Lorsque j'exerçais à Technopole Université, j'étais souvent ébahie par la transformation des étudiants.
En tant que chercheuse en astronomie, j'observais non seulement les étoiles mais aussi les comportements humains.
Chaque jour de trajet professionnel, je partageais le tramway de la ligne Université avec ces jeunes esprits en quêtes de savoir. L'itinéraire passait devant la clinique Marie Curie puis devant le centre hospitalier.
Après des journées entièrement passées dans les grandes salles d'amphithéâtre à écouter des cours parfois rébarbatifs sur les théories complexes d' Albert Einstein ou les réflexions profondes de Blaise Pascal, ils ne cédaient nullement leur place assise.
Encombrants les allées du tramway avec leurs valises remplies de livres, ils discutaient à vive allure de leurs week-ends festifs bien arrosés ou des programmes musclés des bizutages à venir.
Pendant ce temps, des patients épuisés par des consultations médicales démoralisantes et des membres du personnel médical exténué restaient debout durant tout le trajet qui durait une bonne demi-heure.
Au milieu de cet environnement, j'ai pu capter quelques bribes de leurs conversations rédigées en mots écourtés comme si la vitesse de la communication importait plus que la clarté.
Mais où étaient donc ces universitaires prometteurs ? Se plongeaient-ils encore dans les mystères de l'univers comme le ferait le Professeur Tournesol ou réfléchissaient-ils aux caprices de la canicule ?
Ces jeunes, malgré les apparences, portaient en eux le potentiel de grandes découvertes. Ils pourraient un jour éclairer le monde de leurs connaissances.
Chaque jour, en les observant, je me demandais ce que l'avenir leur réservait.
La première fois que T.T. vit Bianca, il la trouva franchement déplacée. Elle lui déplut, enfin. Il n’aima pas comment elle était habillée. Avait-on idée de mettre une jupe blanche et des sandalettes pour crapahuter sur des rochers ? Même par cette canicule, ce n’était pas justifié.
A trente ans, il avait des idées sur ce qui était justifié. Une ‘chercheuse’, passe encore, il ne déniait pas l’intelligence des femmes, mais sa tenue lui fit mal augurer de celle-ci, qui portait un nom de rossignol milanais sans avoir l’air de se considérer dans l’obligation d’avoir du goût. Son chapeau était rébarbatif et ce n’est pas dans ce genre de sac à main qu’elle pouvait ranger des éprouvettes.
Elle lui donnait une impression vague, générale, d’ennui et d’irritation. Il se demanda même pourquoi. C’était disproportionné et, il en convenait, indigne du professeur en sciences naturelles qu’il était, aussi fort en théorie qu’en recherche pratique, et futur grand spécialiste en astronomie.
La seule chose qu’il aima d’elle tout de suite, ce fut la voix. Une voix de soprano à la fois chaude et claire, qui lui faisait monter le sang à la tête et battre le cœur de manière plus désordonnée que s’il avait pris de la digitaline.
Finalement ce fut lui qui se couvrit de ridicule à cause de ce début de surdité qui lui avait fait mal comprendre le but de l’expédition du jour : il avait emporté un filet à papillons.
Ce qui donna l’avantage à Bianca et, de sa belle voix de soprano, qui lui ferait bientôt préférer le Conservatoire et la Scala aux scalpels et aux cornues, elle émit ce jugement définitif : « Il n’y a vraiment rien de commun entre vous et moi, mon cher Tryphon, absolument rien. Pas un atome ! »
Cinq de moins, une de plus ? Il avait eu 6 filles et elles ressemblaient toutes à leur mère ! Le dedans du désespoir pour ce pauvre homme qui rêvait depuis toujours de transmettre sa passion des trains électriques à un petit garçon. Il avait travaillé pied à pied comme clerc de notaire pour faire vivre sa maisonnée mais, ébranlement dans l’absolu, le notaire était mort, l’étude était vendue et notre pauvre père et mari vendait désormais des encyclopédies pour gagner son pain et celui de ses six filles désormais en âge de se marier.
Il était maintenant seul pour prendre ces terribles décisions car sa tendre et adorée épouse venait de mourir de la tuberculose, le laissant démuni et sans voix devant cette mission : Que faire dans l'abîme à moins que l'on ne cause ?
Il était parti en voyage pour une dizaine de jours et les demoiselles venaient de recevoir une longue lettre de leur père que l’aînée s’était empressée de découvrir, toutes les filles se regroupant autour d’elle telles des oiseaux dans une volière, sous les dernières palpitations de la lampe sans huile.
- Lis vite ! Que dit il ? s’exclama la plus jeune qui avait coupé ses cheveux selon la dernière mode, victime du Progrès actuel.
- Oui , lis nous vite ces nouvelles tant attendues, s’impatientèrent les jumelles qui se tenaient par le cou, d’une seule voix comme un double quatuor.
- Aurore , la plus rousse des filles, se prenait à rêver : et si une bonne surprise arrivait par cette missive ?
Emeline n’écoutait pas tout ce brouhaha. Elle avait reçu une lettre elle aussi que lui avait remise le jardinier, en cachette de toutes ces commères. Le beau jeune homme rencontré la semaine passée au thé chez la comtesse lui avait donné rendez-vous pour demain auprès de l’étang et déjà l’attente était longue , si longue : attendre encore une nuit , une nuit derrière laquelle il y a le jour.
- Alors, raconte, s’impatientaient les belles demoiselles pressant leur sœur toute vêtue de jaune et qui était soudainement devenue livide.
- Il dit qu'il a rencontré à l’auberge un homme qui a six garçons en âge de se marier et qu'ils ont fait affaire : les six mariages auront lieu le mois prochain, sans que nous ayons notre mot à dire car "L'autorité reprend ses droits" !
C’est alors que le chat de la maison entra par la fenêtre tenant dans sa bouche une souris qu’il déposa vivante sur le sol. Les six filles sautèrent sur la table d’un seul bond, renversèrent la lampe a huile où il restait quelques gouttes. Le feu prit dans les rideaux, les filles et le chat s’enfuirent par la fenêtre, le feu s’étendit et toute la maison brûla
Les six mariages furent retardés de trois mois mais personne ne sait ce qu’est devenue la souris.
Tapie dans l’herbe ? L'herbe cache et la pluie efface.
Les circonstances actuelles - fortes inondations en Ille-et-Vilaine - nous ont donné l'envie de repartager ce texte de Maryvonne écrit en juin 2017 (consigne AEV 1617-29) avec des illustrations actualisées.
Oh ! La Vilaine !
