurs de cartes qui paradoxalement lui demandent… de jouer des flûtes ! Ils ne comprennent donc pas que sa passion pour le tambour, ce n’est pas du pipeau ?

 

Ran Plan Ran Pataplan !

 

***

 

 

- Il est vraiment pas bien, ton gamin ! dit Marinette à sa sœur qu’elle est venue aider pour les travaux des champs. Ça ne s’arrange pas, cette manie de jouer du tambour tout le temps !

 

- Tu crois que quelque chose le taraude ? demande la maman de Richard. Peut-être est-il simplement musicien dans l'âme et que si toi tu positivais plus souvent,  Marinette, tu jouerais le 2, le 5, le 20 et le 17 dans le quarté-plus de dimanche prochain. Peut-être que tu gagnerais, pour une fois ?

 

- Mouais. Si jamais cela arrivait, je l'aurais dans le désordre à tous les coups !

 

Ran Plan Ran Pataplan !

 

 

20 février 2024

L’Arrogance de l’uraète / Marie-Thé

 

A l’aube ce matin, l’aigle du pic d’Aneto quitte fièrement son aire après avoir constaté que sa bien-aimée avait pondu un œuf d’une taille impressionnante.

Les ailes déployées, l’œil attentif à l’animal qui pourrait servir de petit déjeuner à la mère de son futur aiglon, il vogue au-dessus des Pyrénées en glatissant et trompetant à tue-tête.

Il clame :

- Admirez-moi, regardez-moi, circaètes, gangas, bouquetins, isards et autres animaux ! Je vais être le père du plus bel oiseau du monde ! Mon aiglon sera un aigle royal admiré par vous tous. Ses ailes, développées dans le ciel azur vous émerveilleront. Son cri sera aussi doux qu’un oratorio del Cavaliere. Les faibles craindront son bec acéré. Son vol sera un spectacle féérique. Les hommes, ces animaux si fiers de leur intelligence, viendront contempler ses déplacements dans le ciel azur. Ils écouteront sa musique mélodieuse et filmeront son vol élégant pour le montrer aux autres humains. »

Notre aigle ne se sent plus de joie. Il tourne, virevolte, déploie ses ailes sous le regard envieux de la faune pyrénéenne.

Le ganga ou la gélinotte des Pyrénées

Exhiber sa fierté, son arrogance, cela lui fait perdre la boussole. Il ne voit pas l’éolienne qui le bouscule avec des pales beaucoup plus grandes que ses ailes déployées.

Il atterrit brutalement sur un humble petit bonsaï qui amortit un peu sa chute et lui dit : « Rien ne sert de frimer, Uraète, tu auras toujours besoin d’un plus petit que toi ! ».

Tout penaud, notre aigle, un peu moins royal, reprend son envol avec humilité.

AEV 2324-20 Marie-Thé - Bonsaï

24 septembre 2024

Consigne d'écriture 2425-03 du 24 septembre 2024 : Mots de deux syllabes

 

Les Mots de deux syllabes

 


L'animateur distribue à chaque écrivant-e une monographie de la collection "Regards sur la peinture" consacrée à un peintre.


Il demande de faire parler un personnage d'un tableau ou de décrire un paysage ou une scène ou de raconter une histoire à partir de ce tableau (ou de plusieurs tableaux).
 

 

Mais attention ! Vous ne devez utiliser pour cela que des mots de une ou deux syllabes, pas plus !
 

 

Il y a une tolérance pour les noms féminins, adjectifs ou verbes qui se terminent par un e muet. "Demande", "consigne", "peinture" sont acceptés mais "demander", "critiquer" et "orangé" sont interdits.
 

Les monographies distribuées concernaient Botticelli, Bruegel, Canaletto, Le Caravage, Le Douanier Rousseau, Cézanne, Gauguin, Léonard de Vinci, Manet, Monet, Renoir, Seurat, Toulouse-Lautrec et Van Gogh.

 

 

N.B. Nos écrivantes en ligne  peuvent choisir un tableau d'un de ces peintres ou d'un autre peintre de leur choix puis respecter le reste de la consigne. 

20 janvier 2026

Rencontre éphémère / Marie-Thé

 

Mardi soir

Les mains dans les poches de son jean, les cheveux bruns dépassant de sa casquette gavroche, un sac à dos bourré de documents, José furète, comme tous les mardis, en traversant le quartier de Villejean, l’œil attentif à toutes celles qui circulent autour de lui.

