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L'Atelier d'écriture de Villejean
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28 février 2023

Théâtre magique / Laura

Mutabor : ce n’est pas très original mais je choisis d’être un oiseau pour voir le paysage comme d’un avion mais en mieux encore.

Kamasutra : apprendre à prendre et donner du plaisir avec mon genou sur lequel je ne peux m’appuyer… et mourir en jouissant : effrayant pour l’autre mais quel kif !

Voulez-vous atteindre la spiritualité ? Sagesse de l’Orient. J’y retrouverais mon cher Nerval qui me ferait notamment découvrir les terres des Druses et des Maronites.

Déclin de l'Occident. Prix réduit. Spectacle encore inégalé. Je ne tournerais pas dans un porno avec Houellebecq ; par contre, j’aimerais discuter avec Finkielkraut.

Le summum de l'art : la transformation du temps en espace dans la musique. J’y rencontrerais Kandinsky et Baudelaire pour évoquer la théorie des Correspondances.

Pleurer de rire : cabinet d'humour avec les sociétaires des Grosses têtes pour des blagues de cul, sexistes et politiquement incorrectes.
Comment construire sa personnalité : m’affirmer, me vendre.

Joignez vous à la joyeuse battue ! Grande chasse aux automobiles. Après les avoir descendus de leurs voitures, je les toiserais comme ils le font avec moi en piétonne.

Un loup dans le couloir d'un théâtre

Image fabriquée sur commande par Deep Dream Generator

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7 février 2023

Un Conte scatologique / Maryvonne

AEV 2223-19 Maryvonne - Les-aventures-du-tsar-fou_tartamudo

Dans le grand empire de Russie où la Reine était une Tsarine, les aristocrates étaient francophiles et parlaient la langue de Voltaire comme vous et moi, même souvent beaucoup mieux.

Des grands auteurs jusqu'à Mireille Mathieu, ils aimaient assister à des spectacles de lecture ou de chansons dans ce beau langage très châtié. Il ne leur serait pas venu à l'idée d'utiliser un mot vulgaire comme par exemple « la chiasse » en poésie.

Cependant un jour le Tsar réunit au palais une assemblée de ses serfs pour les récompenser d'une récolte de blé abondante.

Il avait écrit lui même une histoire pour se mettre à leur portée. Son récit se situait en province, au bord d'un étang. Les rives de celui-ci étaient malmenées par des ragondins qui creusent les digues et provoquent la fuite de l'eau. L'été avait été très chaud et les orages avaient raviné les abords. Avec l'évaporation, l'étang était presque vide.

C'est alors que, comme par magie, est apparu au fond un énorme poisson au ventre gris. Probablement une carpe, capable de nourrir à elle seule une cinquantaine de personnes.

La population du village en rêvait pour nourrir plusieurs familles. Mais qui avait le droit de pêcher cette carpe et à quel moment ?

Une femme bien maline confectionna un gros gâteau au sucre et invita ses voisins à la dégustation. Pendant ce temps elle dit à son mari de prendre son filet de pêche le plus solide et d'aller pêcher la carpe. Ce qu'il fît avec difficulté. Elle était tellement lourde qu'il ne pouvait la porter. Il traîna donc la bête dans son filet jusqu'à un baquet dans sa cave.

Quand tous les invités du gâteau furent partis, l’homme et la femme eurent bien envie de goûter un morceau de ce poisson magique. Elle était tellement délicieuse que toute la famille fit bombance.

Le lendemain tout le monde se demanda qui avait bien pu voler la carpe.

Certains restèrent muets : c'était déjà un premier indice. Mais la carpe traînée dans la poussière se trouva pleine de miasmes et de ce fait, toxique.

C'est alors que ceux qui avaient mangé le gâteau au sucre se trouvèrent constipés et ceux qui avaient mangé la carpe avaient la chiasse. La morale de cette histoire est que nous sommes souvent dénoncés par un « trou du cul ».

AEV 2223-19 Maryvonne - Tsar 2


Les mots à incorporer étaient :
Sucre et blé ; mot malin :Gâteau

Reine et Russie ; mot malin :Tsarine
Chaud et été ; mot malin : Orage
Roi et histoire ; mot malin : Conte
Gris et poisson ; mot malin : Carpe

6 décembre 2022

Pierrot et Colombine / Maryvonne

Groupe d'enfants redonnais déguisés en Pierrot

Ce soir c'est la fête de l'école. Nous on n’a rien demandé, c'est la maîtresse qui a décidé que nous serions déguisés en Pierrot et Colombine, sauf le chouchou qui est en Arlequin.

Avant la maîtresse a dit : « Ça va être notre thème du mois ».

Le thème ça veut dire que toutes nos activités tournent autour du même sujet. En géométrie on va parler du cercle, du demi-cercle qui finira en cône pour le chapeau. En habileté manuelle nous découperons des loups. En couture nous froncerons des jupettes pour les filles et des collerettes pour tout le monde. Comme le pantalon est plus compliqué à faire les mamans sont priées de le coudre elle-même. Voilà ! Les garçons sont toujours assistés ! Nous, les filles, « on n'a pas le cul sorti des ronces. » Surtout qu'avec nos jupettes courtes les ronces ça va piquer fort. Il reste à découper et coller les faux boutons . Enfin ! Des boutons en papier, on n'a jamais vu ça !

Voilà le petit Jean-Paul qui pleure : la maîtresse a dit à la maman de faire une culotte bouffante, il angoisse, elle va lui bouffer quoi sa culotte ? Déjà qu'il eu un mal fou à faire les pompons pour mettre sur ses chaussons, il en a marre !

Ensuite activité musicale. La chanson est débile :

« Au clair de la lune, mon ami Pierrot,
Prête moi ta plume pour écrire un mot 
Ma chandelle est morte je n'ai plus de feu... »

Alors à la récréation nous préférons chanter :

« Au clair de la lune j'ai pété dans l'eau,
Ça faisait des bulles c'était rigolo,
Ma grand-mère arrive avec des ciseaux,
Elle nous coupe les fesses en 3000 morceaux ».

Bon on ne va pas en faire un fromage. Ce soir c'est le grand soir. Marie-Annick demande :

- Tu crois qu'on va y arriver ?

- Il faut croire aux miracles. J'ai envie de faire pipi ! dit Anne-Françoise.

- Laisse tomber, y'a la queue aux toilettes, répond Marie-Thérèse, exprès, juste pour l'embêter.

Pour laisser tomber, ça tombe. Elle fait pipi sur la scène. Voilà c'est gagné, tout le côté gauche est humide, juste pour la photo forcément.

Marie-Annick a le chapeau qui glisse, l'élastique est trop lâche. A côté la petite Jeanne est impeccable, souriante, chapeau en place, jupette bien placée à la taille, trop mignonne. Son papa lui crie : « Avec un peu de chance, tu l'auras ton étoile sur Hollywood ! »

Mais qu'est-ce que c'est long d'attendre ? Ça n'en finit pas. Heureusement c'est demain les vacances de Noël.

29 novembre 2022

En attendant Eulalie. 7 / Anne J.

Ma tante Léonie parlait avec Françoise en attendant qu'arrive Eulalie. Elle lui disait :  «  Je viens de voir passer la mère Goupil sans parapluie, toute fière avec sa robe de soie, tu sais, celle qu'elle s'est fait faire à Châteaudun. Je ne sais pas où elle va mais si c'est loin, elle va se prendre une de ces sauces ! »

- Ça se peut, disait Françoise qui ne voulait pas se mouiller et n'en pensait pas moins.

orage- Tiens, disait ma tante en se frappant le front, je me demande bien à quelle heure elle est arrivée à l'église, je vais le demander à Eulalie. Françoise, regarde le ciel, pas besoin de consulter la météo, avec ce nuage noir et ce soleil bizarre, c'est sûr, on va avoir la flotte ! Je m'disais aussi, fais trop chaud, c'est pas normal, un p'tit orage ça va faire du bien, on s'en fout des belles fringues de la mère Goupil !

- Ouais, ouais !

- En plus y a rien pour s'abriter. Oh zut il est déjà 3 heures, j'ai oublié mon médoc, je comprends maintenant pourquoi ça pèse là dedans !

Elle se précipita sur son livre de messe, un truc chic en velours violet et or et laissa tomber des images pieuses bordées de dentelles qui lui servaient de marque-pages. Elle avala sa dope en pensant que ça ne marcherait pas. Ça lui prenait la tête, les médocs, l'heure et la lecture de son missel. Trois heures déjà, c'est incroyable !

missel s-l1600

Plic ploc, ça commence à tomber, on dirait, ben oui, vlà qu'il pleut vraiment et ben ça douille ! Il pleut comme vache qui pisse ! Ça c'est une bonne douche, pardi !

- Eh bien Françoise, allez y, j'ai entendu la sonnette du jardin ! Allez voir qui peut être dehors par un temps pareil !

- C'est Madame Amédée qui a dit qu'elle allait faire un tour. Mais qu'est ce qui tombe !

- Bah ça ne m'étonne pas, dit ma tante en levant les yeux au ciel, j'ai toujours dit qu'elle était un peu fada ! Si ça l'amuse ! Moi je reste au chaud !

- Mme Amédée, elle s'en fiche des autres, dit Françoise doucement. En fait elle pensait sans le dire que ma grand mère était zinzin et elle n'était pas la seule.

- L'office est fini, c'est foutu, elle ne viendra pas, soupirait ma tante. Froussarde ! Tout ça pour un peu de pluie !

- Mais il n'est pas 5 heures ! Juste quatre heures et demie !

- C’est tout ? On n'y voit goutte à 16 h 30 à la fin mai ! Va falloir allumer, à c’t’heure ! Ah ma pauvre Françoise, le Bon Dieu doit être bien en colère ! Faut dire aussi avec la bombe atomique, Marine Le Pen, l'homme qui marche sur la lune et le monde des métavers ! Si mon pauvre Octave voyait çà ! Tout fout le camp ! Et le bon Dieu, il se venge !

22 novembre 2022

Il pleut / Anne J.

44 5

Palsambleu !
Mais on dirait qu il pleut !
Quel malin !
J'ai oublié mon pépin !
Je serais plus vernie
A l’abri sous mon parapluie.

