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L'Atelier d'écriture de Villejean
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3 novembre 2015

Nouveau dictionnaire des idées reçues : lettres P et Q / Jean-Paul

 

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Pain : Autrefois on priait pour qu’on nous donne le quotidien. Aujourd’hui, à la lecture de certains hebdomadaires, on aurait plutôt envie d’en coller un à plus d’un.

Palladium : Dans les années 60 on ne pouvait pas danser devant le buffet vide : c’étaient les trente glorieuses. Aussi on allait jerker devant le bus. Même Najat Vallaud-Belkacem ignore ce que signifie ce mot latin. Constructeur de villas vénitiennes ?

Palmier : Cet arbre ne donne jamais de rameaux d’or sauf à Cannes.

Palmyre : Celui qui a déclaré « Delenda est Carthago » n’avait pas même imaginé que Palmyre subirait le même sort ou presque bien plus tard. Mais c’est déjà du passé. Palmyre n’est pas le pire. Le pire est à venir, le pire est avenir.

Parents : Les parents disent : "il n’y a plus d’enfants !". Et comme la nature a horreur du vide, quand eux-mêmes vieillissent, ils retombent en enfance.

Paysages : Les paysages de peintres font bonne impression au soleil levant. Mais à l’heure du déjeuner sur l’herbe ils donnent envie de casser la croûte.

Pauvres : Bien sûr qu’il en faut, des pauvres. Sans eux la vie des nouveaux riches n’aurait aucune saveur – Les pauvres mangent des pommes de terre. Qu’ils se consolent ! Le plus riche du cimetière n’a droit qu’à des pissenlits. Par la racine, encore !

Pédérastie : Discipline philosophique chronologiquement très connotée. Maintenant on dit "provocation à l'homophobie" – Le mot a été victime d’un apocope injurieux. La partie manquante est très recherchée : « rastie » cotée.

Pérou : Le Pérou n’est plus ce qu’il était. Si ce n’est pas le Pérou, si ce n’est pas l’Amérique alors c’est le mérou ? La paie ric rac ? L’apéricube ? La Périchole ?

Philosophie : La préférer dans le boudoir érotique que dans le foutoir médiatique qu’est devenue, France, ta culture.

Piano : Si tu y touches, ménage-le, il te le rendra ! Si tu pèses cent vingt kilos et que tu travailles chez Déméco, déménage-le. Il se rendra où te demande le client.

AEV 1516-07 Q 843575714d7c4455f33b3245cc1c00775Paris : C’est une blonde qui vaut bien une messe mais contrairement aux bières belges on ne peut pas la mettre en bouteille.

Pyramide : Le plus dur aura été de l’escalader et d’installer au sommet les quarante siècles qui nous contemplent.

Polonaise : Jamais célibataire car elle a toujours un petit Chopin.

Pucelle : Celle qu’on voit dans les missels n’a jamais brûlé la chandelle par les deux bouts sauf à Rouen un jour de 1431.

Quadrature du cercle : Pour sortir de la quadrature du cercle, il faut faire des ronds de jambes et être admis dans un cercle vicieux. Encore n’y est-on pas à l’abri des parties carrées.

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6 juin 2017

Roman à succès / Eliane

 

AEV 1617-29 presse-livres

Son polar ne trouvait aucun éditeur. « Pas assez de sang, de sexe, de sauvagerie, consultez un writing-doctor ! » conseillaient-ils. 

- Ecrivez avec vos tripes ! » ordonna le doctor es-lettres, puis il ajouta : « Ecrivez votre prochain roman à l'encre rouge exclusivement et je vous garantis que le succès viendra ». Le succès ne tarda pas, mais pas celui tant espéré.

Il commença donc son histoire à l'encre rouge mais bien sûr cette encre appelait le sang. Il inventa alors des scènes de crime plus gores les unes que les autres. Ses assassins étaient d'une imagination débordante pour infliger les pires sévices à leurs victimes.

Les scènes lui apparaissaient si nettement qu'il en faisait des cauchemars la nuit et se réveillait en hurlant dressé sur son lit et en sueur.

Sa femme, d'abord compatissante, le rassurait : « Ce n'était qu'un rêve !». Puis elle s'irrita, lui intimant de se rendormir et enfin elle fit chambre à part. S'il voulait qu'elle réintègre le lit conjugal qu'il finisse ce fichu roman au plus vite !

Il ne souffrait pas de cette désertion, le sexe étant pour l'heure le cadet de ses soucis, du moins dans la réalité car, il le savait, il lui faudrait très vite en parsemer son roman. Pour ce sujet en particulier il n'avait pas vraiment d'idées, sa vie sexuelle avec son épouse étant plutôt plan-plan.

Alors il acheta des revues spécifiquement masculines. Il regardait ces filles qui s'offraient sans émoi. Il alla voir des films pornos, il relut le Kama-Sutra, il regardait tout cela avec un œil professionnel et il inventait des situations pas possibles, sans aucune morale, des trucs sado-masos dont il n'avait même pas idée jusque-là.

Il alla même jusqu'à aller voir les putes. Il leur trouvait une imagination débordante, et il écrivait, il écrivait.

Son commissaire-héros était dépassé, tout comme il l'était lui-même et pourtant l'un des imitateurs d'un tueur en série particulièrement machiavélique commit une erreur. Le commissaire et toute son équipe s'engouffrèrent dans la brèche, ils arrêtèrent plusieurs assassins mais ne parvinrent pas jusqu'à celui qu'ils traquaient depuis des mois. Il y aurait donc une suite, il sentait qu'il tenait un bon filon.

Il envoya son manuscrit à plusieurs éditeurs. Tous, enchantés, souhaitaient le publier, alors il choisit le plus offrant.

Le livre parut mais, contrairement à tous les espoirs mis en lui, il n'intéressa qu'un petit nombre d'amateurs. Il allait devoir réviser sa copie.

Mais un fait divers remit tout en question. Un crime particulièrement abominable fut commis. Une femme fut violée, éviscérée, énuclée et retrouvée sous une couverture de pétales de roses.

Très vite le bruit courut que le criminel s'était inspiré de son récit pour accomplir son œuvre. Une foule se précipita pour acheter le bouquin et dès lors il fut célèbre, son nom était sur toutes les lèvres, dans tous les journaux. Il ne s'en réjouit pas : il était donc responsable de cet acte odieux, il avait réveillé les instincts pervers et sadiques d'un malade, qui selon toute vraisemblance, si on ne l'arrêtait pas à temps, commettrait d'autre crimes tout aussi atroces.

Il en avait la nausée, ce n'était pas de cette gloire là qu'il avait rêvé.

AEV 1617-29 scène de crime

19 novembre 2013

Quand on brise la glace / Jean-Paul

 

Quand on brise la glace à l’heure de l’apéro on entend CRAC on entend KLING et on entend TCHIN ! Mais on entend d’abord le PLOP du caoutchouc du réfrigérateur puis le CLAC de la porte du freezer et le VROM VROM du bac à glaçons qui traîne pour sortir, s’accrochant à la banquise ou s’accolant au sac plastique des petits pois ou au carton des petits-pois-sons panés.

 

 

 

S’il y a bien dans nos logis une image du luxe que nous envient les gens du Sud, bien souvent noirs, c’est celle de ce gros monstre blanc à l’extérieur comme à l’intérieur qui contient le produit de notre chasse, de notre pêche, l’huile de foie de morue ou la graisse de phoque dont notre corps a besoin pour dire « Fuck ! ». Le réfrigérateur ! Le Frigidaire ! Le congélateur !

 

Se peut-il aujourd’hui qu’on puisse aller chercher dans ses profonds tréfonds le vocable à dégeler et le mot qui, con, fond ? Pardon : le vocable à dégelées et le mot qui confond ? Ferons-nous le pari qu’en ses blanches entrailles on trouve de quoi alimenter notre pyromanie ? Prenons le risque ! Faisons appel à nos mémoires. Allons râcler dans le râblé, Rabelais ! Allez, Pantagruel à deux mains, mon cousin et creuse, cimente, maçonne !

 

Extrayons tout d’abord de l’océan de boustifaille la boîte de rillettes de thon. « On nous prend pour des quiches ! » s’exclament les lardons. « On nous prend pour des thons ! » s’exclament les routiers qui ont de la rillette sous les bras et un klaxon deux tons pour montrer que le transporteur de porcs tique au portique Ecotaxe.

 

Puis brandissons le surimi comme un étendard orange et blanc ! Celui-là vient du Japon pour dire sa colère contre Fukushima. Pour éviter la catastrophe il eût mieux valu certes que la citoyenneté surimisçât un peu plus dans l’impudence des technocrates et l’incurie Pierre et Marie des politiques.

 

Pour réchauffer l’ambiance, convoquons le chorizo. Dégelons ce vocable espagnol, pimentons la conversation qui ne manquait déjà pas de sel. Mais comme tout bâton merdeux celui-là est une arme à double tranchant et je le vois plutôt servir au pouvoir en place, aux technocrates du libre-échange, qu’ils aient ou non leur rond de serviette à l’Europe. Je les imagine très bien nous servant, les collets montés, les collets austères du « Il faut mettre un chorizoterme à la gabegie des déficits ! ». « Oxymore aux vaches ! » répondit l’Espagnol féru de corrida !

 

Qu’avons-nous encore qui nous revigore en venant du froid ? Dans sa petite boîte jaune, il y a bien Youri Margarine, l’homme idéal pour les révolutions. Dans le bac à légumes les betteraves sont rouges, les carottes promettent qu’elles ne seront pas cuites de sitôt et les poireaux gueulent à tue-tête qu’ils n’attendront pas bien longtemps avant de crier Poireau sur le baudet ! D’ailleurs, ils appuient déjà sur les champignons.

 

Il y a aussi suffisamment, à droite, de moutarde pour qu’elle vous monte au nez, de mayonnaise pour que tous les problèmes y montent et de vinaigrette pour que la moindre situation y tourne. Mais le bocal de cornichons sème le doute. Ne nous prévient-il pas contre le Panurgisme ? Serrés en rangs d’oignons dans la manif comme eux dans le bocal, on fait masse mais on fait masse ! L’individu marche mais le courant ne passe plus, tout est confus, on a du mal à s’en sortir et on se doute bien qu’on ne fait qu’accompagner le plat de résistance, la viande du despote au feu, le roi de l’entrefilet mignon, le lièvre qui court deux pogroms à la fois, le manipulateur boosté caché, le stratège qui va nous rôtiboiser.

 

Alors on touche le fond, on voit bien qu’on nous embobine, qu’on nous promène, qu’on nous embouteille. Dans « jus d’orange » il y a « Dors, ange ». Dans le vin blanc il y a plus de « vain d’espérer » que de « vindicatif ». Le dégel de la situation de crise est bien le muscadet de leurs soucis. Nous voici bel et bien muselés ô Muse-lait dont le sein doux est interdit pour cause de cholestérol et de mises en garde contre les graisses animales.

 

Je ne sais pas, au bout du compte, s’il est sérieux d’espérer, comme dans le « Quart livre » de François Rabelais, que les mots se dégèleront un jour. Une seule chose est sûre c’est qu’à tenir si longtemps, même en pensée, la porte du frigo ouverte, quelqu’un dira bientôt, sur un ton acerbe ou pas, que l’on chauffe les mouettes. Mais c’est ça aussi, le luxe.

 

 

Pourtant, nous-mêmes, ayant trouvé ou pas, nous sortirons le visage du freezer avec, en son milieu, - l’eusses-tu cru, bonne pâte de Panurge ? – non pas un bonnet rouge mais… un beau nez rouge !

 

« Ils ont des chapeaux ronds
Vive la Bretagne



Ils ont des bonnets rouges
Vive le monde qui bouge ! »

 

Allez, tant qu’à faire de trinquer, levons nos verres ! Tchin quand même !

14 mars 2017

Lectures coquines ? / Jean-Paul

Que les ligues de vertu n’en prennent pas ombrage !
J’ai posé mon transat entre l’arbre et la haie,
J’y lis les aventures extravagantes et gaies
De Louisa, Brigitte, Emmanuelle et Paulette
Qui, soûlées de désir, se sont mises en ménage
A quatre.

L’auteur, M. Earl Grey, n’a pas fait dans la nuance !
Ici on n’y va pas par cinquante chemins,
Même pas par quatre.

Tu as donc un visa valide pour Erosland
Et tu es installé tout juste au premier rang.
C’est grimpette à tous les étages et partouze à toutes les pages.
Toi, tu es juste dans la marge, en eau, en nage,
Plongé dans cette histoire comme dans une arène.
Ces ébats de sirènes, ces coïts d’amazones te laissent tout sauf coi…

Tu tournes les pages quatre à quatre…

***

Mais non, Mesdames, je plaisante !
Je n’ai rien dit, ne croyez rien de cet écrit !
Je suis tranquillement assis dans mon fauteuil
Et je lis dans « Ouest-France » les résultats du ski !

