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L'Atelier d'écriture de Villejean
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14 février 2023

Paysages de tempête / Laura

Pif 25 couverture GF

Lors de la grande tempête de 1999, nous étions sur la route qui nous ramenait du Nord-Est  vers notre Sud-Ouest. Nous étions presque à un tiers de notre route (neuf heures) quand j'ai eu ma grand-mère au téléphone : elle était sans chauffage et il faisait seulement quatorze degrés chez elle. Mon mari a fait demi-tour pour lui trouver une solution ; je ne me souviens plus laquelle (pour répondre à la question perfide qu'on m'a posée) mais ma grand-mère avait chaud quand nous sommes repartis.

Dans notre Sud-Ouest, un jour le ciel s'est obscurci et la tempête de sable s'est levée. Mon mari était en déplacement professionnel. Peut-être mon beau-fils était là ? Les débris d'objets emportés par le vent s'amoncelaient partout. J'ai tenté de retenir la tente dressée dans le jardin, surtout les parties métalliques pour qu'elles ne blessent personne ou n'abîment quelque chose chez les voisins. Mais la tempête redoublait, sifflait sa rage , menaçait de me prendre pour victime et je me repliai dans notre villa.

A Casablanca, alors que nous étions dans une situation précaire, mon mari dut s'absenter pour tenter de sauver notre situation. La tempête démembrait tout ce qui dépassait des appartements et était mal fixé. Je craignais pour notre parasol de terrasse alors que les éléments redoublaient de rage. Il semblait que les lions de l'Atlas rugissaient pour nous faire quitter le Maroc.

A Casablanca encore, nous avons vécu aussi une tempête de sable venu du désert. Rien ne bougeait et n'apaisait ce four à quarante-quatre degrés.

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14 février 2023

Consigne d'écriture 2223-20 du 14 février 2023 : Pif le chien

Pif le chien

 

Ce personnage de bandes dessinées, né en 1948, a sévi auprès de plusieurs générations d’enfants sous forme d’histoires illustrées publiées dans le journal "L'Humanité" puis dans l'hebdomadaire "Vaillant" qui deviendra par la suite "Pif-gadget".

Cela est raconté assez bien ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pif_le_chien

Nous nous intéressons aujourd’hui aux couvertures du mensuel qui publia les aventures de ce chien anthropomorphe entre 1950 et 1967.

Ce que vit ce toutou d’une famille de prolétaires lambda – César, Agathe, leur fils Doudou, leur chat Hercule, n’est pas très différent de nos propres expériences humaines.

En vous inspirant d’un de ces douze dessins, racontez ou imaginez la même mésaventure survenant à un être humain ou à vous-même.

***

La maison de quartier de Villejean étant fermée en raison des vacances scolaires, cette consigne d’écriture en ligne vaut pour les deux semaines à venir, vous pouvez donc envoyer plusieurs contributions si vous êtes inspiré.e

Un autre sujet d’écriture alternatif : racontez votre rapport actuel avec une bande dessinée lue dans votre enfance.

 Pif 25 couverture GF

 Pif 43 couverture

 Une expérience de grand vent

 Il y a du sport derrière l'écran

 Pif 44 couverture GT

 Pif 47 Couverture GT

 La pratique d'un instrument de musique

 Un après-midi à la patinoire

 Pif 71 couverture GF

 Pif 81 couverture GF

 Une journée rien que pour vous !

 Etes-vous "chat" ou "chien" ?

 Pif 104 couverture GF

 Pif 107 couverture GF

 Une partie de pêche

 Se frotter au danger

 Pif 109 couverture GF

 Pif 111 couverture GF

 Ecologiste ou pas ?

 L'amour des arbres

17 janvier 2023

Hello, Cannelle ! / Laura

 

On se retrouve ensemble après des années de séparation :

« Non, Cannelle, non !  Ne me laisse jamais plus ! ».

Comme tes cheveux épais m’ont manqué !
Viens marcher avec moi cette nuit,
Guetter le regard des bonnes gens sur nous !
Pourquoi pas un jour mettre un tas de plumes
Comme Annie Cordy et Line Renaud
Et faire ainsi une revue… de presse ?

Dillon Come walk with me tonight4

Quand je rentre à la maison
Je retire ma parure de Cannelle
Qui met des cornes de taureau
Aux bons coqs pas gras.
Assise près de mon poêle à pétrole,
Je repose mon cœur blessé
A la chaleur de la musique sacrée
Et mon esprit aux étoiles livresques.

Oh mon bateau ! qui a des jambes
Se dérobant, non d’alcool, mais de fatigue !
Wo yé lé ! Si je marche,
C’est que je suis vivante.
Au coin de la rue,
Cannelle et moi, nous attendons
Trains, bus et trams que d’aucuns,
Sans les prendre, pensent mal famés.

Petite, je ne connaissais pas Cannelle
Et j’ai souffert de harcèlement.
Dansons ensemble sur la chanson
De la pomme de terre
Qui fri…se la décadence !

Rappelle-toi quand tu es montée
Dans la barque du pêcheur :
Tu avais l’insouciance
Que j’ai perdue sans toi.
Hue, les chevaux de la folie !
Ma grand-mère disait
Que tu avais des yeux à faire sauter
Les boutons de braguette…

Pourquoi devrais-je, moi,
Jeune fille vive comme toi,
Me culbuter avec vieux tonneau
De chêne ? Oh non, John !
Je ne veux pas de toi
Quand tu ne voyages pas avec tes potes
De bistrot.
Vieux rêveur, celle que tu prends
Pour ta vieille tante Koba
Est toujours une belle Rosemarie
Qui fait rêver les présidents.

Dillon 20

3 janvier 2023

Un pont entre hier et demain / Laura

AEV 2223-14 Laura - Simone Veil

Lire Simone Veil apporte ces deux émotions. La douleur ressentie dans son passé l’a conduite cependant à l’espoir, deux sentiments qui font la couverture de son dernier livre. Cette femme est un de mes modèles pour faire le bilan relatif de mon année 2022. J’ai pris cher mais j’ai résisté et si elle a réussi dans sa vie, je dois pouvoir vendre mes œuvres tout en mangeant un végétal… avec de la sauce, cet assaisonnement dont manque notre prix Nobel 2022.

Ma mécanique vitale porte la couleur de l’énergie et se déplace en commune écologie alors que ce dernier mot me hérisse. Théophile Gautier a fait le récit de ce voyage en ce pays où je suis allée. Je ne sais s’il a visité la nation d’un célèbre syndrome. J’emporterais le « Voyage en Orient » de Gérard de Nerval pour comprendre le paysage des pyramides alors que je l’imaginerais dans cette terre d’érable.

