« Toute la civilisation occidentale me dégoûte. Je n'aime que ma tente, mes chevaux et le désert ». Alexandra David-Neel (1868-1969).
101 ans ! C'est à croire que la haine ordinaire, ça vous conserve un homme ! Une femme en l'occurrence !
Isaure Chassériau et moi on n'est pas comme ça. Beaucoup plus ouvertes, accueillantes aux petits bonheurs du jour, amusées par les toponymies insolites, titillées par les situations décalées.
C'est pour cela que j'ai accepté de l'accompagner en Alsace après qu'elle a eu gagné le 1er prix du concours de « Circonstances », une revue féministe mais pas que dans le genre de Télérama.
Sept jours tous frais payés pour deux personnes, Alexandra David-Neel peut bien cracher dessus ! Isaure qui a passé plus d'un siècle enfermée dans un tableau et qui a subi à défaut d'un quadruple pontage, une ou deux résurrections a tout de suite pris date avec les organisateurs.
- Je souhaite aller en train de Rennes à Strasbourg et de là me rendre à Wasselonne dans une Deux chevaux de location de couleur rose, un véhicule que je laisserai à Mulhouse après avoir descendu la route des vins !
En Alsace il vaut mieux descendre la route des vins plutôt que les vins de la route, surtout si on conduit.
Le plus difficile a été de découper ce parcours à travers le Bas-Rhin et le Haut-Rhin en tronçons plus ou moins égaux en fonction des jeux auxquels ma compagne d'une semaine souhaite se livrer.
Le premier jour elle veut se mettre en quête de trois moustiquaires et d'un vicomte à Wasselonne, visiter le fort de Mutzig pour savoir si cette bière, la Mutzig, adoucit les mœurs.
A partir d'Otrott elle souhaite faire un détour sur le Mont Sainte-Odile où elle pense découvrir les ruines d'une ville ancienne appelée Ogalopp. Etape le soir à Obernai.
Le deuxième jour arrêt à Barr. Recherche d'un bistrot nommé « Chez Raymond ». Visite du château de Haut Andlau. Tant qu'à faire de boire, Haut Andlau que du vin bas de gamme ! C'est vrai c'est elle qui conduira donc c'est à moi de goûter au Gewurztraminer, au Riesling où au Sylvaner en faisant attention à ce que le Pinot ne me rende pas ou trop grise ou trop noire ! - Comment elle est faite cette carte ? On ne voit pas de localité portant le nom de ces breuvages !
Déjeunera t-on d'une choucroute à Itterswiller ou Blienschwiller ? Comment sera l'hôtel à Scherwiller ? Scherwiller pour ce que c'est Willer ? On s'en fiche, c'est tout frais payés par le journal « Circonstances » ce voyage !
L'essentiel est bien qu'avec tous ces nom à coucher dehors on trouve quand même un toit pour nous héberger le soir !
Le troisième jour à Châtenois visite du musée des poupées cigognes. Déjeuner - encore de la choucroute !? - à Ribeauvillé. Nuit à Kaysersberg après avoir écouté à l'auditorium local un concerto pour piano de Beethoven, le numéro 5 appelé L’Empereur.
Le 4e et le 5e jour sont consacrés à la visite de Colmar dont les habitants ne s'appellent pas les Colmarrants et c'est bien dommage.
- Je tiens à visiter le musée du chemin de fer ! ai-je exigé. Toutes ces locomotives à vapeur, ces chefs de gare empaillés, ces tickets de quai, ces indicateurs Chaix, je ne vais pas dire que c'était mieux avant mais au moins c'était quand même autre chose que de passer deux heures sur SNCF-Connect pour acheter un aller-retour Rennes Lyon et qu'on t'enverra le billet de retour quatre jours avant le départ du train. Faut-il que j'emmène mon imprimante et mon ordinateur à Lyon ? Ou que je fasse comme tout le monde en mettant toute ma vie dans mon téléphone portable ?
- Moi je veux voir la Collection Schlumpf au musée de l'auto, répond Isaure. Le Schlumpf grognon, le Grand Schlumpf, Michael Schlumpfmacher…
- Et le musée Bartholdi ! Et celui du textile ! Et celui du jouet !
- Est-ce qu'il y a des gens qui vivent et travaillent à Colmar ?
- Oui : les gardiens de musée !
Le 6e jour arrêt pour boire un ballon à Guebwiller et depuis Tann on prendra l'autoroute pour dormir à Mulhouse.
Le 7e jour on visitera le parc botanique, on rendra la voiture, on essaiera de trouver un restaurant indien parce que la choucroute tous les jours, ça commence à bien faire !
Et après en rentrant à Rennes Isaure se remettra à boire du vin blanc et moi je ne boirai plus que de l'eau.
Est-ce qu'on aura trouvé pour chacune de nous une coiffe alsacienne typique pour pouvoir faire les idiotes au carnaval de Rennes ?
Comment ? Il a déjà eu lieu ? Zut on l'a raté à cause de ces préparatifs et de l'excitation du voyage !
Signé : Marie Drabutin-Chantal, marquise et voyageuse de Cesson-Sévigné
On ne sait plus qui a eu cette idée folle de lui offrir un tambour à Richard. Peut-être bien était-ce grand-père, par vengeance ou par frustration ? Va savoir si le vieux n'a pas rêvé toute sa vie de faire « Ran plan ran pataplan » pour faire l'intéressant auprès de ses parents ?
Parce que pour séduire les filles c'est plutôt râpé ! Pas très glamour, la peau tendue et les baguettes ! Aux trois jeunes tambours qui reviennent de guerre la Madelon qui sert à boire préfère toujours l'officier à moustaches avec son grand sabre de fer, ou même de bois, et sa grosse voix de Mick Jagger. C’est une tradition qui s’est perpétuée au point que de nos jours on est bien en peine de citer le nom d'un batteur célèbre. Adieu les Keith Moon, Ringo Starr, Charlie Watts, Billy Cobham, Christian Vander, Phil Collins et Nick Mason de la grande époque ! Aujourd'hui ce sont des machines qui rythment la musique. Remballe tes fûts, beau militaire !
Et pourtant, même sans tambour, ni trompette, grand-père a bien su conquérir grand-mère. Et il s'entendent très bien ces deux-là. Alors remballons nous aussi les histoires de frustration.
De toute façon Richard n'est pas là pour séduire les filles. Il est là pour faire « Ran Plan Ran Pataplan » sur son tambour. La chose qui est sûre c'est qu'il a apprécié le cadeau. Il sent qu'il va taper toute sa vie ! Merci pour tout, Grand-père, Parrain ou Tombé du ciel !
Les filles peuvent bien sauter à la corde où jouer à la baballle, ça ne le dérange pas et ça ne l'intéresse pas plus que ça, Richard. Elles peuvent bien jouer à la maman avec leur poupée de chiffon ou leur baigneur en celluloïd, il s'en fiche, Mr Tambourine-man, du réarmement démographique de la France. Ce n'est pas lui qui va s'offusquer d'un taux de natalité à 1,8 ! Le deuxième bébé des Français peut bien naître sans bras et être accusé pour cela de ne pas œuvrer à la croissance du pays, de ne pas gonfler le PIB ni les profits des grandes entreprises, cela lui chaut peu, à Richard.
