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L'Atelier d'écriture de Villejean
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10 mars 2026

99 dragons : exercices de style. 86, Logorallye animalier

 

 

Il faut appeler un chat un chat et ce type-là qui avançait vers moi à pas de loup me semblait un drôle de z’héros !

 

C’était un beau matin, au chant du coq et j’ai beau avoir une mémoire d’éléphant je ne me souviens plus s’il avait des dents de lapin ou des cuisses de grenouille mais, déjà, pas épais, le mec ! Il avançait comme un escargot mais pas vraiment ventre à terre ! Normalement un vrai z’héros a des fourmis dans les jambes dès qu’il s’agit de se battre avec un dragon !

 

 

Un vrai z’héros ça a du chien, ça a un caractère de cochon, même avec un chat dans la gorge ça chante « Tiens voilà du boudin ! » en montant à l’assaut. Ça ne se demande pas si nous sommes tous sexistes, ça fonce dans le tas si tu lui demande de repasser le linge – Oh que calor sur la Libye ! - ça lui fiche le bourdon qu’on soit tête de linotte au point de lui demander de faire un boulot de bonne femme !

 

Le type qu’ils m’avaient envoyé dans cette version-là, soit il avait un œil-de-perdrix qui le gênait pour marcher, soit il caillait des meules – impossible vu le temps ! – soit il avait la trouille, en tout cas il avait la chair de poule.

 

Je ne voudrais pas faire ma langue de vipère, même si un dragon n’est jamais qu’un très gros serpent, mais un type aussi maigre, avec une taille de guêpe comme la sienne, ça frisait le maladif. Le genre qui promène une fièvre de cheval, sorti du lit de Béatrice Dalle avec 39°2 le matin, peut-être aussi une faim de loup et l’incompréhension d’avoir été désigné pour le casse-pipe avec mézigue. Le bouc émissaire parfait. Cochon qui s’en dédit, celui-là je n’en ferais qu’une bouchée !

 

Je ne suis pas à cheval sur les principes mais quand même, scénaristiquement parlant, est-ce que ça se pratique d’envoyer, au lieu d’un cador, un type aux abois, doux comme un agneau, se faire trucider en direct devant les caméras en même pas cinq minutes de combat ? Est-ce que ce pitch bébête comme une oie ne cachait pas quelque piège ? Un truc pour me faire devenir chèvre. Je donnais ma langue au chat.

 

Le Saint-Georges du jour ouvrait grand ses mirettes. On aurait dit une poule qui avait trouvé un couteau plein de sang et l’inscription « Homard m’a tuer » écrite sur le mur de la casbah.

 

- Je suis fait comme un rat ! Je suis le dindon de la farce ! Aurait-il pu clamer.

 

De fait il restait muet comme une carpe à qui on vient d’imposer un mariage forcé avec un chaud lapin.

 

J’ai vu le coup qu’il allait faire l’autruche, mettre sa tête dans le sable ou me demander poliment :

 

- Excusez-moi, je suis une poule mouillée. Vous auriez une serviette ? Pouvez-vous me soigner comme un coq en pâte plutôt que de me faire un coup en vache, genre poule au pot tous les dimanches en mode Henri IV ?

 

 

- Mon petit gars, quand on est fort comme un bœuf, c’est normal de faire des vacheries ! Toute votre histoire à vous les z’hommes est pleine de types copains comme cochons qui finissent par se faire aux uns et aux autres le coup du lapin et bien plus encore ! Je ne vais pas verser des larmes de crocodile sur ton sort. Nous autres les monstres, on s’est juste adaptés à vos mœurs pour survivre, un point c’est tout !

 

Qu’est-ce qu’ils m’avaient envoyé là, du coup ?

 

Leur combattant ne cassait pas trois pattes à un canard. Ou alors c’était un mouton à cinq pattes : le type devait peut-être ménager la chèvre et le chou. D’ici cinq minutes il me dirait qu’il avait été payé en monnaie de singe en hiver et qu’il souhaitait juste revoir sa Normandie avec Gabin et Belmondo.

 

Et puis le type s’est ressaisi. Il a posé son barda sur le sable et il a sorti de sa besace ni plus ni moins qu’un flûtiau. Il s’est mis à en jouer.

 

Au début son morceau n’avait pas de quoi fouetter un chat, fût-il à neuf queues. Et puis quand il a entamé l’air du concerto opus X n° 2, « La Notte », de Vivaldi, j’ai compris qu’ils m’avaient envoyé un type rusé comme un renard. Exactement comme le Nounours de "Bonne nuit les petits", hypnotisé par les notes,  je l’ai suivi sur son nuage de bonheur musical jusque dans les pays nordiques, le joueur de flûte de Hamelin !

 

 

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10 mars 2026

Les Confidences d'une mourante... qui a déjà prouvé qu'elle savait survivre / Marie Sylvie

 

 

 

On dit souvent que je devrais avoir une mémoire d’éléphant mais la vérité est plus fragile. 

Le coma a laissé derrière lui des chambres vides, 

des couloirs sans portes, 

des paysages où les visages se dissolvent comme de la buée sur une vitre. 

Alors j’avance doucement en tâtonnant

et j’écris pour que les souvenirs reviennent

non pour les retenir de force

mais pour leur offrir un chemin vers moi.

 

Parfois ma main tremble

et je me retrouve avec une écriture de cochon,

irrégulière, 

cabossée, 

comme si chaque lettre devait se frayer un passage à travers mes muscles fatigués. 

Mais je continue. 

Parce que chaque mot posé est une victoire, 

un souffle repris, 

une preuve que je suis encore là.

 

Je n’ai jamais su avoir une langue de vipère.

Même aujourd’hui alors que la vie m’a bousculée, 

mes mots préfèrent la douceur aux piqûres.

Pourtant il m’arrive d’être aux abois

lorsqu'un souvenir refuse de revenir,

lorsqu'une date se dérobe, 

lorsqu'un nom se cache derrière un rideau de brume. 

C’est une détresse silencieuse, 

une inquiétude qui ne crie pas mais qui serre la poitrine.

 

Alors je décide de prendre le taureau par les cornes

Je m’assieds, 

je respire, 

je laisse venir ce qui veut bien venir. 

Je me donne un mal de chien pour retrouver les fragments, 

pour recoller les morceaux, 

pour reconstruire ce puzzle dont certaines pièces semblent s’être envolées. 

C’est un travail patient presque artisanal, 

un travail de brodeuse qui reprend un fil perdu.

 

Il y a des jours où je me sens le dindon de la farce lorsque ma mémoire me joue des tours,

lorsqu'elle me laisse croire qu’elle revient pour mieux s’échapper. 

Je pourrais rire si ce n’était pas si déroutant. 

Et parfois oui j’aimerais faire l’autruche,

enfouir ma tête sous les draps, 

attendre que tout se remette en place tout seul comme par magie.

 

Mais je sais que la nuit tous les chats sont gris 

et que les contours se redessinent au matin. 

Les souvenirs aussi. 

Ils reviennent par petites touches, 

par éclats, 

par parfums. 

Une odeur de savon, 

un rayon de soleil sur le mur, 

un bruit de pas dans le couloir… 

et soudain quelque chose s’éclaire. 

Parfois un détail suffit à mettre la puce à l’oreille

à réveiller une scène entière que je croyais perdue.

 

D’autres fois il faut me tirer les vers du nez

me laisser le temps de retrouver le fil, 

de rassembler les morceaux épars. 

Je cherche, 

je fouille, 

je tends l’oreille à ma propre mémoire comme on écoute une mer lointaine. 

Et lorsqu'enfin l’image se forme, 

je reste là, 

immobile, 

avec des yeux de merlan frit

étonnée, 

émue, 

reconnaissante.

 

J’écris non pour dire adieu mais pour dire encore.  

J’écris pour que la vie continue de circuler en moi même dans les zones d’ombre.  

J’écris pour que les souvenirs reviennent même s’ils arrivent en désordre, 

même s’ils trébuchent, 

même s’ils se cachent.  

J’écris parce que la mort annoncée il y a sept ans m’a laissée tranquille ...

et que je compte bien profiter de ce sursis, 

de cette victoire silencieuse, 

de cette renaissance inattendue.

