Mais, bon sang de bon soir, quel crime a-t-on commis pour qu’on nous enfermât sous ce vertugadin ?
Et, saperlipopette, à cette bonne dame super-lisse et proprette, qui eût pu supposer cette vie foisonnante sous le jarnicoton de ses jupons tout blancs ?
Le monde est-il soumis à la ventripotence, à la toute-puissance des instincts, du bas-ventre, du tripotage, de l’attirance, du fricotage, de l’indécence ?
Stupre et Fornication ne sont-ils pas au fond le Dieu et la Déesse qui régissent le monde ? Et celui-ci ne serait-il pas qu’une fête à scrong-neuneu ?
Foutriquets, merveilleuses, dandys, gandins, luronnes et fiers godelureaux dès matin se lutinent et s’allument pour que le soir pénètre en un lieu très secret une tête de nœud à grimper aux rideaux, un vitupérateur qui pisse sa chronique, un jeteur de gourme à gourmette, un jean-foutre, peut-être. Tout est fait, diantre, pour qu’on entre dans cet antre dont Eros est le chantre !
Pour la bignole rousse comme pour la reine de Prusse, ô l’étreinte, ô l’étrenne ! Mazette ! Le manant se voit dans la gazette des gagnants-gagnants, détrônant Don Juan, poussant Casanova dans un cul-de basse-fosse alors qu’il n’a produit rien de très étonnant : tout juste répondu à l’appel de nature et peut-être hérité d’une progéniture !
Fichtre ! Dire qu’il nous faudra appeler cela « Papa » !
D’un suivez-moi-jeune homme à ce bonheur-du-jour, ne serait ce pas là, pourtant, ce poussage de verrou aux orties fragonardes, tout ce qui met du sel à l’aventure humaine ?
En attendant, ventre saint-gris, c’est moi ici qui dois supporter la prison mais croyez moi, morbleu, dans neuf mois, je sortirai. Et il se passera un certain temps avant que j’aille m’intéresser à ce jeu de dupes, « voir sous les jupes des filles » !
C’est sur votre conseil que je viens de réaliser une œuvre qui est, me semble-t-il, créée pour surprendre les esprits chagrins des sélections officielles.
J’y ai mis de manière spontanée toute ma créativité, en toute liberté : les idées me sont venues comme par magie.
Ce tableau concrétise vraiment le sens que je veux donner à mon art.
Vous êtes la bienvenue au Salon des XX où j’aurai la joie d’exposer douze de mes œuvres. Joie et angoisse, vous connaissez mon naturel anxieux et mon appréhension pour ce genre d’aventure : votre œuvre vous échappe et est soumise à la critique, qui est loin d’être aussi généreuse que vous.
Veuillez transmettre mes meilleures salutations à votre mari, je garde le meilleur souvenir de mon séjour chez vous à Anvers,
Merci de m’écrire des mots si aimables, mais vous exagérez mon rôle : c’est vous, votre passion de la peinture, votre regard acéré sur vos contemporains et tout ce cœur que vous mettez à votre ouvrage, c’est tout cela qui fera de vous un jour, je le sais, un monument de la peinture.
Ne soyez pas triste si la foule qui se presse aux expositions, plus pour être vue que pour voir, n’accueille pas vos tableaux en fanfare. Ne pensez à rien : montrez, tout simplement, montrez au monde, et bouchez-vous les oreilles pour les fâcheux.
Est-ce qu’on peut appeler ça du tourisme nécrologique ? Voire du tourisme nécrophile ? Je connais un endroit à Rennes dans lequel il me suffit de parler d’Arthur Rimbaud pour que les gens pensent aussitôt à Isaure Chassériau ! Alors oui, j’y suis allé au cimetière de Charleville-Mézières comme à celui de Sète voir les tombes des poètes fumeurs de pipe ! Mais suis-je prêt à faire le déplacement jusqu’à Montrouge pour vérifier si la plus célèbre des inconnues rennaises, Isaure Chassériau, est enterrée là-bas ? Lui a-t-on élevé un monument commémoratif ? Ou est-ce à Saint-André Goule d’Oie en Vendée qu’on trouvera les traces de son bref passage sur cette terre ? Sachant que le château de Linières, dont elle hérita et où elle résida, est aujourd’hui détruit ? Et qu’en fait elle est morte à Paris ?
Depuis mardi dernier, c’est Narbonne qui reclignote dans les destinations de vacances possibles. La maison natale de Charles Trénet est certainement devenue un musée et j’ignorais quelles autres richesses touristiques étaient à voir en cette cité riante bien que sacrément peuplée d’électeurs du Rassemblement national. Je sais désormais qu’il existe des levers de soleil de toute beauté sur l’étang de Gruissan et ça me ferait assez plaisir de pousser jusqu’à Narbonne-Plage ou plutôt Saint-Pierre-sur-Mer où j’ai passé mes premières et mes seules vacances méditerranéennes. C’était en 1966, le camping était installé directement sur la plage et le soir on allait au café avec les adultes regarder les matchs de la coupe du monde de foot dont les vedettes étaient alors Franz Beckenbauer, Bobby Charlton et le Portugais Eusebio.
Est-ce Périgueux qui a donné le Périgord ? Pourquoi n’a-t-on pas eu dès lors de Vesoulord, de Rodézord ou de Carcassonnord ? Une destination qui me fait de l’oeil depuis un certain temps c’est Bergerac. A cause de Cyrano d’abord et puis parce que le vignoble local atterrit assez souvent sur notre table sous forme de vin blanc pour la cuisine et de rosé pour les repas avec les ami·e·s. Cela serait drôle de relire, sur place, pour la quatrième fois, ce roman de Simenon dans lequel le commissaire Maigret, la jambe plâtrée après un saut depuis un train en marche, se retrouve coincé à l’hôtel et mène l’enquête depuis sa chambre en rudoyant tout le monde y compris la pauvre Madame Maigret !
Je crois qu’on ira vraiment à Colmar ! Plutôt en hiver, pour voir la neige sur les toits des maisons à pans de bois. On comparera sur place le Pinot gris, le Sylvaner, le Riesling et le Gewurztraminer et après, complètement ivres, on chantera à tue-tête « Les cigognes sont de retour sur les clochers des alentours... ». Vaut peut-être mieux cette chanson que « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine » ou « Ils ont brisé mon violon car il avait l’âme française ». Quoique !
Je ne sais même pas où ça se trouve, Palavas-les-Flots, mais on y trouve un cheminement dans la mer bordé de lampadaires dessinés par Dubout. Une fois par an je voyais cette photo surgir du calendier perpétuel Géo offert par mes beaux-parents une année à Noël et posé à gauche de mon ordinateur au bureau.
J’ai failli oublier Dunkerque et son carnaval sauvage. L’envie m’est cependant passée d’aller me frotter à cette liesse populaire où la bière coule à flots. Si vous n’êtes pas vous-même déguisé en travelo, travesti en femme à barbe, gros baraqué à bas résilles et rouge à lèvres, qu’advient-il à votre appareil photo ? Et comment prendre des clichés dans ce chahut monumental ? Comment circuler à la nuit tombée ? Parfois le Nord me fait peur ! Ou bien est-ce que, transfuge de classe et de patrie, je snobe les Ch’tis pour leur préférer le carnaval de Venise ? Même pas ! Je n’irai pas non plus à cette fête d’exhibitionnistes !
Ce serait bien d’aller discuter le prix des bottes d’oignons au marché de Brive-la-Gaillarde mais ils connaissent le truc maintenant, surtout les gendarmes ! Ils ont même baptisée la halle du nom de Georges Brassens.
Aurai-je d’avantage ma place au Festival de théâtre de rue d’Aurillac ? Celui de La Flèche , dans la Sarthe, me suffira peut-être cette année. Comme dans tous, le cirque y a remplacé la prise de parole. Exactement comme dans la vie politique actuelle.
Groix, Belle-Île, Noirmoutier, Ré… Mon bilan carbone en matière de voyage aux îles se pose un peu là ! Il me manque Oléron. Faut-il que je demande à ma Marraine la fée un carrosse amphibie pour m’y rendre ? S’il te plaît, marraine d’Oléron… OK, je sors !
Après il y a tant de bêtises à dire et à ne pas faire ! Je propose entre autres : acheter une botte, une seule, à Nevers, des mouchoirs rouges à Cholet, se déguiser en cantonnier sur la route de Louviers, faire la route du « 21 » (Troyes-Foix-Sète), danser sur le pont d’Avignon, afficher une plaque d’ingénieur à Grenoble, valser sur « le Beau Danube bleu » à Vienne (Isère), organiser un rassemblement de sœurs jumelles à Rochefort ou de personnes prénommées Hélène sur le pont de Morlaix ou une foire au vin blanc à boire sous des tonnelles à Nogent-sur-Marne. Acheter un cadre de couleur noire à Saumur, faire des bêtises à Cambrai, admirer le clair de lune à Maubeuge, écrire des palindromes à Laval, écouter gronder le tonnerre à Brest. Et c’est ainsi qu’on boucle la boucle : ce genre de parcours fantaisistes au goût presque douteux, Isaure Chassériau n’arrêtait pas d’en inventer à l’époque où elle était directrice de l’Agence de Flânerie Amoureuse de Rennes !