Et il faudra me payer cher
Pour que je relise Miller !

Non, pas Gérard, Henry !

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Photo prise au carnaval de Granville 2017

26 septembre 2017

La vie commence à 60 ans

 (Se chante sur l'air des Champs Elysées ?)

La vie commence à 60 ans,
Le jour où j'ai rencontré Elle,
Quand j'ai découvert l'amour en verlan
Avec la barmaid du resto d'altitude des Ménuires
Retrouvée sur le parking d' Auchan
Dont j'ai tellement aimé les petits roberts
Que j'en ai perdu mes baskets.

Je ne savais que psalmodier :
« L'amour ! L'amour ! L'amour !»

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Elle disait :
« Qu'est-ce qu'il a, ce petit con, à marcher sur mon cœur ?
Je ne comprends pas !
T'es vieux, t'es moche,
T'es con, t'es moche,
Ringard pour le reggae ! »

Je souriais béatement :
- Donne-moi tes lèvres,
Elles ont le goût du Beaujolais nouveau !

Elle susurrait :
« Fais-moi l'amour comme Rambo ! »

Je lui mis le cul sur la commode,
La sainte Totoche !

Plus tard :
« Et n'oublie pas la capote ! »
Dégrisé, je dis « Fastoche ! »

Pour la rencontrer j'ai commencé
Des tribulations de vendeur de voitures d'occasion
Et j'ai perdu 25 kg.

Quand on se voyait,
Fière et nippone, elle disait :

- Sample-moi tout simplement !

Elle disait :

- Où-c'que t'as appris à faire l'amour comme ça ?

Alors je remettais ça encore et encore :
La mayonnaise prenait tellement bien !

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On a trop fait l'amour ensemble,
La relation perdait en intensité,
En nouveauté,
En régularité.
Elle m'a laissé pour le pizzaïolo d'Auchan.
Mais qu'est-ce qu'il a de plus que moi, ce négro là ?
J''envisageais des stratégies pour le supprimer
Mais comment tuer l'amant de sa femme
Quand on a été, comme moi, élevé dans les traditions ?

J'ai renoncé,
Je l'ai laissée.

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12 septembre 2017

Saltimbanque érudit / Eliane

Il vivait comme un saltimbanque, élevait ses enfants à la va-comme-je-te pousse et les nourrissait essentiellement de nouilles, seule chose qu'il savait cuisiner.

Leur mère était partie et depuis on ne lui avait connu aucune petite amie. En fait il y avait longtemps qu'il avait viré sa cuti.

Il disait volontiers : « Je pense donc je suis ….célibataire. »

Néanmoins il était cultivé. Et même s'il ne faisait rien de cette culture elle transpirait de-ci de là dans ses propos. Il citait Sartre, Camus ou Victor Hugo, racontait volontiers qu'il était allé sur la tombe de Rimbaud à Charleville-Mézières. Il avait les yeux remplis d'émotion en parlant de Michel-Ange dont il était fan.

Il disait :

« Si Michel-Ange n'avait pas été homosexuel, la Chapelle Sixtine aurait été peinte en blanc au rouleau, Et en deux jours l'affaire aurait été réglée. »

Lorsque ses enfants étaient endormis, il allait chercher l'extase dans les boites gay où, entre deux lambadas, l'affaire était conclue.

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1 mars 2017

Consigne d'écriture 1617-19 du 28 février 2017 : Rimes en sse

Rimes en sse

 

Faire des poèmes absurdes (ou des limericks) de cinq ou six vers avec ces rimes ou d'autres rimes en sse :

masse nasse passe casse fasse sargasses chasse lasse ressasse tasse prélasse salace sagace perspicace face agace lace tenace race besace

fesse diablesse cesse Besse-en-Chandesse largesse duchesse mollesse Diane_chasseresse gonzesse messe promesse cesse nénesse Princesse délicatesse baisse laisse caisse naisse paisse pièce fèce nièce Grèce

cuisse bisse fisse agisse lisse réglisse réjouisse prémisses fournisse pisse hérisse saucisse tisse visse écrevisse propice précipice subreptice Eurydice orifice lice police Nice vice sévice

bosse carabosse Ecosse fosse gosse Saragosse molosse nonosse rosse désosse carrosse chausse sauce féroce négoce sacerdoce véloce noce

gousse housse frousse rousse mousse pousse tousse frimousse pouce douce

puce busse pusse susse suce Luce Athos Porthos Aramis

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22 janvier 2019

Le jeu du post-it / Jean-Paul

Aux différents protagonistes rassemblés autour de cette table, j’ai posé les questions suivantes :

- Suis-je un personnage de fiction ou un être réel ?
Un personnage de fiction.

Est-ce que je marche sur deux pattes ?
Oui.

Suis-je un homme ou une femme ?
Un homme.

Suis-je un personnage de roman ?
Non.

Un personnage de bande dessinée ?
Oui.

Mes aventures se déroulent-elles en France ?
Non.

Exercé-je mes talents aux Etats-Unis ?
Oui.

Ai-je de grandes oreilles et une petite queue ?
Non.

Suis-je un personnage de bande dessinée comique ou réaliste ?
Comique.

Est-ce que je tire plus vite que mon ombre ?
Non.

Comment ai-je fait pour ne pas me reconnaître dans ce portrait ? C’est quand même moi qui, toutes les semaines, achète à Dame Martine, sur le marché des Lices, une livre d’épinards !

C’est quand même moi, quelque part, qui suis le roi de la mise en boîte dans cet atelier d'écriture où, pour une fois, je suis plus maso que sado !

Qui d’autre que moi, dopé aux légumes verts, peut inventer ces consignes de fier-à-bras qui ont pour effet de transformer la salle Mandoline en réunion de célébrités positionnées dans un voisinage tel que Marilyn Monroe jouxte Jolly Jumper qui est assis à côté de la Joconde et on trouve ensuite, en allant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, Rantanplan, la Castafiore, Jean-Claude Van Damme, le Petit Poucet, Mary Poppins, Arthur Rimbaud, Louis de Funès et Agatha Christie.

DDS 542 jeu du post-it 4

J’ai juste oublié de demander à ces protagonistes du jeu du post-it où je me situais sur l’échelle du temps !

Sûr que je suis une vieille gloire désormais, tout juste bonne à se trouver, place Hoche où se tient à Rennes le marché des libraires, dans un vieux numéro de Charlie Mensuel ou dans un fascicule de «bédé des gars de la rue» comme on disait jadis.

Mais c’est de ma faute aussi. Je n’ai pas posé de question sur mon environnement familial, Olive, Mimosa, Wimpy…

Je tâcherai de faire mieux la prochaine fois qu’on jouera à cette variante à douze joueurs du jeu du post-it. Sauf que ce sera difficile : il n’y a, paraît-il, pas plus de fer dans les épinards que dans les noix de cajou, amandes, noisettes et surtout dans le ti-punch martiniquais (et toujours pas revenu) que nous avons bu avant de monter et qui m’a bien troublé l’esprit !

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26 février 2019

Six fatrasies / Jean-Paul

 1

Aujourd’hui Madame Charlotte
S’est nourrie de matelote :
Demain elle sera enceinte.

Au pays des sans-culottes
Il faut ranger sa carotte
Si jamais elle coloquinte.

Ma pensée étant d’astreinte,
Je ne puis faire marmotte
Ni absorber de l’absinthe
Lors je suce bergamote :
Ca ne laisse pas d’empreinte !

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 2

Sur la djellaba du vizir
Voici que s’en va s’avachir
Une énorme tarte tatin

Ca le fera-t-y réfléchir
Ou ça va t’y le divertir
Ce failli diabl’ de villotin ?

Et si on lançait bouquetin
Comme symbole de désir
A cet aimable plaisantin ?
Cela lui ferait-il blanchir
La paroi de son intestin ?

 3

Atmosphère ! Atmosphère !
En changeant d’hélicoptère, 
Je retrouve ma nature

C’est la musique des sphères
Qui régit le dromadaire
Et l’entraîne à l’aventure

Am stram gram ! Jolie monture
Au pays d’Imaginaire,
Chemin net et sans bavure,
Mène donc le solitaire
Qui rêvait de l’aventure !

 

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 4

Comme il vient d’hilarité
Quand on voir l’absurdité
Que charrient nos bulletins !

Idées de fraternité
Tombées en promiscuité
Avec la boue des potins !

C’est travail de diablotins
Qui piétinent la beauté,
Se remuent le popotin
Et, en toute impunité,
Nous submergent de crottin !

 5

Qu’est-ce qui marche vers l’azur ?
Ma chaussure, ma chaussure 
Et d’autres coléoptères.

Au ciel net et sans bavure
Ils accrochent des hachures
Comme aux plus vieilles patères.

Ce sont des affreux diptères
Ces mouches qui, dans la sciure,
Tracent de l’imaginaire
Et moulinent de la chiure
Du haut de l’hélicoptère.

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 6

Dans ma petite menotte
J’ai déposé ma quenotte
Tombée de son alvéole

Faut pas qu’on me l’escamote !
Faut pas qu’on me la barbote 
Pendant qu’je vais l’école !

Je vous donne ma parole
Que viendra une marmotte :
Elle dansera la farandole,
Embarquera ma quenotte
Et me laissera le pactole !

18 mars 2019

L'Héritage d'Emile / Jean-Paul

Quand l’oncle Augustin a cassé sa pipe, c’est à moi qu’on a demandé de vider sa maison. Jamais de ma vie je n’avais vu un tel bric-à-brac. Sa demeure était située en plein centre de la petite ville d’Orgères, en Ille-et-Vilaine. C’était un ancien presbytère dans lequel il avait effectué de nombreux travaux en vue de le rendre praticable. Il y avait même fait installer un ascenseur mais une fois sorti de la cuisine équipée et de la salle de bains hypermoderne, tout le reste n’était qu’un amas de vieilleries innommables, bibelots, tableaux, médaillons, albums de photographies, trophées et souvenirs ramenés de ses nombreux voyages. 

Le seul intérêt que j’ai trouvé à ce souk breton c’est que tout était parfaitement étiqueté, décrit et daté. J’allais peut-être enfin, grâce aux travaux d’archivistes du tonton flingué que je connaissais très peu, reconstituer l’arbre généalogique de la famille Laverdure, cette branche maternelle avec laquelle Maman avait coupé les ponts. Elle n’en parlait que très peu et papa restait muet sur sa belle-famille. 

Les parents d'Emile

Augustin est le frère aîné de ma mère, Brigitte Laverdure. Maman a épousé Emmanuel Tanguy et je suis né tout de suite après. Ils ont quitté la Bretagne et se sont installés à Paris où ils sont toujours et où je vis moi aussi. J’ai trouvé dans le salon de l’oncle un double médaillon qui les représente « habillés en dimanche », sans doute le jour de leur mariage ou de leurs fiançailles. Mes parents avaient déjà sur cette photo la jovialité et la rondeur voire les rondeurs que je leur ai toujours connues. Cela n’a pas été facile pour moi de faire mon chemin dans la vie en tant que fils unique d’ un couple aussi uni, aussi fusionnel, toujours porté sur la bonne chère et la rigolade, sans cousins ni cousines de mon âge. Fils d’émigrés provinciaux honteux de leurs origines, je suis peut-être un fruit conçu dans l’ascenseur social des trente glorieuses ! Et je porte sans doute des valises emplies de secrets indicibles ou vides de sens ! 

Grand-père AmédéeJe pense que je ressemble plus à mon grand-père Amédée, l’officier de marine marchande qu’on voit dans ce petit tableau carré, saisi de trois quarts de face avec sa grosse moustache blanche et son air sévère. Lui avait deux frères marins-pêcheurs, Joseph et Désiré, qui sont restés à Concarneau à faire des ronds dans l’eau et des virées dans les bistrots de la ville close, quand il y en avait encore et que ce n’était pas encore devenu un lieu touristique paradisiaque pour les bobos de Rennes, de Nantes, de Paris et d’ailleurs.


 Joseph et Désiré
Désiré et Joseph

 

 Irma et Marie

 

Marie et Irma

Dupondt marins

J’ai découvert que l’oncle Désiré avait épousé Irma Kermarrec et qu’ils avaient eu deux jumeaux, Jean-Thierry et Jean-Roger. Tous deux étaient entrés dans la marine nationale. Même plus âgés on ne les distinguait l’un de l’autre que par une toute petite différence, sans doute volontairement entretenue au niveau de la moustache. Une astuce mnémotechnique du genre Jean-Thierry Je Tombe, Jean Roger Je Rebique. Un tableau les représente dans un costume folklorique grec. Ils portent une chéchia locale et… une jupette ! 

