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L'Atelier d'écriture de Villejean
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13 février 2024

Dépliant touristique : Drôme / Anne-Françoise

Dans la Drôme, j’irai voir à coups de pédale le palais idéal du facteur Cheval.
J’irai en Amazone longer le Rhône.


Puisque dans ce pays, la gourmandise est de mise,
Je dégusterai le suisse : cette spécialité est un pantin en pâte sablée
A l’écorce d’orange confite subtilement parfumé.


Je profiterai des rencontres vigneronnes, moi qui ne suis pourtant pas pochtronne.


Je comparerai lors de soirées dégustation tous les vins qu’offre la région.


J’irai au restaurant « La Cachette » mettre mes papilles en fête,
Chez Anne-Sophie Pic faire un voyage gastronomique,
Au restaurant « Flaveurs » goûter mille saveurs.


J’irai à Romans-sur-Isère lire des romans sur l’hiver,
Des romans d’aventure, des policiers, c’est sûr, je prendrai mon pied
Au musée international de la chaussure, je lirai un roman sur la peinture.


Je contacterai « Biodiversité au fil de l’eau » pour mieux connaître les canaux,
Le canal de la grande marquise, le canal du thon, la rue des bains, le chemin de Robinson.


Je pourrai satisfaire ma curiosité lors de visites commentées,
Observer le petit monde animal et végétal, un patrimoine vivant original.


Dans les villages perchés d’Etoile-sur-Rhône ou Montélier, je déambulerai le cœur léger.


Je tomberai sur la tour Diane de Poitiers, sur les fontaines, les lavoirs et des paysages sur les vallées.


Je découvrirai, à La Garde-Adhémar, les anciennes demeures et les remparts.

 

Dans le village fortifié du Poët-Laval, j’écrirai des poèmes près du donjon médiéval.


Plus au Nord, je randonnerai dans le Vercors, ressentirai un bien être au plus profond de mon corps.


Sur la Drôme ou sur d’autres rivières, j’irai faire du canoë, dans les lacs ou les cascades me baigner.


Je visiterai des châteaux petits et grands : le château de Suze-la-Rousse ou celui de Grignan.


J’achèterai le produit star de Montélimar : du nougat en barre.


A Nyons ou dans une autre ville, je prendrai des olives, de la tapenade et de l’huile.


J’irai me balader dans le parc régional des Baronnies provençales.


J’irai me régaler les yeux dans les champs de lavande bleue,
Je respirerai leur parfum merveilleux, j’en ramènerai même un peu…

 

J’arrête là mon gribouillage sur cette page,
Cet été, je délaisse la plage et ses coquillages : 
C’est décidé, sans ambages, c’est dans la Drôme que j’irai en voyage !

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3 octobre 2023

L'Ane et l'hirondelle / Anne-Françoise

Cet âne aimait l’automne.
Cet âne aimait prendre la plume.
Et surtout, cet âne aimait l’hirondelle.

Cette hirondelle aimait l’automne.
Cette hirondelle aimait prendre soin de ses plumes.
Et surtout, cette hirondelle n’était pas amoureuse de cet âne.

C’était évidemment un drame immense pour l’âne…

Il lui avait proposé de faire un tour en deudeuche. Elle avait refusé.

Il lui avait proposé de prendre un pot et de faire sauter le bouchon. Elle avait refusé. 

Il lui avait proposé d’aller voir un match de tennis ou de basket. Elle avait refusé. 

Il était allé voir son amie Maya qui était aussi une amie de l’hirondelle. Il espérait qu’elle vole à son secours en parlant de lui et de son amour. Ça n’avait pas marché.

De sa plus belle plume d’âne pas analphabète, il lui avait écrit de tendres poèmes, de jolies histoires, d’émouvantes déclarations d’amour. Elle l’avait soigneusement ignoré, snobé, méprisé. Il était blessé. C’était un âne anéanti.

Chaque automne, les hirondelles se réunissaient sur les fils électriques en vue de leur grand voyage vers les pays chauds. Elles arrivaient peu à peu. Lorsqu’elles étaient suffisamment nombreuses, elles figuraient comme des notes sur une portée. Le vent soufflait alors une douce mélodie qui leur donnait le signal du départ.

Cette année-là, notre hirondelle arriva sur le fil dès le 1er septobre. Les jours et les semaines passèrent… Le 96 septobre, elle était toujours toute seule. L’écureuil s’était enfermé avec ses noisettes, le hérisson s’était blotti dans un amas de feuilles, l’escargot avait trouvé une pierre et s’était recroquevillé dans sa coquille, Maya l’abeille ne quittait plus sa ruche.

Seul l’âne sortait encore dehors. Il aidait la maraîchère à transporter ses citrouilles, allait de la forêt au bûcher pour emmener du bois ou des fagots, accompagnait les enfants sur le chemin de l’école…

Et chaque jour, il voyait l’hirondelle, seule sur son fil, sans aucune mélodie à venir… Un matin, il sortit son poste de radio. Il tenta plusieurs stations mais l’hirondelle ne s’envola pas. Il était inquiet pour elle. Il savait que les grands froids allaient arriver et qu’elle n’y survivrait pas.

Un matin, il la trouva inanimée sur le sol, les ailes gelées. Il la recueillit chez lui. Il fit un grand feu pour la réchauffer. Il lui donna des miettes de pain et tout ce qu’il put trouver. Elle était bien faible mais réussit à survivre ces quelques semaines. Pendant ce temps, il prit des cours de pilotage à l’aérodrome.

Il rédigea, de sa plus belle plume, une lettre au Père Noël. Ce dernier en fut si touché qu’il lui accorda le cadeau qu’il avait demandé. C’était un avion splendide. C’est ainsi que le 25 décembre, l’âne emmena l’hirondelle à bord de son avion vers le sud. Là-bas, elle retrouva toutes ses amies et se refit une santé. Quand le printemps arriva, elle accepta de rentrer en avion avec l’âne. Ils se parlèrent beaucoup au-dessus des terres, des mers et des montagnes. Dans l’infini du ciel, l’hirondelle déposa sur la joue de l’âne un magnifique bécot. Ce beau bec fut le prélude de la plus belle histoire d’amour qu’on n’ait jamais vue entre un âne et une hirondelle.

 

12 décembre 2023

Petit Paul fait une belle rencontre

Le boulanger avait dit : « Il faut me livrer ces deux baguettes. » Paolo était allé chercher son vélo, aussitôt suivi par Petit Paul qui avait à peine eu le temps de se demander s’il était vraiment plus grand que les baguettes. Paolo avait enfoncé le béret sur la tête de son petit-fils, l’inclinant sur la droite pour le protéger du soleil. Il avait ensuite pris le sien avant de charger les baguettes et le garçon sur le porte-bagages. Ils étaient partis par la grand-route.


Dans le bourg et à sa sortie, il y avait une ligne blanche qui délimitait la route puis, lorsqu’on arrivait dans la campagne, la ligne s’interrompait au niveau des platanes. 


Paolo aimait prendre son temps, il aimait que les autres sachent le faire aussi. Il roulait quasiment au milieu de la chaussée et tant pis pour les voitures qui arrivaient derrière. Elles doubleraient si elles avaient envie mais lui ne se rangerait pas. Petit Paul aimait accompagner son grand-père qui sifflotait des chansons ou des airs joyeux. C’était, sur ce vieux vélo, le moment de complicité particulier entre eux.


Ce jour-là, Petit Paul entendit du bruit derrière lui. Il se retourna et distingua au loin une voiture qui approchait en dégageant de la poussière.