Sous des atours délicats, Blanche de Forteteste cachait une âme rebelle.
Cela embêtait fort ses sympathiques géniteurs, Guillaume et Brunehilde de Forteteste, roi et reine du pays de Marche-Luy-Dessus, qui n’avaient que cette mijaurée teigneuse comme descendance et se désolaient de la voir refuser, un à un, tous les prétendants qu’ils lui présentaient.
- Vos prétendants, si je les déprécie, c’est que ce sont des prétentieux. Ils ne s’attendent pas à ce que je leur expose mes attendus, mes attentes et mes besoin d’attentions. Certains s’en offusquent et font demi-tour. Les autres prétendent que je suis folle. L’affaire est entendue : je ne me marierai qu’avec un gentilhomme qui saura m’écouter. Ne m’en présentez plus.
Tout ce qu’il y avait de jouvenceaux à marier dans le royaume était de toute façon venu tenter sa chance et s’était esbigné penaud devant cette demoiselle de caractère, férue de rhétorique et dotée par là-dessus d’une très grande culture : elle portait des bas bleus et un hennin pointu sous lequel « elle en avait ». Seuls de temps en temps encore désormais quelques étrangers de passage étaient invités à venir présenter leurs fromages à la zappée, pardon, leurs hommages à la frappée.
***
Ce jour-là, c’était au tour de Superman de se coller à l’entreprise de séduction coton. Il entra dans le grand salon où Blanche tricotait une écharpe de supportrice du SRFC, le Syndicat Reconnu des Filles de Caractère.
- Bonjour Dame Blanche, ô ma Blanche ! Je m’appelle Superman et je joue du ukulélé.
La princesse leva les yeux de son ouvrage et pouffa de rire en voyant la tenue du bonhomme : un horrible collant bleu pervenche recouvert d’un slip rouge lui moulait les couilles, l’écusson portant les armes de sa famille était brodé très large sur son poitrail et il traînait derrière lui une très longue cape rouge.
- Faites donc entendre votre mélopée, seigneur Superman. Ca fait longtemps que j’ai pas ouï ni même joui d’un poil d’uku !
Superman se râcla la gorge, fit quelques « Ploïnk ! Ploïnk ! » sur son petit instrument et entonna « La Dinde et le cochon », une chanson moyen-âgeuse, donc moderne, très ambiguë et très risquée dans le contexte que nous avons évoqué plus haut. Quand il eut terminé, Blanche de Forteteste lui demanda :
- Vous ne connaissez pas une autre chanson que « J’ai une belle dinde et un cochon bien gras » ?
- Si bien sûr mais la suivante, que j’ai écrite et qui a été primée au festival jumelé de la Rose d’or de Gif-en-Josas et de la carotte de Jouy-sur-Yvette n’est peut-être pas vraiment audible par vos chastes oreilles ?
- Waouh ! Vous avez obtenu la carotte d’or de la chanson paillarde ? Mais c’est excellent ! Tenez, enfilez donc un peu ce costume pour me la chanter !
- Quel costume ?
- Celui qui est derrière le paravent ?
- Voilà, j’ai mis les plumes ! Que fait-on maintenant ?
- Montre voir et fais entendre !
- Ca s’appelle « les préparatifs de l’expédition petit Poucet en Aamazonie ».
- Envoie la sauce !
- « Amazone, à ma zone, erre, ô Jane, Je n’ai pas songé Pour trouver point G A prendre cailloux Pour marquer chemin !
Amazone, à ma zone Quand tu cries J’ai l’oreille cassée Et quand tu débordes Jusqu’à l’Orénoque Noque Noque Noque On heaven’s door J’ai le coeur en déroute Jusqu’à Noke Noke le Zoute »
- Génial, Superman ! Génial ! Mais laissons tomber les chansons. Est-ce que tu veux bien rivaliser avec moi au concours du plus gros ballon ?
- Pourquoi pas ? Tout le monde prétend que je ne manque pas d’air !
***
Le roi et la reine de Marche-Luy-Dessus s’inquiétaient. Cela faisait une heure que le jeune freluquet était chez la princesse et elle ne l’avait toujours pas foutu dehors. Au mieux, d’habitude, l’examen durait cinq minutes.
Vous savez comme sont les parents dans ces cas-là : ils ne purent s’empêcher d’aller coller leur oreille à l’huis pour y ouïr, venant d’elle et lui, des choses très surprenantes comme :
- A mon tour ! A mon tour ! - Mais calme-toi ! C’est le quinzième préservatif que tu éclates ! - Ah ouais celle-là, je la connais mais en la mineur ! - Oui, bon OK ! Et à part des bons gros enfants joufflus, tu veux quoi pour ton Noël ? - Laissez ma chevillette tranquille ! Vous vous êtes trompée d’histoire !
***
Superman revint le lendemain, le surlendemain et neuf mois plus tard on s’aperçut qu’il avait gagné au concours du plus gros ballon.
Superman ! Dire qu’il y a encore quelques mois, c’était un personnage de premier plan ! Demain Superman se marie !
La fin de l’humanité vient de débuter. En fait non. C’est la fin du séjour du roi Louis XVI au sein de l’humanité qui vient de commencer. Est-ce sa passion pour la reine Marie-Antoinette qui lui a fait perdre la tête ? Son temps sur terre a été raccourci contre son gré. Un peu brutalement, même.
Mais tout n’est pas dit dans ce préambule. Il y manque certainement la référence à la pop-culture des années 2000. Messieurs Isaac et Malet, historiens scolaires du début du XXe siècle, ne pouvaient pas imaginer les dégâts que l’industrie cinématographique hollywoodienne provoquerait dans nos représentations. Ils avaient certes connu Alexandre Dumas qui s’accordait le droit de « violer l’histoire à condition qu’on lui fît de beaux enfants ».
J’ouvre ici une parenthèse : qu’attend donc Madame Dièse-Mitou pour faire mettre au pilori ou au pilon les billevesées machistes que le fils du général faisait écrire à son nègre Auguste Maquet ? Sexiste et colonialiste-esclavagiste en plus ! Je referme la parenthèse.
Malet et Isaac, donc, ne pouvaient pas savoir que Sofia Coppola, la fifille à son papa, donnerait à la plus étrangère des reines de France les traits aussi juvéniles que délicats de Mademoiselle Kirsten Durst. Tant pis pour la vérité historique ! Un bonbon de sortie d’école, ce n’est pas de la grande confiserie mais c’est très plaisant parce qu’instantané. Quand on dit « Marie-Antoinette », maintenant, on voit Kirsten Durst.
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Une fois mort, Louis XVI, décollé, a décollé vers le Ciel en emportant sa tête sous son bras. C’est ça, l’avantage de croire en Dieu ou au diable. Après le trépas on se retrouve au Paradis ou en enfer.
Pour lui, ça a été le Paradis. Saint-Pierre l’a accueilli avec un grand tube de Seccotine et il a recollé la tête sur les épaules du monarque « N’a qu’une flèche ». « N’a qu’une flèche » c’est là le petit nom que la princesse autrichienne donnait à son Loulou chéri, on ne sait trop pourquoi mais on croit deviner.
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Le Paradis est un village dans les nuages. Un genre d’EHPAD ou de motel ou de camping des années 2000 avec un bungalow pour chacun et chacune. Oui, parce que tous les couples, même les plus unis, y font chambre à part et mènent vie collective. N’y ont accès que des célébrités terrestres. Pourquoi ? Je ne sais pas. Si vous voulez des explications détaillées, désolé, ce n’est pas l’objet de ce livret.
Les bienheureux sont tous habillé de blanc, ils ont des ailes dans le dos, ils s’appellent « mon ange » et ils n’ont plus de sexe. Et voilà pourquoi ils font chambre à part !
Parce que la gourmandise est un vilain défaut et parce que la gastro est une maladie chiante on ne mange plus non plus et on boit encore moins. Dieu et sa bande veulent bien vous assurer l’immortalité de l’âme mais s’il faut livrer des pizzas où supporter des odeurs de fast-food, c’est non.
Ce n’est pas mal étudié, en fait. Les gens qui sont là ont suffisamment vécu d’aventures sur terre pour pouvoir, en toute cordialité, se les raconter les un·e·s aux autres. Et comme il y a des gens de toutes les époques, c’est intéressant. Il se crée des liens d’amitié surprenants.
Carlos Gardel et Sarah Bernhardt, par exemple, sont devenus très copains. Il lui a fait découvrir la musique argentine sur laquelle elle vibre comme ce n’est pas permis. Lui jouer un tango est irrésistible. Il faut voir comme elle secoue sa jambe de bois.
Évidemment, ça n’a pas beaucoup plu à Dieu qu’Astor Piazzola soit venu leur fredonner ses mélodies. Parce que Dieu est mélophobe : il déteste la musique. Il n’y a pas un seul piano, aucune trompette, pas le moindre tambour dans tout le paradis. Encore moins de bandonéon.
