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L'Atelier d'écriture de Villejean
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30 mars 2021

Rubrique Cinéma / Jean-Paul

AEV 2021-24 JK Corinne MasieroNotre compatriote Corinne Peaudane a reçu le César du meilleur costume à la cérémonie de remise des prix d'art cinématographique présidée par Sa Majesté le roi de carreau, le Sire César en personne.

Le jury a particulièrement apprécié les taches de sang sur le costume, mises là pour protester contre les horreurs commises sur ses épouses par l’infâme Roman Barbe-bleue.

Notre compatriote Corinne Peaudane a reçu par ailleurs le prix d’interprétation féminine pour sa composition de Mme Groseille dans « Le Conte de fées n’est pas un long fleuve tranquille ».

Pour assurer ce rôle convenablement Corinne a suivi des cours de patois picard pendant un an auprès de M. Cafougnette.

Notre compatriote Corinne Peaudane continue de creuser dans la même veine charbonneuse puisqu’elle a débuté le tournage de «Bienvenue chez les ch’tis nainnains» sous la direction de la réalisatrice nordiste Blanche Neiche.

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22 novembre 2022

Coquillages et crustacés / Jean-Paul

41 05

AEV 2223-10 Eddy Constantine 18835388

Ça canonne carrément au club Mickey de Quiberon !

Corentin le coquin rouquin canarde les créneaux du château de Costaérès qu’a construit Nicolas qui conteste, plan en main, cette atteinte culottée au plan d'occupation des sols imaginé dans sa coucourde hier pendant la sieste à la colonie. Il y a de la castagne dans l'air ! Si ça continue Nicolas va cogner Corentin comme le fait Eddie Constantine quand il endosse au cinéma le rôle de Lemmy Caution.

Nous sommes en 1961. En bas à droite de l'image, un crabe un peu crapule et sans pinces d’or crapahute parmi les coquillages et les couteaux pour s'en aller pincer l'orteil du capitaine Haddock qui fait la sieste. Qu’y a-t-il dans la caméra ? Des images de la Castafiore ? Du Karaboudjan ? Qu’a donc capté le Kodak ? Les nuits de Calcutta ? La Casbah d’Alger ? La route qui cahote quand on part d'une escale à Calais pour rejoindre le Kremlin-Bicêtre en autocar ?

Ce sont les inconnues de cette image. Nous, aujourd’hui, nous connaissons le contexte : c'est l'époque où commence, à Cap Canaveral et Baïkonour la conquête du cosmos. Capitalistes et communistes sont en guerre larvée, dite « froide ». Il y a des histoires de missiles à Cuba, une baie des Cochons, plus comiquement au cinéma les calotins de Don Camillo qui se confrontent aux cocos de Peppone.

AEV 2223-10 Vive le Québec libreIl y a le commandant Cousteau avec sa Calypso et son bonnet rouge qui commande au monde de faire silence mais va-t’en faire taire, toi, les requins de la finance ! C'est encore l'époque où le Vatican est constipé, où « Qui vous savez » n’a pas encore clamé « Vive le Québec libre ! » ni échappé à l’attentat du Petit-Clamart.

On roule en quatre chevaux, en Dauphine Renault, en Simca P60, on rêve de coupés, de cabriolets, de Cadillac aux calandre chromées et de Côte d’azur tout en emplissant le coffre et la galerie sur le toit de sacs et de valises pour aller profiter de ses congés payés en plantant sa tente au camping du Halloy à Berck-Plage (Pas-de-Calais).

Sur la couverture du pique-nique, Caroline et Colin boivent du Coca-Cola tandis que Papa, par-dessus le camembert, s’abreuve de Côtes-du-Rhône, insoucieux de l’alcootest qui ne verra le jour qu’en 1965.

AEV 2223-10 La Belle AméricaineAu cinéma, Liz Taylor n’a pas encore campé Cléopâtre, le cave se rebiffe, on suit Cléo de 5 à 7, on entend tonner les Canons de Navarone, Gary Cooper casse sa pipe le 13 mai, les Branquignols triomphent dans « La Belle Américaine ».

Les Branquignols triomphent ! Quelle différence entre 1961 et 2022 ? Aucune ! Ou, sinon, 61 ou 62 ans !

Qu'avons-nous connu ? Qu'avons nous conquis ? Le droit de jouer l'été à Robinson Crusoé sous les cocotiers ? La pilule plutôt que la capote ? L'envie de contempler un football collectif sous le climat caniculaire mais climatisé du Qatar ? La courante ? La colique ? La coqueluche ? La covid 19 ?

Qui peut-on encore appeler « camarade », aujourd’hui ?

Concrètement et personnellement je me concède le droit de ne pas répondre à ces questions, de poser mon crayon et de chercher dans cette image « vintage » les quinze différences entre l'image du haut et celle du bas.

P.S.

- Pourquoi n’ai-je trouvé que 11 des 15 différences ?
- Parce que, bien que né en 1989, ton unique neurone a quand même pris une part de ces 61 années dans les dents, Joe Krapov !
- OK, la prochaine fois j’amène des coloriages. J’essaierai de ne pas dépasser !

29 mars 2022

Adrienne et Georges / Adrienne

2122-24 Adrienne - 1 La Première épouse

Je suis la première épouse.
Nous étions bien jeunes quand nous nous sommes rencontrés. Vingt ans !
Nous avions vingt ans et un petit boulot de rien du tout…

Quand l’aventure du Petit Vingtième a commencé, j’ai assisté à tout, depuis la naissance des personnages jusqu’aux terribles crises d’anxiété de leur créateur.

Oui, c’était un grand angoissé qu’il fallait rassurer, épauler, aider…
Il avait raison de ne pas vouloir d’enfant, il était mon enfant.

J’ai tout fait pour l’aider, les retouches, l’encrage, le lettrage…
Je n’aurais pas eu le temps de m’occuper de mes enfants, c’est vrai.

Mais toutes les nuits je me vois petite fille au milieu de la foule qu’il a créée et j’ai de grandes conversations avec les enfants. Uniquement avec les enfants.
Ceux qui ont reçu un nom et ceux qui n’en ont pas.

Je discute avec Coco, le petit boy et Zorrino, l’enfant quechua. Avec Lobsang, le jeune moine tibétain. Avec la petite gitane Miarka. Il m’arrive même de rire et de plaisanter avec ces deux vauriens de Laszlo Carreidas et Abdallah.

Mais le plus souvent je reste aux côtés du petit garçon à casquette. Il tient la main de sa grande sœur et me regarde si intensément.

Il m’en a fallu du temps pour comprendre que c’est moi, la grande sœur.

2122-24 Adrienne 2 - Hergé

N.B. Il est bien sûr fait référence ici à Georges Rémi, autrement dit Hergé,
l'inoubliable créateur de "Tintin et Milou".

1 mars 2022

Il est grand temps... / La Licorne


Il est grand temps...

