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L'Atelier d'écriture de Villejean
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21 avril 2020

Un printemps / Eliane

Un printemps ! Quel drôle de printemps !

AEV_1920_27_Eliane_geste_barri_reCela avait commencé bien avant les premiers jours d'avril.
La lettre du Président était formelle :

Il fallait éviter de se frotter à ses concitoyens,
D'abord respecter une distance de sécurité,
Se laver les mains souvent, dès que nous étions sortis
Et pas d'embrassade, se saluer avec le coude.

Puis il fallut rester confiné dans sa maison
Même s'il s'agissait d'une maison vide. 

AEV 1920-27 ElianeAffiche prévention-Coronavirus

Ce que je crains, disait le président,
C'est que le virus se propage à la vitesse de la lumière,
Que les malades se multiplient,
Envahissent les urgences, les salles de réanimation,
Que les soignants soient débordés
Ne puissent plus nous soigner.

Nous étions assommés,
Nous n'avions plus aucun libre arbitre,
Nous nous sentions comme
Un morceau de bois balloté par les événements
Dans une mer d'anxiété.

Mais comme il ne faut pas partir déjà
Nous nous sommes montrés bons élèves
Et avons respecté les consignes.

Pour certains la route était devenue solitaire,
Une chanson devenue vite trop monotone :
La joie est tombée dans l'herbe.

On se disait « Que c'est long ! »
Mais nous devions nous accrocher
Sinon la terre tournerait sans nous,
L'ennemi invisible aurait gagné.

S'accrocher, et puis après, demain,
Tu retrouveras la vie ;
Notre monde un jour retrouvera ses couleurs

Dans les rues, dans les villes, dans les campagnes,
Nous croiserons à nouveau les gens qui vont,
Nous nous réveillerons dans les matins bleus,
Il y aura un autre printemps plus lumineux
Bercé par la complainte de l'oiseau
Qui, lui, n'a jamais cessé de chanter.
 

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21 avril 2020

La Chanson de geste(s d'Alain) Barrière / Jean-Paul

1

 

AE1920-27 JK chevaliers

L’aveugle du pont du Change
A coup de nuit assassine
S’est mué en mal étrange
Qu’un sort fatal nous destine.

Que se passe-t-il dans ma tête ?
J’entends les petits soldats :
Ils vont combattre la bête
Au son des Ave Maria

Et le soir j’ouvre grand ma fenêtre
Pour n’être rien qu’habité par la foi
Et j’applaudis du profond de mon être
Les gens qui vont sur le chemin de croix

2

AEV 1920-27 JK _1280_anonyme_heritage_image_gettyimagesLa chanson trop monotone
Des malheurs et de la guerre !
S’il fallait que sur la terre
Un vieux troubadour entonne

La complainte de l’oiseau
Pour que, sourde, elle décline,
Je prendrais ma mandoline
Pour lancer ce chant nouveau

Et si ma joie est tombée dans l’herbe
Pour que tu chantes la vie avec moi
Je trouverais les mots les plus superbes
J’écrirais la plus belle chanson qui soit

3

 

AEV 1920-27 JK _navigation

Comme un vieux morceau de bois
Sur une petite plage
Quand le vieil arbre sera
Mort d’avoir dépassé l’âge

Une autre vie recommence !
Notre monde un jour verra
Les matins bleus de l’enfance
Car toujours la mer est là.

Un peu de sang breton dans nos veines
Les mains trempées au creux de l’océan
C’est la complainte du roi et de la reine
Qui nient l’automne au profit du printemps.

4

AEV 1920-27 chanson a-boire_noel_medieval_XIIIeJe ne sais pas trop pourquoi
J’ai des petites fleurs bleues
Sur ma route, sous mes pas
Sur notre histoire, sur nos jeux.

Est-ce que tout s’en va déjà ?
Faut-il dire alors adieu ?
Est-ce que tu me reviendras,
Ronde autour d’un monde heureux ?

Il faut danser, Marie, dans les guinguettes !
Elle était si jolie notre aventure !
A nos amours, trinquons, choquons fillettes,
Ca fait aimer la vie, soyez en sûre


N.B. Peut se chanter sur l'air de "File la laine" de Jacques Douai

N.B. Ecrit d’après les gestes (barrières ?) suivants :

- Applaudir à sa fenêtre à 20 heures
- Empoigner sa guitare pour chanter des chansons
- Ecrire dans son cahier ou devant son écran
- Tremper ses mains dans l’eau (pour faire la vaisselle !)
- Remplir son verre de vin blanc (on est revenu au Sylvaner et au Riesling après une longue fréquentation du Bergerac moelleux)

14 avril 2020

Complainte d'un·e confiné·e / Raymonde

Dans le texte qui suit, je parle au nom de tous et toutes les confiné·e·s qui traversent cette période avec des hauts et des bas (de contention) !

hotel-osborne-chambre-379

- Marabout ! J’en ai marre, je suis à bout !

- Bouh ! Regarde plutôt le bout du tunnel !

- Je ne vois aucune lueur d'espoir,
Rien de bon
À l’horizon !
Que du noir !
Le monde est à genoux
Devant un invisible ;
Ce serait risible
Si ce n'était pas fou !
Quand sortirai-je de ma maison ?
À la mauvaise saison ?
C’était marrant,
Au début, le confinement !

- On peut enfin de nos enfants profiter !
On fait des crêpes pour le goûter,
De la peinture pour les amuser !
Écoutons les oiseaux chanter,
Regardons les fleurs pousser,
L’insecte butiner !

Ces piafs, ils semblent nous narguer
Ils volètent en toute liberté
En pépiant comme jamais !

Belle vengeance de les avoir ignorés,
De les avoir empoisonnés
De tous ces gaz d’échappement rejetés.

Et puis, à Emmanuel, combien les parents ont donné
Pour annoncer que l'école va recommencer ?

- Un billet ?
- Pas assez !
- Deux billets ?
- Pas suffisant !
- Trois billets pour chaque enfant ???
Vous êtes gourmand,
Monsieur le président !
Mais je suis prêt·e
À tout donner
Pour que de mes enfants vous me débarrassiez !

Et mon abruti·e de conjoint·e
À combien puis je le (la) négocier
Pour qu'il (elle) retourne à l'atelier ?

Un billet ?
- Pas assez !
- Deux billets ?
- Pas suffisant !
- Mais je vais être ruiné·e !
- C’est le prix à payer
Pour votre tranquillité
Retrouver !
- Je suis prêt·e à tout donner :
Mon compte en banque est renfloué
Mais je ne peux rien dépenser !

psychologieC’est quand que je pourrai sortir de chez moi ?
Dans un mois, deux ou six mois ?

Bout ! Marabout, je suis à bout !
J'en ai marre
Ça fout le cafard
Ça vire au cauchemar !

Ah ! Mais c'est ça !
Je suis endormi·e
Dans mon lit,
Je vais me réveiller !

 

Eh ! Bien non !
Tu as les mirettes
Bien ouvertes :
C’est la triste réalité !

10 décembre 2014

Consigne d'écriture 1415-11 du 9 décembre 2014 : Sept incipits de Pascal Perrat

Sept incipits de Pascal Perrat 

 

- 191 : Dans ma famille, j'ai toujours été la plus petite. Celle qu'on oublie dans une poche ou un sac.

- 189 : Depuis que mon manuscrit s'est inscrit à un club de remise en forme, je ne le reconnais plus !
Lui qui s'empiffrait de...

- 208 : Hier soir, je devais être dans la lune, j'ai écrasé ma bonne étoile en effectuant une marche arrière dans mes pensées.

- 207 : Octobre touchait à sa fin, les arbres perdaient déjà leurs feuilles.
C'est alors qu'un étrange phénomène se produisit.
Un mimétisme végétal gagna les livres et les hommes.
Les feuilles de livres jaunirent puis se détachèrent, des oreilles aussi...

- 206 : La famille Illusion a le regret de vous faire part du décès d'un vieux rêve...

- 205 : Racontez un repas de famille vu par un poisson rouge depuis son bocal

- 183 : Ça y est, on s'est dépareillé ! Cela faisait pourtant des années qu'on vivait ensemble, entre chaussettes à carreaux...

AEV 1415-11 famille-stylo

 

Cliquez sur l'image pour aller lire le blog de Pascal Perrat

14 mars 2020

Ran-DO-fête - pirouette – cacahuètes / Dominique H.

AEV 1920-22 bis Dominique H

Eh oui ! La courbe exponentielle 
devient actuelle ! 
Cette affaire s'accélère !
Il nous faut faire les gestes-barrière 
et, pour tous, la priorité 
devient la santé.

Alors de fête la ranDO
du printemps devient ranDOmots,
une forme de balade philosophique,
de flânerie poétique.
La logistique avait-elle prévu
l'inattendu ?

Grâce à ce petit virus
Qui attaque l'homo oeconomicus
Un néo-libéral
Se découvre brutalement social,
critique la mondialisation,
vante les re-localisations,
l'Etat-providence
qui atténue les souffrances,
organise les solidarités,
rétablit les priorités !