***

15 ans plus tôt

Au stade rennais, le match Rennes-PSG bat son plein. A la mi-temps, José est attiré par l’allure originale de sa jolie voisine, qui est aussi excitée que lui par le déroulement du match. Le visage rond entouré de deux tresses serrées au-dessus de ses oreilles comme des macarons, un corps potelé sous une robe cintrée et décolletée, elle lui fait penser au tableau d’Isaure Chassériau, une œuvre d’Amaury-Duval exposée au musée des beaux-arts à Rennes.

 


Lorsque José se rend compte que l’homme qui l’accompagne s’est absenté un moment, il se tourne vers sa jolie voisine qui mange une pomme bien ronde et aussi rouge que ses joues quand il lui adresse la parole. 

-  Je ne peux pas vous parler, je suis surveillée par mon mari et il est très jaloux. ».

A la sortie du match, c’est une véritable cacophonie, chacun jouant des coudes pour sortir au plus vite du Roazhon Park. Emportés par la foule, ils se revoient, se sourient l’espace d’un instant, puis la foule les éloigne l’un de l’autre. Un peu déçu, José rejoint sa voiture rapidement. Il pleut et il fait nuit, c’est un moment où il n’est pas question de traîner.

***

Depuis cette rencontre éphémère, lors des journées du patrimoine, José visite le musée des Beaux-arts pour découvrir les nouveautés de l’année. Il ne manque jamais de faire une pause devant le fameux tableau d’Isaure Chassériau et il repense à son sosie.

***

C’est une longue histoire pour José l’écrivain. Depuis cette date, Isaure fait partie des personnages de ses récits. Lorsqu’il se promène dans la ville, il échafaude des romans sur la fille du match et ne désespère pas de la retrouver un jour.

20 janvier 2026

Sous la paupière du monde / Marie Sylvie

 


Il y a des soirs 
Où le monde semble tenir sur une brindille
Fragile et pourtant étonnamment solide
Comme si la vie avait décidé de se reposer sur l'infime pour mieux respirer.
Je marche lentement
L'échine offerte au vent 
Et chaque pas me rapproche d'un rivage intérieur que je croyais perdu.

 

Autour de moi 
Le brouillard se lève en nappes douces 
Comme une paupière géante qui hésite entre le sommeil et l'éveil.
Dans cette demi-lumière
Les choses se dévoilent autrement :
Un arbre devient un veilleur
Une pierre un confident
Un souffle un secret.
Une corneille traverse l'air
Noire et précise
Tel un trait d'encre sur une page blanche.
Elle me rappelle que même les ombres savent voler.

 

Je m'arrête près d'un tronc couvert de lichen 
Cette écriture végétale qui ne s'efface jamais.
J'y lis des traces anciennes
Presque des souvenirs que la forêt conserve pour ceux qui ont oublié comment écouter.
Le feuillage murmure 
Et je comprends soudain que je ne suis pas seule :
Quelque part 
Un drone invisible me survole
Témoin mécanique de ma lente dérive.
Mais sa présence ne m'inquiète pas.
Elle me rappelle seulement que le monde me regarde
Même lorsque je me sens cachée.

 

Alors je ferme les yeux une minute
Juste une
Et je laisse monter en moi une oasis silencieuse.
Une source.
Une clairière.
Un lieu où l'âme peut s'asseoir.
Lorsque je les rouvre la lune s'est glissée entre deux nuages
Discrète telle une confidence.
Elle éclaire mon visage tel un miroir céleste 
Révélant ce que je ne savais plus nommer.

 

Je pense à Aurore
Ce prénom qui porte en lui la promesse d'un recommencement.
Peut-être que chaque nuit est une aurore inversée
Une façon de renaître dans l'obscurité avant de retrouver la lumière.
Peut-être que nous sommes tous cachés quelque part
Dans un placard
Dans un rêve
Dans un mot
En attente de notre propre lever du jour.

 

Alors je reprends ma marche
Plus lente encore
Comme si chaque pas écrivait une phrase que le monde lirait demain.
Et je me dis que tant que je pourrai sentir la douceur d'un lichen
Entendre le froissement d'un feuillage
Suivre la trajectoire d'une corneille
Ou simplement lever les yeux vers la lune
Je ne serai jamais vraiment perdue

 

Car tout
Absolument tout
Veille sur moi.