Tu l’as vu, le gavroche,
Avec ses mains dans les poches ?
A patauger dans les flaques
Il va prendre une punition.
C’est toujours la même chanson !

On explore l’univers
Mais c’est sous une porte cochère
Qu’on se met à l’abri
Pour échapper à la pluie.

Rien n’a changé
Me dit Pépé , pensif.
La pluie , ça mouille les tifs !


Un bonnet à pompon,
Un bon ciré, une paire de bottes
Pour protéger ma culotte,
Voilà ma recommandation .

Et on s’en moque du temps pluvieux
En 1961 ou en 2022
C’est bon pour la planète bleue
Et ça nous rend heureux !

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8 novembre 2022

Le Chiffre des choses / Jean-Paul

AEV 2223-08 Jean-Paul - Louis XVI serrurier

- Être assis sur des nuages et chanter les psaumes est une manière de passer le temps qui ne me convient pas du tout ! déclare Louis XVI au docteur Petiot en limant une énième clé. Et pourtant je ne suis pas aussi mélophobe qu’Augustin Dieu le tenancier de cet hôtel dans lequel nous nous trouvons !

- Un hôtel rue de Paradis, ça commence à peser lourd au Monopoly ! C’est pas la rue de la Paix éternelle mais presque !

- A rapporter gros peut-être mais je suis fâché avec les chiffres. Je n'ai pas encore bien perçu les fondements économiques de cette entreprise.

- C'est relativement simple pourtant, Majesté. Vous êtes logé ici mais pas nourri. Ne sont rentrés ici que des gens à mens sana et corpore sano, sans tuyaux, sans boyaux !

- Le village comprend 1275 âmes comme dans le numéro 1000 de la Série noire ?

- Tout à fait et une âme ça ne mange pas de saucisse, ça ne descend pas de Nuits-Saint-Georges ! Ça flotte dans l’éther. Personne ne s'engueule ici à cause du gluten dans la pâtisserie, de la souffrance animale dans le lapin aux pruneaux ou because les poulets élevés en batterie dans les commissariats. Finies les batailles de petits pois à la cantine, les compliments au chef dans les restos étoilés. On n'est plus foutus : on ne mange plus!

- C'est fou comme on a oublié tout ça très vite. Dire que certains en bas pensaient qu'il fallait vivre pour manger plutôt que manger pour vivre ! C'est ça la joie de l'immortalité ou de la mortalité ! T’y bouffes, t’y bouffe pas, t’y crève pas quand même ! C'est quoi le chiffre de cette chose ? 4 ? On disait bien bouffer comme quatre ? En fait vous me dites, Petiot, qu'on ne leur coûte rien ?

- Réfléchissez, Seize ! Les anges n'ont pas de sexe et vous non plus depuis que vous êtes ici. Il n'y a pas de système monétaire ni de boutiques de fringues ou de joaillerie. Tout le monde se promène vêtu d'une soutane blanche ornée de deux ailes dans le dos. Votre épouse ne vous réclame plus une tiare en diamants en arguant que ça vous évitera de lui acheter un chapeau !

- Mauvais exemple, Petiot ! Mon épouse n’est pas là, elle brûle en enfer. Je ne crois pas qu'elle ait mérité ça d’ailleurs, même si elle a déclaré un jour avoir été créé par Dieu sans qu'on lui demande son consentement !

- Peut-être qu'ils ne rigolent pas avec l'infidélité dans la religion ? "La complainte des infidèles" de Mouloudji, personne ne chante ça à la chorale. Les chaînes du mariage sont si lourdes qu'il faut être deux pour les porter. Trois parfois même !

- Ça n'était pas un problème pour moi. Je n'étais pas très porté sur la chose et très tolérant. Mais vous, Petiot, pourquoi n'y êtes-vous pas en enfer ? Avec ce que vous avez fait de votre vivant, vous méritiez bien cette distinction-là, non ?

- C'est comme dans l'armée où ils ont droit à 7% de pertes, Majesté. Je fais partie du PEO !

- Plan d'épargne en actions ?

- Pourcentage d'erreur admis ! Je n'aime pas l'idée d'avoir à choisir entre le ciel et l'enfer de toute façon. J'ai des amis dans les deux !

- C'est pour ça que vous voulez sortir d'ici ? Pour aller les retrouver ?

AEV 2223-08 Consigne - Photo de Gilbert garcin pour le jeu de Filigrane n° 82

- Tout juste, Auguste ! Enfin tout juste, votre Auguste Majesté. Et puis parce que je ne supporte pas d'être enfermé, comptabilisé, fiché, estampillé, surveillé...

- Allons, vous êtes dur avec Saint Pierre ! Il a des côtés sympathiques !

- Attendez… Vous avez vu la photo de lui épinglé sur la porte de son bureau ? Un type glabre, tout habillé de noir, l'air sévère d'un prof de maths de 5e A... Et tout cet amoncellement de pierres numérotées ? Un technocrate du ministère de l'économie, oui !

- Vous êtes jaloux parce que vous n'avez pas fait autant de victimes que lui, je crois !

- Ce ne sont pas des victimes. Ils sont morts de leur belle mort. Simplement ils n'avaient plus l'âge de mourir jeune. Et puis c'est de la frime, cette photo-trophée. S'il y avait eu réellement 704132 personnes à entrer au Paradis en une seule année, depuis le temps on serait serré comme des sardines en boîte ici !

- Tiens ça me rappelle une blague qu'on m'a racontée hier. C'est Rimbaud et Sarah Bernhardt qui vont au cinéma. Qu'est-ce que ça fait ?

- Je donne ma langue à toutes ces veuves qui ne se consolent pas d'avoir perdu leur chat !

- Ça fait deux allumés qui boitent de conserve !

- Très drôle, Sire !

- De toute façon pour la photo vous vous trompez. Ce sont sans doute les chiffres des admissions au Purgatoire. Nous ici nous sommes la crème. Le Paradis est un hôtel select. On n’y admet que des célébrités.

- Oui mais c'est ça qui est très rasoir aussi. L’éternité c'est long, surtout vers la fin, et encore plus sur France culture !

- Vous exagérez, Petiot ! Tous les après-midis on joue aux Grosses Têtes dans le fumoir ! Ça ne vole pas aussi haut que vous le dites. En tout cas depuis que Dieu est redescendu sur terre pour prendre des vacances ça rigole bien plus ! Le dernier arrivage de partitions musicales en date de 1937 est croquignolet en diable si je puis dire ! Il y a des perles là-dedans ! J'aime beaucoup «Elle nettoyit sa petite chemisette » !

AEV 2223-08 Jean-Paul - ascenseur

- Il n'empêche que j'aimerais bien savoir où se trouve ce putain d'ascenseur qu'Augustin a emprunté pour descendre et par lequel est arrivé l'autre jour la reine d'Angleterre !

- C'est quand même fou cette histoire. On a refabriqué toutes les clés possibles et imaginables. On en a même fait une pour le champ de tir à la catapulte. On va se retrouver avec un rossignol qui peut ouvrir toutes les portes du monde...

- Sauf qu'on vit dans un pays où il n'y a plus de portes !

- Peut-être même qu'on travaille pour des prunes! Si on le trouve, cet ascenseur, au lieu d'une serrure il y aura un digicode à l'entrée et on ne connaîtra pas le chiffre de la chose !

- En attendant on va aller la piquer, la photo de Saint-Pierre. Si c'est comme dans « La Lettre volée » d'Edgar Poe, le bon numéro est peut-être inscrit dessus !

4 octobre 2022

Le Facteur / Anne-Françoise

2223-04 Facteur colorisé devant graff oiseau

Y’a d’la rumba dans l’air, la casquette de travers
L’instantané spontané, être là en simplicité

Factures et formulaires, sacoche en bandoulière
Et un petit courrier qui donn’ bien des idées

En baie d’Somme un séjour, une aventure, un amour
L’esprit du préposé s’met à vite galoper

Il s’imagine au grand air avec au loin la mer
Tenir la main d’une belle, l’enlacer au naturel

Vivre un amour passionné, voir la magie opérer
Tout c’qu’il a pu rêver, oui, va se concrétiser

Il plane, il s’envoie en l’air, le joyeux fonctionnaire
Un sourire à l’idée de c’bonheur profiter

La rue d’la liberté, l’ami des PTT
Au milieu d’sa tournée, s’est bien loin envolé !

***

2223-04 Consigne Facteur filigrane kaléidoscopeA Paris, l’insulaire ne pense à rien. Il distribue le courrier dans le brouhaha de la ville. Il trouve une petite enveloppe parfumée qui lui fait battre le cœur. Il imagine des mots, des regards, de la passion… Il se sent amoureux. Il imagine encore, ferme ses oreilles, voit des paysages, de vastes étendues de sable, de mer, de ciel et une belle demoiselle. Dans sa tête, c’est la fête, son cœur s’emballe dans une fanfare qui le fait chavirer de bonheur…

Il rouvre les yeux, la magie s’est volatilisée. Il est seul, sur le trottoir noir. Ce courrier, il faut le distribuer. Une boîte aux lettres cannibale avale les désirs et espoirs du préposé qui remet le nez dans sa sacoche pour poursuivre sa tournée. Il est triste. Son amour est victime d’un cruel sabotage ! Il veut oublier… Il se dit, pour se venger et se consoler : « Cette enveloppe, c’était sûrement une salope ! ».

17 mai 2022

Dix départements / Dominique

Je suis née à Guémené-sur-Scorff, le pays où l’on fabrique la meilleure andouille du monde, un jour où il neigeait.

J’ai fait pipi dans un confessionnal de la basilique de Pontivy. J’avais huit ans et je ne commettais que de petits péchés.

Je suis arrivée à Rennes en 1967 pour faire des études de médecine mais le premier cours a traité de l’embryologie des poissons.

Dans un bar près de Montparnasse à Paris j’ai failli suivre dans son camp un beau gitan. J’avais 32 ans. Ma vie aurait peut-être basculé.

A Saint-André des Alpes dans le Var j’ai campé sous un terrible orage en pleine nuit. Nous nous sommes mises à l’abri dans notre voiture, mes filles et moi.

