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L'Atelier d'écriture de Villejean
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12 mai 2020

Petit-Fort-Philippe ? / Dominique H.

11 mai 2020 : jour du « déconfinement »

Maintenant nous sommes jugés assez grands
pour déconfiner prudemment.
Alors pour fêter l'évènement
avec leurs sept voisins de chants
Félix et Béatrice ont repris en choeur
les neuf chants les plus chers à leurs cœurs
puis ils ont trinqué tout en pressentant cependant
que la vie ne serait plus comme avant.

L'expérience du confinement
nous a contraints à des changements.
Qu'allons-nous faire maintenant
de ces nouveaux comportements ?
Ca n'a pas été très simple de confiner
et ça s'annonce compliqué de déconfiner,
d'intégrer la juste prudence
ainsi que la bonne distance.

Huit semaines c'est long et c'est court.
bien des habitudes vont vite reprendre leur cours.
Se parler et se sourire masqués
sans se sentir étouffer.
Etre physiquement distants
tout en étant mentalement présents.
Régler son cerveau sur un mètre
et limiter ses rêves à cent kilomètres.

AEV 1920-30 Dominique Plonk et Replonk
Illustration extraite de "Erratoum" de Plonk et Replonk

Depuis quatre jours, nous voici autorisés
mais en même temps limités
à prendre des vacances,
pas à Byzance mais en France.
Ils ont dit : « Soyez heureux,
soyez joyeux,
souvenez vous, jadis,
de la liesse de l'été 36 ! ».

Depuis cette annonce, le moral de Félix
s'est mis au beau fixe
et lui, le bien nommé et bien heureux,
m'annonce tout joyeux :

- Amour.
tu te souviens que c'est mon tour
de choisir la destination
de nos prochaines pérégrinations ?

Eh oui. c'est toi qui avais choisi la Crète.
Pas de chance. émoi sur toute la planète,
Corona a modifié tes plans
avec son confinement.
Ne sois pas triste pour autant.
Amour. ce sera pour le prochain printemps.
Allons ne fais pas la tête.
tu verras ce sera la fête !

Cet été je te propose de découvrir la France.
douce France. beau pays de notre enfance.
Que penses-tu
de cet inattendu ?
Je vais nous concocter
pour cet été.
un circuit court écologique
comme nous les aimons et de surcroît exotique !

Petit Fort Philippe Google images 05

Béatrice est toute déconfite
et inquiète pour la suite.
Bleu-blanc-rouge sera l'été
c'est ainsi que le ministre l'a décrété.
Cet horizon hexagonal
ne convient pas à son moral
Mais c'est vrai que la planète
n'est pas à la fête.

Béatrice ne réagit pas
son cerveau est raplapla.
Elle a compris que Chéri
va continuer à dérouler sa stratégie.

- Alors. Amour. je t'explique
ma tactique.

« Cause toujours ! »
pense Amour...

Félix sent Béatrice sur la réserve,
il dirait même sur la grande réserve,
alors il tente de mettre du piquant
à son plan. de le rendre séduisant.

- Nous partirons évidemment en camion,
notre fidèle maison-cocon,
notre vagabonde charmante,
notre liberté ambulante.

Jusque là ça va
il sait que Béatrice aime ça,
le programme au jour le jour,
les jolis détours.
Félix aurait dû en rester là,
sentir que Béatrice ne le suivait pas
Mais il a insisté
et il s'est planté.

- Alors, Amour, fais-moi confiance
je t'emmènerai dans un joli coin de France,
une immense plage que tu ne connais pas
sur la rive droite de l'Aa.
Cet endroit que j'ai tiré au sort
a un joli port. un petit fort
et dans son ciel des cerfs-volants.
Tu verras, ce sera charmant.

Petit Fort Philippe Google images 15 Seurat

- Chéri. n'insiste pas
je ne suis pas en état
de rêver à quoi que ce soit.
Ca va trop vite pour moi.
J'ai beaucoup aimé co-confiner
mais il me faut du temps pour déconfiner.
Je sens que je deviens ronchon
j'ai besoin d'une cure de Souchon.


Souchon est un nom de code
qui est bien commode
quand Béatrice veut expliquer
à Félix qu'elle est parfois compliquée,
que la mélancolie la gagne,
qu'elle a alors besoin de sa campagne,
de se retirer un moment,
de prendre son temps.

Depuis le temps qu'ils se préfèrent
Félix sait qu'il ne peut rien faire
contre Souchon le poète
qui sait panser la Béatrice inquiète
et beaucoup mieux l'apaiser
que tous ses baisers.
C'est ainsi qu'elle est,
c'est ainsi qu'elle lui plaît.

Béatrice a quitté Félix
pour un jour ou pour dix ?
Il ne sait pas.
Mais il sait qu'elle reviendra.
Demain il fera beau.
il ira à Saint-Malo
plonger :
les araignées sont arrivées.

Petit Fort Philippe Inédits 47

Note de l'éditeur :
Cette "donnée écologique" a sans doute échappé à Félix !

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28 avril 2020

Bon 1er mai ! / Maryvonne

 

Dans notre jardin pas de muguet cette année. Pour remplacer voilà un bouquet de fleurs des champs qui a l'avantage de nous rappeler notre enfance, si lointaine et si proche à la fois. Combien de fois avons nous rapporté à nos mamans ce bouquet enfantin, fouillis et bancal, dont les fleurs penchaient souvent la tête ? Il n'avait même pas de parfum sinon... celui de notre naïveté ?

AEV 1920-28 Maryvonne - fleurs des champs - Copie

Nature débridée
Les Jardiniers sont confinés
Bonheur des papillons

16 novembre 2021

Tiens, voilà du Bosmans ! / Jean-Paul

Bosmans s’était souvenu qu’un mot, «La Madeleine», revenait dans la conversation. Au début il avait cru qu’il s’agissait d’une personne. Il avait pensé à une paysanne parce que cet article défini devant un prénom, ça faisait très campagnard. Une chanson du groupe Les Charlots en témoignait : «Quand La Marie est jalouse, je chante le blues» ainsi que d’autres, pas plus finaudes, de Ricet Barrier.

Mathurin Méheut - A l'ombre des platanes

Ce pouvait être aussi une fille de mauvaise vie, une tapineuse ou une perle de boxon qui aurait rendu fou d’amour et de désir plus d’un des militaires ou marins en rade de sexe à Toulon, comme ceux, par exemple, qu’il voyait attablés en terrasse, la clope au bec, l’ennui porté en bandoulière, les képis étalés sur les tables voisines de la leur. Ou alors une fille au caractère tranché, une maîtresse-femme, une pouliche indomptable. Une féministe avant l'heure, tout droit sortie d’une chanson de Jacques Brel. «La Mathilde est revenue !». Mais «Maudite Madeleine» ça ne le faisait pas du tout.

Aussi quand il avait osé demander à Martine Hayward qui était cette Madeleine dont on parlait tant, celle-ci avait éclaté de rire.

- La Madeleine, c’est une ville du Nord. Explique-lui, Guy !

Ils étaient quatre dans ce café à profiter du beau soleil et de l’ambiance méridionale, à lézarder derrière la balustrade verte. Guy Vincent sirotait un Campari, Martine Hayward un Martini, Michel de Gama une bière et lui un Perrier rondelle.

- Je suis de là-haut, dit Guy. Ma famille résidait près de Lille et mon meilleur ami de l’époque où j’étais étudiant habitait La Madeleine. C’est un peu la banlieue chic. Il s’appelait Réné-Marco Heriford et on écoutait plein de musique chez lui. Un bel appartement bourgeois, au rez-de-chaussée. Pour y aller il suffisait de longer la voie du tramway et on arrivait, en haut de la pente, au carrefour de l’avenue de la République avec la rue du Docteur Kurzenne. Mais je n’ai pas grand-chose à dire sur ces années-là, sinon qu’elles sont loin et que je n’ai pas envie d’y retourner.

- C’est vrai, commenta Michel de Gama, qu’après mai 68, il y a eu juin 69 !

- Ce qui veut dire ? interrogea Martine, s’attendant à voir sortir une allusion à l’année érotique de Serge Gainsbourg, mais cela ne se produisit pas.

- Ça veut dire que la tension est retombée, que tout est rentré plus ou moins dans l’ordre. Un autre ordre.

- Il en faut un minimum, non ? demanda Martine.

- C’est vrai, admit Guy. Et vous, vous faites quoi dans la vie, Monsieur Bosmans ?

- Je vends des lettres.

- Des lettres d’écrivains ? D’hommes politiques ?

- Non, des lettres décoratives. De l’immense et de l’inattendu. Je suis architecte-décoratrice… pardon, architexte-décorateur d’extérieur. Depuis que j’ai décoré le Ciné-Manivel à Redon, ma carrière a décollé. Je pose des enseignes surréalistes partout où on me le demande.

- Intéressant, conclurent les deux compagnons de Martine en retrempant les lèvres dans leur apéritif.