 

Si ce sont là les confidences d’une mourante

alors je veux bien continuer longtemps à mourir ainsi :  

C’est-à-dire, 

chaque jour, 

à renaître un peu plus.

17 mars 2026

Consigne d'écriture AEV 2526-20 du mardi 17 mars 2026

 

Parler footballeur
 


Nous travaillons à partir du « Dico français-français » de Philippe Vandel et de son chapitre 4 sur le vocabulaire du football. Saurez-vous insérer entre cinq et dix de ces expressions dans un texte où vous parlerez d’une activité essentiellement statique :

- une soirée électorale – une partie d’échecs – la réalisation d’un puzzle – la commande de billets de train sur SNCF-connect – un concert, une pièce de théâtre, une conférence – un atelier d’écriture – une séance d’aquagym ou de pilates – un voyage en train ou en bus – la lecture d’un polar – une visite chez le médecin, au musée ou chez une vieille personne – toute autre situation dans laquelle on ne risque pas un claquage musculaire ?

marquer à la culotte – dans le cadre – balle – lucarne – décrocher la toile d’araignée – petit filet – couloir – herbe – goat (greatest of all time) – doublure – métronome – portier – téléphoné – impuissant – battu - missile – praline – pointu – tête – savonnette – caviar – retourné – louche – museler – arrêt-buffet – score fleuve – valise – remontada – classique – ventre mou – mimine – paluche – viril – hold-up – biscotte – à la douche ! – petit pont – mettre une clim – faire tourner – se prendre les pieds dans le tapis – se déchirer – se projeter - passer au travers – toucher du bois – sang et or – tricolore – à partir de là – pas malheureux – comme à l’école – ne rien lâcher – comme ils viennent – faire le vide dans sa tête – cadrer – marquer – ils ne passeront pas leurs vacances ensemble – l’entraîneur est dentiste dans le civil – compliqué – faire preuve d’humilité avec un grand U – une tête piquée – écouter les consignes – petit poucet – bleu – ultra – ligaments croisés – les trois points – une faute inutile – immanquable – laisser une chance – courant d’air – attentat – but – la réponse du berger à la bergère – voilà la vérité vraie

 

 

17 mars 2026

Soirée électorale / La Licorne

 


22 mars 2026. Salle de mairie de Trifouilly-les-Arsurettes, 91 habitants et 100 bovins.

 

La campagne a été compliquée. Et chaude.  Vraiment chaude. Dédé, le maire sortant, aurait pu "mettre une clim" dans son village...s'il en avait eu les moyens. 

 

Toutes les occasions de se déchirer ont été saisies. 
Hubert, le prétendant, qui se projetait maire depuis 10 ans, s'était mis en tête de séduire le "ventre mou" du village et il n'y est pas allé de main morte. Il avait déposé des tracts dans toutes les boîtes à lettres et, dans sa bafouille, on pouvait relever des expressions-missiles comme "immobilisme", "décrocher la toile d'araignée", "fautes inutiles", "réponse du berger à la bergère"...Bref, il est allé droit au but. 

 

Dédé a tenté de jouer en défense et de le marquer à la culotte, mais il s'est un peu pris les pieds dans le tapis. Ses réponses émaillées de "si c'est pas malheureux", "voilà la vérité vraie"...n'ont pas vraiment convaincu. 
A partir de là, le débat s'est peu à peu envenimé. Aucun des deux n'étant capable de faire preuve d'humilité (avec un grand U), le combat est devenu plus "viril"...et histoire de ne pas laisser une chance à l'adversaire, chaque mot prononcé par l'ancien maire fut désormais "retourné" contre lui, avec une régularité de métronome. 

 

A chaque "attentat" verbal, le pauvre Dédé essayait de "faire le vide dans sa tête". Il se disait que, depuis 18 ans qu'il portait l'écharpe tricolore et qu'il faisait tourner la commune, il était "passé au travers" de choses autrement plus graves... Ce n'était pas un "bleu", mais, au fond de lui, il se sentait quand même comme le petit poucet, face à l'ogre. Un peu impuissant. Faut dire qu'Hubert faisait, à la louche, deux têtes de plus que lui, qu'il était dentiste dans le civil. Il parlait bien et il en imposait. Le genre de type sûr de lui, difficile à museler. 

 

On s'enlisait dans le match classique gauche caviar - droite cassoulet...quand, un beau matin, en se croisant par hasard sur le petit pont de Trifouilly, les deux candidats faillirent même en venir aux mains. Les grosses paluches d'agriculteur de Dédé auraient-elles eu raison des mimines blanches d'Hubert ? On ne le saura pas car, par chance, le gros François s'interposa. Camionneur de métier, il fit un "arrêt-buffet" qui restera dans les annales. 

 

"En voilà deux qui ne passeront pas leurs vacances ensemble", avait-il commenté au café du coin, j'ai vraiment cru que ça allait finir par une praline.


- Ouais, il est temps que ça se termine, sinon ils vont faire comme à l'école, quand ils étaient plus jeunes... régler la chose en roulant dans l'herbe... avait dit un autre.


- C'est sûr ! Ça craint... avait répondu le tenancier en lavant les verres. Le grand Hubert est furax. Les trois points d'avance que Dédé avait pris sur lui il y a six ans lui sont restés en travers de la gorge, on dirait. Croyez-moi, il ne va rien lâcher... Ce n'est pas le genre à se déclarer battu ou à jouer les doublures. Plutôt le genre à vous glisser une savonnette sous les pieds. Et avec ça, menteur comme un arracheur de dents ! "
Tout le monde avait rigolé. 

 

Le dimanche soir arriva enfin. Tous les habitants étaient massés dans la salle de mairie. 

 

Le dépouillement commença ultra-fort : les dix premiers bulletins étaient en faveur d'Hubert. 
Un score-fleuve. Le dentiste, sans écouter les consignes, ne put s'empêcher de commenter. 
On entendait son accent pointu depuis le fond du couloir. 


"Allez, c'est bon...Le résultat est téléphoné. Tu peux faire tes valises, Dédé !". 

 

Mais, contre toute attente, Dédé effectua ensuite une "remontada" fulgurante : une vingtaine de bulletins plus tard, le score était parfaitement équilibré. 
La salle, silencieuse, retenait son souffle. 
Soudain, un léger courant d'air...
C'étaient les enfants, qui, de dehors, observaient la scène par une petite lucarne. 

 

Hubert se rapprocha de la porte. Sa grande silhouette, en contre-jour, se détachait nettement dans le cadre. Pour se donner une contenance, il posa sa main sur le montant.  
"Vas-y, grand, joue les portiers...et touche du bois ! gloussa le cafetier."

 

Il ne restait plus qu'un seul bulletin. 
Le conseiller prit son temps. Il essuya ses verres de lunettes sur son maillot sang et or, déplia soigneusement le petit papier blanc, sourit un peu...et comme on tire une dernière balle, lança à la cantonade : 


- "André Martin" !

 

Ce qui suivit ? Je crois qu'on entendit un cri étranglé près de la porte (exactement le même que celui poussé quarante ans plus tôt, au moment où, face à un but immanquable, Hubert avait flanché et s'était écroulé - rupture soudaine des ligaments croisés -...tandis que Dédé, devant les filets, repoussait le ballon d'une tête piquée).

 

Mais le cri en question fut immédiatement recouvert par un grand brouhaha : le tenancier et ses amis avaient attrapé Dédé et le soulevaient au-dessus d'eux, en hurlant :


- T'es le goat, Dédé ! T'es le goat ! "
 

Passé de "goal" à "goat", Dédé, aux anges, était à nouveau porté en triomphe... et c'est peu dire qu'il savoura sa victoire...
Même le baby-foot du café s'en souvient !

 

 

17 mars 2026

Foot ou presque / Maryvonne

 

Quand j'étais jeune et belle j'aimais aller au football dans ma petite commune. A l'époque c'était une bonne équipe qui jouait en première division. Aujourd'hui quand mon mari regarde les résultats, lui qui s'y connaît, il ne comprend pas pourquoi et comment, dans le classement, ils ont moins un. Ils ont dû se prendre les pieds dans le tapis.