Mon premier voyage hors de la Bretagne fut pour Lourdes. J’avais douze ans et je me souviens surtout du cirque de Gavarnie.

J’ai appris à skier avec des skis de bois et des chaussures en cuir. J’avais 21 ans et je me suis sentie « plouc ».

Je me suis endormie dans le train de nuit pour Briançon et j’ai donc raté l’arrêt de Molines où je devais descendre. Arrivée au terminus j’ai dû faire du stop et suis montée dans sept voitures différentes pour ce parcours de 30 kilomètres.

Je me souviens, en mai 2021, à la fin du troisième confinement, de l’ambiance joyeuse d’une terrasse de bar dans le centre d’Albi. Un guitariste proposait des mélodies, il fallait deviner leur titre et il y avait des bouteilles à gagner.

J’aime aller chez ma fille à Narbonne et guetter le lever du soleil sur les étangs de Gruissan.

2122-29 Dominique Gruissan

1 février 2022

Ecrit dans le noir / Laura

Fontaine de vit
Fontaine de vie

Source qui jaillit
De l’origine du monde

Sperme de femme
Qui renaît sans vit
Mais de sa force vive
Fuite sensuelle
De la femme qui jouit

Fontaine de vit
Cherche mots
Pour dire son plaisir
Solitaire et violent

Vite, vit, viens vitaliser
Mon vagin vagissant,
Son manque de pénétration
Et de caresses multiples

Oui oui viens touche
Mes cuisses humides

Ecarte-les et bois
Pour apaiser ta soif

 2122-18 Laura - Kevin Hove 13119089_origine-du-monde-original
"L'Origine du monde" revue par Kevin Hove

 

25 janvier 2022

A quoi rêvent les pions ? / Maïck conteuse

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Maître Lahire n’en finissait plus de gamberger.

Il ne supportait plus la place qu’on lui assignait, petit parmi les petits, invisibles, sans dents, soumis chaque jour aux exigences de ses royales majestés. Pourtant il avait été dans les bonnes grâces de la Reine. Mais cela n’avait duré qu’un temps, celui d’une saison. Il était tombé en disgrâce.

Depuis, il sillonnait le parvis, au gré des caprices du souverain et de sa Dame. Avançant, reculant, faisant pas de côté après pas de côté. Épuisé, terrifié, risquant chaque jour, chaque minute, de se faire dégommer, il serrait les dents, se rapetissait le plus possible sous son casque.

Pour ne pas penser à sa mort inéluctable, il les observait, de loin bien sûr, impossible de s’en approcher. Jour après jour, se positionnant, tel le voyeur du couple Royal, il enregistrait le moindre détail : leurs déplacements, leurs hésitations, leurs retours en arrière, leurs décisions inconsidérées et risquées, menaçant leurs adversaires, jouant de leur cheval, manipulant le fou, se réfugiant derrière la tour du château.
Bref, tout, il savait tout d’eux, depuis tant d’années qu’il subissait son funeste sort, rongeant son frein et mûrissant sa vengeance.

Tel un fou, englué dans son délire, il oscillait entre espoir, désespoir et volupté à l’idée de ce qu’il leur réservait. Il fallait que ce soit une œuvre d’art, placer la beauté avant la victoire. Il préparait, minutieusement, une délicate et discrète décapitation, dont il se délectait d’avance.

Là, il lui semblait que la colère le nourrissait comme bonne conseillère. Il se voyait déjà, dans l’instant ultime, leur jouant un tango irrésistible. Mais il était aussi parfois torturé par de sombres pensées. Successivement enthousiaste, dépressif, il flirtait avec le désespoir. Il lui semblait que décidemment, le fou était fou. C’était lui le fou ! Un psychopathe en liberté !

Hésitant, chancelant, haletant, il prenait de plus en plus de risques. Ses idées tourbillonnaient en lui, chaque jour : « vous croyez que c’est possible ! » Puis il remettait au lendemain. « Et quoi ? Même un imbécile le ferait ! ».

Un matin, plus déterminé que jamais, il s’était avancé, à la suite du roi, cherchant à se rapprocher toujours plus, ignorant les rugissements de son souverain, les hurlements de la Reine, il s’était élancé… Son ultime pensée fut une question : "Y a-t-il une chatière à la porte du paradis ? Serai-je assez petit pour y passer ?".

2122-17 Maïck - Chatière

4 janvier 2022

L'Ogre de la forêt / Anne J.

- Accusé, levez vous ! Vos noms, prénoms et qualité ?

- Mon nom officiel est Aristide Apocope mais tout le monde m'appelle l'ogre de la forêt, je gagne ma vie en coupant du bois dans la forêt et en le vendant au village d'à coté .

- Racontez-nous un peu votre parcours !

- Je suis né dans ce village il y a environ 37 ans, mes parents étaient des prolos sans histoire, plutôt réglos, tendance cathos de gauche, mangeant bio, franchement écolos et végans ; j'ai donc commencé à me démarquer quand je suis devenu ado.

- Ah oui ? Détaillez-nous un peu cette période !

- Je n'ai jamais aimé ce que les autres enfants du village adoraient, le foot, le basket, le volley, le hand, la spéleo ; ce n'était pas pour moi, pas plus que le vélo, la moto ou l'auto, non j'étais fan de muscu et d'haltéro et comme je mangeais 2 steaks de 500g par jour, je suis vite devenu impressionnant. J’oubliais, ce que je préfère à l’apéro c'est les frites à la mayo.

2122-14 Anne J - Ogre

- En effet ! Et quand il vous a fallu choisir un métier, quel choix avez vous fait ?

- Mes parents voulaient que je fasse médecine ou que je devienne cardio, gastro, ostéo, opthalmo, oto-rhino, kiné, ou radio ou à défaut sténo ou dactylo ou même mécano mais c'était bien trop intello pour moi. J'aurais bien aimé faire archi mais il m'aurait fallu mon bac. J'ai choisi de reprendre le métier de mon grand père et de devenir bûcheron, ça contentait mon coté anar.

- Votre coté anar ?

- Oui, je n'ai jamais eu de goût pour les assos, je ne suis jamais parti en colo, je n'ai jamais voulu être mono, le coté socio, ça m'ennuie vraiment : jeune homme j'ai toujours habité seul dans un gourbi plutôt que de vivre en coloc, je n'ai pas la fibre pour vivre en commu mais je ne suis pas folklo non plus.

- Et avec les femmes ?

- Vous voulez savoir si je regarde des films porno ? Eh bien c'est non ; je suis normal, hétéro mais je n'ai rien contre les homos, les pédés, les bi, les nymphos et les trans, chacun ses goûts, j'ai donc épousé Marie, la plus belle fille du village, ses parents sont yougos et elle joue du saxo et elle m'a fait sept filles.

- Les sept filles que vous avez mangées !

- Monsieur le juge, je vous jure que c'était une erreur ! C'est le gamin qui m'a trompé, il a coiffé mes sept filles des bonnets que portaient ses frères ! J’ai eu des hallus quand j'ai vu ce que j'avais fait, d'habitude je suis réglo mais là j'avais trop bu avec les copains et surtout j'avais faim car le ragoût de l'auberge était dégueu, à la limite de la gastro, soyez indulgent ! Est ce plus grave que le trafic de stups ?

- Je le pense ! Je le pense ! Accusé, le jury vous condamne a 20 ans de prison avec une perm par an pour faire d'autres filles à votre pauvre femme… et encore je suis sympa ! Et tant pis pour vous si vous êtes claustro ! Et puis tiens, c'est mon jour de bonté, je vous abonne pour 20 ans à Libé, ça vous fera de la lecture !

4 janvier 2022

Consigne d'écriture 2122-14 du 4 janvier 2022 : Apocopes

 Apocopes  



2122-14 ApocopeUne apocope, du grec apokoptein/ἀποκόπτειν («retrancher»), est une modification phonétique, parfois utilisée comme figure de style, qui se caractérise par l'abréviation du mot complet, en gardant uniquement son ou ses premiers phonèmes ou syllabes, par exemple « auto » pour « automobile. (Wikipédia)

Insérez un maximum des abréviations ainsi obtenues dans un texte dont l’action ne se situe pas de nos jours (récit historique, conte poème ou légende).  

accu pour accumulateur actu pour actualité ado pour adolescent agglo pour agglomération ou agglomérés
alu pour aluminium amphi pour amphithéatre ampli pour amplificateur anar pour anarchiste apéro pour apéritif appart pour appartement appli pour application astro pour astronomie, astrophysique archi pour architecte ou architecture asso pour association auto pour automobile bac pour baccalauréat basket pour basket-ball bi pour bisexuel
bio pour biologique, bob pour bobsleigh
cap pour capable cardio pour cardiologue cata pour catastrophe catho pour catholique chimio pour chimiothérapie ciné pour cinéma chrono pour chronomètre claustro pour claustrophobe clim pour climatisation coco pour communiste collab pour collaboration collabo pour collaborateur colo pour colonie de vacances coloc pour colocation ou colocataire colon pour colonel commu pour communauté conf pour conférence
conso pour consommation covoit pour covoiturage ou covoitureur
croco pour crocodile dactylo pour dactylographe
deg pour dégouté
dégueu pour dégueulasse démo pour démonstration dermato pour dermatologue diapo pour diapositive dico pour dictionnaire diff pour différence dirlo pour directeur dispo pour disponible ou disponibilité
doc pour docteur ou document ou documentaire dupli pour duplication éco pour économie ou écologie 
écolo pour écologiste
exo pour exercice écrit expo pour exposition extra pour extraordinaire
fac pour faculté (éducation)
fan pour fanatique flag pour flagrant délit fluo pour fluorescent
folk pour folklorique musical
folklo pour folklorique, dans le sens excentrique foot pour football frigo pour frigorifique gastro pour gastro-entérite gaucho pour gauchiste géo pour géographie gym pour gymnastique
hallu pour hallucination
hand pour hand-ball
haltéro pour haltérophilie hebdo pour hebdomadaire hélico pour hélicoptère hétéro pour hétérosexuel homo pour homosexuel
indé pour indépendant imper pour imperméable (vêtement) info pour information ou informatique
intello pour intellectuel
kart pour karting
kilo pour kilogramme
kiné pour kinésithérapeute
Libé pour Libération
loco pour locomotive
lino pour linoleum magnéto pour magnétophone ou magnétoscope maso pour masochiste maths pour mathématiques mayo pour mayonnaise mecano pour mécanicien
mégalo pour mégalomane météo pour météorologie métro pour métropolitain micro pour microphone ou micro-ordinateur mono pour moniteur enseignant ou son monophonique
moto pour motocyclette muscu pour musculation
nimp pour n'importe quoi nympho pour nymphomane ophtalmo pour ophtalmologue ordi pour ordinateur
ostéo pour ostéopathe
para pour parachutiste
pédé pour pédéraste
perm pour permission ou permanence philo pour philosophie phono pour phonographe photo pour photographie pola pour polaroid polio pour poliomyélite poly pour polycopie porno pour pornographie pneu pour pneumatique pro pour professionnel prod pour production promo pour promotion prof pour professeur prolo pour prolétaire provoc pour provocation pub pour publicité radio pour radiographie ou radiophonie réac pour réactionnaire récré pour récréation scolaire
redif pour rediffusion d'émission audiovisuelle
ref pour référence réglo pour réglementaire repro pour reprographie restau ou resto pour restaurant récup pour récupération d'objet rhino pour rhinocéros ou rhinopharyngite saxo pour saxophone scan pour scannérisation sécu pour sécurité sociale simu pour simulation sous-off pour sous-officier spéléo pour spéléologie sténo pour sténographie
stéréo pour son stéréophonique stup pour stupéfiant stylo pour stylographe surgé pour surveillant général sympa pour sympathique synthé pour synthétiseur taxi pour taximètre télé pour télévision ou téléobjectif3 tram pour tramway trans pour transsexuel ou transgenre transat pour transatlantique transfo pour transformateur vélo pour vélocipède vidéo pour vidéophonie volley pour volley-ball yougo pour yougoslave  
9 novembre 2021