***
Que pensez-vous qu’un imbécile ferait dans ce monde-là ? Dans un univers de culture, de tolérance et d’empathie comme celui-là, Louis XVI, au début, a joué les bégueules. Se mêler à ces plébéiens dont la plupart sont, Dieu seul sait pourquoi, des républicains, trop peu pour lui ! Il est venu toquer tous les jours à la porte de Saint-Pierre.
- Kèkvouvoulez ? a demandé le concierge.
- C’est possible de redescendre sur terre ?
- Non !
- C’est possible d’avoir un atelier de serrurerie ?
- De la serrurerie ? Pour quoi faire ? On ne ferme pas les portes ici à part la grande de l’entrée.
- Je m’ennuie comme un rat mort. J’aimerais m’occuper les mains en bricolant un petit peu.
Il l’a tellement tanné jour après jour que l’autre a cédé. Il avait déjà concédé par le passé un atelier de sculpture à Bartholdi qui y construisait une réplique de la statue de la Liberté.
Comme la nouveauté attire les curieux et comme tout est toujours ouvert au Paradis, des bienheureux sont passés voir ce que Louis traficotait. C’est comme ça que Loulou est devenu pote avec le docteur Petiot.
Mince alors ! Vous croyez que c’est possible, ça, vous ? Le docteur Petiot est au Paradis !
Ca doit être comme les 7 % de pertes humaines auxquelles l’armée français a droit. Il doit y avoir un pourcentage d’erreur ou un gros bug dans le logiciel Parcoursup du Purgatoire. Ou alors ils n’ont pas voulu de lui en Enfer. Toujours est-il que ces deux-là sont devenus copains comme cochons. Et « cochons », c’est le mot qui convient.
Petiot a montré à Loulou les pamphlets qui ont été écrits, en son temps, sur l’Autrichienne et que l’on cachait alors, bien entendu, aux yeux de Sa Majesté. Rien de ce que fait le couple royal ne lui échappe, à la presse et au monde du ragot dont le docteur est si friand que ça confine au voyeurisme. Et savez-vous ? Ca fait bien plaisir à Louis XVI de découvrir qu’on prête à Toinette des turpitudes auxquelles elle ne s’est jamais livrée, en tout cas pas avec lui.
On a beau ne plus avoir de sexe, la littérature érotique de dessous le manteau, ça fait encore de l’effet, au moins aux serruriers et aux pervers.
***
Mais depuis quelque semaines, il se passe quelque chose de bizarre au paradis. Petiot et Louis XVI ont installé une serrure et plus personne ne peut entrer dans leur atelier. Comme tout le monde ici ils sont en manque de documentation et le gars qui vient livrer des vieilles revues et des livres à la bibliothèque n’assure plus la liaison avec le monde d’en bas. Il paraît qu’ils ont chopé un méchant virus sur Terre. A la réception, Saint-Pierre se plaint d’être débordé.
Les deux psychopathes en liberté s’en fichent, ils ont prévu de réagir. Sait-on jamais à quoi rêvent les pions ! Ces deux-là ont un projet : construire une chatière à la porte du Paradis et se barrer. Ne serait-ce que pour aller une fois au moins dans un cinéma voir Kirsten Durst interpréter Marie-Antoinette !
Les cassoces de la cambrousse sont venus se plaindre au surgé. Ca gueule en stéréo dans les couloirs du castel : pas besoin d’ampli ni de micro quand les pros de la réclame viennent en faire des kilos côté manif à propos de l’actu déplaisante. Ils font autant de barouf qu’un rhino qui aurait chopé une rhino, qu’un Béru qui souffrirait d’une blenno.
Bref, le roi leur a accordé une audience et voilà les prolos de la bouse avec leurs pieds dégueus et leurs fourches brandies qui abîment le lino de son living.
- On l’a chopé en flag, majesté ! Et c’est pas une hallu ! Une espèce de dino qui taille des bifs commaques dans nos pauvres agneaux ! Il sort des flammes de son goulot et de la fumée de ses naseaux, pire qu’une loco ! S’il ne venait que pour l’apéro, encore mais c’est la cata ! Barbeuc trois fois par jour ! Y’aura bientôt plus rien dans nos frigos ! Il prend nos prés pour son resto ! Y bouffe toute notre prod, cet affreux jojo ! C’est pas réglo ! Or il est prévu dans le règlement de la commu ou dans les statuts de l’asso, quelque part, que dans ce cas de figure vous envoyez l’armée attaquer le machin au démonte-pneu. C’est-y pas vrai ?
- Vous avez raison, pas besoin de vérif, c’est bien à moi de faire le shérif ! a concédé le monarque. Y’a pas photo, tout est réglo. Je lui mets la brigade des stups aux fesses ! Rentrez vous confiner chez vous, d’ici peu on aura alpagué ce gaucho toxico. J’envoie les paras !
***
C’était une belle démo de discours démago, d’intox digne de « Bourrage de mou-hebdo ». Il a fait venir illico celui des ses collabs qui était chargé de la soldatesque et donc de la sécu du royaume. C’était un colon baraqué qui faisait de l’haltéro mais pesait peu de poids face à ses feignants de sous-offs alcoolos qui ne tenaient pas leur troupes abonnées à jamais à la glande en transat.
- Encore cette saleté de redif avec le dragon folklo ? Mais c’est de la provoc ! On l’a déjà lu soixante fois, votre poly, cher dirlo ! Vous savez bien que personne chez nous n’est cap d’aller fabriquer un sac en croco avec le cuir de ce bestiau ! Faudrait être pété du transfo pour aller affronter ce Yougo ! Vous savez quelle est ma philo ! Nos bidasses ont beau clamer partout qu’ils sont hétéros, ce ne sont que des petits pédés qui font de la gym et de la muscu en collant fluo. Il n’y a guère qu’en matière de petits bisous dans le cou qu’ils sont pour le développement du rab !
- Votre discours de beauf est limite homophobe, mon colon ! Ce n’est donc pas la peine que je promette la main de ma fille en récompense ?
- Votre mijaurée est en promo ? Peu leur chaut à mes zigs ! Ne jouez pas au proxo, sire ! Ces fils de putes de simili-Apaches des fortifs n’aiment pas les greluches ! Nulle envie de nympho ou de reine du porno pour ces accros à la gonflette. Puisque je vous dis qu’ils sont homos ! Et puis on le connaît bien votre numéro de saxo. Cette histoire de dragon libyen , c’est juste de la pub pour ces mythos de cathos ! Un plan com’ des jèses pour mettre un coup de projo sur leur secte. Moi je ne suis pas fan de cette équipe de romanos masos. Appelez donc plutôt Moers au labo !
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Et voilà pourquoi, une fois encore, le seul véto dispo chargé de faire la piquouse à la bête s’appelle de nouveau Saint-Georges. Extra, le scénar ! Le roi de la récup sort du service de repro avec un scan du contrat et le voilà, tout armé, tout brillant dans son armure en alu, qui sort sa seringue pleine de Pfizer et s’en va allonger Toto ! Il le connaît par coeur, à force, le tuto !
C’est le grand jeu de la colo, la super soirée diapos, avec le gentil mono déguisé en héros bobo, genre ancien des Bat’s d’Af mais à tronche d’intello sympa qui connaît plus de mots du dico. Et le voilà qui part à l’assaut du vilain coco, qui tranche dans le vif et il y a du sang, du vomi, de la gastro, pas du ketchup ou de la mayo, du vrai de vrai de meurtre, pas de la simu comme au ciné pour les ados ! Il va lui défoncer le postère, l’envoyer en réa à Pontchaille ou plutôt ad patres parce qu’il y a déjà trop de populo à l’hosto ! Pisse ton sang, fais la jaillir, ta rose rouge, puis disparais, l’antiquaille !
Fin du doc ! Rien de neuf dans la bio ! Passe ton bac d’abord, mon dino, puis de vie à trépas, à crédit et en spéléo !
D’ailleurs l’exo est fini, vous pouvez poser vos stylos et rêver de poupées plus sympas, avec soutif ou pas, sur la plage d’Apocopacabana !
Forte récompense à qui retrouvera Laure Manaudou, vue pour la dernière fois au bord de l’extinction de voix et d’une piscine olympique dans laquelle nageait son frère Florent.
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Attention, danger : chute de feuilles mortes, de moral et de température. Il semblerait que le bonhomme Hiver s’approche de nos contrées à grands pas. Son ambassadeur, le bonhomme Automne, prépare le terrain !
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Si vous lisez cette affiche, c’est qu’il est déjà trop tard : la peinture du banc sur lequel vous êtes assis·e était encore fraîche. Nous n’y avons pas déposé de panonceau indiquant cela de peur d’abîmer notre beau travail.
Léonard D. et Michel. A, peintres municipaux
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Appel aux bonnes volontés : Madame D. et Madame A. ont ouvert, à deux pas du jardin public, une boutique de nettoyage de vêtements. Aucune tache ne leur résiste, y compris celles dues à la peinture fraîche des bancs publics.
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Saison d’ouverture de la chasse aux écolos chauds du slip. Les dates officielles ont paru dans la revue « La Hulotte ».
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Avis aux non-fumeurs :
Fumer tue. N’allez pas croire pour autant que ne pas fumer ne tue pas. On ne meurt pas de la même chose mais on peut mourir quand même !