13 décembre 2022

Ma lettre à la mère Noëlle / Laura

AEV 2223-13 Laura - Noel_0214827

J’ai une chambre à moi. Cela dit, il n’y a plus que moi, donc, toutes les pièces sont à moi.
J’ai une bouillotte pour ma frilosité.
J’ai de la nourriture : des salades, une soupe d’endives, des pommes (de terre), des poires.
J’ai de la presse, de la lecture.
J’ai des bibliothèques, des salles de cinéma.
J’ai des rames de tramway, des locomotives.
J’ai eu de la chaleur que j’aime, de la pluie qui nous ressource, de la glace qui m’effraie.
J’ai des absences, des chutes.
J’ai une discopathie, des douleurs aux épaules, aux mains, à la tête.
J’ai la fatigue.
J’ai trop d’œuvres d’art, de vues, de villes et d’expositions par rapport aux journées à vivre.
J’ai des bagues, des boucles.
Je mets des couleurs au quotidien.
J’ai la curiosité.
Je suis une femme, féministe qui ne se reconnaît pas dans la vague Metoo
Je ne me vois pas comme une victime.
Au contraire, je me vois comme la responsable, la coupable de ma solitude que j’aime sauf…
J’ai la marche qui repousse le handicap, l’activité physique qui bataille contre la souffrance.
J’ai l’écriture.

Alors Mère Noëlle, je vous demande de la confiance, de l’audace, de la force commerciale pour vendre ce que j’écris et financer mes passions, tout ce qui fait l’existence plus que la survie.
Un peu de tendresse, quelques caresses pour le piment.
Je vous demande les mers, les plages, les pinacothèques, les cascades.
Je vous demande la grâce de vivre, de lire au chaud, de voir et d’écrire.
Je veux bien vous donner en échange ma joie, ma flamme, ma fougue, ma franchise, ma hargne, ma violence.
Je vous chanterai mes chansons et vous montrerai mes danses.

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6 décembre 2022

The End / Anne J.

Groupe de danseuses du début des années 50

Vous savez, le temps dévore tout. Qui pourrait imaginer, en voyant la vieille femme que je suis aujourd’hui, que je suis la belle fille au centre de cette photo ? La seule chose que j'ai gardée, ce sont ces beaux cheveux foncés mais pour cela je dois aller toutes les semaines chez le coiffeur, maintenant.

AEV 2223-12 Anne J - Médaillon danseuse

Je suis née le 25 mars 1924, j'ai donc 98 ans et je peux vous le dire, apprendre à vivre demande plus qu'une vie. Mes parents habitaient Nantes et j'ai été élève à Blanche de Castille. Ma passion c'était le piano et je peux dire sans me vanter que j'étais assez douée . Personne n'est plus là pour dire le contraire ! Nous passions nos vacances d'été, ma sœur et moi, à La Bernerie avec nos cousins et cousines.

Avant la guerre, mes parents ont déménagé pour Rennes sans doute à cause du travail de mon père qui travaillait aux Papeteries de Bretagne et c'est là que j'ai fini mes études puis entamé des études de sage-femme car pour mon père, les études de médecine, ce n'était pas pour les femmes. Ma sœur, pour les mêmes raisons, est devenue assistante sociale et je crois qu'elle a toujours regretté de ne pas pouvoir devenir médecin. Les hasards de la vie ont fait qu'elle est devenue femme de médecin et mère de mes cinq neveux et nièces.

Belle comme j'étais avec mon petit minois, j'ai eu bien des prétendants, surtout après ce spectacle donné un dimanche de carnaval dans la salle paroissiale. Regardez bien, on se croirait dans un film de Rohmer mais je suis restée célibataire, peut être parce que j'avais trop d'exigences, que j'étais trop maniaque et indépendante, ou bien à cause de mon métier qui m'occupait beaucoup et que je faisais avec beaucoup de cœur et d'obstination.

Et puis, je le reconnais, j'ai aussi un sacré caractère et c'est pour cela que je résiste encore à 98 ans.

Aujourd’hui je m'étonne tous les matins de me réveiller encore mais je le sais bien au fond de moi même, l'immortalité est un mythe et un soir ce sera le grand soir, le spectacle sera fini et quelqu un écrira sur l'écran de ma vie : « the end ».

Enfin... le plus tard possible et avec une musique entraînante pour la dernière danse !

31 janvier 2023

Comment, où et quand tout cela a-t-il commencé ? / Anne J.

AEV 2223-18 Anne J

Comment, où et quand tout cela a-t-il commencé ?

Voila la question, celle qui m'obsède et me fait passer des nuits blanches !
Pourquoi donc passais je mes dimanches soirs à écrire des textes pour un atelier virtuel avec des hurluberlus que je n'ai jamais vus et à partir de consignes plus ou moins farfelues ?

Si le COVID n'avait mis la France au repos et à l'isolement,
Si les Chinois ne nous avaient pas filé ce virus,
Si on n'avait pas jeté le stock de masques,
Si les rats n'avaient pas grignoté les cartons comme des vampires,

Si je ne fréquentais pas depuis 30 ou 40 ans le mari de mon amie de jeunesse,
Si je n’appréciais pas sa bonne cuisine et son baratin,
Si je n'aimais pas son jeu à la guitare et les chansons de Brassens,
Si nous n'avions pas pédalé sur le canal de Nantes à Brest,
Si nous n’avions pas dormi sans polochon à trois
Dans une Fiat Panda,
Si je n'avais pas partagé une tente avec sa fille et ses miettes de biscuits,
Si je n'avais pas fait des pâtés sur la plage
à 8 heures du matin avec son fils insomniaque,
Si nous n'avions pas bu du Ricard ou d'autres élixirs
en refaisant le monde, dans bien des cafés,

Si je n'avais pas rencontré dans les années 70
une jolie rousse au caractère affirmé,
seule fille dans une famille de gars
dans un camp de formation scoute
sur la presqu’île de Quiberon
et qu’elle soit devenue mon amie
malgré et avec nos différences,

2022-12-30 - Nikon 42

Si nous n’avions pas ensemble
remonté le temps avec une machine improbable,
nourri près d’Auxerre
une centaine de fillettes alsaciennes
avec ce qu’on avait sous la main,
sauvé de l’illusion de la noyade
les mêmes fillettes dans l’orage
et manqué de nous tuer au petit matin
dans une vieille deux chevaux bleue,

Si nous n'avions pas fait ensemble une fresque sur les murs
de notre appartement commun,
partagé le frigo mais pas les oignons dans la galette,
le bruit des voisins
et nos espoirs d’un monde meilleur,

Je n’aurais pas écrit cette ode à l’amitié et à l’écriture
Pour vous dire
Comment, où et quand tout cela a commencé.

31 janvier 2023

Le Lutin en voyage / Anne J.

La voix féminine tombe du haut-parleur, légère et prometteuse comme un voile de mariée :
« Les passagers du vol AF 312 sont priés de se présenter à la porte 17 pour vérification de leurs papiers d'embarquement ».