Balade dans mon enfance / Anne J.

2122-08 Anne J

Approchez, mesdames et messieurs, dans un instant, ça va commencer !

Avant toute chose et pour l’amusement laissez-moi vous distribuer des indices pour cette visite guidée : une télévision, un petit bateau en bois, un goéland perfide, une paire de patins à roulettes, une tortue, un bocal en verre pleins de bonbons, une fausse grotte et une pile de livres.

La visite est imminente et le départ immédiat .

Voici le 33 bis de la rue d'Antrain à Rennes et son 1er étage, un double appartement pour y loger une famille plutôt nombreuse, le père, la mère et les cinq enfants plus le cabinet du père au rez de chaussée.

Au 3ème du même immeuble vivaient la grand-mère paternelle et la sœur célibataire du père, la tante Françoise qui y mourut d'ailleurs de nombreuses années plus tard.

Dans l'immeuble derrière vivait la tante Mado, au 4éme étage ; les fenêtres de sa cuisine donnaient sur la cour mitoyenne, ce qui lui permettait, avec son œil de lynx d’observer les allées et venues et de critiquer sans doute ce qui se passait chez sa sœur et son beau-frère. Médisante, moi ? Jamais !

Vous voyez, il n'y a pas que dans le Nord qu'on vit en tribu !

Pour terminer ce bref tour d'horizon familial, allons jusqu'à l'immeuble du coin, le 33, celui qui donne sur la place Saint Jean Eudes. Au 3eme étage, on trouve la cousine germaine du père, la tante Maryvonne : elle vivait là avec son mari et son beau-fils qui était aussi son neveu puisque le fils de sa défunte sœur. Vous suivez ?

2122-08 Anne JUn intérêt majeur pour les enfants, elle avait la télévision et on y allait pour voir Rintintin et « La piste aux étoiles ». , Ça sentait la pisse de chats et la poussière mais ça permettait de discuter unanimement à la récré car chez Anne, il n’y avait pas la télé.

Veuillez me suivre maintenant, nous allons descendre la rue de l'Hôtel-Dieu et faire un arrêt au 6 où se trouvait l'école de la Providence, une école tenue par des religieuses pas du tout commodes. On aperçoit la cour et son unique marronnier, les bâtiments anciens et l'école maternelle sur le côté. Anne y a suivi sa petite école du CP au CE2, après un passage de quelques mois a la maternelle

Remontons la rue et prenons la rue de Robien pour rejoindre la bibliothèque de la rue de La Borderie, un lieu essentiel dans la vie de notre personnage : inscrite dès l’âge de 6 ans dans ce lieu de culture et de bonheur, elle y passait des après-midis entières à dévorer des piles de livres, dans l'espace enfants puis dans l'espace ados, un livre par après-midi, plusieurs fois par semaine l'été, un endroit de rêve loin du bruit et loin du quotidien.

En remontant la rue de la Borderie, on arrive à un carrefour et à droite dans la rue du Thabor qui mène droit à ce jardin, la jungle pour une fillette de moins de 10 ans, qui plonge toute habillée dans 40 cm d'eau pour rattraper son petit bateau et où heureusement il n’y avait pas de canards…ils étaient plus loin et Anne émiettait des vieux croûtons de pain pour les faire venir.

2122-08 Anne JDans le jardin du Thabor, elle avait failli laisser un morceau de doigt, attaquée par un goéland perfide de la volière, mais adorait se réfugier dans la pénombre de la fausse grotte qui suintait et sentait le moisi.

En sortant par le bas du jardin, on débouche sur la rue Martenot, avec vue sur le lycée de jeunes filles où notre vedette a obtenu son baccalauréat, mais surtout on longe le square de la préfecture et ses allées goudronnées, le royaume du patin à roulettes, bien moins facile que le bac, et auquel Anne s’est adonnée parfois vers 9 ans avec une bande de joyeux gamins inventant des jeux plus ou moins dangereux, par exemple descendre en file, genre «  c’est la chenille qui redémarre »  derrière un petit vélo dans la partie la plus en pente et prendre le virage en bas. Gamelles attendues à tous les coups.

Si nous poursuivons notre route en passant devant la préfecture, c’est la rue des Fossés, et en tournant à droite, la rue Hoche : à l’unanimité, nous votons un arrêt chez la marchande de bonbons juste avant le conservatoire national, une vieille boutique avec des bocaux en verre pleins de bonbons collants «  des roudoudous qui nous niquaient les dents et des mistrals gagnants » et aussi des rouleaux de réglisse et des coquilles Saint-Jacques a la confiture, des trucs horriblement sucrés, achetés en douce avec son argent de poche.

Nous voilà presque revenus à notre point de départ, la place Saint Jean Eudes mais autorisons nous un petit détour bucolique et une pause méditante au bord de la rivière : en longeant le 33 bis et en descendant vers la rue des Tanneurs, nous rejoindrons le jardin de la grand-mère au 8 : une cabane en bois et un minuscule jardin-fouillis descendant en pente vers le bord de l’eau . Des groseilles, un grand cerisier, des plantes aromatiques et une belle tortue nommée Caroline qui hibernait tout l’hiver et réapparaissait sereinement au printemps - ou pas !

Et c’est ici que s’arrête notre visite, j’espère que vous avez passé un bon moment, il y aurait encore bien d’autres lieux de souvenirs mais ce sera pour une autre visite

N’oubliez pas le guide !

Bonne journée à vous et à bientôt !

 

19 octobre 2021

Do, RÉ, Mi, Mi, Fa, RÉ… / Maïck conteuse

2122-07 Maïck - Ile de Ré

Je marche sur les chemins de l’île. J’aime la parcourir en tous sens. Je la connais comme ma poche, mon île, et ce soir je savoure le silence du soleil couchant.

Bientôt des nuages bas envahissent le ciel, bouchent brutalement l’horizon. Un coup de vent monstrueux me bouscule, je me retrouve cul par-dessus tête. Des trombes d’eau s’abattent sur la terre autour de moi. J’ai du mal à respirer, je m’affale dans les flaques. Trou noir.

Je me réveille, trempée, assommée, j’émerge avec difficulté et… un indicible malaise ? Regardant autour de moi, plus rien n’est comme dans mon souvenir, plus d’horizon. Le temps semble s’être retourné.

Devant Rivedoux, je reste coite. La plage de la Vaseuse porte bien son nom, je patauge. La Vaseuse était la patronne du bar des Goguettes de ma jeunesse. Là, on descendait des p’tits blancs plutôt raides, comme des p’tits clous !

Je m’enfonce dans un brouillard épais et je patauge toujours, entre les Deux chemins. Je peine à retrouver la plage de la Flotte, la bien nommée. Je crois être arrivée aux Pierrotschoux, chez mon vieux copain Pierrot quand, soudain, émergeant des nuages, la prison Saint Martin, avec ses murailles noires et dénudées, menaçantes, me fait frissonner. Elles sont bien là !

170418 265 N 045

Mais en face, plus de côte continentale, tout disparaît dans le brouillard. Je retrouve avec peine le passage sur le Pas des bœufs. Mais que s’est-il passé ? Je veux retrouver cette bonne vieille Couarde, là où on faisait Mouille-pieds, en passant par les Folies, les soirs de pleine lune, avant de s’engager dans les vieilles rues silencieuses. Mais là aussi, plus rien, désolation, j’entrevois à peine le grand marais de la Fasse de Loix.

J’arrive pourtant à traverser, en sautant de pierre en pierre, de débris en débris, de fossé en fossé, pour arriver sur ce qui aurait dû être le Moulin à Marées et je reste en arrêt devant l’Abbaye… rasée.

Le Peux, ce qu’il en reste fait l’effet d’une véritable Déramée. La pointe n’est plus une pointe, L’âne ne pourra plus se faire botter le cul ! J’erre sur les pas, ceux du Contrordre, du Malheureux.

Je fais demi-tour, harassée, je ne sais plus où je suis ! Je sens l’odeur du Fier d’Ars, je sais que de l’autre côté, Ars, Les portes, St Clément se tiennent, (se tenaient ?) entourées de toutes ces villas de Parisiens, traversées par toutes ces pistes cyclables. Plus de Banc du Bûcheron pour regarder le soleil couchant sur la réserve naturelle.