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Affiché dans une imprimerie :
Le typographe qui a parlé du virus Omacron paiera sa tournée vendredi soir pour réparer cette abominable couille. Ah ben tiens, moi aussi je participerai au financement du pot : j’ai oublié le « q » de coquille !
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Autocollants pour voiture :
Attention, pangolin à bord
Si t’es chauve, souris !
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Affiché à la Samaritaine :
Les parents de la petite Anna Karénine sont priés de venir récupérer leur gamine au rayon des jouets. Ca va faire trois heures qu’elle s’amuse avec le train électrique ! Le magasin va fermer et pas moyen qu’elle décroche !
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Affiché chez un coiffeur en Espagne près des arène de Grenade :
Prière de ne pas déranger les toreros en leur parlant d’épilation du pubis pendant qu’ils se font couper les cheveux bien dégagés autour des oreilles.
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Affiché dans un cimetière :
Zone exclusivement réservée aux gens dont les avis sont sans concessions.
Prière de ne pas déranger les mort·e·s dans leur sommeil éternel, surtout la nuit. C’était déjà assez éprouvant comme ça, pour certains·e·s, d’avoir de leur vivant des voisins du dessus trop bruyants !
Le propriétaire de la tombe n°261, sise division 6, chemin Lesseps, M. Loulou Gasté, est prié de prendre son mal en patience et de s’habituer à sa solitude. Madame Line Renaud vient d’épouser M. Bernard Lavilliers. Après avoir visionné en « binge watching » sur Arte les neuf épisodes de la série « Nona et ses filles » de Valérie Donzelli dans laquelle Miou-Miou incarne une dame de 70 ans qui tombe enceinte, le jeune couple a décidé de fonder une famille et d’attendre que le barouf autour de Joséphine Baker cesse un peu pour que « la demoiselle from Armentières » puisse également postuler elle aussi, dans pas mal d’années, à la panthéonisation.
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Affiché dans un bureau de vote :
Forte récompense à qui saura dénicher un candidat qui n’est pas de droite, au fond.
Tout bulletin portant l’inscription « Laure Manaudou », même s’il a été plongé dans l’urne avec énergie et prononciation du mot « Plouf ! » sera considéré comme nul.
Tout bulletin portant l’inscription « Kiki Caron » c’est bonnet blanc et blanc bonnet… de piscine !
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Affiché dans un bureau de vote à Douai (Nord) :
Appel aux bonnes volontés : on recherche des citoyens suffisamment investis pour nous aider à (d)épouiller ce soir le jeune Arthur Rimbaud qui a chopé des poux lors de son séjour à la prison Mazas.
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Forte récompense à qui retrouvera mon casse-noisette [signé : Petr Ilitch Tchaïkovski]
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Avis aux non fumeurs :
Non, votre non-fumée ne nous dérange pas, c’est juste votre absence de défauts qui nous énerve !
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Affiché dans une forêt :
Les parents de la petite Boucle d’Or sont priés de ne pas laisser divaguer leur animalcule sur notre territoire. Elle a causé bien des dégâts dans notre logis. La prochaine fois, vous êtes prévenus, nous lui tirerons dessus !
[signé : Les Trois ours]
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Les parents du petit Chaperon rouge sont priés de remplir le panier de leur gamine de façon un peu plus variée : une galette et un petit pot de beurre salé, ça a beau être breton en diable, ça ne vaut pas cinq fruits et légumes par jour !
[signé : Jean-Loup Hiétu, médecin nutritionniste]
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Appel aux bonnes volontés : les parents du petit Poucet et de ses six frères se sont perdus dans la forêt après avoir tenté de s'y' débarrasser de leurs enfants. Ceux-ci ont retrouvé le chemin de leur maison et la grille de loto égarée qui s’est avérée comporter les chiffres gagnants du tirage du vendredi 13. Une battue est organisée ce jour à 15 heures en vue de les retrouver. Contacter Jean-Emile Barbebleue, capitaine des pompiers de Perrault’s Guirec.
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Affiché sur un mur resté nu :
Zone exclusivement réservée aux tagueurs et graffiteurs à l’orthographe impeccable
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Avis aux non-fumeurs : avez-vous déjà essayé de devenir non-vapoteur ? Il paraît que c’est moins dangereux pour les poumons !
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Saison d’ouverture de la chasse aux papillons : à partir du mardi 30 novembre 2021 il sera permis de laisser sortir Cendrillon de sa cage. Les parents de la jeune fille veilleront cependant à ce qu’aucun écologiste chaud du slip ne s’intéresse de trop près à l’échancrure de son corsage et aux plis de son cotillon.
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Le propriétaire de la toile n° 22 montrée récemment à l’exposition de l’Atelier de peinture de Villejean, Mme Stéph-Anny X. est en droit de considérer que ses parents étaient, à sa naissance soit dysorthographiques, soit hyper-originaux, soit complètement bourrés.
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Attention, danger : Chute de Niagara
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Attention danger : chute de chasseur de primes non-fumeur et propriétaire d’une collection d’affiches exclusivement réservées à l’instruction des parents de bonne volonté.
C’était l’été de mes dix ans, en août 1964 pour être plus précise. Comme chaque année, je passais les grandes vacances chez ma grand-mère à La Châtre. Vous ne connaissez pas ? Ça ne m’étonne pas, c’est un trou paumé pas loin de Châteauroux dans l’Indre.
Ce n’était pas vraiment ma grand-mère, c’était la marâtre de ma mère. Elle se prenait pour une reine sur son trône. Elle avait réussi à se faire épouser par mon grand-père, tendre bûcheron naïf. Elle l’avait si bien charmé avec ses appâts. À quarante ans, elle n’était pas encore trop abîmée. Même si je la trouvais très vieille. Vous l’aurez compris, je la haïssais avec tout l’entêtement et toute la passion dont une gamine jalouse est capable.
Ce mois d’août était interminable et brûlant. À la radio les Parisiennes chantaient « Ah ! C’qu’on est bête !». Vingt fois par jour, c’était entêtant. Pour tromper mon ennui, je faisais le tour du jardin en sautant à cloche-pied et en chantant « Ah ! C’qu’on est bête ! ». Sans arrêt. Je voyais bien que ça l’embêtait, la vieille. Oui, dans le secret de ma tête, je l’appelais la vieille. J’aimais bien attiser son côté acariâtre. J’attendais qu’elle se fâche vraiment. Que je lui gâche la vie ! Je voulais la détrôner dans le cœur de Papy. J’aurais voulu qu’elle explose de colère et se déchaîne contre moi. Comme ça, mon bêta de grand-père aurait dû me défendre. Il m’aurait prise sur ses genoux pour me câliner. J’aurais beaucoup pleuré et il se serait fâché contre elle. Elle n’était pas si bête, elle avait compris mon manège et savait se contrôler.
Dans le pré, à côté de la maison, il y avait un âne. Son âne ! Elle l’idolâtrait ! Il était bête, têtu, il bâfrait le foin et rêvassait à longueur de temps. Quel bâtard ! Quand elle ne regardait pas, je lui collais des coups de bâton. Le projet m’est venu de le faire disparaître. Un soir, après dîner, j’ai discrètement ouvert la clôture. Le lendemain, il n’était plus là et la porte de l’enclos était entrebâillée. Elle était blême d’angoisse. Je m’appliquais à garder mon air le plus innocent, mais j’étais drôlement contente.
C’est le garde-pêche qui l’a retrouvé sur le bas-côté d’une route. Comme il faisait très chaud, il a fallu très vite l’enterrer. On n’allait quand même pas en faire un ragoût. C’était drôle. On lui a fait un monument sous le grand chêne. Grand-père a fabriqué une pancarte sur laquelle il a écrit : « Ci-gît Gaston mort accidentellement le 13 août 1964 ». Eh oui ! Elle l’appelait Gaston, moi je l’appelais Gâteux. En secret bien sûr. Elle a beaucoup pleuré et moi, infâme, j’ai pleuré aussi. Pour le dire crûment, je ne m'étais jamais aussi bien amusée.
Je crois qu’elle m’a soupçonnée mais il n’y a pas eu d’enquête. Elle ne m’a pas fait de gâteau d’anniversaire cette année-là. Tant mieux, je détestais ses forêts-noires plâtreuses, ses desserts douceâtres, ses crèmes sans goût et ses crêpes farineuses. Beurk ! Dégoûtant !
En tous cas, je n’y suis plus jamais allée en vacances et ça, c’était la fête ! Ah ! C’qu’on est bête !
Les pompiers du pays des contes ont été mobilisés pour vacciner la population contre la maladie du coronavirus. En tant que sujet au vertige je ne tiens pas pour ma part à me faire vacciner au sommet de leur grande échelle.
Si Astra Zeneca est une margarine pourquoi donc s’étonner qu’on en fasse des tartines à propos de son efficacité ?
Le Musée d’Orsay rebaptisée Giscard ? Tant qu’à faire d’honorer un crâne d’oeuf pourquoi pas carrément Humpty-Dumpty
Qu’Allah me tienne en vie le plus longtemps possible ! Si ce n’était pas le cas, s’il s’avérait un jour que je ne suis pas un immortel, je tiens à ce qu’on grave cette épitaphe sur ma tombe : « Les décors étaient de Roger Hart, les costumes de Donald Cardwell ».