De rallumer les étoiles, disait Apollinaire

De cultiver son jardin, disait l'ami Voltaire

De laisser la prose pour la poésie, disait le grand Molière

De te laver derrière les oreilles, disait feu ma grand-mère

 

Allez, on s'accroche !

De la télé, vite on décroche

On arrête d'avoir la pétoche

On oublie tous ces fantoches

Qui nous rendent la vie si moche

Et on se creuse la caboche

Au lieu de se répandre en reproches !

 

Allez, on s'émerveille !

Du premier rayon de soleil

Du vol de la petite abeille

De la prochaine groseille

A la jolie couleur vermeille

De Ninon en son simple appareil

Du monde qui d'un coup se réveille

 

Il est grand temps, mon vieux

Il est grand temps

C'est le printemps...

Il est grand temps...

T'as soixante ans !

Qu'est-ce que cela, soixante ans ? 

C'est la fleur de l'âge et vous entrez maintenant dans la belle saison.

Molière

15 novembre 2022

Animal on est mal. 2, Le Crocodile / Jean-Paul

Rennes-Salon du vintage

Aujourd'hui on ne parle plus du passé en disant « C'est de l'antique » ou « C’est beau comme l’antique ». On n’utilise pas plus le mot brocante que le mot tocante. La brocante évoque désormais des breloques sans valeur plutôt que des reliques précieuses échappées à la course du temps. La tocante, montre à gousset, montre au poignet ? « Non merci, trop fatigant, l’heure est sur mon smartphone et je l’ai toujours à la main ». Même « Antiquité » n'a plus cours : maintenant on dit « vintage » (à prononcer "vinn-tèdje") et on le devient très vite !

Personnellement en tant que crocodile, animal à peau dure, réputé sans cœur, perfide et même cruel, je ne verserai pas une larme sur cette génération qui ne respecte plus le vocabulaire français quand elle disparaîtra. Si je les vois clamer du haut de leur suffisance de nouveaux maîtres des nouvelles technologies « Je me fous du passé » ou « N'en parlons plus, c'est du passé » je regrette surtout que cela n'évoque pas pour eux deux chansons d'Edith Piaf et de Lucienne Delyle (« C’est qui ces looseuses ? »).

Même les musées ne trouvent plus grâce aux yeux des plus sympathiques d’entre eux. Pour ces nouveaux protestataires, ce ne sont plus des lieux dans lesquels on réfléchit à partir d'éléments iconographiques certes datés sur l'histoire de l'occupation de cette planète par les humains, ce sont juste des décors de théâtre qu’ils prennent en otage pour des actes de militance provocatrice.

Malgré mon sourire jusqu'aux oreilles - façon de parler, les crocodiles n'ont pas d'oreilles, en tout cas pas aussi longues où larges que celles d’Ouvrard ou de Louis Leprince-Ringuet que tout le monde a oubliés aussi - malgré ma gueule fendue, j’avoue que cela me déprime. C'est que je rêvais d'y finir, moi, au musée en tant que

2022-11-15 - 285 1

« Porte-savon du 20e siècle fabriqué en Chine par des esclaves sous-payés. Produit en multiples exemplaires et commercialisé dans le monde entier, cet objet était déposé sur le bord de larges récipient appelés « baignoires » dans lesquelles les horribles gaspilleurs de ressources naturelles qui sévissaient à cette époque barbare se trempaient après les avoir remplies d'eau chaude. Le remplacement progressif des baignoires par des douches à l'italienne avec robot savonneur et brosse à reluire intégrée a provoqué l'extinction des crocodiles porte-savon. Ce fut une perte sans égale pour la biodiversité des accessoires domestiques. Notre musée est fier de vous présenter le dernier exemplaire, retrouvé dans les décombres d'une maison de la ville de Rennes, cité ensevelie sous les bombes russes en 2052. »

Purée ! Je déprime vraiment, moi, ici ! Faites quelque chose, s'il vous plaît ! Rendez-moi mon marigot et ma gaîté sauvage ! On peut pas me coller avec un aimant sur l’autre coin de la hotte aspirante où c’qu’y a la grenouille ?

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11 octobre 2022

Le Vent sucré / Jean-Paul

2022-07-15 - 285 3Comme elle sent bon, cette lettre ! Elle sent la violette et la camomille ! Elle sent les amours d'antan, elle a le parfum automnal des cavalcades envolées et le bruit des mots qu'elle contient doit être si discret, si raisonnable désormais que je pense à une Pénélope câline dont l'Ulysse ne serait jamais revenu répondre d’Ithaque au tac à la question super-banco du jeu d’Émile Franc !

Ulysse ! Le prototype du marin sémillant qui a une femme dans chaque port, qu'il aime à l'italienne comme Frédéric François, et qui passera toujours à côté de l'ancolie, fleur discrète s'il en est. Le secret du bonheur est disposé chez lui, faisant tapisserie en chantant sérénade et défaisant la nuit les fils de cet amour qui se barre en capilotade et lui ne le voit pas, ne comprend rien. Ulysse ? Un Tartarin !

- Eh quoi ! s’étonne le marin, « sorbetière » et « bourguignon » dans le dictionnaire de l'amour ? Laissez-moi rigoler! Courailleur je suis, courailleur je reste et, du reste, je cours ailleurs ! C'est quoi ma prochaine aventure ? Être transformé en cochon par Circé ? Oh oui, j'y cours de ce pas ! Balance ton sort, magicienne, j’accoste dans ton port !

Mais il est temps de tourner l'enveloppe et de laisser ce fat sur sa portée fort singulière. Tout cela ne nous rajeunit pas et Violette-Camomille doit certainement donner elle aussi dans l'histoire ancienne.

2223-04 Facteur devant graff montagneL'expéditrice s'appelle, de fait, Suzette Cabestan.  Le destinataire est Maître Cornille, avocat. Sans doute une lettre d’affaires ? Comme on ne trouve plus dans les courriers actuels que des publicités ou des factures, je veux bien prendre le risque d’être encore déçu. J’ai trop de curiosité pour le genre humain et je n’accepte pas de rentrer bredouille de ma tournée, sans lettre à décoller à la vapeur, sans lecture à savourer à l’apéro du soir. Je me la mets de côté. Du reste, je ne fais que l’emprunter à l’ange gardien de la correspondance. Demain je la remettrai dans ma sacoche et la déposerai dans la boîte aux lettres de l'avocat. Qu’il fasse des effets de manche en attendant !

***

- Scrongneugneu ! s'écrie le facteur rentré le soir chez lui en lisant cette lettre :

« Cher maître

Merci encore une fois des bons conseils que vous m'avez donnés. Hélas, Les recherches entreprises par l'agence Fiat Panda en vue de retrouver le jeune berger auprès de qui, toute jeune adolescente, j'ai passé une nuit idyllique n'ont pas abouti.