Tout cela n’était que pieux mensonges. Bosmans, quand il les aurait quittés, irait replonger le nez dans son ordinateur à la recherche d’inspiration. Il interrogerait Pagesblanches.fr pour savoir s'il existait des gens nommés Proust à La Madeleine (Nord). S’il y en avait, et même s’il n’y en avait pas, il leur inventerait alors, pour son journal, le Défi du samedi, une existence exceptionnellement drôle.

Tout cela n’était que mascarade. D’ailleurs Bosmans ne s’appelait pas Bosmans et n’était même pas de sexe masculin. Elle s’appelait Isaure Chassériau et n’aimait rien tant que voler des confidences aux gens et leur képi blanc aux militaires flapis des terrasses de Toulon.

2021 11 21 Isaure légionnaire

24 mars 2020

Douceur chocolat... antidote corona ! / Anne-Marie

Elle ferma les volets, la nuit commençait à tomber, encore une journée de passée !

La petite radio posée sur la table de la cuisine diffusait une émission qu’elle adorait suivre chaque soir, lorsqu’il partait pour la semaine en déplacement. Le temps de leur séparation lui paraissait ainsi un peu moins long.

Elle finit rapidement la vaisselle. Quand elles dînaient toutes les deux, la petite dernière et elle, il y avait peu à laver.

Elle préparait des menus simples et pas onéreux, elle gérait avec un souci constant le budget du ménage. Son homme avait un métier difficile mais un petit salaire, alors elle devait faire attention.

AEV 1920 23 Anne-Marie SuchardIl était parti avec «ses gars» finir un chantier au bord de la voie ferrée et elle était restée là dans le petit appartement avec leur fille de 7 ans. Sa place était évidemment en ces lieux mais comme le temps était long sans lui!

La fillette lisait tranquillement sur son lit. L’ émission se termina, elle quitta la cuisine et passa un peu de temps avec l’enfant, venant lui offrir un tendre bisou pour une nuit paisible.

Elles se sentaient un peu seules sans sa présence, ses rires, ses blagues et toutes les histoires qu’il leur rapportait dans sa musette au retour du travail. Alors pour ces soirées un peu tristounettes, pour leurs soirées «en filles», elle achetait dès le lundi matin au petit magasin SPAR deux tablettes de chocolat en carrés gourmands, douceur sans culpabilité d’un instant de bonheur fondant sous la langue.

Leur luxe à elles : une tablette de chocolat au lait et l’autre au chocolat blanc à la noix de coco, toujours de la marque Suchard, «la meilleure marque», qualité et goût assurés !

C’est l’enfant qui, à chaque fois, décidait laquelle des deux tablettes allait être croquée en premier ; choix difficile car les deux étaient délicieuses.

Elles avaient calculé combien de carreaux elles mangeraient chaque soir pour que vendredi, quand il rentrerait, fatigué de sa semaine, elles puissent lui offrir, comme un trésor mis de côté pour lui, deux carreaux de chacune des tablettes !

Comme toujours il les taquinerait, se moquerait de leur gourmandise, prendrait un carreau et partagerait le reste avec elles deux ! Mais au final, ils le savaient tous les trois, c’est la fillette qui en mangerait le plus. Qu’importe, c’était leur rituel, leur jeu, le bonheur d’être réunis et de s’aimer. Ce chocolat avait le goût de la tendresse et du bonheur retrouvés.

Elle était très vieille lorsqu’un jour de février elle s’était décidée à rejoindre son aimé sous la terre du petit cimetière. Il l’y attendait depuis tant d’années.

La petite fille a grandi, bien grandi, et même vieilli, ils l’avaient laissée à sa vie. Le papier de l’emballage des tablettes avait changé, la marque moins mise en avant dans les rayons des magasins mais le goût du bonheur, des souvenirs d’enfance, de la douceur, de la tendresse qu’ils avaient partagés étaient restés ! Le chocolat a toujours gardé ses vertus magiques !

AEV 1920-23 Anne-Marie 45841098_1481657401970814_1720991136354402304_nChez la grande -petite fille, il y a toujours une mais plus souvent deux tablettes de chocolat dans le haut du réfrigérateur.

Petit carré du midi avec le café, petit carré du soir devant la télévision ou en lisant un bon livre ! Douceur partagée avec son tendre amoureux, compagnon de vie depuis nombre d’années. Cette vie qui coulait si vite… Maintenant elle fait même des «saucissons au chocolat» pour ses petits enfants !

La fée Cabosse, certainement penchée au-dessus de son berceau, a versé sur sa vie un goût de douceur gourmande, de délicieux bonheur à déguster et surtout à partager avec ceux qu’elle aime !

Le chocolat est un virus dont elle ne guérit toujours pas, ne souhaite pas guérir. Elle a su généreusement et affectueusement contaminer son entourage d’adorables «becs à sucre» !

19 octobre 2021

Pays... / Adrienne

– Au pays où j’aimerais vivre, soupire Cuyéou de Sanchou Magrou, on parlerait la même langue que moi et je ne serais pas toujours obligé d’épeler mon nom.

– Au pays de ma naissance, répond Coume de Pène Courbe, on parle ma langue mais ce n’est guère mieux : mon nom y était constamment sujet à quolibets !

– A qui le dis-tu ! s’exclame Pé d’Era Linde en levant son verre. Buvons au pays de l’insouciance, de l’amour, des sages et des fous !

2122-07 Consigne - Carte topo

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10 janvier 2017

L'Homme aux cheveux gris / Eliane

AEV 1617-14 L'homme aux cheveux gris

Vêtus de leurs plus beaux atours, le professeur et Philippe descendirent le grand escalier d'honneur.

Ils étaient venus à cette cérémonie pour honorer la mémoire du vieux patriarche, rendant hommage à son dévouement qui ne s'était jamais démenti à la tête de la fondation.

Philippe regardait l'assemblée, se demandant si tout ce beau monde était vraiment compatible avec l'âme de l'entreprise. Mais il savait bien que la fondation avait besoin de donateurs, qu'importait alors l'habit.

Le jeune loup Richard, play-boy de profession, descendit le majestueux escalier en trombe, bousculant le Professeur au passage et créant un appel d'air dans le vaste édifice. On ne pouvait manquer de le remarquer.

- Bonsoir ! cria-t-il. Belle soirée, jolies femmes !

Philippe lui lança un regard noir et lui adressa son rictus le plus vache. Il détestait ce genre d'individu. « Eh, oui, soupira le professeur, il est certain que nous avons besoin de donateurs ! ».

Sur le trottoir, Philippe proposa au Professeur de le raccompagner en voiture. Ce dernier déclina l'invitation, arguant qu'il avait besoin de marcher, qu'un peu d'air lui ferait du bien.

Il marchait depuis dix minutes quand une élégante voiture stoppa à sa hauteur.

- Bonsoir ! dit la conductrice.

Il reconnut une des amies de sa fille. Elle proposa de le prendre à bord et il n'eut pas le cœur de refuser.

Le court trajet fut très agréable : elle conduisait à la perfection, une conduite douce et souple et sa conversation était agréable. En le déposant devant son immeuble elle l'invita à venir dîner un soir en compagnie de sa fille. Il répondit qu'il en serait très heureux, qu'il fallait voir avec cette dernière.

Elle redémarra. Le professeur, après un dernier signe de la main, gagna la porte et introduisit la clé dans la serrure. Mais avant qu'il ait pu entrer un individu à cheveux gris et vêtu de gris s'approcha, l'air peu aimable.

Le professeur se figea :

- Je vous préviens, j'ai très peu d'argent sur moi.

L'homme le prit brutalement par le bras et le fit entrer dans la cour.

- Allons chez toi !" dit-il.

Le professeur obtempéra, bien conscient qu'il n'aurait pas assez de force pour résister.

Il espérait ardemment que Philippe allait l'appeler, s'inquiétant de savoir s'il était bien rentré. Il trouverait alors un moyen de lui faire comprendre la situation délicate dans laquelle il se trouvait.

L'homme referma à clé derrière eux. L'angoisse étreignit le professeur comme un étau.

- Que me voulez-vous ? demanda-t-il.

L'homme le détaillait des pieds à la tête.

- Vous êtes bien le professeur X qui œuvre dans l'association d'aide aux victimes ?

AEV 1617-14 c'est dangereux

Le professeur hocha la tête.

- Et vous avez oublié de vous occuper de cette jeune femme, ma fille, qui s'est retrouvée seule sur le point d'accoucher. Elle a perdu son bébé, mort de froid dans la rue, et personne n'a daigné poser un regard sur elle et sa détresse.

- De qui parlez-vous ? Nous nous préoccupons toujours de tout le monde, sans distinction de rang, de situations ou de race. Mais vous-même, pourquoi ne vous êtes-vous pas soucié d'elle dans ce moment de grande détresse ?

- Je n'ai aucun talent comme sage-femme, ricana l'homme.

- Amenez-la nous. Nous ne pourrons certes pas lui rendre son bébé, mais nous pourrons certainement lui apporter un soutien psychologique et matériel dans la mesure de nos moyens.

- Bien sûr ! ricana l'homme de nouveau, De toute façon vous pensez qu'elles sont bêtes toutes ces femmes qui veulent un bébé. Pourtant ma fille n'en voulait pas mais elle ne voulait pas non plus le perdre.