 

Avec les mots donnés par Jean-Paul il souhaite que nous parlions non pas du sport mais d'une activité statique. Ça se trouve bien, moi je tenais la buvette. Mon but était d'aller au match gratos et d'emporter dans ma valise des souvenirs à raconter aux copines le lundi au lycée.

 

Dans le cadre de ma fonction il arrivait que lors d'un tournoi je sois désignée pour remettre le bouquet au capitaine de l'équipe gagnante. A partir de là, ça devenait intéressant. Onze garçons à embrasser ça marque une adolescente et ce n'est pas très compliqué ni très sportif. Mes ligaments croisés étaient au repos.

 

A cette époque, après avoir couru 90 minutes, ils ne passaient pas à la douche et ne sentaient pas la savonnette parfumée. Qu'importe, il ne s’agissait pas de leur serrer la paluche mais bien de les embrasser les joues au moins trois fois.

 

Au printemps ils sentaient bon l'herbe fraîche. De temps en temps une moustache bien virile me balayait le visage.

 

Ce qui était immanquable c'était le récit que je ferais à mes copines dans les couloirs du lycée et même le soir au dortoir. Il fallait bien marquer leur imagination avide de sensations et, vous me connaissez, je savais enjoliver et marquer les souvenirs importants.

 

Cerise sur le ballon il est arrivé que mon beau-frère, le capitaine, m'écrive le compte-rendu du match et me demande de le téléphoner à Ouest-France pour la page sports du lundi. Et là j'étais un peu fière.

 

Je sais que vous vous demandez si parfois il ne s'est pas passé des trucs louches. Non il ne se passait rien de désagréable, je suis passée au travers, c'était une jeunesse saine. Pas de « remontada » sous le short ni de propos graveleux. Voilà la vérité vraie.

 

 

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17 mars 2026

Cours de pilates / Anne J.

 

  • - Bonjour chers auditeurs, aujourd’hui, une adepte du Pilates nous fait découvrir cette forme mal connue de Yoga inventée par un américain nommé justement Pilates. Alors Anne, je peux vous appeler Anne ? Expliquez-nous comment vous avez commencé ce sport !

  •  

  • - J’ai découvert cette forme de Yoga grâce a Internet il y a un peu plus de 2 ans. Avant le Pilates, j'ai tenté, sur les conseils d'une amie, la salle de gym près de chez moi. Grâce à elle j’ai eu une entrée gratuite. C’était une salle classique avec des tapis de course, des vélos et des machines pour se faire des muscles, avec un coach pour vous rythmer les entraînements tel un métronome, un peu comme à l'école et je trouvais ça pas si mal car on pouvait s'y rendre quand on voulait de 7 h à 22 h et même le dimanche. Mais ma voûte plantaire a décidé que ce n'était pas une bonne idée et j'ai mis 18 mois à guérir d'une inflammation qui me faisait souffrir du lever au coucher et même après.

 

Arrêt buffet et reprise du sport, version plus douce chez Dan coaching, le Pilates a Lannion !

 

Le bâtiment ne paie pas de mine à l’extérieur, une vieille maison avec une pancarte où il manque des lettres. Comme vous l'imaginez, le patron s'appelle ou se fait appeler Dan, beau gosse, je dirais 45 ans, mince musclé, viril. Il vous reçoit dans un petit bureau et vous fait causer de vos misères, vous écoute et vous promet de tout changer ou presque, voire de vous refaire un corps de rêve, et vous observe, car dès la 1ère séance, il a dit que je marchais a 10 h10 en attaquant avec les talons et que donc j'avais un problème avec mes pieds !

 

En piste pour la première leçon, avec la place à droite du prof près du radiateur, on écoute les consignes… Allongez-vous sur le tapis, les pieds en porte manteau et respirez par le ventre, puis par les cotes en serrant le ventre, c'est parti pour 4 minutes.

 

Et on enchaîne, un mouvement sur le ventre, un mouvement sur le dos, des étirements à genoux, des équilibres debout, des abdos assis, à plat ventre et levez les coudes ou levez les pieds etc., surtout ne rien lâcher !

 

J'ai tenté de suggérer qu’on pourrait faire tous les exercices sur le dos en premier puis ceux sur le ventre au lieu de se retourner sans arrêt comme un steak dans la poêle, nenni ! Ça fait partie de l'exercice : le truc le pire c'est à plat dos, soulever juste la tête pour la décoller et rester ainsi sans rien contracter, ni les épaules, ni les dents, ni les bras, le plus longtemps possible, je ne tiens pas 10 secondes ! Compliqué !

 

On est maximum 12 par séance et c'est plutôt féminin mais il y a quelques gars quand même : des petites jeunettes parfois maigres comme des haricots dans une tenue lycra fluo sortie tout droit de Décathlon, des petites boulottes avec du ventre et 10 kilos en trop en vieux survêtement, des vieilles à cheveux blancs presque anorexiques qui viennent 3 fois par semaine et arrivent avec leurs gourdes qu'elles tètent tout le cours, des vieilles et des vieux avec des prothèses de genou, de hanche, en vieux tee-shirt chiffonné et caleçon de nuit, et des minettes au corps de rêve en dos nu d'athlète , tout est permis.

 

Mais on ne passe pas son temps à regarder les autres, beaucoup d'exercices se font sur le tapis, on ne voit rien sur les côtés, pour les autres on doit se concentrer. Pour ma part j’ôte mes lunettes bien souvent pour être plus à l'aise à plat ventre le nez dans le sol donc je ne vois rien, c'est plutôt bien pour faire le vide dans sa tête. Le prof ne fait pas de comparaison, il a des variantes pour toutes nos impossibilités et il encourage chacun à progresser à partir de ses possibilités, l’humilité avec un grand U devant les ravages du temps et la loi de la gravité qui nous empêche de décoller les genoux pour prendre appui sur les mains.

 

Ça a l'air un peu physique mais pour ma part je trouve ça un peu neurologique aussi : il y a des exercices de coordination des bras et des jambes et de la respiration que je ne parviens pas a faire avec mon cerveau et des positions qui ont l'air simple et que je mets plusieurs semaines à réaliser, juste parce que mon cerveau ne sait pas comment y parvenir ! Il paraît que c'est ok.

 

Et comme dans tout sport, le meilleur c'est quand ça s’arrête au bout d’une heure ! Relaxation 5 minutes sur une musique planante, toujours la même et dans la position qu'on veut ( pour moi en chien de fusil), avant de se lever, de ranger l'élastique qui nous fait travailler les omoplates, de ramasser si on peut encore se baisser sa serviette et de remercier notre tortionnaire, Dan ou Nico son adjoint qui a toujours une mine de papier mâché (il a un bébé qui ne dort pas la nuit) et de promettre de revenir la semaine prochaine pour une nouvelle séance

 

A partir de là, j'espère vous avoir donné envie de tenter l'aventure !

 

C'était la vérité vraie d'un cours de Pilates par Anne, notre envoyée spéciale ! Merci à tous et toutes et à la semaine prochaine !

 

 

 

17 mars 2026

Le Match secret du temps / Marie Sylvie

 

 

 
Dans la nuit du 29 Mars, 
lorsque les aiguilles hésitent encore entre l’Hiver et le Printemps, 
le Temps descend sur la pelouse du monde pour jouer son match annuel.  
Les maisons sommeillent 
mais déjà, dans les couloirs silencieux, 
les râleurs marquent à la culotte chaque horloge 
comme si l’aube pouvait leur voler quelque chose. 
Ils avancent à pas prudents, 
redoutant de se prendre les pieds dans le tapis du changement, 
ce tapis invisible où trébuchent les habitudes.
Ils se sentent un peu impuissants
battus d’avance par cette minute qui se dérobe,
par cette heure qui glisse entre les doigts
comme une savonnette de lumière.
 
En face, sur le banc des optimistes,  
les contents s’étirent doucement. 
Pour eux l’heure nouvelle est un caviar
une offrande discrète déposée dans le cadre de leur matinée. 
Ils avancent dans le jour comme des   métronomes
réglés sur la pulsation du soleil, 
confiants, 
presque joyeux.  
Ils savent que le Printemps n’entre jamais en fanfare
mais par un petit filet de clarté qui s’invite entre les rideaux.
 