Est-ce un virus anti-capitaliste,
écologiste ?
En ce temps d'épidémie,
Déjà le ciel de Milan s'est éclairci
et moi qui me sentais encore juvénile
me voici caractérisée de fragile !
Admettre sa vulnérabilité
tout en préservant sa santé :
une forme d' exercice mental
soutenu par l'élan vital,

opportunité d'un grand décrassage
qui pourrait nous rendre plus sages :
le temps serait venu d'hiberner,
se câliner, bouquiner
moins consommer et réfléchir
à l'avenir.

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21 janvier 2020

Pom, pom , pommes / Maryvonne

AEV 1920-16 Maryvonne 2019-pom-pom-pommmes-6507

En ce moment, à l'Ecomusée du pays de Rennes, vous pouvez voir une exposition appelée « Pom, pom, pommes ».

Pendant la préparation de cette « expo », la commissaire et les médiateurs sont bien occupés, leur énergie bouffée jusqu'au trognon.

A la recherche d'illustrations, ils se rendent dans différents musées. Ah ! Il faut en arpenter des salles et des salles pour trouver la nature morte la plus vivante ! Ils en ont les pieds en compote.

C'est important il ne faut pas se fourvoyer. Certains tableaux sont trop tartes, certains ne valent pas un beignet. Il y a toujours un des acteurs qui joue le contempteur. La plus jeune, une stagiaire haute comme trois pommes mais qui prend son rôle avec une certaine alacrité tombe en arrêt, au musée d'Orsay, devant un tableau de Cézanne : « Pommes et oranges ». Il s'ensuit une algarade entre ceux qui ne veulent que des pommes et ceux qui sont plus proches de la salade de fruits.

- Sur ce tableau, dit le plus âgé, nous faisons à peine la différence entre les pommes et les oranges car l'appendice terminal de la pomme n’apparaît pas nettement.

- Ah ! dit la jeune d'un ton badin, espèce de pédant qui refuse de prononcer carrément le mot queue !

AEV 1920-16 Maryvonne 2019-pom-pom-pommmes CézanneLa bisbille fait son chemin comme le ver dans la pomme.

- Tu sais, lui conseille la jeune stagiaire, La Bintinais est dans un quartier où si tu emploies des grands mots à rallonge on fera un four. Ah ! Quoique « pomme au four »… c'est truculent !

- Ah ! Toi la gamine, arrête de tout tourner à la blague, c'est sérieux, la pomologie.

- Ben voilà que tes élucubrations intellectuelles te reprennent. C'est infrangible chez toi !

Voilà que se profile la pomme de discorde entre eux.

La commissaire prend la parole pour un discours philippique :

- Mes amis si nous voulons éviter les pépins, il va falloir s'entendre et ne pas couper les pommes en quatre. Je ne vous parle même pas de croquer la pomme d'amour ensemble mais au moins d'être constructifs.

- Pomme de reinette et pomme d'api ! chantonne la petite jeune haute comme trois pommes. Moi je le trouve très bien ce tableau si Orsay veut bien nous le prêter. Sinon, il y a bien «Nature morte aux pommes» un autre tableau de Cézanne mais il est à New York. Je ne suis pas certaine que «Rennes métropole» nous offre un aller-retour pour voir le tableau. Si nous leur en faisons la demande ils vont en tomber dans les pommes !

7 mars 2017

L'Apéritif d'Hector / Eliane

AEV 1617-20 Renoir_-_Le_Déjeuner_au_bord_de_la_rivière

Ils étaient tous réunis en une assemblée festive, conviviale et informelle autour d'un apéritif-dinatoire.

C'était un soir d'été, il faisait doux, le vin était gouleyant à leurs palais desséchés et les propos étaient aux calembredaines.

Les rires fusaient et chacun cherchait dans sa mémoire les meilleures galéjades de son répertoire. Aucun temps mort, les blagues fusaient. Le maître des lieux avait demandé à chacun de mettre son obole dans l'escarcelle afin de payer le prix des boissons et tous avaient obtempéré de bon cœur.
Sur le buffet improvisé moult plats plus colorés et appétissants les uns que les autres étaient confectionnés par les participants eux-mêmes et ils aiguisaient l'appétit.

Le soleil déclinait doucement, l'air se faisait plus frais, beaucoup étaient allés chercher une petite laine et, subrepticement, l'alcool ralentissait les esprits. Les propos se faisaient plus graves.

Pour un dernier sourire, un esprit primesautier évoqua la belle callipyge qui servait dans la boulangerie et les regards se firent rêveurs, surtout celui du jeune Hector qui était resté muet jusque-là. Ce jeune homme pusillanime se contentait le plus souvent d'écouter sans émettre un seul commentaire, qu'il soit égrillard ou profond. Pourtant son visage n'avait rien de chafouin, bien au contraire il était ouvert, clair et respirait l'intelligence. A se demander ce qu'il faisait au milieu de cette société de bons vivants extravertis.

Mais Hector les aimait bien, ces hommes rieurs ; ils étaient gentils, ne coupaient pas les cheveux en quatre, ce n'était pas non plus des paltoquets dont il n'aurait pas supporté la présence. Ils étaient simples et reposants, leur compagnie était agréable.

Ce n'était pas comme lors de ce dîner organisé par ses parents, quand il avait dû écouter sans broncher les habituelles rodomontades de l'oncle Emile qui le mettaient au bord de la nausée.

AEV 1617-20 7f791dce1b8224f399d7dec263b217fa

Le jeune homme dévisageait en silence chacun de ses compagnons et faisait des comparaisons. Pas de doute, leur compagnie était meilleure que celle de son collègue au bureau, un pleutre toujours hésitant qui le hérissait. Un sourire de tendresse affleurait à ses lèvres en réalisant que leur cœur était pur, beaucoup plus que celui de ce gougnafier qui avait embouti l'aile arrière de sa voiture et refusait de reconnaître ses torts.

Hector se sentait bien, chacun commençait à se laisser envahir par une douce torpeur, quand soudain Edouard se leva d'un bon et au milieu de la conversation languissante déclara à brûle pourpoint : «C'est pas tout les gars, mais demain je dois me lever dès potron-minet, il est temps que je rentre».

Et chacun, prenant soudain conscience de l'heure tardive commença nonchalamment à rassembler ses affaires et prendre congé de leur hôte, non sans avoir décidé de se réunir à nouveau dans un avenir proche.

4 novembre 2019

Je dirais même plus ! / Jean-Paul

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1

Je dirais même plus
Chapeau melon moustache
La canne de bambou
Et les airs de bravache

Tous les olibrius
Qui nous crient « Mort aux vaches ! »
Ca met les nerfs à bout
Je dirais même plus

En un mot ça nous fâche

AEV 1920-07 Dupondt 6

2

Je dirais même plus
Objectif dans la lune
Capitaine coléreux
Reporter sans fortune

Une jeep dans les dunes
Un système pileux
Qui pousse à qui mieux mieux
Je dirais même plus

Y’a de quoi s’faire des ch’veux

AEV 1920-07 Dupondt 2

3

Je dirais même plus
Les lampions séraphinent
La cantatrice est chauve
Sauve qui peut dans l’alcôve

L’Alacazar est fermé
Suite à la générale
Le tapioca se fige
Je dirais même plus

On touche le Tryphon

AEV 1920-07 Dupondt 5

4

Je dirais même plus
Les boules de cristal
Prédisent du bazar
Quand s’enfuira Rascar

Des nuits de Moulinsart
Quand sonnera le gong
Du grand Philippulus
Je dirais même plus

Mystérieuse étoile !

AEV 1920-07 Philippulus-et-Tintin

5

Je dirais même plus
Un monde en perdition
Tremblera pour ses puces
Sur toutes ses fondations

Quand il n’y aura plus
Un gramme de coke en stock
Le monde fera tintin
Je dirais même plus

Et ce sur toute la ligne

AEV 1920-07 Dupondt 4

6

Je dirais même plus
Plus moyen d’échapper
A moins de gamberger
Aux représentations

Dues à l’ingambe Hergé
Qui nous a faits jumeaux
Ou comme nymphe Echo
Je dirai même plus

Echo Echo Echo
Echo Echo Echo

AEV 1920-07 Dupondt 3

18 septembre 2018

La Boqala / Anne-Françoise

AEV 1819-03 la-cigale-et-la-fourmi

Dansons la capucine
Y’a pas de pain chez nous
Y’en a chez la voisine
Mais ce n’est pas pour nous, You !

Ma voisine, je l’aime bien,
Mais elle est radine, gourgandine,
Sanguine, fouine, mesquine
Et elle n’a pas voulu me donner de pain !

Ma chère voisine,

Je danse la capucine
Depuis que j’ai du pain
Merci chère voisine,
De m’avoir envoyée voir le voisin…

Je ne savais pas danser la capucine
Quand je n’avais pas d’pain
Merci chère voisine,
L’voisin a un bon coup d’main…

Depuis que je danse la capucine,
J’ai du pain, du vin et du boursin
Merci chère voisine,
Ici, chaque jour, c’est un festin…

Je danserai toujours la capucine
Avec Firmin, mon voisin
Merci chère voisine,
Car on danse du soir au matin. 

