Quand tu boutonnes Carvin avec Épinoy (dimanche avec lundi !), tu es chez moi !
Ce n’est pas que je sois un mauvais exemple en matière de présentation vestimentaire – quoique ! – c’est juste que la cité du bois d’Épinoy se trouve à Libercourt, là où je suis né, et que jusqu’en 1947 cette commune du Pas-de-Calais n’était qu’un hameau de la ville de Carvin.
Ici, dans cette région que je rechigne toujours à appeler les Hauts-de-France, on parlait et on parle encore un patois appelé Ch’ti que je rechigne toujours à appeler du picard et pourtant c’en est.
Il faut donc remercier Pépito Matéo qui s’intéresse aux expressions et aux vocables pittoresques de la langue française « en voyage » de me "ramintuver" le bon vieux temps où mes parents et grands-parents étaient vivants !
Grâce à lui je vais enfin pouvoir constituer et partager le lexique des mots entendus dans l’enfance et qui sont peu utilisables dans mon pays d’exil.
Je vous les livre en vrac, tels qu’ils me sont venus au cours de mes récents déplacements et/ou insomnies !
berloquer : chanceler, basculer
une cafougnette : une histoire drôle. Cafougnette est le nom d’un personnage typique dû à la plume de Jules Mousseron
être arringé : être fou, avoir des idées qui sortent du commun
quèr : tomber (déformation de « choir »)
une cayelle : une chaise
une carrette : une voiture
un biclou : un vélo
avoir un œil qui dit merde à l’autre : loucher
armue tin cul ! : magne tes fesses, bouge-toi !
Un trop d’gueule : un vantard, un beau parleur, un arrogant
déloufer : vomir
« Encore un que les boches n’auront pas ! » : phrase qui se dit quand on lance un pet sonore
les boïaux rouches : les boyaux rouges. C’est le surnom donné aux gens du seul Pas-de-Calais.
une Marie Toutoule : une femme peu soignée
une Nunu Cacacque : une obsédée de l’hygiène
un égosil : un abruti, un imbécile (déformation de l’espagnol alguazil) ; on trouve aussi « agosil »
la maraute : la maraude, le fait de chaparder des fruits sur un arbre
un sincier : un fermier
geulard : gourmand
une maguette est une chèvre
une pizingue : une pimbêche, une fille délurée
un garlouviot : un jeune homme un peu présomptueux
une biloute : une verge, un sexe d’homme
une gampe : une jambe
une barnife est une gifle
une clique est une tape sur les fesses, une fessée
un doudou est un enfant méchant
une guiffe à chuques est un amateur de sucreries
un galaf est un gourmand
la wassingue est le nom de la serpillière
un ramon est un balai
un carin est une remise, une cabane à outils
à mo’ = chez
cor’ = encore
tuter : boire
« Tin père y’est cor’ à mo Sidonie à tuter dé l’bibine »
Une amusette est un type qui ne songe qu’à se distraire
Un soyeux (prononcer soïeux, soïeuse) est quelqu’un(e) qui vous soûle de paroles. On dit aussi un ratelard (de gratte-lard?)
la ducasse est le nom de la fête foraine
maquer : manger
à z’épaulettes : sur les épaules
un capiau : un chapeau
une quémiche : une chemise
la berdoule : la boue
la boudinette : le nombril
les coulons : les pigeons voyageurs
les coulonneux : les colombophiles
Une marrone : un pantalon « armonte eut’ marrone ! »
tchiot ninin : petit bébé
tchiot margat : enfant
se camucher : se cacher
artrousser : retrousser
un séyau est un seau
un innochint (innocent) est un niais, un idiot
la baraque : la maison
la capote : le manteau, le paletot
la chirloute est le mauvais café, pas assez fort
un niguedoule est un idiot
avoir le souglou c’est avoir le hoquet
berlafer c’est faire un repas avec des tartines trempées dans du café
marcher à pied de chaussettes (ou à pieds décau) c'est marcher sur le sol de la maison sans avoir mis ses chaussures.
***
Je termine par deux expressions que j’aime bien :
« Ramasse tin cô, y a les pattes cassées ! » (Remballe tes arguments, ils n’ont rien de convainquant ! ou bien "Rentre chez toi, t'as perdu la partie !")
et « Intique, intasse, t’occupe pas de ch’ti qui passe ! » (Bien faire et laisse dire !).
Six personnes sont venues nous voir lorsque nous étions au Maroc.
C'est là-bas que j'ai pris l'habitude d'aller sur le marché car il y a très peu de supermarchés (et beaucoup de supérettes).
Une de nos visiteuses a trouvé que mon marché de tous les jours était sale (elle a aussi trouvé que mon intérieur l'était).
Pourtant, je n'ai jamais eu là-bas de rhume des fesses, ou tourista, peut-être parce que mon mari travaillait au Maroc et que nous étions résidents, non des touristes, sauf lorsque j'ai fait une orgie de melons 1 et lorsque j'ai mangé un carpaccio de noix de Saint-Jacques (donc crues) ce qui m'a valu une allergie à ce mets délicieux.