Une rivière en avait marre de vivre sous les ponts, de refléter le soleil puis la lune et quelques pêcheurs à la ligne. Elle décida de sortir de son lit. Il était temps, elle approchait des 50 berges.
Elle était née du ventre de la terre, fécondée par un amont terrible. Ça coulait de source que son nom de bébé fût Ru puis elle fut baptisée très vite à l'eau sauvage de la première cascade d'un joli nom qui aurait pu être la Loire, la Seine, la Meuse mais non, elle, ce fut : La Vilaine.
Elle aurait tellement aimé qu'on la nomme, par exemple, la Gironde : ses courbes, ses sinuosités lui auraient paru plus sexy. Vilaine ! Elle se demande qui est le con influent qui lui a trouvé ce nom stupide.
Elle a tant de chagrin que pour le noyer elle écluse l'eau de vie. Elle est grise, elle a la vase triste, elle dit qu'elle va se jeter à la mer.
Ceux à qui elle rendait service autrefois et qui égayaient ses rives lui ont tourné le dos. Les laveuses, les bouilleurs de cru, les bouchers qui venaient se tordre les boyaux, c'était gai à l'époque.
Alors elle se dit avant le baiser à la mer avec son embouchure qu'elle sent que son chagrin va déborder. Ses flots de larmes sautent les barrières, envahissent les champs, baignent les villages. Tant pis pour eux ! C'est un peu de leur faute aussi !
- Autrefois les racines des arbres et les haies me prenaient dans leurs bras, se dit-elle. Avec le « démembrement » plus de câlin, plus de chemin creux. Je fais des poutous partout en dehors de mon lit, je les cocufie, je les inonde d'un chagrin amer. Je déversoir(e), je m'infiltre, je catastrophe mais au moins je passe à la télé, je fais la Une de « Ouest-France ».
- La Vilaine est sortie de son lit » disait mon père quand je me levais mal coiffée le matin.
- Voyez comment on me traite ! Comment on parle mal de moi !
Elle est au courant que l'on se moque d'elle.
Mais non La Vilaine n'est pas moche , elle est bien chahutée avec son nom mais elle se dit pour se consoler qu'il y a pire, ce sont les candidates qui prétendent au titre de Miss Ille-et- Vilaine. Il faut oser ce titre même si elles n'ont que 18 ou 20 berges et que leur jeunesse leur sert d'écrin. Il faut avoir la ligne et la pêche pour se jeter dans le grand bain médiatique. Mais avec l'aval de leurs parents elles peuvent gravir « l'amont-agne » et ça les fait rêver.
La Vilaine, elle, a fini de rêver, elle s'est noyée et pendue au fil de l'eau. Elle aurait aimé finir en delta , elle n'a même pas eu cette chance. Ça ne rigole pas beaucoup du côté de l'estuaire. Alors elle s'étend alanguie sur le banc de sable, attendant la fin.
Mais elle arrive surprise au paradis bleu, là où la vie a le goût du sel, elle prend la vague, elle va danser, elle va voir du pays, elle se marie avec l'océan, elle prend son nom. Fini la Miss Vilaine, elle est Madame Atlantique. A elle les escales de port en port, à elle l'immensité, le tour de la Terre. Au revoir la petite Bretagne riquiqui qui lui serrait les courbes et les méandres !
Les voyages, voilà ce qui la rend jolie, La Vilaine !
"L'exposition "Passé pas si dépassé" propose, au Diapason, sur le campus de Beaulieu, à Rennes, une sélection de retirages de plaques de verre photographiques prises dans le cadre des activités de la Faculté des sciences dans les années 1920 à 1930. Elle évoque l’histoire de la faculté mais aussi impulse une réflexion sur les représentations du travail scientifique, de la recherche, du rapport à la connaissance. L'exposition incite les visiteurs et visiteuses à s'interroger sur ce que la mémoire collective transporte autour de ces activités scientifiques. "
A partir d'une, de deux ou de trois photos de l’exposition, d’une collecte de noms de savants ou de professeurs (réels ou dans la fiction) et de noms relatif aux sciences, racontez-nous quelque chose en lien avec le passé, l’université, la recherche ou la science. La collecte a donné :
La collecte a donné :
Albert Einstein - Alfred Nobel - Archimède - Blaise Pascal - Copernic - Emmett Brown (du film "Retour vers le futur") - Gilles Degennes - Hubert Reeves - Isaac newton - Le Professeur Burp (de la BD "La Rubrique-à-brac" de Gotlib) - Le professeur Tournesol - Le Savant Cosinus - Leonard De Vinci - Marie Curie - Pasteur
Ils ont tellement été tournés en ridicule, les savants et les professeurs, dans l’univers où j’ai vécu, celui de la bande dessinée, du cinéma comique et de la littérature populaire, que je ne les crois pas capables, ces puits de science, de répondre à ma question du jour : pourquoi tous ces messieurs des années 1900 à 1940 avaient-ils autant de poil sous le nez et, accessoirement, sous le menton ?
Du savant Cosinus à l’Isaac Newton de Gotlib, du professeur Tournesol aux savants détraqués qui font renaître des ptérodactyles et pire encore dans les aventures d’Adèle Blanc-Sec de Tardi, les hommes de science apparaissent souvent comme de sacrés farfelus ou de dangereux malades. Je pense par exemple au « Docteur Jerry et Mister Love » de Jerry Lewis ou à Frankenstein Junior de Mel Brooks : « Doctor Frankonstine !».
Si j’avais voulu obtenir une réponse à ma question sur la pilosité masculine, ce jour d’hiver où la Vilaine, au lieu de sortir de son lit, était prise dans les glaces et où une fine pellicule de neige recouvrait le quai Dujardin, j’aurais sans doute aucun dû opérer, sous la surveillance d’Emmerett Brown, un retour vers le futur et un demi-tour vers Villejean. Car c’est sans doute chez les sociologues de l’Université de Rennes 2 qu’on se sera penché, peut-être, sur la question ré-barbe-ative du poil sous le nez plutôt que chez les géologues, botanistes, chimistes et physiciens de l’Université de Rennes qui se trouvent regroupés, eux, à Beaulieu, tout au bout de l’avenue du Sergent Maginot – suivez la ligne, c’est la C4 ! - .
Albert Einstein avait-il un avis sur la question, lui dont le système pileux parfois hirsute, les traits d’humour certain, le sens du relatif et les tirages de langue ont fait douter plus d’un profane et perturbé plus d’un tenant de la religion ?
Léonard De Vinci n’a jamais fait de publicité pour le rasoir Gilette deux lames. Bien qu’il fût imberbe, Blaise Pascal n’utilisa jamais le rasoir électrique Philips et il n’aurait pas trouvé très au poil qu’on le mentionnât comme inventeur de la brouette japonaise dans le Kamasutra de San Antonio.
