Quatre réveillons de Noël. 3, Bigorneau gazouille / A.E. Villejean
1 A.
En vrai, je m'appelle Benjamin. Primo, on ne m'a pas demandé mon avis. Deuxio, dans la foulée, on m'affuble d'un surnom ridicule, Bigorneau. Et là, je suis dans ma coquille, allongé sur le dos, je vois à travers un hublot. Je vois le ciel qui est bleu nuit. Je le sais car je suis HPI. Certains soirs il y a des étoiles mais en cette soirée de Noël où on fête un autre bébé né il y a très longtemps, pas d'étoiles ! C'est étrange !. Normalement, elle fait partie de son histoire. Mais là, ce sont des flocons de neige, ça fait un peu cliché. L'autre bébé dont on célèbre le 2024e anniversaire était comme moi un surdoué. Il faisait même des miracles. En tout cas c'est beau, le ciel est par-dessus le toit de chez Mirabelle et bientôt, je vais la rencontrer.
Maryvonne
1 B
Coucou, je suis Bibi, Bigorneau. Je fête mon mon premier Noël avec mon papa Ludo. ma maman Samantha et toute la famille. Ce soir, 24 décembre, je vois des petites boules blanches dehors. Oh que c'est joli ! Je tape des mains et je les regarde tomber sur le jardin.
Edorée
2
Moi j'aime bien qu'on m'appelle Bigorneau, Bébé ou Bibi. C’est mignon. Et puis les gens, quand ils le disent, ils font une petite voix pour dire "Bébé" ou une petite bouche pour dire "Bibi". Et pourquoi pas "Guili guili" ? Ils sont bizarres, les adultes!
Benjamin ça fait trop sérieux. Quand je serai grand je me ferai appeler Ben par mon amoureuse comme le copain de Mirabelle, enfin, son ancien copain, parce que je vois bien qu'il y a de l'eau dans le gaz. Elle est toute triste. Il n'est même pas venu pour la fête. Elle a mangé juste quelques feuilles de salade.
Je l'ai entendue jouer du piano. J'aime bien mais elle n'a pas dit un mot de la soirée, elle qui est si joyeuse d'habitude. Quand je serai grand, jamais je ne ferai ça à ma copine. Elle ne vient même pas me faire des bisous et me raconter des histoires. Heureusement que la tapisserie est jolie : fond jaune, dessins et quelques feuilles vertes, des fruits Miam miam j'aimerais bien manger autre chose que de la bouillie; Des cerises et du raisin, j'en rêve mais ce n''est pas la saison. A force de regarder la tapisserie j'ai envie de dormir.
Marie-Thé
3 A
C'est mon premier Noël. Je n'ai que six mois et je suis né en été. Bon le froid, la neige, c'est pas trop mon truc mais ma mère m'emmitoufle tant quand on sort que j'ai plutôt chaud.
De la maison direct le siège-auto. J'ai l'impression d'être une momie attachée ou plutôt harnachée au siège. Je peux tout juste respirer. Un petit tour en voiture ! On va passer le réveillon chez tatie Marinette. Je l'ai déjà vue la Tatie Marinette. Sympa. Un peu nerveuse, peut-être. C'est sûrement pour ça qu'il s'est tiré le frère de ma maman son mari. Tu m'étonnes qu'il se soit tire ! Une femme hystérique et en plus il y a une ado ! Alors les ados, filles en plus, c'est pas un cadeau. Moi j'ai le temps mais j'aimerais bien être un ado cool. On verra bien. Je les emmerderai un peu quand même pour le fun mais je serai cool. En attendant, ce soir, c'est Noël. je ne sais pas comment c'est, un réveillon mais j'ai compris qu'il y aurait un arbre de Noël comme à la maison, un arbre décoré avec tout plein de trucs, des guirlandes, des boules de couleur. Ça a été quelque chose l'arbre de Noël chez nous ! Mon Papa a ramené un arbre immense. Il était tout heureux. maman, elle, pas vraiment. Elle le trouvait trop grand et puis il y avait une histoire d'épines qui la mettait en rogne. Papa disait "Ca sent bon, au moins ! Ceux qui perdent pas leurs épines ne sentent rien. Après comme l'arbre était très grand il a failli se casser la figure de l'échelle où il était monté pour mettre une étoile tout en haut et il s'est fait engueuler par maman en plus. Pour l'instant, c'est ça, Noël, pour moi. Ah, les cadeaux ! Ah j'ai entendu parler de cadeaux. Pour moi ça n'ira pas bien loin. Vu mon âge ils ne vont pas se fouler, hein ! Et ils mangent ! D'accord. Moi c'est toujours pareil. J'en ai un peu marre du lait maternel c'est fade à la longue j'ai aussi des petits suisses, des légumes écrabouillés, de la compote. J'ai hâte de passer à autre chose. On arrête chez la Tatie. Papa m'extirpe de mon siège on sonne à la porte et v'là l'autre hystérique qui me fait un grand sourire. je vais sûrement avoir droit au bisou en prime. Ben il démarre bien, le réveillon !