À sept heures l’arbitre invisible du cosmos siffle le coup franc du passage.  
Les râleurs protestent, 
brandissant leur café comme un carton de biscotte 
mais le Temps, 
souverain, 
ne se retourne pas.  
Certains tentent une remontada
jurant qu’ils récupéreront leur sommeil perdu
tandis que d’autres touchent du bois pour ne pas arriver en retard à leur propre vie.  
Et puis il y a ceux qui malgré toute leur bonne volonté passent au travers
comme si l’aube les avait oubliés sur le banc de touche.
 
Mais le jour finit toujours par rassembler tout le monde.  
À midi les râleurs ont été envoyés à la douche !
Les contents sourient sans triompher et le soleil,
complice, 
trace une lucarne de chaleur sur la table.  
Le match s’achève sans vainqueur ni vaincu,
seulement avec cette vérité douce : 
Le changement d'heure n’est pas une bataille
mais une respiration.  
Une façon qu’a le monde de nous rappeler que rien n’est immobile, 
que tout avance, 
même lorsque nous traînons les pieds.
 
Et voilà, 
comme dirait l’autre, 
la vérité vraie : 
Le Temps joue et nous jouons avec lui.
 
17 mars 2026

Dernière visite à tante Suzanne / Adrienne

 


 

Bien sûr on lui a téléphoné.


Mais jamais elle ne décrochait : avec les soins, le kiné, les repas, très souvent le téléphone lui est inaccessible.

 

Bien sûr on lui a acheté des pralines Neuhaus, ses préférées.
On est tombée en allant au magasin, la tête en avant.
On est arrivée chez elle le menton bleu et le nez hachuré.

 

Bien sûr on a hésité : sa chambre, était-ce bien dans le 7e couloir à gauche ?

 

Bien sûr c’était le but de lui faire passer un moment agréable.
Mais c’est de plus en plus compliqué de lui arracher un sourire et on essaie misérablement de la dérider sans se prendre les pieds dans le tapis.

 

Bien sûr on se sent impuissante à la soulager et on sort de là comme un chien battu.


« Ne rien lâcher ! » disait-elle autrefois.

 

Jusqu’en décembre dernier.
Mais je n’ai plus rien retrouvé de ce volontarisme lors de ma dernière visite.


On est pas malheureux d’être vieux, disait grand-mère Adrienne, mais de se sentir le devenir.


Voilà la vérité vraie.

17 mars 2026

Le Match "stationnaire" de mes rêves / Jean-Loup

 

La musique planante de Pink Floyd qui envahit l’enceinte prépare le corps et l’esprit à l’évènement cosmique. Un régal, du caviar pour les oreilles !

 

Les spots multicolores, comme un métronome, cadencent l’apesanteur.

 

Rêve ou réalité, fiction, être, non-être ? Compliqué !

 

Le stade est bondé, vibrant, bouillant, prêt à rugir.

 

Mais au centre du terrain, l’arbitre philosophe (si si ça existe!), d’une gravité parfumée de mystère, fixe la balle avec une intensité inquiétante, comme s’il contemplait l’abîme.

 

Il souffle dans son sifflet bleu sculpté. Enfin… il porte le sifflet à sa bouche, puis se fige.

 

Pourquoi siffler ? Qu’est‑ce qu’un début, au fond ? Et si le match avait déjà commencé avant nous ?”

 

Les joueurs se regardent, un peu nerveux. Finalement, ils décident de jouer classique. L’arbitre les observe, l’air grave, comme si chaque passe remettait en question l’ordre du monde.

 

À la 5ᵉ minute, suite à un petit pont, un tacle violent survient. Une faute inutile. Le joueur hurle, roule dans l’herbe, implore, craint pour ses ligaments croisés.

 

L’arbitre s’approche lentement, s’accroupit, et murmure :

 

La douleur est un phénomène subjectif et n’a de sens que si tu lui en donnes, mais je comprends ton trouble.”

 

Biscotte ? Carton ? Non. Il sort un petit carnet et note : “Un être humain au sol .”

 

À la 12ᵉ minute, un attaquant tombe dans la surface, victime d’une praline sur un retourné un peu louche.

 

Penalty évident. Un véritable attentat. Tout le monde le voit.

 

L’arbitre, lui, regarde le point de penalty comme si c’était un trou noir.

 

Qu’est‑ce qu’une faute, sinon la projection de notre angoisse sur autrui ? Une erreur, un manquement, je ne peux pas juger cela.”

 

Pas de penalty. Un véritable hold-up ! Le public, impuissant, commence à douter de sa propre existence.

 

À la 18ᵉ minute, un but, pas malheureux, est marqué en pleine lucarne, un véritable missile ! Le portier, battu, est passé au travers. Le stade explose.

 

L’arbitre reste immobile, les yeux perdus dans le vide.

 

Un but… Mais qu’est‑ce qu’un but ? Chaque pas est un but ! Une ligne franchie ? Une illusion collective ? Une fuite en avant dans l’absurde ?”

 

Le but n’est ni validé ni refusé. Il est en suspens, comme nous et tout le reste.

 

Je rêve, c’est probable !

 

 

À la mi‑temps, les joueurs reviennent au vestiaire pour écouter les consignes et faire un arrêt-buffet. L’arbitre les suit, s’assoit sur un banc, et déclare :

 

Vous jouez pour gagner, triompher d’un adversaire, mais la victoire n’est qu’un concept. A partir de là, peut‑on vraiment gagner contre le néant ?”

 

Silence gêné. Un défenseur, viril d’apparence, demande timidement, comme à l’école, s’il peut juste boire un peu d’eau.

 

La seconde période est encore plus étrange. Un joueur proteste contre une touche mal attribuée suite à une tête dans le petit filet.

 

L’arbitre répond :

 

La touche n’est qu’une ligne imaginaire, une frontière arbitraire. Comme toutes les frontières. Comme toutes les règles. Comme… nous.”

 

Je suis en lévitation.

 

Le joueur abandonne et se met à contempler l’horizon pour faire le vide dans sa tête.

 

Pas de score fleuve, le match se termine sans qu’on sache comment.

 

Je suis sans doute proche du réveil.

 

L’arbitre conclut, debout au centre du terrain, face au vide :

 

Pour gagner, il faut accepter de perdre. Le vrai match était en vous. Vous l’avez peut‑être perdu... Ou gagné. Ou… rien de tout cela.”

 

On regarde sans comprendre.

 

Je suis vraiment réveillée, il est temps de se projeter vers le programme du jour ! Ne rien lâcher ! Savonnette et à la douche !

 

Voilà la vérité vraie de mon rêve, un chouïa existentialiste, de la nuit dernière.

 

 

10 mars 2026

Animaux / Adrienne

 


Appelons un chat un chat : la mère de famille brûlée à A*** vers 1620 après un procès pour sorcellerie n’était pas plus sorcière que vous ou moi.


A moins bien sûr que vous croyiez que les sorcières existent et dans ce cas, je suis désolée de vous le dire, vous avez plus qu’une araignée au plafond mais tout un troupeau qui vous obscurcit l’entendement. 


On sait aujourd’hui qu’il suffisait de peu de choses pour subir la vindicte de la populace : elle a toujours besoin de boucs émissaires.


Depuis toujours on crie haro sur le baudet, sur celui qui n’a pas les moyens de se défendre ni d’échapper aux tourments qu’on veut lui infliger.


Mais revenons à nos moutons : sur Geneanet les gens notent sous son nom « sorcière brûlée à *** »

Pour eux, donc, les sorcières existent.


On a beau se donner un mal de chien depuis des siècles pour enseigner aux gens le rationalisme, la science, l’esprit critique, le choix du mot juste… à quoi bon, on peut se le demander.

 

C’est là que généralement l’Adrienne est comme une poule qui a trouvé un couteau : faut-il signaler aux gens leur erreur ? Faut-il en rire ou en pleurer ? Faut-il hausser les épaules ?

 

Alors on fait l’autruche. On est irritée. On est fâchée. On est déçue. Mais on se dit : à quoi bon réagir ? Est-ce que ça va changer quelque chose ?


Il n’y a pas un rat que ça intéresse.

Au contraire, même : on dirait que ceux qui ont noté « sorcière brûlée à A*** » en sont heureux et fiers et qu’ils seraient fort contrits de devoir l’effacer de leur page. Ou de pousser « le féminisme » jusqu’à rétablir la vérité : « femme accusée de sorcellerie et brûlée vive sur la place publique après un procès bidon »


Lhumanité, hélas, a une mémoire de poisson rouge et ne cesse de répéter ses erreurs.