Devinettes
Une lieue équivaut à quatre kilomètres. Un peu plus mais on arrondit. Combien une boîte de sept lieues vous fait-elle franchir de kilomètre en un seul pas ? L’ogre vient de se réveiller et d’enfiler ses bottes. Sachant qu’il n’est plus permis de se déplacer au-delà d’un rayon de 10 kilomètres autour de son domicile sans attestation, indiquez quelles cases de l’attestation dérogatoire de déplacement à deux pages il doit cocher pour aller faire trois pas dans son jardin et pisser contre la haie de thuyas ?
Si les noms propres étaient autorises au scrabble, qui rapporterait le plus de points ? Sarkozy, Merckx, thuya ou coccyx ? Oui je sais coccyx et thuya ne sont pas des noms propres, surtout après le passage de l’ogre.
Quelle est la couleur de la barbe de Barbe-bleue ?
Le 23 mai 2021, Emmanuel Macron, président de la République française, en proie aux effets d’un puissant narcotique de fabrication russe, tombe du train présidentiel Railforce One dans une courbe où le train a ralenti son allure, peu avant Bergerac (Dordogne) et peu après avoir ouvert la fenêtre du wagon.
Ses ennuis ne font que commencer. Un peu comme avec le fameux triangle des Bermudes, il existe à ce niveau une faille dans le continuum spatio-temporel. Le président en pyjama est récupéré, soigné et hébergé par un cheminot et une garde-barrière puis livré le lendemain à la police de Bergerac. Il apprend qu’on est en 1920 et qu’il est soupçonné d’être le coupable de trois meurtres ou agressions qui défraient la chronique dans la région. Le fameux commissaire Maigret est même descendu de Paris, un peu rapidement lui aussi, puisqu’il a sauté du même train la semaine précédente. Il s’est fait tirer dessus par le suspect qu’il avait pris en filature et il mène depuis sa chambre à l’hôtel d’Angleterre une enquête pour le moins statique. "Ca n’avance pas !" se plaint-il à son épouse venue l'aider.
Macron est inculpé et mis sous les verrous et Jules Maigret rentre à Paris, bougon comme à son habitude et insatisfait plus encore. Et si cet homme qui prétend être président de la République débarquait réellement de l’année 1921 ? Pourquoi le commissaire Siraneau était-il si pressé de conclure l’enquête en coffrant ce suspect tombé du ciel à travers les nuages ?
Maigret fait part de ses doutes à son frère jumeau, Jim Maigret, dont personne n’a jamais entendu parler pour la bonne raison qu’il est un agent très zélé des services secrets du président Paul Deschanel. Celui-ci décide de faire revenir l’homme au pyjama à Paris.
Pendant ce temps, en 2021, c’est la panique à bord. Le président a disparu ! Gérard Larcher assure l’intérim avec bonhomie mais tout l’appareil de "La République en marche vers sa chute» est en alerte orange. Le président sera-t-il retrouvé avant l’élection présidentielle de 2022 ? Pourquoi ne donne-t-il pas de nouvelles ? Pourquoi ne reçoit-on pas de demande de rançon ? Un avis de recherche est placardé sur tout le territoire. Il ne donne rien jusqu’à ce qu’un citoyen dénommé Iosif Ilarionovitch Krapov mais il souhaite rester anonyme et ne pas toucher la récompense promise, signale un fait étrange. Sur l’encyclopédie en ligne Wikipédia, alors qu’il cherchait la notice « Kiki de Montparnasse » - à quelles fins ? Pour se rincer l’œil à l’ancienne ? C’est ça qui explique sa demande d’anonymat ? – il est tombé sur cette photo de 1920.
Grand émoi dans le Landerneau élyséen ! Comment expliquer la présence du président dans ce groupe d’artistes ? Comment le prévenir que son épouse Brigitte l’attend tous les soirs à la maison et se désole devant sa vaisselle neuve de son absence à ses côtés ? Doit-on montrer la photographie à l’épouse ?
Soudain le quêteur de l’assemblée, le député d’Ille-et-Vilaine Florent Chapelier, a une illumination quasi rimbaldienne. Il se souvient d’avoir visité jadis à l’Université de Rennes 3 le laboratoire Tornado. L’équipe de la professeure Isaure Chassériau y travaillait, de manière tout aussi expérimentale que secrète, sur une machine à remonter dans le temps pour venir en aide aux femmes en détresse. Chapelier est désigné pour mener à bien la mission HMTD 1920 « Hey, Manu , tu descends ? ». Il prend contact avec les universitaires.
Malgré l’hostilité prononcée des adjoints d’Isaure, les frères Park, prénommés Luna, Central et Jurassic, une expédition est mise sur pied. Les quatre scientifiques et le député atterrissent à Paris en 1920.
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Pendant ce temps Emmanuel Macron a été présenté au président Paul Deschanel et aux membres de son gouvernement. Celui-ci l’a longuement interrogé sur l’histoire du XXe siècle. Le fait qu’on ait marché sur la Lune en 1969 a fait des bosses à ces braves gouvernants. L’histoire du manque de masques en stocks en 2020 leur est passée par-dessus la tête.
- Nous on sort d’une épidémie de grippe espagnole, alors votre pneumonie chinoise, à côté, ça nous fait bien rigoler !
Par contre l’annonce d’une deuxième guerre mondiale les a sidérés. Deschanel a décidé de créer un conseil scientifique en vue d’éviter le prochain conflit avec l’Allemagne et il en a confié la présidence à Emmanuel.
- C’est bien gentil, a remercié Macron, mais moi, sans vous désobliger, j’aimerais mieux retourner en 2021 !
- Eh bien faites, mon vieux ! Si vous savez aller marcher sur la Lune, cet objectif de retour vers le futur ne devrait pas vous poser de problème ! Votre attitude est assez désobligeante, monsieur ! On ne refuse pas un poste comme celui-ci ! L’intérêt de notre pays et l’instauration de la paix dans le monde, ça passe derrière votre désir d’aller à la soupe sous les dorures et au lit avec votre bobonne tous les soirs ? Eh bien bravo, la descendance ! Quand vous êtes tombé du train en pyjama, vous vous êtes reçu sur la tête ou quoi ?
- Pardon, vous avez raison, monsieur le président. De toute façon, ce que je demande semble effectivement impossible à réaliser. C’était juste un moment de nostalgie.
- Avoir la nostalgie du futur, c’est un truc auquel je n’aurais jamais pensé, raille Alexandre Millerand, le président du conseil. Donc vous restez ?
- Oui, Messieurs. Si je peux œuvrer en vue d’éviter cette deuxième guerre mondiale, je le ferai. En même temps, j’ignore si j’ai le droit moral de modifier le passé.
- Vous nous emmerdez, Macron ! Le passé c’est quatre ans de tranchées, de grosse Bertha et de taxis de la Marne et toute une génération transformée en gueules cassées ou en anges au ciel. Nous on ne veut pas que ça recommence. On se revoit demain. Trouvez-nous quelque chose d’ici-là pour éliminer ce boche ! Comment dites-vous qu’il s’appelle ? Adolf Himmler ?
- Hitler, Monsieur le président.
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Adolf Hitler ne prendra la tête du parti nazi (DAP puis NSDAP) qu’en 1921. Pour l’heure le militaire vient de mettre la dernière touche au portrait intitulé « Der rote Rackheim ». Car Adolf, à ses heures de loisirs, est un peintre d’avant-garde au talent mal reconnu. Le petit caporal – en fait il n’est que soldat de première classe – peint dans un style hyperréaliste qui n’intéresse personne à l’époque.
- Au cas où vous ne sauriez pas, M. Hitler, se marrent les marchands de tableaux juifs, il y a un truc qui s’appelle la photographie. Ca donne des résultats similaires à ce que vous faites mais ça n’est pas ça que les gens veulent, voyez-vous. Ca ne se vendra jamais, vos marins d’eau douce trop ressemblants !
Adolf ne dit rien, remballe ses toiles mais intérieurement il les envoie se faire foutre. « Je me vengerai, un jour ! ».
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Après une bonne nuit de sommeil Macron vient de trouver « l’idée ». Il déclare à ses homologues.
- Il n’est pas question d’éliminer physiquement le futur auteur de « Mein Kampf » car cela en ferait un martyr et galvaniserait ses acolytes. Il faut changer son destin, faire en sorte de le détourner à jamais de la politique. Il faut juste qu’il traverse la rue et trouve un emploi de peintre reconnu.
- Qu’est-ce que vous proposez, Macron ?
- Faisons-le venir à Paris. Déroulons-lui le tapis rouge. Achetez-lui ses croûtes, faites-lui découvrir la vie de Bohême, il a déjà donné je crois dans son adolescence.
Après discussion, tout le monde tombe d’accord avec la suggestion du « président en pyjama». Les choses ont, du reste, peu changé de nos jours.
- C’est très bien, Manu, déclare Deschanel. On va vous introduire chez les Montparnos. Vous y ferez la connaissance de notre agent là-bas. Elle s’appelle Alice Prin mais vous pourrez l’appeler Kiki. On vous donne une semaine et un mastard de carnet de chèque pour tâter le terrain, acheter de faux acheteurs, lui fournir un atelier, un logement luxueux. Ensuite, direction Münich ! Vous nous faites faire de ces choses, vous alors !