Le téléphone sonna, l'homme fit signe de répondre. C'était Philippe :

- Vous allez bien ? Vous êtes bien rentré ?

- J'ai un petit souci.

Philippe sentit qu'il n'allait pas développer davantage.

- Voulez-vous que je vienne ?

- S'il vous plait !

Philippe se pressait, inquiet. Il y avait longtemps qu'il n'était pas allé jusqu'au domicile de son vieil ami, et brusquement lui revint le souvenir de cette jeune femme qu'il avait aimée et qui l'avait aimé. Il entendait à nouveau les mots qu'elle murmurait contre sa peau. Une bouffée de nostalgie vint se mêler à l'inquiétude qu'il éprouvait.

Il se secoua. A quoi bon regretter, ce temps-là ne reviendrait pas, il fallait simplement souhaiter ne pas croiser, au domicile du Professeur, sa fille chérie.

18 octobre 2016

Quand tu ronfles / Jean-Paul

Quand tu ronfles
Faut-il que je siffle ?
Faut-il que je te gifle ?
Que je te file une mornifle
Quand tu ronfles ?

AEV 1617-06 sieste 1

Quand tu ronfles
Faut-y t’pincer l’nez ?
Faut-y t’réveiller ?
Faut-y t’retourner
Quand tu ronfles ?

Quand tu ronfles
Tu me laisses vraiment en carafe
Je reste muette comme une girafe.
Y faut-y que j’te colle des baffes
Quand tu ronfles ?

Quand tu ronfles
Est-ce un cas de majeure force
Pour que je demande le divorce ?
Est-ce que tu parlerais en morse
Quand tu ronfles ?

AEV 1617-06 sieste 2

Quand tu ronfles
Tu deviens un gros tunnelier,
Tu nous perces une ligne B,
Tu fais trembler l’quartier d’Cleunay
Quand tu ronfles !

Quand tu ronfles
Franchement tu me désespères !
Tu fais tomber Monsieur Richter
De son échelle : il s’vautre à terre !
Quand tu ronfles

Quand tu ronfles
T’arrives à réveiller Morphée !
Il m’emmène pour me consoler
Visiter sa vieille canopée :
Les nuages y sont canapés
Quand tu ronfles.

AEV 1617-06 sieste 3

Quand tu ronfles
Je compte sept moutons, j’ monte au ciel
Avec l’homme providentiel
Et nous allons à l’essentiel :
De son amour je fais mon miel
Quand tu ronfles.

Quand tu ronfles
Pendant que tu dors comme une souche
Il me propose du bouche à bouche :
Petit à petit je découche
Et tu ne vois là rien de louche
Puisque tu ronfles !

Et lorsque tu ne ronfles plus
Tu te réveilles chiffonné
Avec la gueule enfarinée
Des cocus du p’tit déjeuner.

AEV 1617-06 sieste 4

Et lorsque tu ne ronfles plus
Il t’est poussé, pendant l’sommeil,
Des cornes à nulles autres pareilles.
Moi je souris à cette merveille ;-)

Et lorsque tu ne ronfles plus…
Fallait pas te piquer la ruche !
C’est fou maint’nant comme t’as l’air cruche
Une fois dégonflée la baudruche !

Et lorsque tu ne ronfles plus…
J’attends très fort que tu r’commences !
J’aime Morphée avec démence !
Viv’ment ce soir qu’il m’ensemence !

15 novembre 2016

La philosophie, je ne m'en bats pas l'oeil ! / Jean-Paul

AEV 1617-08 ainsi-parlait-zarathoustra

Tout peut arriver dans la vie. Il y a des gens qui attendent d’être à la clinique Saint-Laurent pour se mettre à lire, après leur opération de la cataracte, « Ainsi parlait Zarathoustra ». Ils jettent sur cette œuvre de Friedrich Nitzsche un œil neuf sinon les deux.

Parce que, si après l’intervention sur le premier œil on a fait un œdème de la cornée, on ne peut guère lire alors que « Ainsi parlait le jus de réglisse ». Ca n’est pas du même auteur mais c’est encore plus obscur comme bouquin de philo. Ou noir si c’est un roman.

AEV 1617-08 snooker

Ce soir, je ne suis pas sortable ! Je rigole avec les malheurs de mes copines plus âgées mais c’est surtout parce que j’ai le trouillomètre à zéro ! Le jour où on m’annoncera que je dois passer sur le billard, c’est sûr, j’aurai les boules. La queue entre les jambes et la peur bleue au bout j’irai prier Sainte Rita, la patronne des iatrophobes et des kolkhozes désespérés, pour qu’elle me donne le don d’ubiquité !

JPL contre BL partie ajournée du 8 novembre 2016 trait aux noirs

En rentrant à la maison, je dirai alors : « Tiens, vas-y à ma place, Joe Krapov, toi qui as l’habitude d’affronter Elliott le dragon, au rendez-vous du Docteur Yannick Charcuteuil ! Il t’attend de pied ferme mardi à 14 heures. Moi je ne peux pas m’y rendre : j’ai encore ajourné une partie d’échecs avec deux pions d’avance et une position de merde et je dois voir si le logiciel GNU chess que m’a filé M. Jean-Pierre Vroum Vroum Berthoise m’a donné de bons conseils pour gagner quand même.

Oui, je suis comme ça. Et je ne comprends toujours pas pourquoi mon épouse n’en a pas rat le bol de vivre avec un tel pétochard, filochard et pantouflard dans mon genre. J’écris « rat le bol » « rat » parce que je ne suis bien que dans mes fromages !

Ce n’est pas faute pourtant, de sa part, de vouloir me faire sortir de mon trou ! Ce week-end elle m’a envoyé faire un stage de musique des Balkans. Vous n’allez pas me croire mais j’ai vécu là le pire moment de mon existence ! Après nous avoir fait apprendre deux morceaux de musique injouables, la professeure, une jeune dame charmante au demeurant, nous a fait monter sur la scène d’un théâtre pour les rejouer devant un public nombreux. Comme nous avions écouté les premiers musiciens de ce concert collectif, on avait complètement oublié les mélodies des deux morceaux à exécuter. Ou plutôt, pour dire au plus près de la vérité comment cela se termina, nous les avons réellement exécutés !

Jamais plus je ne participerai à de telles agapes ! Comme nous étions allés, la veille au soir, à une fiesta d’anniversaire où nous n’avions pas non plus trouvé notre place, je vous promets que le week-end prochain, pour compenser, je ne sortirai pas de mon trou à rat. Je resterai au lit avec « Ainsi parlait Zarathoust-rat » !

 


Les lettres de début : AZERTYU
Les lettres de fin : RATEAUE
Les mots à placer : arriver, Zarathoustra, Elliott, réglisse, termina, Yannick, ubiquité

13 février 2018

Le cabinet des lettres. 2, Premier chapitre / Jean-Paul

 
Joe Krapov - le cabinet des lettresCHAPITRE I

Aujourd’hui il n’est monté personne dans la rame du métro sur la ligne 7, enfin personne qui soit du genre à prendre la parole pour plomber d’avantage encore le silence pesant avec des phrases comme « S’il vous plaît, Messieurs et Dames, je sors de prison, j’aurais besoin d’une pièce ou deux pour manger ou d’un ticket restaurant pour survivre». Il n’y a eu personne non plus pour entonner « L’amandier » de Georges Brassens en s’accompagnant d’une musique de karaoké sortant d’un ampli crachotant attaché sur un diable à bouteille de butagaz.

De toute façon aujourd’hui Florent Fouillemerde n’a pas besoin d’être distrait ou perturbé pendant son travail. Le détective privé, bonhomme entre deux âges, entre deux eaux et même souvent entre deux vins, entre Saint- Chinian et Ventoux, entre Médoc et Pécharmant, est en pleine filature d’un type aussi anodin que lui. Un gars à lunettes rondes, la cinquantaine, signe particulier néant, genre personnage de Sempé portant une écharpe rouge, un ciré Guy Cotten bleu, une casquette irlandaise et un sac à dos du tout-venant. Bien qu’il ait l’air un poil intello, le type n’a pas de livre ou de revue à la main et il a l’air absent de tous les voyageurs qui vont descendre à Châtelet pour un long changement.

Le trajet du quidam emprunte ensuite la ligne 1. Nouveau changement à Charles de Gaulle-Etoile, ligne 2 pour une seule station. On descend à Ternes. « Ca lui va bien au teint ! » se dit Florent en ne perdant pas de vue les baskets de l’autre, son écharpe et sa gapette à carreaux.

1718-19 fontaine_Wallace_reductwk

Il est 17 h 15 et ça roule déjà comme pour rentrer chez soi sur l’avenue de Wagram. Le type la remonte jusqu’au numéro 36. Là il y a un banc public et le type s’assoit, faisant face à un immeuble haussmannien. Au rez-de-chaussée la porte est entourée de deux boutiques. A gauche c’est un marchand de béton et de téléphonie, à droite c’est « Gloops » qui vend des machines à rouler modernes pour piétons fatigués de naissance. Au deuxième étage du 36 une fenêtre est ouverte et le balcon est plus fleuri qu’une vahiné en quête d’un soupirant plein de pèse et de poudre à lever. Même Madame de Fontenay un jour d’élection de Miss Météo France ne clignoterait pas autant que le sapin polychrome qui trône parmi cet hymne floral au dieu de l’arc-en-ciel.