« Youpi !» pensai-je, on va enfin partir. Il faut dire que l'avion avait déjà plus d'une heure de retard
De plus je souffrais d'un torticolis lancinant, ma dernière nuit avait été courte et agitée mais je rentrais de ce colloque à Berlin avec mon sac plein de cadeaux pour mes amis : dans sept jours c'était Noël et j’étais très fière du cadeau que je m'étais fait à moi-même mais qui avait bien failli rester sur place il y a quelques heures.

Je me suis présentée à la douane avec tous mes papiers en règle, passeport, billet d'avion, carte d'embarquement et certificats de vaccination, tout y était. J'avais un petit sac à dos bien plein de tous mes cadeaux que j'ai déposé sur le tapis roulant devant le scanner des bagages comme un gros polochon inoffensif et voilà le fourre-tout est parti dans la machine. Regard dubitatif et inquiet de la duègne germanique en poste, signe de tête à l'hurluberlu qui lui faisait face qui m'aboie en allemand :  «  Il y a quoi dans ce sac ? Ouvrez-le, s'il vous plaît !».

AEV 2223-18 Anne J

J'ouvre donc mon sac et je déballe sur le tapis les paquets de gâteaux, les bonbons, les chocolats, le pain noir aux fruits, les décorations en bois et en papier, tout cela sous l’œil attentif des deux douaniers et puis je sors avec peine du sac MON cadeau : un gros lutin avec un immense chapeau de troll rouge, qui lui cache les yeux. D'une barbe blanche longue et fournie, émerge un petit nez rond et d'une veste à carreaux sortent des bras et des jambes tout maigres en tissu mou. Mais pour que mon gros lutin puisse tenir assis sur le bord d'un meuble ou d'une table avec les jambes pendantes on lui a lesté les fesses avec un je ne sais quoi de solide et compact qui pèse son poids.

C'est cela qui a trompé les douaniers, qui ont imaginé peut-être que c'était des sacs de drogue ou un explosif quelconque.

Comprenant le quiproquo, mes deux inspecteurs ont éclaté de rire, m'ont regardé, soulagés. Ils m'ont fait signe de remballer mon matériel épars d'un geste magnanime. Je n'ai pas remis le lutin dans le sac finalement et il y a une heure que je me balade dans l’aéroport, mon troll dans les bras , attirant le regard ébahi des enfants qui attendent : un adulte avec un doudou !

Je m'avance donc, avec ce compagnon et dignement vers le guichet d’embarquement, je salue d'un sourire la charmante hôtesse à la voix prometteuse et je prends ma place dans la file.

En route pour Lannion via Paris pour mon lutin germanique !

31 janvier 2023

Ce sont les lapins qui ont été étonnés ! / Laura

AEV 2223-18 Laura -Lapins

Ce sont les lapins qui ont été étonnés !

C’était complètement irrationnel pour eux
De voir passer cet hurluberlu de Daniel
Que ses beaux parents avaient intronisé
Chaud … lapin car il avait eu … plus d’une femme
Et qu’il faisait encore des galipettes à son âge.

Comme si eux-mêmes n’avaient pas seulement
Trois ans de plus que lui et que son beau-père
N’avait pas eu une deuxième femme, une maîtresse.

Les lapins invitèrent Daniel et sa femme, Cannelle,
Dans leur farandole puis demandèrent à Daniel
Son élixir pour b….r comme un lapin et joliment.

L’élixir était peut-être la jeunesse de ses partenaires.

Cannelle en elle-même pensait qu’elle était peut-être
L’élixir car Daniel n’était pas le plus âgé de ses amants.

6 décembre 2022

Les Frères W. / Madame C.

Groupe d'élèves d'une école privée vers 1935-36 à Saint-Brieuc

En ce jour de grande solennité mon frère et moi, c'est clair, on se distingue des autres. Ils sont tous déguisés en petits hommes : pantalon long ,veste et cravate. Ils sont affublés des costumes qu'ils porteront toute leur vie, symbole de la bonne éducation reçue chez les curés.

AEV 2223-12 Claude - Frères Wachowski

Quand notre mère a proposé de passer chez le tailleur pour nous déguiser en notaires on lui a répondu : « Jamais on ne s'habillera ainsi, même pas en rêve ! » Au moins avec notre marinière et nos chaussettes blanches, nous ne basculions pas dans le monde compassé des adultes, nous restions de jeunes garçons, l’espièglerie était encore à notre portée, notre vie allait se jouer sur une autre partition. Nous ne serions pas des cuistres, des commerçants embourgeoisés, des professeurs rigides. Les moqueries des autres nous laissaient impassibles et peu importait ce qui se disait sur nous, les Frères Wachowski qui décidément ne se comportaient pas comme il se devait.

Moi j'étais l’aîné. Notre père nous emmenait parfois au cinéma et Charlie Chaplin était notre héros. Dans notre chambre nous reproduisions les scènes du film.Au fil des années je me répétais : « Avec un peu de chance tu auras ton étoile sur Hollywood ! ».

C'était clair, cela s'imposait : nous ferions du cinéma. Nous prenions aussi grand plaisir à jouer des rôles de femme. On empruntait en cachette les robes de notre mère, ce n'est pas un hasard. Il y eut Matrix, les feux d’Hollywood et nous sommes désormais les sœurs Wachowski.

24 janvier 2023

Lieux aimés ou détestés / Laura

Je préfère commencer par les cinq lieux où j’ai le plus envie d’aller :

  1. Vienne en Autriche. Je n’ai pas repris l’avion seule depuis…et j’avoue que j’appréhende un peu. Y aller en train, c’est un peu long pour mon dos. Mon genou n’aime pas trop l’avion s’il ne peut pas s’étendre. J’ai failli y aller mais le covid a changé les horaires d’avion qui n’allaient pas avec mes dates ;

    AEV 2223-17 Laura - Vienne

  2. Milan : l’idée est d’essayer le nouveau train italien qui s’est incrusté chez nous, grâce à l’ouverture à la concurrence. Ça aurait aussi plu à mon mari mais ce n’est pas la question ;

  3. Aller sur les continents où je n’ai jamais mis les pieds : l’Amérique, en particulier les Etats-Unis et plus précisément les villes ;

  4. L’Australie ;

  5. L’Asie dont je ne connais qu’Istanbul.

Parce que c’est négatif, je parlerai rapidement des lieux où je ne veux pas retourner parce que c’est trop douloureux et/ou que je les ai trop vus :

  1. Ma région de naissance ;

  2. Ma région de cœur, le Nord, celui de mon mari décédé et de sa famille ;

  3. Casablanca parce qu’elle m’a déçue ;

AEV 2223-17 Laura - Casablanca

Je terminerai par une note positive : les lieux que j’ai envie de revoir :

    1. Paris, toujours et encore, même si la capitale est aussi liée à des choses douloureuses, Paris restera Paris ;

    2. L’Île-de-France par Paris en train ;

    3. Venise, notre voyage de noces pour y voir les nombreuses choses que je n’y ai pas vues, les îles par exemple ;

    4. Une plage naturiste pour pratiquer ;

    5. Des villes, des villes...

 

Comme je n’ai pas cité 5 lieux détestés, je rajoute 2 lieux aimés.