 

- Pépé Paolo, Pépé Paolo, je crois qu’il faudrait se mettre un peu sur le côté… »

 

Mais Paolo n’en avait pas envie et venait seulement d’attaquer le refrain de "La Java bleue".

En y repensant ce soir-là, Marylin leva les yeux de son livre et sourit. Vraiment, ces français : les bérets, le vélo, la casquette et cette lenteur dans la manière de vivre dans les campagnes ! Elle avait demandé au chauffeur de sa belle voiture rouge de ralentir et de rester derrière le vélo. Ils avaient roulé lentement en décapotable. Marylin avait alors entendu Paolo chanter. Elle, dont la voiture filait jusque là vitres fermées à vive allure, s’était laissé cueillir par ce jeune enfant d’abord inquiet puis joyeux, la chanson du grand-père, les baguettes qui lui faisaient envie et tous les parfums de l’été qui lui réjouissaient les narines. La voiture s’était ensuite portée au niveau du vélo et elle avait tenté d’engager la conversation avec Paolo. Devant les incompréhensions, ils avaient fini par communiquer par gestes, ce qui n’était guère évident pour Paolo qui ne pouvait pas trop lâcher son guidon !


Marylin sourit et envoya des baisers au vieil homme et à l’enfant. La voiture fila devant. Marylin était attendue et ils étaient déjà en retard. Elle décida de garder en mémoire ces quelques minutes incongrues comparées au reste de sa vie.  C’est cette dernière image qui lui resta quand elle quitta ce monde. Personne ne sut qu’elle partit dans l’au-delà avec ce dernier souvenir de tendresse, de chaleur, de douceur et de paix. 


La baronne Trucmouche du Machin Chose qui allait se recueillir sur la tombe de son défunt mari, magnat du pétrole, ne daigna pas diriger son regard vers l’allée du cimetière où Marylin est enterrée : cette Marylin, dépravée, droguée, aguicheuse, qui était capable de détourner d’honnêtes hommes, dont le sien, d’un beau mariage et d’une vie de père de famille ne valait pas le détour.


La baronne, accompagnée de son petit chien et du gros de son défunt mari, accéléra le pas pour aller se recueillir sur la tombe familiale d’où un photographe prit le cliché de ces huit pattes.
 

7 décembre 2021

Consigne d'écriture 2122-12 du 7 décembre 2021 : Scrabble à Cléder !

Scrabble à Cléder !



Voici quinze tableaux photographiés à Cléder (Finistère) à l’été 2021.

L’animateur y joint dix mots issus de dix tirages différents de sept lettres d’un jeu de Scrabble.

Imbus - dateur - ortie - verbe - casoar - angine - gilets - pavé - crolle - minois

Laissez-vous inspirer par un ou plusieurs des tableaux et insérez deux mots au moins de la liste dans votre texte.

 

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12 janvier 2021

Carton d'invitation / Jean-Paul

AEV 2021-14 JK - Fragonard

Rendez-vous galant chez Sieur Fragonard !

Ici, verrou tiré, on prendra son panard :
Vertiges de l’amour et vol de marguerite,
Au salon de Vénus, aux boudoirs satellites,
Valets de cœur, lingerie fine et séduction !

Le bonheur dans le pré sans le serpent dans l’herbe !

Eros, elle a vécu ce qu’en a dit Malherbe,
Balancelle, dentelle et rires à foison,
Démesure, satin, passion et possession !

Prime à qui perdra sa vertu dans le gazon !

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9 mars 2021

Les Jeux de Cannelle / Laura

AEV 2021-21 Laura - le jeu de la dame

Cannelle ne jouait à Sainte Nitouche que lorsqu'elle allait au galop à la messe du dimanche.

Avec Alexandre comme avec les autres, elle était toujours sincère.

Avec David, elle a joué à la marelle mais c'est son frère avec lequel elle voulait jouer à la princesse.

Toute sa vie était un stage de sa formation de femme confiante.

Ne pas être battue aux échecs était vital pour elle.

Une seule fois, elle avait joué au loup et failli se faire dévorer.

Vampée par sa mère, elle jouait le match retour.

Egaré, l'homme amoureux d'elle jouait son va-tout en l'initiant aux paysages sans le savoir.

12 janvier 2021

Deux anagrammes / Marie-Thé

AEV 2021-14 Marie-Thé - Chirurgien

De battre mon cœur s’est arrêté quand j’ai croisé celui qui occupe toutes mes pensées.
Il est parti depuis si longtemps vers des terres lointaines.
Je vais enfin lui parler mais soudainement mon cœur s’est arrêté.
Le monde autour de moi est méconnaissable.
Dans un brouillard j’aperçois des femmes, des hommes masqués, casqués, portant de larges robes bleues.
J’entends le bruit d’instruments métalliques.
Que m’est-il arrivé ?
Ai-je été enlevée par des extra-terrestres qui font des expériences sur mon corps ?
Je veux parler, on dirait que les sons restent dans ma tête.
Tout à coup, une ombre plane au-dessus de moi.
On me serre la main, j’entends une voix : «Elle se réveille».
Mon cœur s’accélère, je revis. Il est là devant moi, ce terrestre et obsédant amour.

AEV 2021-14 marie-Thé - Chirurgien 2

***


200518 Nikon 085Le véritable gentleman,
je l’ai rencontré dans la roseraie du Thabor.

Ce matin-là, l’air embaume des senteurs euphorisantes.

Il marche tranquillement dans les allées, s’arrête, respire.

Je le croise, nos regards s’accrochent.

Tétanisée, les battements de mon cœur s’accélèrent.

D’une voix imperceptible il chuchote :

- Bonjour, fleur parmi les fleurs !

J’éclate de rire devant une telle audace.

Je passe mon chemin, il me suit, me rattrape,

Nous cheminons côte à côte et admirons le parc d’une beauté extraordinaire en ce jour du printemps.

Arrivés devant la buvette, je suis déjà conquise.

Il m’invite à boire un vin tellement agréable !

6 octobre 2020

Une tribu à nourrir / Anne J.

- Qu’est que vous voulez manger ce soir ? demande la mère de famille à sa tribu.

- Ce que tu veux, on n’a pas d’idée, répondent-ils tous en chœur.

- Je n’ai pas ça en magasin, par contre j’ai des aubergines, des artichauts, des épinards, des potirons, des abricots, des merguez…

AEV 2021-04 Anne tajine

- Et pourquoi pas un taboulé ?

- Ou un couscous ?

- Un tajine ? Avec plein de cumin et de curcuma ?

- T’es fou ! Avec du safran ou de la harissa !

- Moi je voudrais des merguez et de la moussaka !

- On pourrait sortir l’alambic et mettre de l’alcool dans la limonade ?

- Et comme dessert, du sorbet, des loukoums et un bon café !

- Puisque c’est comme ça, c’est moi qui décide ! Ce sera raviolis comme tous les dimanches soirs !

 

3 novembre 2020

Mon oncle, Monsieur Hulot / Dominique H.

AEV 2021-06 Dominique - Villa Arpel 1Mon oncle est atypique et peu fréquentable, enfin c'est ce que dit mon père de son beau-frère. Maintenant que j'ai dix ans et que je le connais depuis deux ans, je me rends compte de tout ce qui sépare ces deux personnes : un univers, rien que ça, et celui de mon oncle m'intéresse bien plus que celui de mes parents, voilà, c'est dit.