 

***

 

Mots commençant par une voyelle :

Éclat - Oasis - Utopie 

 

Prénom :

Éléa - Ismaël - Aurore 

 

Partie du corps humain :

Paupière - Échine - Pouls 

 

Champ lexical végétal :

Lichen - Écorce - Brindille 

 

Nombre de lettres pair :

Lune - Rivage - Fantôme 

 

Compléter la phrase : Je suis surveillé par un, une ou des ...

Drone - Corneille - Souvenir 

 

On entend dans le mot le nom d'une note de musique :

Do-maine - Ré-alité - Mi-roir 

 

Les trois premières lettres de votre mot forment un autre mot :

Laisser - Porter - Rivage 

 

Compléter la phrase : Je suis caché dans un, une ou des :

Brouillard - Feuillage  - Placard 

27 janvier 2026

Paris jadis / Jean-Paul

 

Ça aurait pu être exaltant, Paris, mais le type n'avait que vingt ans. Les Champs-Élysées, la tour Eiffel, le Louvre n'exerçaient aucun attrait spécial sur lui bien qu'il vînt de province. D'ailleurs, il y retournait chaque fin de semaine dans sa famille, là-haut dans le Pas-de-Calais. Car c'est là qu'il avait ses potes. Enfin, les potes de son frère avec qui il faisait de la musique dans son plat pays. Oui, c'est vrai, ils jouaient comme des brêles. Guitariste-chanteur, électrique la guitare, progressive la musique, on se demande bien pourquoi puisque ces vingtenaires des années 70, bien que sympathiques, ne se projetaient nulle part. Aucune envie de succès

 

Allez comprendre comment et pourquoi ce même individu, cinquante ans plus tard, en est rendu à écrire des partitions pour l'accordéon et est hanté de toute son âme par le fantôme d'Isaure Chassériau, une bourgeoise du XIXe siècle peinte de façon académique par un disciple d'Ingres. Pourquoi se demande-t-il, devant cette image de l'Institut ou siège l'Académie française, si c'est le grand père de la fille en rose, Alexandre Duval, qui traverse dans les clous d'un Paris curieusement désert.

 

 

 

 

Il n'y aurait rien de nostalgique dans un retour à Paris, juste les pèlerinages idiots du blogueur qu'il est devenu et qui s'est passionné un temps pour la rencontre de Verlaine et Rimbaud chez les Mauté de Fleurville, rue Nicolet. Une autre déambulation quelque peu gnangnan pousserait ses pas vers l'impasse Florimont où un autre maître du langage et de la chanson, Georges Brassens, trouva un refuge assez longtemps pour y pondre des rengaines devenues peut-être immortelles. Sauf que ses ritournelles, à l'heure du rap et du hip-hop apparaissent vraiment vieux jeu aux jeunes habitants actuels de Paname. Et d'ailleurs qui connaît encore aujourd'hui Ménilmuche ou Pantruche ? Qui cause en argomuche dans un tabac-buvette sur un fond de piano à bretelles ? Même le juke-box a disparu !

 

Qu'est ce qui restera de la capitale dans le cœur de ce Ch'ti finalement exilé en Bretagne ? Pas de fêtes grandioses, pas d'amours capitales dans le petit studio, mais du temps incroyable dépensé à s’en mettre plein les yeux dans les cinémas du quartier latin ou de Montparnasse, dans les salles de concerts de rock où l'on envoie du son bien fort, où l'on entend tout un monde de gloires à cheveux longs devenus aujourd'hui d'énormes dinosaures chauves.

 

Il ne s'étonne pas que les choses aient tourné au profit d'une blonde unique : c'est le lot de chacun. Il ne regrette pas toutes ces rues incertaines dans lesquelles Patrick Modiano a fait sonner dans ses romans les échos d’époques moins glorieuses. Sous le ciel de Paris, la Seine suit son cours, Bruant ne brame plus dans le fameux Chat noir. On ne s'étonne plus des choses qui adviennent.

 

Mais loin des lumières de Paris, les printemps sont aussi très jolis en province. L'air est plus pur, l'esprit ne perd rien ne change, on rigole et maintenant on passe sa vie en vacances. Alors, d'une certaine manière, sur ces années de brume, sur cette période irisée, flottante, il ne versera pas de larmes, n'éprouvera pas de douleur posthume. C’était une étape, un tremplin. Dans ce musée à ciel ouvert, il n'a été qu'un visiteur parmi d'autres.