    1. Des océans, des mers, des fleuves, des rivières pour m’y baigner ;

    2. Des musées, des expos, des cinémas, des bibliothèques pour faire vivre la culture.

      AEV 2223-17 Laura - BNF

6 décembre 2022

Royal ! / Anne-Françoise

Groupe d'enfants redonnais à Noël

J'ai eu l'honneur d'être dans la même classe que Charles, longtemps prince Charles et désormais roi.

AEV 2223-12 Anne-Françoise - Charles

On le reconnaît aisément, tout à droite sur la photo, visage allongé, oreilles décollées, sourire princier, tout en discrétion, pantalon de velours côtelé et pull uni. Evidemment il y a le nœud papillon qui le distingue de ses camarades de classe. Les autres garçons sont assis par terre dans des positions qui manquent de distinction. Un a une épaule relevée et tire sur sa manche, un autre lorgne ses voisins en remontant ses genoux, un autre avance un bras et fait le dos rond, un autre encore a l'air plus intéressé par ce qui se passe ailleurs.

Charles debout derrière au bout de la rangée pose sobrement les deux bras le long du corps et fixe dignement, quoiqu'un peu tristement, l'objectif. Il faut dire que Charles va peu avec les garçons qui jouent au foot, demandent un camion de pompier à Noël et vont à la pêche aux grenouilles l’été. Charles vit autre chose à l'intérieur du palais quand il n'est pas en pension. Il est si seul, il suffirait juste d'un ami. Il s'adapte tant bien que mal et finit par disparaître quand on appelle les garçons de la classe. Il préfère la compagnie des filles tout en restant distant.

Moi, la princesse Ann, ai aussi sagement les deux bras le long du corps dans ma belle robe blanche. J'arbore un très discret sourire princier quand deux de mes voisines montrent malencontreusement leurs dents. Ma cousine, duchesse Charlotte, en veste Chanel et jupe plissée bleu marine, se tient comme il se doit, légèrement en retrait par rapport à moi, les deux mains dans le dos.

Mon petit cousin, baron William, tient simplement son rang derrière une petite fille qui semble fumer un mégot ou tirer la langue. Notre mère la reine et mon père ainsi que mon oncle et ma tante respectivement duc et princesse nous ont envoyés en France durant une année pour nous familiariser avec les mœurs de la population locale, des bourges et des ouvriers ou habitants des campagnes avoisinantes. Nous y sommes donc allés incognito. Ça a été une expérience enrichissante pour nous. Aujourd'hui nous n'avons plus rien en commun avec eux sinon peut-être un peu de nostalgie en évoquant la photo de classe devant le sapin et un pauvre Père Noël.

A quoi pensait Charles au moment cette photo ? A sa petite voisine qui racontait souvent des fariboles ? A son couronnement en l'an 2000 ? A ceux qui regarderaient plus tard cette photo en disant « Il a vraiment une gueule de bon élève ! » ?

17 janvier 2023

T comme Tu as la patate / Adrienne


J’ai une histoire à raconter
Qu’est d’la plus grand’ simplicité:


C’est que sur tout’ la ter-re, oui bien, oui bien,


On mang’ des pomm’ de terre
Eh! vous m’entendez bien,


On mang’ des pomm’ de terre
Eh! vous m’entendez bien,

Mais si vous passez le pays,
Celui qu’j’habite, sapristi !
Par devant par derrière, oui bien, oui bien,
On mange des pomm’s de terre

Les habitants les plus huppés
Afin d’avoir l’air distingué
Port’nt à la boutonnière, oui bien oui bien
Un’ fleur de pomm’ de terre

Et quand les petits crient Papa !
Et quand les petits crient Mama !
La mèr’ pour les fair’ tai-re oui bien, oui bien,
Les bourr’ de pomm’ de terre

Au déjeuner, premier repas
Que ça te plais’ où n’te plais’ pas
On s’met plein la cuillè-re, oui bien, oui bien
De plats de pomm’ de terre

Et tous les jours la même histoir’
Les jours de fêt’ les jours de foir’
Pour la soupe et l’dessert oui bien, oui bien
On mange des pomm’s de terre

Et même (ça c’est encore mieux!)
Les deux fiancés au coin du feu
Au lieu d’s’dir’ leurs affaires, oui bien, oui bien
Se pass’nt de pomm’s de terre

Et quand ils font battre tambour
V’là un qui cri’, v’là l’aut’ qui court
Ça part à la frontiè-re, oui bien, oui bien
Victoire et pomm’ de terre

***

source du texte, de la partition et même un peu de musique ici

Dillon 13 coloriée et réduite

6 décembre 2022

Un parmi cinquante-huit / Dominique H.

Groupe d'inspecteurs des Impôts en 1933

C'est la photo d'un groupe de cinquante-huit hommes conformes. Conformes "C-O-N" ou qu’on forme, "QU apostrophe on forme" ? Conformatifs à quoi ? Conformes ou qu’on forme à quoi, pour qui ?

Les vingt-cinq moustaches timbre-poste orientent vers l'année 1933. Ont-ils un chef ? Peut-être le barbu qui s'étale au milieu du premier rang à la place d'honneur ? Ils sont sérieux pour ne pas dire lugubres. Ils sont sérieux, comme investis d'une mission, d'une responsabilité. Ils ont vraiment une gueule de bon élève et aussi une tête à garder leurs chaussettes sous leurs guêtres. Deux se sont quand même autorisé un nœud papillon et un autre cache sa chemise blanche derrière une lavallière. Un seul se permet de poser négligemment le bras sur l'épaule de son voisin, il est vrai, plus petit. Serait-ce un signe de domination ? Aucun sourire, même ébauché. Cinquante-huit mâles dominants quoique pas très grands. Cinquante-huit hommes blancs. Quatre-vingt-dix ans nous séparent de cette photo.

Le personnage de la famille se fond dans le paysage. Rien ne le distingue des autres. C’est le sixième à partir de la gauche au troisième rang, Robert, un oncle à mon père, né en 1901. Il a juste échappé à la mobilisation générale de la guerre 14-18, trop jeune, mais son père est mort à Verdun. En qualité d'orphelin de guerre il a été pupille de la nation et a pu continuer ses études après le brevet élémentaire qu'il a obtenu en 1918. Il a ensuite décroché une licence de droit puis a pu intégrer l'administration française. C’est une photo récente des cinquante-huit secrétaires généraux de préfectures et de sous-préfectures du grand Ouest.