Ma chère voisine,

Je vivais seule autrefois,
Sans amoureux près de moi,
Et mon cœur était froid
Hiver comme été au fond de moi

Avec Firmin, tout a changé !
Il m’a prise dans ses bras musclés,
Il m’a fait du pain et m’a cuisinée,
J’en suis toute chamboulée !

AEV 1819-03 la-cigale-et-la-fourmi BMa chère voisine,

Vous qui vivez seule sans mari,
A manger tous les jours du pain rassis
A votre table sans voisin, sans ami,
Sortez donc dehors voir si j’y suis

Vous y trouverez peut-être Charlie ou Denis
Ou d’autres encore et le démon de midi
Qui vous déclareront : « Je t’aime à la folie »
Et à eux, je dirai « merci ».

Parce que, peut-être, sait-on jamais,
Chère voisine,
Ces hommes vous feront peut-être
Devenir une plus agréable voisine
Qui, demain ou un jour plus lointain,
Et quand je lui en demanderai
Ne me refusera enfin plus de pain !

17 mars 2020

Aveux complets / Jean-Paul

200315 265 001Je soussigné KASTIC, Jules-César né le 29 février 1945 demeurant 7, rue Jean-René Xagères à 35000 Rennes avoue que j’ai déjà oublié la chronologie exacte du début de la fin du monde.

Déjà on aurait dû se douter, dès le début du mois de mars, qu’il nous arriverait des bricoles : le 13 était un vendredi ! Maintenant on a la confirmation que les superstitieux ont raison. Mais même ce jour-là on pouvait encore se balader le nez au vent avec un appareil photo, attendre les mômes pour la dernière fois à la sortie de l’école. Non, je ne distribue pas des cachous, j’attends juste les carnavals et les fêtes qui n’auront plus lieu. C’est ce soir-là ou la veille qu’on a interdit les rassemblements de plus de cent personnes.

Malgré cela, le samedi, on était aussi nombreux qu’à l’habitude à faire nos courses sur le marché des Lices. Les libraires de la place Hoche avaient encore droit de cité. Le samedi soir on est passé au stade 3 de la lutte contre l’épipandémie… mais le lendemain il n’était pas interdit d’aller voter ! C’est ce qu’on a fait, à la queue leu leu, un mètre les uns derrière les autres dans le couloir de l’école primaire. Preuve que c’était encore de la rigolade, l’adjoint au maire qui officiait a pris ma carte d’identité et ma carte d’électeur avec ses gros doigts non gantés. J’ai brûlé le tout en rentrant pour ne pas être infecté. Germaine, mon épouse, était tellement perturbée par tout ce cirque qu’elle a écrit son nom en capitales sur le registre au lieu de signer.

Après ils ont été tellement vexés d’avoir perdu les élections, d’avoir encaissé un taux d’abstention de 50% et surtout d’avoir vu les gens qui ne les écoutaient pas et allaient se promener au soleil du printemps, en groupes, dans les parcs et jardins qu’ils ont confiné tout le monde et qu’ils ont tout fermé !

A pus bistrot ! A pus restau ! Plus de ciné ! Plus de biblis ! Plus de mémés dans les sorties !

Juste aller chercher à bouffer et rentrer. C’est ce qu’on a fait le lundi matin à 9 heures. D’habitude j’y vais seul, faire les courses avec mon petit panier qui donne l’air d’un con, mais là Germaine a voulu venir avec son ® caddie. L’hypermarché habite à un kilomètre de chez nous ; on y est allés à pied sans croiser personne. Mais une fois là-dedans, tudieu, quelle cohue-bohu ! On a passé une heure dans les allées et une heure à poireauter pour payer !

Pas moyen de se frayer un passage au rayon conserves de légumes ! A côté un paquet de spaghettis, éventré, rendait glissante l’allée des bonnes pâtes. Les gens avaient dû se battre pour le dernier paquet de Panzani.

AEV 1920-22 Jean-paul 500px-RationnementQuelle ambiance, cette fin du monde ! Nous aussi on a été pris de folie et on a fait n’importe quoi ! J’ai acheté deux plaques de chocolat au lieu d’une, deux paquets de riz, un paquet de café, des tortillons Turini alors que j’avais fait le plein de ça la semaine précédente et qu’on ne mange des pâtes qu’une fois par semaine ! Il n’y avait plus de gaufres liégeoises en rayon ! Dévalisés par les Belges d’honneur du coin ! J’ai acheté des gaufres Rita au café, les seules qui restaient, alors que je n’aime pas trop ça et que je sais fabriquer moi-même les meilleures gaufres flamandes de toute l’Ille-et-Vilaine !

Germaine a racheté du papier hygiénique, que j’avais fait le plein sans même prévoir la crise il y avait huit jours. On aurait été aux Etats-Unis, on revenait avec un 22 long rifle pour se défendre pendant le couvre-feu à venir ! Bref, on a été bien heureux de sortir de là !

Et puis mardi mon beau-frère nous a avertis par mail qu’il faudrait un Ausweis pour circuler ! Une « attestation de déplacement dérogatoire » ! Fort heureusement non tamponnée par la Kommandantur ! On l’a imprimée, on a coché la case « déplacements brefs à proximité du domicile, liés à l’activité physique individuelles des personnes et aux besoins des animaux de compagnie » et on est allés faire un tour de vélo le long de la Vilaine.

Depuis, c’est la rég-pression totale ! On n’entend plus que des commissaires de police au « Téléphone sonne » sur Radio-Paris. On ne parle plus que d’amendes à régler si vous n’avez pas d’Ausweis, que vous rencontrez un Feldgendarm et qu’il n’accepte pas votre justificatif « Je promène Kiki mon poisson rouge dans ma bérouette : il a besoin de prendre l’air depuis que tout le monde est confiné dans son bocal ». A qua ça rium, tout ça je vous demande un peu !

En même temps, comme ils disent, ils ont bien fait d’annuler le deuxième tour des élections municipales car ils n’ont pas prévu de case pour qu’on aille voter à part cette même raison des besoins animaliers : les pauvres hommes politiques aux abois sont perdus sans nos voix !

Bon, j’ai l’air de ricaner comme ça, mais je suis un bon citoyen, j’obéis, je suis con finement et pas con Plautiste : certains rigolos font courir la défèque-niouze comme quoi ce virus nous a été envoyé par les camarades communistes chinois (et russes) pour que nous fassions l’expérience de :

- la queue dans les commerces où il n’y a pas de masques à part celui du boutiquier ;
- la police derrière chaque citoyen dès qu’il bouge ;
- les discours fleuves et récurrents de notre leader maximo ;
- l’interdiction des réunions ;
- la grande guerre patriotique ; etc.

AEV 1920-22 Macron en guerre contre le coronavirus

A leur décharge le gouvernement vient de découvrir les vertus du service public hospitalier et tous ces gens de droite envisagent même… des nationalisations !

Maintenant il me reste à avouer à Madame Brigitte Bardot et aux gens de la SPA le crime impardonnable que j’ai commis au nom de la résistance au coronavirus : pendant qu’on pédalait sur le halage avec Germaine j’ai abattu un canard qui discutait avec sa cane en descendant la Vilaine.

- Darmanin réélu à Tourcoing ! Coin coin ! ricanait-il

Je n’ai rien contre l’humour du « Clair de lune à Maubeuge » mais ils ne respectaient pas, pour se parler, la distance réglementaire d’un mètre.


P.S. Pour survivre pleinement au confinement et au virus, évitez d’écouter « Le Postillon de Longjumeau ». Il paraît que même cela vous contamine l’humeur.
 

30 avril 2019

Fanitude sétoise / Jean-Paul

190504 Nikon 195Voilà, je suis en route pour Sète.

Il faut croire que j’ai pris goût au périple touristique nécrophile. Après Charleville-Mézières en 2017, Sète en 2019. Après Rimbaud, Brassens. Mais qu’est-ce que j’ai à marcher sur les traces de ces anciens voyous ? Qu’est-ce que j’espère trouver à Sète ?

Une boîte à lettres au cimetière pour pouvoir écrire à Georges B. ?

Une plaque de médecin indiquant qu’on peut prendre rendez-vous avec le docteur Cléo Decinq à Sète ?

Un café qui s’appellerait « Les Copains d’abord » ? Mais on en a déjà un à Rennes tout comme on a un bistrot nommé « Le Bateau ivre ». Le Funky Munky s’appelait même « Le Rimbaud » lorsque j’ai débarqué dans cette ville d’alcooliques lettrés. Même leur club de foot rend hommage à Stendhal grâce au maillot bicolore de ses joueurs : on y trouve le rouge et le noir.

Ca se peut, ça, un sex-shop appelé « Le Pornographe » ?
Un marchand de chaussures à l’enseigne des « Sabots d’Hélène » ?
Une boucherie Cornes d’aurochs ?
Un EHPAD baptisé « Mon vieux Léon » ?
Le restaurant « Chez l’Auvergnat »
L’Institut de beauté Marquise ?
La crêperie Bécassine ?