27 janvier 2026

Chapeau Laszlo ! / Adrienne

 

 

Ils abondent, les dessins que grand-oncle Laszlo a réalisés à Paris, mais allez savoir pourquoi, malgré leur succès à une époque lointaine et malgré leur évidente qualité, aucun musée n’en montre à ses visiteurs.


Le seul et unique Laszlo qu’on y connaisse est son compatriote et contemporain Laszlo Elkan, le photographe.


On y voit pourtant son amour et son attrait pour la capitale française.


Le ciel y est toujours bleu, la Seine irisée, les quais fleuris et la tour Eiffel souveraine.


C’est la lumière de Paris au printemps.


Les rues ont cet air nostalgique du Paname des chansons et on s’étonne presque de ne pas entendre quelque ritournelle à l’accordéon.

 

Alors oui, il était bien temps de lui donner la place qui lui revient, au grand-oncle Lazlo, et que le monde voie ces œuvres.

***

Il y a 36 mots de la liste dans ce billet.

La source de l’illustration est ici.


Le pauvre Laszlo n’a même pas (encore) sa page wikipédia 😊

 

27 janvier 2026

Une Échappée à Paname au printemps / Marie Sylvie

 


C'était un matin de Printemps,
Celui qui s'ouvre tel une promesse
Avec l'air tiède qui caresse les joues 
Et les pavés encore humides de la veille.
Les vacances avaient commencé  sans programme,
Sans carte,
Sans boussole.
Juste une envie :
Marcher,
Flâner,
Se laisser surprendre.
Paris m'appelait 
Non pas comme une destination
Mais comme une respiration.

 

Je suis descendue à Montmartre,
Guidée par une intuition plus que par un itinéraire.
Les yeux encore ensommeillés,
J'ai suivi les pas des visiteurs,
Ces silhouettes lentes qui s'arrêtent devant chaque vitrine,
Chaque façade,
Comme si le temps s'était suspendu.
Là, dans une petite "Gasse" sur la Butte,
Un peintre en béret posait ses couleurs sur une toile,
Et un enfant regardait, 
Bouche entrouverte, 
Comme devant un miracle.

 

L'accordéon d'un vieux monsieur résonnait à quelques mètres,
Jouant une chanson que je ne connaissais pas
Mais que mon cœur reconnaissait.

 

Paname, dans sa robe de lumière,
M'enlaçait doucement.

 

Je suis montée vers le Sacré-Cœur,
Cette église qui veille sur la ville comme une mère silencieuse.
Les marches m'ont essoufflée,
Mais chaque palier offrait une vue plus vaste,
Plus vertigineuse.
Là-haut, Paris s'étalait, 
Immense et intime à la fois.
La Capitale semblait respirer sous mes pieds
Avec ses toits gris,
Ses cheminés,
Ses murmures.
J'ai pensé à tous ceux qui l'avaient aimée avant moi,
À ceux qui y avaient pleuré,
Ri,
Chanté.
Une nostalgie douce m'a envahie
Comme une larme qui ne tombe pas
Mais qui reste suspendue au bord du regard.

 

Je suis redescendue vers la Seine,
Ce fleuve qui ne juge pas,
Qui emporte les secrets et les rêves.
Les péniches glissaient lentement
Et les ponts semblaient raconter des histoires anciennes.
J'ai croisé des amoureux,
Des solitaires,
Des groupes bruyants,
Des silences habités.
Paris est ce théâtre où chacun joue son rôle sans costume,
Sans texte,
Juste avec ses émotions à vif.

 

 

Puis au détour d'une rue
La Tour Eiffel est survenue comme une apparition.
Elle ne m'a pas impressionnée
Elle m'a émue.
Elle était là, fidèle,
Plantée dans le ciel,
Témoin de tant de vies.
J'ai pensée à toutes les cartes postales,
À tous les clichés
Et pourtant la voir là
Dans l'instant
C'était autre chose.
C'était une rencontre.

 

Le jour s'est étiré comme une mélodie lente.
J'ai marché sans fatigue,
Portée par une joie tranquille.
Les cafés débordaient de rires,
Les terrasses vibraient
Et moi 
Je me suis sentie accueillie
Comme si Paris m'avait reconnue.

 

Le soir venu je me suis assise sur un banc
Près du canal Saint-Martin.
Un jeune homme jouait des musiques 
Et une vieille femme chantait  doucement.
Les larmes me sont venues 
Sans tristesse
Juste comme un trop plein de beauté.
J'étais là, dans la ville monde,
Dans la ville mémoire,
Dans la ville chanson

 

Et je me suis dit :
Paris ne se visite pas.
Elle se vit.
Elle se respire.
Elle se pleure.
Elle se chante.