Ran Plan Ran Pataplan !
Les copains peuvent bien jouer au petit soldat avec des fusils en branches de bois ramassés dans le petit bois derrière chez moi et répondre ainsi à la préoccupation permanente des gouvernants : « Envoyons des troupes au front ! Envoyons des troupes au front ! ». Et alors quoi ? Elle sent le pâté, la chute des reins ? Ce ne serait pas mieux d'envoyer les troupes à la croupe si on veut botter les fesses à Poutine ou combattre le Djihad islamique ukrainien ?
Ran Plan Ran Pataplan !
Richard s'en bat les flanc que le cousin de Paris, avec sa belle tenue et son fusil « pareil qu’un vrai », défile comme à la parade devant Grand-papa. La cousine Yvonne est bien rigolote avec son shako, ses épaulettes, ses bottes et son sabre mais ce n'est pas demain la veille qu'on va accepter des femmes dans la grande muette. Les femmes et « muette », c'est incompatible, non ?
Bien sûr cette saillie ne tient pas compte de grand-mère. Elle est la seule qui sache faire lâcher ses baguettes au tambourineur fou. Dans la façon qu'elle a de lire et de raconter des histoires il y a quelque chose d'apaisant, de divin, de mystique, de mystérieux. Du reste il paraît que « mystère » est le nom d'un spectacle qu'on jouait autrefois sur les parvis d'église. Même le chat Mistigri s'abstient de jouer avec les pelotes de laine qui traînent par terre quand grand-mère conte aux petits.
Mais aussitôt que l'histoire est finie Richard reprend son tambour et sort casser les oreilles aux joueur de quilles, aux joueurs de cartes qui paradoxalement lui demandent… de jouer des flûtes ! Ils ne comprennent donc pas que sa passion pour le tambour, ce n’est pas du pipeau ?
Ran Plan Ran Pataplan !
***
- Il est vraiment pas bien, ton gamin ! dit Marinette à sa sœur qu’elle est venue aider pour les travaux des champs. Ça ne s’arrange pas, cette manie de jouer du tambour tout le temps !
- Tu crois que quelque chose le taraude ? demande la maman de Richard. Peut-être est-il simplement musicien dans l'âme et que si toi tu positivais plus souvent, Marinette, tu jouerais le 2, le 5, le 20 et le 17 dans le quarté-plus de dimanche prochain. Peut-être que tu gagnerais, pour une fois ?
- Mouais. Si jamais cela arrivait, je l'aurais dans le désordre à tous les coups !
A l’aube ce matin, l’aigle du pic d’Aneto quitte fièrement son aire après avoir constaté que sa bien-aimée avait pondu un œuf d’une taille impressionnante.
Les ailes déployées, l’œil attentif à l’animal qui pourrait servir de petit déjeuner à la mère de son futur aiglon, il vogue au-dessus des Pyrénées en glatissant et trompetant à tue-tête.
Il clame :
- Admirez-moi, regardez-moi, circaètes, gangas, bouquetins, isards et autres animaux ! Je vais être le père du plus bel oiseau du monde ! Mon aiglon sera un aigle royal admiré par vous tous. Ses ailes, développées dans le ciel azur vous émerveilleront. Son cri sera aussi doux qu’un oratorio del Cavaliere. Les faibles craindront son bec acéré. Son vol sera un spectacle féérique. Les hommes, ces animaux si fiers de leur intelligence, viendront contempler ses déplacements dans le ciel azur. Ils écouteront sa musique mélodieuse et filmeront son vol élégant pour le montrer aux autres humains. »
Notre aigle ne se sent plus de joie. Il tourne, virevolte, déploie ses ailes sous le regard envieux de la faune pyrénéenne.
Le ganga ou la gélinotte des Pyrénées
Exhiber sa fierté, son arrogance, cela lui fait perdre la boussole. Il ne voit pas l’éolienne qui le bouscule avec des pales beaucoup plus grandes que ses ailes déployées.
Il atterrit brutalement sur un humble petit bonsaï qui amortit un peu sa chute et lui dit : « Rien ne sert de frimer, Uraète, tu auras toujours besoin d’un plus petit que toi ! ».
Tout penaud, notre aigle, un peu moins royal, reprend son envol avec humilité.
L'animateur distribue à chaque écrivant-e une monographie de la collection "Regards sur la peinture" consacrée à un peintre.
Il demande de faire parler un personnage d'un tableau ou de décrire un paysage ou une scène ou de raconter une histoire à partir de ce tableau (ou de plusieurs tableaux).
Mais attention ! Vous ne devez utiliser pour cela que des mots de une ou deux syllabes, pas plus !
Il y a une tolérance pour les noms féminins, adjectifs ou verbes qui se terminent par un e muet. "Demande", "consigne", "peinture" sont acceptés mais "demander", "critiquer" et "orangé" sont interdits.
Les monographies distribuées concernaient Botticelli, Bruegel, Canaletto, Le Caravage, Le Douanier Rousseau, Cézanne, Gauguin, Léonard de Vinci, Manet, Monet, Renoir, Seurat, Toulouse-Lautrec et Van Gogh.
N.B. Nos écrivantes en ligne peuvent choisir un tableau d'un de ces peintres ou d'un autre peintre de leur choix puis respecter le reste de la consigne.
Les mains dans les poches de son jean, les cheveux bruns dépassant de sa casquette gavroche, un sac à dos bourré de documents, José furète, comme tous les mardis, en traversant le quartier de Villejean, l’œil attentif à toutes celles qui circulent autour de lui.
***
15 ans plus tôt
Au stade rennais, le match Rennes-PSG bat son plein. A la mi-temps, José est attiré par l’allure originale de sa jolie voisine, qui est aussi excitée que lui par le déroulement du match. Le visage rond entouré de deux tresses serrées au-dessus de ses oreilles comme des macarons, un corps potelé sous une robe cintrée et décolletée, elle lui fait penser au tableau d’Isaure Chassériau, une œuvre d’Amaury-Duval exposée au musée des beaux-arts à Rennes.
Lorsque José se rend compte que l’homme qui l’accompagne s’est absenté un moment, il se tourne vers sa jolie voisine qui mange une pomme bien ronde et aussi rouge que ses joues quand il lui adresse la parole.
- Je ne peux pas vous parler, je suis surveillée par mon mari et il est très jaloux. ».
A la sortie du match, c’est une véritable cacophonie, chacun jouant des coudes pour sortir au plus vite du Roazhon Park. Emportés par la foule, ils se revoient, se sourient l’espace d’un instant, puis la foule les éloigne l’un de l’autre. Un peu déçu, José rejoint sa voiture rapidement. Il pleut et il fait nuit, c’est un moment où il n’est pas question de traîner.
***
Depuis cette rencontre éphémère, lors des journées du patrimoine, José visite le musée des Beaux-arts pour découvrir les nouveautés de l’année. Il ne manque jamais de faire une pause devant le fameux tableau d’Isaure Chassériau et il repense à son sosie.
***
C’est une longue histoire pour José l’écrivain. Depuis cette date, Isaure fait partie des personnages de ses récits. Lorsqu’il se promène dans la ville, il échafaude des romans sur la fille du match et ne désespère pas de la retrouver un jour.