Macron ne proteste pas. Il va découvrir ce que c’est que de bosser réellement ! En même temps, c’est une comédie qui se joue là et le théâtre, il en a fait, il en connaît un bout.
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- Comment ça se termine ? Ce subterfuge permet-il d’éviter le conflit de 39-45 ? Y a-t-il une autre guerre en 1978 comme le suggère l’historienne Nabilla B.? Qu’est-ce qui se passe entre Kiki de Montparnasse et Adolf H. ? Entre Kiki et Manu ? Sachant que si on retourne dans le passé on n’a pas le droit de changer le cours des événements ? demande la productrice.
- Ah mais ça c’est une convention chez Poul Anderson, uniquement !
- Il faut qu’il y ait une chute à ton histoire, sinon je ne suis pas preneuse !
C’est ce que m’envoie Marina Bourgeoizovna, ma productrice, à la figure. Je suis tellement enthousiasmé par l’écriture de mes trois pages de pitch que j’ai oublié que je l’avais aussi, la chute.
- Tout marche sur Déroulède, Hitler et l’hyperréalisme deviennent la coqueluche des Parisiens. Du coup le cubisme et le surréalisme sont dans un bateau, le surréalisme tombe à l’eau, le cubisme aussi. Qu’est-ce qui reste ? Rien, les musées sont fermés ! Macron file le parfait amour avec Kiki, Deschanel l’a désigné comme son successeur éventuel, il va de nouveau être président de la République, il n’y aura pas de débarquement en Normandie, de libération de Paris, de… Grâce à sa connaissance du passé il va modeler le futur, être le maître des horloges et du monde !
Sauf que le contact finit par s’établir ! Isaure Chassériau, les frères Park et Chapelier ont repéré le Manu-Manu à un point très précis du temps : le jour où la photo de Wikipédia a été prise. Quand tous les invités ont été partis, ils ont sonné. Kiki a passé un peignoir, elle a ouvert.
Tête de Macron en pyjama devant Chapelier qu’il avait pratiquement oublié !
- Monsieur le président ! Heureux de vous retrouver ! Il faut rentrer ! Tout le pays vous attend. Mes chauffeurs peuvent nous déposer à la veille ou au lendemain de votre courte disparition lors du voyage à Biarritz.
- Vous êtes fou, Chapelier ? Je n’ai jamais été aussi heureux et je ne me suis jamais autant amusé que par ici ! Qui plus est je rends service à l’humanité en évitant plein de conflits ! C’est trop bien, 1920 !
- En même temps, corrige Isaure, on ne peut pas le déposer le 23 ou le 24 mai. Si sa disparition n’a pas lieu, vous n’êtes pas venu nous trouver et nous ne sommes pas là en train de le récupérer.
- Ce serait bien qu’on fasse vite, appuie Jurassic Park, le plus bougon des trois. On n’a pas que ça à faire. On est attendus chez l’oncle Camille Cinq-Sens, au Vieux Saint-Etienne, rue de Dinan, pour taper le carton avec les potes !
- Qu’est-ce qu’on fait alors ? demande Chapelier désemparé.
- Aux grands maux, les grands remèdes !
Les frères Park se jettent sur Macron, le ligotent et le bâillonnent.
- Ben et moi ? Qu’est-ce que je deviens sans mon mac ?
Elle gueule comme un putois, la Kiki !
- Ah tiens, la partie féministe de l’histoire ! On avait failli l’oublier, celle-là, rigole Central Park. Allez, à toi de jouer, dame Isaure.
De la poche de sa combinaison rose, la professeure Chassériau sort une carte de visite. C’est celle de Man Ray, un peintre et photographe qui va devenir bien plus célèbre qu’Adolf H. une fois que la mode de celui-ci sera passée.
- Allez voir ce monsieur ! Je vous assure que vous ne le regretterez pas. L’immortalité vous attend et qui sait, peut-être un jour, le Panthéon !
- Le Panthéon ? Là ousque sont enterrés Verlaine, Rimbaud et Victor Hugote ! Ah ben merci ma brave cocotte mais j’aye que dix-neuf ans, bibi, et toute une vie à vivre encore !
- Vous la vivrez. Quand à ce type, oubliez-le. D’abord il est marié…
- Et ben alors ? Ca gêne pas ! Il ‘tait gentil, mon Manu. En même temps…
- En même temps ?
- Je n’me vois pas trop non plus vivre toute ma vie en femme de fonctionnaire !
- Dites, Kiki, ajoute Isaure en fouillant dans une autre poche, quand vous verrez Man Ray, vous lui donnerez ça !
- Oh c’est rigolo ! Kèksé donc ?
- Ce sont des ouïes de violon adhésives !
- Pour quoi c’est faire, ce truc qui colle !
- Il saura bien ! Vous verrez !
- Bon ben merci, Madame Dufutur ! Tiens, ça vous embêterait d’emmener cette horreur ? C’est Manu qui me l’a offerte mais je trouve ça sinistre. C’est une toile d’Adolf, l’Allemand que j’ai jamais su si c’était Hitler ou Himmler son blaze.
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Isaure a embarqué le tableau. Les quatre hommes ont installé le paquet assommé dans le véhicule Tornado, celui dont on peut voir une maquette maquillée en fontaine sur la place Rallier Du Baty à Rennes, et ils sont revenus dans le présent.
Depuis son retour Emmanuel Macron tire un peu la tronche mais ça ne se voit pas trop parce que, comme tout le monde en temps de Covid, il porte correctement le masque sur le nez et la bouche.
Le tableau qui représente le chevalier Franz von dem Schellfisch a été accroché chez l’oncle Camille dans la salle du Vieux Saint-Etienne mais on ne peut l’y admirer car à l’heure actuelle les cafés sont fermés alors que les églises non. Choisis ton camp, camarade !
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- Bon, ça va, je produis, a déclaré Madame Bourgeoizovna. Même si c’est un film où il n’y a pratiquement que des mecs. Mais ton directeur de casting, il est misogyne ou quoi ? Déjà, Marianne James en Brigitte Macron, je ne vois pas du tout de ressemblance.
- Justement, il n’en faut pas !
- Et pour Isaure et Kiki, il a des vues sur ki, pardon sur qui ?
- Audrey Tautou pour Isaure.
- Houla ! Ca va chiffrer du coup ! Déjà Jean Dujardin en Deschanel, on va douiller ! Et pour Kiki ?
- Blandine Bellavoir, l’Alice Avril des « Petits meurtres d’Agatha Christie» !
Après une nuit où, dans mes rêves, les idées noires ne m'avaient pas lâchée, où une vraie tempête habitée de fantômes s'était déchaînée dans mon crâne, j'étais poussée à me lever tôt pour ressentir un mieux-être.
Ayant reçu ma consigne d'écriture la veille, j'avais hâte de partir à la pêche aux mots drôles, bien décidée à aller à la conquête du rire avec ce nouveau prêche.
Au premier coup d'épuisette j'ai mis de côté quelques mots bâtards totalement dénués de drôlerie. Le binôme archevêque /évêque me semblait bien défraîchi et honnêtement je savais que « extrême-onction », « râleur », « fâchée » et « soûlot » ne déclencheraient pas l'hilarité.
Il apparaissait que mon enquête était plutôt râpée et mon texte... dans le pâté !
Opiniâtre, la mâchoire serrée, je continuai ma pêche à la ligne. Je remarquai que les mots chapeautés cachaient sous leur galurin une âme sensible qui aimait les câlineries et les tête-à-tête.
Avec sa forme qui ressemble à un ouvre-boîte, l'accent circonflexe met son grain de sel dans la pâtisserie, les crêpes, la forêt-noire, le casse-croûte en général et les huîtres en particulier.
Je suis quand même déçue, c'est sûr : je rentre bredouille de mots d'humour. Je ne vais pas m'entêter à user ma touche « accent » du clavier de mon ordinateur juste pour que mes bêtises ne déclenchent qu'un bâillement.
Je ne vais pas abuser indûment de votre temps pour quelques mots banals, ce serait gâcher. Je préfère vous faire le câlin de l'amitié.
Tonton Riri avait un quotidien bien huilé, une sorte de train-train que rien ni personne n’aurait pu mettre en péril.
Il se levait à l’aube et préparait dare-dare son petit café dans lequel il versait quelques gouttes de lait. A la suite de quoi il sortait précautionneusement du placard une boîte en fer sur laquelle on pouvait voir Riri, Fifi et Loulou, ses héros favoris de bande dessinée lorsqu’il était enfant. Elle lui avait été offerte par sa tante Mimi et il y tenait comme à la prunelle de ses yeux. De la boîte il sortait trois petits gâteaux secs en forme d’étoile dont je n’ai jamais su le nom. Où se les procurait-il ? Ceci était toujours pour moi un mystère. Jamais quatre, jamais deux….toujours trois qu’il trempait dans son café au lait et dégustait religieusement avant de refermer la boîte, de la mettre en lieu sûr et, vous n’allez pas le croire, de filtrer avec une passoire à mailles très fines le reste de café au lait qu’il débarrassait ainsi des morceaux de gâteaux tombés dans le bol. Puis goulument, il dégustait son café au lait débarrassé des miettes indésirables.