Véronique
3 B
« Dring dring ! ». On sonne à la porte. Marinette vient ouvrir et d'un air joyeux, elle accueille le reste de la famille.
Edorée
4 A
La jolie dame, celle qui a la peau toute blanche et dont on m'a dit que je dois l'appeler Tata ou Tatie, sent très bon.
Elle a des cheveux tout jaunes alors que ceux de ma maman sont très noirs. Tous ces gens ont des visages différents, ils émettent des sons pas pareils, assez aigus pour les êtres à cheveux longs et très graves pour ceux qui ont des cheveux courts.
Mon papa a même des cheveux sous le nez et sous le menton. Ce serait quand même plus simple si les membres d'une même famille avaient plus ou moins la même tête, non ?
Je ne sais pas comment je ferai plus tard pour reconnaître les gens. Il paraît qu'ils sont très, très, très, très nombreux. Ils ont peut-être tous un signe distinctif ? Les rois d'Angleterre ont de grandes oreilles. Les Présidents français sont petits et arrogants. Ou ils mettent des chapeaux spéciaux pour faire pape ou dictateur africain.
A la maternité, la sage-femme, Dominique, a dit que j'étais peut-être à haut potentiel. Intellectuel, je ne sais pas, mais hypermnésique, pourquoi pas ? Il y a plein de mots que je retiens quand j'écoute la radio avec Papa le soir.
Je ne sais pas ce que je dois faire avec toutes les informations qu'on me donne par-ci par-là. Peut-être qu'il me manque pour l'instant des outils de traduction, qu'on me les donnera plus tard. Mais quand ?
La pauvre Tatie - les autres l'appellent Marinette - a l'air bien malade. Elle a un genre d'érythème fessier sur les oreilles. Ça lui fait deux gros boutons rouges et moches. J'espère que ça ne la gêne pas pour entendre.
J'ai eu un moment de panique : elle s'est approchée de moi avec sa grande bouche et j'ai cru qu'elle allait me dévorer. Elle s'est contentée de poser ses lèvres sur ma joue et d'émettre un petit bruit très spécial du genre « Smack » ou « Pfflurtt ». Ça m'a fait tout mouillé, comme si j'avais fait pipi dans ma couche mais juste un petit peu. Je dois avouer que j'ai aimé ça, le petit bruit et le contact avec un être à cheveux longs.
Est ce qu'elle aussi va ouvrir son chemisier et m'offrir un sein à téter ? C'est peut-être la vocation de « ces dames » ? Je crois qu'on dit comme ça pour désigner les nourricières. Mais de fait, même si ça me plairait beaucoup, je pense qu'il y a un autre système de nutrition parce que Mamita ne donne plus la tétée à maman. Et à papa non plus. Du coup, il y a plein d'odeurs différentes qui sortent de cet endroit qu'ils appellent la cuisine.
Jean-Paul
4 B
Ma tata se penche vers moi et me pince la joue. Elle approche ses grosses lèvres rouges pour me donner un baiser collant. Beurk !
Edorée
5 A
Me voilà à l'intérieur du salon. L'ambiance est chaleureuse, les sapins sont décorés de guirlandes qui clignotent et de boules colorées que j'aimerais bien toucher. Au mur, face à moi, un portrait de chien tout mignon me regarde. J'aimerais avoir un chien plus tard. J'y pense très fort et quand ma tatie frappe sur une flûte avec sa cuillère, ça fait « Toc Tiding taping » et c'est beau comme un miracle. Le chien semble sortir de son cadre et s'avance vers moi. Je vous dis que je suis en connivence avec le vieux bébé de 2024 ans, HPI comme moi. Je ne sais pas comment il s'appelait mais certainement pas Bigorneau, même si Mamita m‘a dit qu'il marchait sur l'eau. J'aimerais bien être un peu comme lui, car Mamita l'aime beaucoup. Elle me raconte des chapitres de sa vie. Mais ce qui est moche, c’est qu'il est mort jeune, je ne sais pas comment. Peut être à la guerre en Palestine ? A Gaza ? On en parle beaucoup en ce moment. Mais revenons à notre réveillon, je rêve très fort que j'aurai un chien en cadeau. Même en peluche, ce serait un premier pas vers mon rêve.