Monsieur Florent Fouillemerde, le directeur de cette agence de détectives, m'a déclaré ceci :

2022-07-15 - 285 16- C’est un « cold case » un peu spécial, Madame Cabestan ! Il n'y a eu ni mort, ni sévices, ni enlèvement, pas même un attouchement, aucun attentat à la pudeur. Ce fut juste de la part de ce jeune berger un geste très attentionné.

Comme le soir était tombé et que vous ne pouviez plus, suite au débordement de la rivière, regagner votre domicile, il vous a accueillie à l'entrée de sa bergerie, vous a proposé de vous réchauffer au coin de son feu et il vous a couvert les épaules de sa pèlerine. Vous aviez alors dix-sept ans tous les deux. Vous avez chantonné des airs à la mode pour vous réconforter puis, sous le double effet d'une infusion de sauge et de la contemplation d'un ciel soudain dégagé et superbement étoilé, vous vous êtes endormie au creux de son épaule. Vous croyez l'avoir entendu vous susurrer - excusez-moi mais l'orthographe de ce mot qui m’horripile me fait doucement rigoler maintenant que je l'ai entendu faire chuter deux candidats du jeu de Lucien Jeunesse - il vous aurait susurré « Vous êtes une étoile descendue sur la terre ! ».

Lucien Jeunesse ! Comme c’est loin tout ça ! Aujourd'hui, au crépuscule de votre vie, Madame Cabestan, vous avez voulu que mon équipe et moi retrouvions ce berger dont vous ignorez le nom et même le prénom ! Nous avons couru la garrigue, été estomaqués par le maquis, éventés sur le Ventoux, vaincus par la montagne Sainte-Victoire et klaxonnés par des pas futés à Tarascon. Nous avons compulsé des tonnes d'archives et nous n’y avons rien trouvé.

Ce moment où vous avez Daudetliné de la tête, où vous avez, comme vous le dites, vécu le meilleur moment de votre vie amoureuse de pauvre petite fille riche, personne ne peut le retrouver : c'est juste un souvenir nostalgique. Peut-être que ce jeune homme est devenu trompettiste dans une boîte de jazz, vendeur de canapé chez Anguille-sous-roche et Robin des Bois, ou de cannabis aux Ulis ? Aujourd'hui de toute façon c'est sans doute un vieux bonhomme qui s'achète des pull-overs pour aborder la crise automnale. Peut-être, contrairement à vous, ce grand-père au bout du rouleau n'aura t il pas les moyens de se chauffer et de passer l'hiver ?

Vous courez après un rêve, Madame Suzette ! Nous, on jette l'éponge. La seule chose que je puis vous conseiller c'est l'agence Rimbaine et Verlaud, sur le palier d'en face. Eux organisent des expéditions scientifiques extrêmes, enfin, extrêmement décalées. Il y en a une qui peut vous intéresser : ça s'appelle « Les passagers du livre ».

Cher maître Cornille, avant de me lancer dans cette nouvelle aventure, pouvez-vous m'assurer que cette entreprise « Rimbaine et Verlaud » est réellement fiable ? Je vous joins leur dépliant. Il y a bien un séjour d'une semaine « Au pays des lettres de mon moulin » qui reste ma seule chance de retrouver mon petit prince et son mouton.

Je vous remercie par avance de vos précieux conseils et encouragements éventuels.

Suzette Cabestan ».


N.B. Ce texte respecte également la consigne du jeu n° 81 de Filigrane

27 septembre 2022

Les Voisins d'Isaure / Jean-Paul

Isaure 1024 2022 11 22 Voie lactée

- Mais qu'est-ce qu'elle a de plus que nous ? Elle est plate ! Plate de partout ! Sans aspérités, sans relief. Elle pose devant ce fond gris vert, à côté de son rideau, comme si elle était déjà sûre de terminer sa vie dans un musée !

- En même temps, dit le perroquet, elle n'a pas grand chose pour elle ! Une robe rose des jours de fête, des fleurs dans les cheveux ,un petit air godiche comme on n’en fait plus ! Il n'y a pas grand monde à flasher sur elle ni même à s'arrêter plus de trois 3 minutes devant son selfie de première de la classe qui ne fera jamais ni de bêtises ni de grimaces. Isaure Chassériau ! Quel blase elle porte en plus !

- Remarque, nous non plus on n'attire pas la foule. Pourtant un tableau en relief, avec la communication possible entre les deux mondes, le réel et l'imaginaire, le possible et l'impossible, ça devrait bousculer un peu, non ?

Dixit O 12

- Tu penses que trop de surréalisme tue le surréalisme ?

- Non je pense que ce serait mieux s'il y avait un asticot au bout de l’hameçon !

- Et un poisson qui tourne autour dans le verre ?


- Ah non je suis contre la maltraitance envers les animaux !


- Ah bon ? Et l'asticot, transpercé de part en part, c'est quoi. Juste un concept ?


- Un point pour toi, l’ara !


- À causer de la voisine, des autres tordus qui essayent d'épater la galerie et, en général, de l'art contemporain ou pas, on ne voit pas le temps passer ! C'est déjà l'heure de la fermeture du musée. Tu vas pouvoir poser ta canne et aller t'allonger, le pirate !


- Pas trop tôt ! Je commençais à avoir des fourmis dans ma jambe de bois !


- Et puis tu sais on va vers le mieux ! Parait qu'avec la crise de l'énergie ils vont fermer les musées plus tôt ou un jour de plus par semaine.


- Je suis assez preneur, je dois dire !


- Par contre pour ce qui est de prendre ta retraite, faudra attendre un peu plus. Ils vont reculer l'âge de départ possible pour cela.


- Ça m'arrange aussi ! Je ne suis pas pressé d'aller me faire remiser à la cave, d'être mis en réserve de l'arrêt du public !

- En tout cas ne t'inquiète pas, Papy Rackham! S'il y en a qui veulent vraiment t’embêter je te défendrai du mieux que je peux ! Je leur volerai dans les plumes à ces australopinacothèques !

11 janvier 2022

Meilleurs voeux / La Licorne

Meilleurs voeux 

(Se chante sur un air de Geo)

 
Les gens qui pensent de travers pensent que les bons voeux qu'on lance début janvier
Sont faits pour les cons mielleux ou pour les petits vieux
Mais c'est une absurdité car à la vérité, ils sont là c'est prouvé
Pour faire fleurir dans le temps un monde plus heureux
 
 

 
Les voeux sincères se donnent sur des airs de musique
De musique, de musique
En s'foutant pas mal du regard cynique
Des casse-noisettes
Les voeux sincères se donnent sur des airs de musique
De musique, de musique
Et ceux qui osent des rêves chimériques
Rendent le monde plus sympathique
 
 

Ils inventent des colombes, un monde plus léger et des cieux bleu d'azur
 
 
 
 
 Laissant les fourmis cupides à leurs combats constants
 
 
 
  
Ils se voient déjà grimpant les marches du futur, d'un avenir si pur
 
 
 
 
Que même les coquelicots en deviendraient tout blancs
 
 
 