Florent aurait aimé pouvoir se planquer derrière une fontaine Wallace mais il n’y en a pas ici. « Pas plus que de fontaine Gromit », songe-t-il. Alors il regarde en coin tout en faisant semblant de s’intéresser aux costards hors de portée de sa bourse de Sandro et Jean-Louis David puis revient vers le banc en flânant. Qu’est-ce qu’il attend, ce mec ?

Au bout de cinq minutes une charmante jeune fille vient s’accouder à la rambarde fleurie, se penche légèrement pour scruter les passants. Elle n’accorde aucune attention au type assis sur le banc. Puis elle rentre chez elle et referme la porte-fenêtre. Alors le type se lève. Il va taper quatre chiffres et une lettre sur le digicode puis entre. Florent Fouillemerde se précipite à sa suite, s’engouffre derrière son dos, faisant comme s’il habitait là. Il dépasse le gars qui s’est arrêté devant les boîtes aux lettres. Il fait mine de monter l’escalier et, après le premier coude, il s’arrête, s’accroupit et regarde le hall d’entrée. Le gars est en train de sortir une enveloppe de son sac à dos. Il la glisse dans une des boîtes après quoi il referme son sac et ressort.

Florent redescend tranquillement et s’en va lire le nom de la locataire à laquelle on vient de distribuer du courrier : Aude Rimbaud.

Ecrire à A. Rimbaud ? Pourquoi pas ? Mais aussi, pourquoi se cacher de la poste, faisant foi ?

Image d'illustration empruntée ici

20 septembre 2017

Consigne d'écriture 1718-02 du 19 septembre 2017 : Consignes de Pascal Perrat au choix

Cinq consignes de Pascal Perrat

 

On choisit un des incipit suivants et on écrit un texte pendant une heure. On peut aussi en choisir plusieurs et faire des textes plus courts.

355 Une ortie ayant irrité tout l’été se trouva fort racornie quand la froidure de l’automne fut venue. Elle alla…

354 Dans le noir d’un tiroir un manuscrit attendait anxieusement le résultat de son test de grossesse. Serait-il relié ou broché ? Cette question le tourmentait.

351 Subitement le temps s’était déréglé. Il ne pleuvait plus des cordes mais des escaliers. Toutes sortes d’échelles et de rampes d’accès. Les croyants y voyaient un signe, les athées tentaient de démystifier le phénomène.

348 A la Loterie des Rêves, cette nuit, j’ai enfin gagné ! Mais au réveil, quand j’ai ouvert les yeux, ce n’était pas du tout le lot que j’espérais…

347 Chaque nuit, rue de la Pompe, une paire de mocassins s’échappait du présentoir sur lequel elle s’exposait le jour pour se dégourdir les semelles. Personne jusque-là ne l’avait surprise. Mais un soir, deux petites sandalettes lui emboîtèrent le pas.

Merci Pascal !

AEV 1718-02 Pascal Perrat

19 septembre 2017

Mocassins fugueurs / Eliane

AEV 1718-02 sandalettes 2

Chaque nuit, rue de la Pompe, une paire de mocassins s'échappait du présentoir sur lequel elle s'exposait le jour, pour se dégourdir les semelles. Personne jusque-là ne l'avait surprise. Mais un jour deux petites sandalettes lui emboitèrent le pas.

Ces petites qui profitaient du calme du magasin quand venait le soir pour bavarder à voix basse avaient fini par remarquer que les mocassins profitaient de la pénombre pour glisser silencieusement de leur étage. Puis ils disparaissaient dans les rayons.

Les sandalettes se demandaient où ils pouvaient bien aller. Peut-être sortaient-ils, mais alors par quelle issue, vu que le propriétaire fermait consciencieusement son échoppe à la fin de chaque journée ?

Un soir, elles se glissèrent en bas du présentoir et leur emboitèrent le pas.

Elles les perdirent rapidement de vue, décidèrent de regagner leur étage et de se ranger soigneusement.

Au cours d'un bref conciliabule elles décidèrent de recommencer le lendemain en étant plus réactives et donc plus promptes à filer le train à notre évadée indienne.

171025 Nikon 082

Elles allèrent plus loin que la veille et finirent quand même par la perdre. Elles ne comprenaient pas comment elle pouvait ainsi s'évaporer, soupçonnant des pouvoirs magiques.

Désappointées elles se résolurent une fois de plus à réintégrer leur place.

Il y eut un léger problème. Si les mocassins étaient par nature complètement silencieux, les talons des sandalettes claquaient légèrement sur le dallage ce qui eut pour effet de faire ouvrir un œil à une paire d'escarpins qui se demanda ce que pouvaient bien faire ces sandalettes en goguette au milieu de la nuit.

La paire d'escarpins en parla dès le matin à ses voisines. L'information se propagea jusqu'aux bottines qui s'empressèrent d'alarmer leurs voisines. Les commérages allaient bon train, ils ne cessèrent qu'avec l'arrivée du directeur suivie de celle des vendeuses. L'affaire fut donc en sommeil jusqu'au soir.

Dès que les chaussures entendirent le clic de fermeture et la mise en route de l'alarme, leur discussion reprit de plus belle.

Cela ne concernait qu'une partie du magasin, les tongs, les ballerines, les trotteurs, les tennis et autres baskets, trop éloignés, n'étaient pas au courant et restaient bien tranquilles à leurs places assignées.

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Les escarpins, bien décidés à connaître le fin mot de l'histoire, soumirent les sandalettes à une batterie de questions. Ces dernières racontèrent tout ce qu'elles savaient, que chaque soir les mocassins fuguaient sans faire de bruit et qu'elles n'avaient pas réussi à savoir où ils allaient.

Voilà qui était intéressant ! On mit tout le monde au courant. Une réunion au sommet tenta de trouver une stratégie. On pouvait faire un roulement, ou alors poster quelques espions en des points stratégiques. Cette dernière suggestion avait quelques inconvénients. Il faudrait descendre des étagères avant les mocassins, ce qui n'était absolument pas gagné.

On en revint donc à la bonne vieille méthode de la filature. On chercha alors quels pouvaient être les meilleurs détectives. Les plus silencieux bien sûr et aussi les plus vifs. Les tennis furent élues à l'unanimité. Elles furent donc chargées de la tâche et pouvaient établir un roulement entre elles.
Au bout de plusieurs soirs infructueux, les tennis finirent par suivre les fugueurs assez longtemps pour découvrir ce qu'ils allaient chercher.

Les mocassins se rendaient dans la réserve. Ils étaient tombés amoureux d'une élégante paire de Salomés et se rendaient chaque nuit auprès de celles qui faisaient battre leur cœur.

Les amants étaient inquiets, lorsque ces jolies Salomés apparaîtraient dans la boutique au grand jour, il resterait peu de temps avant que les mocassins ne soient remisés à l'ombre dans un carton en attendant d'être bradés. Quel était leur avenir ?

AEV 1718-02 Salomé aux yeux de biche

4 décembre 2016

N'oubliez pas d'éteindre votre portable ! / Jean-Paul

N’oubliez pas d’éteindre votre portable… et votre radio ! Depuis dimanche soir le monde s’est arrêté sur le score quasi soviétique obtenu par le camarade François Fillon à la primaire de la droite.

On n’avance plus. On recule, même. On se trouve rejeté vingt ans en arrière, dans une France que ses concurrents et adversaires, très sympathiques, ont qualifiée de « moisie ».

D85 décembre - 05

Ils n’ont peut-être pas tort. C’est qu’on le connait bien, ce coin du Sud de la Sarthe où il a entamé sa carrière politique. On revoit encore avec la même sérénité qu’alors cette abbaye de Solesmes, austère et fière et bien dressée. On a trace, dans son grenier, des douze années passées ici, sous forme de centaines de photographies colorées ou en noir et blanc de l’endroit, prises depuis la petite place de l’autre côté de la rivière. Des barques, des pénichettes y sont amarrées. On en a même fait des aquarelles.

La Sarthe ! C’est un pays de soutanes surannées, de résignations paysannes, de respect ancestral de l’autorité, des nobliaux puis des institutions. Quelle fierté, évidemment très brassensienne, liée à la Ballade des gens qui sont nés quelque part, quand un enfant du pays atteint les sommets de la réussite à laquelle nul ici n’a jamais rêvé ! On est trop bien dans ce jardin extraordinaire où chaque 24 heures compte plus qu’ailleurs, dans cette ville la plus sportive de France, capitale de la modération à l’abri de tout aléa. Monsieur le Maire a toujours trouvé du travail à tout le monde à la fromagerie Bel ou chez LDC où l’on découpe le poulet. Loué soit-il pour cela !