Là-bas, je me suis aperçu qu'en France nous étions des cocolets, ayant un système de santé, d'assurance chômage et de retraite dont les Marocains n'ont qu'un embryon.
Pourtant, ils ne sont jamais brossus, ne se plaignent pas, travaillent 44 heures par semaine et sont très imaginatifs pour pallier leurs soucis.
Ces grands-mères qui savent tout, c'est un mensonge. Un joli mensonge, certes, mais quand même un mensonge. Elles ont tout su, c'est certain, à un moment ou un autre de leur vie. Mais maintenant leurs connaissances et leurs souvenirs sont bien rangés, voire coincés dans la poche de leur tablier d’écolière, dans leur boîte à outils, dans leur dé à coudre de petite cousette, dans la ferme des lilas. Il y en a même de plantés dans le jardin et puis aussi d'autres planqués dans leur cœur et dans leur tête.
Ce joyeux bazar c'est toute la vie en chantier, des pans entiers qui tiennent encore bien debout, bien d'aplomb et d'autres qui s'écroulent. Elles avaient beau avoir cimenté leurs souvenirs à coup de « Avant que j'oublie », ceux-ci s'en vont par les routes ou par les airs car ils sont fait d'une substance volatile.
Comme l'alcool dans les vieux fûts de chêne, pendant la période du vieillissement, ils s'échappent par évaporation. C'est ce que l'on appelle la part des anges. Voilà, exactement, les souvenirs évanouis c'est la part des anges. Ils emmagasinent dans leurs petits corps replets et leurs visages joufflus le destin de Marie et les amours d'Alfred. Et s' ils les emportent très loin dans le ciel par dessus les toits, c'est la faute du vent de l'amnésie qui souffle dans leurs petites ailes de plumes blanches. Que font-ils de leur cargaison ? Comme les abeilles, en font-ils leur miel ? Je ne sais pas mais ce que je crois c'est que nos souvenirs qu'ils emportent, les bons et les mauvais, ont une influence sur leurs destinées. Sinon pourquoi certains se retrouvent dorés à l'or fin dans des édifices prestigieux pendant que d'autres, sculptés dans la pierre, subissent les intempéries et pire encore j'en ai vu fracassés au fond des cimetières sur les minuscules tombes d'enfants en marbre blanc.
Toi aussi parfois tu t'effraies en pensant que tout ce que tu vas vivre va s'évaporer et que c'est le prix à payer pour avoir eu une vie longue durée. Ne t'inquiète pas, toutes les femmes et tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon et je connais quand même quelques grands-mères qui connaissent encore la légende du Pilhaouer sur le bout de leurs doigts ridés.
Tout de même je me méfie quand un coup de vent m'amène un ange dans mon jardin, je ferme bien mes fenêtres pour qu'il n'emporte pas mes plus beaux souvenirs.
Pour gabarier ma nuit
Et oublier les galantins hypocrites
Je récite Le Pater et Je vous salue Marie Fantaisie, la fourmi, la cigale
Les gélines dorment
Dans leur enclos gâcheux
Et les fantômes hantent
Grotesquement les cieux
« Un homme qui dort tient en cercle
Autour de lui le fil des heures» Une femme se gaudit de ne
Pas faire de gargotage
Je tente d'oublier les insultes
Comme des gobilles chassées
Par les mots doux et les loupes
Son corps n'est pas grasset mais efflanqué
La nuit je récite « Le Renard et le corbeau »
Alors que les fantasmes au repos
Attendent qu'on les réalise luxurieusement
Le garus fait son effet sur les saletés
Que j'ingurgite malgré moi
Je dors sans gorgerette
Juste de ne pas avoir froid
Mais pas de nuisette
La nuit s'étend maussadement
Sur le Dormeur du Val
Alors que le noir total
Tombe sur les amants
Combien j'ai au cœur cette profession de facteur à l'ancienne ! Cet homme, le sourire jusqu'aux oreilles et le regard pétillant qui nous plaisaient, surtout quand il apportait un mandat. Nous voyions déjà à son visage la bonne ou mauvaise nouvelle. Il brandissait en fanfare la carte postale d'un amoureux - qu'il avait lue, bien entendu ! - ou affichait la mine basse et triste en nous tendant une enveloppe bordée de noir.
Ces braves facteurs - il y avait alors très peu de factrices - aimaient rendre service et recevaient en retour quelques pourboires ou, selon un terme désuet, quelques pratiques.
Si le pourboire était utilisé dans son sens littéral, il arrivait que la fin de la tournée se termine en eau de boudin.
Accidentellement la sacoche pouvait se retrouver vide mais le vrai sabotage était rarissime. Pour la passion des mots quelques uns ouvraient à la vapeur les missives, surtout celles qui avaient un parfum plutôt féminin.
Chez les insulaires, comme à La Réunion, il faudrait ériger un monument au facteur qui marche des heures sur des chemins escarpés pour porter le courrier dans les cirques. Il est fréquent qu'ils ajoutent des denrées rares comme des médicaments.