Longtemps mes parents, sous prétexte de me protéger de « sa folie », m'ont caché l'existence de Monsieur Hulot, mon oncle. C'est le frère officiel de ma mère bien que je soupçonne quelques différences dans leur ADN d'origine. J'ai appris depuis que feu ma grand-mère maternelle pouvait avoir la cuisse légère. Mais comme cet homme original et inattendu n'en fait qu'à sa tête, il décida un jour de sonner à la Villa Arpel, notre très belle maison d'habitation à Neuilly. J'avais alors huit ans et AEV 2021-06 Dominique - Villa Arpel 2je m'ennuyais, seul ce jour-là comme bien souvent, mon père passant ses journées dans le bureau de PDG de son usine de plastiques et ma mère étant partie place Vendôme ou avenue des Champs-Élysées troquer l'argent du plastique contre quelque quincaillerie de luxe. Elle m'avait quitté d'un semblant de rapide câlin ponctué de l'injonction habituelle de n' ouvrir à personne.

Je me souviens bien de ce coup de sonnette qui me tira presque définitivement de ma mélancolie. L'écran du visiophone me révéla un personnage étrange : un chapeau vert, une pipe, un nœud papillon, surtout une tête montée sur roulement à billes avec un périmètre de rotation de près de trois cents degrés. En appuyant sur « mode grand angle », je découvris son allure générale : grand, très grand, un imperméable mastic trop court, de même que son pantalon qui laissait voir des chaussettes rayées, des bras trop longs, des jambes trop longues. Le tout donnait à cet individu bizarre un air de grand échalas, un peu penché en avant, en appui sur le guidon de son solex et pour compléter cette vision surréaliste, un perroquet en cage trônait sur le porte-bagages.

AEV 2021-06 Dominique - x1080

AEV 2021-06 Dominique - 838_mon_oncle_13- Monsieur Hulot ! » s'annonça-t-il. Ce nom ne m'évoquait personne. Il semblait décidé à attendre qu'on lui ouvre. Il tournait la tête à droite, la retournait à gauche, tirait sur sa pipe, en expirait des bulles, parlait à son perroquet. C'en était trop, il m'intriguait et malgré l'interdiction de mes parents, je ne résistai pas à l'envie de lui ouvrir, d'autant plus que cette étrange personne me semblait justement être quelqu'un ! Il pénétra dans la propriété sous la surveillance des diverses caméras à micros directionnels disposées dans tous les coins. Il béquilla son solex avant de libérer son perroquet qui se posa aussitôt sur son épaule gauche. Le mécanisme de bienvenue du faux dauphin de notre bassin les salua en crachant son jet d'eau turquoise parfumé aux algues. Monsieur Hulot sursauta, s'arrêta, hocha la tête, leva les yeux au ciel en vissant son index sur sa tempe droite et déclara, en s'adressant à l'oiseau :

- Tu vois, Jacquot, il paraît que ce signe extérieur de richesse symboliserait le progrès ! Les propriétaires de la Villa Arpel, ma sœur et son mari, sont des adorateurs du dieu « Moderne ». Ce nouveau dieu, né outre-Atlantique, nous contamine à vitesse V, mais, comme tu le sais, Jacquot, je suis entré en résistance ».

- Okay Man ! » répondit le volatile.

AEV 2021-06 Dominique - 41t4y2sSFgL

C'est alors que je me risquai à ouvrir la porte d'entrée. S'attendant à voir sa sœur, Monsieur Hulot fut surpris de me découvrir.

- Tiens, Jacquot, je te présente mon neveu ! Je connaissais son existence, mais c'est la première fois que je le vois, c'est un événement pour moi. Mon neveu, je te présente Jacquot, mon agréable compagnon anglophone, et je suis ravi de découvrir enfin ta bobine.».

Je me souviens que j'étais sans voix, sous le choc de découvrir que j'avais un oncle et quel oncle ! Les codes sociaux que mes parents m'avaient inculqués ne me semblaient pas du tout adaptés à un échange avec cet extra-terrestre dégingandé, à des années lumières de mon microcosme. Monsieur Hulot vint alors à mon secours :

- Serais-tu muet, mon neveu? Ou serait-ce simplement que je te mets dans l'embarras ? Nous allons en rester là pour aujourd'hui, mais j'ai vraiment envie de te revoir, ne serait-ce que pour te faire sortir de ce bunker. Je te propose un code secret : je vais revenir bientôt, mais je ne tiens pas à tomber sur tes parents. Alors quand tu seras seul chez toi, désormais, tu mettras un tissu vert à la fenêtre de ta chambre à l'étage. Je passerai régulièrement et lorsque je le verrai de la rue je saurai que je peux sonner.»

La parole me revint un peu :

«C'est entendu, Monsieur Hulot. Je ferai ainsi. J'ai été ravi de faire votre connaissance et j'espère vous revoir bientôt !».

- Ah enfin j'entends le son de ta voix et je décèle dans ton intonation le formatage avancé d'une pseudo bonne éducation ! Il est grand temps que je m'en mêle ! Tu vas me revoir, je te le dis !». Et après avoir tiré la langue au dauphin cracheur automatique, le voilà reparti sur son solex, Jacquot dans sa cage sur le porte-bagages.

AEV 2021-06 Dominique - Tati nuitJ'étais sidéré mais j'ai eu la présence d'esprit d'effacer l'historique du visiophone, pressentant que mes parents s'opposeraient à la poursuite de cette aventure débutante et déjà grisante pour l'enfant BCBG que j'étais. Quand ma mère revint, je faisais tranquillement mes devoirs dans ma chambre.

Ma double vie commença et mes résultats scolaires s'en ressentirent, dans le mauvais sens évidemment. Mes parents furent convoqués et je laissai les adultes se dépatouiller avec cette situation déshonorante pour eux. Ils eurent l'idée d'embaucher un professeur particulier mais je m'enfermai dans ma chambre, refusant de le voir. La semaine suivante je montai d'un cran en affublant l'homme de noms d'oiseaux. J'entendis ma mère se confondre en excuses auprès de lui puis proférer la menace suprême à mon égard :

- J'en parle à ton père ce soir ! ».

Le conseil de famille se passa sans moi et le lendemain matin mon père m'attendait au petit déjeuner pour m'annoncer solennellement la sentence :

- Nous avons décidé, ta mère et moi, de te faire consulter un psychologue.».

Chose dite, chose faite et un rendez-vous fut pris dans la semaine auprès d'une psychologue réputée de Neuilly.

AEV 2021-06 Dominique - psychologue-phrase-drole-super-pouvoir-cadeau-t-shirt-femmeElle me reçut seul, déclarant à ma mère dépitée mais néanmoins souriante que « à dix ans on est grand » ! La porte refermée, elle m'assura sans attendre de la confidentialité de nos échanges. Cette entrée en matière favorisa bien entendu la magie du transfert. Rapidement je compris que je pouvais faire alliance avec elle et je m'ouvris sans détours de ma tristesse de fils unique élevé dans une prison dorée et de ma vie scolaire bien rangée dans une école d'enfants de riches. Je lui révélai bien sûr le secret de famille entourant mon oncle sulfureux. Elle m'écouta et grâce à la bouffée d'oxygène mental de ces séances hebdomadaires, mes résultats scolaires s'améliorèrent, ma mère reprit ses virées dépensières et ma fenêtre de chambre s'orna dès que possible du tissu vert.

Alors ma double vie commença en compagnie de Monsieur Hulot que j’appellerais bientôt «Mon oncle» autant par respect que par affection et aussi par logique puisqu'il persista à m'appeler «Mon neveu». Selon notre code, il arrêtait son solex dès qu'il repérait le signal vert, boycottait le visiophone mouchard, lui préférant sa trompette ; je me précipitais alors pour m’installer sur le porte-bagages et nous démarrions en trombe avec un « Roulez, jeunesse !» qui deviendrait rituel.