170418 265 N 056

Je repars, les yeux pleins de larmes. J’arrive sur ce que je crois être le pas du Boutillon, bordant les parcs et les marais salants. Mais je sais déjà que je ne retrouverai plus jamais la Clé, pour faire la Route des Moulins, notre rue de la soif, sans Tricherie, quand on enquillait, les uns après les autres, canon après canon, Le Moulin Rouge, Le Moulin Daniel, le Moulin Robert et le Moulin Bouthier !

170418 265 N 087Jusqu’à la Conche des Baleines, comme un Zombie, je patauge, en mode automatique, puis jusqu’au Phare. Et là, dans la brume épaisse, je crois halluciner. Face au Phare des Baleines, des centaines de baleines, immobiles, semblent attendre. Le temps est comme suspendu, je retiens ma respiration, mais… Rien ne se passe. J’aurais voulu… Mais … Quoi ?

Je me laisse envahir par les souvenirs. Là, aux Portes, mes vieux amis, le p’tit Marchais et le grand Marchais, sur L’aile de peu de foi, faisaient la bamboche dans la vigne à Madame, pleins d’insouciance, et puis on allait dans le Bois de Trousse chemise et jusqu’à la plage de la Patache.

Où sont-ils donc ? Emportés par les flots ? La mort dans l’âme, à petits pas, j’erre dans les ruines de ma jeunesse, resserrant mon ciré déchiré autour de moi. L’air est lourd, dense, irrespirable.

Pourtant, on le savait que ça arriverait, on le savait, pourquoi on n’a rien fait ? Pourquoi ? Je ne sais plus si je suis dans le temps présent, dans le passé, dans le futur ? Je cauchemarde.

Au bout d’un long moment, je me retrouve sur ce qui semble être la pointe des Sablanceaux. De la brume émerge le pont, intact, dans un silence pesant, qui redescend vers la pointe de la Repentie.

Un petit rafiot semble attendre, je monte dedans, le rameur se retourne vers le large, et la barcasse s’enfonce dans le brouillard cotonneux. Pour ressurgir quelques minutes plus tard, devant le port de La Pallice. Je débarque et là, bouche bée, je contemple le port, inchangé, industrieux et bruyant.

Je me retourne, interrogeant mon guide du regard. Mais le conducteur et la barque s’éloignent déjà dans le brouillard. J’ai la nette impression de savoir qui il est celui-là, pourtant.

Mais sur quelle rive suis-je descendue ?

170418 265 N 050

23 novembre 2021

Consigne d'écriture 2122-10 du 23 novembre 2021 : Phonèmes et mot caché

Phonèmes et mot caché (1)

 


Choisissez un thème d’écriture dans la colonne de gauche et insérez dans votre texte un maximum des mots qui figurent en face dans la colonne de droite juste en face (sans prendre ceux du dessus ou du dessous).

Quand vous aurez écrit votre texte, revenez cliquer ici.

La Russie
2122-10 Consigne Russie_

Karamazov Kalachnikov Anna Karénine calamité cabaret cabriolet cache-cache cache-nez cachot cadavre cafardeux vodka caftan calèche calfeutrer califourchon camarade canaille canasson canon capitaine canular capharnaüm caporal capote carabine caravane caricature carnaval carrément casaque caserne casse-cou casse-croûte casse-noisette cataplasme catéchisme cavalerie caverne caviar 

L’Italie
2122-10 Consigne drapeau-d-italie

Niais niche nichon nickel nigaud nihilisme nippes tortellini Panzani nirvana sainte-nitouche niveau agonie avanie cacophonie calomnie Campanie cérémonie colonie érotomanie embrouillamini macaroni fini déni Goldoni infini impuni affinités nenni Paganini Rimini Pasolini Rossini génie harmonie insomnie ironie litanie mélomanie monotonie nymphomanie symphonie zizanie vilenie 

L’Espagne
2122-10 Consigne sticker-drapeau-espagne-coeur

Bariolé dévoilé écervelé échevelé endiablé ensorcelé étoilé immaculé isolé pelé salé zélé ukulélé galéjade allégresse indélébile léger laisse-moi tranquille malédiction légitime mêler Léman collégienne Léna lecture Léopold ailé parler maléole léthargie lait Ribot 

Paris
2122-10 consigne tour-eiffel-french-moments

Esbroufe escalade escalator escabeau escadrille escalier escalope escamoter escapade poudre d’escampette escarcelle escarmouche place de la Contr’escarpe escarpé esclaffé esclandre escogriffe escompter escorte escroc esgourde espace espagnol espèce espérer espion esprit espiègle espoir esplanade esquinter esquiver essentiel estomac esthétique essoufflé estaminet estimable estival estragon estudiantin esturgeon 

Rennes
2122-10 Consigne Rennes

Atavisme atelier atermoiement athéisme athlète atlantique atlas atmosphère atoll atome atomiser atone atours atout atrabilaire atroce atrophie attablé attachant attachement attaquant attardé atteindre attelé attenant attendre attendrir attendrissant attendu que attentat attentif attention attentisme attentivement atténuer atterré atterrir attester attiédir attifé attirail attirant attiser attouchement attraction attrait attrape-nigaud attribuer attrister attrouper 

Une histoire au temps
des Trois mousquetaires

2122-10 Consigne 9782413024866-001-X

Péché peccadille péquenot pécore pécule pécuniaire pédagogie pédant pédigree peigne-cul Pégase peignoir péripétie pêle-mêle pénétrer pénible pénitencier pénombre pépin péplum pénurie pépite percée percuter percheron perfection péril périlleux période malepeste pericoloso pelle à tarte périr appétit Pérou épée périscope Pépé pétarade pellicule napé Pénélope péril période pétunai imperturbable péremptoire pénitence opéré 

 

 

9 novembre 2021

Consigne d'écriture 2122-08 du 9 novembre 2021 : Les Lettres du Manivel

Les Lettres du Manivel



2021-10-23 - Nikon 65

Cette photo représente la façade du cinéma "Ciné Manivel" à Redon (Ille-et-Vilaine).

L'animateur ignore quel sens ont ces lettres colorées. Pour chercher à le comprendre il a soumis ce groupe MUEITDASMNEENTIN à un générateur d'anagrammes.

Moyennnant quoi il vous demande d'écrire  un texte qui parle

- soit de cinéma
- soit de bateaux dans un port
- soit d’une usine désaffectée
- soit de la ville de votre enfance

en y insérant au moins dix mots de cette liste :

amendement - amenuisée - amenuisent - amnistiée - amusement - antenniste - antiémeute - antiennes - antimites - antisémite - asinienne - attendîmes - attendues - atténuées - attiédies - démenaient - démenâmes - démenâtes - démentaient - démentais - démentait - démentant - démentent - démenties - démentîmes - démentîtes - démettais - demi-teinte - demi-teintes - déminaient - déminâmes - déminâtes - démunîmes - démunîtes - dénattées - déniaient - déniaisée - déniaisement - déniaisent - densément - dénuement - destinaient - destinait - destinant - destinent - destituai - destituée - déteintes - détenaient - détenante - détenantes - détenants - détiennent - détiennes - diminuâmes - diminuant - diminuâtes - diminuées - diminuent - édentaient - édentâmes - édentâtes - éditaient - émiettais - émiettâmes - éminentes - emmenaient - emmenâtes - endémisme - endettais - endettâmes - enduisaient - enduisait - enduisant - enduisent - entendaient - entendais - entendait - entendant - entendante - entendent - entendîmes - entendîtes - entendues - entêtâmes - estaminet - estimaient - estudiantin - estudiantine - étasunien - étasunienne - étendaient - étendîmes - étendîtes - étudiaient - étudiâmes - étudiante - étudiantes - étudiants - étudiâtes - identités - immanente - immanentes - immanents - immédiate - immédiates - immédiateté - immédiatetés - immédiats - immensité - imminente - imminentes - imminents - immunisant - immunisante - immunisât - immunisée - immunisent - immunités - inanimées - inattendu - inattendue - inattendues - inattendus - indemnisa - indemnisant - indemnisât - indemnise - indemnisé - indemnisée - indemnisent - indemnité - indemnités - indiennes - induisant - induisent - inséminant - inséminât - inséminée - inséminent - insinuant - insinuante - insinuent - instamment - instituée - intendant - intendante - intendantes - intendants - intensément - intensité - intentais - intentâmes - intentées - intestine - intimâmes - intimâtes - intimement - maintenue - maintenues - maintenus - maintienne - maintiennes - maintiens - maintient - maintînmes - maintîntes - mandement - mandements - maniement - maniements - médiatise - médiatisé - médiatisée - médiatisent - médisaient - médisante - méditaient - méditâmes - méditante - méditantes - méditants - méditâtes - médiumnité - médiumnités - médusaient - médusante - mendiaient - mendiâmes - mendiante - mendiantes - mendiants - mendiâtes - mentaient - midinette - midinettes - minaudent - minutaient - minutâmes - minutâtes - mutinaient - mutinâmes - mutinâtes - néantisée - niaisement - nuisaient - nuitamment - numismate - sainement - saintement - sédimenta - sédimentai - sédimentait - sédimentant - sédimentât - sédimente - sédimenté - sédimentent - sentaient - sentiment - situaient - suintaient - suintante - suintement - teintâmes - tendaient - tendineuse - tendinite - tendinites - tennisman - tennismen - tétanisée - tièdement - timidement - tunisienne - unanimement - unanimisme - unanimiste - unanimité – usinaient

5 octobre 2021

Mon psy s’appelle Germain Gargamel / Maïck conteuse

- J’en peux plus, docteur !

- Oui… ?

2122-05 Maïck grand-schtroumpf-ref_KT5752_3

- Ils s’imaginent que je sais tout faire, multitâches qu’ils disent ! Enfin surtout celles dévolues aux filles !

-  Oui…. ? Précisez….

2122-05 Maïck - Prof- Etre jolie, se mettre des fleurs dans les cheveux, faire la vaisselle, le ménage, la cuisine, le linge… Tout quoi… Et eux ils sont où pendant ce temps-là ? A batifoler dans les bois, je ne sais où ? En plus, il faut être leur maman, leur grande sœur, leur copine, la concierge… et puis moi je n’ai pas le droit de sortir, et puis c’est toujours « Fais-pas ci, fais-pas ça »…

- Et ? ….