Les voeux sincères se donnent sur des airs de musique
De musique, de musique
En s'foutant pas mal du regard cynique
Des casse-noisettes
Les voeux sincères se donnent sur des airs de musique
De musique, de musique
Et ceux qui osent des rêves chimériques
Rendent le monde plus sympathique
 
 
 
 
Quand les apprentis sorciers leur promettent la lune...ils n'en ont rien à faire
Ils ont déjà leurs voyages dans les pays du coeur
Pas besoin de petites fioles, de médocs, ni de coke, ni de mauvais dealer,
Quand ils ont pour s'envoler les grands champs du mystère
 
 
 
 
Les voeux sincères se donnent sur des airs de musique
De musique, de musique
En s'foutant pas mal du regard cynique
Des casse-noisettes
Les voeux sincères se donnent sur des airs de musique
De musique, de musique
Et ceux qui osent des rêves chimériques
Rendent le monde plus sympathique
 
 
 
 
Quand les mois auront passé, que l'année sera vieille, que l'hiver reviendra
Même s'il reste encore quelques nuages lourds
Ils s'apercevront émus que leur petite chanson comme un joli mantra
Leur avait donné les clés d'une année d'troubadour...
 
 

 
Les voeux sincères se donnent sur des airs de musique
De musique, de musique
En s'foutant pas mal du regard cynique
Des casse-noisettes
Les voeux sincères se donnent sur des airs de musique
De musique, de musique
Et ceux qui osent des rêves chimériques
Rendent le monde plus sympathique
 
 
1 février 2022

Prière / Jean-Paul

2122-18 Jean-Paul - Paysanb breton

Notre Paysan breton qui êtes aux cieux
Que votre biscuit Thé de Lu soit fête,
Que votre Rustica arrive !

Bénissez nos Amora
S’il Yoplait !

Danonez-nous aujourd’hui comme cuiller
Notre Boursin quotidien
S’il Yoplait !

Rendez-nous la clé du jardin de Jaffaden :
Cette histoire de Nesquik défendu
Ce n’était qu’un P’tit déli !
S’il Yoplait !

Depuis vous nous jugez boudez boudoir
Au Biovillage sans Plantation
Vous nous faites mauvaise réputation.

S’il Yoplait
Camembert Président,
Soyez un peu plus coulant !
Moins capricieux, les Dieux !

Notre Paysan breton,
S’il Yoplait ? 

8 décembre 2020

Une vie de chat / Jean-Paul

Ronald Searle 6 Bye Bye blues

Dans cette vie antérieure où j’habitais Paris, j’ai longtemps mené, comme ce chat, une vie très régulière et j’ai collectionné des galettes de vinyle. Je les écoutais, ces grands disques noirs, sur la même chaîne hi-fi que je possède encore.

Je n’ai commencé qu’il y a deux ou trois ans à me séparer de certains de ces disques : mon épouse adore vider mon grenier ! Il est vrai que le monde a changé et qu’on trouve à peu près toute cette musique sur Youtube ou Deezer. On n’a plus besoin de se lever toutes les vingt minutes pour aller retourner le trente-trois tours, poser à l’aveuglette le trou dans le piquot pour écouter la face B et retourner vaquer à ses occupations pour vingt autres minutes.

Dans cette époque opaque de dématérialisation généralisée, je n’en reste pas moins attaché à certains trésors artistiques et je pense que je ne me séparerai jamais de certains de ces objets fétiches.

AEV 2021-11 Jean-Paul Hawkwind 1

Il y a parmi ceux-ci les disques du groupe Hawkwind, des Anglais malades dans leur tête (comme tous les Anglais ?) qui ont mélangé le rock’n’roll et la science-fiction pour donner naissance à de curieux space-opéras placés sous le signe du vent et du faucon. Si j’ai bien tout compris.

Dans leur deuxième album, « In search of space » il y a un livret en noir et blanc qui me semble symboliser à lui tout seul tout le psychédélisme qui régnait encore à l’époque (1971). On peut le voir en ligne ici. l Quand j’aurai du temps à perdre, je le traduirai, bien qu’étant ignorant presque parfait du breton langage d’Albion.

AEV 2021-11 Jean-Paul Hawkwind 2

Pour leur cinquième album « Warrior on the edge of time » c’est la pochette qui est devenue un bouclier de guerrier !

Mais le plus extraordinaire est bien leur "Space ritual", leur quatrième album et le premier à être enregistré en public (oui, je sais, on dit « live » quand on est bien élevé, mais je suis comme le chat, je fais ce qui me plaît). Quand j’ai la nostalgie de mon enfance, je vais le sniffer.

AEV 2021-11 Jean-Paul Hawkwind 4

Quoi comment ? J’avoue enfin que je me drogue ? Oui, c’est vrai, les pochettes intérieures de ce disque ont la même odeur que les décalcomanies d’autrefois, non pas celles qu’on grattait mais celles qu’on trempait dans l’eau et que l’on faisait glisser soigneusement pour qu’elles adhèrent à leur support ! Très pratique comme test pour savoir si on a perdu l’odorat et donc si on a chopé cette maladie si répandue de par le monde !

AEV 2021-11 Jean-Paul Ozark

Dans une prochaine chronique, je vous parlerai du disque en acétate rouge qui figure dans l’album « The Car over the lake album » des Ozark mountain daredevils, groupe de country rock américain dont les premiers albums sont magiques.

En attendant, salutations à Monsieur Searle et à son chat dont la collection de vinyles n’a rien à envier à la mienne.

Gageons qu’il écoute volontiers, ce matou matois, du chat-rleston, La Cucara-chat ou du chat-chat-chat.

A moins qu’il n’ait un penchant pour l’album d’Al Stewart « The Year of the cat » ? ;-)
 


23 février 2021

Métamorphoses / Liliane B.

AEV 2021-20 Liliane B

Je naquis Libellule Bleue,

Légère sur l’eau transparente du Bassin.

Je grandis Liane Longue et Brune

Mais devins soudainement Limande Ballonnée

Donnant naissance à deux Little Babies

À qui je chantais Lullaby of Birdland

Pour les endormir sous la clarté d’une Lune Blonde

Me transformant pour eux en Louve Battante

Afin de les faire Libres et Braves.

Au milieu de mes Livres Byzantins, nous vivions heureux.

Bien sûr un jour, ils sont partis au loin

AEV 2021-20 BitoniauEt je devins cette Bagatelle Lunaire

Qui joue avec des Lettres Bizarres

Pour inventer ce Bitoniau que vous Lisez.

10 décembre 2014

L’espion qui m’aimait dans les orties / Jean-Paul

Octobre touchait à sa fin, les arbres perdaient déjà leurs feuilles. C’est alors qu’un étrange phénomène se produisit. Un mimétisme végétal gagna les livres et les hommes. Les feuilles de livres jaunirent puis se détachèrent, des oreilles aussi.

Pendant que les hommes s’occupaient à ramasser les feuilles mortes à la pelle, les oreilles allaient traîner ici et là.