Oui, on est un drôle d’oiseau en ce monde quand on demande des preuves. Quand on demande à voir.

 

Quand on refuse d’être un mouton de Panurge.

 

3 mars 2026

Dictopia / Adrienne


Un œil – le bon, évidemment –, une cible disposée juste assez loin pour que ce soit fun et pas trop loin pour que ce soit jouable, il n’en faut pas plus pour qu’on s’amuse comme des fous, tout l’après-midi, au club de tir de Nice.

 

On est entre mecs – ce n’est pas qu’on soit misogynes mais les dames on les préfère pour des activités dans d’autres domaines – donc pas de prise de chou, pas de distraction et on peut se laisser aller.

 

C’est mon ami de Mende qui a amené le sujet et on a d’abord un peu fait mine de trouver ça – comment dire – too much mais en réalité on a tous eu ce regard humide et les poils du cou et des bras qui se dressent à l’idée de pouvoir, sans qu’aucun danger de riposte ni de poursuites judiciaires ne nous menace, tirer sur de vraies cibles humaines. 

 

A Sarajevo. 

 

Un week-end organisé. 

 

On t’installe avec vue sur le marché ou sur le pont et tu tires sur des gens qui courent, pliés en deux. 

 

Ça avait un prix, bien sûr, il était question de devoir débourser 100 000, 200 000 € mais faut avouer que c’est autre chose, comme grand frisson, que de tirer sur des goélands dans les dunes ou de faire la chasse aux guillemots en train de couver sur leur nid ! 
 

Des habitants de Sarajevo courent se mettre à couvert d’un bombardement serbe, le 12 juillet 1992. — © PASCAL GUYOT / AFP

 

24 mars 2026

Consigne d'écriture AEV 2526-21 du mardi 24 mars 2026

 

Renc'art

 

Le jeu "Renc'art avec l'art" repose sur 22 reproductions de tableaux ou de sculptures au format carte à jouer.  Chaque écrivant·e en reçoit sept puis en choisit une dans le lot.

 

Comme dans le jeu, on lui demande de décrire rapidement ce qu'il a sous les yeux, sans utiliser les mots du titre ou le nom de l'auteur.

 

Ensuite pour chacune des oeuvres il s'efforce de la résumer en un mot dont il espère qu'il fera deviner aux possesseurs du lot d'images celle qu'il a en main.

 

On se trouve donc en possession de sept ou huit mots, d'une description et de sept cartes.

 

Il est demandé avec cela de faire dialoguer deux des oeuvres de sa série ou d'écrire une histoire, un poème, une nouvelle qui sera illustrée par deux seulement de ces images.

 

Cliquez sur les images pour les agrandir

 

 

 

 

24 mars 2026

Évolution ? / Jean-Paul

 

 

Le Boucher de Cro-Magnon-town s’appelait Martenot. Son échoppe était installée dans la grotte de Last-Cow.

 

C’était un type organisé, ordonné, méthodique voire tranchant. Il avait demandé à sa femme, qui était un peu artiste, de dessiner sur la paroi derrière son étal les animaux dont il découpait la viande et se servait de ces repères pour entreposer sa bidoche. J’écris « sa bidoche » mais c’était en fait notre réserve de viande, ce qu’on ramenait de la chasse et partageait ensuite.

 

- Faudrait voir à pas mélanger le mouton à cinq pattes et la vache folle, le cheval de retour et le bison futé ! Qu’il disait souvent, l’Arsène Martenot.

 

Il n’avait pas déposé le brevet de cette signalétique vu que l’INPI n’existait pas encore en ces temps préhistoriques mais il aurait pu. De fait Martenot était un peu l’inventeur des catégories impératives alors que c’est à Emmanuel Kant qu’on doit les impératifs catégoriques.

 

Son goût du rangement nous a donné plus tard des choses très pratiques comme le bac à légumes dans le réfrigérateur, la cloche à fromage, l’armoire à pharmacie, la cave à vins, le bac à glaçons, la classification Dewey pour les bibliothèques et les tags amusants sur les blogs d’enseignantes qui ne sont pas là pour raconter leur vie mais publient des tas de billets sous « Vive la famille » ou « Petite philosophie du matin ». ;-)

 

C’est fou de penser que nous devons tout aux Martenot. Je ne vais pas ressortir que c’était mieux avant mais la vie était plus simple à notre époque. Il fallait qu’on chasse le gibier pour becqueter, point-barre. On appelait ça « aller au mammouth ». Après, le boucher découpait la viande en taillant des bavettes avec les cuisinières qui les faisaient rôtir sur le barbecue en silex. C’était la même chose chaque jour, on vivait bien, on ne se posait pas de questions et on n’avait pas besoin d’écrire des fake-news à toute heure.

 

De notre civilisation, il n’est cependant resté que les dessins de Christiane Martenot sur les parois de la grotte.

 

Depuis la société a très peu évolué. Du moins si j’en juge par cette représentation ni faite ni à faire, par un nommé Pablo Picasso, d’une tête de taureau bricolée avec un morceau de cuir et une tige de métal !

 

L’art contemporain de nos descendants est particulièrement nul !

24 mars 2026

Papoter à Papeete / Maryvonne

 

 

Assises sur le sable de la plage de Papeete deux jeunes femmes papotent.

 

Du coin de l’œil l'une d'elle semble regarder quelque chose ou quelqu'un sur sa gauche. Elle dit à sa compagne.

 

- Ne te retourne pas sinon il va s'en apercevoir mais il y a sur le rocher en face un beau mec tout nu qui semble réfléchir !

 

- A quoi peut-il penser ? demande son amie ?

 

- Peut-être à la tenue qu'il va mettre pour son mariage ?

 

Elles rient ! Et chacune y va de son hypothèse.

 

 

- Il s’interroge : « Mais où donc ai-je mis les habits ? Je crois bien être arrivé avec ? »

 

- C'est peut-être ton animateur d'atelier d'écriture qui cherche sa prochaine consigne ?

 

- Ou il participe à un jeu de mime et il faut faire découvrir la pensée de Descartes : « Je pense donc je suis ».

 

- Ou il sort du bain et son maillot est à sécher.

 

- Non ! Je sais, il nous a vues et il cherche comment nous aborder et comment s'appelle la fleur que nous avons sur l'oreille.

 

- Et si c'était nous qui allions vers lui ?

 

-_Bonjour Monsieur ! Connaissez-vous monsieur Rodin ? Vous avez une vague ressemblance avec l'artiste.

 

- Moi, dit la plus jeune, je suis la petite danseuse de tamouré. Vous avez l'air triste, est-ce que l'on peut vous aider ?

 

- Ah oui, Mesdemoiselles ! Je cherche dans ma tête la recette de la potée auvergnate, vous savez avec du chou et du lard ?

 

 

- Ben, on est bien en peine de vous répondre : ce n'est pas une spécialité de Tahiti.

 

​​​​​​​- Mais oui suis-je bête, je n'avais pas fait attention à vos fleurs de tournesol.

 

​​​​​​​- Non, pas de tournesol, Monsieur, fleur de tiaré.

 

​​​​​​​- Ah bon ? Je ne connais pas, je suis juste de passage pour voir mon ami Gauguin.

 

​​​​​​​La petite danseuse dit :

 

​​​​​​​- On va vous laisser, Monsieur, à vos pensées !

 

​​​​​​​Et, se tournant vers son amie, elle lui dit : «  Il est taré celui-là. !».

24 mars 2026

Comment naquirent les écuyères / Anne J.

 

 

  • - Bonjour, murmura la jeune fille intimidée. Tu es beau avec ton pelage marron et ta crinière au vent mais tu ne t’ennuies pas dans cette grotte, coincé avec tes frères sur ce rocher glacial ?

     

    - Oh si, je rêve de grandes chevauchées dans les herbes avec le vent dans ma crinière, je rêve de respirer le parfum des fleurs, du feu de bois, des grands arbres, je rêve de sentir le soleil me chauffer le dos et de voir les étoiles briller, je rêve de sentir la pluie, d’entendre l’orage, de gambader dans la neige, je rêve d’être libre et de sortir de cette grotte humide, froide et souvent déserte

     

    - Et tu es là depuis longtemps ?