- Le plus vieux là, lui c’est bien simple, je suis transparente pour lui, il se caresse la barbe en regardant par-dessus ses lunettes et il m’abreuve de conseils… On dirait mon prof de 6ème, ce vieux cochon

- Hum…oui ?

2122-05 Maïck Schtroumpf-grognon_original_backup2122-05 Maïck - Grincheux- Y en a un, il râle tout le temps, rien ne va jamais comme il veut : la soupe pas salée, ses chaussures sales, son lit trop froid… mais quel grincheux ! On dirait mon père !

- Ahem… oui ?

- Et puis y a l’inverse, celui qui rigole tout le temps, c’est un joyeux drille, oh, mais il me fatigue celui-là, il est monté sur ressorts !

- Mais encore ?

- Un autre, il dort toute la journée, pas moyen de le faire sortir de son lit, même à table il dort. On dirait un crabe !

- ????

- Ah oui, y a l’autre là, qui éternue tout le temps, il se balade avec une écharpe même quand il fait trente degrés !!! Celui là il me ferait presque rire s’il ne semait pas ses microbes partout !

- Ah… oui ?

- Et puis le timide, oh là là, c’est incroyable d’être aussi timide, il ne peut rien faire tout seul, il ne regarde jamais en l’air, toujours ses pompes, on ne sait jamais quoi lui dire, il devient rouge comme une tomate dès qu’on lui parle !

- Hum, hum…oui ?

- En fait, celui que je préfère dans cette cour des miracles, c’est le simplet, là, lui, il n’est pas compliqué, il ne comprend rien mais au moins il est d’accord avec tout et pas difficile à vivre.

- Et donc ? ….

- Ben rien mais c’est dur, vous savez, je ne sais plus où me mettre, moi, et le bouquet c’est quand ils ont décidé de partir en vacances : à Schtroumpfville, il parait que ça s’appelle. Il a fallu s’habiller tout en bleu, mettre des petits chapeaux ridicules et habiter dans des champignons. Et puis faire semblant de s’amuser ! Il parait que c’est ça les vacances. Moi je déteste ça !

- Pfiiiit !

2122-05 Maïck - Schtroumpfette- Y’avait une fille mais une espèce de pétasse avec des fleurs dans les cheveux qui faisait sa mijaurée ! Tout le monde à ses pieds ! Non, non, Docteur, je ne veux plus y retourner, je ne veux plus… Dites moi ce que je dois faire !

- Miaiouuuu… Ahem... Et si, à la prochaine séance, vous me parliez de votre mère ? Ce sera 100€, à la semaine prochaine, mademoiselle Blanche Neige !

 2122-05 Maïcl - Blanche-neige

9 septembre 2014

Saintes îles bretonnes / Jean-Paul

Iles bretonnes (Saintes)

Tout autour de ce cap – que dis-je, de ce cap ? De cette péninsule ! –des îlots de granit abritent des sauvages, des gens qui sont bâtis bien autrement que nous. Des îliens bretons ! Parmi ceux-ci il y a :

- Les Sénans qui résistent à l’envahissement de la France par les doryphores… en allant diffuser à Londres non pas du DTT mais, dans la TSF, des poèmes de Verlaine qui s’avèrent de ce fait avoir un double sens. Ainsi «Les sanglots longs des violons de l’automne bercent mon cœur d’une langueur monotone» cela veut dire en langage de l’île de Sein «Ce soir à l’église, concert orgue et bombarde». «Il pleut sur la ville comme il pleut sur mon cœur» se traduit par «En Bretagne il ne pleut que sur les cons. Tous les autres boivent un saint coup d'cid’ au saint café du port» . « Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches » ne signifie rien d’autre que «La pluie de l’île de Sein peut mouiller la Hollande quand le Hollande y mouille».

- Les Groisillons. Ces drôles d’oiseaux sont tout fiers d’avoir une plage convexe et un trou de l’Enfer plus profond que le gosier du plus grand des poivrots qui s’arrêta jamais boire des bières chez Beudeff. A Groix, d’après le proverbe stupide, «Qui voit Groix voit sa croix». Pour ma part j’ai goûté jadis ici à une petite mort des plus paradisiaques. Au soir d’une longue marche, nous étions à la Sainte crêperie « Chez Paule » et la musique de harpe celtique par-dessus l’effet du cidre n’en finissait pas de me porter dans les nuages. Incessante félicité due au fait que le magnétophone était autoreverse et que la cassette tournait en boucle pendant toute la soirée !

- Les Belle-Îliens envahis plus souvent qu’à leur tour par des flopées de Parigots à tête de veau, ce depuis que la mère Sarah Bernhardt vint s’installer à la Pointe des Poulains pour y faire des expériences de séjour en cercueil, s’adonner à la sainte pêche à la crevette ou imiter Rimbaud « l’homme aux semelles de vent » à qui la poésie finit par faire une belle jambe. Ca rappelle 999 fois tic et une fois toc, non ?!

Pour ma part, je n’ai pas encore vu ma peine à Molène ni mon sang à Ouessant. Et encore moins ma fin à Sein. Mais les îles bretonnes sont des valeurs plus que sacrées pour moi. Et les autres auront beau faire, ça ne le fera pas !

En effet :

- Qui voit la Corse voit son morse

- Qui voit la Sardaigne voit sa musaraigne
- Qui voit la Sicile voit son codicille
- Qui voit la Crète voit son arbalète

Ca ne fait pas des proverbes très tops !

Il y a juste, pour rivaliser un peu « Qui voit Sainte-Hélène voit son destin hors d’haleine » mais personne n’a jamais pondu ça, c’est moi qui viens juste de l’inventer. Tout comme « Qui voit Bréhat voit la fin de son alinéa ».

AEV 1415-01 Bréhat

12 janvier 2021

La Belle au bois dormant / Maryvonne

AEV 2021-14 Maryvonne - un_ange_cornu

La belle au bois dormant est certainement un conte que le canadien Michel Tremblay a dévoré dans son enfance tellement il s'est formé tout petit à notre littérature.

Dans son ouvrage «Un Ange cornu avec des ailes de tôle» que je vous recommande, il s'étonne que certains événements naturels de la vie ne soient pas mentionnés dans les romans.

Par exemple, dans le roman «Patira», Blanche de Coëtquen au fond de ses oubliettes ne fait jamais caca. Moi je rajoute qu'il en va de même pour tous les héros et héroïnes. Cendrillon devait bien se soulager dans l'âtre, les marâtres pisse-vinaigre devaient bien éclabousser leurs souliers en raison de leurs culottes fendues ? Quasimodo déféquait-il de travers et Esméralda faisait-elle de petites crottes comme sa chèvre ? Riquet à la houppe avait-il une petite quéquette ? Il y a tant d'autres choses que l'on nous cache. La belle au bois dormant, cette feignasse (cent ans à pioncer), a dû se retenir alors que certains se lèvent deux fois la nuit. Moi je vous dis que de temps en temps il y a eu certainement une petite fuite mouillant sa robe de bal.

 

17 janvier 2023

Wo Yé Lé

Dillon 9 colorié et réduit

1
Wo yé lé yé lé
Wo yé lé yé lé
C’est la chanson du canoë
Celle que chante le trappeur Joé
En admirant la canopée

2
Wo yé lé yé lé
Wo yé lé yé lé
C'est la chanson en stéréo
Que passe sur sa cassette Cléo
En admirant son paréo

3
Wo yé lé yé lé
Wo yé lé yé lé
Mais qu'est ce qu'elle s’en vient foutre ici
Cette satanée chauve-souris ?
Voilà qu’ l'ambiance est toute pourrie
On n’admire plus qu'un ciel tout gris

4
Wo yé lé yé lé
Wo yé lé yé lé
Qui est-ce qui a foutu la pagaille ?
Qui est-ce qui a bouffé la papaye 
Pour qu’on se retrouve sur la paille ?

5
Wo yé lé yé lé
Wo yé lé yé lé
Qui a volé le ï tréma ?
Qui nous fait tout ce cinéma
Pour qu’ Joé dans son canoë
Trouve la fin d’ sa chanson... pagaie ?

10 janvier 2023

Récit d'une promenade fantaisiste / Jean-Paul

AEV 2223-15 JK Lapin blanc passé par Goart

Elle rêvait, l'enfant, de partir voyager au beau pays des rêves bleus et justement son livre n'était pas un récit passionnant.

Alors, d'un seul coup, le sommeil la gagna et elle rêva d'un lapin qui courait, une montre à gousset ancienne à la main, un beau chapeau haut-de-forme sur la tête et son élocution empressée lui faisait bébégayer « Je suis en retard ! Je suis en retard !".

Soudain Alice le vit disparaître dans un trou. Son terrier ? La porte d'un pays magique menant au Nirvana ? Saisie d'une soudaine envie de divines surprises et d'aventures folles elle s'élança à la suite de ce drôle d'animal et s'engouffra dans le tunnel . A l'issue de sa chute elle atterrit sur le cul et sur un tas de feuilles mortes.

Il y avait devant ses yeux une clé et un flacon avec une étiquette « Buvez moi et vous verrez ! ». La Ligue antialcoolique, le ministre de l'Intérieur, celui de la Santé n'avaient donc jamais sévi par ici ? Très logiquement, parce qu'elle était curieuse, elle but goulûment à même le goulot de la petite bouteille. Aussitôt elle grandit, grandit et comprit soudain qu'elle ne pourrait plus passer par la petite porte que le lapin avait empruntée pour disparaître. Elle trouva fort heureusement un autre flacon qui lui permit de rapetisser. Alors, ayant repris taille humaine, après avoir subi une autre mésaventure avec les clés du Airbnb, elle ouvrit la porte et entra dans le jardin.

AEV 2223-15 JK Reine rouge passée par goartIl y faisait un grand soleil.
Elle avança et rencontra
Un bébé dans les bras d'une duchesse.
On le secouait, il pleurait, on jetait du poivre.
Ça tournait, petit à petit, crescendo,
Au délire total
Avec une marmotte qu'on faisait entrer dans une théière,
Un chapelier qui disjonctait…

Puis arriva la reine :
Une souveraine lourdement « Nächtige Königin » comme on dit chez Mozart,
Une autocrate terriblement « Dame de fer » comme on dit chez Thatcher
Salement cauchemardesque :

- Tête coupée ! Tête coupée !
Tribunal impitoyable ! Pas d’issue ! Réveil interdit !