Dupondt en jupette

Dupondt en melonPeut-être est-ce au mariage de mes parents qu’ils ont été photographiés avec un chapeau melon et une canne dignes de Charlie Chaplin ? Ou bien il s’agissait peut-être d’un bal masqué. L’oncle Augustin a failli, pour le coup. Ces deux photos-là ne sont pas annotées au verso. Peut-être ont-elles été reçues par la poste, après coup. Il y avait sans doute déjà dans toutes les familles un fou de la photographie qui vous inondait de ses clichés pour que vous souveniez de lui, plus tard, comme de « l’oncle paparazzi » ?

Augustin semble avoir gardé de bons rapports avec ses oncles et avec le reste de la famille. En témoigne le tableau représentant  la tante Marie, l’épouse de Joseph, déguisée en cantatrice d’opérette.

Castafiore

Haddock en monocleHaddockUne chose dont je suis absolument certain c’est que le dénommée Archie, un barbu à l’air bourru portant parfois le monocle et fumant très souvent la pipe n’appartient pas à notre famille. Qui était-il pour l’oncle Augustin ? Un ami d’enfance ? Un copain de régiment ? Un collègue de navigation ? Car mon oncle était commandant de bord sur un paquebot de la compagnie Paquet.

Pub Compagnie Paquet 3

Ce qui explique sa présence en tenues exotiques dans sa photothèque. Il semble avoir fait escale en Ecosse, dans les Andes, en Amérique et même en Chine.

 Tintin en Ecosse

 Tintin dans les Andes

 Tintin cow-boy

 Tintin et Tchang

Mais je crois que je vais refermer l’album de famille. A considérer tous ces barbus, ces moustachus pour lesquels il n’a noté qu’un prénom, un nom et une note sur 20, à le voir poser le bras affectueusement sur l’épaule de jeunes garçons, à constater l’absence effective de sujets féminins dans ses fréquentations, je réalise que j’appartiens peut-être à une famille d’homosexuels. Les cousins en jupette, les costumes de Maharadjah, de princes consorts, tous ces travestissements en militaire ou en chef indien, ces images d’efféminés à gomina me font penser au groupe musical Village People. L’oncle Augustin était peut-être une drag-queen ?

 Maharadjah

 Prince

 Chef indien

 Efféminé à gomina

féticheJ’ai appelé Maman au téléphone pour lui poser la question. Bien sûr, comme d’habitude, elle a éclaté de rire.

- Ce n’est pas grave si tu n’as pas trouvé la photo de tes tantes, Milou ! Ne t’embarrasse pas l’esprit avec toutes ces vieilles images. Elles ne parlaient plus qu’à mon frère. Tu fais venir un antiquaire pour les meubles et tu fourgues tout le reste chez Emmaüs. Ca ne vaut pas tripette !

- Tu es sûre, Maman ? Il me semble bien avoir repéré un fétiche Arumbaya. Il a bien une oreille cassée mais je suis sûr qu’il est authentique. Et ce tableau mi-figuratif, mi-abstrait qui représente Archie. Il est signé R. G.

- Ecoute, mon Milou, ne perds pas ton temps avec toutes ces vieilleries. La seule chose qui a de la valeur, c’est le presbytère dont tu me dis qu’il n’a rien perdu de son charme ni le jardin de son éclat. Tu vides la baraque et tu la vends. C’est toi le seul héritier après nous. L’oncle Augustin, Jean-Thierry, Jean-Roger, Archie et les travestis d’Orgères, c’est comme mon amant de Villejean. C’est du passé ! N’en parlons plus !

Hadock abstrait

27 novembre 2018

Hula hoop ! / Jean-Paul

Hula hoop ! 

Chez moi les choses sont très simples cette semaine. Le hula hoop fait certainement partie de ces objets qui nous sont venus des Etats-Unis, une fédération d’états que nous appellerons, à la suite de notre amie Joye, les Tazunis ou La Tazunie et dont les habitants sont appelés Tazunien.nes, Américain.e.s ou Ricain.e. s, surtout pour cette dernière dénomination, par Michel Sardou !

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Comme toute population colonisatrice et impérialiste plongée en milieu hostile (???) les Tazunien.ne.s ont un goût prononcé pour le port d’armes, pour le tirage dans le tas de tout ce qui ne leur ressemble pas et pour la diffusion mondialisée de leurs inventions ou productions culturelles. Pas tous et toutes, heureusement, mais ça a été longtemps comme ça et moi, si je suis manichéen, ce jour, c’est parce que j’ai trop regardé Walt Disney !

Maintenant vous êtes comme moi, vous êtes libres de ne pas vous filmer avec un hula-hoop autour du ventre, de ne pas consommer ce qui nous vient d’outre-Atlantique si ça ne vous agrée pas ou si ça vous barre fixe ! Et d’ailleurs il y a tellement à boire et à manger, à voir et à digérer ou pas dans les inventions tazuniennes que je me suis proposé de classer tout ça dans un tableau Excel à trois colonnes.

Je les ai nommées ainsi :

+ positif

J’aime ou j’ai aimé cela

- Négatif

Ce n’est pas vraiment ma tasse de tea party et encore moins mon verre de Coca-Cola

= indifférent

Ca m’est égal, pourquoi pas, tout le monde est libre dans le monde libre (en théorie !)

C’est évidemment complètement subjectif mais personne ne vous interdit de faire votre bilan personnel des apports tazuniens à votre environnement. La semaine prochaine, si c’est le mot «izba» qui nous est proposé on pourra faire la même chose avec les Russkofs !

+

-

=

Les Marx brothers

Le drive-in et ses dérivés

Le base-ball

Tex Avery

Le fast-food

Le jazz

Charlie Chaplin

La guerre au Viet-Nam

Le chewing-gum

Robert Altman

La bombe atomique sur Hiroshima et Nagazaki

La funk music

Walt Disney

Walt Disney

Walt Disney

Terry Gilliam

L’utilisation d’avions renifleurs pour trouver des armes de destruction  massives en Irak et aller y foutre le bordel

L’envoi dans l’espace de trois clampins qui ne ressemblent pas à Tintin avec pour objectif de les faire marcher sur la Lune

« O’ brother » des Frères Coen

Les gratte-ciel (je suis de plus en plus acrophobe)

Elvis Presley

Audrey Hepburn

Woody Allen

Superman

Marilyn Monroe

Le général Custer et les “guerres indiennes »

Robert Crumb

Billy Wilder (oui, je sais il est Autrichien de naissance)

La chaise électrique

Edward Hopper

Jerry Lewis

Donald Trump

Hollywood

Le western dans sa déclinaison B.D. européenne (Lucky Luke, Chick Bill, Teddy Ted, etc.)

Le rap

Le western dans sa déclinaison cinématographique y compris façon, spaghetti

Steve Warson chez Michel Vaillant (dans le même esprit)

 

The Grateful dead

Neil Young (oui je sais, il est canadien de naissance)

 

The Jefferson airplane

Emmylou Harris

 

Madonna

The Nitty gritty dirt band

 

Jimi Hendrix

The Ozark Mountain daredevils

 

Cassius Clay

Le concept du Festival de Woodstock

 

Janis Joplin

Le concept du juke-box

 

George W. (Whatelse) Clooney

Francis Scott Fitzgerald

 

 

Les Peanuts de Charles M. Schultz

 

 

Donald Westlake

 

 

Fredric Brown

 

 

Clifford D. Simak

 

 

La guitare électrique

 

 

Last but not least : Joye !

 

 

 

6 mars 2019

Consigne d'écriture 1819-20 du 5 mars 2019 : Le roman abrégé

Le roman abrégé

 

L'entresort 45 du "Nouveau nouveau magasin d'écriture" d'Hubert Haddad est intitulé
"Réduction d'un roman d'introspection sociologique à ses incipit sincipitaux". 

"Plus un roman est réaliste, volontairement descriptif et convenu en cela qu'il cherche à photographier son époque, moins sa diminution arbitraire ne change substantiellement le projet d'ensemble : réduit aux incipit, l'essentiel du message est conservé voire exalté dans la forme du texte court."

L'animateur distribue à chaque écrivant.e un roman de Patrick Modiano ou de Georges Simenon. Il est demandé d'inscrire sur une feuille, en les numérotant, l’une en dessous de l’autre, la première phrase de chaque chapitre puis la dernière phrase du livre.

Sans rouvrir le livre on écrit ensuite de quoi relier la phrase 1 à la phrase 2, la 2 à la 3 et ainsi de suite de manière à constituer un récit autonome et cohérent.

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18 novembre 2018

Mon amant.e de Villejean n° 0 d'août 2018

Notre atelier d'écriture s'est associé au projet de la Maison de quartier de Villejean et de la Maison Internationale de Rennes pour célébrer les dix ans de Médiapart le vendredi 23 novembre après-mid à la MQV. Nous avons planché sur l'idée d'un journal local qui offrirait, au travers de la fiction et de l'écriture ludique, une vision décalée de Villejean.

Bouton nouvelle fenêtreVous trouverez ci-dessous le n° 0 d'août 2018. Pour le visualiser en plein écran , cliquez sur l'icône "fenêtre externe". 

 

Bonne lecture et bon amusement à vous ! 

 Mon amant.e de Villejean n° 0 de juillet 2018

 

28 novembre 2016

Souk au gynécée ! / Jean-Paul

 

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Acte III, Scène 3

La scène représente une plage : parasols, 1 cabine de bain, serviettes, transats de « Transat en ville » empruntés à la ville de Rennes. Les dames du harem, les disparues, les évadées en fait, sont assises ici et là, en maillot ou peignoir de bain, se passent de la crème solaire sur les bras, lisent "Biba", font des mots fléchés, papotent ou glandent comme on le fait tous dans ce genre d’endroit.

 

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RUADE – Alors ? Bonne baignade, chère Daurade ?

DAURADE – L’eau était excellente ! Quelle merveille ! Quelle lumière ! Quand je pense qu’il y a trois jours encore, nous étions confinées dans l’ombre du harem !

ORANGEADE – C’est une honte ! La pire des brimades ! Le sultan devrait savoir que la beauté ne se mange pas en salade ! Mais que nous avons besoin d’autant de soins et de lumières qu’elles ! Nous sommes faites pour resplendir au soleil, nous, pas pour moisir dans le bac à légumes de son réfrigérateur !

MASCARADE – Et puis quelle façon riquiqui de nous rendre hommage ! On enferme 365 femmes dans le gynécée et elles n’ont droit qu’à une seule sortie dans l’année. Et quelle sortie : juste une nuit de roucoulade avec ce gros cochon de Haroun Zeclock !

CANTONADE – Il paraît que le changement d’herbage réjouit les veaux ! Il y avait là de quoi pousser des jérémiades ! Les 364 autres jours, en attendant, on devait se farcir la chanson de l’eunuque. Tu parles d’une sérénade, toi !

SERENADE – Hého, doucement, les filles ! Je n’y suis pour rien, moi ! C’est vrai que je m’appelle Sérénade mais ce n’est pas moi qui les ai chantés ni pondus, les couplets de l’Hannibal sans ses balles !

Elles entament "La chanson de l’Eunuque" :

Croé moé, croé moé pas
Quèqu’part en Alaska
Un sal’ jour qu’y neigeait des glaçons

J’ai eu comme une envie
D’soulager ma vessie
Comme un con j’ai baissé mon caleçon

Ca m’a mis en peine
De quitter mes gégènes
Mes jolis génitoires
Ah vraiment quelle histoire !

Ca n’dure jamais longtemps
Quand il gèle à pierre fendre
Tu vois tes gosses descendre
Tu deviens un transgenre

Quel beau dommage ! Tu t’retrouves au chômage !

AILLEPADE – N’empêche on a bien rigolé ! Le pauvre n’a jamais su qu’on l’avait surnommé Débandade !

BALADE – En tout cas, c’est un vrai plaisir d’avoir mis les voiles ! Enfin, de les avoir enlevés ! On est quand même mieux à poil au soleil que sous ces épaisseurs de tissu cossu qu’on ne pouvait enlever qu’une seule fois dans l’année !

 

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EMBRASSADE – Et encore ! Si vous saviez ! Moi je m’appelle Embrassade et je suis celle qui officiait le dernier jour de l’année. Eh bien il y a des années où il était tellement gavé de loukoums et de liqueurs qu’il ne me déshabillait même pas !

CAVALCADE – C’est ce qu’on appelle « p’end'e à la hussa’de » !

EMBRASSADE – Attends, Cavalcade ! Il y a même une année où il ne m’a même pas honorée !