 

Et moi, simple passante,
J'ai eu le privilège d'y improviser une journée de grâce.

 

27 janvier 2026

Paname / Marie-Thé

 

Tôt ce matin nous prenons le train pour une journée à Paris, une grande aventure pour nous provinciaux qui n’avons jamais mis les pieds dans la capitale.

Inséparables depuis l’école primaire, Félix, Augustin et moi en discutons depuis des semaines et aujourd’hui, c’est le grand jour ! Tout excités, pendant le voyage, on se raconte des histoires, on rit beaucoup, on somnole.

Sur les quais de Montparnasse, dès la descente du wagon, moment de panique, nous sommes emportés par la foule qui nous entraîne et nous éloigne les uns des autres…

 

A la sortie de la gare, on se retrouve enfin tous les trois. C’est sur un air d’accordéon qui résonne dans les couloirs du métro que nous nous rendons aux Champs-Elysées, première étape de notre voyage.

Café et croissants chauds dégustés sur la terrasse d’un bistro, nous voilà détendus, heureux, prêts à profiter de cette journée à Paris, un projet rêvé enfin réalisé.


Avec nos grosses chaussures de marche, nos anoraks et nos sacs à dos, nous nous sentons un peu décalés lorsqu’on se rend compte que « les p’tites femmes de Paris » portent des talons hauts et un p’tit bibi sur des coiffures sophistiquées. Les hommes eux, sont en costume élégant.

Rien ne nous échappe. En arrivant à l’Arc de Triomphe, c’est grandiose ! Félix prend des notes. Je sors mon Kodak pour immortaliser ce moment d’émerveillement, pendant qu’Augustin croque quelques passants sur son carnet de dessin.


Reprendre le métro devient facile et nous voilà dans le vieux quartier du Sacré-Cœur. Puis, sur la place du Tertre, des artistes peintres insistent pour nous tirer le portrait.

Il est à peine midi, juste le temps de flâner un peu avant de s’attabler dans un petit restaurant pour manger le plat du jour, une entrecôte-frites sauce au poivre qui réveille nos papilles.

Un homme barbu, coiffé d’un chapeau de cow-boy, passe entre les tables avec un piano à bretelles en chantant des airs de Jean-Roger Caussimon et d’autres vieux refrains comme « Ménilmontant » de Charles Trénet.

Après une flânerie le long de la Seine où les bouquinistes attirent les badauds, le quartier du Moulin rouge nous surprend par le calme qui y règne à cette heure du jour.

 

Enfin, la Tour Eiffel telle que nous l’imaginions. Sa stature et son élégance, nous impressionnent.

C’est par une pause dans un café de Montparnasse que s’achève notre périple parisien. Sur le quai de la gare, en cherchant notre wagon, Félix, Augustin et moi chantons « Ils ont des chapeaux ronds, Vive les Bretons ».

Dans le train du retour, épuisés, nous dormons jusqu’au terminus en rêvant de revivre une autre journée aussi exaltante.

 

27 janvier 2026

Lire / Anne J.

 

 


J’ai déjà raconté, dans cet atelier d’écriture ou ailleurs, ma découverte de la lecture à l’âge de six ans, le jour où ma mère m’a inscrite à la bibliothèque du quartier, me donnant ainsi accès à un monde fabuleux et quasi inépuisable de livres.

 

J’ai déjà parlé de ce fantasme absolu de commencer la lecture par les livres répertoriés sous la lettre A et de m’acheminer mois après mois jusqu’à la lettre Z dans la partie réservée aux enfants. Et je vous ai déjà conté mes longues après-midis adolescentes à lire un livre entier, tranquille à la table du fond jusqu’à ce que résonne la sonnerie annonçant la fermeture…

 

Lire sur un banc public dans la rue ou dans un parc où s’ébattent bambins et canards est une expérience qui m’a toujours tentée mais que j’ai peu essayée, du moins pas plus de cinq minutes en attendant un rendez-vous

 

J’aimerais être encore cette jolie blonde qui attend l’unique objet de son désir. Nul ne sait si elle ne feuillette pas le catalogue de ses prochaines vacances pour savoir si cela vaut la peine de savourer l’automne dans un pays lointain, et de bercer sa peine, comme l’ami Verlaine, des sanglots d’un violon ?