Évidemment les femmes sont à la maison auprès des enfants ou dans les bureaux, aux écritures. La charge mentale de ces messieurs est bien trop lourde et trop noble pour être assumée par une femme.

Robert quant à lui est resté secrétaire général de sous-préfecture jusqu'à la fin, jusqu'à la retraite. Son envergure mentale n'avait rien de remarquable. Les conversations dans les repas de famille évitent depuis longtemps le sujet de Tonton Robert. C’est bien tardivement après sa mort que cette photo à circulé et que les langues se sont déliées. Robert a eu deux filles en 1930 et1935, des cousines de mon père. Elles sont devenues institutrices et surtout elles ont fait chacune ce qu'on appelle un « beau mariage » dans les années cinquante. Je dis « beau mariage » entre guillemets, d'une certaine façon. En réalité le faste est resté discret. Il ne fallait quand même pas trop se faire remarquer, même dix ans après la Libération : le passage de Robert dans la Gestapo était encore dans bien des mémoires. Robert ne partageait pas du tout les mêmes valeurs que Jean Moulin. En regardant la photo de 1933 on subodorait qu'il était déjà sous l'influence du Führer.

Robert était en fait un médiocre. Il est décédé dans l'indifférence dans les années 70. Il n'impressionnait pas ses filles qui ne lui reconnaissaient qu'un seul mérite : par ses relations troubles il leur avait assuré un confort matériel mais la rencontre avec un ou deux hussards de la République leur avait suffisamment ouvert l'esprit pour qu'elles se risquent à lire « Le Deuxième sexe » de Simone de Beauvoir. Leur émancipation était en route. Avec sagesse elles ne cherchèrent pas à convaincre leur père qu'elles jugeaient irrécupérable mais, apparemment soumises à leur mari et cantonnées à leur intérieur, elles oeuvraient à l'ouverture d'esprit de leurs trois fois deux filles et en 2018 leur petite fille rejoignait Metoo dans les manifestations en reprenant le slogan féministe « A bas le patriarcat ! ».

11 octobre 2022

La Belle époque / Adrienne

Ah ! La Belle Époque où on purgeait bébé, où on faisait commerce des pots de chambre en porcelaine, où on allait à l’opéra comme aujourd’hui on va à l’apéro !

Ah ! La belle rigolade scatologique, les envolées lyriques sur les mérites du laxatif et un Toto déjà enfant-roi !

Ah ! La folle cavalcade entre les portes qui claquent, les femmes sémillantes, les maris trompés et la bonne un peu bête mais pas dupe !

C’était le crépuscule des dieux mais ils ne le savaient pas.

***

Écrit en l’honneur de la création mondiale à la Monnaie d’On purge bébé avec les mots suivants : La Belle Époque – apéro – cavalcade – création – crépuscule – envolée – rigolade – sémillante.

2022-07-16 - Nikon 56

10 janvier 2023

Ami crapaud / Anne-Françoise

Je t’aime, crapaud,
Amour de batracien
Qui me visites chaque soir dans mon jardin.
J’attends ta venue, impatiente,
Curieuse de chaque bruit, chaque son
Qui se manifeste dans l’herbe, discrètement.

AEV 2223-15Anne-Françoise - princesse-crapaud 01 rose

J’aime t’écouter
Approcher dans l’ombre,
Distinguer ta présence et ton attention.
Crapaud, ma préférence,
Chante ce soir à la lune
La complainte de la mélancolie des cœurs !

Rappelle les aventures et les amours
Dramatiques de Roméo et Juliette,
Ces amants des clans en guerre !
Rappelle l’amour impossible
De Cyrano pour Roxane
A cause de cette disgrâce qui le handicape tant !

AEV 2223-15Anne-Françoise - princesse-crapaud 01 vert

Car tu sais crapaud
Ce que les obstacles font souffrir,
Toi qui subis ta laideur depuis toujours.
Ce que Carmen, Yseult, Quasimodo et tous les amoureux
Traversent dans de difficiles épreuves,
Tu ressens, tu comprends.

A l’innocent ange Cupidon
Retourne la flèche, retourne l’inconséquence,
La blessure qui inflige des douleurs ,
Martyrise le cœur ;
Personne ne soigne ce mal,
Ni ne peut y apporter de guérison.

AEV 2223-15Anne-Françoise - princesse-crapaud 03

Crapaud chéri de mon cœur
Viens encore ce soir !
Mon cœur en souffrance attend que doucement
Tu le consoles, lui, triste,
Lui, affreusement malheureux, effroyablement
En perdition, en errance… Il se réchaufferait
A ton amitié toujours, chaque soir, chaque nuit…
Je suis à toi, fidèlement.

AEV 2223-15Anne-Françoise - princesse-crapaud 02

10 janvier 2023

Le Récit d’une promenade fantaisiste / Laura

Mets un pied devant l'autre, marche ou crève,
Animal, bête de somme, avance
Vite, ne te retourne pas, regarde le ciel !
 
Doucement il se colore, se déplace ;
Sa couleur change.
La terre, la mer azur,
Bleue comme une orange
Ou noire comme la tempête.

AEV 2223-15 Laura - Venise Fernandes

cop. Louis Philippe Fernandes
 
Vite, l’air se charge, s’alourdit.
L’atmosphère, refrain, rengaine
Leitmotiv symbolisant Venise.
Gaiement chanté, joliment tournée
Le poème, la ritournelle
S’insinue ; la scie coupe brusquement
La pensée qui se révolte : émeute,
Fronde qui se rebelle, violence sensible.
 
Vire, tes peurs reculent, fuient.
L’audace, l’impudeur, la sensualité,
La sexualité s’affirment,
Osent outrageusement.
La voie s’élargit langoureusement.
L’origine du monde s’ouvre brusquement.
La lagune pétille, s’illumine, accueille
Fastueusement. Les églises s’incarnent,
Deviennent … Les musées sont, symbolisent…
Le sacré rôde et enveloppe.

AEV 2223-15 Laura - La-Basilique-Santa-Maria-della-Salute-de-Venise
 
Profite, âme errante,
Respire, inspire.
Vivant qui va mourir,
Mort en sursis,
Existe, résiste, débranche,
Déconnecte-toi urgemment,
Corporellement.
L’esprit, le souffle, l’art
Flamboient, explosent
Subtilement et exultent.
 
Mets un pied devant… l’autre,
Le second automatiquement…
Le rythme de ton cœur,
Vagabond du monde perpétuellement
Curieux… éternellement. Le ressac,
Le retour, la résurrection de Pâques.
La renaissance italienne.
Les années folles.
L’art déco.
Correspondances.

AEV 2223-15 Laura - Console-art-deco-venise 2

3 janvier 2023

Assassinat / Anne J.