CAVALCADE – C’est ce qu’on appelle êt'e « Schokolade » !

COUILLONNADE (sortant de la cabine de bains en combinaison d’homme-grenouille) – Eh dites donc les filles ? Comment vous trouvez mon nouveau maillot de bains !

TOUTES – Nul à chier, Couillonnade ! C’est quoi ce truc ? 

COUILLONNADE – Ca s’appelle un burkini ! Je laisse tomber, alors ?

TOUTES – Oui ! Ôte le haut et demain tu enlèveras le bas ! Et le tuba aussi !

Entrent Shéhérazade et ses suivantes. Toutes l’applaudissent et la saluent de « hip hip hip hourra »

SHEHERAZADE – Mes chères amies, un peu de calme, je vous prie. Je sais bien que vous me devez la liberté. Mes servantes ont soudoyé les gardiens du palais pour qu’ils vous laissent partir une à une puis quatre par quatre. Mais vous savez que j’ai un objectif beaucoup plus important. Je veux vous apprendre à devenir maîtresses de vos destins. Je veux que vous sachiez désormais tenir les hommes à distance, les faire tourner en bourrique pour finalement les mener par le bout du nez… ou par le bout du bout !

Elles éclatent de rire.

SOUTIFDAUBADE – Oui, camarade Shéhérazade ! Conte-nous tes odes et tes méthodes ! C’est pour t’entendre les conter que nous avons fui ce palais où nous étions réduites à l’état d’esclaves sexuelles. Apprends nous à faire languir l’émir, à serrer la haire du janissaire, à mettre le souk chez le mamelouk, à enfiler le caoutchouc au bachi-bouzouk, à tenir à distance son éminence, à mettre en chaleur sa sérénissime splendeur, à rendre flamboyant le commandeur des croyants, à l'étreindre puis à l'éteindre et le faire geindre. Qu'ils deviennent fous de nous et se traînent à nos genoux ! Dis-nous comment on fait enfler leur désir, comment on leur flanque le tracsir, comment on renverse la vapeur, il faut que ce soient eux qui aient peur de ne pas être à la hauteur, il faut que nous soyons actrices et qu’ils cèdent à tous nos caprices. Comment emberlificoter, bécoter, fricoter, tripoter, les transformer en empotés et faire que nous soyons maîtresses de leurs altesses ?

SHEHERAZADE – C’est simple ma chère Soutifdaubade ! Pour commencer, interrogation orale ! Vous allez me chanter la chanson que je vous ai apprise hier !

Elles se regroupent comme une chorale et entonnent « Déshabillez-moi » de Juliette Gréco.

15 janvier 2013

Interview de Berthoise / par Eliane

 

- Bonsoir Berthoise. Je vous remercie de nous accueillir dans votre belle demeure. Pour nos téléspectateurs, je rappelle que vous êtes l'auteur de nombreux romans, essais, études psychologiques et autres. Vos écrits sont éclectiques. Vos multiples centres d'intérêt vous ont fait partir dans des directions très variées.  

 

Berthoise acquiesce en souriant.

 

- Oui, le vilain défaut de la curiosité me tenaille constamment.


- Un vilain défaut qui devient, en ce qui vous concerne, une grande qualité. Je cite pour mémoire et dans le désordre : « Vous chantez ? », « Vitalité », « Douceur », « Vanité », « Amour maternel », pour ce qui concerne le domaine psychologique. Vous voyagez aussi, pas très loin, vous restez en France.


- Oui, il y a tant de belles choses à voir et à connaître à l'intérieur de nos frontières. Tant de curiosités à découvrir, cela me comble.

 

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- Vous avez écrit : « Choses lues à Rouen », « Oh, Chantilly !», « La maison de Concarneau », où j'imagine que vous avez passé des vacances, et je me souviens d'un très beau passage sur Quimper et sa cathédrale que je vais citer pour nos téléspectateurs : « Je regarde souvent par terre, là où je mets mes pieds. Du reste, pas plus tard que lundi, j'ai trouvé dans un caniveau un pendentif en argent avec un œil de Sainte Lucie. Il paraît que ça porte bonheur. Je veux y voir le présage d'heures douces.


- Donc, je regarde par terre. Même quand je vais dans une église. Dans la cathédrale Saint Corentin de Quimper, les chapelles, le long du déambulatoire, ont chacune un pavé différent. Jolis pavés. »


- Ces textes sont des merveilles qui donnent envie de se rendre dans ces villes dont vous parlez. Avez-vous eu des coups de cœur pour d'autres cités ? Des trésors à nous faire découvrir ?


- J'ai un amoncellement de notes qu'il me faut mettre en forme.

 

Elle rit, malicieuse.

 

- Mais en ce moment je me sens paresseuse. Vous avez sans doute lu, dans une des pages de mon cahier de bord, le passage qui concerne : « Billet chiffon, comme billet tristoune. ». La volonté de perfection qu'exigeaient mes parents, a été, toute ma vie, le moteur qui me faisait avancer.


- Ce moteur qui vous a permis de fournir un gigantesque travail. Avez-vous le sentiment, aujourd'hui d'être parvenue à contenter vos parents ?


- Non, jamais. Comme je l'ai écrit, leurs exigences m'ont souvent paralysée alors je travaillais, j'écrivais pour secouer cette paralysie. Et maintenant que mes forces déclinent, je n'ai pas encore l'impression d'avoir atteint mon but. Alors, il me faut faire encore davantage d'efforts.

 

Elle rit encore, malicieuse.

 

- Je n'en sortirai jamais. Il n'y a que la grande faucheuse qui pourra m'arrêter. Pour le moment je n'ai renoncé qu'aux voyages à l'étranger. Car vous aviez tort tout à l'heure, j'ai parfois franchi les frontières.


- C'est vrai, excusez-moi, vous avez écrit : « Comme à Ostende », « La cantinière russe ». Mais il n'est pas nécessaire d'aller jusqu'en Russie, encore moins en temps de guerre, pour écrire sur une cantinière russe.

 

Elle rit de nouveau.

 

- Exact, mais je suis vraiment allée en Russie. Cette cantinière était la grand-mère d'une femme rencontrée là-bas.


- De même, vous avez parlé de la «Musique indienne ». Un séjour en Inde ?


- Oui, mon premier fiancé était indien. J'ai eu l'occasion de séjourner longuement dans son pays.


- Vous avez aussi, et c'est votre premier livre, un ouvrage volumineux, écrit sur votre enfance. C'est un peu le « Claudine à l'école" de Colette ?


- C'est moins romancé, plus détaillé, plus touffu. Avec mes parents nous habitions une toute petite ville : Trifouilly les Oies, au cœur de la France. Une région où, en hiver, il fait un froid de canard. Ce que je relate dans le chapitre « De la nécessité d'une petite laine ».

 

Elle rit.

 

- C'était vraiment très dur, mon père était maréchal ferrant, ma mère se contentait d'être une fée du logis. Mais c'était une mère attentive, je parle d'elle dans « Amour maternel ». Quant à moi, j'allais à l'école où j'avais pour consigne d'être parfaite. J'ai longtemps gardé des relations avec mon institutrice, ce qui a inspiré le chapitre, en partie fictif, « Aléas de la vie professionnelle d'une remplaçante en milieu rural ».


- Votre grand-mère habitait la même ville. Vous alliez souvent lui rendre visite. Elle avait tout un répertoire d'expressions savoureuses dont vous gardez un souvenir attendri.

 

Elle rit à nouveau.

 

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- Ah, oui ! Par exemple quand il y avait une quantité importante d'une quelconque chose, elle disait : « autant qu'un curé pourrait en bénir ». Une fois, d'un lustre volumineux dans une maison voisine, elle a dit qu'il pesait « le poids d'un âne mort pendu au plafond ». C'était vraiment savoureux. Je me souviens aussi de ce jour où, invitée à prendre le café chez cette même voisine, et le trouvant trop pâle, elle a répondu « Non, pas ce genre-là, merci, prière d'un serré. ». J'étouffais un rire. En faisant ses course elle rencontrait souvent une vieille dame ronchonne. Elle disait d'elle « Celle-là, elle n'est heureuse que quand elle a un souci. Sinon, elle est vacante ». Cela ne s'invente pas, il n'y avait qu'elle pour trouver des expressions pareilles.


- C'était une délicieuse grand-mère.


- Elle me faisait souvent rire mais c'était aussi un amour. Lorsque j'avais un chagrin d'amour, qu'un garçon m'avait quittée, elle me consolait avec cette phrase ; « Tu fout un coup de pied dans une poubelle, il en sort dix, des gars. »


- C'est ce que vous avez fait, shooté dans une poubelle ?

 

Elle rit :

 

- Non, j'avais besoin d'estimer mes amoureux.


- Pour rester dans ce domaine de l'amour, je voudrais citer ce passage écrit sur la culotte, et le lire si vous le permettez, si ce n'est pas trop osé.


- Non, allez-y.


- Je cite : « Parlons dessous. Parlons sens dessus dessous, parlons de ce qui éveille les sens par en dessous. Culotte, oui culotte, je n'aime pas le mot slip. Le mot slip est unisexe, étranger, il claque comme un élastique trop tendu. Comme le string. Autre bizarrerie. La culotte glisse, enveloppe, donne de la rotondité au cul. Si je n'aime le slip, si je n'aime pas le string, j'aime bien le cul. Le mot cul. Il a un petit côté vulgaire qui sied aux choses du sexe. La culotte donc. Blanche. Blanche parce-que propre. En coton. On peut aimer le cul, le confort et le propre. Une culotte en coton blanc qui monte sur le ventre mais dévoile la cuisse. Le haut de la cuisse, là où la peau est douce. Où la jambe devient cul. Où quand on ôte la culotte, le cul et la cuisse se confondent. La culotte vient cacher ces choses-là pour laisser la place à l'attente et à l'émerveillement. »

 

- Voilà ! Cette note érotique clôt notre entretien. Il me reste à vous remercier d'avoir répondu à mes questions avec autant de gentillesse et de naturel.

 

N.B. Les photos sont empruntées à Berthoise

10 avril 2018

Alertez les bébés ! / Jean-Paul

Alertez les bébés ! Qu’ils se préparent à déployer le drapeau de la colère ! Qu’ils se le disent : il n’y aura pas suffisamment de champagne pour tout le monde ! Et pas plus de caviar pour les autres !

Alertez les bébés ! Il faut qu’ils viennent au monde avec la rage en dedans, qu’ils se préparent à la croisade des enfants ! Qu’ils se prévoient un vieux bras de fer avec un univers pourri dans un no man’s land irradié !

Alertez les bébés ! C’est aujourd’hui, la crise ! La planète Terre est un boxon où l’ange et le salaud doivent se côtoyer, où les robots parlent de l’amour sans savoir ce que c’est et où trois tonnes de TNT font plus d’effet qu’une symphonie des droits de ‘homme.

Alertez les bébés ! Qu’ils gardent un œil sur la bagarre, qu’ils aient le courage de vivre, la fuite dans les idées ! Qu’ils se méfient de ces prophètes proclamant « Ce qui est dit doit être fait » et qui le font ! Qu’ils ne croient pas ceux qui promettent « Demain ça s’ra vachement mieux... surtout si je vous arrache les yeux !" !

Alertez les bébés ! Ils vont tous faire l’objet d’une fiche anthropométrique. Pour peu que les flics fassent de l’excès de zèle ils devront danser la java des chaussettes à clous dans la gueule, coincés entre deux gares, huit jours en Italie avant retour chez eux ! Bonjour le coup de blues ! Autant fumer tout de suite sa dernière cigarette !

Alertons les bébés ! Criez, priez, les bébés ! Pas question qu’en plus vous exprimiez votre vague à l’âme ! Avouer « Maman, j’ai peur ! » serait faire preuve d’un sérieux manque de classe. Si tu as un poil dans la main, Bébé Cadum, fais demi-tour ! Pars en arrière ! Chope la soupape, envole-toi sur les ailes du silence ! Commencer une phrase par « Je rêve… » sera bientôt illicite. Ça l’était déjà d’ailleurs à l’époque de Martin Luther King.

Alertez les bébés ! Moi aussi un beau jour je suis tombé du ciel et j’ai souvent lu sur le menu de ma vie : « Aujourd’hui : blues ». J’aurais bien voulu les aider, les bébés, car en théorie on est là pour ça mais j’suis qu’un grain de poussière, un conquérant de l’inutile, un petit gars du genre tête en l’air, un Buster K. de pacotille. Quand je vois mon portrait dans la glace, je n’ai qu’une seule envie c’est de retourner dans mon aéroplane blindé. Chaque soir, en entrant dans mon lit, j’entends résonner l’hymne aux paumés et je me dis : « Encore une journée de foutue !». 