 

C’est peut-être vieux jeu de s’asseoir dans les villages à la terrasse d’un café pour lire sur les visages des visiteurs du lieu, un vieux château du XVIième, leur admiration pour les petites tourelles décorées et les fenêtres à meneaux. Mais notre jolie blonde, qui sait, lit peut-être un magazine scientifique ardu en vue d’un examen tout proche ? Ou penche-t-elle ses jolis yeux sur un feuilleton de gare ou un livre coquin qui la fait rêver ?

 

En tout cas elle est là pour être vue en train de lire dans cette ruelle : elle ne verrait aucun inconvénient à ce que l’on admire ses longues jambes nues qui dansent sous son jupon blanc. Coquine la demoiselle ?

 

J’aime lire à tous moments de la journée, du petit déjeuner, souvent en anglais et sur ma liseuse au soir dans mon lit calée sur deux oreillers avec un beau volume sur l’estomac. Depuis longtemps déjà je m’endors quasiment tous les soirs le nez sur la page en cours au bout de dix pages de lecture et je me réveille dix ou quinze minutes après, ce qui ne m’empêche pas de reprendre là où j’en étais pour sombrer à nouveau avant d’avoir atteint la page suivante.

 

Je lis à table si je mange seule, ce qui est une revanche sur mon enfance : j’aurais bien voulu faire çà mais ça ne se faisait pas d’adosser son livre à son verre à table.

 

Je lis dans le train faisant ici un peu « has been» dans un compartiment où 90 % des passagers ont le nez sur leur téléphone.

 

Je lis dans les salles d’attente, non pas les rares magazines people mais mon roman en cours.

 

Et quand je ne lis pas, il m’arrive d’écouter des podcasts de livres en cuisinant ou en cousant.

 

Rassurez-vous, il existe encore des endroits où je délaisse les livres : je ne lis pas sous la douche, je ne lis pas en conduisant et pas non plus en faisant mon jardin.

 

Et il me reste un regret : quand je suis partie à la retraite, il y a déjà plus de dix ans, je caressais l’idée de passer des après-midis à la médiathèque pour y lire des journaux ou d’autres ouvrages, je me disais que j’aurais le temps : que nenni, je n’ai pas encore trouvé ce temps là !

 

Allez, je vous quitte, j’ai un livre passionnant qui m’attend ! Kenavo !

3 février 2026

Consigne d'écriture AEV 2526-16 du mardi 3 février 2026

 

Les Lettrines de Gini Barris

 

 

Nous travaillons ce jour à partir d’un disque vinyle du groupe King Crimson intitulé Lizard (Le lézard) ; les illustrations de la pochette sont de Mme Gini Barris.

Nous décidons de les considérer comme des lettrines. Votre texte devra donc démarrer par la lettre K,I,N,G,C,R,I,M,S,O ou N.

Votre inspiration viendra de ce qui est représenté sur la lettrine ou des titres des morceaux de l’album donnés ci-dessous :


Le Cirque (comprenant l’Entrée des caméléons) - Jeux d’intérieur - Une famille heureuse - La dame des eaux dansantes - Le lézard - Les réveils du prince Robert - Boléro : le conte du paon (ou de la paonne) - La bataille des larmes de verre - La chanson de l’aube - La dernière escarmouche - Lamentation du prince Robert - Le grand sommet

 

Toutes les cinq minutes vous recevrez une nouvelle lettrine, soit pour votre inspiration, soit pour débuter un nouveau paragraphe.

 

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3 février 2026

Les Lettrines de Gini Barris / Jean-Paul

 

 

 

 

 

l se pourrait bien, ce soir, que nous allions faire un voyage dans le passé. Avec un i comme iconoclaste, le voyage, bourré d’anachronismes, richement décoré de fioritures irlandaises, enluminé ainsi qu’un manuscrit du Moyen-âge pour illustrer les riches heures des années 1960 et 1970.

 

Sur une mer tranquille, dans un crépuscule rouge et orange, de drôles de bateaux mélangent les époques : un steamer à vapeur, deux drakkars, deux voiliers à trois-mâts flottent parmi les dauphins et ne semblent pas surpris de côtoyer un grand serpent de mer. A l’avant-plan, sur des planches comme à Deauville, les Beatles, quatre garçons qui furent dans le vent entre 1963 et 1969 ont installé le cirque de leur exubérance. Ringo Starr, torse nu, tient le rôle du clown : bretelles rouges, pantalon à damier noir et jaune, chaussures trop grandes. Le magicien Lennon fait sortir Yoko Ono d’un pot de fleurs. Paul McCartney arbore sa barbe de la période « Let it be » et le maharashtri Harrison pratique le très fameux « Yoga de la narine ».