Aujourd'hui le facteur ne pense à rien en vous tendant la foule des publicités ou sollicitations pour des œuvres humanitaires. Enfin quand je dis, penser à rien, j’exagère car le mien m'a dit hier que notre boite était bien garnie en publicités.
Car avec « l'homme moderne » « Atlas for men » « Damart » etc... nous sommes habillés pour l'hiver !
***
Grâce à cette photo, je souhaite la bienvenue au souvenir des facteurs de ma jeunesse .
Ces êtres généreux, souvent d'une grande simplicité, étaient aussi passionnés par leur métier. Ils aimaient colporter joie et bonne humeur dans les foyers.
« L'ami du petit-déjeuner », comme dit une publicité, arrivait le plus souvent avec un joyeux sourire spontané. Comme par magie il sortait de sa sacoche plein de surprises. Une carte d'anniversaire, des nouvelles du bout du monde, un récit d'aventure. De temps en temps il distillait de mauvaises nouvelles, tout ce que vivre peut apporter comme déconvenues, les décès, les accidents. Mais aussi, les faire-parts de mariage ou de naissance redonnaient de la légèreté. Il n'était pas avares de conseils, d'un peu d'aide, parfois de mansuétude en particulier pour des personnes âgées ou handicapées.
J'avais sans doute des idées fausses sur leur vie de liberté, ces longs séjours sur les chemins de campagne, dans un environnement naturel. Ils pouvaient profiter d'un air sain et de la beauté des paysages.
Je n'ai jamais réalisé le côté difficile de la tâche, n'y voyant qu'un folklore campagnard.
Même si je vous perd assez rapidement lorsque vous vous perdez vous-même dans cette logorrhée qui est votre marque de fabrique, j’avoue que vos mimiques exagérées, le ton de votre discours, la passion que vous mettez dans vos phrases sans fin me mettent de bonne humeur.
Cette façon d’exagérer l’articulation de chaque mot comme si vous le mâchiez avant de le prononcer, ce dialogue de sourds dont vous avez le secret avec vos interlocuteurs, cette façon de prendre toute la place, de ne laisser aucun droit d’accès à qui que ce soit me mettent de bonne humeur. Enfin quelqu’un qui ne se laisse pas couper la parole par des malotrus qui invitent sur un plateau pour n’écouter qu’eux-mêmes.
Je ne partage pas toujours vos opinions, mais votre façon de les défendre, oui !
Oui monsieur Luchini, continuez à nous abreuver de paroles, à nous faire oublier le fil conducteur de votre propos. Après tout, c’est le show qui compte.
Pénélope câline le réveil matin. Elle prend l’objet froid qui l’a tirée de ses rêves et le glisse avec elle sous la couette. Elle pense à la journée qui s’ouvre. Que sera-t-elle ? Lumineuse ? Monstrueuse ? Amicale ? Difficile ? Rigolote ? Tristounette ? Surprenante ? Il est l’heure de se lever. Elle entend une cavalcade dans l’escalier. Ses filles sont déjà réveillées. Elle fait une toilette rapide, met un peu de maquillage, s’habille : pantalon, chemisier et descend au rez-de-chaussée.
Pénélope câline Violette et Rose qui, postées devant la télé, gloutonnent avidement des dessins animés. Elle prépare le petit déjeuner : céréales, chocolat, confiture de mirabelles, jus de pamplemousse. Elle va réveiller Blanche et lui donne son biberon. Plus tard, elle dépose Violette et Rose à la garderie de l’école et donne un dernier baiser à Blanche en la remettant dans les bras de l’assistante maternelle. Elle part travailler.
Elle est infirmière stagiaire au service des urgences de l’hôpital, un drôle de microcosme qui donne un aperçu de la réalité de la société… Pénélope câline un enfant qui pleure. Elle lui retire son pull-over. Le médecin diagnostique une appendicite. Pénélope téléphone pour que l’enfant soit transféré et opéré. Plus tard, elle accompagne un ado qui a fait une mauvaise réception après un saut. Le métatarse est fracturé. Puis c’est un homme arrivé par l’ambulance des pompiers qu’il faut prendre en charge : suspicion d’infarctus du myocarde ou accident vasculaire cérébral. Toute la journée se déroule à un rythme effréné : SDF qu’on a retrouvé divaguant, trompettiste délirant, adolescent alcoolique, tentative de suicide, hématomes, saignements, migraineux, douloureux, chirurgie, abdomen, désespoir, perfusion, inconscient, bistouri, euphoriques, examen, abattus, pansements… Pénélope encourage, soigne, console, tente d’apporter du réconfort, sait aussi se montrer autoritaire si besoin… En fin de journée, Pénélope câline un vieil homme agité. Elle lui chantonne de vieilles ritournelles qui le bercent et finissent par déclencher l’esquisse d’un sourire. Elle est épuisée.