D 93 01 Solesmes 25 ou 43Oui, un recul de vingt ans en arrière ! On se souvient que le mercredi soir et le samedi après-midi on allait jouer aux échecs. On poussait du bois avec le docteur G. médecin-accoucheur de toute la ville. C’était une terre de droite dans laquelle vous et une poignée de détestables fonctionnaires étiez les seuls à voter pour la gauche. Et pourtant, effet de la douceur angevine pas très lointaine, sans doute, elles vous indifféraient un tant soit peu, ces moeurs provinciales poussiéreuses qui n’étaient pas les vôtres : les enfants dans le privé, le golf de Sablé-Solesmes, le club d’équitation, les sonneries de trompe de chasse au château de Dobert, le Festival de musique baroque, le vol en montgolfière pratiqué comme étant le nec plus ultra du snobisme local.

Et voilà qu’après vingt ans d’interruption on remet les pieds dans une aimable assemblée de papys joueurs d’échecs. Et comme par un fait exprès le monde journalistique s’extasie encore et toujours comme à l’époque sur le roi François par-ci, le roi François par-là !

N’oublie pas d’éteindre ton portable et surtout ta radio, Joe Krapov ! Le monde avance à rebrousse-temps ! Ca va te prendre à rebrousse-poil !

 

4 février 2025

Dernières insultes d'Oncle Archibald / Jean-Paul

 

 

Les mêmes, sans l'image et les italiques :

 

Condor passable ! Rat crevé ! Billy the Kid à bonbons rouges ! Hooligan de bac à sable ! Gastéropode à lunettes à double foyer ! Extrait de bruit de mille tonnerres de Landerneau ! Janus à trois faces ! Sacré bachi-bouzouk à pantalon garance ! Décrocheur ! Macaque à odeur d’hareng saur ! Sale hippopotame des Carpathes ! Saleté de tourniquette à vinaigrette ! Sale vilain coelacanthe de tonnerre de Brest ! Intermittent du spectacle ! Fichu gorille de cirque à Brassens ! Saperlipopiette de Paulette ! Mégalomane poutinophile ! Anachorète de Prisunic ! Sauvage de l’anneau de Neptune ! Homme-grenouille de bac à légumes de frigo connecté ! Frère Dalton de pacotille ! Paranoïaque des Tropiques ! Mille-pattes à jambe de bois ! Scoloscopie que scolopendre ! Bande de scorpions de collège de Châlons-en-Champagne ! Vipère-lombric ! Simili Marseillais à la graisse de filets de sardines ! Suppositoire à l’eucalyptus ! Sinistre auteur de galéjades mal réveillé ! Sombre crétin des Alpes mancelles ! Sombre rhinocéros sans diplômes ! Pochtron d’église qui roupille comme deux saillies ! Sous-produit de fantôme de brebis et de revenant de la digue de Nantes ! Zouave de la rue de l’Alma qui ne reconnaît rien dans la rue de Chatillon ! Squelette de thermomètre à mercure ! Tas de romanichels LGBT ! Fonctionnaire de Comité Théodule ! Tête de morue mal dessalée ! Tête de zébu mal accrochée au-dessus d’un home cinéma ! Cougar macrono-compatible ! Éclair au chocolat de Plounéour-Menez ! Rutabaga de Lann-Bihoué ! Donald trump-la-mort ! Tartuffe de série B ! Centriste ! Sous-homme de Cro-Magnon volant ! Face de cul de marin en bordée chez Anouilh ! Misérable Don Juan de comédie de Molière ! Loup-garou lymphatique de Prix Zulma ! Ostrogoth hongrois ! Purotin sans un rotin ! Graine de végan à réaction !Troisième taupe qui ne sait même pas donner l’heure ! Napoléon III de carnaval ! Noix de muscade de Prisunic ! Vieille roue de Solex toute rouillée ! Droopy égaré chez Derrick ! Étourneau bavasseur ! Boa constrictor comme un balaistrictor ! Cancérologue ! Antivax ! Ongulé de malheur vous-même ! Wisigoth et Millau sans étoile ni viaduc à mi-chemin de Michelin ! Zapatiste ! Fennec même pas plus ultra ! Baba-cool sans amphètes ! Artilleur interplanétaire ! Gabonais à Télérama ! Bathyscapheur de carnaval ! Écumoire ! Magellan d’eau douce ! Baleineau ! Aubergine à donner des prunes !

9 décembre 2014

Je suis troisième à vie / Maryvonne

DDS 1415-11 Trois soeurs

Dans ma famille, j’ai toujours été la plus petite. Celle qu’on oublie dans une poche ou un sac.

Pour ma part , J’avais peut-être deux ,trois ou quatre mois j’ai été oubliée sur la banquette arrière d’une voiture et un monsieur s’est assis sur moi, ça a dû faire "ouin ! ouin !" comme les petits jouets à air que l’on comprime pour amuser les bébés.

En grandissant on m’a souvent appelé du prénom de mes sœurs. L’habitude sans doute, comme une seconde nature. C’est ainsi quand on est la plus petite : on use les blouses, les vélos et les prénoms.

Mais aujourd’hui mes deux grandes sœurs ont perdu leurs centimètres. Madame ostéoporose est passée par là et je suis la plus grande des trois. Cela n’est pas important, ce qui compte c’est que je suis à vie la plus jeune, un qualificatif qui me sied à entendre : "Ah ! Oui ! C’est toi la plus jeune des filles !"

Ça me fait du bien ! Même quand j’aurai 90 ans... J’aurai profité de tout : de leur expérience, de leur sollicitude, de leur générosité, de quelques claques aussi mais tellement méritées. De leur protection surtout.

C’est important la place dans la fratrie. Je n’aurais pas aimé être l’aînée ni la cadette. Je suis bien à ma place dans ce triumvirat plaisant.

Un jour, peut-être, le plus tard possible, je mettrai ma jeunesse à leur service…..ou pas. C’est imprévisible la vie.

1415-11 Don_camillo4

On pourra mettre sur le journal, à côté de l’annonce de la conférence d’Eric Zemour (gratuite pour les ecclésiastiques) un entrefilet : « La famille Illusion a le regret de vous faire part du décès d’un vieux rêve : Ouest-France parlera toujours des curés et les trois sœurs Aubrée, militantes d’un athéisme paisible, sont mortes avant la fin des guerres de religion, même la plus jeune".

 

14 octobre 2014

Devoirs de vacances avec Plonk et Replonk / Jean-Paul

Plonk 08 Sens de la vie

 PHILOSOPHIE

Le sens de la vie change-t-il suivant que l’index montre la droite ou la gauche ?
Le sens de la vie est-il différent si la main gauche montre la droite, si la main droite montre la gauche, si la main droite montre la droite ou si la main gauche montre la gauche ?
Quel sens peut avoir votre vie si la droite est un peu gauche et si la gauche est maladroite ?
Le sens de la vie est-il le même à La Flèche dans la Sarthe ou l’on aime les Affranchis qu’à Arques où l’on fabrique du cristal sans pour autant être bohème ?
Pour la captive du méchant dans la chanson « Zorro est arrivé » d’Henri Salvador, le sens de la vie évolue-t-il en fonction de l’avance de la scie ?
Répondez à ces questions en gardant à l’esprit qu’un imbécile chinois peut très bien regarder la lune comme il se doit et qu’un juriste sage peut commenter force lois sur la dune sans avoir jamais vu de sa vie un seul grain de sable.

plonk 01 - de la presquitude des choses

MATHEMATIQUES

Un train part de Gènes où il n’éprouve plus beaucoup de plaisir à 8 h 47 du matin. Il roule à une vitesse moyenne de 120 kms/h en direction de Paris où il espère trouver des distractions pas très intellectuelles (on dit en effet bien souvent « un Paris stupide »).
A deux cent cinquante-cinq kilomètres de Gènes la nature qui fait toujours très bien les choses a positionné les montagnes des Alpes juste au-dessus du tunnel ferroviaire de Bardonecchia.
A l’entrée de ce tunnel il y a bien souvent Paul Grindel-Lavache qui est cantonnier là et aime à regarder passer les trains. Il mesure 1,70 m et pèse 75,2 kgs.
Aujourd’hui les Alpes qui s’ennuyaient ont joué à la dérive des continents. Seulement elles ont oublié de ranger leur chambre avant de descendre pour le goûter. Du coup le tunnel de Bardonecchia n’est plus dans l’axe de la voie.
Calculer au bout de combien de temps les passagers du train de Gènes vont se trouver à la hauteur de Grindel-Lavache, avoir une idée de l’explosion du Big Bang et trouver la vie duraille.

plonk_07 yeux rouges B

HISTOIRE DES SCIENCES

A qui est-on redevable de l’effet anti yeux rouges qui permit, couplé avec l’utilisation d’un appareil photographique et la prononciation du mot « ouistiti », de guérir à la fois de la mixomatose et de la conjonctivite infectieuse ?
 Le professeur José Palafer Garcimore
 Marie H. von Karpe
 Le sergent Pepper
 Bugs Bunny

plonk 04 balançoire bretonne

LV2 (LANGUE VIVANTE 2) BRETON

1. Traduisez en breton les phrases suivantes :

Mon tailleur est riche
Le jardin de ma tante Trifine est plus petit que la balançoire de mon cousin Gwenaël
Lors de la course d’éléphants en ouverture des « Vieilles charrues », les cornacs n’étaient pas bien alignés.