Il y a des soirs
Où le monde semble tenir sur une brindille
Fragile et pourtant étonnamment solide
Comme si la vie avait décidé de se reposer sur l'infime pour mieux respirer.
Je marche lentement
L'échine offerte au vent
Et chaque pas me rapproche d'un rivage intérieur que je croyais perdu.
Autour de moi
Le brouillard se lève en nappes douces
Comme une paupière géante qui hésite entre le sommeil et l'éveil.
Dans cette demi-lumière
Les choses se dévoilent autrement :
Un arbre devient un veilleur
Une pierre un confident
Un souffle un secret.
Une corneille traverse l'air
Noire et précise
Tel un trait d'encre sur une page blanche.
Elle me rappelle que même les ombres savent voler.
Je m'arrête près d'un tronc couvert de lichen
Cette écriture végétale qui ne s'efface jamais.
J'y lis des traces anciennes
Presque des souvenirs que la forêt conserve pour ceux qui ont oublié comment écouter.
Le feuillage murmure
Et je comprends soudain que je ne suis pas seule :
Quelque part
Un drone invisible me survole
Témoin mécanique de ma lente dérive.
Mais sa présence ne m'inquiète pas.
Elle me rappelle seulement que le monde me regarde
Même lorsque je me sens cachée.
Alors je ferme les yeux une minute
Juste une
Et je laisse monter en moi une oasis silencieuse.
Une source.
Une clairière.
Un lieu où l'âme peut s'asseoir.
Lorsque je les rouvre la lune s'est glissée entre deux nuages
Discrète telle une confidence.
Elle éclaire mon visage tel un miroir céleste
Révélant ce que je ne savais plus nommer.
Je pense à Aurore
Ce prénom qui porte en lui la promesse d'un recommencement.
Peut-être que chaque nuit est une aurore inversée
Une façon de renaître dans l'obscurité avant de retrouver la lumière.
Peut-être que nous sommes tous cachés quelque part
Dans un placard
Dans un rêve
Dans un mot
En attente de notre propre lever du jour.
Alors je reprends ma marche
Plus lente encore
Comme si chaque pas écrivait une phrase que le monde lirait demain.
Et je me dis que tant que je pourrai sentir la douceur d'un lichen
Entendre le froissement d'un feuillage
Suivre la trajectoire d'une corneille
Ou simplement lever les yeux vers la lune
Je ne serai jamais vraiment perdue
Car tout
Absolument tout
Veille sur moi.
***
Mots commençant par une voyelle :
Éclat - Oasis - Utopie
Prénom :
Éléa - Ismaël - Aurore
Partie du corps humain :
Paupière - Échine - Pouls
Champ lexical végétal :
Lichen - Écorce - Brindille
Nombre de lettres pair :
Lune - Rivage - Fantôme
Compléter la phrase : Je suis surveillé par un, une ou des ...
Drone - Corneille - Souvenir
On entend dans le mot le nom d'une note de musique :
Do-maine - Ré-alité - Mi-roir
Les trois premières lettres de votre mot forment un autre mot :
Laisser - Porter - Rivage
Compléter la phrase : Je suis caché dans un, une ou des :
Ça aurait pu être exaltant, Paris, mais le type n'avait que vingt ans. Les Champs-Élysées, la tour Eiffel, le Louvre n'exerçaient aucun attrait spécial sur lui bien qu'il vînt de province. D'ailleurs, il y retournait chaque fin de semaine dans sa famille, là-haut dans le Pas-de-Calais. Car c'est là qu'il avait ses potes. Enfin, les potes de son frère avec qui il faisait de la musique dans son plat pays. Oui, c'est vrai, ils jouaient comme des brêles. Guitariste-chanteur, électrique la guitare, progressive la musique, on se demande bien pourquoi puisque ces vingtenaires des années 70, bien que sympathiques, ne se projetaient nulle part. Aucune envie de succès
Allez comprendre comment et pourquoi ce même individu, cinquante ans plus tard, en est rendu à écrire des partitions pour l'accordéon et est hanté de toute son âme par le fantôme d'Isaure Chassériau, une bourgeoise du XIXe siècle peinte de façon académique par un disciple d'Ingres. Pourquoi se demande-t-il, devant cette image de l'Institut ou siège l'Académie française, si c'est le grand père de la fille en rose, Alexandre Duval, qui traverse dans les clous d'un Paris curieusement désert.
Il n'y aurait rien de nostalgique dans un retour à Paris, juste les pèlerinages idiots du blogueur qu'il est devenu et qui s'est passionné un temps pour la rencontre de Verlaine et Rimbaud chez les Mauté de Fleurville, rue Nicolet. Une autre déambulation quelque peu gnangnan pousserait ses pas vers l'impasse Florimont où un autre maître du langage et de la chanson, Georges Brassens, trouva un refuge assez longtemps pour y pondre des rengaines devenues peut-être immortelles. Sauf que ses ritournelles, à l'heure du rap et du hip-hop apparaissent vraiment vieux jeu aux jeunes habitants actuels de Paname. Et d'ailleurs qui connaît encore aujourd'hui Ménilmuche ou Pantruche ? Qui cause en argomuche dans un tabac-buvette sur un fond de piano à bretelles ? Même le juke-box a disparu !
Qu'est ce qui restera de la capitale dans le cœur de ce Ch'ti finalement exilé en Bretagne ? Pas de fêtes grandioses, pas d'amours capitales dans le petit studio, mais du temps incroyable dépensé à s’en mettre plein les yeux dans les cinémas du quartier latin ou de Montparnasse, dans les salles de concerts de rock où l'on envoie du son bien fort, où l'on entend tout un monde de gloires à cheveux longs devenus aujourd'hui d'énormes dinosaures chauves.
Il ne s'étonne pas que les choses aient tourné au profit d'une blonde unique : c'est le lot de chacun. Il ne regrette pas toutes ces rues incertaines dans lesquelles Patrick Modiano a fait sonner dans ses romans les échos d’époques moins glorieuses. Sous le ciel de Paris, la Seine suit son cours, Bruant ne brame plus dans le fameux Chat noir. On ne s'étonne plus des choses qui adviennent.
Mais loin des lumières de Paris, les printemps sont aussi très jolis en province. L'air est plus pur, l'esprit ne perd rien ne change, on rigole et maintenant on passe sa vie en vacances. Alors, d'une certaine manière, sur ces années de brume, sur cette période irisée, flottante, il ne versera pas de larmes, n'éprouvera pas de douleur posthume. C’était une étape, un tremplin. Dans ce musée à ciel ouvert, il n'a été qu'un visiteur parmi d'autres.
Ils abondent, les dessins que grand-oncle Laszlo a réalisés à Paris, mais allez savoir pourquoi, malgré leur succès à une époque lointaine et malgré leur évidente qualité, aucun musée n’en montre à ses visiteurs.
Le seul et unique Laszlo qu’on y connaisse est son compatriote et contemporain Laszlo Elkan, le photographe.
On y voit pourtant son amour et son attrait pour la capitale française.
Le ciel y est toujours bleu, la Seine irisée, les quais fleuris et la tour Eiffel souveraine.
C’est la lumière de Paris au printemps.