Le soir est venu. Son mari a récupéré ses enfants. Pénélope rentre chez elle et se fait câliner par Frédéric, son chéri. Quand la maisonnée est endormie, elle reste dans le canapé avec une infusion de camomille. Elle regarde le ciel étoilé, avec l’envie de s’envoler, histoire de se libérer des émotions et de la fatigue de la journée. Elle écoute un peu de musique, n’importe quoi pourvu que ça la fasse voyager : une sérénade, un opéra, un concerto, des percussions africaines… L’âme apaisée, elle va se réfugier dans son lit, accepte les ronflements réguliers de son mari. Elle rêve d’océans, de libellule, de crépuscules orangés, de vol au vent, de mots en liberté s’échappant d’un dictionnaire sous un alizé sucré qui l’emmène dans une atmosphère douce et légère dans laquelle elle se love puis se déploie en liberté…
- Coupez ! Parfait ! La scène est enfin réussie ! Bravo à toute l'équipe, vous êtes formidables !
La touchante histoire de Casse-ta-fiole a ému la France entière et Ludo D. Rodriguez a décidé de nous la raconter en film, série et BD.
Il a fait appel à une équipe de choc pour tenir les rôles de ces personnages pas évidents à incarner.
Dans les rôles principaux :
Edoree en chanteuse Anatole « Casse ta fiole ».
Maryvonne, Marie-Thé, Marie-France, les trois copines : M'as-tu-vu, La Mauviette et L'Experte ;
Jean - Paul et son hologramme (utilisé par les plus grands, les plus futés) pour le difficile rôle du détective chapeau melonné ;
Pour la manman de Casse-ta-fiole a été retenue Dominique H. (comme héroïne vu qu'il en fumait) ;
Brigitte fait l'affaire en capitaine NitNit, un peu de gel sur le devant de la tête pour la houppette et c'est parfait ;
Anne - Françoise est Tchin-Tchin car elle a des lunettes Afflelou ;
Tout chien hargneux poil ras est le bienvenu au casting pour le rôle de Loumi.
Le tournage s'est effectué au centre de Montcuq, les Montcuquois se souviennent bien de ce phénomène d'Anatole. Sa manman habite toujours son vieil appartement rue du Poil-qui-gratte. Dominique H qui joue son rôle a, paraît-il, bien sympathisé avec elle et pense même s'installer à Montcuq pour sa retraite .
Et toi, Raymonde, quel est ton rôle ? me demanderez-vous.
- Eh bien ! Je vais représenter le film au festival de Cagnes où habitent les Cagneux, les vieux aux genoux cagneux. Ils ont éliminé le tapis rouge : il paraît que trop de cagneux se prenaient les pieds dedans, des affaires louches étaient en dessous. Bref, ça en gênait plus d'un !
Je serai entourée de Paul en ski, d'Isabelle Lapeyre (y en a pas deux), de Catherine Paneuve et du fils de Claude Brasseur, lui-même étant en bière (si tu trouves que c' est trop tu élimines).
Le prix, car il ne fait aucun doute qu'il y en aura un, sera remis à toute l'équipe en salle Mandoline en 2021 euh 2022 euh ...
Les liaisons dangereusesce ne sont pas des mauvaises alliances de mots aux sonorités improbables : ce sont des rencontres à risque, des fréquentations qui tournent mal, des amis ou des amants toxiques. C'est une trop grande confiance envers un supérieur, une association, une rencontre dans une soirée arrosée, la fréquentation des quartiers louches, des colonies de vacances, du catéchisme (surtout pour les garçons), le scoutisme, la messe. Ça peut être fortuit mais aussi imprudent. Il y a des inconscients qui cherchent l'inconfort. Quelle idée aussi d'aller s'asseoir nue dans l'église !
Jeanne habite au 9ème étage. Souvent, le soir, après sa journée de télétravail, elle s’accoude à la fenêtre et regarde la vie aller, là en bas, la ville aller tout en bas.
De là-haut, les bruits sont assourdis. De petites fourmis se déplacent sur les trottoirs. Lorsqu’il pleut, elles se transforment en charmantes petites pastilles colorées. Jeanne aime comparer la vitesse des voitures, motos, vélos ou piétons. Elle aimerait, comme elle le faisait enfant, déplacer les petites autos d’une pichenette, pousser les vélos de l’index ou faire slalomer plus rapidement dans la circulation les ambulances aux jolis petits clignotants bleus. Elle aime regarder le parc au loin. Il est vert, noir, rouge ou doré suivant les saisons. Toujours elle lève les yeux vers le ciel. Lorsqu’il est gris, elle guette les timides incursions de bleu. D’autres fois, elle suit les lignes blanches derrière les avions qui s’effacent progressivement ou transforme les nuages en personnages.
Elle évite d’avoir à descendre dans la rue mais il lui faut bien aller chercher son pain, faire ses courses, se rendre au cinéma. Elle n’aime pas : ça pétarade, ça klaxonne, ça claque, les bruits lui vrillent le crâne. Il y a en plus une rumeur sourde permanente qui sourd de l’asphalte ou d’elle ne sait où. Des bus aussi hauts que des immeubles ne lui offrent plus aucune perspective lorsqu’ils passent et s’arrêtent. Elle ne sait pas où offrir une bouffée d’oxygène à son regard qui étouffe. Elle déteste les odeurs des gaz d’échappement et elle est pétrifiée quand la foule des piétons se presse autour d’elle sur les trottoirs. Aussitôt qu’elle le peut, elle regagne rapidement son immeuble. Elle appuie frénétiquement sur le bouton de l’ascenseur pour retrouver le plus vite possible le calme du 9ème.