190504 Nikon 198

190504 Nikon 176Je n’ai rien préparé pour ce voyage. Je sais juste qu’il y a un cimetière marin à Sète mais nous les Bretons, on a déjà celui de Saint-Michel en grève qui est très beau. Une plage de la Corniche sur laquelle les dauphins ont pour amis d’enfance des gamins moustachus qui fument la pipe et se grattent le ventre en chantant des chansons.

Un étang de Thau, des canaux… et du coup il me revient que cette nouvelle exploration ne sera pas forcément Brassensophile. Peut-être ne ferai-je qu’ajouter un méchant paquet de photographie à mon « Apologie des villes d’eaux » ?

Alors ? Fi des amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics » !
Basta des lettres à Rimbaud !
Peut-être ne me faudra-t-il écrire, pour en garder trace, que sept sonnets à la gloire de Sète ?

Ou soixante-dix-sept ?

4 avril 2017

Verbes, compléments, etc. / Eliane

- C'est à quel sujet ? demanda le complément au verbe enflammé qui sonnait à sa porte.

- Complément, nous avons un problème. C'est au sujet des adjectifs, ils ne s'entendent pas du tout entre eux. Ils sont quatre, vous le savez, et chacun veut être cité en premier.

- Eh bien plaçons-les par ordre alphabétique !

- Vous ne trouvez pas que cela fait un peu scolaire ?

- Alors, on peut peut-être les ranger par ordre crescendo. Il s'agit du temps, non ? Au fait, il s'agit du temps qui passe ou de la météo?

- Je ne sais plus, il faudrait lui demander ce qu'il représente, c'est le sujet non ?

- Mais toi, le verbe, de quoi parles-tu ?

- Je suis le verbe « brûler » et franchement il s'applique dans les deux cas. On peut brûler au soleil ou brûler les étapes...

- Ou saucisse grillée, dit pensivement le complément.

- Mais voyons je peux aussi bien brûler la peau à cause du soleil ou des flammes de l'âtre.

- Oui mais on peut aussi brûler d'amour, de désir.

- Il s'agit toujours de flammes, allons voir le sujet.

AEV 1617-24 Eliane adjectif

Le sujet, le soleil, leur intima l'ordre de rester à distance, sous peine de finir carbonisés. Le complément, la peau, comprenait cette précaution, lui-même n'en finissait pas de se consumer et cela lui pesait.

- Soleil, nous aimerions à nous tous construire une phrase qui ait un sens.

- Vraiment ! Comment s'appellent vos adjectifs ?

- Voyons ! sombre, venteux, nuageux, tempétueux.

- Oui, oui je vois. Je peux faire appel à quelques copains, voyez si, de votre côté, vous pouvez rameuter vos troupes.

Le sujet temps, qui se sentait concerné, répondit à l'appel. Quelques verbes vinrent se joindre à eux et ils rassemblèrent les adjectifs. Puis ils se placèrent dans l'ordre. Ils se contemplèrent, se jugèrent et, après quelques modifications et la quête de quelques compléments, arrivèrent à ceci :

« Le soleil qui avait ardemment brûlé les peaux nues offertes sur les plages tout l'après-midi, déclinait maintenant sur l'horizon. Le ciel devint nuageux, sombre, l'air s'agita, devint venteux, c'était maintenant une petite brise venue du Nord-Est. Elle se transforma bien vite en une bourrasque tempétueuse. ».

- C'est pas mal, constata le sujet-Soleil, mais il faudrait construire la suite. Que deviennent les estivants sur les plages, obligés de ramasser serviettes et parasols en toute hâte dans cette tempête ? Nous avons besoin de beaucoup d'éléments, il va nous falloir passer une annonce sur les antennes et dans les journaux.

L'adjectif-Sombre, toujours taciturne, bougonna :

- Comment peux-t-il s'appeler Sujet-Soleil ? Ce n'était pas le sujet qui était Soleil, mais le roi si je ne m'abuse ?

Mais, bon camarade, il décida de faire preuve de bonne volonté pour construire un beau texte ; il appela à la rescousse tous ses copains adjectifs, plus quelques adverbes de sa connaissance.

14 mai 2019

C’est vraiment par gourmandise ! / Anne-Françoise

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Le plat de mignardises a tourné plusieurs fois et s’est négligemment posé sur la table basse. On a successivement pris une tartelette à la fraise, une mousse passion et un petit fondant chocolat… On estime que ça fait déjà assez vu ce qu’on s’est déjà mis à l’apéro et ce qui a suivi.

Mais il y a un problème, un souci, un ennui… Ben oui, on est perturbé. Il reste dans le plat une mignonne adorable tartelette au citron. On l’ignore d’abord. On essaie de se focaliser sur la conversation. Mais ça ne suffit pas. Malgré nous, tout nous ramène au centre de cette table. Et on commence à craindre qu’un autre ose nous voler celle qui nous tend les bras… On observe la tarte d’un œil et les invités de l’autre : y en a-t-il un qui louche dessus ? On s’affole quand un autre, là, le traître, change un peu de position. Ah, non ! qu’il ne vienne pas tendre le bras ! Ouf…

Mais on n’ose pas pour autant se servir, un peu de culpabilité nous rattrape… C’est la seule pâtisserie qui reste ! Ca ferait pas poli… Et on nous lorgnerait avec un drôle d’air, nous et nos rondeurs. On est au supplice. On souffle, on transpire, la tête nous tourne… Le temps s’allonge…

Puis, avant qu’une catastrophe n’arrive, dans un soulagement infini, la voix encore étranglée par le stress, on se saisit enfin de la tartelette tant désirée. Dans une tentative à laquelle il nous faut croire, on espère encore se disculper et banaliser l’événement en tentant le plus naturellement possible : « C’est vraiment par gourmandise ! ».

20 février 2018

Le chien et le philosophe / Josiane

AEV 1718-20 chien

 

"Être ou ne pas être, voilà la question"

Disait le philosophe
À son animal de compagnie.
Celui-ci lui faisait comprendre
Que jouer lui semblait plus sage.
Pourquoi toujours s’interroger ?
Voilà bien le propre de l’homme.

Pourvu que ma gamelle soit pleine,
Que je gambade à travers champs,
Je ne me pose aucun problème,
Je ne suis pas un chien pensant.

AEV 1718-20 JupiterC’est quoi le problème
Quelle est la question?

Être ou ne pas être voilà la question.

Ce à quoi l’animal répond :

"Oui, et la poser n’est que vanité orale."

18 décembre 2019

Consigne d'écriture 1920-13 du 17 décembre 2019 : Histoire d'après Imagidés

Une histoire d'après Imagidés

 

Inscrivez sur une feuille une suite de sept chiffres compris entre  et 6. Par exemple : 1 2 3 4 5 6 1 ou 2 5 6 1 6 6 6.

Référez-vous ensuite au tableau ci-dessous pour obtenir

-          Un personnage
-           L’émotion qui caractérise ce personnage
-          Le lieu où vit le personnage ou dans lequel se passe votre histoire
-          L’élément principal de votre histoire
-          Ce qui concerne un voyage dans votre histoire
-          Un animal qui apparaîtra dans l’histoire
-          Un élément du quotidien qui apparaîtra également dans votre récit 

 

Personnage

Emotion

Lieu

Histoire

Voyage

Animal

Objet du quotidien

1

Dragon

Amour

Chemin

Bateau

Avion

Araignée

Argent

2

Fantôme

Colère

Forêt

Château

Mer

Chat

Balai

3

Fée

Joie

Grotte

Dinosaure

Globe

Cheval

Ballon

4

Loup

Rire

Labyrinthe

Enigme

Horloge

Chien

Fer à cheval

5

Pirate

Surprise

Maison

Loupe (= quête)

Train

Oiseau

Fleur

6

Sorcière

Tristesse

Montagne

Volcan

Voiture

Serpent

Lit

Facultatif : vous pouvez écrire avec tout cela un conte de Noël ou une histoire d’univers parallèle.

AEV 1920-13 Imagidés

N.B. Imagidés est un jeu d'invention d'histoires des éditions Gigamic.

 

22 janvier 2020

Consigne d'écriture 1920-16 du 21 janvier 2020 : le mot juste au musée

Le mot juste au musée

 

Chaque participant.e choisit une monographie illustrée (Regards sur la peinture) sur un peintre du XIXe ou du XXe siècle en fonction de ses goûts.

L'animateur distribue ensuite une liste d'une quinzaine de mots issus du livre de Valérie Mandera "L'Art du mot juste". Chaque mot est doté de sa traduction en langage "moins soutenu".

Il demande que soit racontée une histoire qui se passe dans un musée et dans laquelle on trouve au moins un des mots de la liste fournie.

AEV 1920-16 lot+regard+sur+la+peinture

N.B. Les listes de quinze mots, classées par ordre alphabétique, ont été collées bout à bout dans le tableau ci-dessous. Les mots sont en colonnes 1 et 3.