AEV 2223-14 Anne J

Le moustachu poussa la trappe qui menait au grenier avec difficulté et grimpa sur la première marche. Les hommes de la sécurité, tout vêtus de noir, se tenaient un peu en retrait et reculèrent saisis par la peur : des traces sanglantes descendaient du haut du ballon d'eau chaude jusque dans le bac de rétention d'eau. Le détective soupira et grimpa les marches suivantes avec lenteur.

Les voisins avaient appelé la police car le chat de cet étrange couple qui vivait dans la maison du coin de la rue ne cessait de miauler devant leurs rangées de salades . Ce n'était pas son habitude car c'était un paisible gros matou couleur de caramel qui d’habitude se frottait sur leurs jambes en réclamant des caresses . Il avait l'habitude de prendre leur potager pour sa pissotière privée mais après tout cela apportait de l'azote à leurs légumes.

Le couple qui vivait dans cette maison était un couple sans histoire apparente mais qui sait ce qui se passe dans le huis clos des salons feutrés et dans les cuisines à l'odeur de friture ? On n'avait pas vu le mari depuis plusieurs jours et tout le monde dans le lotissement s'étonnait de ne plus entendre à l'aurore le bruit de démarrage de sa vieille voiture diesel. Pourtant les vacances de Noël étaient finies, on avait échangé des vœux au jour de l'an et depuis plus rien. Seule la femme allait et venait mais sans plus de contacts qu'un petit signe de tête aux uns et aux autres.

Notre détective n'était pas au bout de ses surprises : roulé comme une écharpe autour du ballon d'eau chaude, un serpent de belle taille dormait, sa peau grise et verte luisant dans la pénombre du grenier.

Il s approcha prudemment pour ne pas réveiller le reptile et c'est là qu'il comprit : le haut du ballon avait été découpé comme un œuf à la coque et les jambes du mari dépassaient du sommet : il portait des pantoufles écossaises et d’horribles chaussettes noires.

Evidemment, personne ne l’ignore plus, dans les drames de ce genre le conjoint et en l’occurrence ici la conjointe est le principal suspect. Après quelques heures d'interrogatoire , elle reconnut avec un ton doux et paisible avoir frappé son mari avec la poêle et l'avoir noyé dans le cumulus découpé à la scie à métaux.

- Vous comprenez, expliqua t elle, il voulait élever des serpents dans le sous-sol et quitter son travail pour monter un élevage de serpents. Il prétendait les vendre pour faire une décoration de Noël originale et moi je ne supporte pas ces bestioles. Je les ai lâchées dans le jardin. Ils ont du aller goûter les salades du voisin et ça ne plaît pas au chat. Croyez moi , le mariage ce n'est pas toujours une armure contre le malheur, ni pour le bonheur d'ailleurs et les serpents à sonnettes ne valent pas les clochettes du père Noël.

L’histoire ne dit pas si ces arguments ont convaincu les juges et ce qu il est advenu de la meurtrière épouse ni du ballon d'eau chaude.

3 janvier 2023

Mots malins / Maryvonne

Cher président

Cher président...

Je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être si vous avez le temps.

Je ne sais pas si vous vous rendez bien compte mais il me semble déceler chez vos sujets une certaine tristesse et ce n'est pas un simple miaulement de chat coléreux. Ce sont des femmes et des hommes prêts à mettre le feu. La terre se soulève sous leurs pas.

Des agricultrices aux boulangères, des médecins aux bouchers, des professeurs aux commerçants, beaucoup voient rouge. L'incendie couve. Monsieur le Président chaussez vos lunettes, armez vos pompiers de casques et de lances. Si la soudure se fait entre les différentes populations, moi je vous dis : « Vous êtes mal ! »

Oserai-je maintenant vous dire « Bonne année ! », monsieur le Président ?

AEV 2223-14 Maryvonne - Voeuxjpg

 

***

Mes vœux pour 2023

Je ne sais pas pourquoi les mots choisis portent des ions négatifs ! C'est dommage mais il faut faire avec.

Pour 2023 je souhaite que plus aucun homme coléreux ne lève la main sur sa femme, que l'agricultrice besogneuse arrive à faire la soudure de son budget à la fin du mois, que plus aucun incendie ne tue des habitants dans nos maisons et nos immeubles. Préférons à cela que le feu de l'amour embrase nos vies et pour ce feu spécial n'appelez-pas les pompiers !

Faites des voyages en terres inconnues et si c'est dangereux n'oubliez pas votre casque et vos lunettes. Par contre si vous choisissez de rester près de l'âtre rouge étouffez les miaulements de votre chat par vos caresses, ne laissez pas la tristesse s'installer, c'est une terre aride ; au pire arrosez-là de vos larmes de rire.

Même si vous êtes conscients de tout cela, gardez en général et en particulier, pour le mardi soir vos moments de folie.

AEV 2223-14 Maryvonne - Mandoline

***

Atelier du mardi à Villejean

A travers les lunettes positives j'ai vu la soudure entre nous, hommes, femmes. L'incendie des mots pétille tout rouge dans la salle Mandoline mais n'appelez-pas les pompiers ! Il fait frais mais le feu de l'amitié nous tient chaud. Nous laissons à la porte la tristesse, les coléreux, les miaulements. Sur notre terre de graphite la plus mauvaise agricultrice ferait pousser des phrases en fleurs. Chaussez vos casques que je vous bombarde de compliments !

Oui, oui, vous pouvez ronronner comme des chats, c'est votre heure de gloire !

Bonne année d'écriture !

AEV 2223-14 Maryvonne - Isaure joue de la Mandoline 2

N.B. Mots malins insérés : Miaulements Tristesse chat Soudure Lunettes feu Coléreux Homme rouge Incendie Pompier casque Agricultrice Femme terre

29 novembre 2022

En attendant Eulalie. 1 / Eliane

Tante Léonie discutait avec Françoise en attendant Eulalie. Tante Léonie avait vu passer Mme Goupil dans sa robe de soie et sans parapluie. Elle risquait bien, si elle allait loin et s’il pleuvait, de se faire tremper. Peut-être, peut-être.

Ma tante se frappa le front. Elle se demanda si Madame Goupil était arrivée à l'église après ou avant l'élévation. Elle devait penser à le demander à Eulalie.

Elle regarda le ciel et le gros nuage noir qui arrivait.
« Il allait pleuvoir avant la fin de la journée, c'était sûr. Il faisait trop chaud » énonça Françoise. Ma tante rétorqua que le plus tôt serait le mieux car si l'orage n'éclatait pas son verre d'eau de Vichy ne passerait pas. Pour elle c'était beaucoup plus important que l'état de la robe de Mme Goupil.

- Et puis, dit ma tante Léonie, quand il pleut sur la place, pas moyen de s’abriter.