Pays des merveilles ? Mon cul, oui !

31 janvier 2023

Le Quiproquo d'"Aragon et Castille" / Jean-Paul

AEV 2223-18 JK - Nietzsche Tintin Philippus

Vos parents vous mettent au monde, c'est à dire qu'il vous mettent dans la morale et tout le temps que vous demeurez dans ce tombeau préliminaire vous êtes bien aimé d’eux. Par contre quand vous vous répandez dans les rues en tapant sur un tambourin et en hurlant que Dieu est mort comme a fait Friedrich Nietzsche il vous foutent dehors de chez eux avec force coups de pompe dans le train voire une certaine quantité de coups de pied au cul.

Il en fut ainsi aussi pour Aurélien Dumariage sauf que, pas gêné au logis, il n'entravait en rien la morale. Ce tombeau préliminaire lui convenait à merveille.

Enfant, on l’envoya à l’école. Il y fit quelques farces, fut puni puis il prit l'habitude d'obéir aux injonctions du maître ou de la maîtresse. Il comprit qu'il fallait mettre un « s » au bout du mot « semaine » dans l'expression « Enfin me voilà rentré après deux semaines d'absence » sous peine de voir tomber des lettres rouges sur sa jolie rédaction à propos de « Qu'avez vous fait pendant les vacances ? ». Ou alors qu’il valait mieux changer la formulation et dire « Après quinze jours à Palavas-les-Flots » sans omettre le « s » au bout de « jours ». Bref il ne souffrit jamais de dyslexie, de dysorthographie et fut un bon élève.

L'orthographe maîtrisée, les corrections en rouge, c'était la lubie de Mademoiselle Otemarre. Cette institutrice avait des fulgurances extraordinaires quand elle corrigeait les rédactions de ses 36 petits zoulous.

- Dumortier, votre baratin, ce n'est rien que du galimatias ! Grattepanche, la manifestation de votre esprit en jachère mériterait qu’on la chante en dodécasyllabes !

AEV 2223-18 JK - Bagarre

Le fait que ni Wikipédia ni les téléphones portables n'existaient à cette époque nous fait comprendre que toute communication était coupée entre cette adepte du français soutenu et du vocabulaire riche et ces fils de bouseux, d'ouvriers ou d'incultes dont elle avait à former l'esprit dans un contexte forcément républicain. Mais pour tous ces petits ploucs l'égalité était déjà génétiquement établie : tout leur était égal dans le système scolaire ! La liberté s’exprimait à la récré sous forme de baston entre les plus coriaces d’entre eux et tout le monde s'agglutinait en colloque autour des belligérants pour penser « Youpi ! Une castagne ! » et réclamer « Du sang ! Du sang ! ». Pour ces joyeuses hurluberlus la fraternité, du coup, était tuée dans l'œuf.

Aurélien Dumariage se tenait à l'écart des galipettes stériles de ses colocataires. Dans le tombeau préliminaire il avait trouvé un recoin sympathique : la bibliothèque de son grand-père. Au début il lisait, enfin faisait semblant de lire, tournait les pages, regardait les images. Puis l'école lui apprit réellement à lire et à écrire.

Quand il découvrit les livres et les bandes dessinées à lui destinées, son esprit devint nomade. Il se mit au diapason de tous ces vendeurs d'illusions, le Swift de Gulliver, les tribulations chinoises de Jules Verne, les aventures irrationnelles de Tintin et Milou. Il s'enivra de cet élixir impuni, la fiction, et son imagination devint un abominable fourre-tout dans lequel Belphégor s'asseyait dans un fauteuil hanté, Sherlock Holmes explorait l'aiguille creuse, Robin des Bois faisait alliance avec Thierry la fronde, les Pionniers de l'espérance luttaient contre les robots et toute cette farandole de héros de papier lui tournait encore dans la tête quand il posait celle-ci le soir sur le polochon de son lit. Il évitait ainsi le torticolis obligatoire de ceux qui longtemps, se sont couchés de bonne heure sans pouvoir s’endormir.

Et puis, grâce à Mademoiselle Otemarre, Aurélien connut le plaisir de faire des rédactions, il sut bientôt écrire pour dire. Ces savoir-faire qu'on appelle aujourd'hui des fondamentaux ne sont ils pas en fait des ogres ou des vampires ?

Quand on questionna plus tard Aurélien sur son avenir et qu'il répondit : « Je veux devenir écrivain sinon rien ! » ses parents jugèrent qu’il n'avait plus de respect pour la morale sociale. Ils le mirent dehors du tombeau.

***

AEV 2223-18 JK - Aurélien

Ce sont les lapins qui ont été étonnés de voir le jeune homme s'installer avec ses livres et ses cahiers dans le vieux moulin abandonné !

A force d'imagination, de DonQuichottisme et d'esprit de suite, les ailes de celui-ci se sont remises à tourner et Aurélien a moulu une abondante farine de « feel-good-littérature » qui a cartonné en librairie. Il vient même de rencontrer Bérénice Alacolle qui est critique littéraire au Figaro mais ça c'est une autre histoire !

24 janvier 2023

Lieux aimés ou détestés /Jean-Paul

Je ne suis pas ici pour raconter ma vie mais je suis quand même bien étonné par la façon dont la fiction, la musique, la culture tiennent une si grande place dans mon rapport au monde.

Dans la troisième partie du questionnaire notamment, à propos des lieux que j’aimerais visiter, le désir de voyage est justifié par une curiosité littéraire ou cinéphilique.

AEV 2223-17 espace-albert-dubout-musee

Palavas-les-Flots, par exemple. Il y a peu encore, j’ignorais la situation géographique de cette cité balnéaire sur la carte de France. Si je m’y rends un jour, ce sera pour voir le musée consacré à Dubout et surtout pour photographier les lampadaires « rafistolés » réalisés d’après les dessins de cet illustrateur très actif dans les années 1930 à 1970. De même que les talons aiguilles et les aspirateurs associés sont très genrés, le style de dessin de Dubout, dont j’ignore le prénom - Albert, nous souffle Maryvonne - est passable aujourd’hui des foudres du mouvement #MeToo. C’est qu’on n’illustre plus impunément de nos jours le marquis de Sade, François Rabelais, le Kama sûtra et San Antonio de même que la caricature de grosses dames mariées à de tout petits messieurs est devenue taboue. Dubout, tabou, mets les bouts ! Si ce musée existe encore et si l’idée me vient de retourner à Sète, d’aller sur les traces de Charles Trénet à Narbonne et de pousser jusqu’à Palavas, j’irai le voir, ce château bâti sur les flots !

AEV 2223-17 JK Dubout 02

Sainte-Sévère-sur-Indre ne dit rien à personne mais doit sa célébrité à un film intitulé « Jour de fête ». C’est le village dans lequel Jacques Tati s’est déguisé en facteur de légende. Il n’y a certainement pas grand-chose à voir à Sainte-Sévère. Une place de village, une route, un pont ? Peut-être trois photos du film dans le hall de la mairie ? Un bistrot du coin ? Y a-t-il une gare seulement ? Une librairie ? Un hôtel restaurant ? A part « Le Défi du samedi » je ne vois pas quel journal serait assez fou pour envoyer Isaure Chassériau qui a troqué récemment le rose pour une garde-robe signée René Magritte mener l’enquête là-bas. Ce qui serait drôle c’est qu’elle y allât avec un grand sac Tati rose emprunté à Jack Palmer !

 

AEV 2223-17 HonfleurHonfleur c’est culturel. C’est la ville dans laquelle sont nés Erik Satie et Alphonse Allais. Il y a un tout petit musée au-dessus de la pharmacie paternelle dans laquelle on expose le crâne de Voltaire enfant et plein d’autres farces de l’oncle Alphonse, inventeur du café lyophilisé et de la peinture monochrome avant Malevitch même. Voir son « Combat de nègres dans une cave pendant la nuit » mais il ne faut plus utiliser ce vocable non plus depuis que l’on a rebaptisé le plus célèbre des romans d’Agatha Christie « Ils étaient dix ». Honfleur mérite sans doute qu’on y séjourne plusieurs nuitées, qu’on écoute les gymnopédies en faisant de l’exercice sur le port et qu’on visite, déguisé en légionnaire, le musée Eugène Boudin, admirable peintre de nuages normands.

 

AEV 2223-17 JK - Le Prisonnier 2

Je ne m’étendrai pas sur Portmeirion, un village-musée au pays de Galles qui a été utilisé pour servir de cadre au feuilleton britannique « Le Prisonnier » de Patrick McGohan. On perçoit très bien d’après mes références datées que je ne suis pas un perdreau de l’année et d’avouer son âge n’est plus très en cour non plus à notre époque jeuniste où ne sont intéressants que les Youtubeurs, les Tiktokeurs, les comploteurs, les influenceurs , les politiqueurs-emmerdeurs de travailleurs et ta sœur qui bat le beurre.

Mais ai-je vraiment envie d’aller à Portmeirion ? Un collègue qui a fait le voyage autrefois m’a confié que l’endroit était bizarre, propice à des mésaventures. A savoir si, une fois rendu là, on ne m’y retiendrait pas prisonnier, affublé d’un badge et d’un numéro, avec l’impossibilité de regagner mon domicile où je me trouve si bien ces derniers temps que j’arrive même à y faire de vraies grasses matinées ? Je vais peut-être juste regarder une fois de plus les dix-sept épisodes de cette série des années 60 en dévédé sur mon ordinateur.

***

Comment ? Il est déjà 19 h 49 ?  Alors comme ça je n’aurai même pas le temps d’expliquer mes rejets de destinations diverses par… l’absence de culture, de possibilité de rêver et la peur viscérale que ne soit mis un terme, accidentellement à mes curiosités enthousiastes de prolo-intello bon vivant ?