Avanie Affront injure Alacrité Entrain vivacité gaieté
Camus Aplati écrasé Algarade Dispute scène engueulade
Déréliction Abattement abandon Badin Enjoué espiègle gai
Dilettante Amateur connaisseur Bisbille Dispute désaccord brouille
Ebaudir Amuser réjouir Contempteur Détracteur critique
Lénifiant Apaisant calmant Dégingandé Disloqué
Morgue Arrogance fierté Elucubration Divagation extravagance
Panégyrique Apologie Embobeliner Embobiner rouler tromper
Parcimonie Avarice économie Faconde Eloquence bagou
Poncif Banalité cliché lieu commun Fourvoyer Egarer tromper
Potron-Minet (dès) A l’aube tôt Imbroglio Embrouille confusion
Procrastiner Ajourner remettre à demain Infrangible Durable, constant inaltérable
Pugnace Batailleur combatif querelleur Interlope Douteux louche suspect
Rasséréner Apaiser calmer adoucir Philippique Discours réquisitoire
Vicissitude Aléas hasard Truculent Drôle cocasse original
Anathème Blâme condamnation Baguenauder Flâner errer
Atrabilaire Colérique acariâtre grincheux Faquin Fripouille voyou racaille vaurien
Compendieux Concis succinct abrégé Faramineux Fantastique énorme
Courroux Colère emportement fureur Flagorner Flatter passer de la pommade
Débonnaire Bon généreux Fredaine Folie frasque écart
Ergoter Chipoter pinailler contester Fruste Grossier rustique
Fustiger Combattre critiquer Gabegie Gâchis gaspillage
Galimatias Charabia Ostracisme Exclusion bannissement
Hâve Blafard, livide, défait Pétulance Fougue vivacité exubérance
Impavide Calme imperturbable inébranlable Prodigue Généreux dépensier
Mansuétude Bonté indulgence Rocambolesque Extraordinaire invraisemblable extravagant
Patent Certain évident indéniable Rodomontades Fanfaronnades vantardise
Péremptoire Catégorique tranchant Sémillant Fringant enjoué
Phagocyter Cannibaliser absorber Thuriféraire Flatteur louangeur
Quintessence Concentré essentiel meilleur Zélateur Fanatique partisan
Abhorrer Détester haïr Acrimonie Hargne aigreur mauvaise humeur
Circonlocution Détour Atavisme Hérédité dispositions
Concupiscence Désir sensualité convoitise Barguigner Hésiter tergiverser
Condescendant Dédaigneux hautain Fulminer Hurler s’emporter se fâcher
Exutoire Dérivatif soupape Gémonies (vouer aux) Humilier, accabler publiquement
Galvauder Déprécier avilir dégrader Impéritie Incapacité incompétence
Grégaire Conformiste docile Ineffable Indescriptible inexprimable inracontable
Laconique Court, succinct sommaire Inexpugnable Imprenable, invincible
Pensum Corvée Invective Injure, insulte
Stipendié Corrompu soudoyé Invétéré Incorrigible incurable
Turpitude Débauche bassesse ignominie Marmoréen Impassible froid
Vernaculaire Courant local régional Obnubiler Hypnotiser obséder
Vilipender Déprécier dénigrer Opprobre Honte déshonneur
Vitupérer Critiquer protester Patibulaire Inquiétant sinistre louche
Vociférer Crier hurler gueuler Tergiverser Hésiter se tâter
Abscons Obscur incompréhensible
Agonir
Insulter injurier accabler
Antienne Refrain rengaine Béotien Lourdaud grossier inculte
Argutie Raisonnement pointilleux, pinaillage Cacochyme Maladif, souffreteux
Circonspect Prudent vigilant Evanescent Insaisissable
Délétère Nuisible malsain Falot Insignifiant terne
Exhorter Pousser inciter Goguenard Moqueur ironique
Faraud Prétentieux crâneur fanfaron Hagiographie Légende histoire
Grivois Osé, libertin Laïus Long discours
Histrion Pitre clown bouffon Lazzi Moquerie sarcasme raillerie
Kyrielle Multitude foule Parangon Modèle idéal
Magnanimité Noblesse bonté Pusillanime Lâche peureux poltron timoré
Morigéner Réprimander gronder Sagacité Intelligence finesse astuce
Rémanence Persistance survivance Salmigondis Mélange méli-mélo fatras
Scabreux Osé indécent licencieux Sardonique Moqueur sarcastique
Vaticiner Prophétiser prédire Soliloquer Monologuer
Anachorète Solitaire ermite Diaphane Translucide clair limpide
Billevesées Sornettes sottises bêtises âneries Drastique Strict sévère rigoureux
Chafouin Sournois hypocrite Ebahir Stupéfier abasourdir étonner
Frugal Sobre austère Nervi Voyou fripouille tueur
Gausser (se) Se moquer railler Primesautier Spontané impulsif
Iconoclaste Sacrilège impie non traditionnel Redondant Surabondant superflu répétitif
Maugréer Ronchonner bougonner Réminiscences Souvenir mémoire
Objurgation Reproche, réprimande Roboratif Tonifiant vivifiant
Obséquieux Servile rampant Sobriquet Surnom
Pavoiser Se pavaner Spécieux Trompeur
Péronnelle Sotte bavarde Superfétatoire Superflu inutile accessoire
Persifler Se moquer mettre en boîte Tarabuster Tourmenter harceler importuner
Sinécure Situation de tout repos Tarauder Tourmenter obséder
Targuer (se) Se vanter être fier Tohu-bohu Tapage agitation désordre
Viatique Secours soutien Velléitaire Versatile inconsistant hésitant
6 mars 2019

L'Horizon / Dominique H.

AEV1819-20 patrick-modiano-lhorizonDepuis quelques temps Bosmans pensait à certains épisodes de sa jeunesse , des épisodes sans suite, coupés net, des visages sans noms, des rencontres fugitives. Les paysages aussi se mêlaient, ceux de Berlin et ceux de Paris. Un visage de femme revenait souvent, celui d'un amour de jeunesse justement.Il l'avait rencontrée à Berlin, l'espace d'un été, dans une librairie. Elle feuilletait un roman de George Sand. Etonné, il avait osé l'aborder, ou peut-être était-ce son physique de sylphide qui l'avait attiré. Elle était svelte, élancée, gracieuse, presque irréelle avec son visage aux traits fins.

Elle parlait bien le français. Elle l'avait suivi à Paris la fin de l'été mais leur idylle n'avait pas duré. Depuis il papillonnait de blondes anorexiques à d'autres blondes éthérées, à la recherche de son amour de rêve. L'an dernier il avait cru l'avoir retrouvé.

Le premier soir où Bosmans était venu la chercher à la sortie des bureaux, elle lui avait fait un signe du bras dans le flot de ceux qui passaient sous le porche.

Pendant plusieurs mois ils se sont retrouvés ainsi à la sortie des bureaux pour aller boire un verre à une terrasse, traîner dans une librairie ou aller au cinéma. Il restait parfois dormir chez elle. Avec le temps les désirs se sont dilués.

Avec le temps... L'autre jour, il suivait la rue de Seine.

Ses souvenirs se mêlaient. Il s'est cru à Berlin avec la femme de sa jeunesse. Avec elle il avait aussi marché dans Paris.Il rêvait d'elle encore la nuit.

Quelqu'un lui avait chuchoté une phrase dans son sommeil : "Lointain Auteuil, quartier charmant de mes grandes tristesses" et il la nota dans son carnet, sachant bien que certains mots que l'on entend en rêve et qui vous frappent et que vous vous promettez de retenir vous échappent au réveil ou bien n'ont plus aucun sens.

AEV1819-20 patrick-modiano-lhorizon-L-UOoBKUPendant des mois, il a traîné sa mélancolie dans les rues, le jour dans la brume de l'hiver, la nuit à la lumière blafarde des lampadaires.

Au lycée où il enseignait la littérature, il s'était lié à un collègue, le professeur Frene. Le professeur l'impressionnait un peu, il enseignait à l'université.
Il était venu dans l'appartement du professeur Ferne quelques vendredis soirs, le seul jour de la semaine où le professeur et sa femme sortaient jusqu'à minuit et où Margaret gardait les deux enfants.

Il accompagnait le couple le plus souvent au théâtre, mais leurs relations gardaient une distance certaine, se limitant à des conversations d'experts.
Une nuit, à leur retour, le professeur et sa femme lui avaient paru plus accessibles que les autres fois. Margaret n'était pas non plus pressée de repartir ce soir-là, et une conversation plus légère s'était installée entre eux quatre, autour d'un bon porto. Bosmans avait déjà remarqué Margaret, sa blondeur, sa grâce discrète. Elle faisait des études de littératures comparées et c'était une étudiante du professeur Ferne. Naturellement Bosmans raccompagna Margaret et c'est en marchant la nuit dans les rues de Paris que leur histoire commença. Margaret avait un côté réel que les femmes d'avant n'avaient jamais eu. Elle était bretonne. Ils faisaient des projets, cherchaient un appartement. Mais cette fois encore son amour lui échappa ou il ne sut le retenir.