Certaines, très discrète, intégrèrent des murs pour qu’aucune information ne tombât dans l’oreille d’un sourd. Certaines qu’on appela ennemies entreprirent de devenir espionnes. Elle le firent avec la rage et le désespoir de la vieillesse.

D’autres qui décidèrent de vadrouiller par paires se glissèrent sous les oreillers mais elles en furent pour leurs frais. Les gens qui dormaient sur elle ne pipaient plus aucun mot : ils ronflaient et sciaient du bois au plus profond de leur sommeil.

Certaines oreilles, trop discrètes, s’étaient fait tailler en pointe en représailles.

AEV 1415-11 Oreilles magritte

D’autres dans les écoles entendirent tant de bêtises et de perles de cancres qu’elle se greffèrent à des bonnets d’ânes et adorèrent aller au coin pour voir les cancres qui disaient non avec la tête rêver des oiseaux porte-plumes, des grands chemins de fer en sortant de l’école et des oiseaux qui ne saluent plus le képi dans la cage.

Pendant ce temps l’hiver était arrivé. Plus un seul petit morceau de scaramouche ou de Georges Feydeau car dans les théâtres de verdure il faisait sombre sous la ramure.

Sans oreilles les gens ne se parlaient plus, ils tapaient comme des sourds sur le sol gelé pour qu’on leur rende l’ouïe, n’importe lequel des XVI ou XVII. Les grenouilles adorent demander un roi. En coassant. C’était cocasse, toute cette angoisse de gens qui coassent et réclament auprès de l’agence TASS afin qu’enfin l’hiver se casse.

Cela dura jusqu’au printemps. Gorgées de sève, de fèves, de galette, de boutades, de salades, de fadaises et de carabistouilles, les oreilles s’en revinrent vivre à la colle avec leur propriétaire.

Les miennes m’ont raconté l’histoire d’un gars qui était heureux parce que sa femme avait des amants !

- Fariboles ! leur ai-je dit. Je ne vous crois pas !

Je n’en ai pas cru mes oreilles mais mes pas m’ont mené dans le jardin. Dans le John Le Carré de légumes-légendes, là où j’avais enterré les recueils jaunis de Bernard Dimey, avait poussé une chansonnette ! 

31 mars 2015

Discours de remerciement. 2, Le Lauréat du concours de chant / Jean-Paul

AEV 1415-23 Piriac 2

Mesdames et Messieurs
Je me sens tout bête !
Je ne m'attendais pas à arriver en tête
De ce concours de chansonnettes !
Surtout que ma bluette
J'étais un peu Charrette
Quand elle a fait trembler ma luette
Et que je l’ai composée dans ma chambrette
C’est que, le saviez-vous, je n'ai rien d'un poète !
Moi mon truc c'est la clarinette
On n’en joue pas au bal musette
Ni chez Cléo au « Cinq à sept ».

Sa tessiture est désuète
Et le prolo préfère tout net
Emballer l'accorte Josette
Au son d'une valse musette
Jouée avec guitare et trompette

Et même s'il peut rouler, ce bête,
Comme une crêpe la petite Suzette
Dans ses draps ou même sur l’herbette
A l'arrière de sa camionnette
Sans les tambours et la trompette
Avec juste le bruit des ressorts
Il ne se prive pas de garder ses chaussettes
Pour dégainer son escopette
Et régler à la mitraillette
Sa petite affaire d’amourette.

Quatre-vingt-quinze fois sur cent
Je préfère les cinq pour cents
Qui restent

Je fais des risettes à Annette
Je lui raconte des sornettes
La complimente sur ses socquettes
Violettes,
Ses toilettes
Coquettes,
Le beau châssis de sa levrette
Je lui conte fleurette
La raccompagne sur sa bicyclette
En faisant tinter la sonnette
Et quand on enlève ses lunettes
Que la mignonnette me montre sa binette
Que je tombe la liquette
Qu'elle enfile sa nuisette
Et qu'on se met au lit pour y lire du Beckett
Alors c'est vachement chouette

Je lui chante « L'âme des poètes »
Ou comme à vous ce soir
Le tango des fauvettes
Plutôt que celui des Bouchers de la Villette. 

16 décembre 2014

La Visite à Monsieur Cinéma / Jean-Paul

AEV 2014-12 Peter Lindbergh 01

- La dernière fois que vous avez dû me voir, c’était dans ce film choral avec Claude Rich, Guy Bedos, Pierre Richard et Jane Fonda. Il y avait aussi l’acteur principale de "Goodbye Lénine".

- Goodbye Lennon ?

- Je comprends que vous ayez oublié le titre : « Et si on vivait tous ensemble ?». Sinon, oui, j’ai bien tourné dans les films de Carlos Saura que vous alliez voir dans les cinémas du Quartier latin bien avant l’an 2000. Et j’étais aussi dans « L’amour par terre » de Jacques Rivette avec Jane Birkin. Elle était il n’y a pas très longtemps en une de Télérama, la revue culturelle à tendance gérontophile-nécrophage.

- Je ne vois pas bien qui vous êtes mais vous me rappelez quelqu’un.

- C’est vrai, je ne suis pas la fille du facteur ! Je ressemble terriblement à papa. Je ne peux rien y faire, c’est comme ça. J’évite juste de marcher avec une canne et de mettre un chapeau melon. Et vous monsieur Tchernia, comment allez-vous depuis le temps ? Vous êtes bien, dans cette maison de retraite ?

***

AEV 2014-12 Peter Lindbergh 02

Après que Géraldine s’en fut allée, on redescendit Pierrot dans la salle commune. Madame Moreau approcha son fauteuil roulant près du sien et elle demanda :

- J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien… mais il me semble que je la connais, Pierrot, la jolie dame qui t’a rendu visite. C’était qui ?

Et Pierrot, comme toujours un peu dans la lune, lui répondit :

- Je crois que c’est la fille de Laurel et Hardy !*

 * Anecdote racontée par Géraldine Chaplin et extraite du livre de Bruno Solo "Petites et grandes histoires du cinéma".

(Nous remercions l'auteur au passage pour l'emprunt de ses oeuvres et je m'engage à la retirer de ce site si la demande en est faite par lui ou ses ayant droit).

3 décembre 2014

Mangez, ça va refroidir ! / Jean-Paul

141109 003Déjà, on a attendu l’accordéoniste. Ce n’est pas par timidité qu’il arrive le dernier. Certes il vient de plus loin mais dès qu’il a pigé le sujet de la conversation en cours, il se plonge dedans avec de grands éclats de rire qui font pétiller ses yeux bleus.