2. QCM : Cocher la bonne réponse en cochant la bonne case :

Quel est le pluriel de « un korrigan » ?
 des cartes Korrigo
 des fausses trolls
 des nains de jardin

Quel est le pluriel de « un bagad » ?
 des bagadurs
 des bagadoux
 des bagadelmalés

Quel est le singulier de « des binious » ?
 un bagad
 deux boules Quies
 un jambasonkou

 

plonk 06 Titanic

EXPRESSION ECRITE

Bien qu’il commît ensuite de nombreux poèmes en alexandrins classiques, Victor Hugo n’en reste pas moins l’inventeur du slam océononoxique. En témoigne ce texte inédit et inachevé dont il vous est demandé d’écrire la suite dans le même style.

Titanic ta mère
Iceberg de travers !
Combien de pingouins
Voueront de la haine
A ce capitaine
Pas vraiment malouin
Qui leur fit goûter,
A l’heure du thé
Sur la molle banquette
A proximité
De jeunes coquettes,
A la joie salace
D’aller sur la glace
Goûter à l’exquise
Froideur des banquises ?

plonk 05 Tour Eiffel

HISTOIRE

- Qui a construit la Tour Eiffel ?
- Qui a construit le viaduc de Garabit ?
- Qui a dit : « Du sommet de la pyramide du Louvre, quarante siècles nous contemplent » ?
- Qui s’est souvenu trop tard du vase de Soissons ?
- Qui a dit : « Labourage des avanies et pâturage des framboises sont les deux mamelles du destin de la France » ?
- Qui a dit : « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient » ?
- Qui a dit : « L’Etat, c’est moi » ?
- Qui a dit : « Cass'-toi pauv’con ! » ?

Plonk 02 - la mère Lamaure

EDUCATION MENAGERE

Que faut-il ajouter à la soupe à l’EPO de la mère Lamaure pour qu’elle soit meilleure et pour que sa gargote reçoive une étoile de la part de M. Pneumichelin qui vient juste d’inventer son guide ?

- Une seringue ?
- Un poil de moustache en guidon de vélo ?
- Un reste de lasagnes au cheval maqui-oi-gnon-ni-llé ?

Plonk 09 Sens de la vie 2

 

RÉCITATION

Apprends et récite par cœur cette poésie du lettré lettriste I.I. Krapov

Si le sens de la vie c’est d’aller vers le haut                                     O
Alors partant de là                                                                                    A
Il faut, la bouche bée                                                                               B
Commencer, esquisser                                                                          C
Un chemin de hasard que jamais non jamais n’abolira le dé D
Et zigzaguer parmi un monde périlleux.                                        E

Si le sens de la vie c’est d’aller vers le haut
Avançant derechef                                                                                   F
Il nous faut siffloter comme siffle le geai,                                    G
Partir chaque matin accomplir notre tâche                                 H
Et retourner le soir, flapis,                                                                  I
Vers nos logis                                                                                           J

En tout cas                                                                                                K
Ne jamais prendre du plomb dans l’aile                                      L

Enfin il faut qu’on aime,                                                                     M
Qu’on dépasse la haine                                                                        N
Si le sens de la vie c’est d’aller vers le haut                                  O

4 novembre 2014

L'animateur d'atelier d'écriture / Maryvonne

Poste à pourvoir : animateur d’atelier d’écriture

 

Vous allez devoir faire preuve d’une imagination débordante pour trouver à chaque fois la consigne originale et productive à chaque séance.
Bien entendu vous serez formé à l’animation de groupe.
Savoir organiser l’espace, tables, chaises, rideaux, lumière. 
 Éventuellement fournir du chocolat tournant ou autres friandises.

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Votre mission :
Faire écrire tout et n’importe quoi. Savoir encourager la drôlerie, l’originalité.
Ou au moins faire croire aux membres de l’atelier qu’ils sont drôles et talentueux.
Etre dans l’empathie face aux productions passables voire minables
Rire quand l’écrivant a cru être amusant.
Pleurer quand l’écrivant a cru être pathétique.
Un D.E.A de psychologie est fortement conseillé.
Ecouter, percevoir, comprendre ou le faire croire.
Faire fi des fautes de grammaire et ignorer la concordance des temps.

Vos qualités :

 Vous devez être curieux de tout pour apporter de nouveaux matériaux, de l’eau au moulin de la création. De la variété dans les supports.
Savoir faire preuve d’enthousiasme quand les stagiaires vous regardent comme des bovidés en écoutant la consigne.
Savoir encourager jusqu’au pousse au crime de bêtise : Allez ! Roulez petits bolides en dehors des chemins ordinaires, sortez des sentiers battus.

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Il vous faudra être large d’esprit et ne pas avoir peur des confidences sur des sujets scabreux.
Si vous êtes choqué ne le montrez pas. Il faudra garder votre quant à soi et ne pas appeler les infirmiers de l’H.P. en cas de texte fou.
Avoir de l’autorité et être fort pour supporter face à vous la souffrance des cinq premières minutes après la consigne ; Les yeux battus la mine triste et les joues blêmes. Ne pas répondre si on vous assène les insultes telles que : Tortionnaire, fou, esclavagiste, dictateur, obsédé textuel.
Vous n’aurez pas de rémunération. Vous serez payé en mots, en rires, en poésies, parfois même en chansons.
Quelques graines d’amitié, un crumble de reconnaissance et quelques instants de bonne humeur à la dégustation des textes seront votre salaire.

26 novembre 2014

Artémise et Monsieur Delco / Marie-France

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Il fabriquait des chemises

Au sein de son entreprise

Pour la belle Artémise.

 

Depuis si longtemps il la convoite

Et ne cesse de les mettre en boite

Tout cela pour la bécasse

                                                     Qui tout le jour jacasse.

 

Elle aime les chatouilles

Et plus encore la ratatouille

Elle n’a que faire des azalées

Qui fleurissent les allées.

 

Elle préfère se cacher dans la cabine

La déesse coquine

Tandis que Monsieur Delco

Répare le vieux vélo

Avant d’avaler son pastis

Mon Dieu quel délice.

 

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De loin il aperçoit sur la nacelle

La belle Océane

Jouant du violoncelle

Et de sa voix de soprane

Chanter « la cane de Jeanne ».

30 septembre 2014

Isaure Chassériau se fait couper les cheveux chez Francis le coiffeur-philosophe / Jean-Paul

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Il coupe la toison, ouvre la juvénile valse du peigne et des ciseaux, lacère parmi les ondulations. Il promène le museau de la tondeuse parmi cette forêt. Elle l’allume à nouveau avec son jardin de macarons et son quelque chose qui n’est pas à sa place dans cette robe rose et printanière. Mais rien ne va. Rien n’est mieux. La plastique est parfaitement baroque, abrupte et frisée drue. Comme un voile de pollen qui voudrait caresser les oiseaux dans la lumière neuve du jardin.

Sa chance réside dans sa propension au plaisir, dans les beaux restes de ses mèches qu’elle a su préserver des cicatrices de l’écroulement et dans son désir de clairières, de prés printaniers, de lumières de paradis, d’errance d’oursonne excavatrice dans la ville à moitié vide malgré l’heure matinale.

Lui, Francis, le coiffeur-philosophe, voudrait capter, dès qu’il le peut, des fragments d’attention, des encouragements pour qu’il se remette à tournoyer, à lâcher des figures de style ou des formules de soprano qui bougent là-haut en apesanteur et qui s’offriraient à lui dès qu’il lèverait le peigne au ciel. Mais aujourd’hui le grand ballet des aphorismes et des sentences définitives s’est glissé dans une pile de silence haute jusqu’au plafond.

C’est pour ça qu’il aimerait mieux être dehors, transporté par le flot de ses pas. Il lui arrive même d’avoir des envies prunifères envers cette jeunesse, de vouloir la mettre à l’amende, de désirer grimper aux rideaux du zeugma, de la périphrase et de la fenêtre qui donne sur la rue pour que, du sommet de cette colline, il voie, au-dessus de l’espace bleu ciel de la blouse enfilée par la cliente, se suspendre ne serait-ce qu’un instant l’incessante danse de ce mutisme soudain.

 

Isaure

C’est plutôt beau quand le coiffeur s’énerve, songe-t-elle. Quand les pistes se brouillent dans son désert de mots. Quand les nuages de perplexité se dressent dans ses muscles, dans ses crocs de verrat. Que Francis lève un menton noir, défiant, en fronçant les sourcils m’indiffère. Je sens que je ne lâcherai pas. La patience est la mesure du véritable amour, jusqu’à l’explosion du feu allumé sur la gelée blanche, jusqu’à la révolution du vent léger, désespéré qui enflamme la peau de sa douceur.