Aujourd’hui, c’est le jour de l’été, c’est dimanche, il est 6 heures. Elle descend. Elle touche les feuilles des arbustes derrière elle et tente d’en percevoir le parfum. Elle prend son poste d’observation de la rue. Il n’y a pas le rebord de la fenêtre pour s’appuyer mais elle garde cette position, le coude sur l’habituel métal de son appartement. Pour une fois, c’est calme. Personne ne circule, personne non plus sur le trottoir. Elle tourne la tête alternativement à droite et à gauche : rien, rien, rien…
Elle se met à marcher, traverse la rue, poursuit un peu et s’arrête. C’est toujours le même calme. D’en bas, son regard se porte sur le ciel puis sur sa tour. Elle est surprise de ces centaines de minuscules fenêtres qui sont autant d’yeux sur la ville. Elle cherche la sienne : celle-ci ou celle-là, à moins que ce ne soit plutôt celle-là, non, peut-être celle-ci ? Elle devrait pourtant bien la reconnaître puisque c’est la sienne, celle d’où elle voit sa rue, sa ville autour et son ciel, son paysage quotidien à elle, son intimité à elle, ses rêves à elle, à elle seule… Ses yeux s’agitent en mouvements saccadés qui s’accélèrent. Il y a tant de fenêtres qui lui semblent autant de violations de son espace personnel qu’elle ne retrouve plus à cet instant...
Elle fait demi-tour, le regard sur le trottoir. Rentrée chez elle, elle va vers la fenêtre. Elle y reste longtemps. Peu à peu, son cœur se calme. Non, décidément, elle en est sûre : il n’y a qu’elle à voir et à ressentir ce qui se passe là…
Le matériel proposé cette semaine est, pour chaque écrivant·e, un tableau de Gustave Caillebotte accompagné de dix-sept mots collectés en cinq étapes, un peu à la façon du cadavre exquis mais toujours en référence à l'image.
Il est demandé d'écrire à partir d'un des tableaux en insérant dans son texte le nombre de mots que l'on voudra à condition qu'ils fassent bien partie de la liste collectée qui figure dessous pour chaque oeuvre.
Voici une scène entre un âne placide et un cheval flamboyant
Barnabé, un âne au pelage gris poussiéreux et aux longues oreilles tombantes, mâchouille tranquillement une botte de foin. Achille, un cheval alezan brillant aux crins soyeux et à la démarche bondissante, piaffe d'impatience en se regardant dans un seau d'eau :
ACHILLE 🐎 , d'une voix hilarante : - Barnabé, mon vieux ! Tu ne sens pas cette effervescence ? L'air crépite de magie, les projecteurs invisibles se braquent déjà sur nous ! C'est l'heure, c'est notre heure de gloire !
BARNABÉ 🫏 , mâchant lentement :- Mmm, non. Je sens surtout l'odeur agréable de ce foin fraîchement coupé. Et un léger courant d'air. La gloire, tu sais, ça fait souvent transpirer.
ACHILLE 🐎:- Transpirer de bonheur, mon ami ! Imagine-toi : Achille, la mascotte équestre du Festival des Contes de Rennes. On ferait des photographies avec les enfants, on mènerait le défilé d'ouverture, on inspirerait des histoires de chevaliers et de princesses.
BARNABÉ 🫏 , haussant légèrement les oreilles :- Des histoires de chevaliers ? Encore ? Il y a déjà assez de bruit de ferraille dans ces contes, je trouve. Moi, je préférerais des histoires plus ... terre à terre. Avec des carottes, par exemple.
ACHILLE 🐎 :- Des carottes ? Barnabé, tu manque d'ambition ! Pense à l'ovation, aux applaudissements nourris, aux regards admiratifs ! On deviendrait des légendes, des symboles du festival !
BARNABÉ 🫏 , soufflant doucement :- Des symboles, oui. Un peu comme les panneaux "Attention âne têtu ⚠️" qu'on trouve parfois sur les chemins. Pas sûr que ce soit la gloire que tu imagines.
ACHILLE 🐎 : - Têtu ? Mais non, tu es .... réfléchi ! C'est ta force tranquille ! Imagine un numéro : moi, me cabrant et hennissant des vers de poésie, et toi, arrivant avec un air sage pour apporter la morale de l'histoire ! Le contraste serait saisissant !
BARNABÉ 🫏 , secouant la tête :- Moi, je me verrais plutôt apporter des coussins confortables pour que les spectateurs soient bien installés pendant les longues histoires. Et peut-être, distribuer des petites collations. C'est ça, une vraie contribution selon moi .