Maryvonne
5 B
Tout le monde est arrivé. Marinette fait tinter un verre en cristal pour annoncer le repas de Noël.
Edorée
6
Tout le monde se régale, maman mange de l’herbe. Mais moi j'ai faim et je le manifeste en poussant des petits cris « bip bip bip ».
Edorée
7
Maman finit de manger ses herbes et me prend dans ses bras. Elle se dirige vers le canapé près du sapin et je frétille de plaisir car elle me présente sa grosse tétine. Je pompe avidement en regardant les boules scintiller dans la lumière. Après mon rôt, elle retourne à la table, continue la suite du repas et me garde sur ses genoux.
Edorée
8
C'est une vraie soirée découverte. D'abord, c'est étrange d'être encore en société à cette heure-ci, d'habitude, je suis dans ma chambre depuis longtemps et Papa m'a déjà lu une histoire mais alors, ce soir, après cette balade étrange dans la nuit noire éclairée d'étoiles qui scintillent et une sensation d'air frais sur le bout du nez, je débarque avec mes parents et ma Mamita dans une maison éclairée de partout. C'en est presque aveuglant et alors le bruit n'en parlons pas ! Ils ont vraiment une façon exubérante de se dire « Bonjour » ou plutôt « Bonsoir » ! Parce que tout bébé que je suis, à six mois, j'ai déjà intégré l'alternance jour-nuit. C'est aussi un intérieur très coloré. Je ne connais pas le nom des couleurs mais je vois bien que c’est multicolore parce que il y a Belle lurette que j'ai dépassé le stade du noir et du blanc des premières semaines. Quelle ambiance sonore et inhabituelle ! Ils parlent tous en même temps ! Et ce nouveau bruit cristallin, je ne l'ai encore jamais entendu.
D'habitude, leur verre ne fait pas de bruit Cependant, malgré ces stimulations sensorielles inhabituelles, mon estomac crie famine. D'autant plus que ma mère mange de l'herbe depuis un moment. J'espère que son lait ne sera pas vert et qu'il n'aura pas le goût d'épinard. Bon, passons aux choses sérieuses, je réclame, en déclenchant le signal sonore rituel que ma mère sait bien reconnaître. Bingo !
Rapidement, elle s'exécute, dégrafe son chemisier et me cale dans le creux de son bras gauche. Chic, c'est le côté de mon téton préféré !. La mécanique est bien au point maintenant. Les gouttelettes qui perlent sur le mamelon dégagent bien l'odeur habituelle du lait et puis la couleur est la même qu’à la dernière tétée. Je suis en confiance et surtout j'ai faim. J'y vais, j'ouvre grand la bouche en arrondissant bienles lèvres. Je ventouse le téton énergiquement, ça coule à plein débit. Et hop ! Je me sens dans un drôle d'état. Est-ce que ma mère se serait autorisé à boire du champagne ? J'ai l'impression d'avoir des troubles de la vue ! J'ai encore plus de mal à accommoder que d'habitude. Ma grande cousine est toute gondolée. Sa main qu'elle agite pour me dire au revoir est énorme. Et sa tête est toute petite, loin à l'horizon. Les parents continuent à parler, rire comme si de rien n'était. Pourtant, adultes comme ils sont, ils devraient savoir que ce trouble oculaire peut-être grave et mériterait une consultation d'ophtalmo pour distorsion de la vision. J'ai peut-être la rétine qui se décolle ? Mais c'est le cadet de leurs soucis. Je vois bien que, comme souvent au bout d'un moment, je dérange, et que je suis prié de débarrasser le plancher ! D'ailleurs, mon père me tend les bras et me dit : "Allez Bibi, c'est l'heure du lit !
Dominique
9 A
Papa aussi me fait ce qu'on appelle des bisous mais comme il a des cheveux sous le nez et sous le menton ça chatouille et ça grattouille.
Ici aussi dans cette maison où je viens pour la première fois, on me met en prison quand arrive la nuit avec son lot de fatigue. Mais c'est la première fois que je partage ma cellule avec deux condamnés dont on ne veut pas qu'il s'évadent. Ça va être commode de passer la nuit dans ce commissariat avec ce type marron - un avocat ? - sans doute arrêté parce qu'il déambulait à poils sur la voie publique !