C’est un groupe de cinq personnes. Elles se rendent régulièrement les invitations à déjeuner. Elles ont même instauré un ordre pour ce qu’elles appellent les répétitions. Suivant qu’on est chez l’une ou chez l’autre de ces musiciens et chanteuses, l’apéro dure plus ou moins longtemps. Plutôt plus que moins. L’apéro lui ne refroidit pas. Ici on trempe des gressins dans la sauce bourguignonne. Là on déguste des verrines. Chez le couple, c’est plutôt tomates cerises, fruits exotiques et tuiles au paprika. Chez celui qui habite à la campagne c’est noix de cajou au milieu des chats et des plantes. Ca papote très vite comme chez la reine Popotte du « Voyage dans la Lune ». Alors le Champagne se réchauffe. Les esprits s’échauffent. Le guitariste sort des vannes qui tombent très vite à plat car les deux natives de signes de feu n’échangent plus qu’entre elles.

A un moment donné, le cuisinier ou la cuisinière s’absente. Pour que cela refroidisse, il faut d’abord veiller à ce que ça soit chaud et, pour bien faire, pas brûlé.

A un autre moment on passe à table. Pour un peu, chacun chacune aurait sa place attitrée. Dès les entrées, une fois les verres remplis de vin rouge ou de vin rosé, les conversations se recroisent. On attend le moment immanquable où l’accordéoniste et la néo-retraitée écologiste vont parler de ce qu’elle a lu dans « Que choisir ? », de ce qu’il a retenu de ses études de pharmacie. Ils vont s’engueuler à propos de médicaments, de nourriture industrielle, de médecine.

C’est à ce moment-là qu’on amène le plat de résistance et qu’on dit : « Mangez plutôt, ça va refroidir ! ». Ce n’est pas vraiment pour leur couper la parole. C’est plutôt qu’on veut juger par soi-même et faire juger par les autres ce qu’a donné tout ce travail du matin. Car on a découpé la viande, épluché les légumes, préparé un gâteau. Après un court temps de silence la conversation repart car on est sur des rails de TGV (Très Grande Volubilité).

Bientôt on sait qu’on ne commencera à faire ce pour quoi on est venu, à savoir jouer de la musique que vers seize heures et plus. Repus et pas encore taris. A chaque fois la répétition est de plus en plus courte. Mais ce groupe de plus de quatre personnes, ce pluriel que Brassens appelle « bande de cons »… si vous saviez comme on y tient et comme on n’a pas du tout envie que cette relation-là refroidisse !

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3 décembre 2014

N’oubliez pas d’éteindre vos portables ! / Jean-Paul

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N’oubliez pas d’éteindre vos portables !

Ah tiens, cela fait deux fois de suite que Pierre a oublié de dire la phrase rituelle ! Le silence s’est fait dans la salle, il a écarté le rideau, a dit bonjour. De sa voix posée d’ancien petit garçon sage il a récité le laïus sur la compagnie, remercié les sponsors, dit deux mots du spectacle. Puis il a retraversé le miroir, enfin, le rideau, pour rejoindre la troupe de babas-cools qui (s’im-)patiente derrière.
- On a de la route à faire ! a-t-il dit en oubliant de parler des téléphones portables.

 C’est effectivement « Le voyage dans la Lune ». On est confortablement installé tout seul au premier rang à l’auditorium de l’Assomption. On a deux appareils photos dont la courroie est enfilée sur le poignet droit. Il faudra parfois les démêler au fur et à mesure que le spectacle avance car on passe du 220 qui enregistre des vidéos au 255 qui capte des visages.

141130 084Cet opéra féerique d’Offenbach, légèrement postérieur aux deux romans de Jules Verne sur le même thème, n’en constitue-t-il pas le contrepied exact ? De la science qui va permettre tous les progrès bienfaisant du XXe siècle dont deux exterminations mondiales et des dommages collatéraux, de toutes ces machines à fabriquer des trente glorieuses et des décérébreuses à images nous ne verrons rien. Le roi Vlan arrive à pied avec sa couronne redorée. Le prince Caprice, en short et casque colonial, arrive lui aussi pedibus cum gambis avec son sac à dos. A l’observatoire, point de lunette géante pour mater les dés-astres à venir. Les astronomes, le nez en l’air, ont l’œil rivé à des télescopes de carton qui deviendront bien vite des petits tabourets pour s’assoir et tenir conseil.  

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Dans la forge, une seule enclume. Les artilleurs, petits et grands, ne portent qu’un casque de chantier. Le roi, le prince et Microscope le savant partiront dans la Lune dans un canon que le spectateur est prié d’imaginer car la metteuse en scène a remplacé la capsule des Apollons de l’Apollo par une valise remplie de pommes.

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La fusée, puisque par canon on entend obus, est bricolée avec trois pans du combi Volkswagen de Jean-Marc Ayrault. Sur la Lune, les horizons et les cœurs s’ouvriront grâce aux pommes qu’on croque et au cidre qu’on boit ! 

 

 141129 422141130 254Alors oui dans cette mise en scène ironique autant qu’onirique, dans cet opéra post-soixante-huitard, les portables sont bien éteints. Et d’ailleurs le seul qu’on voit est sur la scène. C’est celui, archaïque, du savant Microscope. Quand sa maîtresse Cascadine le joint – faites tourner ! – avec l’engin, c’est pour lui réclamer du pognon ! Société de con-sans-sommations ! On peut bien alors entamer la ronde des pommes ! Avec le temps, va, tout volcan !

Une chose est sûre : si le portable est éteint, Offenbach et Vocaline sont bien allumés !

 

12 janvier 2021

Si… / Laura

AEV 2021-14 Laura - Faites l'amour 2Faites l’amour, pas la guerre :

Si tu avais été encore sur terre,
Mon amour, lors de cette guerre
Déclarée contre un virus, guère
Favorable aux rencontres des chairs,
Je t’aurais confiné comme un pépère
Mais conquis comme une guerrière.

Sabre au clair,
Tu m’aurais vaincue dans notre sanctuaire.

Comme une victime volontaire,
J’aurais cédé mes terres,
Mes rivières,
Mon éther,
Mon enfer
Pour refaire l’amour à la guerre
Avec toi, mon cher
Amour, ami, amant, fils, père
Et la guerre à l’amour amer
De ceux qui ne font guère
Autre chose que la guerre
Contre le sexe qui libère,
La guerre
A ceux qui s’ennuient et s’enferrent :
L’orgasme apaisera le futur.

AEV 2021-14 Laura - Faites l'amour 1 

12 janvier 2021

Finir en queue de poisson / Jean-Paul

AEV 2021-14 JK - kiraz

Les Parisiennes vont 
A Saint-Trop’ en été
Oublier qu’elles ont
Confiné au printemps
Dans un gîte en Bretagne.

Elles y font voir leur beau derrière
Sans respect des gestes barrières
Et connaissent des jours meilleurs
En s’envoyant l’maître-baigneur.

Rentrées, elles rêvaient de montagne
Chamonix, Megève ou La Plagne.

Les Parisiennes l’ont mauvaise
De remettre ça à l’hiver,
De faire une croix sur l’Alpe-d’Huez :
Plus de plaisir et plus de braise
Pour cause d’arrêt des tire-fesses,
D’absence de lieux ou boire un verre,
De couvre-feu trop sanitaire !