ACHILLE 🐎 :- Des collations ? Mais où est l'éclat, le panache ? Il faut en mettre plein la vue ! Pense à ma robe alezane sous les lumières, à ma crinière flottant au vent des applaudissements ! Je pourrais même apprendre quelques pas de danse !
BARNABÉ 🫏, fermant les yeux un instant, visiblement las : - Tu sais, Achille, le vent des applaudissements, ça soulève aussi beaucoup de poussière. Et les lumières, ça attire les mouches. Moi, je préfère l'ombre douce et le silence après une bonne histoire.
ACHILLE 🐎 :- Mais Barnabé, c'est une occasion unique de montrer notre talent ! Toi, avec ton air mélancolique et tes " hi-han" philosophiques, tu pourrais incarner la sagesse des contes anciens !
BARNABÉ 🫏 , ouvrant un œil :- Mes " hi-han " sont surtout une expression de mon contentement ou de mon léger ennui. Pas sûr que ça captive les foules. Et la sagesse, ça se murmure, ça ne se cabre pas.
ACHILLE 🐎 :- Enfin, Barnabé, imagine les éloges dans la presse locale ! " Le charisme équestre d'Achille a illuminé le festival ! " Et peut-être une petite mention pour toi : " L'âne Barnabé a apporté une touche de rusticité charmante !" . Tu vois ? Tout le monde y gagne !
BARNABÉ 🫏 , baillant discrètement : - La rusticité charmante .... Je crois que je vais retourner à mon foin charmant. Bonne chance pour tes cabrioles, Achille. J'espère que tu ne vas pas te fouler une cheville avant le grand jour !
Achille soupire bruyamment, puis se remet à admirer son reflet, rêvant déjà de sa gloire future. Barnabé continue de mâcher son foin, un air placide sur son visage .
- En rang ! Vos pelles sur l'épaule ! En avant, marche !
Attention ! Le crottin d'officier c'est du caca, ce qui est plus intéressant c'est le crottin de cheval qui, selon Valentine, ma vieille voisine, vaut de l'or pour ses géraniums. Et là-dessus j'en connais un rayon en tant que fille de maréchal-ferrant.
Quand un laboureur arrivait avec son cheval pour le faire ferrer, Valentine était derrière ses carreaux, le balai et la pelle à portée de main. « Ça peut toujours servir ! » disait-elle !
Alphonse, son mari, était cordonnier et, comme un peu le maréchal-ferrant, il mettait des fers sous ses souliers pour que ceux-ci s'usent moins vite. Je l'aimais bien, Alphonse. Enfant, on est toujours étonnés que les vieux aient de l'humour. Lui c'était un champion. Il avait un voisin qui ne rendait jamais les livres qu'on lui prêtait. Alphonse en avait déduit qu'il avait une belle « oubliothèque » !
Mais revenons à nos moutons, enfin, à nos chevaux. Si Valentine avait vu le bataillon de ramasseurs de crottin, elle en aurait fait une maladie. C'est qu'à cette époque, personne n'allait acheter du fumier dans des magasins spécialisés où cette marchandise est maintenant conditionnée dans des sacs en plastique décorés de fleurs colorées à souhait. Elle était friande de cette cueillette.
Un jour je dis à Valentine que je connaissais un air d'opéra qui lui plairait.
Quand le cheval se soulageait dans l'entrée de la forge, c'était à nous, mes sœurs et moi, de balayer le dallage avec des joints très irréguliers. Ce travail n'était pas des plus plaisant.
Notre armée spécialisée qui répondait à l'appel ou la pelle de l'officier avec une bande de seaux et de sots aimait-elle ce travail ? Allez-donc savoir ce qu'il y a au fond du puits de science de l'armée !
Marchait-elle au pas, au trot ou au galop ?
Ce qui est certain c'est qu'elle avançait les deux mains, les deux pieds dans le caca.
Dans la salle de bain ce matin, à l’heure de se laver les dents, une coccinelle, sur ses petites pattes de rien du tout, se déplace tranquillement sur le carrelage blanc en explorant cet univers nouveau pour elle.
Tout à coup, ses ailes se déploient et elle s’envole par la fenêtre ouverte sans doute pour signifier qu’il fera beau demain.
Canaripotter : petit oiseau à plumes jaunes et lunettes cerclées qui sait transformer en usant de magie un pudding au lard en best-salière.
Chauffe-souris (Le) : Titre d’une opérette de Johann Strauss II dont le livret est tiré de l’autobiographie de Désiré Landru « La place d’une femme est au foyer… de la Comédie française ».
Cobraspoutine : Le cobraspoutine est un genre de serpent de mer dont on ne voit jamais la fin : on lui tire dessus à balles réelles, on l’assomme à coups de masse, on le larde de coups de couteaux, on le jette dans la rivière par -15°, résultat, il vit encore !
Escargodriole : Mauvaise habitude de certains gastéropodes qui trouvent malin de raconter des histoires drôles pendant la cérémonie d’hommage à la feuille morte qu’on enterre.