Il 2018 04 09 Higelin aéroplane blindé

La Cie "Hop là !" interprète "Dans mon aéroplane blindé"

Alertez les bébés ! Le minimum que je puisse faire pour eux, c’est de les prévenir, les bébés : Jacques Higelin ne sera pas plus secourable que moi. Il vient de nous dire « adios ! ». Il ne sautera plus six pieds en l’air, tel un aviateur dans un ascenseur. Exit le captain Bloody Samouraï ! Crashé en beauté, le captain Dodécaphonique Dada ! Fin de la chanson !

Ah la la ! Quelle vie qu’cette vie ! Alertez les bébés ! Un autre fou chantant vient de nous quitter. Si vous voulez vivre agréablement, il ne faudra pas Trénet à le remplacer ! On a mis Jack in the box et on a mis la boîte sous terre. Ci-gît une star.

A plus d’un titre, merci pour tout, Monsieur Jacques !

17 avril 2018

Cadavres exquis du 17 avril 2018 / Tous

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A l'atelier d'écriture, le mardi 17 avril. On fête la victoire d'Anne-Marie au concours "Encres d'automne". Avant que nous ne montions en salle Mandoline, une des écrivantes sort cet objet de son sac et demande :

- Qu'est-ce que c'est que ça ? 

Les dames sèchent. Le seul homme présent donne la bonne réponse.

- C'est un clitoris !

Cela en préalable pour vous expliquer la forte présence de ce mot dans les petits textes qui suivent ! Ce fut une séance de cadavres exquis. Pour qui ne connaîtrait pas encore ce jeu fort prisé des Surréalistes, on a donné les consignes utilisées ci-dessus.

***

1 Sujet - adjectif - verbe - complément de lieu - complément de temps

La ceinture de mon pantalon désaccordé chante dans la barque au crépuscule.

Le moulin à vent merveilleux dégoulinait à l’endroit où vivent les fées des sources à minuit passé.

Le jardin furieux s’offrait au vent du paradis au siècle dernier

La boussole complètement destroy enchante dans la bananeraie un jour d’août où il neige abondamment.

Le parapluie juteux éclabousse sur la route de Dijon aux aurores.

Le saucisson rayonnant pleurnichera sur le haut de la colline demain.


2 Si / alors

Si nous avions été à l’ère glaciaire la tempête médiatique se serait déchaînée !

Si le chat de la voisine avait la queue coupée les chauves-souris dormiraient la nuit !

Si la météo avait été plus favorable le chien musicien aurait aboyé plus fort.

Si les arbres poussaient à l’envers je mangerais mon chapeau.

Si l’atelier d’écriture avait lieu à six heures du matin plutôt qu’à six heures du soir les moulins à vent traîneraient Don Quichotte en justice.

Si les clitoris étaient fabriqués avec une imprimante 3D les lotus ne fleuriraient pas au Japon.

Si les moulins à vent étaient des moulins arrière, les radis pousseraient mieux les soirs de pleine lune.

Si on peignait les girafes plusieurs fois par an il faudrait être fou pour dépenser plus.

Si ma tante en avait, les opticiens ne vendraient pas de lunettes !

Si je portais des bretelles plutôt qu’une ceinture, avoir des pantalons en accordéon donnerait des boutons !

Si la ceinture des pantalons en accordéon s’était désaccordée plus souvent notre petite troupe aurait pu pique-niquer.

Si le soleil avait fait place à la pluie, j’aurais pris la poudre d’escampette.

Si le clito pouvait parler, les talons hauts seraient inutiles.

Si les hommes n’avaient pas existé les oiseaux chanteraient des airs d’opéra.

 

3 Quand + affirmation au présent

Quand le réveil sonne le matin mon parapluie perd ses baleines.

Quand je suis à l’atelier d’écriture tu fais ta tête de mule.

Quand le cormoran pousse son cri le soir au-dessus des jonques, il faut remettre son clito en place.

Quand tu te laves les dents les souris dansent devant le buffet !

Quand la nuit tombe à vingt heures, les enfants de choeur boivent le vin de messe.

Quand je me lève le dimanche le président de la République va chasser la baleine et revient avec une jambe de bois

 

4 Impératif à la première personne du pluriel + phrase au futur

Prenons nos parapluies quand les nuages roses sourient ! Il en restera toujours quelque chose, ne serait-ce qu’une béquille ayant appartenu à Jean-Arthur Rimbaud

Promenons-nous dans les bois pendant que le loup n’y est pas ! Demain sera ce que nous en ferons !

Soyons courageux la vie en vaut la peine : plus de mille boutons mêlant franchiront la barrière des rêves en même temps !

Allons, enfants de la patrie ! Nous n’irons plus au bois : le loup Macron mangera votre fraise des bois !

Fuyons la morosité ambiante ! Le concierge s’occupera toujours de votre courrier !

Partons, compagnons, les larmes au pied ! Ce sera alors la plus belle des années !

Soyons fous, rieurs et heureux, tout au long du chemin : j’irai dormir sous les palmiers !

 

5. Quatre alexandrins à rimes plates + une question

Le chant du coq, dès l’aube, fait sursauter le ronfleur :
Rien ne sert de courir, il faut partir à l’heure.
La vie d’un clitoris n’est pas toujours enviable,
Chaque fois c’est pareil : tout sort parait enviable
Le matelot quitte le quai tout guilleret ?

Le myosotis et puis la rose ce sont des choses.
Les jours moroses de l’année close ne sont pas roses :
Le puma affolé piaillait dans les betteraves
Du Stromboli rougeoyant on tâchait d’éviter la lave
[Quand quelqu’un demanda] : Et Dieu dans tout cela ?

Les canards cancanent et la basse-cour ricane ;
Tarzan porte à sa bouche une ample sarbacane ;
Alors, appliqué, de mon père suivant les pas,
- Aujourd’hui le sommeil et demain le trépas ! –
Sur le toit du monde trouveras-tu la réponse ?

Quand mon clito content sourit tout doucement
La douceur du temps me berce si [chaudement]
Que les palétuviers roses poussent derrière la maison close.
Il s’exclame : « Quel petit pied ! Quelle belle chose !
Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? »

Rien n’est plus beau que le soleil à son couchant !
Quand Macron dit des croquignoles, c’est comme un chant
Sur le champ du printemps. Les pâquerettes sourient,
La tapisserie gris souris décore la nuit.
Emmanuel restera-t-il avec sa Brigitte ?

La nuit tombe et fait « splatch » sur le champ de bataille.
Il est très tard aussi il faut que je m’en aille.
Sur le bord des étangs poussent les iris d’or
Si tu parles à Macron tu vas dans le décor
Le pont de la rivière Kwaï siffle sa chanson
De son canasson pendaient de beaux jambons ?

Le zouave du pont de l’Alma n’a plus les pieds dans l’eau
Dans ces roseaux si hauts se mêle le chant des oiseaux
Je posai cette question : ceinture ou bretelles ?
L’abeille, en zézayant, fait de l’excès de zèle.
Fuyez, fuyez, brav’s gens ! Courez à tire d’aile !
Mais que faire en cas de danger ? Eclairez moi !

20 février 2018

Cinq anagrammes renversantes / Jean-Paul

AEV 1718-20 mouton de panurge

Monsieur Tout le monde !

Ressaisis-toi ! Cela fait des années qu’on te taxe quelque chose comme 138 euros par an afin que tu te fasses balancer dans la tronche des choses aussi palpitantes que Derrick, les Grosses têtes, des radio-crochets, les Feux de l’amour ou les vérandas royales de Stéphane Bern ! En plus tout cela est entrecoupé de publicités au son beaucoup trop fort qui rapportent déjà gros à ce service télévisuel d’état qui n’intéresse même plus les jeunes générations !

Et toi tu acceptes de te faire bourrer le mou 3 h 30 par jour ! Même le président Macron l’a dit : « C’est une honte ! ». Shame on you, Monsieur tout le monde ! Je ne chanterai pas, moi non plus, que « j’aime tes genoux » !

Ressaisis-toi, Monsieur Tout le monde ! Eteins ce bousin ! Fais la fête avec tes voisins, va te balader, ouvre un bon bouquin ! N’attends pas la publicité pour aller pisser ! Envoie paître dès maintenant ta télécommande !

Si tu ne fais rien de cela je finirai par penser que tu es le mouton endormi !

 ***

Miguel de Cervantes Saavedra déri déra et tra lala

S’il avait fait du haïku, du limerick, bien plus de cas,
Nul dès lors n’aurait su son nom, son abattage,
Son immense talent de noircisseur de pages !

Il fut auteur de Don Quijote de la Mancha,
Individu rêveur, malingre, squelettique,
Qui rêva d’aventures et toujours se fourra
Du fait de sa myopie, dans des plans pathétiques !

Sancho son écuyer, plein de bon sens et gras,
Peut bien gueuler derrière des paroles de sage !
Le chevalier ne l’entend pas. Toujours il va,
Fonçant vers son destin, sa chute, son naufrage !

Miguel de Cervantes Saavedra déri déra et tra lala
S’il avait fait du haïku, du limerick, bien plus de cas
Aurait pu dire en une phrase ce que disent ses mille pages :
« Rien ne sert de cavaler au vent des mirages ».

AEV 1718-20 Don Quichotte


Le commandant Cousteau
était prédestiné à devenir le maître à bord du Calypso. Je parle ici du bateau et non de la musique de Trinité et Tobago et je me justifie en vous racontant le début de son conte de fée :

Son père allait nager le samedi après-midi à la piscine municipale de Saint-André de Cubzac. Ulysse Cousteau - tel était le patronyme du paternel – enchaînait les longueurs à la ligne d’eau numéro 7 quand un beau jour de l’année 1905 une jeune fille un peu fofolle de ces années-là, qui se nommait Pénélope Manaudou, en provenance directe du tremplin de trois mètres, plongea devant son nez et lui coupa la route.

Ulysse but la tasse puis refit surface en gueulant comme un putois :

- Mais ça va pas, non, de plonger sur les gens, espèce de sapajou ?! »

- Oh pardon, s’excusa Pénélope Manaudou qui faisait alors à Bordeaux, quand elle ne nageait pas, des études pour devenir attachée parlementaire. Puis-je vous offrir en dédommagement un rendez-vous galant au Café de la Saint-Médard ? »

Ulysse regarda la sirène à la voix chantante, jugea qu’elle n’avait absolument rien de désagréable et demanda :

- Vous avez un parapluie ?
- Oui, répondit-elle. Je l’ai volé ce matin même à une amie.
- Alors d’accord !

Au café de la Saint-Médard, ils y restèrent longtemps. Quarante jours plus tard ils y étaient encore !

Les biographes de Jacques-Yves Cousteau, le commandant fondateur du parti des bonnets rouges dont on n’entend plus guère parler dans ce monde du silence empli des bruits de la télé de M. Tout le Monde ont bien raison d’affirmer que pour lui tout commença dans l’eau.

AEV 1718-20 bonnets rouges


« La vraie vie est ailleurs ». « Il faut être absolument moderne ».

Si « Je est un autre » qui est-ce qui reste dans cette phraséologie rimbaldienne ?

La couleur des voyelles ? Le côté peu sérieux des jeunes gens de dix-sept ans ? Le proverbe de Paul Verlaine qui dit à ces cons égarés sous le vent et la pluie de Bretagne qu’il faut préférer l’imper au parapluie ?

Même pas ! Le vent a emporté nos vieilles semelles de Suzette. « La jambe de Rimbaud de retour à Marseille dérive en immondices à travers les égouts ». Le soldat aux deux trous rouges au côté droit a été enterré. Seule reste la Meuse. Entre Charleville-Mézières et Monthermé, n’ayant jamais des diamants de la même eau dans son lit, la rivière suit sa vallée. 

170714 Nikon 092

 

La fin du monde est pour demain ! « La fin du monde est pour demain ! » hurle le savant Philippulus dans mes cauchemars d’après-lecture de "L’Etoile my"stérieuse" de Georges Rémi, dit Hergé, auteur des "aventures de Tintin pour l‘avenir car la fin du monde est pour demain.

N’ai-je pas bien fait de profiter de ces chemins ? Malgré l’agitation sans fin de ces personnages de bande dessinée – Tintin court partout tout le temps, Milou chasse le chat siamois, Haddock fuit la Castafiore et engueule les Dupondt, Alcazar, Abdallah, Lampion et les autres manifestent une vitalité ravageuse – j’ai toujours pris le temps quant à moi de longer les rivières en flânant, de trouer les brouillards et de sentir les fleurs.

Le monde peut finir sans moi s’il le désire. Je suis tout enivré encore de l’arôme fou d’un matin splendide !