 

 

 

 

n ne s’étonnera pas, après cette entrée des caméléons modernes des années 70 de repartir au Moyen-âge en compagnie de deux musiciens et d’une jongleuse. C’est O comme olifant, c’est un lac en Écosse écrasé de soleil, c’est la chanson de l’aube jouée sur le cromorne ou sur le psaltérion, ce sont des collants bicolores pour une petite fée rousse.

 

S’ils ont lien de parenté, il pourrait bien s’agir d’une famille heureuse en route vers le château pour gagner quelques liards contre des pitreries, pour agrémenter de jeux d’intérieur les lamentations du prince Robert.

 

 

 

 

ul ne sait pourquoi le fils du roi n’a plus de joie. Lui a-t-on fait le coup de la paonne ou bien au contraire se sent-il délaissé par les dames de la cour du roi Pourpre ?

 

Un dragon vole dans le ciel . Se trouve-t-on ici dans une version de la légende de Saint-Georges où, plutôt qu’une princesse, c’est le fils du roi qui est offert en tribut à la bête ?

 

 

 

 

 

 

 

 

ais voilà, il y a tant de motifs celtiques et d’entrelacs vicieux sur cette pochette de disque vinyle que le soldat romain s’est égaré. Saint-Georges a rencontré la Mort en chemin et celle-ci, en cheminant à ses côtés, l’a mis en garde :

 

- Ne crois pas, mon bonhomme, qu’il n’y aura pas de lézard sur la voie que tu as choisie car à combattre le mal au nom d’une religion on n’est jamais certain d’atteindre un jour le grand sommet. Il y a toujours, crois-moi, un acmé aux actions - la Mort abuse parfois du vocabulaire médical ! – et ce combat avec le dragon de Silène sera sans doute pour toi la dernière escarmouche. Ou l’avant-dernière. Je continue ma route. Tu me retrouveras bientôt sous un autre coup de Lune.

 

***

 

Il convient de conclure ce voyage temporel par un étonnement. Toute la débauche d’électronique et d’électricité qui a envahi la musique dans le dernier tiers du XXe siècle est quasiment absente de la pochette du disque « Lizard » de King Crimson d’où sont extraites ces lettrines. N’est-ce pas déjà un appel, de la part de l’artiste, à revenir à un monde acoustique, enfantin, coloré, de joueurs de luth et de princesses, d’acrobates de cirque, de carnaval joyeux et de lutins facétieux ?

 

A moins que les images n’aient été lues dans le désordre et que dans le « N » final de King Crimson ne soit glorifiée la guitare électrique de Robert Fripp ?

 

En tout cas, si l’illustratrice, Gini Barris, a voulu représenter Jimi Hendrix, elle s’est plantée : l’homme qui mettait le feu à sa guitare était gaucher et elle a dessiné un droitier !

 

 

P.S. J’ai lu après avoir écrit ce texte que les illustrations ont été composées à partir des seules paroles des chansons, sans écoute de la musique par l'illustratrice !

3 février 2026

Lettrines / Anne J.

 

 

 

 

népuisables danseurs, nous dansons, agitons nos clochettes

 

et séduisons les gentes demoiselles,

 

partagés que nous sommes

 

entre le monde d’hier et le monde d'aujourd'hui.

 

Dernière escarmouche avant la fin de notre monde ?

 

La fin de nos châteaux forts et de nos villes de marchands ?

 

La fin d'un monde ou la fin de tous les mondes ?

 

***

 

 

 

 

alheur à nous, pauvres mortels !

 

Finie pour nous, la chanson de l’aube !

 

Déjà l’Ankou chevauche à nos cotés

 

Et nous ne le voyons pas.

 

C’est déjà la fin de la chevauchée,

 

La chute inévitable.

 

La main de l’Ankou s’accroche à notre manche.

 

Adieu, Mortel !

 

***

 

 

 

 

 

i belle soit la vie,

 

Enivrés de parfums capiteux,

 

Assis sur de somptueuses soieries

 

Au sommet des soirées licencieuses,

 

Le temps poursuit sa course.

 

Lamente toi, sinistre chevalier !

 

Ôte ton armure

 

Et profite du temps

 

Tant qu’il y en a encore !