Gaypard : Si tu décides de passer la nuit avec un gaypard de rencontre qui vient de faire sa transition de genre ne sois pas surpris si au moment de l’union il ou elle te balance : « pochette-surprise ! » C’est un peu comme quand on participe à une gaypartouze dans l’obscurité totale (Mais pourquoi est-ce que je donne dans l’ultracrépidarianisme, moi, aujourd’hui ?).
Fennecplusultracrépidarianisme : L'ultracrépidarianismeest un comportement consistant à donner son avis sur des sujets à propos desquels on n'a pas de compétence. Tout vaut mieux que prêcher dans le désert !
Mai-soixan-truite : Mouvement utopiste de la deuxième partie du XXe siècle dont les leaders prétendaient qu’il y a un arc-en-ciel saumoné, non, sous nos nez, et qu’au pied d’une de ses arches se trouve un chaudron magique plein de la possibilité pour tous de vivre très heureux en buvant du champagne et en mangeant de la gauche caviar.
Marsupialibaba : Une fois que les quarante voleurs furent repartis, Marsupialibaba prononça les mots « Sésame, ouvre-toi ! » et entra dans la grotte. Il n’eut aucune difficulté à s’emparer d’une partie des trésors entreposés là : la nature ou Dieu ou le Big bang ou qui vous voudrez avait fait en sorte qu’il disposât d’une poche ventrale bien efficace pour effectuer ce transfert de fonds sans avoir à faire appel aux Déménageurs bretons, très efficaces au demeurant, mais moins il y avait de monde sur ce coup, mieux c’était.
Bel-zébu : Bovidé qui vit dans les régions chaudes, voire très chaudes. Possède de très belles cornes, une très belle queue et le sait. Ne "bosse" pas beaucoup. Diaboliquement intelligent, il n'a qu'un défaut : il prend parfois la mouche.
Belette it be : Petit animal long et furtif, à poils longs. Originaire d'Angleterre, il a rapidement conquis le monde entier, grâce à sa faculté d'adaptation hors pair. Aime la vie en groupe.
Canarchiste : Volatile commun mais non domesticable. On n'a pour l'instant jamais réussi à le dresser. Il pousse des cris désagréables dès qu'on le contrarie et n'en fait qu'à sa tête. Adore les prises de bec.
Chauffe-souris : Petit animal nocturne, assez laid. Sa température corporelle très élevée lui permet de survivre dans des endroits frais et inhospitaliers. Reconnaissable à sa queue en forme de bouillotte.
Escrocodile : Animal très répandu dans les villes européennes. Il a les dents longues et se jette sur ses proies avant qu'elles aient le temps de réagir. Arrive parfois à se reproduire en captivité.
Hippopotamtam : Se distingue par sa grande taille, sa peau tendue et le son très particulier qu'il émet quand il reçoit un coup. On peut l'entendre à de grandes distances, jusque loin dans la brousse.
Ptérodactylo : Animal aujourd'hui disparu. Connu pour l'agilité de ses pattes et ses nombreux doigts dotés d'une dextérité étonnante. Docile et serviable. On a retrouvé de nombreux squelettes de cette espèce près de Secrétaria en Burocratie.
Serpentoufle : Peu actif. Passe une bonne partie de son temps à se reposer, mais attention : il peut aussi, s'il est attaqué, vous cracher son venin au visage. Aussi appelé "pythonsavate".
Canari-potter : Un drôle d'oiseau, parfois noir, parfois jaune, aux yeux ronds, qui possède une marque distinctive sur la tête : un trait en forme de zig-zag. On le rattache à la famille des Phénix.
C'est une de premières phrases que tous mes élèves de français apprennent. Tout le monde sait donc que « Anne n'aime pas les bananes » mais que sait-on de l histoire de ce fruit étrange au goût pâteux et à l'odeur repoussante ?
Vous pensez que la banane a toujours eu cet aspect étrange mi-bâton, mi-sabre, cette peau noire et striée, cette propension à pousser en régime ? Eh bien sachez-le : au début du monde, la banane ressemblait à tous les autres fruits
En ce temps-là du monde, la banane était ronde, jaune, sentait une bonne odeur de fruit mûr et poussait solitaire sur son bananier dont les grandes feuilles s'agitaient dans le vent chaud.
En ce temps là du monde, Zaina rentrait du marché avec son grand panier sur sa tête, plein presque jusque aux bords. C’est qu'il en fallait des choses pour nourrir sa tribu de sept enfants affamés.
Le panier était plein de légumes mais ne contenait pas de fruits : Zaina avait dépensé tout l'argent qu'elle gagnait avec ses paniers tressés de la semaine. La vie devenait de plus en plus chère, elle n'avait donc pas pu acheter de belles oranges, des gros citrons juteux, des caramboles odorantes, rien et ça la désolait un peu.
Le soleil tapait, le panier pesait et la route était interminable jusque à sa petite maison. Zaina posa son panier quelques minutes et se frotta les reins en soupirant et là, elle vit en levant les yeux, de l'autre coté de la route, des fruits ronds, jaunes, et mûrs à point.