 AEV 1718-20 Philippulus


19 décembre 2017

De Rimbaine à Verlaud. 5, Paske et Pourkwa / Jean-Paul

M. Arthur Rimbaine
Agence d’exploration de villes extraordinaires
et d’us et coutumes à mettre dans les annales
8, quai Arthur Rimbaud
08000 Charleville-Mézières

Monsieur Paul Verlaud
Société de géographie des Maladives et du Miraginaire
73, rue Sonneleur
62812 Vent-Mauvais

Oukipudonktan, île de Porqué-Portquai, le 19 décembre 2017

Mon cher Paul

170419 Nikon 009

Je crois que trop c’est trop. Dans un sens comme dans un autre. Si on écoute la radio, regarde la télé ou lit les journaux, on entend le discours de gens qui sont des savants absolus. Ils ont réponse à tout, même aux questions qu’on ne leur pose pas, même aux questions qui ne se posent pas. Rien ni personne ne peut arrêter leur débit mais ce n’est jamais drôle très longtemps de les écouter. Ils sont capables de nous pondre des phrases, des thèses, des romans sur le fameux incipit de Marcel Proust «Longtemps je me suis couché de bonne heure et j’ai toujours mis trois plombes à ne pas trouver le sommeil» sans qu’aucun ni aucune ne fasse le rapprochement avec l’histoire de la princesse au petit pois !

Le petit Marcel a du mal à s’endormir et en plus ce rigolo néglige de surveiller sa literie ! Sur un matelas Epéda multispores il y a tellement d’acariens que tu peux devenir asthmatique et cet idiot-là l’était ! Supposons qu’il soit né sous une étoile mystérieuse : les multispores de l’Epéda peuvent donner naissance à des champignons qui grossissent, grossissent et éclatent en faisant «Schploff» ou «Pffflurt». Va-t-en t’endormir avec ça si tu n’es pas aussi sourd que Tryphon Tournesol ! Si ça se trouve, sous son matelas, à Marcel Proust, il y a le crayon de bois de Jean d’Ormesson ! Une farce de Céleste Albaret !

Bref, si je suis devenu explorateur c’est pour rencontrer les gens qui n’en savent pas plus que moi et qui sont curieux de naissance plutôt que Messieurs Jesaistout, Fermela et Cémoikikoz. Et alors là, mon cher Paul, chez les Pourqwa-Pourkoi chez qui tu m’as envoyé, j’ai été servi !

Dès la descente du bateau – Porqué-Portquai est une île – les habitants te sautent dessus, t’enguirlandent, t’emmènent dans leur case et commencent à te bombarder de questions saugrenues :

Pourquoi y a-t-il des papous à poux et des papous pas à poux ?
Pourquoi les occidentaux ne vont plus à la messe le dimanche ?
Pourquoi, en échange, se précipitent-ils à l’approche du 25 décembre dans les temples de la consommation de la rue Le Bastard ou dans les hyper-Noëls des alentours de Rennes-au-nez-Rouge-et-Noir ?

Un beau jour, les Pourqwa-Pourkoi ont fait comme moi. Ils se sont équipés d’un petit dictaphone et ils ont enregistré les réponses que les visiteurs apportaient à leurs questions. Ils ont déversé les enregistrements dans un ordinateur central mais comme il n’y a ni archiviste ni bibliothécaire chez eux personne ne va compiler les résultats pour en faire une encyclopédie ou un dictionnaire ! Car, à vrai dire, les Pourqwa-Pourkoi se fichent du savoir comme de leur premier slip aéré ! Autant les Passe-queue-Paske dont je parlais au début de cette lettre se fichent de nos questionnements, autant les Pourqwa-Pourkoi ne s’intéressent pas aux réponses qu’on leur apporte. Eux sont sur terre pour poser des questions, alors ils les posent. Quel est la couleur du cheval blanc d’Henri IV ? Quelle est la différence entre un écureuil et une brosse à dents ? Pourquoi y a-t-il un h à «rhododendron» ? Pourquoi n’y en –t-il pas à «rodomontade» ?

Le plus cocasse survient à chaque fois qu’on leur répond «Je ne sais pas» ! Les Pourqwa-Pourkoi éclatent alors d’un rire tonitruant et ils viennent nous taper sur l’épaule en disant «Mais c’est pas si grave !». Comme tous ces échanges s’effectuent en buvant de leur alcool de mangue de cinquante ans d’âge vieilli en fût de chêne et que cette boisson frappe un maximum l’hilarité vous gagne très vite et on assiste alors à des échanges de questions-réponses d’une drôlerie inimaginable. Et tenez-vous bien, on en redemande ! J’en ai tellement bu que je vois double et que je te vouvoie, dis-donc !

Tout allait donc pour le mieux sauf qu’à un moment de la soirée la jeune fille de la maison est entrée dans la case. Très jolie, très sympathique, on me l’a présentée mais elle était bien plus collet monté cul pincé lèvres gercées que son géniteur et sa génitrice.

Elle ne m’a posé qu’une seule question.

- Monsieur Rimbaine, vous qui avez beaucoup voyagé, savez-vous pourquoi on nous appelle les Pourqwa-Pourkoi et pouvez-vous me dire à quoi correspondent ces différentes graphies d’un même phonème ?

170419 Nikon 010Comme j’étais arrivé au bord de l’ivremortitude, j’ai trouvé très malin de lui répondre : «Je ne sais pas» pour la faire rire ou au moins pour la décoincer. Mais ça n’a pas marché avec elle. Elle n’est pas venue me taper sur l’épaule et ça, en tout cas, je l’ai bien vu, ça a jeté un froid.

- Il faudrait que vous sachiez, Monsieur Rimbaine. On ne construit rien sur du sable et on ne laisse aucune trace dans l’histoire du désert si on n’a pas aux pieds des tongs de l’UMP.

- Des tongs de l’UMP ? ai-je demandé. Qu’est-ce que c’est ? Un genre de semelles de vent ?

Là j’ai senti que j’avais commis un impair phénoménal. Les parents de la jeune fille, redevenus sérieux comme des papes, se sont levés. Ils ont retrouvé toute leur dignité, ils m’ont accompagné dehors jusque sur la plage et là ils m’ont indiqué un hamac dans lequel je pourrais passer la nuit. Ils m’ont retiré la guirlande de fleurs et la bouteille d’alcool de mangue et ils sont rentrés dans leur paillotte qu’ils ont fermée à double tour.

Le lendemain matin le père est venu m’expliquer que chez les Pourqwa-Pourkoi les étrangers ne devaient jamais poser de questions et surtout pas aux filles métisses que les habitantes de Porqué-Portquai ont eues avec des missionnaires blancs.

Voilà pourquoi, mon Cher Paul, j’ai quitté le pays des Pourqwa-Pourkoi.

Joyeux Noël et bonnes fêtes de fin d’année à toi !

30 mai 2017

Un léger sentiment d'Eugène / Jean-Paul

IL 170529 Amaury-Duval par DevériaEugène Amaury-Duval (1808-1885), dont un site anglo-saxon prétendait jadis, à tort, qu’il écrivait sous le pseudonyme d’Isaure Chassériau, n’a jamais vu aucun de ses manuscrits littéraires édité. Si j’en crois les perles que j’ai relevées dans son roman « La Couleur des sentiments », il y a quand même de bonnes raisons pour que les éditeurs aient laissé cela à l’état de relique dans mon grenier déjà trop plein de vieilleries :

« Quand l’heure du crime sonne, le roi s’empourpre. C’est qu’il est indigné quand l’un dit « go » et que l’autre se désape. »

« Bien souvent, quand on est mis K.O., on va au tapis. Le tapis n’est pas vert mais par contre, parfois, l’œil est au beurre noir. Comme la raie du combat signifiée par l’arbistre. »

« Heureux celui qui voit la vie en rose s’il a fait faire la paix aux rouges qui affrontaient les blancs. »

« Il n’est jamais totalement hilare, celui qui rit jaune, sauf si c’est un Bouddha au restaurant chinois. »

IL 170529 Amaury-Duval autoportrait 1

« Difficile de rester impavide si tu commandes du rosé et que tu vois le barman mélanger du rouge et du blanc. »

« Par-delà la beauté de leurs pelages fauves, de leurs robes alezanes, leurs crinières tourdilles, si un cheval bai vient à déposer son crottin, on peut très bien être incommodé par cette odeur. Aucun parfumeur jamais ne baptisa un de ses produits « Écurie » ou « Fumier ». Ça se saurait ! »

« On peut rester interdit devant ce panneau : un trait rouge horizontal sur un fond circulaire blanc. Est-ce bien sensé, tout cela ? »

« La moutarde monte au nez de l’irascible dont la maison aux murs moutarde fut ornée cette nuit d’un tag noir anthracite. Pour un peu il en broierait. »

« Lorsque la rose est réséda, le croyant, incrédule, ne sait plus à quel saint se vouer. L’incroyant non plus ! »

« Les enfants joyeux s’élancent dans une danse capucine. »

« Libérée de l’obscurité elle met le nez dehors et voit le soleil se lever.
Libérée de l’obscurité elle met le nez dehors et voit le soleil se lever.
Libérée de l’obscurité elle met le nez dehors et voit le soleil se lever.
Libérée de l’obscurité elle met le nez dehors et voit le soleil se lever.
A la quatrième taupe, il était six heures du matin. »

IL 170529 Amaury-Duval Hyppolite Bayard et Bertall, coll« Quelquefois, on est à la noce. Et ce n’est pas forcément une mariée en blanc qui vous emmène au septième ciel. Cela vaut mieux, d’ailleurs, pour tout le monde : il n’y a plus que les homosexuel(le)s qui se marient aujourd’hui. Ça limite les occasions d’être à la noce. »

« Parfois Tartuffe battait sa coulpe : il lui serrait la haire chair avec une discipline aubergine. »

« De voir toutes ces vieilles photos, ça peut vous foutre le bourdon. Surtout si vous avez vécu à l’époque où la vie était en noir et blanc et si vous avez des souvenirs sépia. »

« On peut avoir le cœur au bord des lèvres et conclure par le dépôt d’une gerbe au monument aux ors mais il faut avoir sacrément forcé sur le curaçao pour que le vomi soit turquoise. »

« Elle était attendrie par mes côtés fleur bleue : lui offrir un bouquet de violettes la faisait fondre. Quand elle n’était plus qu’une flaque j’avais les nerfs en pelote. Je l’ai quittée, ce glaçon. »

« Bienheureux les pauvres en esprit ! Ils peuvent désormais se façonner un savoir dans l’argile écru de Wikipedia et se fabriquer une culture incolore en regardant Youtube dans le blanc des yeux ! »

IL 170529 Amaury-Duval photo« Les gars qu’on asticote, ils prennent la mouche, ils en font tout un fromage. C’était juste une blague, même pas amarante, certes, mais qui ne justifie pas ces expressions de douleur soufre, d’orgueil enflammé, d’ascension de grands alezans. »

« On peut errer comme une âme en peine dans un purgatoire blafard ou glauque, surtout si c’est un labyrinthe zinzolin. Rappelons-le : le zinzolin s’obtient à partir de la graine de sésame. »

« Cette jolie jeune fille en robe champagne, sa seule contemplation l’avait mis d’humeur pétillante. Il avait même réussi à troquer sa mine de papier mâché contre une teinte assez bulle. »

« Monsieur le curé était décontenancé par la couleur du vélo que ses paroissiens venaient de lui offrir : cyclamen ! »

IL 170529 Amaury-Duval naissance de Vénus« Quand le FC Nantes perd 5 à 0 contre les Rouge et Noir (Rennes) le canari est d’une humeur massacrante. Et pourtant c’est lui, le massacré ! »

« Si vous êtes débordé, déprimé, que le travail vous rend chèvre, mettez-vous au vert. Allez en élever dans le Larzac ! »

« Quand elle est d’humeur folâtre, elle s’habille en rose saumon ; quand elle est d’humeur saumâtre, elle s’habille en bleu Folon. »

« J’étais désorienté : elle avait des yeux verts en amande, des petites fesses grosses comme des noisettes et elle était partie d’un fou-rire gigantesque lorsque, me voyant nu comme un ver elle avait trouvé mes noix acajou. Alors qu’elles n’étaient qu’auburn. Est-ce que je me mêlais des couleurs de son abricot, moi ? »

6 juin 2017

Débordement / Jean-Paul

Une rivière en avait marre de vivre sous les ponts, de refléter le soleil puis la lune et quelques pêcheurs à la ligne. Elle décida de sortir de son lit. Il était temps, elle approchait les 50 berges !

Par bonheur pour elle, les hommes avaient inventé le réchauffement climatérotique. Tout le temps était tout le temps détraqué et un jour, deux jours, trois jours durant, il se mit à pleuvoir du pont. Du pont des Arts, pour être précis, il plut des cadenas et des rambardes.