Les rues ont cet air nostalgique du Paname des chansons et on s’étonne presque de ne pas entendre quelque ritournelle à l’accordéon.
Alors oui, il était bien temps de lui donner la place qui lui revient, au grand-oncle Lazlo, et que le monde voie ces œuvres.
C'était un matin de Printemps,
Celui qui s'ouvre tel une promesse
Avec l'air tiède qui caresse les joues
Et les pavés encore humides de la veille.
Les vacances avaient commencé sans programme,
Sans carte,
Sans boussole.
Juste une envie :
Marcher,
Flâner,
Se laisser surprendre.
Paris m'appelait
Non pas comme une destination
Mais comme une respiration.
Je suis descendue à Montmartre,
Guidée par une intuition plus que par un itinéraire.
Les yeux encore ensommeillés,
J'ai suivi les pas des visiteurs,
Ces silhouettes lentes qui s'arrêtent devant chaque vitrine,
Chaque façade,
Comme si le temps s'était suspendu.
Là, dans une petite "Gasse" sur la Butte,
Un peintre en béret posait ses couleurs sur une toile,
Et un enfant regardait,
Bouche entrouverte,
Comme devant un miracle.
L'accordéon d'un vieux monsieur résonnait à quelques mètres,
Jouant une chanson que je ne connaissais pas
Mais que mon cœur reconnaissait.
Paname, dans sa robe de lumière,
M'enlaçait doucement.
Je suis montée vers le Sacré-Cœur,
Cette église qui veille sur la ville comme une mère silencieuse.
Les marches m'ont essoufflée,
Mais chaque palier offrait une vue plus vaste,
Plus vertigineuse.
Là-haut, Paris s'étalait,
Immense et intime à la fois.
La Capitale semblait respirer sous mes pieds
Avec ses toits gris,
Ses cheminés,
Ses murmures.
J'ai pensé à tous ceux qui l'avaient aimée avant moi,
À ceux qui y avaient pleuré,
Ri,
Chanté.
Une nostalgie douce m'a envahie
Comme une larme qui ne tombe pas
Mais qui reste suspendue au bord du regard.
Je suis redescendue vers la Seine,
Ce fleuve qui ne juge pas,
Qui emporte les secrets et les rêves.
Les péniches glissaient lentement
Et les ponts semblaient raconter des histoires anciennes.
J'ai croisé des amoureux,
Des solitaires,
Des groupes bruyants,
Des silences habités.
Paris est ce théâtre où chacun joue son rôle sans costume,
Sans texte,
Juste avec ses émotions à vif.
Puis au détour d'une rue
La Tour Eiffel est survenue comme une apparition.
Elle ne m'a pas impressionnée
Elle m'a émue.
Elle était là, fidèle,
Plantée dans le ciel,
Témoin de tant de vies.
J'ai pensée à toutes les cartes postales,
À tous les clichés
Et pourtant la voir là
Dans l'instant
C'était autre chose.
C'était une rencontre.
Le jour s'est étiré comme une mélodie lente.
J'ai marché sans fatigue,
Portée par une joie tranquille.
Les cafés débordaient de rires,
Les terrasses vibraient
Et moi
Je me suis sentie accueillie
Comme si Paris m'avait reconnue.
Le soir venu je me suis assise sur un banc
Près du canal Saint-Martin.
Un jeune homme jouait des musiques
Et une vieille femme chantait doucement.
Les larmes me sont venues
Sans tristesse
Juste comme un trop plein de beauté.
J'étais là, dans la ville monde,
Dans la ville mémoire,
Dans la ville chanson
Et je me suis dit :
Paris ne se visite pas.
Elle se vit.
Elle se respire.
Elle se pleure.
Elle se chante.
Et moi, simple passante,
J'ai eu le privilège d'y improviser une journée de grâce.
Tôt ce matin nous prenons le train pour une journée à Paris, une grande aventure pour nous provinciaux qui n’avons jamais mis les pieds dans la capitale.
Inséparables depuis l’école primaire, Félix, Augustin et moi en discutons depuis des semaines et aujourd’hui, c’est le grand jour ! Tout excités, pendant le voyage, on se raconte des histoires, on rit beaucoup, on somnole.
Sur les quais de Montparnasse, dès la descente du wagon, moment de panique, nous sommes emportés par la foule qui nous entraîne et nous éloigne les uns des autres…
A la sortie de la gare, on se retrouve enfin tous les trois. C’est sur un air d’accordéon qui résonne dans les couloirs du métro que nous nous rendons aux Champs-Elysées, première étape de notre voyage.
Café et croissants chauds dégustés sur la terrasse d’un bistro, nous voilà détendus, heureux, prêts à profiter de cette journée à Paris, un projet rêvé enfin réalisé.
Avec nos grosses chaussures de marche, nos anoraks et nos sacs à dos, nous nous sentons un peu décalés lorsqu’on se rend compte que « les p’tites femmes de Paris » portent des talons hauts et un p’tit bibi sur des coiffures sophistiquées. Les hommes eux, sont en costume élégant.
Rien ne nous échappe. En arrivant à l’Arc de Triomphe, c’est grandiose ! Félix prend des notes. Je sors mon Kodak pour immortaliser ce moment d’émerveillement, pendant qu’Augustin croque quelques passants sur son carnet de dessin.
Reprendre le métro devient facile et nous voilà dans le vieux quartier du Sacré-Cœur. Puis, sur la place du Tertre, des artistes peintres insistent pour nous tirer le portrait.
Il est à peine midi, juste le temps de flâner un peu avant de s’attabler dans un petit restaurant pour manger le plat du jour, une entrecôte-frites sauce au poivre qui réveille nos papilles.
Un homme barbu, coiffé d’un chapeau de cow-boy, passe entre les tables avec un piano à bretelles en chantant des airs de Jean-Roger Caussimon et d’autres vieux refrains comme « Ménilmontant » de Charles Trénet.
Après une flânerie le long de la Seine où les bouquinistes attirent les badauds, le quartier du Moulin rouge nous surprend par le calme qui y règne à cette heure du jour.
Enfin, la Tour Eiffel telle que nous l’imaginions. Sa stature et son élégance, nous impressionnent.
C’est par une pause dans un café de Montparnasse que s’achève notre périple parisien. Sur le quai de la gare, en cherchant notre wagon, Félix, Augustin et moi chantons « Ils ont des chapeaux ronds, Vive les Bretons ».
Dans le train du retour, épuisés, nous dormons jusqu’au terminus en rêvant de revivre une autre journée aussi exaltante.
J’ai déjà raconté, dans cet atelier d’écriture ou ailleurs, ma découverte de la lecture à l’âge de six ans, le jour où ma mère m’a inscrite à la bibliothèque du quartier, me donnant ainsi accès à un monde fabuleux et quasi inépuisable de livres.
J’ai déjà parlé de ce fantasme absolu de commencer la lecture par les livres répertoriés sous la lettre A et de m’acheminer mois après mois jusqu’à la lettre Z dans la partie réservée aux enfants. Et je vous ai déjà conté mes longues après-midis adolescentes à lire un livre entier, tranquille à la table du fond jusqu’à ce que résonne la sonnerie annonçant la fermeture…
Lire sur un banc public dans la rue ou dans un parc où s’ébattent bambins et canards est une expérience qui m’a toujours tentée mais que j’ai peu essayée, du moins pas plus de cinq minutes en attendant un rendez-vous
J’aimerais être encore cette jolie blonde qui attend l’unique objet de son désir. Nul ne sait si elle ne feuillette pas le catalogue de ses prochaines vacances pour savoir si cela vaut la peine de savourer l’automne dans un pays lointain, et de bercer sa peine, comme l’ami Verlaine, des sanglots d’un violon ?