Zaina regarde à droite et à gauche, s'approche et commence à les cueillir. Elle ne les connaît pas mais elle en goûte et trouve ce fruit inconnu très bon.
C'est alors qu'elle aperçoit, juste au pied de l'arbre, un minuscule petit être tout vêtu de jaune qui la regarde et se frotte les mains, doucement, comme pour se réchauffer, alors qu'il fait si chaud.
- Merci à toi ! dit-il. En cueillant ce fruit, tu m'as délivré du sortilège qui me tenait prisonnier de cet arbre depuis des millénaires car c'est moi qui étais sur l'arbre du bien et du mal.
- Celui qui portait le fruit qu'Eve a donné à Adam et qui les a éloignés du paradis terrestre ?
- Celui-là même ! Tout le monde pense que c'est une pomme mais c'est une fausse idée, c'est une banane.
- Et ?
- Et depuis ce temps, je suis là et j'attends celui ou celle qui viendra me délivrer. Pour te remercier je peux te faire cadeau de quatre vœux pour que ce fruit devienne une merveille aimée de l'humanité au lieu d'être le fruit qui nous oblige à gagner notre pain à la sueur de notre front.
Zaina regarda le ciel, puis le petit djinn, et elle dit :
- J'aimerais que la banane n'ait pas de jus, pour qu’ on puisse l'emporter en voyage facilement.
- Accordé !
- J'aimerais que la banane soit un fruit en longueur, facile à ranger dans mon panier encombré de légumes.
- C'est noté.
- J'aimerais que la banane ressemble à un arc pour que les petites mains de mes enfants puissent la tenir bien en main.
- C'est fait.
- J'aimerais que la banane ait une peau à la fois résistante et facile à ôter ; ainsi les hommes qui sont des grands fainéants choisiront toujours les bananes dans la corbeille à fruits et les perroquets ne pourront pas la peler.
- Bien vu ! Tes 4 vœux sont réalisés et exaucés.
- Encore une chose, cher petit génie !
- Tu abuses !
- J'aimerais que la banane ait une odeur bien à elle pour que les aveugles eux-mêmes puissent la reconnaître.
- D'accord mais pour ce vœu supplémentaire, mon pouvoir est moindre, aussi je ne garantis pas le résultat.
Une odeur douceâtre et écœurante envahit l'atmosphère et Zaina eut un haut-le-cœur.
- Ça pue !
- Je te le concède !
L'arbre poussa un long soupir et une « nouvelle » banane tomba sur le sol.
- J’en ai assez ! C’est fini ! Je te quitte ! hurla Cendrillon en fracassant un cendrier de cristal aux pieds de son prince de moins en moins charmant.
Mais il ne fit qu’en rire et n’abaissa même pas le journal qu’il était en train de lire:
– Tiens ! fit-il, dans ce cas, voici une petite annonce qui va sûrement t’intéresser :
«Famille de sept personnes de petite taille recherche technicienne de surface.»
Pierrot, le seul homme du service comptable, ne casse pas quatre pattes à un canard disent, avec ironie, la plupart des filles du bureau mais elles jouent quand même les coquettes en passant devant lui, ce qui le fait rougir.
Un jour, élégant plus que d’habitude, il porte un pantalon à pattes d’éléphant, une chemise écossaise et un nœud papillon rouge ; elles sont très surprises et se disent qu’il est certainement amoureux de l’une d’entre elles. Qui est donc l’heureuse élue ?
A la pause, les langues se délient. Des petits groupes par ci par là se posent des questions et les imaginations vont bon train.
Est-ce Ernestine ? Elle a du chien mais ce serait étonnant, il sait bien qu’elle a un caractère de cochon.
Sûrement pas Josette, elle est orgueilleuse et fière comme un paon, ni Juliette, avec sa tête de linotte et sa cervelle d’oiseau, elle n’aurait pas été capable de nous cacher un événement si important dans sa vie.
Etiennette ? Elle est maline comme un singe et on dit qu’elle n’a jamais vu le loup, peut-être bien que lui non plus d’ailleurs. Des rires discrets fusent de tous côtés.
S’il choisissait une fille du bureau, ça changerait l’ambiance. Il faudrait faire attention à ce qu’on dit.
« Qui sait ? C’est peut-être un chaud lapin ! » dit la plus âgée du groupe et ça déclenche encore des rigolades.
- Allons les filles, sermonne Eléonor, arrêtez de faire vos langues de vipère !
A la fin de la pause elles ont bien du mal à redevenir sérieuses en passant devant le bureau de Pierrot.
Celui-ci, futé, a bien compris qu’il est l’objet de leurs discussions.
Il les aime bien toutes ces filles qui le font quelquefois tourner en bourrique.
Il est jeune encore mais jamais il n’en choisira une plutôt qu’une autre. Il est trop heureux avec tout le groupe qui le fait rire et se moque gentiment de lui. Parmi elles, il se sent comme un coq en pâte.
Lorsque Pierrot rentre chez lui le soir, il retrouve son ami Jeannette qui a une taille de guêpe et qui est douce comme un agneau.