 

***

 

 

 

 

 

arpe Diem, place au cirque !

 

Que la fête commence

 

Au carnaval du monde !

 

3 février 2026

Le Grand sommet / Marie Sylvie

 

On ne devient lumière 
qu'en traversant la nuit qui nous habite...

 

 

 

 

 

 

ontant vers les hauteurs, 

Drapé de noir 

Magnor avait le visage fermé 

Tel une porte que l'on a trop longtemps claquée.

 

Sous lui le cheval blanc avançait 

Avec une raideur presque douloureuse

Comme si la bête portait elle aussi le fardeau de ce prince 

Que son peuple ne reconnaissait plus.

 

La nuit vaste et silencieuse

Semblait absorber chaque pas

Chaque souffle

Chaque regret.

 

 

Il ne fuyait pas.

Il s'exilait.

 

 

Depuis des mois 

Les regards se détournaient de lui.

On murmurait qu'il avait perdu le cœur

Qu'il ne voyait plus les hommes 

Mais seulement les fautes.

Magnor avait gouverné comme on brandit une épée :

Droit

Froid

Tranchant.

Et maintenant il gravissait Le Grand Sommet

Pour accomplir l'épreuve que nul ne pouvait faire à sa place.

 

Le chemin était rude.

Les pierres coupaient

Le vent giflait

La montagne ne pardonnait rien.

Mais plus il montait plus quelque chose en lui se fissurait

Non pas de douleur

Mais d'ouverture.

 

À mi-parcours il s'arrêta.

Le cheval blanc tremblait.

Magnor posa une main sur son encolure

Et d'un geste simple

Il sentit tout ce qu'il n'avait jamais voulu voir :

Sa dureté

Sa peur

Son orgueil

Sa solitude.

Le cheval 

Miroir silencieux

Reflétait son âme.

 

Alors il comprit.

 

Ce n'était pas la montagne qu'il devait affronter.

C'était lui-même.

 

Il continua à pied.

Le manteau noir s'alourdissait à chaque pas

Comme si la nuit refusait de le laisser partir.

Mais Magnor avançait 

Porté par une volonté nouvelle

Fragile mais vraie.

 

Au sommet l'aube l'attendait.

 

Elle ne se leva pas d'un coup.

Elle naquit en lui.

 

Une chaleur douce

Un souffle clair

Une lumière qui ne venait ni du ciel ni de la terre

Mais de cet espace intérieur qu'il n'avait jamais osé ouvrir.

Le manteau noir glissa des épaules.

Le cheval blanc apaisé s'éloigna sans bruit

Telle une ombre que l'on remercie.

 

Lorsque Magnor redescendit 

Il n'était plus vêtu de nuit.

Ses cheveux éclaircis par la lumière

Prenaient des reflets blonds.

Son visage s'était adouci.

Et un cheval marron

Robuste et vivant

L'attendait comme un compagnon choisi

Non imposé.

 

Il enfourcha la monture.

La montagne derrière lui ne pesait plus.

Le chemin devant lui ne faisait plus peur.

 

Il n'était plus le prince que son peuple craignait.

Il devenait qu'il pourrait aimé.

 

Et Le Grand Sommet

Dans son silence immobile

Scella sa métamorphose.

 

 

 

Le sommet n'est jamais un lieu

C'est l'instant où l'on se rencontre enfin.

3 février 2026

Krakatoa ! / Adrienne

 

 

 

 

 

 

rakatoa ! fait la foudre qui tombe.

 

Krakatoa ! fait la terre qui se fend.

 

Le grand sommet tout enneigé illumine la plaine où les combattants s’affrontent sous les lamentations du prince Robert, qu’évidemment personne n’entend : ça gronde, ça crépite, ça tonnerre de Brest, ça hurle, ça cataclope… juste avant de disparaître dans le gouffre avec les feuilles encore vertes arrachées par la bourrasque, les chevaux avec les beaux harnais, les lances et les gonfanons.

 

Et pendant ce temps, comme dans la Chute d’Icare peinte par Breughel, de boer ploegt voort * : le travail des champs continue, les vaches broutent et les canards cancanent, les arbres fruitiers sont en fleur et aux roulements de tambour, le paysan préfère la flûte.

 

 

* Le proverbe "de boer hij ploegde voort", c'est un peu notre mythe de Sisyphe flamand :-) quelles que soient les circonstances et les difficultés, on poursuit sa tâche, à l'image du paysan qui travaille la terre, saison après saison.

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