  •  

  • - Il y a des millions d’années que les hommes m’ont peint ici pour que des millions d’années plus tard on me découvre et que j’existe encore dans les yeux éblouis des visiteurs mais je crois que j’aurais préféré la mort à cette éternité immobile. Fais-moi disparaître ! Rends-moi à la poussière !

  •  

La fillette se baissa pour prendre une poignée de poussière et la frotter sur la pierre et ainsi effacer les chevaux mais le vent se mit à souffler follement dans la grotte et à tourbillonner, faisant voler sa courte jupe et ses cheveux, alors elle eut une idée.

 

Elle se mit à danser avec tout son corps, avec tout son cœur. Se penchant à l’oreille de chaque cheval dessiné sur la pierre, elle souffla dans ses naseaux, caressa son doux pelage, murmura des mots doux et dansa, dansa de plus en plus vite, tournant et virevoltant jusqu’à perdre le souffle et tomber à terre.

 

Un a un les chevaux sortirent de leur longue immobilité et se mirent à galoper vers la sortie. Bientôt seule la poussière resta pour témoigner de leur disparition. Elle retomba lentement, recouvrant peu à peu la jeune fille d’une couche dure et dorée.

 

 

Les visiteurs surpris découvrirent dans la grotte une petite statuette dorée représentant une jeune fille, les cheveux tirés en arrière, vêtue d’un jupon de mousseline, dressant la tête comme pour voir s’échapper quelque chose avec sur les lèvres un merveilleux sourire de joie.

 

Et quelle ne fut pas leur surprise quand un petit cheval au pelage marron et à la crinière noire entra dans la grotte, s’inclina devant la danseuse immobile jusqu’à frôler son oreille et souffla doucement par le nez . La danseuse alors leva délicatement une jambe, se hissa debout sur le dos de l’animal et se mit follement à danser et à faire toutes sortes d’acrobaties époustouflantes.

 

Ainsi naquirent les écuyères qui nous enchantent encore, de la complicité entre un cheval de la préhistoire dessiné par les hommes sur une paroi rocheuse et une jeune danseuse au grand cœur qui était éprise de liberté.

24 mars 2026

Le Penseur et la danseuse / Marie Sylvie

 
 
Dans la salle encore tiède des pas du public
le Penseur toussote, 
se redresse un peu
et lance d’une voix grave :
 
 
《  Enfin seuls.  
Je vais pouvoir rappeler une vérité essentielle :  
 
Sans moi rien n’existe.  
Je suis la réflexion,
la profondeur,
le moteur invisible de toute action.  
On me croit immobile 
mais je voyage plus loin que n’importe quel pied pointé.  
Je pèse,
j’analyse,
je décortique.  
Bref je suis indispensable. 》
 
 
La Petite danseuse roule des yeux. 
Elle ajuste son tutu,
fait un demi‑plié
et répond avec un sourire qui pique un peu.
 
 
《 Mon cher monsieur de bronze
tu es peut‑être la profondeur
mais tu es aussi la lourdeur.  
Tu passes ton temps à ruminer,
à tourner en rond dans ta tête,
à t’enrouler sur toi-même comme un escargot philosophe.  
Moi je suis l’élan,
la joie,
le risque.  
Je tombe,
je me relève,
je recommence.  
Je suis la vie qui circule.  
Sans moi tu serais un caillou qui pense.  
Et encore pas sûr qu’il pense.》
 
 
 
Le Penseur fronce les sourcils.  
Il adore qu’on le contredise,
ça lui donne du grain à moudre.
 
 
《 Très bien, très bien.  
Tu bouges,
tu virevoltes,
tu papillonnes.  
Mais enfin à quoi sert le mouvement  
s’il n’a pas de direction  
ni de sens, 
ni même un début de réflexion ?  
Tu es charmante certes
mais tu vas où exactement ?  
Tu danses pour danser.  
Moi je pense pour comprendre.  
Et comprendre c’est avancer.》
 
 
 
La danseuse éclate d’un rire clair,
un rire qui fait vibrer la salle entière.
 
《 Avancer ?  
Tu n’as pas bougé d’un centimètre depuis 1880.  
Moi au moins j’essaie.  
Et puis tu sais quoi ?  
La pensée sans le corps
c’est une lettre sans facteur.  
Ça reste coincé dans la boîte.  
Moi je porte les idées,
je les mets en mouvement,
je leur donne une forme,
une respiration.  
Sans moi tu serais un brouillard. 》
 
 
Un silence tombe.  
Pas un silence hostile.
Un silence qui réfléchit,
qui respire,
qui se reconnaît.
 
Le Penseur incline la tête.  
La Danseuse adoucit son sourire.
 
 
 《 Bon… 》 dit-il.  
《 Bon… 》 dit-elle.
 
 
Et ensemble :
 
《 Il faut bien l’admettre :  
La pensée a besoin du corps  
et le corps a besoin de la pensée.  
L’un donne l’élan,
l’autre donne la direction.  
Sans toi je m’effondre.  
Sans toi je m’égare.  
À deux nous avançons. 》
 
Alors dans la salle silencieuse
on aurait juré voir le bronze se détendre 
et la cire respirer.
 
 
N.B. Mon objectif : faire débattre ces deux figures comme deux facettes de l’être humain, l'’âme et le corps.
31 mars 2026

Consigne d'écriture AEV 2526-22 du mardi 31 mars 2026


Fabula 


 

Les 8, 9 et 10 mai prochains aura lieu à Rennes le festival « Fabula ». Conteurs et conteuses y proposeront spectacles de contes et autres animations autour de la littérature orale. L’équipe décoration du festival vous invite à jouer avec les mots « conte, conter, conteur » en vue d’afficher des textes très courts sur le lieu du festival.

 

1) Il vous est donc demandé de rédiger des aphorismes, des haïku, des limericks ou de simples phrases avec des jeux de mots à partir du vocabulaire des contes et en jouant avec les homonymes « conte », « comte » et « compte ».

Voici pour vous aider une collecte de vocabulaire réalisée par Anne-Françoise :

Compte-chèques - Compte courant - Contrat à compte d'auteur - Chambre régionale des comptes - Compte personnel de formation (CPF) - Compte joint - Compte épargne temps - Compte de résultat - Règlement de comptes – Compte-gouttes - Compte-rendu - Compte à rebours - Comptes d’apothicaire - Commissaire aux comptes - Compte à découvert - Livre de comptes - Le temps est compté - Trouver son compte - Tenir compte de - Le compte est bon - Rendre compte de quelque chose à quelqu’un Régler son compte à quelqu’un - Faire ses comptes - Pour le compte de quelqu’un - Ne pas demander son compte - travailler à son compte - S’en tirer à bon compte - Etre loin du compte - En fin de compte - Tout compte fait - Au bout du compte - Compte tenu de - A bon compte - Avoir son compte - A ce compte-là - Laissé pour compte - Bloquer un compte - Rentrer en ligne de compte - C’est l’intention qui compte - Les bons comptes font les bons amis - S’établir à son compte - Le compte est bon - Compter sur ses doigts - Apprendre à lire, écrire et compter - Compter pour du beurre - Compter les moutons - Compter les points, les coups - Faire tourner le compteur - Relever le compteur - Remettre le compteur à zéro - Un compteur d’eau, d’électricité, de gaz - Un compteur de vitesse - Le comté, fromage de Franche Comté Comté AOP au lait cru de vache - Comté : on l’aime sans compter – Payer comptant – être content - Conter fleurette - En conter de belles - Conter des sornettes - Ne pas s’en laisser conter – le comte de Monte Cristo - Barbe-Bleue – Peau d’Âne – Cendrillon – ogre – sorcière – balai – petit Poucet – prince charmant - grenouille – Jack et le haricot magique – Pierre et le loup - , etc.

 

2) Si vous n’êtes pas inspiré·e par cette consigne, essayez de légender poétiquement ou humoristiquement les photos suivantes ou imaginez le conte qui est ou pourrait être raconté par chacune des personnes représentées sur les photos.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

7 avril 2026

Vieux ou pas ? / Anne J.