C’est peut-être vieux jeu de s’asseoir dans les villages à la terrasse d’un café pour lire sur les visages des visiteurs du lieu, un vieux château du XVIième, leur admiration pour les petites tourelles décorées et les fenêtres à meneaux. Mais notre jolie blonde, qui sait, lit peut-être un magazine scientifique ardu en vue d’un examen tout proche ? Ou penche-t-elle ses jolis yeux sur un feuilleton de gare ou un livre coquin qui la fait rêver ?
En tout cas elle est là pour être vue en train de lire dans cette ruelle : elle ne verrait aucun inconvénient à ce que l’on admire ses longues jambes nues qui dansent sous son jupon blanc. Coquine la demoiselle ?
J’aime lire à tous moments de la journée, du petit déjeuner, souvent en anglais et sur ma liseuse au soir dans mon lit calée sur deux oreillers avec un beau volume sur l’estomac. Depuis longtemps déjà je m’endors quasiment tous les soirs le nez sur la page en cours au bout de dix pages de lecture et je me réveille dix ou quinze minutes après, ce qui ne m’empêche pas de reprendre là où j’en étais pour sombrer à nouveau avant d’avoir atteint la page suivante.
Je lis à table si je mange seule, ce qui est une revanche sur mon enfance : j’aurais bien voulu faire çà mais ça ne se faisait pas d’adosser son livre à son verre à table.
Je lis dans le train faisant ici un peu « has been» dans un compartiment où 90 % des passagers ont le nez sur leur téléphone.
Je lis dans les salles d’attente, non pas les rares magazines people mais mon roman en cours.
Et quand je ne lis pas, il m’arrive d’écouter des podcasts de livres en cuisinant ou en cousant.
Rassurez-vous, il existe encore des endroits où je délaisse les livres : je ne lis pas sous la douche, je ne lis pas en conduisant et pas non plus en faisant mon jardin.
Et il me reste un regret : quand je suis partie à la retraite, il y a déjà plus de dix ans, je caressais l’idée de passer des après-midis à la médiathèque pour y lire des journaux ou d’autres ouvrages, je me disais que j’aurais le temps : que nenni, je n’ai pas encore trouvé ce temps là !
Allez, je vous quitte, j’ai un livre passionnant qui m’attend ! Kenavo !
Nous travaillons ce jour à partir d’un disque vinyle du groupe King Crimson intitulé Lizard (Le lézard) ; les illustrations de la pochette sont de Mme Gini Barris.
Nous décidons de les considérer comme des lettrines. Votre texte devra donc démarrer par la lettre K,I,N,G,C,R,I,M,S,O ou N.
Votre inspiration viendra de ce qui est représenté sur la lettrine ou des titres des morceaux de l’album donnés ci-dessous :
Le Cirque (comprenant l’Entrée des caméléons) - Jeux d’intérieur - Une famille heureuse - La dame des eaux dansantes - Le lézard - Les réveils du prince Robert - Boléro : le conte du paon (ou de la paonne) - La bataille des larmes de verre - La chanson de l’aube - La dernière escarmouche - Lamentation du prince Robert - Le grand sommet
Toutes les cinq minutes vous recevrez une nouvelle lettrine, soit pour votre inspiration, soit pour débuter un nouveau paragraphe.
l se pourrait bien, ce soir, que nous allions faire un voyage dans le passé. Avec un i comme iconoclaste, le voyage, bourré d’anachronismes, richement décoré de fioritures irlandaises, enluminé ainsi qu’un manuscrit du Moyen-âge pour illustrer les riches heures des années 1960 et 1970.
Sur une mer tranquille, dans un crépuscule rouge et orange, de drôles de bateaux mélangent les époques : un steamer à vapeur, deux drakkars, deux voiliers à trois-mâts flottent parmi les dauphins et ne semblent pas surpris de côtoyer un grand serpent de mer. A l’avant-plan, sur des planches comme à Deauville, les Beatles, quatre garçons qui furent dans le vent entre 1963 et 1969 ont installé le cirque de leur exubérance. Ringo Starr, torse nu, tient le rôle du clown : bretelles rouges, pantalon à damier noir et jaune, chaussures trop grandes. Le magicien Lennon fait sortir Yoko Ono d’un pot de fleurs. Paul McCartney arbore sa barbe de la période « Let it be » et le maharashtri Harrison pratique le très fameux « Yoga de la narine ».
n ne s’étonnera pas, après cette entrée des caméléons modernes des années 70 de repartir au Moyen-âge en compagnie de deux musiciens et d’une jongleuse. C’est O comme olifant, c’est un lac en Écosse écrasé de soleil, c’est la chanson de l’aube jouée sur le cromorne ou sur le psaltérion, ce sont des collants bicolores pour une petite fée rousse.
S’ils ont lien de parenté, il pourrait bien s’agir d’une famille heureuse en route vers le château pour gagner quelques liards contre des pitreries, pour agrémenter de jeux d’intérieur les lamentations du prince Robert.
ul ne sait pourquoi le fils du roi n’a plus de joie. Lui a-t-on fait le coup de la paonne ou bien au contraire se sent-il délaissé par les dames de la cour du roi Pourpre ?
Un dragon vole dans le ciel . Se trouve-t-on ici dans une version de la légende de Saint-Georges où, plutôt qu’une princesse, c’est le fils du roi qui est offert en tribut à la bête ?
ais voilà, il y a tant de motifs celtiques et d’entrelacs vicieux sur cette pochette de disque vinyle que le soldat romain s’est égaré. Saint-Georges a rencontré la Mort en chemin et celle-ci, en cheminant à ses côtés, l’a mis en garde :
- Ne crois pas, mon bonhomme, qu’il n’y aura pas de lézard sur la voie que tu as choisie car à combattre le mal au nom d’une religion on n’est jamais certain d’atteindre un jour le grand sommet. Il y a toujours, crois-moi, un acmé aux actions - la Mort abuse parfois du vocabulaire médical ! – et ce combat avec le dragon de Silène sera sans doute pour toi la dernière escarmouche. Ou l’avant-dernière. Je continue ma route. Tu me retrouveras bientôt sous un autre coup de Lune.
***
Il convient de conclure ce voyage temporel par un étonnement. Toute la débauche d’électronique et d’électricité qui a envahi la musique dans le dernier tiers du XXe siècle est quasiment absente de la pochette du disque « Lizard » de King Crimson d’où sont extraites ces lettrines. N’est-ce pas déjà un appel, de la part de l’artiste, à revenir à un monde acoustique, enfantin, coloré, de joueurs de luth et de princesses, d’acrobates de cirque, de carnaval joyeux et de lutins facétieux ?
A moins que les images n’aient été lues dans le désordre et que dans le « N » final de King Crimson ne soit glorifiée la guitare électrique de Robert Fripp ?