AEV 2021-06 Dominique - tati-mon-oncle-maisondetatiA notre première fugue, il me fit les honneurs de son appartement de banlieue ou plus exactement de sa maison sur les toits. Il louait une sorte d'atelier d'artiste au dernier niveau d'un immeuble de trois étages, à Clamart. A peine arrivés au bas de l'immeuble, le solex béquillé, je vois mon oncle lever les bras pour atteindre la rambarde d'escalier du premier étage. Il en décrocha deux mousquetons attachés chacun à une corde d'escalade, puis arrima le premier crochet au guidon du vélosolex et le second au porte-bagages. Les deux cordages libres sur deux mètres se réunissaient ensuite en un seul relié à une poulie, elle-même fixée solidement sur la balustrade de la terrasse du dernier étage. C'est avec émerveillement que je vis le solex s'élever dans les airs et s'arrêter au dernier étage. Mon oncle se contenta alors de lever les bras pour accrocher l'anneau terminal du cordage dans un troisième mousqueton fixé à un barreau de l'escalier au premier étage. Quel choc de culture pour moi qui n'avais connu depuis ma naissance que high- tech et automatismes !

AEV 2021-06 Dominique -chambre Hulot

Après avoir monté les marches quatre à quatre et avoir ouvert la porte de son royaume, mon oncle se courba cérémonieusement devant moi et m'invita à entrer dans sa pièce unique. Rien à voir avec une caverne d'Ali Baba : la lumière entrait par la verrière qui ouvrait sur une terrasse, la vue dégagée plongeait sur les toits et aussi sur une fête foraine, la pente lambrissée des toits donnait à la pièce une ambiance cosy, les meubles se réduisaient à l'essentiel ; le lit semblait trop petit pour le grand homme, une cafetière émaillée à pois décorait la table centrale, sur une étagère quelques livres, au sol un arrosoir près de deux plantes vertes, à côté une trompette, au mur un tableau représentant un joyeux facteur dégingandé tenant son vélo un jour de fête, sous le lit une valise et un crocodile à roulettes, près du lit un dé rouge à quatorze faces, gros comme un ballon. Deuxième choc de culture : pas de robot, pas de formica, pas de télévision mais une fantaisie spartiate qui m'était totalement inconnue et qui me ravissait. J'en avais plein les yeux ! Mon oncle coupa court à mon étonnement émerveillé :

- Bon, c'est tout pour aujourd'hui, je te ramène vite fait, en espérant que ta mère traîne encore dans les boutiques. ».

« Bis repetita placent », le solex entreprit sa descente puis, à peine installé à califourchon sur le porte-bagages, j'eus juste le temps de m'accrocher à la selle avant le démarrage en trombe et le « Roulez, jeunesse !» direction Villa Arpel.

Dépose brève :

- Salut, mon neveu, au prochain signal vert ! ».

Ouf, ma mère n'était pas encore rentrée ! Je montai aussitôt dans ma chambre pour ouvrir mon livre de physique avec l'idée de confronter la poétique de la poulie aux lois de la mécanique. Ne dit-on pas que les voyages forment la jeunesse ?

Ce jour-là j'avais visité un petit coin de banlieue et découvert le monde stupéfiant de mon oncle extraordinaire, un monde qui me faisait rêver. De surcroit, chaque semaine, j'avais le plaisir de faire le récit joyeux de mes escapades clandestines à ma psychologue complice. Ces séances neutralisaient ma culpabilité d'enfant sage. Mes parents payaient, mes professeurs me félicitaient et je sentais chez mon oncle une vraie jubilation. Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Ce qui devait arriver arriva : un jour ma mère rentra avant moi. Evidemment, avec mon oncle, nous nous étions préparés à cette éventualité : quand je partais, je laissais un mot d'excuse sur la commode de l'entrée : « Ne t’inquiète pas, Maman, je vais à la bibliothèque municipale chercher un livre pour un exposé que j'ai à faire sur l'époque paléolithique » et j'avais toujours dans mon petit sac à dos un livre que mon oncle m'avait offert sur « Homo Sapiens, notre ancêtre », un vaste sujet qui pourrait servir plusieurs fois si besoin. Nous avions répété la scène tous les deux et j'étais au point. Ce fut d'ailleurs très simple : ma mère, satisfaite de mes résultats scolaires, jeta un œil distrait à l'ouvrage, passa sa main manucurée dans mes cheveux avant de m'expédier dans ma chambre :

AEV 2021-06 Dominique - itw-deschamps-tati,M136026- Ah mon grand garçon studieux ! Allez, file travailler ! Tu nous feras la lecture quand tu auras fini, ton père sera fier !».

Evidemment, l'exposé sur la chasse aux mammouths laineux était déjà prêt mais j'étais certain que mes parents oublieraient vite cette histoire d'exposé, rassurés qu'ils étaient par ma brillante scolarité retrouvée.

Ma belle vie de neveu heureux continua, mon oncle m'apprit à prendre le bus 189 qui m'amenait de Neuilly à Clamart pour rejoindre ses combles enchantés et enchanteurs. Grâce à lui j'étais devenu expert en excuses vraisemblables. Nous ridiculisions en secret mes parents et je racontais ensuite tout ça à mon autre amie, ma psychologue préférée que mes parents continuaient à bien payer pour leur plus grand soulagement. Tout lunaire qu'il fût, mon oncle était un bricoleur de première et il se délectait à me révéler les secrets de ses systèmes divers et variés. Il était passionné par les gorges des poulies et la démultiplication des forces : va-et-vient de fil à linge, treuil pour monter les courses. Il m'avait même fabriqué une tyrolienne pour rejoindre le trottoir d'en face ! Son monde me grisait !

AEV 2021-06 Dominique - DoisneauJe l'aimais, il m'étonnait, il faisait sérieusement des choses pas sérieuses, il éclairait ma vie. Je l'adorais tellement que je me mis à avoir peur de le perdre. Le succès de ses poulies magiques lui tournait parfois la tête, son cerveau était souvent en ébullition et je sentis comme une escalade dangereuse. Il se persuada de pouvoir régler tous les problèmes de sa vie grâce aux poulies et je le trouvais trop bizarre quand, me prenant à témoin, il répétait sans cesse :

- Tu vois, j'ai le génie des systèmes ! ».

Ainsi, un jour de trafic intense, une situation qui le stressait beaucoup et qu'il ressentait comme une entrave à sa liberté, il me proposa un raccourci dont le risque fatal m'apparut aussitôt : il projetait de nous élancer du troisième étage avec son «solambule», à toute vitesse sur son fil à linge, pour rejoindre l'autre côté de la rue ! Je refusai tout net, je n'avais pas du tout envie de mourir maintenant que ma vie était devenue intéressante ! Que pouvais-je faire pour le détourner de ce projet délirant ? J'étais désemparé, désespéré, il fallait absolument le dérouter et vite ! Il s'agissait d'une urgence vitale ! Je m'entendis débiter :

- Mon oncle ! C'est grave, j'ai oublié mon rendez-vous chez ma psychologue, c'est dans quarante-cinq minutes, il faut absolument que vous m'accompagniez, dix kilomètres à solex en prenant les trottoirs c'est jouable ! »

AEV 2021-06 Dominique - tati-mon-oncle-solexEt je dévalai les escaliers sans attendre la réponse. Le solex suspendu dans les airs descendit aussi vite que moi. J'avais tenté le pari qu'une virée transgressive sur les trottoirs amuserait le grand homme. Pari gagné, le solex toucha le macadam avant moi, je sautai sur le porte-bagages et bientôt le moteur vrombit accompagné du familier « Roulez, jeunesse !».