- Je suis un ours télépathe, qu'il me dit avec sa grosse voix de baryton. J'ai appartenu à ta cousine Mirabelle et justement, je me la ferais bien, la belle. Tu connaitrais pas un truc pour me transformer en poisson volant ?
J'aimerais bien exocet son souhait. mais je n'ai pas encore l'âge pour recevoir une boîte de magie Harry Potter à Noël. Pas sûr que mes parents songent même à m'offrir Sophie la Girafe qui fait « Wizz ! Wizz ! Wizziouip ! »
- Bon, grommelle Nounours, puisque tu ne réponds pas et que tu n'as rien dans ta giberne alors j’hiberne. Bonne nuit, le petit ! Essaie de ne pas tirer toute la couverture à toi !
L'autre prisonnier ne dit rien. Il a une bouche mais pas de nez. Il sourit benoîtement et semble heureux d'avoir une peau toute verte parsemée de taches jaunes. Je le soupçonne d'être un prince charmant qu'une grenouille a embrassé et au lieu qu'elle devienne une princesse, c'est lui qui est devenu un crapaud ! C'est une histoire que m'a racontée une fois une baby-sitter prénommée Anne-Françoise, un soir que Maman et Papa étaient allés à l'opéra voir « La Flûte enchantée ». Je crois que je vais l'appeler Ernest. Il a la peau douce comme du velours mais quand je le colle contre ma joue ça ne fait pas le même effet que Tatie Marinette. Là-dessus, papa sort en laissant la porte entrouverte et la lumière sur le palier. Mes yeux se ferment et un joli coq vient parader sous mes paupières.
- Je suis le coq de montre, qu'il me dit. Et je suis un fier compagnon.
- Moi, je suis la vache Ursula, dit sa copine qui a des cornes sur la tête. Je donne des pacs de lait à toute l'Europe.
- Ah ouais, que je fais en entrant dans leur rêve. C'est sûr que vous avez de la gueule ! Mais à part ça !
Jean-Paul
9 B
A la fin du repas, ils débarrassent la table et mon papa me soulève de ses grosses mains pour le dodo. Il chantonne : « Bonne nuit mon petit Bigorneau Il est temps d'aller faire dodo Bonne nuit mon p'tit Bigorneau. Demain, il fera beau ». Papa me met dans les mains mon doudou, une drôle de peluche verte à pois jaune. Je la regarde et je m'endors.
Edorée
10
J'ai écouté la petite musique du mobile que papa avait remontée J'ai regardé longtemps le coq et la vache courir l'un après l'autre Tasse avait été désignée arbitre pour déclarer quel serait le vainqueur J'ai encouragé la vache, j'ai encouragé le coq, mais aucun n'a réussi à rattraper l'autre. J'ai fermé les yeux et ils sont venus me rejoindre. Comme c’est réveillon ce soir, ils ont mis leurs vêtements secs. Coq a choisi une belle parure de plumes pour sa crête et son dos. Vache a mis son collier, un médaillon et une jolie guirlande attachée à ses cornes. Tasse a invité des copines et Théière. J'ai fait comme maman quand quelqu'un vient à la maison, j'ai proposé « thé ou café ? » . Avec un nuage de lait de poule ? Je les ai servis. On a bien fait connaissance tous ensemble, je leur ai raconté la neige blanche comme du lait qui virevolte comme des plumes d'oiseau. J'ai pris un thé, puis un café, j'ai trouvé ça fade, mes amis aussi Comme on est très bien élevés, on a pas jeté. Mais j'ai commencé à discuter de ce qu'on pourrait boire d'autre et qui pourrait être plus festif, j'ai évoqué tout ce dont on parlait à la maison chaque jour, champagne, vodka, bière, Martini, kir, punch, Porto, mousseux, Muscadet, Sangria, cidre, Beaujolais, whisky, rhum arrangé. Mes amis étaient très impressionnés par mes connaissances sur les liquides. C'est normal, je suis tout petit, je ne prends que ça pour l'instant. Je prends rien de solide. Ils m'ont dit que Benjamin Bigorneau, c'est très moche comme prénom. Ils ont proposé un surnom que j'aime mieux : Pochtron.