A ce dernier propos on s’intéressera avec curiosité à la photo du professeur qui lit sérieusement sous les murs couverts de vitrines. C’est quoi, cet objet sur la cheminée ? Quel dommage que ces photographies ne soient pas légendées !
Tous ces étudiantes et étudiants sur la photo de groupe, nous leur devons peut-être l’invention du bébé-éprouvette, de la greffe d’organe central du Parti communiste français, de la cornue à jus de pommes de Corps-Nuds. Ils sont peut-être devenus des Docteurs Folamour, des oncles sacré bricoleurs qui ont fait en amateurs-trices des bombes atomiques ? Ils et elles ont pondu des tas de théories qui permettent à de drôles de cocos, de nos jours de piller-polluer-spoiler la planète et de s’imaginer un futur personnel sur la planète Mars ? Grand bien leur fasse aux fesses, à ceux-là !
Moi, si j’ai des scientifiques à remercier, ce sont, outre les professeurs Nimbus, Moriarty et Mathanstock, les ceusses qui ont inventé l’ordinateur personnel et le scanner. Grâce à ces engins je vais m’empresser de numériser la carte postale en 1200 DPI voire plus si affinités pour identifier le bouquin du prof poseur, les trucs dans les vitrines et le drôle de caillou fessu sur la cheminée de marbre. Une sculpture de Brancusi qui aurait remonté le temps ?
P.S. Je n’ai pas eu besoin de le faire. A la fin de la lecture Maryvonne a sorti son téléphone qui cherche sur Google et m’a apporté la réponse : c’est un coco-fesses, une graine de cocotier de mer !
J’avais cessé de faire le voyage tous les dimanches pour aller voir ma mère, elle s’était refait une famille, là-bas, où je n’avais plus ma place.
Je me disais que c’était peine perdue.
Sans compter que c’était loin et pénible, dans la chaleur d’août.
Alors je me promenais sur les boulevards, je regardais les boutiques sans les voir, je prenais un café dans le quartier en fumant une cigarette.
C’est là que j’ai été témoin d’un accident, à cause d’un chien, et ça m’a rendu triste. Cette petite bête avait un regard sympathique et m’a rappelé tout à coup des souvenirs d’enfance.
Dès l’enfance déjà elle avait décidé qu’elle serait Étoile et rien d’autre. Sa famille était constituée de braves gens qui trouvaient sympathique son projet de devenir danseuse.
Si son père lui avait suggéré de reprendre le commerce de fleurs et de pierres tombales, cette affaire florissante et marmoréenne qui, sans les rendre vraiment riches, les mettait à l’abri du besoin, c’eût été peine perdue.
Il en était d’elle comme de certains chiens de cirque. Peu leur chaut de se montrer dans les concours, enrubanné, tondu, apprêté, de soumettre à un jury d’inconnues à l’air sévère ce qu’on appelle un pedigree, fût-il rédigé de sa plus belle encre par un généalogiste à l’air triste.
- Braves gens, disent-ils, le cercle de lumière m’appelle, je vais briller comme un bijou et c’est vous qui tomberez dans l’oubli tandis que j’entamerai mon grand voyage au loin vers la gloire et les sommets, sous les applaudissements.
Sur toutes les places du village, sous les arcades, sur les murets, elle sautait à la corde, elle courait, elle s’envolait. Au vestiaire du carnaval elle avait emprunté le costume du papillon et et butinait de fleur en fleur, sans souci de ce que le livret de « Madame Butterfly » réservait comme sort funeste à l’héroïne. De la même manière, pourquoi se serait-elle empoisonné l’existence avec l’écharpe ou la ceinture d’Isadora Duncan ?
La jeunesse ignore le mot « accident » et elle a bien raison. Le vent des rêves fait se plier les herbes folles, il trace un chemin vert dans les dimanches dormants du mois d’août. L’horizon est splendide, rien n’est partie remise, surtout pas le bonheur.
Pas question que tu perdes un instant, ma petite ! Ne fais pas de quartiers ! Passe en riant à pleine dents devant ces boutiques sombres et ces cafés obscurs où des garçons lugubres se perdent en fumant dans un amas de souvenirs plus attristants que les nocturnes de Chopin jouées dans une villa des bords du lac d’Annecy.
Danseuse, chien de cirque… A chacune sa noce ! A chacun son nonosse !
Si vous ne l'avez pas encore lu, précipitez-vous ! Ce roman est un bijou...qui vous tiendra éveillé toute la nuit !
Nous sommes dans les années cinquante. Le personnage principal, un trentenaire dont la vie n'est plus que ruine, arpente les rues de son quartier... à la recherche d'un amour de jeunesse, d'une petitedanseuse, jolie funambule partie en voyage au loin, vers des horizons inconnus, à la suite d'un accident de cirque...
Un jour, la belle revient dans sa ville natale, en plein mois d'août, à l'occasion de noces dans sa famille. Le garçonpasse et repasse alors devant sa villa, traînant sa peine et ses souvenirs enfuis...
Il repense aux dimanches de printemps de son adolescence, aux balades sur les boulevardsdormants, aux boutiques et aux cafés qu'ils trouvaient si sympathiques, aux petits ponts sur l'Yvette, aux veillées nocturnes sous un ciel d'encre, aux doux moments passés allongé dans l'herbe, avec elle, à regarder les étoiles...
Plus il pense à ce qui n'est plus et plus il se sent triste... Il a beau faire, il ne parvient pas à l'oubli... Il fait la ronde devant l'entrée de la grande bâtisse, un bouquet de fleurs à la main... et il se sent ridicule. Pas à sa place. Même le chien, un brave toutou noir et blanc au pedigree mal défini, le regarde d'un drôle d'air.
Et si la belle funambule ne voulait plus de lui ? Et si, une fois remise de son accident, elle s'était mariée ? Et si son livret de famille était déjà bien rempli ? Un enfant, deux enfants ? Et si elle avait encore envie de parcourir le monde, sous chapiteau, plutôt que de venir se morfondre dans ce petit coin de la vallée de la Chevreuse ? Et si... et si...
Bon, ne vous en faites pas, le jeune amoureux ne s'en tiendra pas à ses pensées obscures... Les retrouvailles auront bien lieu. Mais si vous voulez savoir comment... courez acheter le livre !
Les dimanches où Mémé ne vient pas, j’ai le droit d’aller au terrain vague et ça c’est terrible parce qu’il y a tous les copains !