Leur relation était fusionnelle, un peu trop au goût de Margaret. Lorsque l'été arriva , elle lui annonça que le lendemain elle partait pour deux semaines à la montagne, "pour respirer le grand air," ajouta-t-elle. Il sentit que sa décision était prise et qu'il n'y pouvait rien. Il se consola en flânant dans les rues de Paris déserté. L'air du soir était doux et il était presque apaisé quand il alla la chercher au train.

Elle était arrivée à la gare de Lyon vers sept heures du soir.

Mais elle était accompagnée. Un homme la tenait fermement par le bras, elle portait des lunettes de soleil. Il l'interpela « Margaret ! » lui saisissant l'autre bras, mais elle se dégagea en disant : « Mais enfin Monsieur ! ». L'homme, également lunettes noires et chapeau , très chic, rajouta vivement « Vous faîtes erreur Monsieur,ma femme ne s'appelle pas Margaret ! ». Le couple s'éloigna d'un bon pas.

Bosmans resta sidéré. Une fois de plus il laissait son amour le quitter sans protester. Il continua à marcher la nuit dans Paris pour aussi échapper à un rêve récurrent qui le torturait : Une fille marchait devant Bosmans, en poussant une voiture d'enfant, et elle avait la même silhouette que Margaret.

Bosmans revoyait le professeur Ferne au lycée, mais, aussi bien l'un que l'autre, ils évitaient de parler de Margaret. Un autre collègue, professeur d'allemand, avait aussi connu Margaret chez le couple Ferne : André Pontrel. Bosmans, en traînant son spleen dans les rues de Paris, avait fini par rencontrer une nouvelle jolie blonde un peu écervelée. Il avait évité de la présenter à ses collègues, la conversation avec elle étant sans issue. Cependant les chemins se croisent et des deux collègues ce fut André Pontrel qu'ils rencontrèrent en premier.

AEV1819-20 patrick-modiano-lhorizon 3 jean HarlowPontrel était moins discret que Ferne et, la conversation à peine commencée, Pontrel lui apprit le plus naturellement du monde qu'il avait croisé Margaret poussant un landau !

Ce jour là marqua pour Bosmans la fin de quelque chose. Il prit un rendez-vous avec une psychanalyste mais, bien qu’elle soit mince et blonde, après deux séances d'élocution difficile, il renonça à comprendre le mécanisme de la répétition de ses amours de blondes et de ses renoncements aussi faciles. Il partit à Berlin.

C'était l'été à Berlin.
Il traîna dans les rues de Berlin et retrouva sa libraire préférée, mince et blonde.
Rod Miller lui avait dit qu'elle laissait la librairie ouverte très tard.

20 novembre 2018

It's a long way to Columbarium ! / Jean-Paul

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A chaque fois que le vent soufflait dans les branches de sassafras, Bianca Lafolia faisait entendre sa tragique chanson. On eût dit un opéra de Verdi, dramatique et larmoyant à souhait, et on en versait des larmes, et on reniflait et on se tamponnait les yeux avec nos mouchoirs ! Enfin, façon de parler parce que Pascouché et moi on est surtout des escargots.

Bianca Lafolia a tenu trois saisons et ce jour d’hui, le vingt novembre, elle a fini par céder à la pression des éléments déchaînés : les incendies de Californie, les défilés de gilets jaunes, de bonnets rouges, de blouses blanches, de délégués du congrès des maires à écharpe tricolore, de la moustache d’Edwy Plenel en goguette à Villejean. Elle n’était plus très bien dans son assiette, elle est tombée, elle s’est écrasée au sol, elle est morte. Dès que j’ai su la nouvelle je suis allé prévenir Pascouché.

- Qu’est-ce qu’il y a, Buvard ? Tu ne vois pas que je suis en train de trier les granulés bleus et les pots de yaourt emplis de bière qui nous empêchent d’accéder aux salades qu’on raconte dans les télés ? Ceux-là, d’ailleurs, quand est-ce qu’ils vont nous rendre Apostrophes ?

Pascouché est un intellectuel susceptible et irascible. C’est une célébrité dans son genre mais il n’est pas prétentieux pour autant ni pour deux ronds de carotte. Il s’appelle Pascouché et il est célèbre parce que vous avez toutes et tous entendu parler de lui. Dans les manuels de calcul utilisés pour enseigner la multiplication, la division et autres opérations en option aux petits des humains, c’est lui qui escalade le poteau d’1’80 m de hauteur en grimpant 60 centimètres le jour et en redescendant 15centimètres la nuit. On demande au bout de combien de temps il atteindra le sommet du panneau.

- Eh bien ! On n’est pas couchés, se disent les parents des mioches en se grattant la tête.

- Et moi, quand est-ce que je dors, dans cette partie de yoyo ? C’est bien la peine d’avoir sa maison sur le dos si on ne peut pas se coucher dedans quand on veut ! a répondu Pascouché.

Pascouché n’a jamais tiré aucune gloriole de cette notoriété-là.

- Ca m’a juste forgé un peu plus le caractère. Comme la fois où j’ai réussi à battre le grand maître Limassov au tournoi d’échecs de Dieppe. Qui plus est en blitz !

La cadence du blitz, chez nous les escargots, est de quarante coups en trois jours puis de vingt coups en deux et enfin d’un jour pour terminer la partie. Avec un incrément de trois heures par coup joué.

- Notre amie Bianca Lafolia a cassé sa pipe cette nuit. Est-ce que tu veux bien m’accompagner à son enterrement ?

- Y’a pas une entourloupe non plus derrière cette histoire-là ? Je me suis déjà fait avoir une fois avec les cancres des prés verts dont le porte-plume redevient oiseau ! Je les connais, les mômes ! En sortant de l’école ils nous ramassent puis nous oublient dans un recoin de l’espace-temps et on est condamnés à tourner en rond dans un vieux souvenir de grand-mère ! Ou dans une cage à képi qui ne salue plus rien !

- Il paraît que ce sera une crémation et qu’on a besoin de nous pour établir la liste des chansons qui lui rendront hommage.

- Ah ? Un teppanyaki ? Alors ça marche, biloute ! On va aller l’oscariser, notre copine ! Tiens j’ai déjà une idée de titre : « Flamme pure et légère » !

- Ah oui, « la légende du feu » ! Ou bien « Allumer le feu », de Johnny !

- Dans « Mon père m’a donné un mari », la jeune femme met le feu au lit. Ca te dirait ?

- T’es fou, toi ! On ne peut pas chanter de chansons cochonnes dans ce genre de cérémonie funéraire !

- En tout cas moi je ne chanterai pas celle d’Yves Montand, même si on répond à l’appel.

Là-dessus on s’est mis en route pour aller enterrer la feuille morte.

4 décembre 2018

Consigne d'écriture 1819-11 du 3 décembre 2018 : Le jeu du personnage

Le jeu du personnage 

 

Vous allez incarner sur scène un personnage qui n’est pas vous. Nous allons choisir par collecte de vocabulaire puis par attribution au sort à chacun.e :

le métier du personnage,
un trait de son caractère,
son costume,
un accessoire,
son défaut de langage (presque tous les mots qu’il prononce commencent par une même lettre),
le lieu où il se trouve,
la date à laquelle il s’exprime.

Vous écrivez son monologue.

Si vous avez le temps, vous créez ensuite un deuxième personnage de la même façon et vous les faites dialoguer ensemble dans une deuxième saynète.

AEV 1819-11 Comédien

 

16 avril 2018

L'atelier d'écriture de Villejean à l'honneur !

Très discret au sein de la Maison de quartier de Villejean où il se réunit chaque mardi en salle Mandoline, le club écriture vient de se mettre en valeur samedi  14 avril 2018 à L'Hermitage.

Les membres de l'atelier ont participé au concours littéraire "Encres d'automne" organisé par la Médiathèque de L'Hermitage.

Les années précédentes, Jean-Paul, Eliane et Dominique avaient été primés par le jury. Cette année encore c'est une des membres du club, Anne-Marie Herblin, qui a emporté le premier prix de ce concours avec un texte remarquable.

180414 Nikon 020

Si vous voulez vous entraîner vous aussi et peut-être gagner le prix en 2019, venez rejoindre la joyeuse équipe le mardi de 18 h 30 à 20 h 30 en salle Mandoline ! On écrit, on lit et on rit ! L'activité est gratuite pour tous les adhérent(e)s de l'association Rencontre et Culture.

Bravo encore à la lauréate dont le texte a été lu en public, superbement, par Fiorinda Madin.




Pour que Gabrielle danse encore

Les 8 montagnes, c’est ainsi que les gens du pays nommaient cette vallée.

Lovée dans ce havre de verdure se trouvait la maison des Turner.

Un havre, c’est bien ainsi que l’on pouvait qualifier cette bâtisse de pierres sèches, bien solide, reflet de la beauté des jours en ce pays d’accueil, en ce pays de paix.

Là vivait un pianiste blessé qui avait dû fuir un pays qui l’avait si malmené, un choix qui n’était pas le sien mais bien le choix des autres. Ces autres dont il ne parlait pas ou le moins possible.