Ensuite venait le tour de Lady Gaga, sa chatte angora. Il lui préparait un repas aux petits oignons. Des crevettes décortiquées coupées en minuscules petits morceaux sur lesquels l’animal se jetait chaque matin avec la même voracité.
Tonton Riri entonnait alors « Le petit quinquin » tout en enfilant une pèlerine hors d’âge et se coiffait d’un bonnet de laine, cadeau de Mémé Toc-toc. C’est ainsi qu’il nommait sa grand-mère car elle avait un petit grain de folie charmant qui permettait au petit Riri de passer des vacances de rêve auprès de cette femme qui admettait de son petit-fils tout ce que lui interdisaient ses parents, un couple de grincheux, toujours mécontents de leur sort et que Riri encombrait prodigieusement.
Une fois revêtu de sa pèlerine et de son bonnet, il chaussait des bottes trop grandes pour lui, qui faisaient flop-flop à chaque pas. A peine sorti, il sifflait Jojo, son berger allemand, et partait pour une longue promenade sur le sentier des douaniers tout proche de sa vieille chaumière. C’était alors pour lui le meilleur moment de la journée.
Le soleil se levait à peine sur la mer et, seul sur ce sentier la plupart du temps battu des vents, il se croyait le maître du monde. Jojo gambadait devant lui puis le rejoignait pour s’éloigner à nouveau faisant ainsi deux fois le trajet de son maître.
Il profitait de chaque pas, de chaque respiration et s’enivrait des embruns et des parfums de la végétation qui s’éveillaient avec le jour naissant. Dire que d’autres partaient au bout de la terre, au mépris de la planète. Il recevait des cartes postales de tous les coins du monde : Le lac Titicaca, la grande muraille de Chine, New-York, Hong-Kong, le Mexique et son Popocatepetl, etc. etc. Tout cela n’était pour lui que de la poudre de Perlimpinpin destinée à montrer que l’on avait réussi et que l’on pouvait s’offrir le bout du monde. Mais il n’était pas nunuche, il préférait ses promenades planplan, pied ferme sur sa terre bretonne qu’il n’avait jamais quittée et qui ne le décevait pas.
Au quatrième kilomètre se trouvait la maison de Vroum-Vroum ainsi nommé parce qu’il circulait à motocyclette, une motocyclette qu’il avait un peu trafiquée et qui faisait un bruit d’enfer. Il s’arrêtait tous les jours chez VroumVroum qui lui offrait un petit remontant, histoire de tailler une bavette, puis il rebroussait chemin.
Le retour ne se faisait pas sans peine et dix heures sonnaient au clocher du village lorsqu’il déposait sa pèlerine au porte-manteau de l’entrée. A dix heures quinze il appelait Lulu son copain de toujours qui, moins chanceux que lui, avait dû se résigner à aller vivre en ville. Comme lui, il avait du mal avec le bling-bling des cités : qu’avait-on besoin de changer de vêtement à tout bout de champ, de s’offrir le dernier téléphone à la mode, de changer de voiture à la moindre panne. Ils avaient de longues discussions philosophiques se terminant toujours par une phrase cinglante à l’encontre de ces «villotins», bobos pas très futes-futes, plutôt olé-olé, qui préféraient les flonflons de la fête aux grondements de la mer et aux hurlement du vent.
Il était alors temps de songer à reprendre des forces et tonton Riri se coupait une large tranche de pain dans la miche qu’il avait pétrie et cuite la veille dans le vieux four à pain qui avait servi à son grand-père surnommé Fanfan la tulipe (à cause de son prénom, François, et de son penchant pour la gent féminine) et à son père. Il tartinait largement ce pain d’un bon fromage blanc tout droit venu de la ferme de la mère Juju sise à quelques tours de roue de vélo. Quelquefois il ajoutait à ce maigre repas une belle tranche de lard cuit qu’il partageait avec Jojo ou quelque oeuf sorti de son poulailler. Ses arbres fruitiers lui donnaient pommes et poires en suffisance pour passer l’hiver. L’été il se régalait de fraises, framboises, pêches et autres douceurs qu’il partageait volontiers avec le voisinage.
Venait ensuite l’heure de la sieste, l’hiver près de la grande cheminée et l’été sous un chêne sans âge. La sieste durait longtemps, si longtemps que d’aucuns pensaient qu’il avait dû rencontrer une mouche tsé-tsé malveillante.
Il n’était pas rare que cette pause dure jusque vers seize heures, au grand dam de Lady Gaga qui n’avait de cesse de réveiller le dormeur en minaudant comme une jouvencelle énamourée. Mais rien n’y faisait, Tonton Riri dormait profondément du sommeil du juste.
Vroum-vroum qui un après-midi lui rendit visite prit même peur, le croyant trépassé. Il essaya le tam-tam, les guili-guili, rien n’y fit. De guerre lasse, il lui versa un seau d’eau sur la tête ce qui réveilla notre homme mais le mit de fort méchante humeur. Vroum-vroum ne rendit plus jamais visite à Tonton Riri à l’heure sacrée de la sieste. Le réveil était difficile, la fin de l’après-midi se trainait en longueur, l’heure du dîner se faisait attendre, Tonton Riri prenait un petit en-cas, deux biscuits en forme d’étoile, jamais un, jamais trois. Le rituel était immuable.
Le diner était frugal, une soupe concoctée avec les légumes du jardin dans laquelle il taillait des morceaux de pain, et le fromage blanc de la mère Juju. Tonton Riri se couchait tôt, il dormait dans un lit alcôve avec Lady Gaga qui lui tenait lieu de bouillotte pendant les grands froids, Jojo le berger allemand veillait sur son sommeil couché sur une peau de chèvre au pied de son lit.
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Tonton Riri s’est endormi pour toujours. Il n’a pas supporté le confinement et s’est laissé mourir. Ne plus pouvoir arpenter le sentier côtier, ne plus pouvoir rendre visite à Vroum-Vroum lui était sans doute devenu insupportable. C’est la mère Juju qui, ne le voyant pas venir quérir son fromage blanc de la semaine, s’ enquit de lui et le trouva privé de souffle au pied de son chêne.
Je suis son seul héritier, j’ai voulu faire un sort aux petits gâteaux en forme d’étoile qui m’intriguaient depuis toujours et auxquels Tonton Riri n’avait jamais voulu me faire goûter. Au fond de la boîte j’ai trouvé la recette…. Et devinez ce qu’ils contenaient ? De la farine, du sucre, du miel, des oeufs, de la levure et… du haschich !!!!
Je suis peut-être un peu zinzin ou pas fute-fute mais cette époque où l’on jouait à cache-cache, au yoyo, au tac-tac, où l’on se gavait de bonbons, où l’on pouvait pleurnicher «Non mais allô quoi maman bobo !» il me semble bien que, à l’instar de Souchon, «j’ai dix ans» et je n’en suis pas sorti. Le premier qui dit que je suis bidon à un gage : chanter une chanson de Nana Mouskouri avec un truc en plumes dans le derrière façon Zizi Jeanmaire !
Enfants, je nous promets un bel avenir : nous aurons plein de souvenirs !
Souvenirs de l’école où nous rêvions tous d’être le chouchou de la maîtresse, des flonflons de la ducasse, comme on appelle au pays du Petit Quinquin cette fête à Neuneu où l’ado fait le kéké dans l’auto tamponneuse et caresse les petits lolos de la pom-pom girl locale – en fait une majorette un peu nunuche ! – sous la bâche propice de la chenille qui redémarre, des cancans sous le préau, d’une vie sans chichis et des jeux à qui mieux-mieux.
Remembrances de lectures et de films pour simili-bègues : Tintin, Bibi Fricotin et Razibus Zouzou, Pif le chien, Hercule le chat, Tonton Césarin, Tata Agathe, Doudou, Riquiqui l’ourson, Roudoudou le chevreau, Tintin le petit reporter, Fanfan la Tulipe, Modeste et Pompon, Titi et Grosminet, Fifi Brindacier, les neveux d’Onc Donald, Riri, Fifi, Loulou…
Eh quoi ? Il faudrait quitter tout cela pour aller jouer du coupe-coupe à Pago-Pago, embarquer dare-dare dans le Boeing Boeing pour aller étudier les ravages de la mouche tsé-tsé au pays des tam-tams et des femmes en boubou, gri-gri obligatoire pour éviter la fièvre, ou simplement jouer au gogo dans un bureau : métro-boulot-dodo, jaja, tchin-tchin, French cancan , froufrous de dentelle, zizi-panpan olé-olé avec pépée parfumée chez Coco Chanel puis plans plan-plan de vie pépère avec train-train quotidien, popote surgelée, tortore livrée, tourisme au lac Titicaca, vacances à la papa ou safari photos au Popocatepetl ? C’est ça, être adulte ? Ronronner comme un chat ascendant coq-en-pâte ?