Ils étaient déjà tous là quand j’ai dit le mot de passe pour entrer, même Agnan. On n’avait pas encore décidé quoi faire quand du côté des boulevards est arrivé un petit chien et Eudes a dit qu’il était sûrement perdu et qu’il fallait le porter au commissariat.
- Je vais l’attacher avec ma ceinture, il a dit mais Geoffroy n’était pas d’accord.
- C’est peut-être un chien de cirque, il a dit, regarde ! Il sait faire la danseuse !
- Danseuse toi-même, a dit Eudes et il lui a donné un coup de poing sur le nez, quand Agnan a fait remarquer qu’il avait une médaille avec son nom, Bijou, et qu’il avait peut-être un pedigree. Il faut toujours qu’il se mette en avant, celui-là.
- On va lui faire une petite place dans notre cabane, a proposé Maixent.
- Oui c’est ça, a rigolé Eudes, et la nuit tu feras une ronde avec lui dans le quartier !
On a tous bien rigolé, parce que Maixent il a très peur dans le noir mais heureusement il court vite. On était tous là à nous bagarrer dans l’herbe quand il y a eu un grand coup de sifflet au loin.
Alors Bijou, on ne l’a plus jamais revu et on a eu beaucoup de peine. Surtout moi j’étais triste parce que maman ne veut pas de chiens à la maison, même s’ils sont braves et empêchent les voleurs d’entrer.
Ce dimanche-là, l'inspecteur Agathon Lechat était de garde au commissariat de l'Étoile et il s’apprêtait à ouvrir son bento quand on frappa à la porte. L'inspecteur poussa un soupir et posa la petite feuille de vigne farcie préparée avec amour par sa chère épouse, la belle Cléopâtre.
- Oui, entrez !
- Désolé, inspecteur, on a une urgence !
- En plein mois d’août ? Un accident ?
- On ne sait pas encore. On a retrouvé une danseuse en tutu et chaussons à pointes sur la plage près de la petite place du casino.
- Et ?
- L'étrange c'est que, en plus de son tutu, elle portait un bonnet de laine, des gants fourrés et des lunettes de ski.
- Ah bon ? Et qui l'a trouvée ?
- Bijou, le chien du café, en faisant sa promenade nocturne dans le quartier.
- Ce bâtard sans pedigree ?
- Affirmatif, chef !
- Il y a des témoins autres que le chien ?
- Les garçons du cirque ambulant qui s'est installé sur la place ont vu le chien arrêté sur la plage et surtout l'ont entendu hurler au petit matin, mais ils n'ont rien vu.
Agathon attrapa sa veste. Son déjeuner était gâché, cette histoire étrange lui avait coupé l’appétit. Il sortit de son bureau, intima à l'agent l'ordre de garder la maison et se dirigea vers la plage en longeant le boulevard où bruissaient les palmiers. La mer était haute et le vent soufflait fort sur la petite ville de Malaga. Les boutiques de souvenirs avaient fermé leurs rideaux et il n'y avait pas un chat dehors. Un attroupement signalait clairement qu'il y avait quelque chose à voir et en approchant il entendit les commentaires des badauds. Un silence se fit lorsqu'il s'approcha de la victime étendue sur le ventre, les lunettes remontées sur le haut de la tête.
- Si c'est pas triste, mourir ainsi en pleine jeunesse ! fit un pilier de bar bien connu de ses services.
- On dirait la trapéziste du cirque, fit un de ses copains.
- T'as raison, on dirait bien.
- Dégagez, aboya Agathon que la faim et la chaleur rendaient toujours irascible.
Il se pencha sur le corps et aperçut entre les omoplates de la victime le manche d'un long couteau de boucher avec une longue bande de papier accrochée au manche ; Le papier était rose fluo et dessus était écrit en lettres majuscules : « Bien fait pour toi ».
Les scientifiques de la Criminelle s'approchaient avec leur matériel et saluèrent l'inspecteur qui résuma ainsi la situation :
- Jeune femme en tenue de danseuse ou de skieuse, au choix, poignardée dans le dos avec un long couteau et un motif écrit sur un papier rose fluo, pas de témoins, tuée cette nuit, on ne sait pas à quelle heure et découverte par un chien au petit matin. Voilà , elle est à vous. J'attends vos conclusions au plus vite.
- Pour hier, comme d'habitude ?
Agathon les fusilla du regard, s'essuya le front - il faisait 36 degrés - et vit alors un maillot rouge et jaune à demi dissimulé sous un petit rocher. On apercevait le chiffre 7 à l'arrière. Il le montra du doigt aux scientifiques qui enfilaient à grand peine leurs tenues de travail.
- Ça aussi, on y trouvera peut être quelque chose.
Agathon prit le chemin du retour, quittant la digue pour la rue où il trouva un peu d'ombre. Il avait reconnu la victime, c'était Fanny, la trapéziste du cirque où il avait emmené son petit fils avant-hier mais surtout il était sûr de l'avoir croisée ailleurs, et pas en tutu, mais où ?
Agathon détestait quand sa mémoire lui faisait défaut ainsi. Il rêvait d'un sirop d'orgeat avec des glaçons et sentait son estomac gargouiller.
Et soudain, il vit la scène, clairement. Mais bien sûr ! Il l'avait vue au théâtre où il tait allé la semaine dernière avec Cléopâtre, elle était en compagnie d'un homme qu’ Agathon n'avait jamais vu. Il fallait qu'il appelle Cléopâtre tout de suite. Elle, elle saurait le décrire. Elle faisait des puzzles à longueur d'année et avait développé un terrible sens de l'observation.
Ça attendrait le commissariat car Agathon Lechat était réfractaire au téléphone portable, assumait sans problème son état de vieux has been et une petite halte au café des voyageurs s'imposait, sirop d'orgeat et glaçons.
Et c'est à ce moment là qu'un violent coup sur la tête le jeta par terre.
Olivier habite en campagne dans un petit village, il est célibataire mais il faut dire qu'il n'a rien d'attirant, étant d'un tempérament agressif.
Son petit village est calme et paisible. Seul un chien aboie troublant la sérénité de ce bourg où même rares sont les voitures qui traversent la rue principale.
Olivier a fui sa famille qui voulait le marier à une fille trop rangée pour lui. La veille de sa noce, il a fait sa valise et a disparu.
***
Ce soir là, après une longue marche à travers les champs et les forêts, Olivier trouva une petite cabane abandonnée à la lisière d'un village. Elle semblait délaissée depuis des années, les fenêtres étaient brisées et la porte à peine accrochée à ses gonds. Mais pour Olivier c'était un nouveau refuge, un nouveau départ.