AEV 2021-14 JK - toile-sur-chassis-skieuse-vintageLes moniteurs de La Clusaz
Pour eux non plus c’n’est pas la joie :
Ils vont draguer à la piscine
Les copines de leurs cousines
Celles qui traînent toujours en fuseau
Et qui sont raides comme des poteaux
Les trop connues sirènes alpines.

12 janvier 2021

Flèche de tout bois / Jean-Paul

AEV 2021-14 JK - cupidon01cou

Eros ou Cupidon
L’ange au petit bedon

Le jour où il s’en fout
S’amuse comme un fou !

A son arc fatidique
Il colle un élastique

Il tire à l’aveuglette
Ou au petit bonheur
Sa flèche d’opérette
Qui ne touche pas le cœur :

Tu la reçois dans l’estomac
Et tu deviens Gargantua

Tu la reçois dans le derrière
Et on t’appelle Pervers Pépère

Tu la reçois dans l’bigoudi
Tu deviens Rocco Siffredi

Tu la chopes au métatarsien
Et te voilà marathonien !

Les Bidochon, Rimbaud, Verlaine,
Proust que délaisse Madeleine,
Mal assortis, scènes de ménages,
Landru qui s’occupe du chauffage
A l’hôtel du Retourne-cul
Là où je t’aime moi non plus,
Tous les couples à la Dubout
Qui ne sauront jamais Capoue
Parce qu’un sinistre angelot
Carnavalle avec ses grelots,
Le régiment des mal-aimés,
Ces jours-là, ne fait qu’essaimer !

Brassens qu’en a pris plein la pomme
L’a nommé « Sale petit bonhomme ! »

Et ceux qui lui gardent rancœur
L’appellent « Le poison du cœur ».

 

13 janvier 2021

Consigne d'écriture 2021-14 du 12 janvier 2021 : Anagrammes dans le boudoir

Anagrammes dans le boudoir

 

AEV 2021-14 Consigne

Jacques Perry-Salkow a encore sévi, pour notre plus grand bien (ou mal) ! Ce spécialiste des anagrammes a mélangé les lettres des formules de gauche du tableau ci-dessous pour obtenir une autre formule inscrite juste en face dans la colonne de droite.

Comme dans les précédentes versions de ce jeu déjà pratiqué ici (voir des exemples), il vous est demandé d’écrire une histoire, un poème, un texte assez court qui commence obligatoirement par la formule de gauche et se termine par la formule de droite correspondante.

Vous pouvez bien entendu répéter l’exercice plusieurs fois.

Si cela vous semble trop compliqué l’animateur vous permet d’écrire un texte d’une forme différente mais dans lequel vous devrez insérer vingt formules piochées dans le tableau.

N.B. Pour ne pas causer de désagrément aux auteurs, le tableau a été retiré de ce blog à l'issue du jeu. Une raison de plus de faire marcher votre curiosité et vous enquérir de cet ouvrage auprès de votre libraire préféré·e.


 

   

 

5 janvier 2021

F comme far breton / Adrienne

Dans l'herbe tendre 1 

 - C’est même pas vrai ! a crié Madeleine en se retournant. Mais moi je l’avais bien vu, qu’elle dépeçait sa quatrième pâquerette dans l’espoir d’arriver à « il m’aime à la folie » au lieu du « pas du tout » qu’elle obtenait chaque fois.

Dans l'herbe tendre 2

Bien sûr, les autres ça les faisait drôlement rigoler, surtout Charlotte qui avait un jules depuis trois semaines et rêvait déjà des prénoms de ses futurs bébés.

– Tu veux que je te montre comment tenir le cerf-volant? a demandé son jules.

Dans l'herbe tendre 3

Mais Madeleine ne lui en a pas laissé l’occasion et faisait de grands gestes des bras et des mains pour qu’on comprenne qu’elle était la championne interceltique du cerf-volant. Nous, on ne regardait que le jules, qu’on trouvait beau comme un acteur de cinéma, avec ses lunettes de soleil.

– On va se baigner ? j’ai proposé.

Parce que j’aurais aimé savoir s’il était aussi beau en slip de bain qu’en costume croisé.

Baignade 2 Détail

24 novembre 2020

La Tour de Ba(by)bel / Raymonde

Appia 11B Le temps des gares

- Dis, Tata Roberte, c'est la tour de Babybel ?

- Oui, mon canard ! (Toujours cette fichue manie de m'affubler de surnoms ridicules !).

- Les vaches sont amenées en train dans la tour, on les trait et avec le lait on fait les Babybel. Et le train rouge, c'est le train de livraison des petits fromages pour les enfants sages !

Elle me prend vraiment pour un abruti, Tata Roberte,ou bien elle n' a aucune culture ? Je sais bien que ce n'est pas la tour de Babybel ! C' est la tour de Babel, on l' a appelée comme ça parce que le monsieur qui l' a construite, il ne la trouvait pas très réussie alors il a dit :

- Elle est bas belle ! (Ce jour-là il était très enrhumé).

Mais il a dit aussi que c'était un pas laid.

Faudrait savoir !

24 novembre 2020

Quête de silence / Eliane

Appia 20 La leçon de perspective qui est au bout du fil

La jolie Monique n'en pouvait plus de ces hordes d'oiseaux pépiant, jacassant, chantant sur les fils électriques juste devant sa fenêtre. Révolutionnaires de pacotille, acteurs ratés de la Comédia dell’ Arte, ouvriers du bâtiment miniatures. Ce petit monde très actif et très bruyant se relayait jours et nuits, en cadence, sans aucune trêve.

Elle voulait juste dormir. Elle voulait intensément dormir. Elle voulait partir, rêvait d'évasion. Elle voulait voguer sereine sur une mer tranquille, doucement bercée par les vagues.

Elle s'embarqua sans quitter son lit. Le chien Damien, laissé lâchement sur le quai, prit son air triste et tout penaud. Il savait si bien attendrir sa maîtresse.

Monique n'eût pas le cœur de le laisser. Pour la remercier Damien s'engagea à chanter autant de berceuses et chansons douces qu'il lui en faudrait pour l'endormir.

Appia 05B Entre le secret et le dangerIl embarqua donc à ses côtés à bord du kiosque à musique avec l'antique gramophone « La Voix de son Maître ».

Monique, peu prévoyante, n'avait pas envisagé que la météo pourrait se détériorer. Le vent se leva, souffla fort. La mer devint houleuse, secouant son lit en tous sens. Le tonnerre gronda. Des éclairs zébrèrent le ciel, illuminant brièvement un horizon devenu noir, d'une lumière aveuglante pour les yeux.

Monique, saisie d'angoisse, s'agrippait de toutes ses forces sur les bords de son frêle esquif. Damien le chien s'était réfugié sous le gramophone, aplati sur le sol. Il hurlait à la mort sans parvenir à surmonter le gémissement houleux du vent.

Et, bien sûr, comment dormir dans ces conditions ?