 

Je trouve la proposition de notre animateur (qui est né la même année que moi) presque insultante ! Parler comme ses arrière -grands-parents ? Mais ces mots-là font partie de mon vocabulaire et je les utilise couramment, alors quoi ?

 

Je fais partie des vieux ? Mince, alors ! Ne faites pas cette tronche, vous aussi vous en êtes ?

 

Oui quand je vais à la plage, je prends une petite laine, car en Bretagne il fait toujours un peu frisquet pour se promener en marcel.

 

 

Oui quand je vais sur les sentiers de douaniers et même parfois en ville je mets mes grolles de marche pour être à l'aise et ça ne m'avantage pas autant que les escarpins ! Mais quand on est une vioque comme moi, on s'en moque d'être rétro, de trouver un jules et on ne fait pas sa mijaurée sous la pluie.

 

C’est bizarre de penser que je suis maintenant presque aussi vieille, voire plus, que mes grands-parents quand je les ai connus et je me plais à les imaginer quelque part dans un autre monde en train d’observer l’aînée de leurs petits-enfants devenir une ancêtre comme eux !

 

  •  

- Tu l’as vue, la mouflette ? Elle a drôlement grandi !

 

- Pour sûr, elle a fait du chemin avec ses petites guibolles toutes maigrichonnes !

 

- Elle a même eu son bac mais elle n’a pas voulu devenir institutrice, pourtant c’est un beau métier.

 

- C’est pas grave, elle a bien gagné son oseille quand même, on peut bicher d’avoir une petiote comme ça mais elle n’a pas trouvé de jules pour l’épouser, c’est un peu dommage !

 

- Je crois qu’elle préférait lire la gazette ou écouter le poste plutôt que de faire la zazou dans des noubas avec des blousons noirs ou de traîner dans les dancings avec des jeunes gens de bonne famille.

 

 

- Je crois surtout qu’elle préférait refaire le monde et causer avec des contestataires et toutes sortes de gauchistes, même des qui fréquentaient l’église !

 

- Mince c’est bien vrai ! Elle allait chez les curés de gauche !

 

- Et maintenant qu’elle est à la retraite, elle a une vie épatante, elle sort le matin avec son cabas pour prendre l’air, acheter pour trois francs six sous de quoi faire son fricot, en se moquant de la réclame et en préférant le bio. L’après midi, elle fait l’institutrice pour des migrants qui viennent, sans sarrau ni gibecière, apprendre les rudiments de notre difficile langue.

 

- Punaise c’est une chouette nana, notre petite fille, je te le dis !

 

- Allez, sors nous une roteuse, qu’on boive un coup à ses 72 piges ! Après on ira flamber notre oseille au casino en écoutant des vieux disques vinyle sur notre pick-up d’époque !

 

- Punaise, quel programme !

 

- A la tienne, et à tous ceux de la classe 54, c’est les meilleurs !

 

 

7 avril 2026

Vacances de Pâques ou Présent d'anniversaire / Jean-Paul

 

Mazette ! Il va falloir qu’on pense à se tailler, Eugénie ! Quand j’entends les baveux qui causent dans le poste, j’ai vraiment l’impression qu’on est devenus des vioques ! Même si, pour les jeunes gens d’aujourd’hui, on est sans doute déjà un vieux – ou un « has been » - à 35 piges !

 

Tu penses bien, nous qui sommes à la colle depuis des décennies, qui avons écouté des 45 tours sur un pick-up, qui avons pédalé comme des malades sur nos vieux clous au lieu de prendre l’aéroplane pour les vacances, nous qui envoyons toujours des cartes postales grâce aux PTT (Petit Travail Tranquille ?), je pense qu’on doit nous prendre pour des branques d’un autre siècle !

 

 

Pour sûr, nous sommes un couple épatant ! Nous sommes payés trois francs six sous et nous trouvons encore moyen de faire des éconocroques !

 

Alors voila : à force d’entendre aux nouvelles que nous ne sommes pas normaux, que nous avons salopé la planète à tire-larigot, que la jeunesse en a plein les godillots de nos tronches de margoulins juste bons à flinguer, j’ai décidé de claquer l’oseille !

 

Fais les valoches, Liliane ! Je t’offre une semaine de vacances dans un « Sam Suffit » à quatre heures de route d’ici. En train, bien sûr vu le prix auquel est grimpée l’essence qu’on met dans nos pétrolettes !

 

J’ai dégoté un hôtel croquignolet dans un coin de France bien trognon où l’on fabrique du bon rouquin. Ça va être vachement chouette! Le restau tous les jours, ça va nous changer du fricot qu’on prépare tout au long de l’année même si on ne mange pas chez nous que des nouilles ou des pommes de terre !

 

 

Ça me fera énormément plaisir de régler la douloureuse, surtout si le frichti vaut le déplacement. Je veux bien même casquer beaucoup si la tortore est du tonnerre !

 

Bien sûr, comme tous les ans, tu en auras plein les lattes le soir parce que je t’aurai fait marcher pendant des plombes mais, tu me connais, quand je m’entiche d’une ville de province, il faut que j’en fasse le tour complet, que je ramène des tonnes d’images dans ma gibecière.

 

Surtout, n’emporte pas ton bigophone ! Huit jours sans les réclames de Youtube, sans les assommantes chroniques matutinales des types et typesses qui parlent trop vite, sans aucune nouvelles de l’autre cador des States et de ses acolytes tout juste bons à embarquer dans le panier à salade, ça va me faire, à moi qui n’ai jamais fumé, le même effet qu’une cigarette de drogue !

 

Dépêchons-nous de flamber! Je n’ajoute pas « avant de canner ou de clamser » puisque je me pense immortel mais surtout – j’ai trouvé ça tout seul, aujourd’hui même – parce que « partis comme on est, sauf accident notoire, on risque bien de finir dans la peau d’un vieux ! ».

 

7 avril 2026

Consigne d'écriture AEV 2526-23 du mardi 7 avril 2026

Parler comme ses arrière-grands parents

 

 

Nous poursuivons l’exploration du « Dico français-français » de Philippe Vandel avec le chapitre 13.

 

Saurez vous inclure au moins dix des mots de la liste ci-dessous dans un texte qui parle d’aujourd’hui ou d’hier, ou d’aujourd’hui comparé à hier, ou du futur si nous en avons un, ou de ce que vous voudrez ?

 

Petite laine : gilet

Liquette : chemise

paletot : gilet

tricot de peau : tee-shirt

chandail : pull-over

grolles : chaussures

godillots : chaussures

gros ceinturon

avantager : porter un vêtement séyant

présenter bien

douilles : cheveux

gentil : joli

trognon : joli

chou : mignon

croquignolet : trognon

bicher : être fier

trois francs six sous : rien

nouvelles : infos à la radio

réclame : publicité

éconocroques : économies

hirondelles : flics à vélo

panier à salade : fourgon cellulaire

copieux

causer : discuter

causeries : longs commérages

pop : jeune et à la mode

inverti : homosexuel

contestataire : gauchiste chevelu

gus : homme, mec

typesse : fille peu féminine

margoulin : magouilleur

douloureuse : addition au restaurant

marcel : tee-shirt dénudé sur les bras

roberts : seins

gazette ; journal

ballot : idiot

rendre : vomir

frichti : tambouille

orange : le cadeau de Noël

cigarette de drogue : joint

 

cabas : sac à provisions

rouquin : vin rouge

consommé : potage

fricot : repas

nouilles : pâtes

baveuse : omelette

roteuse : bouteille de champagne

bibine : mauvais alcool

picrate : mauvais vin

tantôt : cet après-midi

a tire-larigot : beaucoup

présent : cadeau

fille de joie : prostituée

loufiat : garçon de café

cambuse : chambre

Sam’suffit : résidence secondaire à 4 heures de route

bachot : baccalauréat

surgé : CPE

instituteur/trice : professeur·e des écoles

pion : surveillant

gibecière : cartable

sarrau : blouse d’écolier

pick-up : électrophone

aéroplane : avion

45 tours

pétrolette : moto

clou : vélo

bigophone : téléphone

PTT : la poste

le poste : la radio

bidule : truc

machin-chouette : bidule

jeunes gens : jeunes sympas

blousons noirs : jeunes pas sympas

vieux : parents

assommant : chiant

java : nouba

nouba : fête arrosée entre amis

zazou : ancêtre du punk

chahut : boucan, bordel

dancing : boîte de nuit

gambiller : danser

surboum : surprise partie

bécoter : embrasser

 

boumer : manifester de l’ambiance

s’enticher : tomber amoureux

en pincer : vouloir coucher avec

être à la colle : être en ménage

un jules : un amoureux

un julot : un proxénète

une mijaurée : une maniérée

épatant : plus que réussi

baveux : journaliste

chouette : pas trop mal

bath : pas dégueu

vachement : trop, beaucoup

Pour sûr ! : tu m’étonnes

Mince ! : Grave !