Les nuits, il arpentait les rues désertes, se glissant dans les ombres. Il observait, planifiait. Une villa cossue et les boutiques de la ville lui fournissait tout ce dont il avait besoin. Rapidement, il devint habile dans l'art du cambriolage, sa seule source de survie.
Chaque nuit, il repartait avec de quoi se nourrir, se vêtir et parfois même quelques objets de valeur qu'il cachait dans sa cabane. Il volait plus particulièrement les plus beaux costumes et accessoires de modes des maisons les plus riches. De retour à la cabane, il se transformait, quittant sa tenue de vagabond pour enfiler des habits élégants.
Chaque dimanche, après la messe, le village s'animait. Les habitants flânaient, bavardaient et les rues étaient pleines de vie. C'était le moment préféré d'Olivier pour se fondre dans la foule où il se glissait dans la peau d'un notable, arpentant le village avec un air de mystère et de respectabilité .
Les dimanches étaient également le jour idéal pour ses casses nocturnes, les gens étant souvent distraits et plus laxistes. Olivier visitait les maisons les plus riches, dérobant tout ce qui pouvait l'aider à maintenir son apparence trompeuse.
Mais alors qu'il perfectionnait cette double vie, une question commençait à le hanter : Combien de temps avant que quelqu'un ne découvre la vérité ?
Il suffit d’un seul ouistiti pour que tout l’aspect de la jungle s’en trouve changé.
Je ne sais plus si c’est l’homme ou si c’est Dieu qui a donné des noms aux animaux. Ça a beau s’appeler la Genèse, ce livre-là ne nous rajeunit pas. Alors que les deux photos des vingt-cinq musiciens, si.
Le verso de ces deux photos est muet. On y trouve seulement trois mots imprimés : « Carte postale » au milieu en haut, « correspondance » à gauche, « adresse » à droite. Un trait vertical sépare les deux zones.
Cette formule de photo utilisable comme une carte postale était fort en vogue aux alentours de 1930.
La première fois que j’en ai trouvé une dans la photothèque de ma belle-famille j’ai même cru, naïvement, que la grand-mère de mon épouse avait posé pour un éditeur de cartes postales !
Après la grand-mère paternelle top-modèle voici le grand-père maternel mannequin et surtout membre très sérieux… d’un orchestre de carnaval !
Il est là, je pense, le deuxième en partant de la gauche au deuxième rang. Il a la même tête que mon beau-frère Bruno qui, lui aussi portait la barbe et un large chapeau rond le jour où je me suis marié.
On se demande bien ce que pouvait être le répertoire de cet orchestre-là. A part les deux tambours posés devant la troupe on n’aperçoit comme instruments de musique qu’une trompette – ou un cornet à piston – dans les mains du porteur de melon au centre tout en haut.
Tous les autres jouent du parapluie ! Le barbichu de droite joue du panier fleuri et le fumeur de pipe de la flûte en roseau ou du discours de remise de prix non encore déroulé.
Ce sont peut-être bien les photos les plus drôles de toute la photothèque et pourtant elle est d’importance, la collection d’images de la famille Gallinascu !
Si vous regardez bien la tête des filles, vous serez peut-être surpris·e par leurs traits plutôt masculins.
Ce sont peut-être aussi les photos les plus inquiétantes de la photothèque : est-ce que je n’aurais pas mis les pieds dans une famille de travelos notoires ?
On repère bien trois fausses barbes chez les messieurs mais aucune chez les dames. Ça va, je ne suis pas le mari de la femme à barbe ni celui de la Môme Caoutchouc !
Et puis arrive le moment où le photographe demande de crier « Ouistiti ! ». Et d’un seul coup d’un seul tout est vraiment transfiguré. Tout le monde sourit… sauf le grand-père, la grande folle du premier rang et le père de Zorro au troisième.
On aimerait en savoir plus sur ce groupe. Qui étaient-ils ? Pour quelle occasion se réunissaient-ils ? Que sont-ils devenus lorsque la guerre leur est tombée dessus ?
Est-ce qu’un autre descendant de ces rigolos-là aura eu la même idée que moi et aura publié ces photos sur Internet ?
Est-ce qu’une autre descendante de ces rigolos-là tombera des nues en reconnaissant son arrière-grand-père déguisé en Bécassine ?
Allez ! Souriez ! Ouistiti ! Nous sommes là pour servir les forces de la Joie !
Je vais sans doute vous surprendre mais j'ai tout de suite reconnu ce bébé.
Quels sont les indices qui me permettent de l'identifier ? Grâce à la datation, non pas au carbone 14, mais au stylo à l'arrière du cliché, il est né en 1945. En fait il est plus jeune mais disons qu'aujourd'hui il a plutôt l'air d'être né en 1945.
Ce genre de photo relève d'une pure tradition de cette époque : « Le nu sur une peau de bête. » Je sais qu'il a fait des études de vétérinaire, tout cela est cohérent.
Le côté bouille ronde et cellulite c'est sa signature.
« Il rit toujours, ainsi il est toujours heureux » ajoute sa maman au verso de la photo.
Tellement, tellement heureux de vivre qu'il renâcle à inscrire l'IVG dans la constitution.
Et oui, Mesdames et messieurs je vous présente Gérard Larcher, président du Sénat, républicain et fier de l'être.
Un bébé magnifique ! Aujourd'hui il est moins beau mais c'est notre lot à tous. Moi-même ayant frôlé la ressemblance avec Marina Vlady ou Mylène Demongeot, je suis aujourd'hui plus proche de Dame Tartine. Comme c'est un personnage de fiction je ne vais vexer personne. Brigitte Bardot a le mérite de vieillir de façon naturelle et tous les bellâtres qui ressemblaient à Alain Delon sont maintenant surnommé Alain Deloin. Ainsi va la vie !
Mais revenons à notre Gégé. Nous pouvons supposer que sa maman l'affublait de ce surnom ridicule. L'affection d'une mère est parfois à côté de la plaque. Mais grâce à cet amour accompagné de belles bouillies et de bons laitages bien nourrissants l'enfant a réussi une belle croissance et une belle carrière. On peut dire aussi qu'issu d'une famille catholique avec un père à la fois propriétaire d'une usine de textile et éleveur de chevaux en notre belle Normandie, il était sur de bons rails pour voyager à droite. Mais moi j'dis ça j'dis rien !
S'il s'était fait connaître avec ses deux prénoms, Gérard et Philippe, il serait passé à deux doigt de faire une autre carrière, théâtrale ou cinématographique.
Pour finir, en regardant la deuxième photo et sachant que le jour du vote au Sénat pour entériner la proposition de loi « susdite » il était absent, nous découvrons qu'il entérinait ailleurs : il avait la tête dans le sable. C'est écrit sur la pellicule.