En tout cas, si l’illustratrice, Gini Barris, a voulu représenter Jimi Hendrix, elle s’est plantée : l’homme qui mettait le feu à sa guitare était gaucher et elle a dessiné un droitier !
P.S. J’ai lu après avoir écrit ce texte que les illustrations ont été composées à partir des seules paroles des chansons, sans écoute de la musique par l'illustratrice !
Le grand sommet tout enneigé illumine la plaine où les combattants s’affrontent sous les lamentations du prince Robert, qu’évidemment personne n’entend : ça gronde, ça crépite, ça tonnerre de Brest, ça hurle, ça cataclope… juste avant de disparaître dans le gouffre avec les feuilles encore vertes arrachées par la bourrasque, les chevaux avec les beaux harnais, les lances et les gonfanons.
Et pendant ce temps, comme dans la Chute d’Icare peinte par Breughel, de boer ploegt voort * : le travail des champs continue, les vaches broutent et les canards cancanent, les arbres fruitiers sont en fleur et aux roulements de tambour, le paysan préfère la flûte.
* Le proverbe "de boer hij ploegde voort", c'est un peu notre mythe de Sisyphe flamand :-) quelles que soient les circonstances et les difficultés, on poursuit sa tâche, à l'image du paysan qui travaille la terre, saison après saison.
É lé phant bull do zer es ca lier a rai gnée ca mé ra lé o pard
artichaut aquarium koala pantalon
3
Ar ti chaut a qua rium ko a la pan ta lon
Moto vélo toit chat cerf lion vélo
4
fleur chien robot wagon
5
gâteau soleil maison bateau pigeon mouton
6
canard toupie poupée cheval
6
Il vous est demandé de retomber en enfance et de composer des comptines, des poèmes, des histoires avec ceux de la liste et d’autres mots très simples pour être compris des enfants.
Ou sinon de livrer une réflexion sociologique sur le choix de ces premiers mots (orthographe, présence d’animaux non domestiques, etc.). Ou de mélanger les syllabes pour faire des mots nouveaux. Bref d’écrire tout ce que vous voulez avec ce matériau et ce concept de transmission de la lecture !
Dictopia, créé par Jeremy Partinico, est un jeu un peu similaire au Scrabble sauf qu’il n’y a pas de plateau et que le but est de constituer, à partir d’un ensemble de huit consonnes et de huit voyelles, un certain type de mots.
Nous nous inspirons de ce jeu pour faire une collecte de vocabulaire. Complétez librement le tableau suivant en essayant de trouver, à chaque fois, trois mots répondant à la contrainte énoncée dans la colonne de gauche :
Contrainte
Mot 1
Mot 2
Mot 3
Mots appartenant au champ lexical du sport
Ex. : club, dopage, victoire
Mots dans lesquels on ne trouve pas deux fois la même lettre
Ex. : Fois, pacte, slogan, hamster
Mots qui finissent par une consonne
Ex. : Ouest, gravir, délation
Noms féminins
Ex. : Vue, nuit, ardeur
Mots comprenant trois syllabes
Ex. koala, tomate, liberté
Mot complétant la phrase
« J’adore, le, la, les... »
Ex. : thé, danse, sushis, humour
Noms propres de lieu
Ex. : Nil, Corse, Amazonie,
Mots où alternent voyelles et consonnes
Ex. : coq, véto, farine, manipule
Mots du champ lexical animal
Ex : nid, louve, chaton, licorne
Il vous reste ensuite à écrire un texte (ou plusieurs) dans lequel vous insérerez au moins neuf de ces vingt-sept mots.
Un escargot traverse le petit jardin, ignorant les roses sur sa droite, et s'arrête au pied de l'escalier en pierre.
- Bonjour, dit il à la fourmi, tu as vu comment va le monde ? Tu as entendu les dernières nouvelles ?
- Ne m'en parle pas ! Difficile de garder espoir !
- Tu as l'air un peu flageolante et pas vraiment en forme dis-moi ?
- Trop mangé ! Je viens de traverser un saladier de mousse au chocolat, je me sens gonflée comme une baleine ! Et j'en ai plein les moustaches !
- Il paraît que le chocolat c'est bon pour le moral ?
- Il paraît. Mais est-ce que ça guérit aussi de l’imbécillité ou de la vantardise ?
- Peut-être est-ce pour cela que les Américains ont mis la main sur le Vénézuela ?
- Va savoir, il paraît qu'en plus y a plein de pesticides dedans !
- Bien fait, na !
La Fibre
Ça y est, je suis désormais à la page avec ma nouvelle connexion à la fibre et finalement ce ne fut pas trop terrible : je craignais beaucoup cet indispensable changement et depuis quelques semaines je fermais convulsivement les yeux devant les panneaux qui fleurissent ici partout comme une victoire : « 90 % des Costarmoricains ont la fibre. Et vous ? »
Les 10% restants dont je fais partie ont le blues, voire le cafard, d'être classés sans retour dans la catégorie « ringards » mais « chat échaudé craint l'eau froide » : j'avais déjà vu les gars, ils avaient examiné la configuration, fait un petit trou dans ma maison, laissé du plâtre partout et étaient repartis en n'installant... RIEN ! Une blessure dont la maison s'est relevée mais pas moi !
J’étais au pied du mur, en bas de l'escalier…
C'est ma voisine qui me voyait procrastiner comme un escargot hystérique qui a pris le rendez-vous pour le début mars : les gars étaient si pressés qu’ils m'ont envoyé un SMS tous les 2 jours pour me dire que, si je voulais, ça pouvait être aujourd’hui ! Tôt plutôt que tard !
Non je ne voulais pas avancer le rendez-vous, j'avais besoin de me préparer à l'épreuve en écoutant ma musique apaisante préférée (de la musique klezmer), en me gavant de jus d'ananas bien connu pour ses propriétés relaxantes et pour faire garder l’espoir que tout irait bien,
Et finalement ils sont arrivés deux heures en avance, ils ont demandé où ils devaient mettre la box. Fataliste, j'ai dit : « Où vous voulez » alors ils ont fait un trou en haut de la porte d'entrée, ont tiré un fil jusqu'au sol et installé ladite box dans le placard à balais de l'entrée ! C'était pas idéal mais on va s'y faire ! Une heure après tout fonctionnait après le branchement qu’ils ont fait pour moi (« Ne le dites pas car ce n'est pas notre boulot ! »).
C'est chouette finalement d'être reliée au monde et de faire partie des 90 % de costarmoricains modernes ! Mais en gros ça ne change rien : le monde ne tourne pas plus rond !
N.B. Les mots de départ étaient :
placage blessure victoire ; tard retour gain ; munition cafard espoir ; escadrille fourmi galoche ; ananas escalier moustache ; mousse au chocolat musique klezmer tartiflette ; Vienne Arménie Danube ; rose patate cote ; escargot baleine chouette
Chaque écrivant·e reçoit une liste d’une douzaine d’expressions françaises contenant le nom d’un animal ou se référant à son comportement.
Il doit commencer une histoire avec pour mission d’insérer une de ces expressions dans son texte.
Cinq minutes plus tard, il reçoit une seconde liste avec d’autres expressions du même genre avec la même mission. Et ainsi de suite. Au bout de l’heure écoulée son texte doit contenir douze expressions « animalières ».