Sous ce même toit ils étaient maintenant trois : lui, sa maigre valise et sa fille Gabrielle.

Gabrielle, son réel trésor et maintenant son unique amour.

Elle se tenait souvent devant lui, les yeux baissés, paupières chargées de larmes retenues,

La tresse toujours impeccablement faite, comme la lui faisait sa mère là-bas quand ils étaient encore au pays, qu’ils étaient réunis, quand Elle était encore en vie.

Elle...comme dans la légende du dormeur éveillé.

Il revoyait en boucle le jour d’avant, le temps du bonheur, la salle de bal, la fête, son regard, souriante....vivante !

Tout bascule si vite alors...Ce terrible jour de folie meurtrière, les interminables et terrifiants jours suivants, la furie des fusils, des balles, des cris, du sang... Macabre cortège de violences, d’horreurs et de peurs.

Se résigner douloureusement à l’exil, tout abandonner, même ses propres morts couchés au froid de cette terre maintenant si rouge des conflits fratricides, s’arracher de sa propre vie, décider de s’amputer de ses racines !

La fuite, les passeurs, les frontières, la faim, la soif, le froid, l’humiliation et toujours cette peur vissée à l’âme et ancrée au plus profond de la chair.

Enfin, après tant et tant d’épreuves, les solidarités, les accueils, la chaleur généreuse au goût d’humanité retrouvée. Etre un étranger, un migrant, un réfugié mais pouvoir retrouver une dignité et à nouveau se tenir presque debout.

Regardant son enfant, il se demandait : "Est-ce que demain serait tendre ? Est-ce que tous les demains et lendemains pourront à nouveau leur être tendres ?".

Tant de larmes versées ! Leurs yeux étaient comme la pierre sèche des murs de cet abri et comme lui, il leur faudrait être solides, pour qu’un jour à nouveau le piano puisse chanter et Gabrielle danser.

6 juin 2018

99 dragons : exercices de style. 41, Style expressément coquin / Jean-Paul

180521 Nikon 009

Il s’appelait Paul Ledragon mais on le surnommait Popaul. C’était un chemineau qui se faisait employer comme journalier ici ou là. Il n’était jamais le dernier à aller cueillir la pâquerette derrière un talus, à demander becquée à Vénus ou à s’enivrer de sa bouteille mais quand il allait en pantoufles par le chemin sec il se calmait, il regagnait les villes où ça sentait l’avoine, prêt à accepter tous les boulots comme on prend ce qui tombe de l’étagère.

Ce jour-là, le 20 octobre 1854, Popaul Ledragon était venu boire du ratafia au Pont de Neuilly. C’était une gargote qui s’appelait ainsi parce qu’elle était sise près du pont de Neuilly-sur-Marne. Dans la période précédente, Popaul avait vécu au clair de lune et il en était réduit, comme souvent, à se contenter du café du pauvre.

Il avait demandé à la patronne s’il y avait de l’embauche dans la région.

- Nous on cherche un plongeur, déjà !

- Un plongeur ? Dans la Marne ? Avec un scaphandre de poche ? Pour aller récupérer les noyés ?

- Non, mon gars ! Nous, c’est Albert Leroy et moi ! Et le plongeur c’est pour faire la vaisselle du restaurant !

Ledragon avait dit banco et il était devenu l’homme à tout faire du « Pont de Neuilly ». On ne le reconnaissait plus. Il faisait les cuivres façon grand hôtel ; en cuisine il décortiquait la crevette comme pas un ; il faisait la lessive d’Albert et mettait ses chaussettes à la fenêtre ; bref il sculptait l’atmosphère de manière telle que personne n’eût voulu en changer. Ainsi il donnait toute satisfaction et même plus vu qu’affinités avec la Zézette qui tortillait de la crinoline devant lui.

P 94 04 Sablé - Fête des écoles (26-06-94) + Montgolfières au Comice agricole 20 réduite

Comme il avait le nez tourné à la friandise il avait très vite senti que la patronne avait un frelon dans le module, qu’il existait en elle un trésor à faire étinceler. Il avait deviné qu’Albert, de ce côté-là, s’était endormi sur le rôti. Pour ce qui est de s’expédier chez Montgolfier, il y a des gens comme ça qui, avec un scoubidou de sous-officier de réserve, sont capables de devenir très rapidement des académiciens de la flanelle. Albert Leroy en était : sa petite musique de nuit était passée du B-dur au bémol et les seins de Zézette mouraient comme des melons.

A la façon dont elle faisait des yeux de carpe pâmée en le regardant travailler, il avait compris qu’elle en était réduite, pour chanter Ramona, à faire résonner sa petite guitare cachée.

Un jour qu’Albert était parti au ravitaillement à l’autre bout de Paris chez son neveu Georges qui était grossiste près de l’abbaye de Longchamp, Popaul avait aisément réussi à faire cascader la vertu de l’aubergiste. Il lui avait déballé le Mon chéri et elle n’avait pas tardé à crier Maman. Bref il avait mangé en hachis les restes du gigot et les deux s’en étaient trouvés bien.

Cela faisait six mois que ce manège durait. On était maintenant au signe des gémeaux, fin mai, début juin. Zézette n’avait jamais été aussi resplendissante ni Albert aussi suspicieux. Il la regardait qui tournait et retournait son éventail et il lui trouver un petit air à faire voler son dragon comme elle en avait à l’époque de leurs fiançailles. Son dragon ou son Ledragon ? Très vite cette association d’idées fit tic tac dans ce qui lui restait de cervelle et il comprit ce soir-là ce qui devait se tramer ici les jours où il allait chercher boustifaille et tonneaux à Longchamp.

Albert Leroy ne vécut plus dès lors qu’avec cette question : Comment se débarrasser de ce chaud de la couche ? Comment mettre les bagatelles à la porte ? Bien entendu, sans agacer le sous-préfet, sans rendre publique la paire de cornes que sa sauterelle d’édredon lui faisait porter. A-t-on idée aussi, ô femme folle, d’avoir le bonbon qui fait robe à queue ?

Il s’ouvrit de son dilemme à son neveu Georges. Le neveu était un drôle à la fesse tondue ! Il était sexy comme un curé dans un prunier mais à part ça c’était un homme de bon conseil, très inventif et l’on disait de lui qu’il avait toujours du boudin à apporter à sa cousine.

- Ta tante Zézette s’applique un homme sur l’estomac. Mais c’est à moi que le cataplasme pèse.

- Y’a pas de quoi se mettre en capilotade à cause d’un dénicheur de fauvettes qui a emprunté un pain sur la fournée, Tonton ! Mais ton gars Popaul, on va le faire cheminer autrement que des pieds. Je sais comment le faire cesser de grimper aux rideaux !

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On ne sait pas comment Georges s’y prit mais trois semaines après, sur l’esplanade au pied du pont de Neuilly-sur-Marne un chapiteau immense était dressé. Des clowns, des acrobates, des trapézistes, des singes et même un éléphant traversèrent toute la ville dans une parade folle pour annoncer la représentation du cirque Carelli.

On ferma l’auberge ce soir-là et, à la demande insistante d’Albert, Ledragon accompagna les tauliers du pont de Neuilly à la fête. Tout se passa bien pour tout le monde jusqu’au moment où le dompteur hypnotiseur, Zorbak le Grec, demanda à Popaul de descendre sur la piste pour ce qui allait être, selon lui, le clou du spectacle.

Le lion ouvrit grand sa gueule, le dompteur mit la tête du factotum dedans. Il y eut un roulement de tambour, le canon tira sa poudre aux moineaux et… le lion ferma sa gueule !

Ben oui, parfois ça accidente sur la piste. On laisse les chats aller au fromage et finalement les fauves mangent les papiers des petits fours ! Quand on prend les chemins de Fatima, il y a des risques ! Quand on mène Popaul au cirque aussi !





19 décembre 2018

Consigne d'écriture 1819-13 du 18 décembre 2018 : Je me souviens de théâtre ou d'opéra

Je me souviens de théâtre ou d'opéra

 Hélène Builly - 11 Le dernier métro

En vous inspirant (ou pas) des illustrations d'Hélène Builly, écrivez, à la manière de Georges Perec, des phrases qui commencent par "Je me souviens" et qui sont relatives au théâtre ou à l'opéra.

Vous pouvez si vous le souhaitez séparer vos écrits en deux pages : sur la première vous vous souvenez de pièces, d'opéras, d'acteurs, d'actrices ou de faits que tout le monde connait. Sur la seconde, vous relatez des souvenirs plus personnels.

28 mars 2018

Consigne d'écriture 1718-23 du 27 mars 2018 : Ecrire comme Delerm

Ecrire comme Philippe Delerm


Philippe Delerm ! L'auteur de "La première gorgée de bière" a publié récemment "Et vous avez eu beau temps ?"