Car Isaure, malgré les apparences, ne lâche rien elle non plus. Juste un peu surprise de temps à autre, perdue dans ses jeux, mais c’est pour mieux conjurer les aléas d’un quotidien terre à terre qu’elle transgresse à sa manière les codes sociaux inégaux, vieux comme le temps, gris comme les tempes, luisants et patinés le long des routes, qui permettent que, seul maître à bord après Dieu, à la suppliciée du fauteuil comme aux décrépis friables comme des os qui patientent sur les deux longues banquettes, le coiffeur-philosophe assène ses vérités sur la forme du 8, le cheval qui ressemble à Shakira et va gagner selon lui la course de dimanche, l’église écroulée du PSG relégué derrière Marseille en ce début de championnat, le soleil de ce merveilleux matin et patati et patata. Il y a chez lui un instinct de survie qui lui permet de ne jamais perdre le fil de cette logorrhée, comme s’il possédait en tête l’ordre immuable dans lequel les chars de ce Corso fleuri vont défiler sur cette placette familière.

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Aussi, quand il déprime, parce qu’il est seul, parce que la cliente n’accroche pas, succède au premier réflexe, celui du repli loin des mises en plis, un irrépressible besoin de sortir, de se mêler à l’air ambiant, de croiser d’autres solitudes et de frotter au passage quelques-unes à la sienne.

Il y a des moments comme ça, malheureusement parcimonieux et rares, pense Isaure, où on a l’impression de ne pas parler la même langue que l’autre.

Il y a des moments comme ça, heureusement parcimonieux et rares, pense Francis, où on a l’impression de ne pas parler la même langue que l’autre.

 

16 novembre 2021

Trateau-Scain / Laura

Bosmans s’était souvenu qu’un mot, «Trateau-Scain » [1] revenait dans la conversation. Ce nom attirerait peut-être à lui d’autres noms, comme un aimant. A la sortie de Trateau -Scain, un tournant, puis une route étroite, bordée d’arbres, menait à Ajar.

 Sylvain Buffile - Galerie Visconti 1989-06-03

Dans ce village se trouvait la maison de campagne de ses parents.

Il n’aimait pas aller à Ajar depuis son enfance, sans doute parce qu’il préférait déjà la ville où résidait sa vieille maîtresse, Vellin [2]. 

 Mathurin Méheut - A l'ombre des platanes

 La seule chose qu’il supportait à la campagne, c’est la réunion de militaires au bar du lac qui ressemblait à un tableau de Mathurin Méheut dont il avait vu une exposition des œuvres au Musée de la Marine[3], il y a quelques années.

 Un début d’après-midi où il était seul à Trateau-Scain, Bosmans décida de sonner à la porte de l’appartement de Vellin.

Il la trouva à côté d’un bouquet d’hortensias, en proie à une rêverie dont il se sentit d’abord exclu.

 X - la Dame aux hortensias - Rêverie

 Agnès de Clairville - La Gacilly 2000-07-14 01

 Rapidement, les hortensias le ramenèrent en Bretagne où ils s’étaient tous deux étendus pour batifoler près d’un rocher magique.

Camille, l’amie intime de Vellin interrompit leurs rêveries érotiques à tous deux en se glissant autour de son cou à lui, tout en glissant discrètement sa main dans sa braguette même si Vellin connaissait les petits jeux de ses deux amants et d’ailleurs s’en excitait.

Il se demandait pourquoi Camille Lucas était surnommée «Tête de mort» car pour lui, sa main dans son pantalon était plutôt reliée à la vie.

Dans la rue, il déplia le papier qu’elle lui avait tendu sous couvert de caresse coquine. Il y était écrit : Kim 288.15.28.

 Kim était la destination imaginaire du train 288 qui partait de Saint-Lazare à 15 h 28. Le rendez-vous était lui réel et Bosmans accompagna encore deux ou trois fois Camille à ses rendez-vous avec Michel de Gama.

 Bernard Bouin

K pour la Maison de la rue du Docteur-Kurzenne

I comme Interdiction d’interdire

M pour Martine Hayward, Auberge du Moulin-de-Vert-Cœur (près de Chevreuse) où se tenaient aussi « Les Rendez-vous de Saint-Lazare », succès de librairie plus sulfureux que les « 50 nuances de Grey. »

Main dans la main, Camille et Michel rejoignaient Guy Vincent à l’hôtel Chatham. Ils y jouaient aux mêmes liaisons dangereuses qui se tissaient chez Vellin. Guy Vincent avait gagné de l’argent en relatant dans un livre « Les Mystères de l’hôtel Chatham. » Il était impossible à Bosmans, après plus de cinquante ans, d’établir la chronologie précise de ces deux événements du passé : qui avait publié en premier sa vérité entre Guy et l’anonyme caché derrière « Les Rendez-vous de Saint-Lazare» ?

Agnès de Clairville - La Gacilly 2000-07-14 02 morriganes

 Il avait lui aussi commencé une intrigue qui se déroulait dans «Le bureau de Guy Vincent» et lui avait donné son titre. Le problème était que dans l’agenda à la couverture de cuir vert, cet agenda dont on ne pouvait pas savoir l’année, la plupart des pages étaient blanches. Ses repères étaient plutôt spatiaux comme le train pour Auteuil » de 15 h 28 qu’il prenait avec Michel pour rejoindre « René-Marco Heriford » où ils commençaient à se caresser. Alors le rocher dressé apparaissait dans son esprit.

 Quand, le visage pensif, il repensait la «cérémonie du souvenir», un avion glissait en silence dans le bleu du ciel et laissait derrière lui une traînée blanche mais on ne savait pas s’il s’était perdu, s’il venait du passé ou bien s’il y retournait.

 Yvon Labarre - Cérémone du souvenir 1986

 Xavier de Langlais 2



[1] Ville imaginaire formé avec quelques lettres de lieux où nous avons vécu, comme les autres lieux du texte.

 

[2] https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=55720.html

 

[3] http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2013/05/12/j-ai-aime-voir-jeudi-mathurin-meheut-au-musee-de-la-marine.html

 

28 septembre 2021

Consigne d'écriture 2122-04 du 28 septembre 2021 : Tableaux zoulous ?

Tableaux zoulous ?

 

Anonyme - Arbres dans la brume (carte)

Bernard Louédin - 1997 04 19 château de Vascoeuil 3 Le Soliste de Venise

Carmelo De La Pinta - Carte de visite pour atelier à Pont Aven

 Auteur et titre inconnus

 Bernard Louédin - La Soliste de Venise

 Carmelo de La Pinta - Sans titre

Dodik - Céramique Le Pèlerinage à Sainte-Anne

Emmanuel Fillot - Un autre rivage en hiver (si vaguement blanc) Paris 19960406

Guastalla - vernissage Trévarez 1989 04 29

 Dodik - Le Pèlerinage à Ste-Anne

 Emmanuel Fillot - Un autre rivage en hiver

 Pierre Guastalla - Sans titre

Gilbert Jullien - Coquelicots (1990)

Yvon Labarre - Par-delà le temps - Donges 1991

Roger Kérinec - Paysage breton

 Gilbert Jullien - Coquelicots

 Yvon Labarre - Par-delà le temps (Donges)

 Roger Kérinec - Paysage breton

Murillo -Aujourd'hui c'est demain (carte Ars pro vita)

Giacometti - Homme qui marche 1986

Many Kriegel - Un chat persan en 1900

 Murillo - Aujourd'hui c'est demain

 Giacometti - L'Homme qui marche

 Many Kriegel - Un Chat persan en 1900

 

 Les tableaux ci-dessus figurent sur des invitations à des vernissages d'exposition. Choisissez-en un. Racontez ce qui se passe à cette soirée à laquelle vous assistez ou partez-parlez du tableau que vous avez sous les yeux pour divaguer à votre façon.

Vous avez obligation de placer le mot "zoulou" dans votre texte et d’insérer au moins six mots de la liste ci-dessous :

à la queue-leu-leu - à vau l’eau - alcoolo - Apollo - avili - awélé - balafon - balafré - balatome - Belle Hélène - Billy the Kid - branlant - calamar - calame - calamité - céleri - célérité - cilice - colloque - colonie - colophane - coloquinte - coloriste - diligence - diligent - diligenter - Dolomites - Dolorès - échalas - élément - Eléonore - Eléphant - falafel - fêlé - filiforme - folle eau - gala - Galatée - galaxie - guili-guili - hêler - hologramme - holorime - Honolulu - hulluler - illico - Impala - Killy - koala - Kuala-Lumpur - l’as-tu lu - Lili – Lilliputien - lolo - loulou - Lulu - malabar - maladie - Marilyn - Mêlé - Mêlé-cass’ - mélèze - milicien - militaire - militant - mollo - Mouloudji - On nous loue - Pelléas et Mélisande - Philippines - pili-pili - Polo - polochon - pulluler - rigolo - Scala de Milan - scélérat - scolopendre - Sélénite - silicium - silicone - solo - télé - Télémaque - Télérama - téléscope - téléski - Thalassa - thalasso - Toulouse - ukulélé - vêler - vilipender - violoniste - zélé - zoulou

22 février 2022

M comme maquillage / Laura

cb9803

Je me souviens de la poudre de riz de sa grand-mère.