Elle pâlit tout à coup en regardant l’heure.

-Mon Dieu, les vêpres ont commencé et je n'ai pas pris ma pepsine ! Pas étonnant que mon eau de Vichy ne passe pas !

eaux-de-vichy

Elle se précipita sur un livre de messe à la riche reliure pour lire au plus vite les textes sacrés auxquels elle ne comprenait pas grand-chose, préoccupée de savoir si la pepsine prise longtemps après l’eau de Vichy pouvait encore la faire descendre au bout de trois heures.
La pluie s'était mise à tomber, martelant doucement les carreaux.On fit tinter le grelot de la porte du jardin.

- Allez donc voir, Françoise !

- C’est Madame Amédée (ma grand-mère). Elle a dit qu’elle allait faire un tour.

-Ça ne m'étonne pas d'elle, dit ma tante. Il pleut à verse ! Il faut toujours qu'elle se distingue ! J’aime mieux que ce soit elle que moi qui soit dehors par ce temps.

- Madame Amédée, c’est toujours l'inverse des autres, dit doucement Françoise.

Plus tard, avec les autres domestiques elle dirait « madameAmédée est vraiment cinglée ! ».

Ma tante soupira : « Eulalie ne viendra plus !»

- Mais il n'est que quatre heures et demie ! dit Françoise

- Que quatre heures et demie ? Mais j’ai été obligée de soulever le rideau tellement il faisait sombre ! Il fait déjà presque nuit à 4 h 30 huit jours avant la bénédiction des moissons ! Le bon dieu doit être en colère après nous ! Comme disait mon pauvre Octave, on a trop oublié le Bon Dieu, il se venge !

 

22 novembre 2022

Simone et Séraphin / Anne-Françoise

40 05

Samedi, c’est la fin de la semaine ! Super, super, super !

Simone est une sage secrétaire sténo-dactylo pendant la semaine. Ce samedi, elle fait les sacs en sifflotant : shorts, sandales, lunettes de soleil, sudokus et scrabble dans l’un ; sardines en boîte, saucisson, salami, salade et Saint-Nectaire pour faire des sandwichs dans un autre, savon, shampooing, serviette et sèche-cheveux dans un troisième. De son côté, Séraphin a laissé sa salopette sale de serrurier (et ses soucis !), souhaitant souffler pendant ce séjour en Saône et Loire.

En voiture, Simone ! Ils ont quitté la Sarthe sous la pluie ce matin sans stress, après une bonne nuit de sommeil. Il était 7 h 66 mn et soixante-sept secondes. Ils sont dans un doux songe en écoutant une sonate de Schumann.

Après quelques heures de route dans le silence, Séraphin stationne après un bois de sapins. Plus loin, un scout fait de l’auto stop. Ils sortent de la voiture sous le soleil et s’étirent. Séraphin souffle et s’allonge dans l’herbe. Il se laisse submerger par la nature sauvage. Il sent le parfum de la sauge, de la sarriette et du serpolet. Simone cueille des soucis, sursaute quand une salamandre se glisse entre ses cuisses et qu’une sauterelle s’ébroue dans sa chevelure avant de sauter sur les cèpes.

Séraphin est séduisant, Simone est splendide ! Elle regarde sérieusement Séraphin, il la trouve si sexy… Un sentiment de sérénité et de sensualité les saisit et les submerge… C’est sublime !

Ils vont s’allonger sous un saule pleureur. Ils se susurrent des mots sucrés. Ils savourent, en retirant leurs strings, un moment d’amour qui n’est pas que spirituel ! On entend des soupirs de satisfaction, des sons surprenants. Soudain, un sanglier surgit et stoppe la scène. Ils se séparent, surpris de cette envie saugrenue, un peu sonnés.

Aujourd’hui, Séraphin a soixante-dix-sept ans et Simone soixante-seize. Ils se souviennent en souriant de cet instant sur une nationale 7 bien sympathique ! 

5 janvier 2022

Simone et Séraphin

40 05

Samedi, c’est la fin de la semaine ! Super, super, super !

Simone est une sage secrétaire sténo-dactylo pendant la semaine. Ce samedi, elle fait les sacs en sifflotant : shorts, sandales, lunettes de soleil, sudokus et scrabble dans l’un ; sardines en boîte, saucisson, salami, salade et Saint-Nectaire pour faire des sandwichs dans un autre, savon, shampooing, serviette et sèche-cheveux dans un troisième. De son côté, Séraphin a laissé sa salopette sale de serrurier (et ses soucis !), souhaitant souffler pendant ce séjour en Saône et Loire.

En voiture, Simone ! Ils ont quitté la Sarthe sous la pluie ce matin sans stress, après une bonne nuit de sommeil. Il était 7 h 66 mn et soixante-sept secondes. Ils sont dans un doux songe en écoutant une sonate de Schumann.

Après quelques heures de route dans le silence, Séraphin stationne après un bois de sapins. Plus loin, un scout fait de l’auto stop. Ils sortent de la voiture sous le soleil et s’étirent. Séraphin souffle et s’allonge dans l’herbe. Il se laisse submerger par la nature sauvage. Il sent le parfum de la sauge, de la sarriette et du serpolet. Simone cueille des soucis, sursaute quand une salamandre se glisse entre ses cuisses et qu’une sauterelle s’ébroue dans sa chevelure avant de sauter sur les cèpes.

Séraphin est séduisant, Simone est splendide ! Elle regarde sérieusement Séraphin, il la trouve si sexy… Un sentiment de sérénité et de sensualité les saisit et les submerge… C’est sublime !

Ils vont s’allonger sous un saule pleureur. Ils se susurrent des mots sucrés. Ils savourent, en retirant leurs strings, un moment d’amour qui n’est pas que spirituel ! On entend des soupirs de satisfaction, des sons surprenants. Soudain, un sanglier surgit et stoppe la scène. Ils se séparent, surpris de cette envie saugrenue, un peu sonnés.

Aujourd’hui, Séraphin a soixante-dix-sept ans et Simone soixante-seize. Ils se souviennent en souriant de cet instant sur une nationale 7 bien sympathique ! 

8 novembre 2022

Le Chiffre des choses / Anne-Françoise

Ce texte sur le chiffre des choses commence avec ce constat : il manque des lettres, des lettres pour des noms et des prénoms. Sinon, comment expliquer que le Petit Poucet n’ait qu’un surnom ? Peut-être à l’époque n’existait-il que des chiffres pour exprimer les choses ?