Toute ma vie je me souviendrai de ce trajet trépidant Clamart-Neuilly. Secoué sur le porte-bagages, agrippé à mon oncle, je me voyais déjà faire les présentations et confier mon grand souci à ma bonne fée, j'étais certain qu'elle saurait que faire, qu'elle trouverait un système à elle.

Voilà, nous sommes arrivés, le solex se gare devant la plaque en cuivre de ma psychologue, je donne la main à mon oncle, je sonne... C'est maintenant une histoire de grands et moi je n'ai que dix ans. 

 

15 décembre 2020

Soudain dans sa vie il fit moche. 3 / Jean-Paul

AEV 2021-12 Jean-Paul - 3 Oncle Walrus

Soudain dans sa vie il fit moche. 

C’était à l’orée des temps et à l’orée de la forêt. Il s’appelait Jésus et était un bel enfant blond et joufflu avec une jolie crolle sur le sommet du crâne et des boucles dorées. Il avait sept ou huit ans. Un jour, pour une raison qu’il ignorait, on l’avait kidnappé et amené dans cette maison où vivaient Papa Ours, maman Ourse et Riquiqui le petit ourson.

Le logis des ravisseurs n’avait rien de ravissant.

- Justement, mon petit Jésus, avait dit papa Ours, nous avions besoin d’un homme de ménage. Mets ce tablier, commence par ranger les chambres et faire les lits, nettoyer la salle de bains et puis tu nous prépareras un bon repas pour ce midi.

Il s’exécuta en pleurnichant. Que pouvait-il faire d’autre ? Maman Ourse et Riquiqui restaient à la maison toute la journée, impossible donc de s’enfuir. Il se fit peu à peu à cette existence de larbin mais il protestait tous les jours.

- J’espère que vous me ferez un beau cadeau d’anniversaire à Noël ! Je suis né le 25 décembre. Peut-être accepterez-vous de me rendre à mes parents, m’offrirez-vous la liberté ou au moins allégerez mes tâches ménagères ? Un monde plus juste est toujours possible, non ?

AEV 2021-12 JK 3 BIl avait lu quelque part que les ours mal léchés s’apprivoisent à Noël. Tous les jours il leur serinait sa rengaine. Mais il ne faut jamais croire ce que disent les journaux.

Le 25 décembre venu, Papa Ours excédé par ses récriminations incessantes le prit sous son bras et alla faire cadeau du petit Jésus aux sept nains qui habitaient un peu plus loin dans la forêt.

Tout ce qu’il avait gagné avec ses revendications, son prêchi-prêcha et ses paraboles c’est qu’au lieu de faire la vaisselle de trois personnes il en avait maintenant sept à charge soit 133,33 % de boulot en plus.

Tous les jours il avait entonné le même refrain chez les sept nains.

- J’espère que vous me ferez un beau cadeau d’anniversaire à Noël ! Je suis né le 25 décembre. Peut-être accepterez-vous de me rendre à mes parents, m’offrirez-vous la liberté ou au moins allégerez mes tâches ménagères ? Un monde plus juste est toujours possible, non ?

Au bout d’un mois de ce régime ils craquèrent et le remplacèrent par une jolie jeune fille un peu niaise.

Joyeux et Simplet l’emmenèrent chez Baba Yaga la sorcière qui habitait un peu plus loin dans la forêt. Ils le prévinrent :

- Si tu passes ta vie à contester l’ordre du monde et à réclamer toujours une vie meilleure tu vas mal finir, Jésus !

La prophétie de Joyeux se réalisa. Jésus finit très mal. Enfin, je croix, d'après ce qu'on m'a raconté.

8 décembre 2020

Le Choix / Josiane

Ronald Searle 5B Comme il est adorable

 

 

Diantre, se dit le chat
Contemplant le poisson,
Auraient-ils décidé
De me faire engraisser
Pour à la Noël me manger ?

Ronald Searle 8B Pour vous







Que faire ?

Leur offrir des fleurs 
Pour les amadouer 
Et ne pas terminer
En cocotte, en civet ?

Ronald Searle 2B Il est terriblement sensible







Ou alors me cacher,
Prendre de la hauteur ?
Je suis beaucoup trop lourd.
Ne vais-je pas tomber ?

Ronald Searle 9 B Happy ending







Une autre solution,
Je choisis l’évasion.
1 décembre 2020

Portraits. 1, Mes aïeux / Eliane

AEV 2021-10 Eliane mariageDans la vieille maison, maintenant délestée de ses habitants,
Sur la commode patinée par de nombreuses couches de cire, 
Mes aïeux le jour de leur noce.
J'imagine ce cliché pris au son de la marche nuptiale.

Que vous êtes beaux,
Grand-mère Eléanore et grand père Louis !

Sur une autre photo on voit Clémence en vacances
Avec son cousin Baptiste.
Ils ont passé dans cette vieille maison de merveilleux étés.
Ils jouaient à « Balan-balançoire »
Ou encore à « Chat, c'est toi l'chat »
Clémence avait apprivoisé un escargot
L'escargot Léo. C'était leur compagnon de jeux
Qui mangeait quand même les salades de grand-père.

AEV 2021-10 Eliane amoureux 3

 

Le soir ce dernier leur lisait des histoires,
Tandis que Grand-mère chantait
Des berceuses aux petits vampires,
- Quand ils étaient tout petits,
Elle disait qu'ils lui mangeaient tout son temps -
Puis des berceuses pour un ouragan.

 

Il y avait souvent des réparations à faire
Après leur séjour à la fin de l'été.

Je ne vous ai pas connus assez longtemps,
Mes chers grands-parents.
J'aurais pourtant eu tant de choses à vous dire
Et tant de choses à vous demander.

AEV 2021-10 Eliane grands-parents

10 novembre 2020

La Chouette aux yeux dorés. - Le Livre du confinement / Anne J.

AEV 2021-07 Livre Anne J

4EME DE COUVERTURE

AEV 2021-07 Anne - Chouette

Ce livre de « La chouette aux yeux dorés », alias Anne Jezequel, présente des photographies prises au fil des jours et des semaines et sous différents éclairages d’un même endroit, ce que l’auteure voit de sa fenêtre pendant cette période de confinement.

Quelques textes accompagnent cette vision du temps qui passe, cette contemplation des saisons et des couleurs, moment paisible pour le repos des yeux. 


PAGE 1 

AEV 2021-07 Anne - bois 2

Au printemps dernier
j'ai vu le bois mort
devenir vert tendre.

Quand revient l'automne
assise devant ma fenêtre
je vois les feuilles rousses
disparaître
et le bois gris
revenir en force

Au printemps dernier
germait l'espoir
d'un été libéré.

Quand revient l'automne
derrière la fenêtre
pointe un hiver
sans horizon.


AEV 2021-07 Anne - bois 1Au printemps dernier
on espérait le retour
des balades à la plage
et des longues baignades.

Quand revient l'automne
on se blottira
près de la cheminée
avec un bon livre
pour rêver
qu’un jour reviendra
le printemps.

9 juin 2020

Augustin Traquenard : le récit de Mathilde Fleurville

 La dernière fois que j’ai vu Augustin Traquenard c’était ce soir étrange où il a fait si chaud. Je rentrais du travail après avoir récupéré Georges, notre bébé, à la crèche. Nous habitions alors un appartement à l’étage au n° 4 de la rue des Petits-Champs à Paris. Augustin s’apprêtait à promener notre chien, un fox-terrier bizarrement tout blanc que nous avions appelé Emile. On s’est croisés sur le palier.