Mazette ! : Canon !

La Vache ! : Géant !

Punaise ! : Putain !

Terrible ! : Total délire

Du tonnerre ! : Mortel

branque : cinglé

buter : tuer

cador : caïd

came : drogue

canner : mourir

le carbure : l’argent

casquer : payer

clamser : mourir

décarrer : sortir

défourailler : sortir une arme

flamber : jouer au casino

lattes : pieds

flinguer : tirer

mollo : doucement

mouflette : petite fille

nana : femme

oseille : argent

pige: année

plombe : heure

se tailler : partir

taulier : patron

tronche : tête

valoche : valise

vioque : vieux

 

7 avril 2026

Un Sacré margoulin / Lili

 

 

Ce type-là ne se coupait jamais les douilles, il portait un marcel de contrebande, roulait des mécaniques toujours la clope aux lèvres et fréquentait les bastringues les plus mal famés. Il ne payait jamais sa bibine et n’hésitait pas à piquer de la came à ses potes en disant qu’il n’avait pas un radis pour la payer.

 

Il faisait partie de la bande à Dédé et semblait au courant de tous les mauvais coups à venir mais personne ne savait où il vivait, ce que faisait son vieux et s’il touchait des allocs pour payer sa cambuse. On disait que c’était un sacré margoulin. Mais allez savoir ! Il avait peut-être fait de la taule, et pour s’en remettre c’était pas de la tarte ! Alors on le laissait tranquille.

 

 

On lui connaissait une chouette nana, bien carrossée, les roberts en boulets de canon et le pétrousquin en promesses de paradis. Pas une mijaurée la Marylin, une star ! Mais il ne fallait pas la toucher de trop près, elle avait son standing. Enfin, c’est le gus qui en causait chez Jeannot quand la fumée et les vapeurs d’alcool vrillaient sa tête en papier mâché. Les claquoirs avinés alignaient des joyeusetés comme « La Vache ! Géant ! Trop bonne ! Canon ! »

 

- Putain ! Mais t’es un caïd ! Comment t’as fait pour emballer la Marylin ? T’as pas un rond et elle, c’est mortel, la classe quoi ! On dit qu’elle reçoit dans son pieu des gars de la haute, des députés et des joueurs de foot. T’es un cador, toi !

 

- Ouais, j’sais pas, c’est comme ça… 

 

C’est à ce moment-là que le regard absent, le type avait l’habitude d’extirper du fond de sa poche une pièce de 10 centimes qu’il plaquait généreusement sur le comptoir. Puis il sortait, atteignait l’angle de la rue et c’est bien là que Bébert l’avait vu arrêter un taxi et disparaître.

 

***

 

Plus tard on sut qu’il rejoignait le Casino du Grand Hôtel pour y flamber l’héritage paternel. Mais pourquoi cette fréquentation de la pègre ? Qu’avait-il à gagner chez ces petites frappes ? On l’avait arrêté, il était le principal suspect dans l’affaire de l’enlèvement du chihuahua de la princesse Flore avec rançon à la clé. Les témoignages s’accumulaient, le commissariat du XIème allait pouvoir clore l’enquête.

 

 

28 avril 2026

Entre Nantes et Blois (1) / Jean-Paul

 

L’HEUREUX HASARD

 

 

L’heureux hasard n’existe pas.

Il faut toujours aller chercher,

Marcher, lever le nez, les yeux,

Regarder dans les coins, dans les cours,

Derrière les vitrines.

 

C’est comme un arc-en-ciel,

Une rencontre rare,

Un moment suspendu.

 

Quelque part dans la nuit

Une femme fantôme a déposé des fleurs.

Elle n’a pas prévu que tu viendrais cueillir

Ses œuvres du regard.

 

 

NEMO

 

 

A l’entrée de sa péniche

Le patron du Nemo a posé une affiche :

« Je n’y suis pour personne ».

 

Il est allé chez son voisin du Nautilus.

 

 

 

PHILEAS

 

Un jour de brouillard ou de fog,

Si tu vas cambrioler

La péniche de Phileas,

Emmène un passe-partout !

 

 

 

LE VAPORETTO

 

Le vaporetto s’appelle Navibus.

Il est gratuit en ce dimanche et nous amène à Trentemoult.

C’est un village de pêcheurs, le pendant pour Nantes de ce qu’est Burano à Venise.

Des maisons de couleurs vives, des enfants qui jouent dans les cours, des chats qui paressent aux fenêtres ou au seuil des maisons.

 

Mais les gens par ici ont l’esprit de Gavroche. Ces frondeurs se plaignent du tourisme. Pour un peu, il y aurait des panneaux « Interdit aux extra-terrestres » !

 

 

 

Ces quasi-îliens qui n’ont rien à foutre de presque tout enverraient volontiers Parisiens et Nantais voir le diable dans la rue Vauvert.

 

Las, celle-ci se trouve à Blois mais dans cette ville plus calme on ne crie pas « Vive la France ! » ni « On n’est plus chez nous » ou plutôt comme on dit aujourd’hui avec l’aplomb des rois gaulois « On est chez nous » !

 

 

28 avril 2026

La Dérive des mots / Marie Sylvie

 

 

Il paraît que nul n'est censé ignorer la Loire.

 

Elle coule,
Indifférente aux Barons perchés qui scrutent l'horizon depuis leurs balcons de pierre. 

 

Près des Nefs je croise une Beauté asiatique qui murmure : 

- J'ai déja hâte de te revoir.

 

Je m'arrête  Chez Mamie Annie pour oublier que l'art est une farce

 

Au coin de la Rue Vauvert un tag prévient les passants : 

Les misogynes n'ont aucun état dame.

Je souris.

 

J'ajuste mes Chapeaux hattitudes  

Et je me dis qu'après tout un cœur brisé pourra toujours aimer.

 

Le soir tombe sur le Petit marais. 

 

J'hésite devant l'enseigne On va s'émécher toi ou chez moi ? avant de choisir la solitude du quai.

 

Regarder l'eau c'est un Trait d'union entre hier et demain. 

 

Y croire en cœur
Simplement.

 

5 mai 2026

The Times they are achangin' / Jean-Paul

 

 

La légion saute sur Kolwezi !

 

Parachutiste malgré lui

Le militaire n’est pas commode

 

Et s’il redevient à la mode

Il n’a plus les femmes pour lui

 

Elles opposent leur silence

A sa violence

 

Pour tous ses actes de bravoure

Elles n’ont plus que désamour

 

En ces temps de calamité

L’archer se trouve dépité

 

Les fleurs de sel

Tombent du ciel

 

La dominatrice, l’air narquois

Se moque bien de son carqouis

 

Elle n’a d’yeux, - ça, l’est marrant ! -

Que pour la Sainte patronne des marais salants

 

 

Le légionnaire les vilipende

Mais sa voix se perd dans la lande :

 

C’est improbable qu’on l’entende,

Lui qui éructe à Kolwezi,

Harnaché jusqu’à son zizi,

Depuis les remparts de Guérande !

5 mai 2026

Sur l'échiquier / Jean-Paul

 

Le fous de cases blanches,

Le fou de cases noires

Travaillent du chapeau

 

 

- Dans une vie antérieure

J’ai été planisphère !

 

- Tu n’es pas qu’à demi malade

A raconter tant de salades !

 

- Il n’y a rien de dégradant

Dans le fait d’être un adjudant

 

- Sauf si trois mois auparavant

Tu étais déjà capitaine !

 

- Tant qu’on ne finit pas fou à lier !

 

- Ou chancelier

De l’échiquier !

 

 

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