C’est pourtant bien le cas à Mourmelon-le-Grand, une ville de casernement en Marne où j’ai passé un an. Imaginez une rue, vingt-trois bistrots, des jeunes gens de vingt ans qu’on utilise un an durant pour qu’ils deviennent des hommes du rang, d’un seul rang, d’une seule tête, alignement Rogntudju ! On appelait ça le sévice militaire, je crois. Ou service mais c’était moins drôle qu’au tennis. Dans cet univers militaire j’ai quand même survécu. Je ne conserve de ce séjour que quelques photographies de jeunes gens idiots, basiques, plus ou moins alcoolos, et le souvenir d’avoir meublé les temps perdus en compagnie d’un guitariste normand quasi-mutique et d’un joueur d’échecs bordelais, musicien lui aussi et œnologue à l’occasion.

AEV 2223-17 Objectif Lune 2

Tant pis ! Vous ne saurez rien de l’austérité du chant grégorien entendu dans l’abbaye de Solesmes, de la laideur constatée et de la dangerosité imaginée de l’EPR de Flamanville où nous nous égarâmes en cherchant le point de départ d’une randonnée. Vous n’imaginerez pas l’estimable opéra de Rennes où je ne vais plus, de peur de me retrouver à nouveau dans une loge du dernier étage avec vue plongeante sur le vide et le sommet du crâne de Yannick Jaulin : une situation insupportable pour un acrophobe.

Du coup, pour me voir monter dans la fusée d’Objectif Lune, désolé, vous ferez Tintin !

3 janvier 2023

Fais pas ton malin ! / Jean-Paul

À peine est-on sorti des vacances de Noël qu'il faut déjà se remettre au travail ! Il y a des cartes de vœux à écrire, des salades à raconter aux amis lointains, aux amies lointaines, pour leur faire croire qu'on rajeunit alors que les poils blancs envahissent nos tempes.

Et pourtant, c'est vrai, ce n'est pas la fin, Jane ! Tarzan, le roi de la jungle, n'a pas garé sa Jaguar le long du trottoir comme dans la chanson de Pierre Vassiliu. Les pumas ne piaillent pas encore dans les betteraves et le couple mythique dans sa forêt profonde est désormais du genre à se déplacer dans un combi Volkswagen orné de fleurs géantes. C'est peut-être Jean-Marc Ayrault qui leur a revendu le sien. Ils font leurs courses à la Biocoop de Ouagadougou ou à l’AMAP de Lambaréné, chez Mamadou Schweitzer, agriculteur raisonnable et raisonné. Celle qui fait la tronche dans l'histoire c'est Cheetah à qui ils refilent de la pâtée pour chat bio.

C'est vrai que pour tous ces gens à cheveux de neige dont nous ferons partie un de ces quatre matins, tout va bien, grosso modo. Le retraité n'a plus besoin de s'interroger sur le sens du travail, il n'est victime de harcèlement moral ou sexuel que s'il le veut bien et il n'est pas inquiet du report de l'âge légal du départ en retraite. Je le soupçonne fort, du reste, d'être majoritairement pour que les autres en chient plus qu’eux. Ça fait partie, hélas, de la nature humaine.

AEV 2223-14 JK - Corsaire Triplex

À ce tarif là d'ailleurs je ne sais pas si, pour faire pareil, je ne vais pas commencer par m'envoyer une carte de vœux... à moi-même ! Me souhaiter une hibernation d'ours qui a vu l'homme qui a vu l'URSS qui dure jusqu'à la fin du printemps (de Prague). Me promettre du temps en plus pour lire ces livres de mon grenier auxquels je n'ai pas encore touché : les romans d'Elsa Triolet, les récits d'aventures à la Jules Verne de Paul d’Ivoi, les œuvres de Paul Féval fils, les poèmes de Paul Verhaeren... Me souhaiter d’avoir suffisamment d'énergie pour pouvoir numériser les illustrations de Jules Verne en livre de poche afin d'éliminer un carton plein de livres et de pouvoir me dire : « Ça y est ! J'ai commencé à vider le grenier... et à saturer mon disque dur externe !". M’insuffler de l'espoir pour avoir réellement confiance dans ces supports informatiques de stockage à l'heure où l'on nous menacé de coupures d'électricité - l'Ukraine est à nos portes - ou de pétages de plombs des centrales nucléaires. Même pas besoin d'une bombe russe pour immobiliser l’EPR de Flamanville !


Mais non, je ne suis pas comme ça. Sauf accident, je ne vais pas m'arrêter ces trois mois qui viennent. J'ai déjà repris le bus vers Beaulieu ce matin pour aller chanter avec plaisir et avec les M’A2R1 d’O douce l'hymne du Canada ou plutôt du Québec : « Crè-moué Crè-moué pas quèque part en Alaska y a un phoque qui s'ennuie en maodit ». 

Je le reprendrai jeudi pour aller pousser un pion en e4 ou d4 (en e6, d5 ou f5 avec les noirs) sur un ou 2 échiquiers. Et je serai trop content de parler aux amis de Rouen et de Fougères, dans mes lettres de vœux, de cet atelier d'écriture dans lequel on joue à partir... des jeux découverts en famille ou chez des amies à Noël.

AEV 2223-14 JK - Et on tuera tous les affreux

Car ça ce ne sont pas des salades : prendre de l'âge et reprendre sa liberté, c'est retrouver les plaisirs de l'enfance tel celui de se plonger dans un jeu en attendant minuit avec à l'esprit la bienveillance du pompier - un mot que je n'avais pourtant pas choisi d'inclure dans mon texte ! - prêt à porter secours au Père Noël si jamais il se retrouvait coincé dans la cheminée avec le feu qui prend à sa barbe blanche. Finalement, pas si ours que ça vraiment, il me vient même l'envie de souhaiter une bonne année 2023 à tout le monde sauf à Vladimir Poutine. *

* Pourquoi lui tout seul ? Il y a dans ce monde tant d'autres de ces affreux que Vernon Sullivan (Boris Vian) avait promis de tuer mais c'était comme ce texte-ci : juste des mots en l'air pour amuser ses voisines et voisins !

Mots insérés : vacances - livres - Jules Verne - printemps - bus - combi Volkswagen - Canada - ours - Forêt profonde - chat - neige - poil blanc - salade - jungle - Jane

15 novembre 2022

Animal on est mal. 1, La Grenouille / Jean-Paul

2022-11-15 - 285 2Allons bon ! Voilà que la maîtresse de maison a tout chamboulé à nouveau !

Foi de grenouille chinoise je n'avais jamais vécu ni vu une telle révolution. Bien sûr cela fait 20 ans qu'ils habitent là et il fut un temps où la fée du logis déménageait tous les 5 ans. Lui est plus stable, plus casanier, plus régulier, attaché surtout au bon ordonnancement de la cuisine dans laquelle il officie comme un chef.

Mais ce chef ne commande rien et c'est justement à sa cuisine qu'elle s'est attaquée : changement de tous les meubles, passage à la cuisinière hybride, mi-gaz mi-électricité, rachat d'un réfrigérateur, déplacement du radiateur, changement de place entre le micro-ondes et le frigo, rien ne lui a été épargné et surtout pas là gêne liée à ces travaux. Il y a même eu deux jours, une fois les meubles livrés, entreposés non montés et la cuisine vidée, où ils ont dû manger froid sur un tout petit coin de table dans leur arrière-cuisine mais nous n'allons pas plaindre ces humains de la classe moyenne occidentale. Je ne vais pas pleurer sur leur sort. Ils sont bien gentils les Crapaud’v - c'est leur nom de famille - mais se sont-ils jamais souciés du confort de leur grenouille ?

2022-11-15 - 285 3

C’est que ça n'est jamais la fête pour moi et pourtant quelquefois dehors, il pleut il mouille par ici, à Rennes, en Bretagne, quoi que lui en dise et quoi que prédisent ces spécialistes du réchauffement climatique qui vous mettent la tête au carré sur France Inter l'après-midi. La fonte de la banquise, la montée des eaux... mais je n'ai rien contre pour ma part ! Cela fait peut-être vingt ans que je n'ai pas fait trempette ici ! La baleine bleue dans laquelle le cuisinier pose la cuillère jaunasse avec laquelle il a touillé son poulet au curry, elle, elle va à la vaisselle au moins ! Le crocodile porte-savon, quand l'eau stagne dans la cuvette qu'il a sur le dos on le passe sous le robinet, on le brosse, on l’essuie

Pour moi par contre pas le moindre petit bénitier ; pas même une petite mare de Bourgogne ou un coup de chiffon de temps en temps. Moi, c'est simple, plus personne ne me remarquait, collée à la porte du réfrigérateur grâce à un aimant. Je date de l'époque déjà lointaine où ils avaient encore deux enfants à la maison. La gamine est revenue les voir ce week-end. Elle a dit à sa mère qu'elle se trouvait vieille ! Oh la déprime de l'autre trentenaire, hé ! Encore une qui écoute la tête au carré et les infos de midi à la radio !

Dans la nouvelle cuisine je me suis retrouvée un temps sur le côté du four à micro-ondes. C'était bien. De là j'avais vue sur le dehors et je voyais parfois les gouttes de pluie faire la course sur la vitre. J'avais entamé des conversations avec la bouilloire, avec le plant de basilic et puis voilà qu'un jour, récemment, ce gros nigaud de cuisinier s'est cogné le crâne dans le coin de la hotte aspirante qui est beaucoup plus basse qu'avant. Ça a hucheu comme on dit en pays gallo, on était à deux doigts de la scène de ménage façon M 6 alors, aux grands mots les grands remèdes, il m'a saisie par les pattes de derrière et il m'a collée sur le coin de la hotte aspirante. Amortisseur, je suis devenue.

2223-09 JK - bricoflexDepuis il ne s'est plus recogné et il s'habitue à faire la cuisine devant et surtout sur le côté de son piano. Vous imaginez la même chose à Pleyel ? Quand même, de temps en temps, il vient heurter mon dos avec son front. Ce que je ne comprends pas c'est pourquoi ce balourd n'a jamais essayé de m'embrasser ! Ils ne connaissent plus les légendes d'autrefois, les Européens du 21e siècle ? Ils ne savent pas qu'il suffit d'embrasser une grenouille Copyright 1994 made in China by Safari Ltd pour que celle-ci devienne une princesse charmante ? Il en est si content que ça, l'autre, de sa déménageuse-perceuse-visseuse-bricoleuse ? Mais où je suis tombée, là, moi ?!!!

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