Appia 04Monique priait très fort, elle ne savait qui, mais elle priait pour qu'elle et son petit chien soient secourus par un paquebot ou n'importe quelle autre embarcation solide.

Elle réva alors qu'elle montait dans un joli bateau et que celui-ci se trouvait emprisonné dans une bouteille. Les sons y étaient totalement assourdis et par miracle la mer s'était calmée.

Elle rêva qu'elle s'allongeait voluptueusement sur la couchette d'une cabine confortable et, qu'enfin, elle pouvait se laisser aller dans les bras de Morphée.

 

10 novembre 2020

Mary Vaudage. - Le Chant du coq / Marie-Thé

Marie-Thé - mary vaudage

4ème de couverture

Que s’est-il passé à Tourneboule, une bourgade de Savoie, le premier dimanche de septembre ?

Au milieu de la matinée, les rues, désertes et silencieuses, faisaient penser à un village fantôme. Les persiennes étaient closes depuis la veille à la tombée de la nuit.

Et pourtant le soleil brillait et chauffait déjà à cette heure où les abords des maisons embaument habituellement le café au lait et le chocolat chaud.

Chaque jour le cocorico, entendu dans tout le village depuis la ferme des neiges éternelles, sert à tous de réveille-matin. Mais ce dimanche-là, rien, pas un seul cocorico. Le coq aurait-il disparu ? Le père Julien et sa femme Pauline l’auraient-ils préparé pour cuisiner un coq au vin ?

Une bien étrange histoire que Mary Vaudage, l’auteure de "Krapoveries" nous conte avec humour et poésie.


Chapitre 1

Un dimanche matin du mois de septembre à Tourneboule, lorsque le boulanger entre dans le village pour installer son camion sur la place de l’église, il se demande s’il n’est pas tombé dans un village fantôme. Seuls quelques chats errent dans les rues désertes et silencieuses.

- Eh ! Ils ont de l’humour ces montagnards ! se dit-il en klaxonnant trois longs coups avant d’installer sa boutique.

Dans les maisons chacun traîne dans son lit, attendant le cocorico de Casanova, le coq de Pauline et Julien, seuls fermiers de ce village champêtre. Les bébés gazouillent pendant que leurs parents badinent. Des ados traînent paresseusement au fond de leur lit. Les plus anciens dorment encore à poings fermés.

En entendant retentir le klaxon, les habitants du village se préparent à la hâte et se retrouvent sur la seule place de la petite commune devant le camion du boulanger. Celui-ci découvre l’histoire de Casanova, le coq réveille-matin de Tourneboule. Les effluves de brioche et de pain frais mettent les clients de bonne humeur. Chacun commente l’événement. Josette, des bigoudis recouverts d’un foulard jaune, est persuadée que le coq a été volé. Les enfants, en pyjama, courent partout et lancent des cocoricos à qui mieux mieux. Des méchantes langues sont persuadées que le coq est déjà dans une marmite.

A la ferme des neiges éternelles, Pauline et Julien se lèvent précipitamment en se rendant compte qu’il est tard et que Casanova n’a pas chanté. Que lui est-il arrivé ?

10 novembre 2020

A.E. Villejean. - Joue-la comme Delerm ! / Jean-Paul

Livre JK Joue la comme Delerm !

4ème de couverture

Joue-la comme Delerm ! Mais qui est donc cet A.E. Villejean qui envoie en mode Beckham le ballon un peu loin dans le camp de Philippe Delerm ?

S’agit-il d’un livre-hommage ou d’un pastiche hilarant de l’auteur de « La première gorgée de bière » ?

A.E. Villejean utilise la recette de fabrication ainsi résumée : « Chaque texte ne contient pas plus de quarante lignes. L'auteur écrit au présent et use et abuse du pronom « on » et de phrases courtes pour raconter des événements de la vie quotidienne. ».

Mais le résultat ici nous emmène peut-être plus loin que dans le cocon plus ou moins sociologico-moraliste du natif d’Auvers-sur-Oise.

C’en est au point qu’on se demande même s’il ne se sont pas mis à plusieurs pour parler de mignardises, de Carlos Ghosn à l’EHPAD, de baignade à Poulennou, de Maria Candido et son "Je te le le", de «Fais pas ci fais pas ça", de banquiers généreux, de téléphones portables qui sonnent aux enterrements, de campings à pittbulls, de panneaux publicitaires, d’harmonicas, de François Fillon, d’Adam et Eve, bref de "pop culture" d'avant Covid ! On s’arrête là car on est en train de dévoiler la table des matières de l'ouvrage sans penser qu’il y a des gens qui ne lisent que ça dans un livre !

Peut-être sont-ils onze derrière ce pseudonyme, comme une équipe de foot (foutes ?) dans un atelier d’écriture ?

En tout cas, «Joue-là comme Delerm !», vous allez forcément aimer ! Sous peine, sinon, de «passer pour un vieux con» !

***

Début du livre

Zut ! On a encore oublié Madame Delerm !

AEV 2021-07 Jean-Paul - Xenakis

Et pourtant, comme le chante si bien Nino Ferrer dans « Les Cornichons »

«On n'avait rien oublié, c'est maman qui a tout fait
Elle avait travaillé trois jours sans s'arrêter
Pour préparer les paniers, les bouteilles, les paquets
Et la radio».

Chez les Delerm on connaît plus maintenant le fils chanteur, Vincent, que le père écrivain, Philippe. «Le Monologue shakespearien» joué au piano classique par Droopy junior a pris le pas sur «La Première gorgée de bière» désormais bien éventée qu’on ne peut plus boire au bistrot. Ils sont fermés.

C’est comme ça, Depuis un certain Oedipe, les fils tuent leur père… et oublient leur mère. On préfère désormais le « name dropping » chansonnier aux textes courts écrits au présent de l’indicatif. Dans ceux-ci le pronom «on» retrouve sa place de fédération des différences. L’instituteur gomme toutes les individualités. On est tous d’excellents Français. On va gagner. On les aura. On l’aura. On met son masque pour sortir. On signe son Ausweis. On respecte le couvre-feu. Pas de surbrillance. Aucune phrase au-delà d’un kilomètre. On déclare Marcel Proust hors-la-loi.

Mais dans l’histoire, comme le disait jadis Françoise Xénakis, « Zut ! On a encore oublié Madame Delerm ! ». Martine pour les intimes.

On subodore que pour exister entre ses deux artistes et entre deux pique-niques normands à cornichons, Martine est peut-être allée « à la plage ». On prétend qu’elle se cache sous le pseudonyme d’A.E. Villejean pour publier en douce des pastiches des rédactions de CM2 que sont toujours les récits de son homme.

A moins qu’il ne s’agisse de Laure Manaudou ? En ces temps où tout le monde avance masqué, on ne reconnaît plus personne ! On n’est plus sûr de rien !

Tu disais quoi, Martine ?

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L'Atelier d'écriture de Villejean
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