1 - Acheter chat en poche - Adieu veaux, vaches, cochons - Appeler un chat un chat - Au chant du coq - Avancer à pas de loup - Avancer comme un escargot - Avoir une mémoire d'éléphant - Avoir d’autres chats à fouetter - Avoir des cuisses de grenouille - Avoir des dents de lapin - Avoir des fourmis dans les jambes
2 - Avoir du chien - Avoir l'estomac dans l'étalon (?) - Avoir la chair de poule - Avoir le bourdon - Avoir le cafard - Avoir un bec de lièvre - Avoir un caractère de cochon - Avoir un chat dans la gorge - Avoir un œil de perdrix - Avoir une araignée au plafond - Avoir une écriture de cochon
3 - Avoir une faim de loup - Avoir une fièvre de cheval - Avoir une langue de vipère - Avoir une mémoire d’éléphant - Avoir une taille de guêpe - Bavard comme une pie - Bouc émissaire - Chat échaudé craint l’eau froide - Chaud lapin - Cochon qui s’en dédit
4 - Copain comme cochon - Crier au loup - Crier haro sur le baudet - Devenir chèvre - Donner sa langue au chat - Doux comme un agneau - Entre chien et loup - Être à cheval sur … - Être aux abois - Être bête comme une oie - Être chargé comme une mule / comme un baudet
5 - Porter des pantalons pattes d'éléphant - Porter un nœud papillon - Porter un slip kangourou - Porter une queue de cheval - Poser un lapin - Prendre la mouche - Prendre le taureau par les cornes - Quand c’est flou c’est qu’il y a un loup - Quand le chat n’est pas là, les souris dansent - Quand les poules auront des dents - Remède de cheval - Revenons à nos moutons
6 - Rire comme une baleine - Rouler en Coccinelle - Rouler en Jaguar - Rusé comme un renard - S’ennuyer comme un rat mort - S’entendre comme chien et chat - Se coucher avec les poules - Se donner un mal de chien - Se faire le coup du lapin - Se fourrer dans un sale guêpier
7 - Être comme un poisson dans l’eau - Être comme une poule qui a trouvé un couteau - Être connu comme le loup blanc - Être fait comme un rat - Être fier comme un paon - Être laid comme un pou - Être le dindon de la farce - Être malin comme un singe - Être muet comme une carpe - Être nu comme un ver - Être rusé comme un renard
8 - Être soigné comme un coq en pâte - Être un drôle de zèbre - Être un mouton - Être une cougar - Être une fine mouche - Être une langue de vipère - Être une poule mouillée - Faire des pattes de mouche - Faire l’autruche - Faire tourner en bourrique - Faire un coup en vache
9 - Faire une vacherie - Fort comme un bœuf - Il fait un froid de canard - Il fait un temps à ne pas mettre un chien dehors - Il fait un temps de chien - Il n’y a pas un rat - Il pleut comme vache qui pisse - Il pleut des queues de vache - La nuit, tous les chats sont gris - Larmes de crocodile - Manger (bouffer) de la vache enragée - Manger comme un porc
10 - Mémoire de poisson rouge - Ménager la chèvre et le chou - Mettre la charrue avant les bœufs - Mettre la puce à l'oreille - Monter sur ses ergots - Monter sur ses grands chevaux - Mouton à cinq pattes - Myope comme une taupe - Ne pas casser trois pattes à un canard - Oie blanche - Passer du coq à l’âne - Payer en monnaie de singe
11 - Se jeter dans la gueule du loup - Se regarder en chien de faïence - Se tailler la part du lion - Temps de chien - Tête de linotte - Tête de mule / têtu comme une mule - Tirer les vers du nez - Tourner chèvre - Traiter de noms d’oiseaux - Un drôle d’oiseau - Un froid de canard
12 - Un gros porc / un porc - Un mal de chien - Un mouton de Panurge - Un ours mal léché : - Une cervelle d’oiseau . - Vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué - Voir le loup - Y a pas de quoi fouetter un chat - Y a pas un chat - Yeux de merlan frit
On imagine mal aujourd’hui ce qu’a pu être la circulation des images au début du XXe siècle. Merci les Postes et Télégraphes ! Il faut avoir hérité du passé solidifié d’un écrivain progressiste mais conservateur pour comprendre que, pareillement à la roche Tarpéienne et au Capitole, la syllogomanie n’est jamais très éloignée du syndrome de Diogène.
Comme les chats ne font pas des chiens et que les grands-parents ne jetaient rien au prétexte que « ça pouvait toujours servir », le petit-fils, lui aussi, a tout gardé.
Comme il a oublié jusqu’à la folie l’usage des mots « classer », « ranger », « trier » et surtout « mettre à la poubelle », il n’avait plus qu’une chose à espérer : c’est que, parmi ses héritiers, il se trouverait quelqu’un d’assez curieux, d’assez patient et d’assez ordonné qui jugerait que, dans tout ce fatras de papelard, certains documents valaient le coup d’être conservés ou partagés.
Le hasard faisant très bien les choses, M. Bourgeoizov a justement hérité d’un gendre dont la profession est… (ou était) : bibliothécaire !
C’est donc moi qui m’y colle sur cet axe Saint-Cloud-Rennes et en ce moment, je m’occupe d’une collection de cartes postales kitsch, kitschissimes même, sur laquelle je vous proposerai de délirer un de ces quatre !
Au fil de mes travaux de numérisation, je me dis qu’il n’a pas dû chômer, qu’il a forcément dû bien pédaler, le facteur cycliste du quartier des Batignolles entre 1904 et 1909 pour livrer à la famille Trop-Chou, 39, rue Sauffroy, à Paris, toutes ces cartes postales pleines de couleurs pastel, essentiellement du bleu et du rose, qui lui étaient adressées.
Le cheminot Trop-Chou, originaire de Guichen se prénommait Eugène et son épouse Marie Léocadie, née Gauvain. A partir de 1902 ils ont une gamine, Geneviève. Bizarrement, c’est surtout à elle que l’on écrit et la correspondance frise parfois l’absurde ; chaque année elle reçoit des cartes de bonne année, bonne fête, poisson d’avril, Joyeuses Pâques et Heureux Noël avec au verso une simple répétition de la formule affichée au recto ou même parfois aucun texte, avec la seule signature de l’expéditrice : Odette (la cousine?), Marie-Thérèse, Gabrielle…
Le phénomène se reproduit jusqu’en 1909 et au-delà, sauf qu’à partir de cette année-là on change d’adresse : les Trop-Chou (je ne mets pas de x à Chou parce que c’est un nom propre ! ) ont quitté Paris pour Saint-Cloud (Seine et-Oise), 64, rue Royale.
***
Je ne suis que sur le premier classeur contenant ces trésors. Il y en a trois autres encore plus gros et deux grosses boîtes métalliques. C’est qu’ensuite Geneviève épouse Petr Andreï Ivanovitch Bourgeoizov, un Rennais du quartier de Quineleu qu’elle a connu quand elle venait en vacances chez sa marraine Augustine R. : celle-ci habitait rue de Riaval dans le quartier Sud-gare. Ils font un premier gamin en 1925 mais ils le perdent puis un deuxième en 1927 qui est le quasi centenaire dont on vide la maison et contre lequel je peste gentiment. D’ailleurs je ne résiste pas au plaisir de publier sa photo en costume marin : il a vraiment fière allure, le gars Pierrot.