Chez nous les Coulon, on peut dire que c’est Marguerite qui a le plus le sens de la famille.
La preuve, chaque année elle nous réunit tous à l’occasion de la grande braderie et personne ne veut rater ce rendez-vous !
Certains viennent même de loin, comme les cousins Wilfried et Elfriede.
Brigitte et Hippolyte, malgré leur grand âge, sont toujours de la partie, eux aussi.
Comme ne manque jamais de le répéter tante Edith, quand nous sommes tous bien alignés sur le toit de la baraque pour la photo de famille : ce n’est pas pour rien que nos prénoms riment tous avec frite !
***
Chez les voisins wallons, on dit « coulon » pour « pigeon ».
On y voit l’étymologie de colombe (columba). Wikisaitout confirme que c’est un mot picard donc il s’utilise aussi dans les patois du Nord.
Il vous est demandé d'imaginer un titre de roman en utilisant uniquement certains des éléments ci-dessous et rien d'autre.
accident - août - Bijou - boulevards - boutiques - braves - café - ceinture - Chevreuse - chien - cirque - d' - dans - dans - danseuse - de - de - de - de - de - de - de - de - de - de - de - de - des - des - des - dimanches - dormants - du - encre - enfance - Étoile - famille - fleurs - garçons - herbe - horizon - inconnues - jeunesse - jeunesse - l' - l' - l' - l' - l' - l’ - la - la - la - la - la - le - le - les - livret - loin - ne - noces - nocturne - nuit - nuits - obscures - oubli - pas - passe - pedigree - peine - perdes - perdu - perdue - petite - place - plus - pour - printemps - quartier - quartier - que - remise - ronde - rue - ruine - si - souvenirs - sympathique - te - triste - tu - un - un - une - vestiaire - villa - voyage
Vous choisissez ensuite une image parmi celles ci-dessous. Elle servira comme couverture pour un roman.
(On peut les agrandir en cliquant dessus)
Vous choisissez ensuite le pseudonyme d'écrivain·e sous le nom duquel paraîtra votre oeuvre.
Il ne vous reste plus qu’à écrire le premier ou le dernier chapitre ou une partie du roman en insérant dans votre texte des mots de la liste ci-dessus.
L’animateur dispose vingt photos anciennes, en noir et blanc ou en sépia, dont le dos est désespérément muet : aucune mention de lieu, de nom ou de date. Elles se trouvaient toutes dans une même grande boîte de photos familiales.
Chacun·e en choisit deux à partir desquelles il ou elle rendra la parole aux personnes, aux lieux, aux situations représentées, soit en commentant la situation, soit en faisant parler les protagonistes de l’image.
Je ne m’en suis pas rendu compte aussitôt mais, lorsque j’ai voulu scanner le QR code de mon certificat de vaccination, mon téléphone n’a pas été d’accord, signalant, si je me souviens bien, qu’il y avait un problème d’identification. J’ai regardé le papier plus attentivement et j’ai vu que n’étaient indiqués ni mon nom ni mon prénom. Ma date de naissance était la bonne. Je gardais le même âge mais j’étais une autre femme qui s’appelait Françoise.
J’ai téléphoné au laboratoire d’analyses médicales, ai laissé passer quelques « pour prendre RV pour ceci, tapez 1, pour cela tapez 2… » et ai obtenu, ô victoire, une correspondante qui m’a dit que c’était bien ma carte vitale qui était passée, ce n’était donc pas la faute du labo. Il fallait voir avec la Sécu. J’ai appelé la Sécu et là, galère ! Si vous avez tel problème, tapez 1, pour tel autre, tapez 2, pour celui-ci, tapez 3, pour celui-là, tapez 4 et ainsi de suite jusqu’à 9 sans que ne paraisse MON problème… Même souci pour prendre rendez-vous, aucun motif parmi ceux énoncés… Et il fallait éventuellement se rendre disponible à un moment où je ne l’étais pas : style le lundi de 10 à 11 h.
J’ai dû passer outre et me suis donc pointée dans la longue file d’attente de la sécu. J’ai pris un ticket et mon mal en patience ! Au bout d’un temps certain, je suis arrivée au guichet et ai exposé mon souci (à travers l’hygiaphone qui n’offre pas des conditions de compréhension idéales !). La préposée m’a fait répéter plusieurs fois et m’a finalement proposé d’aller dans un petit bureau qui jouxtait l’accueil. Un autre préposé a repris sa place pour écluser le reste de la file d’attente. Après quelques vérifications rapides, ma correspondante a tenté cette impro : « Ah ben non, elle va très bien votre carte vitale. Il va falloir voir avec le labo. » Ce sur quoi j’ai rétorqué que c’est le même labo qui m’envoyait vers la sécu.
Heureusement pour moi, elle semblait sensible à ma tragique aventure et m’a proposé de joindre au téléphone un de ses responsables qu’elle pensait susceptible de résoudre mon problème. Evidemment qu’elle ne l’a pas eu ! Elle a retenté plusieurs fois son appel. Elle a finalement pris mes coordonnées mail et m’a dit qu’elle me tiendrait au courant des infos qui lui seraient communiquées. Je suis donc rentrée chez moi sans que rien n’ait été résolu.
Elle m’a envoyé un mail dans l’après-midi. Il n’y avait rien à faire du côté de la sécu. Si ma carte vitale était bien passée, c’est qu’il n’y avait pas de souci. Il fallait donc effectivement revoir le labo. Devinez ce que j’ai fait ? Je n’ai pas rappelé le labo. Je m’y suis arrêtée un mardi soir un peu tard avant d’aller à l’atelier d’écriture, espérant qu’il ne serait pas fermé et que je n’y passerais pas trop de temps.
J’ai soumis mes élucubrantes aventures à une secrétaire (qui aurait bien pu me renvoyer vers la sécu si je ne lui avais pas dit que j’en venais le matin même). Elle m’a dit ne pas savoir comment rectifier mes coordonnées erronées. Bon, ben, tout ça pour ça, me v’la bien avancée !
Elle a proposé de soumettre le fameux papier à la biologiste. Je n’ai pas bien vu le rapport avec les pipettes, les éprouvettes, les flacons et les seringues mais lui ai quand même laissé. J’en ai récupéré un nouveau quelques jours plus tard. Il y avait mon nom et mon prénom : victoire ! J’ai de nouveau tenté de scanner le précieux QR code… Et de nouveau, échec ! du moins, c’est ce que je croyais jusqu’à ce soir, car je viens de vérifier, l’examen paraît bien dans l’application anti-Covid ! Ah ben ça, c’est une surprise ! Me voilà ce soir comme un faon qui retrouverait sa mère après avoir entendu toute la journée les tirs des chasseurs résonner dans la forêt ! Ça me fait une belle jambe, une belle tronche, surtout que ces vaccins et tests n’ont maintenant plus aucune validité !