Anne-Françoise
11
Je me mets à rêver. Un rêve bizarre où je suis à table et je bois du thé pour faire comme les grands avec Macaron, le coq roux et Ursula la vache sacrée indienne qui porte le troisième oeil au milieu du front. Je parle leur langage et on se comprend. Tout à coup, je suis réveillé par le bruit d'en bas. Ce qui fait caqueter Macaron et beugler Ursula. Les murs ne sont pas épais dans cette baraque Et j'entends des disputes entre Tata et Mirabelle que le bruit de la chaîne stéréo ne couvre pas. Alors je me mets à crier, à pleurer fort. Papa, affolé, monte et me prend dans ses bras, me console et gronde Tata et Mirabelle car elles m'ont réveillé. Alors pour calmer l'atmosphère, maman se met au piano et joue de belles mélodies. Papa me balance doucement au son de la Berceuse de Brahms et je ne tarde pas à m'endormir. Je laisse les grands avec leurs histoires d'adultes ! Moi Morphée m'a pris dans ses bras et je dors sans rêver jusqu'au matin.
Edorée
12 A
Vache, Coq et Tasse sont vite remontés sur le mobile et j'ai bien tout rangé quand on a entendu papa monter l'escalier. J'ai ouvert les yeux et il m'a tendu ses bras immensément longs. C'est un effet du cocktail mojito-tequila dont il abuse à chaque fois qu'il vient me chercher dans mon lit. Sans compter sa petite poudre blanche, celle qu’il a confondue une fois avec mon lait en poudre, qui lui fait des yeux ronds et lui écarquille les pupilles.
J'en ai eu une confirmation lorsqu'il a parlé :
- L’a fait beau dodo, bébé ?
Au lieu de me demander si mon sommeil avait été récupérateur et quellle analyse on pouvait faire de mon rêve. J'entends que ça braille en bas, que ça gueule. Qu'est-ce qu'elle se sont mis dans le gosier ! Quelle famille de soiffards ! Ils n'ont pas d'excuse, eux qui peuvent éponger avec du solide. Moi je peux pas. J'ai quand même hâte de voir ça. S'il y a vraiment de l'animation, je pourrai discretos essayer de finir une petite coupette ! Autre stratégie je pourrais peut-être brailler tout ce que je sais. Ils me fileraient de la gnôle pour m'endormir. Ça pourrait être pas mal !
Anne-Françoise.
12 B
Mirabelle pourrait bien venir me chercher au lieu de me laisser tout seul dans un lit à barreaux comme dans une prison. J'entends la musique et les autres qui discutent et qui s'amusent et qui rient. Je veux faire la fête moi aussi ! On me laisse tout seul ! je veux voir Mirabelle jouer avec ses mains sur le piano. Ouin Ouin Ouin !
J'ai gagné, v’là Papa !
Marie-Thé
13
Je viens d'un pays ou tout être normal fait un séjour dans un coquillage. Ledit coquillage a visité toutes les mers et océans de Gaia. Puis il est pêché par un humain ou une humaine, mangé par l’humaine et neuf mois plus tard,c'est un bébé, comme disent les hominidés, qui surgit en saignant du ventre d'une humaine. Depuis que j'ai mis mes cordes vocales sur « on », ma mère, dès que je pleure, s’installe devant la table avec des rectangles noirs et blancs qui sont super heureux quand on les tape. Ils surgissent, trop cool, pleurent, s'extasient. Hmmm ! J’aime, j’aime, j’aime ! Je veux devenir le pianiste Bigorneau ! Ah voilà que j'entends la voix de ma tante un peu cassée, Gospelisé. Elle aussi aime taper sur les rectangles noirs et blancs. Mon père me fait peur quand il approche ses grands bras de mon petit corps. Heureusement, souvent, il me dépose dans les bras de Maman qui me colle doucement mais sûrement sur ses tétons que je suce avec force et ténacité, parce qu'il faut de la force pour extraire le lait sacré.
Mais là, Ludovic - c'est le prénom de mon père - me dépose dans mon lit à barreaux. Je n'ai jamais compris le concept mais, en réfléchissant, c'est peut-être aussi bien que d'être enfermé dans un coquillage même s’il vogue et caresse toute la sagesse du monde. J'ai dormi, j'ai rêvé et quand je me suis réveillé, ma cousine Mirabelle aux cheveux violets était devant les rectangles noir et blanc. Ses tentacules dansaient avec grâce, en rythme. Cela m'a rappelé une nuit sur une plage quand bigorneau encore j’étais. Des humains, des humaines qui dansaient hallucinés sous la Lune et devant un rocher totem. Malheureusement une grosse vague m'a emporté loin. Pendant que je dormais avec mes copains la poule et le coq, une navette en or s'est posée devant les rectangles blancs et noirs, « une montre » ai-je entendu. Moi je sais que cette navette va me conduire sur le chemin qu'on appelle la vie. Est-ce bien ? Est ce galère ? Je vais aller voir le Crabe. Il a une autre façon de concevoir la route.
Ghyslaine