A vrai dire je ne peux pas lui en vouloir vraiment d’avoir accumulé autant de papier dans sa maison de deux étage avec cave et garage. Il paraîtrait que dans la compétition entre écrivains passéistes je ne suis pas loin non plus, avec mon grenier-bibliothèque de musicien à guitare et d’écrivain multiplicateur de dragons, d’atteindre une marche du podium olympique !
C’était l’homme de sa vie. Un drôle d’oiseau quand même. Elle admirait sa prestance, son assurance en société face à n’importe quelle situation. C’était bien simple, il avait toujours raison quel que soit le sujet abordé. Ainsi, lors d’une discussion sur un thème qui lui était complètement étranger, il s’appuyait sur les dires d’un interlocuteur pour lui tirer les vers du nez et pérorer sur le sujet en toute connaissance de cause, tout ça accompagné de rires qu’il s’évertuait à faire passer comme irrésistibles.
L’homme de sa vie… Oui ! Même si elle se donnait un mal de chien pour le croire vraiment. Justement, à propos de chien, ils en avaient un, un très gros à l’humeur revêche, intraitable. Il grondait sourdement prêt à mordre quand on voulait le caresser et surtout le sortir de sa niche. Un ours mal léché disait le voisin, dangereux même ! Elle avait donc essayé de le vendre mais on lui avait répondu qu’il n’était pas question de vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, et ça dans un éclat de rire railleur. Elle en avait parlé à son homme qui lui avait promis de s’atteler à la besogne. Le temps avait passé, l’homme de sa vie avait d’autres chats à fouetter… Des chats ! se disait-elle, des chats dont il ne m’a jamais parlé. Elle n’avait pas insisté pour éviter sa colère.
Oui, un drôle d’oiseau avec un caractère de cochon, une alliance improbable. Elle était souvent agacée par les propos qu’il tenait en toute quiétude. Ne lui avait-il pas affirmé qu’en cas de grand froid, il n’avait jamais froid, jamais de chair de poule… Pour un volatile, c’était vraiment étonnant.
Elle avait commencé à douter. Un peu déplumé sur le crâne, les épaules tombantes, les jambes légèrement arquées, le ventre bien arrondi, son bel oiseau n’avait rien du port altier d’un échassier mais, semblait-il, il plaisait. Un chaud lapin, peut-être. C’est sa voisine, la mère Michel, qui le lui avait soufflé. Mais pouvait-on la croire ?
Quant à elle, elle se regardait souvent dans le miroir de l’entrée. Où était passée sa taille de guêpe ? Ses yeux de biche ? Ses cheveux d’ange ? Les enfants étaient partis, elle s’ennuyait. Elle regardait souvent la télé, une présence indispensable qui la tenait en éveil. Elle découvrait d’autres femmes qui comme elle devenaient des fantômes sans odeur ni épaisseur. Elle pleurait ou riait selon un rythme qui s’imposait à elle. Ce n’était pas dramatique, il devait y avoir pire.
Le soir, elle attendait le moment où entre chien et loup elle sortirait dans le jardin, fumerait une cigarette et irait ouvrir le portillon à son homme qui reviendrait tel un oiseau de nuit pour planer sur ses doutes et les effacer d’un trait de plume.
Mais elle avait perdu sa belle assurance, elle se sentait nue comme un ver dans un marigot fétide. Elle n’avait aucune arme pour résister à l’emprise de ce drôle d’oiseau qui déchiquetait sa volonté avec son bec fouisseur. Mais elle n’était quand-même pas une poule mouillée ! Elle n’allait pas faire l’autruche toute sa vie !
Un soir de novembre, elle s’arrêta tout net au milieu de l’allée et fit demi-tour. Un drôle d’oiseau ! Oui, mais c’est moi la colombe qu’on a mise en cage. Eh bien non !
Elle marcha d’un pas ferme vers la niche, libéra le chien, ouvrit la cage des tourterelles, passa du coq dans le poulailler à l’âne dans le pré, cassa trois pattes à son canard préféré, mit pour la dernière fois la charrue avant les bœufs et disparut dans la nuit.
On ne la revit plus jamais mais on raconte que pendant longtemps on vit planer au-dessus de sa maison un drôle d’oiseau, un aigle noir.
En règle générale je ne suis pas très intéressée par les questions de look et, appelons un chat un chat, je m’habille un peu « comme la chienne à Jacques » dirait mon copain québécois, autrement dit n’importe comment : plus je vieillis, plus je ne vois que mes mollets de coq, mes cuisses de grenouille et plus c’est difficile de trouver des tenues qui m’aillent.
J’aurais aimé avoir du chien, une allure de star, être longiligne et m’habiller comme un mannequin mais ce n’est pas le cas :je n’ai plus depuis longtemps une taille de guêpe !
Et pourquoi cette semaine suis-je dans ces affres de chiffons ? Parce que je vais fin avril au mariage de ma filleule et que, comme disent les minettes, « Je n’ai rien à me meêeeeeeeeeeeeettre ! »
Un jour de virée à Rennes, j’ai fait les magasins un peu chic dans l’espoir de trouver quelque chose et j’ai cru devenir chèvre : soit c’est immettable, soit ça ne me va pas, soit ce serait pas mal mais dans une autre couleur. Mon teint palot ne supporte ni le beige, ni le vert pâle, ni le bleu ciel qui me donnent l’air de sortir de l’hôpital.
Porter des pantalons pattes d’éléphant à un mariage, pourquoi pas, si on en trouvait ? Un nœud papillon ? Ça me ferait un genre !
Je me suis donnée en vain un mal de chien. Vais-je aller à la noce nue comme un ver ?
J’ai bien cru que j’allais faire tourner en bourrique toutes les vendeuses en dévalisant les portants pour remplir de chiffons la minuscule cabine d’essayage avec un pauvre porte-manteau plein de trucs qui ne me vont pas… Et alors l’idée m’est venue : pour être une cougar - tout le monde a le droit de rêver - je vais la faire, ma robe, et dans une couleur qui me va.
Ça tombe bien, la semaine dernière il faisait un temps de chien, on a même eu de la neige vendredi soir alors j’ai taillé, cousu, ajusté, ourlé et presque fini ma tenue de gala.
Et pour continuer dans cette veine de contemplation de soi-même, voilà que la future mariée m’envoie un message pour me dire qu’elle aurait besoin d’une photo de moi, petite fille, avant 10 ans ! Je farfouille dans mes albums photos très anciens pour tenter de trouver quelque chose : grâce à ma mémoire d’éléphant je me souviens de ma première photo d’identité, c’est une des rares photos où je souris, je porte un petit pull dont je sais qu’il était vert - la photo est en noir et blanc - et je suis encore mignonne : je n’ai pas l’air d’avoir une cervelle d’oiseau , ni des yeux de merlan frit, juste un début de dents de lapin…
Mais c’est quand même plus supportable que la photo sur la plage avec mon maillot en laine tricotée qui pendouille !
Mais si tout dans la vie était une question de look, je n’aurais pas survécu , c’est sûr !