Quand toutes ces amours ou preuves d’amour furent tombées dans l’eau pour y rejoindre les clés des cadenas et les amours de Guillaume Apollinaire, la Seine, car c’était elle, déborda de reconnaissance :

- Ah merci, merci, Pont des arts, Averse et Pluie de cadenas ! Depuis le temps que j’étais serrée dans ce lit ! Je ne pouvais même pas étendre mes bras ni sentir le sang affluer à mes joues ni même jouer à l’habile beau quai ! De quoi perdre la boule !

AEV 1617-29 zouave 8678937

Et la Seine d’envahir Paris, de se répandre en bavardages dans ce nouvel entourage, d’aller rire au nez et à la barbe du zouave du pont de l’Alma, de mettre la main, comme une sœur, dans sa culotte, de se moquer de sa chéchia.

- Fichez le camp sur le champ ! » ordonna la statue du militaire.

Ça tombait bien, le Champ de Mars n’était pas loin. Elle s’ébattit gaiement sur ce nouvel espace mais soudain elle entendit une grosse voix qui lui disait :

- C’est ça ! C’est ça ! Entrez dans mon cabinet sans rendez-vous ! Allongez-vous sur la canopée, pendant que vous y êtes !

- Oh je ne monterai jamais jusque là-haut, répondit la graine d’évaporée. Car il est dit dans le « Livre sacré des fleuves et des rivières » que l’histoire du patriarche de la Noë est une légende lutécienne non vérifiée. Mais qui êtes-vous donc, Monsieur ?

- E.I. Felturm, psychanalyste. Qu’est-ce qui vous amène ? Vous avez de la chance, je le suis aujourd’hui. Amène.

- Eh bien voyez-vous j’avais comme qui dirait une petite envie de m’épancher et j’ai trouvé une fenêtre de « j’me tire ».

- Allongez le pognon et vos fesses sur le champ et racontez-moi vos débuts dans la profession. Remontez bien à la source, surtout !

AEV 161729 4626- Eh bien voilà, Docteur Felturm, c’est assez oedipien comme comportement et somme toute naturel pour un fleuve : j’ai toujours eu envie de voir la mer ! Alors je me suis nourri de ce rêve, de l’eau qui tombait des nuages, j’ai grossi, j’ai tracé mon chemin, j’ai fait les quatre cents coups dans le calcaire, j’ai suivi ma voie, j’ai coulé des jours heureux, j’ai passé l’été en pente douce, puis j’ai décliné…

Il s’ensuivit tout un flot de paroles plaintives, une dégoulinade de souvenirs en cascade, d’épanchements de Seino-vie que le psychanalyste écouta impassible. Ou plutôt il entendit tout ce roman-fleuve comme un clapotis de potins, des bruits de vagues et de ragots de virago, une remémoration de murmures sous ramure qui l’endormirent presque. Il se demanda si la cliente ne lui montait pas un bateau-mouche tant elle versait de larmes sur son sort de voyageuse énurétique en perpétuel transit avec des aspirations au voyage vers le large à la longue étouffées sur les bords. Quand elle eut vidé suffisamment son sac il l’arrêta et lui dit :

- Rentrez chez vous, remettez-vous au lit et laissez faire les choses. Ne traitez que le courant. Vous allez la voir bientôt, la mer. Vous allez le trouver, votre havre de paix. Si vous êtes pressée, vous n’aurez qu’à regarder le film homonyme d’Aki Kaurismaki en DVD. Ou alors en streaming.

- Merci beaucoup, Docteur Felturm. Je vous dois combien ?

- Il est d’usage qu’on me paie beaucoup et en liquide mais pour vous ce sera gratuit. D’habitude on me casse les pieds avec de vieilles histoires mais vous, vous me les avez lavés avec des rêves d’avenir. J’ai juste une chose à vous demander.

- Oui ?

- Vous avez une voix de crécelle un peu énervante. Aussi, quand arriverez aux Andelys…

- Oui ?

- Bouclez-la !

P.S. Cette histoire d’inondation de Paris était totalement imaginaire mais il est tout à fait possible – vous m’en verriez alors ravi - que certaines et certains d’entre vous l’aient… crue !

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Pour voir d'autres images de la Seine en crue, c'est ici.

6 juin 2017

Une semaine de vacances / Jean-Paul

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Deux oreillers s’aimaient d’amour tendre jusqu’à ce qu’un polochon vienne troubler la paix du ménage. Leur brouille naquit sur un tissu de mensonges, vous allez comprendre pourquoi très vite quand je vous aurai dit que cela se passe en juillet dans la maison de vacances de Roméo et Juliette.

Appelons comme ça ces deux quadragénaires. Ils travaillent tous les deux, ils sont cadres moyens, ils ont deux enfants et depuis qu’ils ont acheté cette résidence secondaire sur la Côte d’émeraude, ils viennent y passer tous les week-ends. Tout au long de la semaine, les deux oreillers brodés de leurs initiales, que nous nommerons R et J, ont la paix vu que Roméo et Juliette retournent bosser ensuite à Rennes.

Quand il n’y a pas d’humains dans la pièce les oreillers s’envoient en l’air. Le plumard, c’est le meilleur moyen qui existe pour ne jamais se plumer. Il faut voir comme ils n’arrêtent pas ! Quand Roméo et Juliette sont là, R et J vivent plus calmement. A tête reposée. Ils ne sont pas mécontents du tout de leurs propriétaires qui lisent beaucoup au lit. Par-dessus leurs épaules R et J ont ainsi des nouvelles des mondes imaginaires qui peuplent les romans.

Mais voilà : la maison a coûté cher et c’est la crise. Afin de rembourser leur emprunt Roméo et Juliette la mettent en location en juillet-août. Et on y est.

Voici donc la famille Tuyaudepoêle-Recomposé qui débarque. Il y a Monsieur Tuyaudepoêle avec ses trois garçons d’un premier lit, Madame Recomposé avec ses deux filles d’un premier canapé-lit et le petit dernier, Chevalier-Braillard Tuyaudepoêle-Recomposé qui est là pour sceller la nouvelle union.

Dans la famille Tuyaudepoêle, les enfants sont rois. Les trois frères, Georges, Jacques et William ont réclamé de dormir dans la chambre de Roméo et Juliette et l’ont obtenu, jurant qu’ils roupilleraient mieux là, bien sagement, le soir, épuisés qu’ils seraient par les jeux de plage et les bains de mer. Ils ont amené un grand traversin trouvé dans les placards et du coup on a mis R et J dans des coffres. Séparés, les coffres.

A l’intérieur du premier, R a vécu une semaine de promiscuité avec une couette en plume d’autruche. Dans le second J. a côtoyé de manière très proche un édredon et un coussin de bergère en forme de cœur.

De quoi était constitué le tissu de mensonges dont nous parlions au début ? C’est très simple : tous les soirs les garçons Tuyaudepoêle et les filles Recomposé se sont adonnés à d’homériques batailles de polochons. Ces parents modernes, avec leurs lubies de bains de minuit, de tour au casino, de restaurant en amoureux ou de promenade au clair de Lune de Chevalier Braillard dans sa poussette, c’est permissif à un point qu’on n’imagine pas !

Mais bon, la semaine est finie, ils sont retournés chez eux et Roméo et Juliette sont revenus mettre la maison en état pour la location suivante.

Mais pour R et J, ça n’est plus pareil.

Maintenant que les propriétaires sont repartis, chacun des oreillers se taie. Non, pardon, se tait.

J rêve d’un retour de la famille foldingue. Afin de retrouver ses compagnons de partouze.

R espère que le pavillon sera loué tout l’été à d’autres tribus du même type. Pour la même raison.

Il faudra que je demande à mon psychanalyste pourquoi les monte-en-l’air, inconsciemment, rêvent toujours de se faire coffrer. Il sait peut-être, lui !

30 mai 2015

Ganimède alors : un récit de Camille Cinq-Sens / Jean-Paul

La dernière fois qu’Isaure Chassériau a rendu visite à son oncle Camille Cinq-Sens, elle a eu droit à un règlement de conte en bonne et due forme. A force de fréquenter des artistes dans son café du Vieux Saint-Etienne, rue de Dinan, à Rennes, voilà que l’oncle Camille s’est mis en tête de devenir « conteur énervé » :

- Pour commencer ils ont supprimé l'option apprentissage du latin et du grec dans les collèges. Certains d'entre eux ont justifié la mesure en disant que c'était là un refuge pour les élites. Ils ont condamné l'entre-soi mais ne vivent-ils pas tous entre eux ? Les ministres n'épousent-ils pas des journalistes, les footballeurs des mannequins, les philosophes des actrices ?

Et puis après la destruction de Palmyre, ils n'ont pas voulu être en reste. Ils en ont remis une couche sur la sécurité : ils ont interdit les religions polythéistes. Ca n'avait absolument rien à voir avec le sujet mais c'est quand même comme ça qu'on s'est retrouvé tous au bloc, Hermès, Zeus, Héphaïstos, Vénus, Athéna et les autres.

Je ne sais pas comment on s'est fait piéger ni ce qu'on trafiquait dans la bibliothèque de l'Université de Rennes 2 mais quand l'alarme incendie s'est déclenchée tous les étudiants sont sortis et nous pas. Les pompiers qui sont entrés n'étaient pas de vrais pompiers. On n'y a vu que du feu. Ils ont lancé des fumigènes, se sont couvert le nez de masques, ont fait éclater des capsules spéciales. C'est incroyable comme ça gaze à l'Université de Haute-Bretagne depuis qu'ils ont refusé la fusion avec leur voisine de Rennes 1 ! Ils doivent avoir une UFR d'Info-com’ particulièrement soporifique parce que pour être endormis on a été bien endormis, enfumés, enchaînés puis enchristés.

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Car depuis on croupit à la prison Jacques Cartier. Personne n'en sait rien parce que ça fait plus de deux ans que la prison est vide. Ils ne savent pas ce qu'ils vont faire du bâtiment. Moi je peux vous dire à quoi il sert en attendant : c'est devenu le Guantanamo des dieux en voie d'oubli ! La prison Jacques Cartier de Haute Sécurité !

- Comprenez-moi, les gars, les filles, a dit le directeur de la taule. Les mômes d'aujourd'hui n'ont plus rien dans le citron. Avec ce qu'ils gurgitent sur Ternette ils ne savent plus aligner un sujet, un verbe et un complément. Alors du coup ils alignent les profs dès qu'ils leur causent histoire des religions ou éducation civique. Ils le traitent de raciste comme font le jazz et la java dans la chanson de Nougaro.
Vous, messieurs-dames, vous avez fait votre temps ! Ca fait plus de 2000 ans que vous enquiquinez le monde avec vos coucheries, vos fâcheries, vos numéros de magie, vos oripeaux fripés, votre mythologie et vos mites au logis.
En plus, comme dirait Janus, vous nous compliquez l'existence avec vos prénoms bilangues même pas classes : Vulcain-Héphaïstos, Zeus-Jupiter, Junon-Héra, Kama-Soutra, Mercure O'Chrome... Comment voulez-vous que les mômes s'y retrouvent là-dedans. Ils y perdent leur latin dans vos « monsieur et madame ont un fils » !
Et puis des dieux qui se transforment en taureau, en cygne ou en pluie d'or pour séduire des gonzesses, ça fait quand même un peu grosse tache à l'heure du mariage pour tous, non ? Pas un seul d'entre vous qui aille se faire voir chez les Grecs alors que vous en venez de chez la belle Hellène, c'est pas un drachme mais avouez que c'est limite homophobe, votre discours religieux, non ?

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Alors je suis sympa. Je laisse les portes des cellules ouvertes, vous vous baladez comme vous voulez dans la prison, mais pas de tentative d'évasion s'il vous plaît, OK ? De toute façon tout est hyper sécurisé ici."

On n'a rien entravé à son charabia.

Là-dessus le temps a passé. Supers-pouvoirs ou pas, Dieux de l'Olympe ou pas, il faut reconnaître que les mecs sont balèzes. Plus rien ne marche pour nous : Zeus ne commande plus à la foudre, l'enclume de Vulcain pèse juste le poids d'un édredon, Héra périclite et Vénus ne monte plus.

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Il n'y a plus que Neptune qui nous fait rire encore un peu de temps en temps. A la dernière visite médicale la doctoresse, Madame Trépas, lui a trouvé un profil d'étape des Pyrénées dans le tour de France au niveau de ses gamma-globules Marilyne ou de ses lipides amniotiques, on ne comprend rien ni à leur vocabulaire ni à leur écriture à ces Esculapes de seconde zone !