Laissons le père de Poucet nous raconter le début de l’histoire :

AEV 2223-08 Anne-Françoise le-petit-poucet 2

- Charles, mon aîné, est issu de mon premier lit, Pierre, mon fils, est issu de mon second lit, Eva de mon divan, Sébastien de mon pouf, Jules de mon canapé, Auguste de mon fauteuil et Poucet de la table de la cuisine. Eva était bien un garçon mais comme ma femme voulait une fille, on a pris un prénom féminin pour lui. Poucet n’avait pas de prénom, on n’a pas pris la peine d’en chercher, ce sont ses frères qui l’ont surnommé ainsi…


Quelques années plus tard, avec toutes ces bouches à nourrir, on a revendu le premier lit, le divan, le pouf, le canapé, le fauteuil et même la table de la cuisine vu qu’on n’avait plus rien à manger…

Poucet était un drôle d’enfant. Il ramassait tous les cailloux qu’il trouvait et les numérotait. Le soir, à la place du repas, il nous racontait des histoires avec ses cailloux. Je me souviens d’une qui disait : « J’ai pris le 4 pour Sète, on est passés par Troyes, on a mangé un œuf… ». D’autres fois, il chantait : « 7 un fameux 3 mâts… 7 à boire à boire à boire… ». Ça nous évitait de penser à nos ventres qui criaient famine. Pour nous qui n’avions rien, une seule chose était nécessaire : tout et tout manquait.

Avec ma femme, nous avons décidé d’abandonner nos enfants dans la forêt mais nous n’avons pas vu que Poucet déposait ses cailloux numérotés tout au long du chemin. Et le soir même, tous les enfants sont rentrés à la maison alors que ma femme et moi mangions du pain dur… Pour dissimuler le malaise, Poucet a inventé une histoire de 7 de table, de 7 de tennis, de 7 nains et nous nous sommes tous couchés…

Le jour suivant, nous sommes allés dans un autre coin de la forêt et vous connaissez la suite de l’histoire : les miettes de pain mangées par les oiseaux, l’ogre et Poucet avec les bottes de 7 lieues…

Aujourd’hui, ma femme et moi sommes à l’EHPAD du Bois joli, mes fils sont boucher, pâtissier, éleveur de brebis, maraîcher, apiculteur et céréalier…

Comme vous pouvez le voir sur la photo, Poucet a bien vieilli mais pas beaucoup grandi. Il fait toujours la collection de cailloux qu’il continue à numéroter, il les emmagasine dans son château et il écrit des chansons : « 7 un beau roman, 7 une belle histoire… 7ait un p’tit bonheur que j’avais ramassé… 7 une maison bleue… Y’a qu’un ch’veu sur la tête à Mathieu… »

Et il s’est choisi un prénom ! Il s’appelle Justin.

13 décembre 2022

Fêtons Noëlle pour la 68ème fois ! / Anne J.

Je retourne piocher dans mes réminiscences anciennes d'une déjà bien longue vie pour vous en raconter quelques péripéties  !

AEV 2223-13 Anne J

La soirée du 24 décembre, on faisait des petites gâteries dans des collerettes de pâtissière, des dattes et des noix fourrées à la pâte d'amandes colorée en vert ou en rose et des tranches d'orange enrobées dans une substance sucrée, dorée, brûlante et resolidifiée par la température ambiante . J'aimais encore plus faire des truffes, roulées dans une poudre chocolatée et serrées dans une boite décorée. Toute cette activité pâtissière se faisait avec des chansons de Noël passées et repassées sans fin, mélodies mièvres, cantilènes religieuses et profanes chantant la gloire de Noël.

Ensuite c’était l'heure de mettre les filles sous la couette pendant que les grandes personnes s'affairaient à la préparation du décor : je me souviens de la rigolade de cette soirée à gonfler des baudruches et à les scotcher, avant qu'elles n'éclatent, sur la partie la plus haute de la pièce, sans doute l'année de ma huitième fête de Noël.

Ensuite c'était l'heure de la messe et la merveilleuse brioche trempée dans une boisson chocolatée qui suivait.

AEV 2223-13 Anne JToutes les aubes du 25, pour l'ouverture des surprises offertes pour l’occasion, il nous fallait attendre l'autorisation et l'heure convenable : je me souviens de cette année où mes sœurs et moi avons reçu une paire d'étranges semelles de fer montées sur quatre roulettes que nous avons aussitôt voulu essayer sur la piste goudronnée la plus proche, avec une flopée d'autres gamines, dont certaines avaient reçu une bicyclette. La piste était proche d'une clinique qui a vu arriver en quelques heures épaules démises et chevilles foulées, quand ce n'étaient pas des faces écrabouillées.

La torture rituelle arrivait avec la ripaille dans la parenté de ma mère et spécialement avec le mari de ma grand-mère qui essayait de me convaincre, chaque année :  « Tu vas voir, les huîtres c'est tellement bon ! » . Après la bouchée déglutie avec peine et la nausée inévitable, je me précipitais pour vomir cette chose gluante et verdâtre que j'avais dû avaler sous la contrainte.

Bien plus tard arrivait la journée de l'épiphanie et la galette des Rois, dégustée chez ma grand-mère paternelle ; on l'arrosait d'une liqueur sucrée et alcoolisée qui nous collait la bouche et nous donnait soif.

AEV 2223-13 Anne JQuand j’ai eu une vingtaine d’années, j’ai regardé avec nostalgie ces coutumes et mœurs de mon enfance et même parfois avec un peu de condescendance…et pourtant j’aimerais voir arriver cette soixante-huitième fois avec la même impatience, la même candeur, les mêmes étoiles dans les mirettes et accueillir les boîtes enrubannées avec les « Oh ! » et les « Ah ! » de circonstance .

Il ne me reste plus qu’à fredonner « Douce Nuit, sainte Nuit ». Ça y est, vous y êtes…c’est Noël !

6 décembre 2022

P comme parfois... / Adrienne

AEV 2223-12 Adrienne - Knokke

Parfois il suffit d’un ami qui a une automobile et d’un autre qui a une villa à Knokke-le-Zoute : tu sers de contact entre l’un et l’autre, ce n’est pas plus compliqué que ça pour t’offrir un week-end princier !

C’est vrai qu’apprendre à vivre demande plus qu’une vie et, vous le savez comme moi, le temps dévore tout, alors il s’agit de ne pas le perdre et d’aller vite.

Moi, depuis toujours, je mets les bouchées doubles et je vais de l’avant.

Comme dit mon ami Robert, "Toi tu as vraiment une gueule de bon élève ! Avec un peu de chance, tu l’auras, ton étoile sur Hollywood !".

Je sais qu’il se moque légèrement et il sait que mon but n’est pas Hollywood, de nous quatre personne n’est vraiment dupe et bien sûr personne n’est à l’abri d’un revers de fortune… Mais il a raison, la gueule de bon élève, ça m’a bien aidé.

Alors si tout passe et tout casse, c’est une raison de plus, selon moi, pour ne pas tergiverser.

La question à se poser n’est pas « Tu crois qu’on va y arriver ? » mais plutôt « Qu’est-ce que je dois mettre en place pour y arriver ? ».

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