Il applique la même recette dans ce recueil : chaque texte ne contient pas plus de quarante lignes. L'auteur écrit au présent et use et abuse du pronom « on » et de phrases courtes pour raconter des événements de la vie quotidienne. Dans ce style-là vous écrirez deux ou trois petits textes dont le titre sera choisi dans cette liste :

Et vous avez eu beau temps ? - Renvoyé de partout - Je le lis chez ma coiffeuse - N’oubliez pas… - Je me suis permis - Et tu n’as rien senti venir ? - Il faudrait les noter - Il n’a pas fait son deuil - Un jour peut-être vous jouerez là, vous aussi - Tais-toi, tu vas dire des bêtises - C’est pas pour nous - Et prends-toi quelque chose - Là on est davantage sur… - J’te joue d’l’harmonica - En même temps je peux comprendre - Vous êtes un type dans mon genre - C’est grâce au collectif - Abruti, va ! - Chez nous c’est trois - Tiens, rends-toi utile - Nous allons vous laisser - On l’a déjà vu dans quoi, déjà ? - C’est juste insupportable - Où sont les enfants ? - Il aimait ça le Monopoly - Je sais pas ce qu’on leur a fait aux jeunes - On était bien sous la couette - On peut peut-être se tutoyer ? - Ca finit quand ? - Je préfère Gand à Bruges - Ca pousse et ça nous pousse - Ils n’articulent plus maintenant - C’est pas pour dire mais - J’dis ça, j’dis rien - Pour être tout à fait honnête avec vous. - Oui, mon brave Milou - Ne rentre pas trop tard, ne prends pas froid ! - Vous me flattez - Tu n’as pas lu "Au-dessous du volcan" ?

1718-22 Et-vous-avez-eu-beau-temps-1-1

 

30 mai 2017

Une jeune fille aux yeux pers / Eliane

AEV 1617-28 serveuse

Elle avait les yeux pers, il avait les yeux vairons.

Elle portait une robe incarnat sur sa peau d'albâtre.

Il la contemplait, admiratif, mais elle ne le regardait pas. Elle était au bout du rouleau, elle avait servi des cafés, des cafés au lait, des cacaos toute la journée mais bien sûr il ne le savait pas. Il ne savait pas qu'elle avait dû sourire à des clients acariâtres, éviter les mains baladeuses de quelques abrutis ou réparer les dégâts de quelques « absents » qui avaient renversé leur tasse.

Il ne voyait rien de tout cela, animé du désir de lui être agréable. Il avait envie de lui offrir du champagne, des roses rouges et même, et surtout, de l'emmener au septième ciel.

Alarmé, il vit un homme s'approcher d'elle. Un grand mec à la chevelure d'ébène et à l'air altier. Ouh, la, la ! La compétition allait être rude ! Mais la belle tourna la tête et regarda par la fenêtre. Sauvé pour cette fois-ci, mais il avait eu la frousse.

Brusquement, tous les hommes lui paraissaient être des ennemis, des dangers. Par exemple celui-là qui fumait un havane dans le fauteuil Club, ou cet autre, véritable statue de bronze, accoudé au bar.
Même celui-là qui ne payait pas de mine avec sa tignasse couleur carotte.

Bon, assez, il lui fallait être dans l'action. Quelle stratégie adopter ? Il ne fallait pas se planter, se faire rembarrer sous peine d'avoir le cœur lourd et de se traîner des tonnes de cafard. Tout cela le rendait anxieux.

Il en était là de ses ruminations quand brusquement elle se leva, prit son sac et sortit.

Il décida de la suivre.

Elle semblait d'humeur insouciante, un léger sourire grenat sur ses dents de porcelaine. Elle marchait d'un pas alerte, dansant, dans cette ville de pierres grises et d'ardoises brillantes de pluie.

Elle était comme délestée du poids qui, un instant avant, ployait ses épaules.

Curieux il la suivait, inquiet de sa destination mais charmé par cette ballerine qui évoluait devant lui.

Elle s'arrêta devant un grand porche marron, sonna, le porche s'ouvrit et se referma derrière elle.

Arrivé à son tour devant ce portail, il constata qu'il ne portait aucune indication, aucun nom, seulement une sonnette couleur argent.

Il sonna, on lui demanda qui il désirait voir. Il ne connaissait pas le nom de la belle. A tout hasard il dit : « Isabelle ». « Il n'y a aucune Isabelle ici. » Il resta coi, dégrisé, dépité.

Puis il sonna à nouveau : « Excusez-moi, mais il y a une jeune femme qui vient d'entrer, elle a perdu une barrette, une belle barrette incrustée de saphirs. Je voudrais la lui rendre. On lui demanda d'attendre puis on l'informa que non, nulle barrette de ce genre n'avait été perdue.

Contrarié, déboussolé, il ne savait que faire. Il tenait tellement à l'aborder, à lui adresser la parole, à tenter sa chance.

Il décida d'attendre, elle finirait bien par sortir, même si ce n'était que le lendemain.

Il alla s'asseoir sur un banc et resserra sa veste autour de lui. L'espoir était incrusté en lui.

Mais il avait froid et il avait faim. Il grelottait. Un passant compatissant lui demanda s'il avait besoin d'aide. Il lui lança un regard noir, haineux, en déclarant qu'il n'avait rien demandé. Le passant effaré passa son chemin.

AEV 1617-28 coralie

Le temps passait et, à la longue, il eut vraiment trop froid et trop faim. La mort dans l'âme, il se décida à entrer dans ce café, un peu plus loin, qui éclairait le trottoir d'un rectangle jaune.
Il se sentait amer, commanda un chocolat chaud. Il voulait bien aussi les quelques groseilles qui traînaient sur le bar.

Derrière celui-ci deux serveuses ronchonnaient. « Vraiment elle exagère, elle a maintenant une demi-heure de retard. » Le patron intervint : « Finalement Coralie ne viendra pas ce soir, mais il n'y aura plus beaucoup de clients maintenant, Solange, tu peux partir. »

Il leva les yeux : « Coralie, cette jeune femme aux yeux pers, à la peau laiteuse qui aujourd'hui portait une robe rouge ? ».

Les serveuses acquiescèrent et il se sentit soudain envahi d'un doux bien-être. Voilà ! Elle travaillait ici, désormais il saurait où la trouver.

28 novembre 2017

Histoire abracadabrantesque / marie-France

AEV 1718-10 coup de fil anonyme

Benjamin, l'excellent acupuncteur de la rue des Martyrs, exerçait son métier depuis de nombreuses années, tout près du salon de beauté de Mme Germaine. Ils évoluaient chacun dans un joyeux désordre qui était loin de déplaire aux habitants du quartier.

Dans ce quartier déshérité et devenu mal famé la venue d'un gendarme en faction fut fort appréciée. Il avait pour mission de faire régner l'ordre et de mettre hors d'état de nuire tous les individus rebelles. Hostile à toute tentative d'explication, il envoyait au besoin tout ce petit monde en prison, pensant ainsi éliminer tout risque de débordement.

Ce soir-là il reçut un coup de fil anonyme qui le déstabilisa : un individu en caleçon se promenait dans le quartier et venait de faire irruption dans le salon de beauté de Mme Germaine. Tout d'abord notre gendarme crut à un canular et, sur un ton tranchant, il raccrocha. Quelques minutes plus tard, le téléphone sonna à nouveau. Notre homme essaya de connaître l’origine de cet appel mais en vain ; ses questions inquisitrices n'eurent pour effet que d'énerver son interlocuteur.

Le ton montait. Devant tant d'incompréhension entre les deux hommes, l'homme en uniforme promit alors de se rendre sur les lieux. Il était quelque peu inquiet, se sentant bien seul pour affronter cet individu quelque peu excentrique et peut être violent. Il prit son courage à deux mains et se rendit rue des Martyrs comme indiqué, bien décidé à dominer la situation et à obtenir quelques explications.

Arrivé là il remarqua deux silhouettes dans le salon de Mme Germaine.

L'éclaireur du quartier, autrement dit l'allumeur de réverbère, était en train d'exécuter sa tâche et les quelques lampadaires en fonction répandaient une lueur douceâtre sans toutefois mettre en lumière la scène du salon de beauté.

Notre gendarme s'y rendit à pas feutrés et hésitants. Il n'était pas trop courageux à vrai dire. Arrivé à hauteur du cabinet de Benjamin l'acupuncteur, il reconnut notre homme en tenue plus que légère, vêtu d'un simple caleçon. Ils étaient là, tous les deux, en grande conversation autour de la nouvelle vitrine du magasin de Germaine : des produits de beauté, parfums, savons, rouge à lèvres et crème de carottes, disposés artistement sur un lit de soierie récupérée au Marché Saint-Pierre.

Le gendarme fit le constat et ne put verbaliser. Il aurait bien aimé savoir qui les avait démasqués.

Il ne put se résoudre à interrompre leurs petits jeux frivoles. Il reprit sa garde, comme si de rien n'était. C'est alors qu'il remarqua au 2ème étage de l'immeuble d'en face, une vieille personne à la fenêtre qui referma le rideau prestement. Il se dit que c'était probablement de là que provenait ce coup de fil anonyme.

Il s'en alla rassuré.

AEV 1718-10 SMS anonyme

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