Si j’aurais su, j’aurais pas venu, ni au labo, ni à la sécu !
Le bonsaï du samouraï a perdu son chandail corail
dans la pagaille de la bataille de Cornouailles.
Il est tombé malade : Aïe, aïe, aïe !
***
L’eau-forte faible n’aime pas montrer.
Elle préfère suggérer, laisser l’autre chercher, imaginer, créer,
Emprunter un sentier près d’un ruisseau d’eaux fortes en petites cascades
Et d’eaux douces discrètes dans un faible courant…
***
Quand le soleil est au zénith,
l’écrivain de l’arène mange des jaunes d’œufs en écoutant des disques.
Il écrit des discours qui tournent en rond…
***
L’aube rebelle s’est révoltée.
Les catastrophes et la sinistre actualité ont eu raison de sa douce clarté.
A quoi sert de permettre à un nouveau jour de se lever
Si ce n’est que pour parler de guerre et de tués ?
Quelle triste humanité !
L’aube sage reviendra quand on lui racontera des histoires, des falbalas
Qui lui redonneront l’envie de se lever pour les enfants aux cœurs légers.
Il vivait autrefois au cinquième sous-sol d’un parking immense. Ce cadre restreint ne lui permettait pas d’écrire. Il faisait trop sombre et l’air confiné atrophiait ses textes. Il a déménagé et a construit sa cabane tout en hauteur contre une éolienne, lieu idéal pour être au grand air, respirer et, évidemment, trouver de l’inspiration.
Immédiatement, il a écrit. Les sujets, les mots, les phrases lui arrivaient si vite qu’il avait à peine le temps de les coucher sur le papier qu’ils s’envolaient déjà… Il noircit des pages et des pages, en fit des romans-fleuves et, rapidement, on le considéra comme un écrivain dans le vent, ce qui lui permit de bien vivre de sa plume.
Tout ce qu’il écrivit ne fut cependant pas de qualité. Il manquait souvent de profondeur, jetait des mots en l’air, brassait trop d’idées et devenait confus.
C’est ainsi qu’il nous est arrivé. Il est resté en Bretagne pour profiter de l’air mais est venu s’installer en ville à Rennes. Il écrit dans la salle Mandoline, salle aux airs charmants, salle au 1er étage de la MQV où l’air reste frisquet, sans doute en mémoire du vent rafraîchissant de l’éolienne…
Il écrit toujours beaucoup. Il garde, comme au temps de son séjour près de l’éolienne, l’habitude d’associer des mots qui, a priori, n’ont rien à faire ensemble. Il n’est pas avare de jeux de mots et, bien sûr, il est toujours très inspiré…
C'est vrai, j'aurais dû rester avec ma tante à faire les frites dans le camion à frites mais j'avais envie de voir les choses de haut alors je me suis cachée, loin des odeurs d'huile chaude dans le journal La voix du Nord, enfin le faux journal qui entoure les fausses frites qui font la pub pour le camion de mon oncle et ma tante . De là-haut je voyais tout.
C'est vrai, c'est une belle place, la grande place de Lille et puis ce jour-là il y avait du monde sous les parasols et pour une fois il faisait beau. Je dis pour une fois, car, reconnaissons-le, Lille est une ville très pluvieuse ; tiens pas plus tard que hier, j'ai ramassé une de ces averses qui vous laissent tout trempé, l'eau ruisselait sur le goudron des rues, j'avais les pieds qui barbotaient dans mes chaussures de rando et j'ai dû sortir ma cape de pluie.
Heureusement ce n'est pas le cas aujourd'hui et c'est mieux pour les géants. Ceux-là on les voit bien, ils dépassent, il y a les deux guerriers avec leurs boucliers et leurs épées ; on m'a dit qu'ils s'appelaient Lyderic et Phinaert. Je ne me souviens plus de leur histoire mais j'aime a penser qu'ils se disputent le cœur de la belle blonde qui est juste derrière le camion et qui semble être une gardienne d'oies. Ce doit être une version nordiste de « Il pleut, il pleut bergère » sauf que ce sont des oies qui remplacent les moutons et que la belle n'est pas si tentante que ça. Par contre vous avez vu les oies sur le toit du camion ? Ça me fait penser à un autre camion de marché qui était une rôtisserie, il y avait une affiche avec des poulets qui contemplaient leurs congénères en train de rôtir à la broche.
De mon perchoir, je vois toutes sortes de gens et j'admire les chapeaux : j'aime bien le gars avec sa fraise et son chapeau qui ressemble à une nougatine et celui avec la perruque à la Louis XVI. Jetez un œil sur la pin-up blonde avec la couronne bleue sur la tête et les avantages qui tiennent à peine dans sa robe : chouette nana, non ?
Il fait bien soif sur mon perchoir que je partage avec les oies, vous n'aimeriez pas aller prendre une bière fraîche à « La chicorée », dont on aperçoit les stores rouges et blancs ?
Avec mon oncle et ma tante, l'an dernier on est allés en Belgique, on a visité Bruxelles. Je me rappelle surtout du quartier turc au terminus de la ligne de tram en direction de Schaerbeek, on y a pris des petits déjeuners originaux, dans des cafés au décor kitsch, en fait il ne manquait que le soleil pour se croire à Istanbul.
Si vous allez à Bruxelles, faites comme nous, une visite audioguidée des endroits préférés de Jacques Brel avec ses chansons dans l'oreille et vous fredonnerez tout le reste du séjour ses inoubliables chansons. Et allez voir au théâtre de Toone les marionnettes géantes qui racontent l'histoire méconnue et drôle de la révolution de 1830, quand la Belgique s'est battue pour son indépendance.
Bruxelles c'est à la fois très chic dans certains quartiers et très populaire dans d'autres, tout le charme d'une grande métropole. C’est aussi très cosmopolite et touristique.
Évidemment on a goûté des tonnes de frites pour faire la comparaison et nous sommes d'accord, les meilleures après celle du camion sont dans une petite boutique qui ne vend que ça, près de l'endroit à touristes pour les dégustations de bières . Ça , je ne vous le recommande pas, la bière est infecte, sans doute très bon marché et au bout de 3 gorgées , on est écœuré.
Mon coup de cœur en Belgique, c'est Ostende et son immense plage avec la mer et les goélands : on peut se promener sur une immense digue de 9 kms en respirant, après les pots d'échappement de Bruxelles, l'air salé de la mer du Nord, c'est grandiose et en plus on a eu du soleil.