- Qu'est-ce que vous voulez que ça me fasse, Madame le Major ? qu'il a répondu. Vous ne croyez tout de même pas qu'on a le même sang de navet que vous autres les humains, Palsambleu ? On n’est pas de la même veine !

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Eh bien, colère ou pas, il a quand même eu droit à une deuxième prise de sang de contrôle qui n'a absolument rien donné par rapport aux critères des hominidés qui n’ont pas idée de ce que nous sommes ! Et là, gag : toute sa chimie est plus que normale, dans la fourchette prévue, pile-poil au milieu même !
C’est quand même bien bizarre, je vous l’accorde, qu’un sous l’eau comme ça ne développe même pas le début d’un embryon de cirrhose de la foi. Sans compter qu'avec sa fourche il se goinfre comme pas deux de choucroute de la mer et mange plutôt comme quatre. C'est normal : quand nous on a la dent, lui il a le trident ! La toubibe était drôlement vexée. Du coup elle lui a prescrit une analyse d’urine.

- Ah non, pas Wagner ! L'analyse du Ring, Wotan en emporte le vent ! Autant relire « Les Chevaliers de Königsfeld » et tourner en rond sur le circuit du Nürbürgring avec Michel Vaillant !
- Je ne vous parle pas d'analyse du Ring, je vous dis que nous allons analyser-vos urines de 24 heures.
- Dûment ?
- Je vous fais une ordonnance. Vous retournerez à l'infirmerie voir Mme Lapis-Couse.

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Le temps a passé. Neptune s'est occupé de sa quatre-chevaux dans l'écurie de la prison, à côté de l'endroit où Héphaïstos chantait avec Orphée la chanson des « Filles des forges », un tube local en acier.
Et puis le doute s'est insinué dans son peu de cervelle. A force de vivre sous la flotte, ses neurones prennent l'eau et le doute s'insinue parfois sous son crâne.

Il s’est dit qu’il n'avait jamais fait d'analyse d'urine de sa vie et qu’il aimerait bien savoir finalement comment ça marchait ce truc la, si ça ne débouchait pas sur une séance de touche-pipi avec Mme Lapis-Couse qui lui avait semblé jeune, jolie et désirable. Dans le « Dictionnaire des histoires drôles » d'Hervé Nègre qu'il avait dégoté à la Bibliothèque de la prison il avait lu des histoires de banque du sperme qui l’avaient bien fait marrer. Pourquoi ne pas se prêter au jeu de la médecine humaine ? Cela pouvait s'avérer drôle finalement, comme expérience !

Alors le mois suivant, parce que du temps avait passé et que les dieux ont tout le leur, il a poussé la porte de l'infirmerie. Mme Lapis-Couse était au téléphone. Il a attendu patiemment, regardant la décoration murale le à base de toiles mi Picassiettesques, mi Pop-Artistiques mi Andywarholiennes.
A un moment donné, Mme Lapis à raccroché le bigophone.

- Bonjour. Vous aviez rendez-vous ?
- Je ne crois pas. C'est le docteur Trépas qui me renvoie vers vous pour une spécialité maison.
- Donnez-moi votre ordonnance et votre carte Vitale.
- L'ordonnance je l'ai, mais la carte Vitale, nous autres, dieux immortels, on en a pas besoin.
- Vous avez votre flacon?
- Un flacon ? C’est un peu amphore de café, le docteur ne m’a pas parlé de ça ?
- Je vois, a fait Madame Lapis-Couse visiblement excédée. L'objectif est de collecter vos urines pendant 24 heures. Je vous donne ce bidon de deux litres cinq. Un jour où vous restez chez vous…
- On ne peut pas sortir d'ici, Madame, c’est une prison. On est comme les verres de Saint-Etienne ou de Saint-Gobain, on est consignés.
- …Vous allez faire pipi dedans. Les urines du matin au réveil du premier jour ne comptent pas, vous les jetez. Les suivantes vous les lovez là-dedans.
- Ah oui ! Pisse and love, je connais, c’est mon trident mais à l’envers dans un rond.

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- Je ne comprends rien à ce que vous dites. Si le bidon ne suffit pas vous mettrez le surplus dans une bouteille en plastique.
- Formidable, a dit Neptune. Je commence demain et je reviens vous voir quand le bidon est plein.

Poséidon - c'était là son pseudo quand il coinçait la bulle entre deux vagues à l’âme et surfait sur le net - rentra chez lui et posa le bidon à côté de sa gamelle.

Il laissa passer un autre mois. Ca n'était pas aussi excitant que cela, finalement. Et puis quand même un jour il se dit que c'était peut-être au moment de l'analyse qu'il se passerait des choses avec la jolie infirmière.
Alors ce dimanche-là, précautionneusement, il pissa dans le bidon comme si c'était dans un violon, avec âme. Bien qu'il eût bu du café et quantité de vin au banquet du midi il ne remplit guère qu'un petit demi-litre.

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Quand il se présenta à l'infirmerie le lendemain à 8h00 il eut peur de paraître ridicule, genre le mec qui joue petit bras ou qui a la prébende un peu plus que molletière.
Mme Lapis-Couse lui fit juste remarquer qu'il n'avait pas rempli… les données nominatives sur l'étiquette du bidon.
Il le fit, mettant juste des croix là où l'on demandait la date de naissance.

- Vous avez commencé à uriner à quelle heure ?
- Je ne sais pas… A neuf heures ?
- Alors je ne peux pas les prendre. Il faudra compléter et revenir me les donner à 9h00.
- Mais attendez ! C’est que je vais au boulot, moi, et puis j'ai plus envie !
- On vous avait dit les urines de 24 heures ! 24 heures c’est 24 heures ! Je vais devoir noter que les conditions du test n'ont pas été remplies convenablement !
- Si vous voulez ! Je m'en fiche un peu du reste : je ne sais pas ce qu'elle cherche la médecine-woman ! Moi ce que je sais c’est que je ne suis jamais malade. On a tous une santé du tonnerre de Zeus et on a en permanence une forme olympique.
- Les résultats… vous passerez les prendre ou on vous les envoie ?
- Je passerai les prendre. J’adore avoir rendez-vous avec vous !
- Ils seront prêts demain soir. Tenez voilà le ticket pour venir les retirer.

Il le mit dans la poche intérieure de sa toge. Il attendit la suite mais rien d'autre ne vint.

- C'est bon vous pouvez partir. Vous attendez quoi ?
- Vous ne regardez pas mon pipi ?
- Non, on va l'envoyer au labo.
- C'est tout alors ?
- Oui c'est tout. Bonne journée !

Neptune est sorti un chouïa déçu et frustré.
Le temps a encore passé.
Il n'est jamais allé chercher les résultats.

V’là l’boute, ma chère Isaure. »

Isaure Chassériau a regardé son oncle Camille Cinq-Sens avec des yeux en billes de loto.
Quand il racontait ce genre d'histoire mi-iatrophobe mi-y’a trop bu elle se demandait toujours si c'était du lard ou bien du cochon.

14 mars 2017

J'IRAI VOTER QUAND MÊME !

Mais que font les ligues de vertu ?

Nous sommes là pour voir sortir de nos rangs le meilleur d’entre nous.

Nous lui accorderons, afin qu’il crée du lien, le grand sisal de la confiance qui tisse l’harmonie entre les citoyens et ouvre le chemin d’un avenir meilleur.

Nous lui signerons un visa de cinq ans pour qu’il gouverne le bateau et nous sorte des eaux troubles de la crise. Nous sommes sympathiques, nous. Et que se passe-t-il ?

Au fur et à mesure que nous écoutons les médias nous découvrons que dans l’arène où plus d’un homme d’honneur jadis boxa, là-même où l’on condamnait unanimement les retournements de veste, nous avons droit désormais à de la distribution de costumes, au remboursement, à l’aide de la cagnotte de l’Etat, de l’argent de poche des enfants de députés et nous sommes confrontés à une complexité quasi nodale en guise de manquement à la parole : un gordien vaut mieux que deux tu l’auras ! Bref, sous cette avalanche de nouvelles incroyables, devant ce spécialiste du ski hors-piste, nous restons cois. Sans doute parce que trop, c’est trop, Cadéro !

 

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On voudrait nous soûler au punch qu’on ne parviendrait pas au dixième de ce résultat-là. Le punch de l’actualité nous envoie valser au pied de la haie, groggys, désemparés, ne sachant plus où nous créchons.

Car de l’autre côté, la situation n’est pas plus gaie. Il va falloir que je relise le règlement de la primaire afin de comprendre pourquoi personne ne se tient à ce qu’il a promis. Tous ces partis qui explosent, ces girouettes qui volent dans tous les sens et tou(te)s les pata-quès, je suis désolé de l’écrire mais… les couilles m’en tombent !

Bien sûr je les ramasse, parce que je sais qu’en Bretagne tout peut toujours resservir.

Qu’en penses-tu, toi, Louisa ? Et que prépares-tu dans le fond du garage ? Comment ? Mais c’est mon matériel pour pêcher à la ligne ?

Non, non, soyons sérieux ! Disons que je n’ai rien dit. Laissons les poissons tranquilles. Le gars à qui on offre des costumes, ce sera bien quand même s’il se ramasse une veste… gratos !

7 novembre 2017

Bardamu et Lanervure / Jean-Paul

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C’est l’histoire de deux mecs. Je sais, chères amies du mardi, ce n’est pas idéal pour faire rêver, un incipit pareil !

Les deux mecs, le délabré et le baladin, quand le videur les amène dans le rond de lumière, on voit bien qu’ils n’ont pas bu que de l’eau minérale !

Le premier s’appelle Bardamu. Il a une tête de bedeau livide, pâle d’avoir dansé le laridé jusqu’à épuisement. Il a l’air de ruminer sa vengeance car quelqu’un lui a délivré un méchant gnon et il saigne de la lèvre.

Au fest-noz par ici, avec ou sans sosie d’Assurancetourix, ça barde ! Le nervi ne badine pas avec le blaireau, surtout s’il est aviné et taquin. Ici, sans vouloir médire, on cogne assez facilement sur le blair du débile en bermuda mauve !

Le deuxième s’appelle Merlin Lanervure. C’est autre chose comme vermine ! Un mineur de seize ou dix-sept ans, une espèce d’Aladin qui se fait reluire à la moindre occasion, un petit branleur, quoi ! On ne se lasserait pas d’admirer son œil bleu et gaulois, sa livrée idéale d’amiral en goguette, son air madré de type imbu qui a déjà avalé plus d’une brimade et culbuté maintes ribaudes en buanderie. S’il n’était pas accompagné de l’autre endive à barbe folle, on l’imaginerait bien en chef de bande malin à la tête d’une armée de ramiers veules prêts à partir en live, à libérer du délire vil, viril et velu, à mouliner à vent et à coups de chaînes de vélo au moindre signal du jeune merle.

Mais pour l’heure le videur reste calme sous son luminaire. On ne sait lequel des deux buveurs est le plus abîmé, le plus barré. Bardamu est parti éliminer sa bière : il urine contre la rambarde du pont sur la Vilaine. Lanervure brame des balivernes aux étoiles comme quoi un navire enivré ne se sent plus bridé par les valeurs.

Bref c’est l’histoire de deux mecs qui terminent leur nuit débridée en virade au drame ordinaire. Rien d’exceptionnel à mettre dans l’album cette nuit. Et zut !

171026 Nikon 081

Le lendemain matin, à onze heures, Bardamu se sent comme enfermé dans une armure de plomb au réveil ! Il se lève, tire le rideau et la tronche. Une brume épaisse a envahi la ville. Pas moyen de trier le bon grain et l’ivraie. Ah la débine ! Il s’aperçoit qu’il a vomi sur la moquette vert amande de la chambre.

Merlin Lanervure pionce encore parmi ses livres et ses revues, le visage raviné et le sexe raide, en train de bander, au milieu de cette animalerie qu’est devenu leur gourbi.

Bardamu aimerait bien se libérer de l’emprise de Merlin. Ne ferait-il pas mieux de se barrer, d’aller se balader le long de la rivière, de mettre un terme à cette braderie sans rime ni raison de leurs jeunes années ? Après tout, n’est-il pas le mari d’une jeune femme, enceinte, un peu sotte, très bavarde, certes, mais qui pourrait dire, elle, où se trouvent le Mir laine et l’Alka-Seltzer ?

Bardamu et Lanervure…

Quelqu’un leur a jeté un sort à ces deux mecs. Ils sont les victimes d’un maléfice puissant.

Un peu comme Verlaine et Rimbaud, si vous voyez ce que je veux dire !

AEV 1718-07 Henri_Fantin-Latour_-_By_the_Table_-_Google_Art_Project

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L'Atelier d'écriture de Villejean
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