- Je vais acheter des allumettes. Prépare les pinces en or, je ramènerai aussi du crabe.

Il n’est jamais revenu.

***

murmure_temps 0008 réduite

Il avait arrosé encore tout de travers la pauvre plante en pot qui ornait notre home. Il en mettait partout avec sa cruche antique, de l’eau, sauf là où il fallait. Chaque fois je l’engueulais. Il protestait :

- Hé ! Ho ! Tu ne vas pas en faire toute une affaire de ce que l’eau dégouline sur ton tournesol ?

- D’abord ce n’est pas un tournesol, c’est un azalée et c’est le pied de la plante qu’il faut arroser, pas la fleur !

- Tournesol, lotus, bleuet, orchidée , c’est pareil, espèce de maudite Mathilde ! Fleur vile ! L’azalée, c’est une valse !

Je ne lui répondais pas que la valse, justement, quand nous la dansions, il m’écrasait les pieds. Avec Augustin, il valait mieux ne pas envenimer les situations.

Le soir est tombé puis la nuit. L’angoisse montait. La clarté des étoiles semblait mystérieuse. Par la fenêtre ouverte je scrutais les mouvements de la rue, guettant son retour.

Devant le café où nous avions nos habitudes, le Pharaon, un voyou guettait un client de passage qui fumait le cigare en terrasse. La lune était pleine. Il y avait sans doute du drame dans l’air mais je n’étais pas objective. On a marché sur la moquette du palier mais ce n’était pas lui.

Les lumières de la ville se sont éteintes. J’ai fini par aller me coucher.

***

Il n’a pas donné signe de vie pendant trois jours. Le quatrième une carte postale est arrivée. La Grand’place de Bruxelles au recto. Au verso, ces quelques mots : « Ne t’inquiète pas. Je t’expliquerai. »

Pourquoi donc était-il parti ?Je subvenais à tous ses besoins, même les plus illégaux. Mes parents nous aidaient bien. J’avais toujours de la coke en stock. Je ne lui coûtais rien en bijoux, je n’aime rien tant qu’être habillée simple. Bien sûr les vagissements du bébé la nuit lui cassaient un peu les oreilles mais c’étaient les dents, ça passerait.

Oui, c’est vrai, il buvait, il était violent, m’injuriait et me battait même parfois. A part cela c’était le plus délicat et le plus délicieux des hommes en public. Une espèce de milord noir. D’âme, je parle, pas de peau. Il n’avait rien à voir avec Sydney Poitier.

***

Bruxelles. Pourquoi la Belgique plutôt que l’Amérique ou le Congo ? Est-ce qu’il y avait une autre femme derrière cet envol ?

J’ai fini par aller trouver le détective du rez-de-chaussée. Son agence s’appelait Fiat Panda.

- C’est à moitié en hommage à Léo Malet et à son agence Fiat Lux et à moitié parce que je suis rangé des voitures. Je suis un ancien des R.G.

- Les Renseignements Généraux ?

- Non, les Recherches Graveleuses. Florent Fouillemerde pour vous servir. Vous par exemple, votre compagnon est parti et vous vous demandez avec qui.

Il y avait des boules de cristal qui lui servaient de presse-papier sur son bureau. J’en ai compté sept. J’étais chez Madame Irma la voyante ou quoi ? Il devinait toutes mes pensées.

- Je les collectionne. J’en ai 714. Vous avez une photo du disparu ? Et une photo du chien ? C’est surtout lui que vous voulez retrouver, non ?

***

Cher mais efficace, le détective. Comme quoi il ne faut pas se fier aux apparences ni au patronyme des gens. Il m’a rappelée quinze jours après.

- Le 21 au soir, après être sorti de chez vous, Monsieur Traquenard a pris l’autocar pour Bicêtre.

- L’hôpital ?

- Non, Le Kremlin-Bicêtre. Là-bas il a retrouvé un ami à lui fraîchement débarqué des Ardennes. Un nommé Archibald Rimbock, pas forcément recommandable d’après mes renseignements. C’est un type barbu qui porte un monocle, une casquette de marinier de la Meuse et n’a que l’invective à la bouche. Le lendemain matin on retrouve leurs traces à la gare du Nord où ils se sont accrochés avec un photographe de rue nommé Karjaboudjan. Rimbock l’a blessé à la main, d’un coup de couteau. Ils ont filé ensuite, le laissant tout saignant, et ils ont sauté dans le train pour Bruxelles. Là-bas ils ont vécu un temps au 26 rue du Labrador. Puis ils sont partis pour Londres.

- Filer le parfait amour ?

- Rien n’est moins sûr, madame Fleurville. C’est une affaire assez bizarre et… c’est pire encore que tout ce que vous pouvez imaginer. Ils vivent très honorablement, là-bas. Ils fréquentent les bibliothèques et ils donnent des cours de français. Et… êtes-vous prête à entendre l’insupportable ?

- Allez-y docteur ! Euh… Madame Irma. Pardon, ça m’a échappé, M. Fouillemerde.

- Je comprends que vous soyez troublée et vous allez l’être encore plus. Ces deux messieurs… Comment vous le dire ? Ils écrivent de la poésie.

***

murmure_temps 0008 détail

Augustin Traquenard ! J’ai vite fait une croix sur ce dégénéré. Je me suis mariée l’année suivante avec un industriel belge nommé Rémi Tatin.

Le plus désolant dans l’histoire a été de perdre le petit chien blanc si intelligent, Emile, dont Fouillemerde n’a pas pu me dire ce qu’il ‘était devenu. Il ne me reste de cette époque que cette photo un peu floue de lui : c’est celle que j’avais confiée au détective et qu’il m’a rendue. Je me souviens qu’on l’avait même fait agrandir et encadrer, quand nous habitions rue des Petits-champs, Augustin, Georges et moi.

C’est du passé. Rémi et moi sommes heureux. Nous habitons avenue Louise à Bruxelles, c’est dire ! Nous venons de donner une petite demi-sœur à Georges. Elle est adorable. Nous l’avons prénommée Emmylou.

Emmylou Tatin, ça sonne bien, non ?

10 novembre 2020

Marcel Proust. - Pas de temps à perdre ! : oeuvres complètes / Jean-Paul

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4e de couverture

Né le 20 octobre 1854 à Charleville-Mézières (Ardennes) le poète Marcel Proust fugue et monte à Paris en 1870 en vue d’y faire publier « Pas de temps à perdre ! » un recueil de dix-sept haïkus et deux tankas remarquables.

Las, il ne trouve aucun éditeur mais il fait dans la capitale la rencontre de Céleste Albaret, une étudiante en arts ménagers, dont il s’éprend et qu’il épouse quatre ans plus tard à Commercy (Meuse) où le couple s’établit pour fabriquer et vendre des madeleines. Là-bas Proust n’écrira plus une seule ligne.

A la mort de Marcel en 1891 Céleste retrouve ce qu’il appelait « ses rinçures ». Publiés à titre posthume chez Gallimard, les dix-sept haïkus révolutionneront la poésie française du XXe siècle au point que plus personne ensuite n’osera utiliser l’alexandrin ni composer des sonnets. Il fallait être résolument moderne et visionnaire sinon voyant pour oser, par ce geste purificateur et résumant, inventer en une seule fois le concept de Twitter, de la quatrième de couverture en vingt-trois lignes et de «l’oublié aussitôt que lu» qui enchante désormais notre civilisation contemporaine.