Elle prêtait son mascara à Cannelle : à l'époque

Il fallait cracher dedans pour l'appliquer sur les cils.

Cannelle se maquillait souvent les yeux chez elle

Et elle lui disait : "Avec des yeux pareils,

Les boutons de braguette vont sauter!".

Son mari aimait sa grand-mère

Qui le lui rendait bien

Jusqu'à ce qu'un beau parleur

Les embobine toutes (les femmes de la famille)

Sauf Cannelle qui mettait sa peinture

De guerre de séduction pour partir à l'assaut

De sa proie. Son mari n'aimait pas les femmes peinturlurées.

21 septembre 2021

Consigne d'écriture 2122-03 du 21-septembre 2021 : Livres imaginaires

Livres imaginaires

 

Les livres ci-dessous n’ont jamais été écrits mais ils ont été mentionnés dans d’autres récits ou romans. A vous de leur donner un peu plus de vie en écrivant les premières pages, une partie de leur contenu, la quatrième de couverture ou un compte-rendu de l’ouvrage dans un magazine littéraire. Ou ce que vous voulez à partir de la liste.

Obligation supplémentaire : vous intégrerez cinq des mots ci-dessous dans votre texte :

blabla – dare-dare – flonflon – froufrou – train-train – coucou – gogo – chouchou – zinzin - à qui mieux-mieux – couscous – lolo – mémé – nana – papa – pipi – tata – baba – bébé – bibi – bobo – coco – dada – dodo - à la queue leu-leu – toc-toc – grigri – pousse-pousse – yoyo – yéyé - zozo


Les Amusements de Muley Bugentuf, roi du Maroc / Thomas de La Fuente, s.d.
L’An 2013 / Moravagine, 1916-1917
L’Avenir dévoilé par les lignes d’omnibus / Géo Blackmussel, 1901
La Bilboquéide / Gourdon , 1824
Les Catacombes de Bouquinbourg /Colophonius Clairdepluie, s.d.
Les Confessions d’un enfant du cycle / Alphonse Allais, 1894
La Crucifixion sans peine / Prétexta Tach
Le Cuisinier interplanétaire, s.d.
De l’influence de la Russie sur le chien du garde-champêtre de la commune de Bagnolet / Paul-Louis Courrier, s.d.
Des trappes à souris et de leur influence sur l’âme et l’activité des chats / Murr, s.d.
Du bon usage de la guillotine au coucher du soleil / Irina Kobayashi, 1995
Du style ou de l’art de ne pas écrire, s.d.
L’Elevage des dragons pour le plaisir et le profit, s.d.
En arrière vers le bonheur ou En avant vers l’enfer / Aaron Rosenblum, 1940
La Fée Mélusine / Christabel La Motte, 1872
L’Histoire générale des oreilles, 1704
Les Impressions de Proust en automobile / marquis de Carabas, s.d.
Le Lys dans la vallée de la peur / Honoré Doyle
La Marseillaise des croisés du vin, s.d.
Mémoire sur la mensuration raisonnable des nougats de Montélimar / Vicomte de Tourpeau, 1890
Mes dix-huit métempsycoses, histoire de mes existences depuis l’an 184, 1748
Le Mystère de la chambre à air / Georges-Emmanuel Freutin, s.d.
Poèmes de l’eau / Dorothy Richardson, 1935
Qui a retardé la pendule / E.H.B., s.d.
Le Roi de jaune vêtu, s.d.
Traité des quatre repas par jour / Mormon, 1650
Zébrure / Maximilien Zu, 1948

N.B. Cette consigne est inspirée par l’ouvrage de Stéphane Mahieu,
La Bibliothèque invisible : catalogue des livres imaginaires.
– Paris : Ed. du Sandre, 2014

2122-03 Consigne - Les livres imaginaires

21 septembre 2021

T comme Thomas de la Fuente / Adrienne

[Illustrations_de_Histoire_de_Gil_[

Quand Thomas de la Fuente a écrit "Les Amusements de Muley Bugentuf, roi du Maroc", il avait déjà publié, dans un tout autre genre, "Mes dix-huit métempsycoses, histoire de mes existences depuis l’an 184".

Dans un style déjanté, il s’y moquait des gens qui croient tout savoir sur tous les sujets, que ce soit un chanteur yéyé des années soixante, un Chinois à pousse-pousse de l’entre-deux-guerres ou de ce que peut ressentir le bébé au moment de sa naissance.

Dans "Les Amusements", on retrouve cette même imagination à gogo, bien que ce soit dans un contexte fort différent.

Nous sommes à la cour de Muley (ou Moulaÿ) Bugentuf, roi du Maroc allergique au couscous, un problème qui, comme vous le verrez, aura ses conséquences sur l’Histoire (celle avec un grand H)

Toute l’info ici.

7 septembre 2021

Le Sel de la vie / Marie-Thé

Capture

Partage

Lorsqu’il pose la main sur mon épaule,
ne serait-ce qu’un instant,
le temps s’arrête ;
coule alors en moi un désir d’éternité.

Douche

De bon matin,
l’eau froide ruisselle le long de mon corps nu,
le savon embaume,
glisse, caresse ma peau qui frissonne ;
mon esprit s’éveille, mon sang bouillonne,
le jour se lève.
Surgit en moi de l’appétence pour cette journée qui démarre.

Lecture

Sur l’Ile de Cuba je tremble pour Horacio emprisonné sans raison.
En Caroline du Nord, je suis bien avec Kia la fille des marais et Tate, le garçon qui l’a sauvée de sa condition.
Quelque part en Angleterre, j’ai de la compassion pour Eleanor qui cherche à découvrir le secret de sa mère emprisonnée.
Au Japon, je comprends la fille de la supérette, heureuse, dont la seule ambition est de présenter ses marchandises harmonieusement.
Voyager, trembler, pleurer, rire, rêver.
Découvrir d’autres vies que la mienne, parler, partager.
Pendant la lecture arrivent en moi des émotions qui me submergent, enflamment mon imaginaire.

hulot

Avant les vacances

Le bonheur se profile à l’horizon ;
du temps pour soi, de la beauté à découvrir, des bains, des randonnées,
du farniente, des barbecues, de la vie au grand air,
des images du bien-être parfait me galvanisent.

Pendant les vacances

Passer les embouteillages,
trouver le bon endroit, s’installer, s’énerver (un peu)
puis enfiler son maillot,
fendre les vagues, se laisser balloter par les remous
et enfin s’étendre au soleil sur la plage.
Elle est pas belle la vie ?

Après les vacances

Profiter encore et encore de quelques beaux week-ends pour s’évader,
voir et revoir les photos des corps bronzés sur la plage,
d’un petit village perché très haut dans la montagne,
d’un pique-nique dans un cadre idyllique, près d’un lac,
là où le sandwich était aussi délicieux que dans un restau 3 étoiles.

Françoise Héritier, dans son roman, évoque le sel qui donne du goût à la vie ;
j’ajoute le poivre pour le piquant et l’excitation que celui-ci provoque.

18 mai 2021

Cékankonvaou ?

AEV 2021-31 La Licorne - bar du vieux lyon

C'était le 19 mai. Quand et Où avaient fêté la réouverture des terrasses et vidé moult chopes de bière... avec leurs amis.

Le lendemain matin, lorsqu'ils se réveillèrent, ils ne savaient plus très bien lequel était Quand et lequel était Où. Où savait qu’ils devaient aller rencontrer aujourd’hui "un personnage beau et fort" mais il ne savait pas où. Quand savait qu’ils devaient aller à "Lyon" mais ils ne savait pas quand. »

Perdus dans les brumes de leur esprit embrouillé, encore bercés par les bras de Morphée, ils se grattèrent la tête, perplexes. Quand voulait prendre le train dès midi.

- Par Dieu, non ! répliqua Où. Attendons un peu ! Terminons notre sieste. Au lit on dort... et on réfléchit après.

Quand dit "D'accord".

Où finit sa grasse matinée, puis proposa une destination :

- Je pense qu'il faut aller à Belfort...ou à Beaufort !

Quand répondit : "Tu confonds, je t'ai dit Lyon !"

- A Lyon, il n'y a que des guignols, voyons !

- Et à Beaufort, il n'y a que des faux mages !

(un vent qui valait bien 10 sur l'échelle... de Beaufort).

Où se tut, vexé comme un pou. Puis, après réflexion :

- Ok, on va à Lyon, mais on fait la tournée des bars et comme d'hab, on paie en chantant !

- Bonne idée, ça me dit, mais quand ?

- Quand ta valise sera prête !

- Et on dort où ?

- Chez ma tata !

Quand boucla ses bagages en deux temps, trois mouvements et, comme dit, ils passèrent la journée à chanter dans les bistrots et à se faire payer des pots. Il paraît même qu'ils y croisèrent le beau Grégory !

Le soir ils terminèrent leur récital en envoyant leur chanson préférée, Hakuna Matata, et se dirent qu’au moins ils savaient où et quand ils pourraient se reposer de cette journée bien remplie : c’était ici et maintenant et c’était déjà quelque chose !

 P.S. : Exceptionnellement, cet article a été sponsorisé. :-)

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