L'homme célèbre du pays, James Ensor, y a un très joli et très select musée.
Et on est aussi resté quelques jours à Bruges, ça m'a bien plu aussi mais c'est un peu trop propre et artificiel, ça a presque une allure de Disneyland, avec les rues et les maisons impeccables toutes pareilles. Pour un peu de fantaisie et d'originalité, ne ratez pas les tableaux de Brueghel et de Bosch et leurs petits personnages grimaçants et diaboliques, j'adore !
Le moment le plus beau à Bruges, c'est au coucher du soleil sur le bord du canal avec les moulins en fond et les maisons du quai éclairées par le soleil du soir, surtout si vous avez le ventre plein avec des moules-frites mais, sachez-le, ce n'est pas si facile de trouver un bon restaurant de moules-frites, à moins que juin ne soit pas la bonne saison ?
En revenant à Lille pour reprendre le travail au camion, mon oncle a voulu passer devant « la piscine » de Roubaix, dont on nous rebat les oreilles et qui n'est pas une piscine mais un musée de sculptures essentiellement : pas mal mais j'aurais aimé que ce soit encore une piscine comme la vieille piscine de Rennes où j'ai appris à nager et qui est aussi art déco, ça aurait été bien de s'y plonger.
Je vous raconte tout ce voyage mais je vais devoir songer à quitter mon perchoir car la foule se fait dense autour du camion, mon oncle et ma tante sont rouges et échevelés et doivent se demander ce que je fabrique depuis le temps que je suis partie : une petite descente en toboggan sur le toit rouge de la cabine, je me glisse dans la foule et j'entre par la porte arrière en brandissant une grosse bouteille d'huile et en braillant :
- Ah là la! Y avait un monde au super U ! Ça m'a pris un temps fou de trouver une bouteille d'huile !
Ils portent tous les trois des blouses propres, à carreaux, les mêmes chaussures et un chapeau sur la tête. Ils posent pour la photo, assis et collés les uns aux autres, dans une même position les bras croisés.
A gauche, il y a celui que l’on devine l’aîné, le plus grand, avec les pieds qui touchent le sol. Il a un col apparent sur la blouse, un béret quand les autres portent de petits chapeaux dont on a retourné le bord supérieur. Le visage carré, les cheveux courts, les paupières mi-closes, les bras croisés sur la poitrine, il a l’air de défier le photographe.
Il y a à droite, le deuxième de la fratrie. Ses grands yeux fixent quelque chose au-delà du photographe et lui donnent un air rêveur qu’accentue aussi sa façon de porter son chapeau très en arrière sur la tête. Il affiche une petite moue boudeuse.
Le benjamin, entre ses deux frères, les pieds pendants, essaie de donner le change. Il a à la fois dans le regard quelque chose de malin, de facétieux et d’inquiet dans ses lèvres pincées et dans sa façon de pencher légèrement la tête vers l’aîné de ses frères.
Aucun ne sourit. Leur a-t-on donné la consigne d’être sérieux ? De paraître des hommes dans cette position bien particulière, les bras croisés avec leur chapeau ?
J’aimerais savoir ce qui s’est passé 5 ou 10 minutes après la photo. Se sont-ils mis à courir, à crier et à chahuter dans ce jardin ? Ont-ils enlevé leurs blouses pour jouer plus librement ?
Que sont-ils devenus ?
L’aîné a été marchand de bestiaux, boucher ou chef d’entreprise. C’est un homme fort, un homme à poigne capable d’affronter l’adversité, un homme qui a pris de l’embonpoint au fil des années. Il a toujours vécu dans sa petite ville où il a été longtemps maire. Il s’est marié avec la fille aînée d’un riche agriculteur avec qui il a eu 4 enfants : 4 garçons.
Le deuxième est devenu poète, peintre, jardinier, ornithologue ou explorateur. Il a regardé la vie avec naïveté, a été heureux des surprises qu’elle lui a réservées. Il a connu des filles mais a préféré ne pas se marier et rester libre.
Le dernier est devenu infirmier, comptable, instituteur et a travaillé à la SNCF ou à EDF. Il a déménagé plusieurs fois au gré de ses mutations ou autres affectations. C’est d’ailleurs à l’occasion de l’un de ces changements qu’il a fait la connaissance d’une jeune secrétaire avec qui il s’est marié peu après. Ensemble, ils ont eu un garçon et une fille…
Je connais Zorro, sa cape et son masque noirs, son sourire charmeur et sa façon de signer d'un Z avec son épée. Je fais ce soir connaissance de grand-mère Alarraché, de sa tenue blanche avec son masque relevé, de son ire furieuse et de sa façon d'utiliser son épée.
L'ancêtre paraît bien énervée, tirant sur le fil derrière elle pour l'arracher. Elle semble bien décidée à poursuivre son adversaire plus loin que ce qui est autorisé dans les règles de l'escrime !
Elle a déjà au bout de son épée un bout de pantalon ou de slip (ou des deux !) comme trophée. L'adversaire s'enfuit en essayant de cacher de la main une bonne partie de fessier maintenant à l'air.
Grand-mère a toujours pratiqué l'escrime. Elle a le bras long et le nez qui l'est presque autant. L'appendice est pointu comme une épée. Comme Cyrano et au même endroit, elle est pour le moins susceptible. D'autant qu'elle a une revanche à prendre sur la providence qui a doté chaque membre de la famille de si jolis petits nez, nez ronds, en trompette ou retroussés.
L'infortuné adversaire du jour lui aurait-il déclamé la célèbre tirade du nez pour la mettre dans une colère pareille ?
Grand-mère est-elle le 5ème mousquetaire, le chevalier d'Éon ou la maîtresse cachée de Zorro ? A moins qu'elle ne milite pour l'égalité des sexes et se batte pour une meilleure répartition des tâches ?
Grand-père porte un ravissant costume dans un tissu de style écossais de couleur jaune et orange. Le pantalon bouffant qui s'arrête juste sous les genoux laisse apparaître de magnifiques chaussettes à damiers jaunes et noires assorties avec son club de golf. Il a aussi, un peu trop en arrière sur la tête, une casquette blanche qui laisse découvrir un crâne plus lisse qu'une balle de golf.
D'un grand geste circulaire, il tente de frapper la balle mais la rate. Pourquoi cet échec ? Parce que grand-mère lui a arraché un bout de son caleçon, qu'il a perdu son duel et a dû se coltiner toute la vaisselle, le ménage sans compter le caleçon qu'il a dû rapiécer ?
Dans la famille Alarraché, on pratique le sport pour que le couple puisse durer !