L’édition de l’œuvre complète du poète que nous présentons ici est accompagnée d’un appareil critique établi par les professeurs Jean-Claude Walrus de l’Université de Combray-les-Bêtises 2 et Jack E. Russell de l’Université de Bouldog (Colorado). Les illustrations sont de Mme Olga Photofunia, de M. Joe Krapov et d’autres webphotographes.

L'ouvrage complet

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13 octobre 2020

Discours du chef d’orchestre aux musiciens avant le concert / Marie-Thé

AEV 2021-05 Chef d'orchestre Marie-Thé

Vous êtes en train de me dire que vous avez le trac. Détendez-vous, amis chanteurs et musiciens. Avant d’entrer en scène, nous ferons juste quelques mouvements de relaxation. Voilà.

Vous êtes en train de me dire que nous aurons du mal à accorder nos violons. C’est pas faux. Moi je suis certain que nous allons nous entendre comme larrons en foire et que notre concert ne sera pas une monstrueuse cacophonie, ni du grand n’importe quoi. Choristes, n'allez pas plus vite que la musique. A chacun de trouver son point d’orgue et de donner de la voix à mon signal.

Pianiste, attention, pas de couac comme au fameux concert de la semaine dernière qui était, je dois le reconnaître, d’une totale improvisation ! Violonistes, accordez vos instruments avec une précision de métronome. Pas de fausses notes. Lorsque la musique va battre son plein, jouez en fanfare avec les choristes. C’est clair ?

Comme vous le savez, Nous serons sous haute surveillance. En effet, on vient de l’apprendre, le Maire et ses adjoints, ces jeunes loups de la politique, assisteront au concert. De plus, une foule d’anonymes n’espèrent que du bonheur de notre prestation. Nous sommes très attendus. C’est pas faux. Alors faut-il avoir peur de monter au créneau ?

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Et maintenant, je vais jouer sur votre corde sensible. Etre votre chef d’orchestre j’adore. Vraiment, j’adore. Voilà. Lorsque je vais siffler la fin de la récréation, j’ai le sentiment que nous aurons réalisé une prestation surréaliste. Juste un dernier mot, nous ne sommes pas les derniers des grands. En effet soyons prétentieux. C’est plutôt un gage de réussite. C’est clair. Du coup allons-y, montons au créneau !

6 octobre 2020

Travadja la moukère / Raymonde

« Travadja la moukère 
Travadja Bono
Mets ton pied dans la soupière… » (version soft).

Quel est ce charabia ? Qui est Travadja ?
Une princesse en djellaba bien dissimulée derrière son moucharabieh qui lui apporte la fraîcheur et la possibilité de voir sans être vue.
Et qu'a-t-elle vu à l'heure où le muezzin appelle à la prière ?
Elle a vu le vizir en burnous et son clebs sortir de sa casbah comme un voleur.
Mais où va-t-il ?

Incroyable !
Le voilà en compagnie de deux moukères en burqa !
Mais qui sont-ce ?
Un traître coup de sirocco découvre le visage des deux donzelles.
Stupéfaction ! Sidération !
Nadine Marono qui adore le couscous et les bricks à l'oeuf et Marine Le Paon ! C'est donc vrai qu'elle a des amis arabes ????

AEV 2021-04 Raymonde - méhari

Le vizir, sans chichis, sans manières, se met au volant de sa méhari, invite les deux donzelles à s'installer et les voilà partis.

Mince ! Travadja les perd de vue !
Vite, vite, Travadja elle aussi emprunte son méhari (mais celui-ci à quatre pattes) et tente de suivre la méhari (vous suivez ?).

Le vizir se gare devant un gourbi où les trois individus s'engouffrent bien vite.
Travadja doit se la jouer fin !
Elle en appelle au marabout :

- Marabout, Marabout ! Rends-moi invisible !

- Travadja, compte jusqu'à 3 et, bien que tu sois grasse comme un loukoum, transparente tu deviendras !

AEV 2021-04 Raymonde - RatatouilleMais le sort ne marche qu'à moitié et la voilà transformée en souris !
Elle trottine jusqu' au gourbi, y entre le plus discrètement possible
Mais Nadine pousse des cris d'orfraie.
Le vizir se méprend, croit qu'elle a mis trop d' harissa dans son couscous mais Marine s'écrie :

- Un raton ! Un raton ! Il faut l'éliminer, l'exterminer, le pulvériser !

- Reprends-toi, Marine, ce n'est qu'une souris !

Et d'un coup de babouche, il envoie notre pauvre Travadja ad pattes REM, au paradis des souris !

Moralité : La curiosité est un vilain défaut !

***

On ne connaîtra pas la fin de l'histoire mais il paraît qu'à l'heure actuelle Marine et Nadine égrènent la semoule du couscous en compagnie des femmes du village en chantant « Travadja la moukère » (version hard) en remuant du popotin !
 

29 septembre 2020

Positif et Négatif / Jean-Paul

AEV 2021-03 La Croix 2020-07-03 Sur la berge 768x506

Sur la berge, Positif et Négatif sont contents de trinquer.

Ce n’est même pas un problème pour eux que le verre de Positif soit plein à ras-bord et que celui de Négatif soit vide à cul-du-verre, tout comme est vide la bouteille posée devant lui.

Leur discussion silencieuse me rappelle ma lecture de samedi dernier, « Les photos d’Anny » par Anny Duperey. J’ai été stupéfait de lire, écrite par cette belle actrice, la description des opérations de chimie à laquelle elle et moi nous sommes livré·e·s, à la même époque mais dans des lieux différents, hélas, en vue d’obtenir une image positive à partir d’un film négatif. J’aurais pu l’écrire, son chapitre sur le labo photo noir et blanc, avec exactement les mêmes mots.

Après vérification chez Madame Wikipe, j’ai eu l’explication de ce phénomène étrange : cette dame est née le même jour que moi !

- Mais elle prend la lumière mieux que toi, me dit Négatif !

- Maintenant ça se voit moins. Elle a quand même sept ans de plus que moi !

- Tatata ! Ne fais pas le fanfaron et ne sois pas goujat ! La rouille ne dort jamais ! ricane Positif qui connaît son Neil Young sur le bout des doigts.

- Purée ! Qu’est-ce qu’il a, Positif ? Il déprime, lui aussi ?

5 mai 2020

La Foule / Eliane

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Dans cette foule je cherchais désespérément les miens.

Dans cette foule dense, bigarrée, bien sûr je les avais perdus.

C'était la fête à Triffouilly-les-Oies. La municipalité avait vu les choses en grand. A côté des traditionnelles attractions d'une fête de Carnaval, il y avait eu un gigantesque lâcher de ballons.

Cela rendait encore plus problématique la recherche d'un individu distinct.

Devant mon désarroi, un officier du service de sécurité, proposa aimablement de me faire monter dans l'un de leurs hélicoptères.

J'acceptai avec enthousiasme. Et vu d'en haut le spectacle était fabuleux. Tous ces ballons de toutes les couleurs qui semblaient danser dans un ballet compliqué !

L'ennui c'est qu'on ne voyait pas les gens sous les ballons. Je n'ai pu reconnaître ni les membres de ma famille, ni aucun de mes amis.

Le capitaine, désolé, me fit descendre et me souhaita bonne chance.

N'ayant plus le cœur à faire la fête, je retournai tristement à la maison par mes propres moyens.

29 septembre 2020

En marche ! / Raymonde

AEV 2021-03 La Croix 2020-09-25 En marche

- En marche !

- Eh ! Manu, tu vas à la manif pour la terre qui se réchauffe ?

- Ben non ! Trump il a dit que ça allait bien finir par refroidir !

- Ben, tu vas où ?

- Je vais me baigner !

- Mais la mer, c'est de l' autre côté !

- Trop polluée, je vais à la piscine de l'Élysée.

- Il y a une piscine à l'Élysée ?

- Bien sûr ! Et ça patauge ! Ça patauge !

5 mai 2020

C'est décidé ! / Madame C.

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C’est décidé ! 

Depuis qu’à Copenhague, l’Office du tourisme a eu la géniale idée de faire de «La petite sirène» un spectacle vivant, qui s’y colle ?  C’est moi !

Mais c’est décidé : j’arrête !  Je rends le trident et la queue de poisson ! Je n’ai pas vraiment le look petite sirène, c’est sûr, mais j’ai l’endurance, la résistance à l’eau froide et les belles blondes qui veulent se mettre le derrière dans l’eau  glacée, même à Copenhague, ça ne court pas les rues ! Je balance la perruque et les  faux seins à la mer !

D’ailleurs, j’ai trouvé un rôle plus viril dans une eau plus chaude : je serai Poséidon à Myconos, cet été !

19 mai 2020

Une fleur m‘a souri / Madame C.

Ce matin, passant comme chaque matin devant “La belle églantine“, le fleuriste de mon quartier, je m‘attarde à la devanture. Ce n‘est pas mon habitude, je suis un homme pressé et actif, les romances florales ne sont pas pour moi. Ma secrétaire gère très bien ce chapitre quand le hasard de la vie m‘impose d‘offrir des fleurs. Je jette un oeil rapide sur diverses compositions aux couleurs pastel et je m‘éloigne rapidement.

Quelques pas plus loin, une pensée me taraude : elle m‘a souri ! Pas la fleuriste ! Non ! Une fleur m‘a souri ! Le plus étonnant est que celle qui m‘a souri l‘a fait si timidement, si discrètement, que je pense être le seul à l‘avoir senti. Je reviens en arrière pour la contempler .

AEV 1920-31 Madame CCe n‘était certes pas une aguicheuse, de celles qui, tous pétales ouverts, s‘offrent aux regards, de celles qui exhibent leurs couleurs tapageuses, de celles qui vous entêtent de leurs parfums tenaces, de ces fausses vierges drapées dans leur blancheur. C‘était celle que l‘on ne remarque pas, oubliée au milieu d‘une composition, raide, crispée, noire. La tulipe noire m‘avait souri !

Je restai un long moment à la regarder, si seule au milieu des autres. Mon coeur se mit à battre curieusement, mes jambes tremblaient. J‘entrai dans la boutique et achetai le bouquet, refusant l‘emballage que proposait la vendeuse.

En courant, j‘arrivai à mon bureau et le posai devant moi. Je pris délicatement la tulipe et lui murmurai des mots que je n‘avais jamais dits, des mots d‘amour, je crois. Je me précipitai comme un fou dans le bureau de Josette, ma secrétaire. Toujours si sobre et si sévèrement vêtue, elle me regarda et elle me sourit.

- Josette, vous êtes ma tulipe noire, je vous aime, dis je en lui tendant le bouquet.

5 mai 2020

La Dernière pièce / Eliane

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Elle a hésité au moment de caser la dernière pièce du puzzle qu'elle achevait.

Elle était fière d'elle. Elle avait réussi à reconstituer l'Europe telle qu'elle se présentait aujourd'hui. Mais au moment de caser cette dernière pièce verte entourées de bleu, elle avait été saisie d'un doute .Etait-il judicieux, aujourd'hui, d'ajouter l'Angleterre a une représentation de l'Europe ? Après tout, cette nation avait jugé bon de se désolidariser avec le brexit.

Elle était là, la main en l'air, à se demander ce qu'elle allait faire.

5 mai 2020

Ballets / Maryvonne

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- Tu, tu es sûre que l'on ne va pas voir nos petites culottes dans le reflet ?

- Tu, tu es sûre que dans l'histoire des ballets roses (1959) la chorégraphe s'appelait « La Comtesse Pinajeff » ? C'est qui ce Jeff ?

- Tu, tu es sûre qu’André Le Troquer, inculpé dans l'affaire des ballets roses, n'avait plus de bras droit ? Amputé de guerre mais aussi amputé de la morale, le mauvais homme ?

- Tu, tu es sûre que dans l'affaire des ballets bleus (1982, prostitution de jeunes garçons) il y avait des ecclésiastiques ? Oh ! Des cadres ? Oh ! Des enseignants ? Oh ! Et... ? Et... ? Un inspecteur de police ? NOOON !

- Je l'ai lu turlututu sur le net.

- Tu, tu es sûre que la petite danseuse d'Edgar Degas que tu vois au musée avec son tutu rose s'appelait Marie-Geneviève Goethem ? Qu'elle était d'origine belge ?

- Oui je suis certaine, même que c'était une pauvrette. L'opéra c'était juste pour survivre à sa misère. Je sais bien d'autres choses encore parce que j'ai lu « La petite danseuse de 14 ans » de Camille Laurens. Alors, sautez, dansez mais moi je me méfie de la vie en tutu rose, ça me fait froid dans le dos.

28 avril 2020

Haïku et tankas / Marie-Thé

AEV 1920-28 Marie-Thé vagueChoses qui donnent un vertige d’émerveillement

Dans la mer limpide
Frissonnant dans l’eau glacée
Elle sent son corps léger
Balancé au gré des vagues
Euphorique et apaisé.

Le tout-petit trotte
Bras en l’air, pas hésitants,
Cris, rires aux éclats,
Se précipite dans des bras
Qui le soulèvent avec joie.




Promenade du soir

Soleil bas de crépuscule
Féérie de couleurs
Aubépines immaculées
Ajoncs d’un jaune éclatant.

Pissenlits, pièces d’or
Eparpillées sur l’herbe verte,
Splendeur du printemps.

Choses agaçantes

Elle vient de s’endormir

« Bzz Bzz ! » fait le moustique
Qui la pique à la joue.
Enervée, réveillée,
D’une main rapide
Elle l’a écrabouillé.

Ce matin il pleut.
Le ciel verse des grosses larmes
Comme s’il déplorait
La fin du confinement
Auquel nous aspirons tant.

Marie court dans le vent
Qui soulève ses cheveux longs
S’infiltre sous ses jupons
Souffle dans les arbres qui plient et se relèvent
Dans un bruit assourdissant.
Elle éclate de rire, elle est heureuse, amoureuse.

 
AEV 1920-28 Marie-Thé trainChoses qui égayent le cœur

Marie s’impatiente
Sa montre s’est-elle arrêtée ?
« Tchou ! Tchou ! » Voilà le train
Le cœur de Marie bat très fort
Ses mains tremblent, elle rougit
Soudain il est là, devant elle.

Sur elle ce matin
Il a posé son regard
Il s’arrête, sourit.
Troublée, émue, elle s’enfuit,
Puis revient vers lui gaiement.





Choses peu rassurantes


Pieds collés au sol
Nulle part elle ne peut aller
Il va la saisir
Apeurée Marie crie
« Au secours », se réveille.
Ouf ! Ce n’était qu’un cauchemar.

Le rôti est cramé
Les invités sont arrivés
Marie est affolée

AEV 1920-28 Marie-Thé balade-en-corseChoses qui provoquent l’enthousiasme

Elle voulait partir à la mer
Et lui à la montagne
Ensemble ils sont allés en Corse
Mer et montagne ils ont trouvé.

Choses qui apaisent
Il a posé sa main sur son épaule
Son cœur s’est apaisé
Ses larmes ont séché
Elle a cessé de trembler

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