Désolé mais c’était plus drôle avant quand le lait s’appelait lolo, le nouveau-né bébé, le sein néné, le vieux gaga, le train tchou-chou, la voiture vroum-vroum, le klaxon pouêt-pouêt, le cheval dada, les jouets joujoux, le violon crincrin, le discours télévisuel blabla, le vase de nuit popo et l’urine pipi ; quand, au lieu de la haine déversée sur Twitter, on riait comme des fous avec Mimi Cracra ou bien « caca boudin » !
Et s’il y a un fait qui me réjouit c’est bien de repenser à ce même mouvement de régression vers les mots à consonnes redoublées constaté chez… le général de Gaulle pendant les événements de mai 1968 ! N’est-ce pas à Baden-Baden qu’il est allé chercher un moyen de faire pan pan cucul aux cocos, aux maos et aux autres affreux jojos de la chienlit ?
Heureusement, il n’a rien trouvé là-bas. C’est très surfait, Baden-Baden ! Même chez les barbares on ne trouvait plus – ou pas encore - de poudre de Perlimpinpin pour venir à bout des Gaulois réfractaires !
Elle rêve de l'homme idéal. Grand, un physique agréable, intelligent, gentil, prévenant. Les hommes qu'elle avait rencontrés jusqu'à maintenant l'avaient déçue. Des nains, des balourds.
Aujourd'hui elle avait le choix. Le cousin de son amie d'enfance, grand, blond, un physique à la Brad Pitt. Mais incapable de soutenir une conversation. Elle s'ennuyait vite auprès de lui.
Ou cet autre, rencontré à la bibliothèque. Petit, chétif, binoclard, mais plein d'humour et tellement passionnant, qui la captivait, qui la faisait rire.
Holà, dilemme !
Contes des mille et une nuits. C'est ce qu'elle propose à cet homme trop entreprenant qui veut coucher tout de suite. Ecouter une belle histoire et ensuite, peut-être...
Elle a une imagination débordante et sait le tenir en haleine. La suite demain s'il est d'accord. Elle le charme avec ses talents de conteuse. Il est toujours d'accord. Sans trop d'impatience, il attend dessuites continuellement.
L'origine du monde, c'est la vision du peintre Courbet dans ce tableau très osé pour l'époque. Pourtant c'est bien vu. Ce sexe de femme, c'est bien de là que naissent les petits êtres humains qui vont grandir, se reproduire à leur tour pour former le monde.
Mais le sexe de la femme c'est aussi un lieu de plaisir, d'extase. C'est tellement bon que c'est sûrement péché. La religion du démon.
Chapeau melon et bottes de cuir.Un couple. Lui, une élégance masculine décontractée, très british. Canne, chapeau melon, costume trois pièces. Elle, silhouette magnifique de top model. Des jambes interminables terminées par de hautes bottes de cuir. On sent chez elle l'assurance, l'intelligence. De la classe mâtinée d'espièglerie.
A eux deux ils sont redoutables quand ils partent en battue de police outre-Manche
L'immaculée conception, on a du mal à croire que c'est possible. Qu'un dieu voulant un fils, mais refusant le péché de chair, ait, à distance, fécondé un ovule dans le ventre d'une femme paraît hautement improbable.
Il doit y avoir un homme, un vrai, un terrien dans tout ça. On cite un mâle complice.
Galanterie masculine. C'est agréable cet homme qui vous ouvre la portière de la voiture, vous avance la chaise au restaurant, vous porte vos bagages et vous offre des fleurs. Mais tant de sollicitude est-ce vraiment gratuit ? Cela ne cache-t-il pas des manigances ailleurs ?
Les Trois grâces de Paul Rubens. Ces femmes dénudées, belles à couper le souffle, remplissaient tous les critères de beauté de l'époque. Ces critères ont changé au cours des siècles. Aujourd'hui en contemplant ce tableau on ne parlerait que des bourrelets gras des culs païens.
- Et dis-moi qui est la plus belle d’entre toutes?
- Ce n’est pas toi, jalouse ! C’est celle qui, la nuit des étoiles filantes, voit les feux de l’amour. C’est celle dont le cœur et la raison, lucides, savent distinguer le véritable gentleman de l’homme idéal et du mufle qui s’endort. C’est celle que la flûte, le vent galant des poètes, fera toujours danser, légère à l’infini. C’est la fille des rues qui cueille la fleur des îles dans le roman du large de Verlaine et Rimbaud. C’est celle qui court, curieuse, derrière le lapin blanc au rendez-vous galant du bon valet de cœur quand le bonheur est dans le pré et le vin tellement agréable qu’un décolleté plongeant dans l’éther glacial de Venise transporte les amoureux de Peynet sur de lointains satellites de feu…
- OK, OK, arrête ! Je l’imagine très bien ta Dulcinée bimbo ! Elle aime la lingerie fine, elle a les renflements qu’il faut là où il faut et le sourire à la con des morues de la pub ! Elle bacchanale avec le dieu Bacchus, succube dans les allées du bois de Boulogne et manigance ailleurs avec Rocco ou les sept nains. Elle a le cul si débauché qu’on organise des battues de police outre-Manche pour mettre la main dessus et l’enfermer dans les fumets des grands orages d’été de Georges Sand et Alfred de Musset. Tu me rends folle, miroir magique ! Ça me troue le derrière de savoir que la plus belle d’entre toutes c’est la p’tite obsédée qui méduse trolls et lutins !
LE PREMIER RENDEZ VOUS est toujours un moment important.
Marguerite en sait quelque chose ! Pourtant assez "vieille France", elle a consenti à s'inscrire sur Meetic, vivement encouragée par sa copine de toujours, Huguette, qui a trouvé chaussure à son pied en s'inscrivant sur ce fameux site de rencontre.
La voilà sur son 31, comme jamais elle ne l'a été, pomponnée, parfumée, haut talonnée. Rendez- vous au bistrot des chasseurs sur la place du village. Elle est un peu gênée quand elle pénètre dans cet antre peuplé d'individus masculins tous plus fins les uns que les autres.
- Ça sent la cocotte !
- J' dirai même plus, ça sent la cocotte qui va se faire plumer !
- Arrête, elle va te voler dans les plumes ! Ah ! Ah ! Ah !
- Elle va finir au plumard ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! (Il glousse encore plus fort).
Elle a tout de suite repéré son prétendant. Assis à la table du fond, essayant de se faire tout petit. De dos il semble trapu, un peu fort des halles ou camionneur.
- Vous êtes bien Robert ? Je suis Marguerite.
- Ah ! Bien l'bonjourrrr Marrrrgrite ! V' là-t-y pas un beau prrrrénom, un prrrrénom d'vache ! Crrrré bon Diou ! Pose donc ton cul qu'on fait connaissance !
La déception est immense, il ne correspond pas du tout, du tout aux photos et aux commentaires du site. Il louche, il lui manque des dents, il roule les R et il sent fort la campagne. Marguerite avait tout prévu au cas où ça tourne à l'envers. Huguette lui a fourni de quoi se repoudrer le nez. Une petite ligne de coke pour détendre l'atmosphère.
- T’t'es fait ben belle pourrr venirrrr à notrrre rendez-vous ! T'es ben coiffée, maquillée et pas comme une voiture volée. Ben comme il faut, t'as mis du masque à rat, du rouge à lèvrrrres et ton nez brrrille comme du verrmeil.
Elle n'en peut plus, Marguerite ! Alors elle se lève, et crie en courant vers les toilettes, devant les piliers de bar abasourdis :
Je découvre la grande ville, moi qui suis paysanne pure souche. Je regrette déjà « Chocolatine »", notre jument. Ici les chevaux sont sous le capot comme disent les citadins. Une 2CV me semble bien moins robuste que Chocolatine et Rose des sables réunies pour le labour. J'ai l'impression que ce tas de tôle va se disloquer au moindre choc et "qu' elle va marcher beaucoup moins bien" !!
Quelle sensation bizarre que de regarder par la fenêtre ! Les personnes paraissent toutes petites, je n'ai jamais été aussi haut de ma vie ! Hormis le fenil, quand on rentrait le foin, j'avais déjà le vertige, alors imaginez ici !! Il faut traverser sur les passages cloutés et pas n' importe quand ! Quand le feu est rouge pour les voitures et vert pour les piétons.
Le courrier est distribué par Madame Pereira Silva dos Santos. Elle a un nom à coucher dehors avec un billet de logement comme dirait Pépé. Elle a un accent à couper au couteau, son mari est maçon. L'immeuble est cosmopolite. En face de chez moi habitent des Africains, des Congolais plus précisément (des têtes de nègres, je n'en avais jamais vues) et au-dessus des Chinois ( je n'en avais jamais vus non plus ).
Avant-hier, j'étais à ma fenêtre quand tout d' un coup j'ai vu, comme un diable sortant de sa boîte, un homme jaillir d'une lucarne sur le toit d'en face et me faire signe. J'ai su après coup que c'était un échappé de l'asile qui levait le bras en signe de victoire car il avait semé les hommes en blanc qui lui couraient après. Ils l'ont rattrapé, il s'était planqué au bistrot qui est juste en bas de l' immeuble.
J'y vais de temps en temps boire mon "crème" (c'est un café au lait !). Ça fait plus chic de dire " un crème, s' il vous plaît !". J'ai découvert le Campari, un apéritif bien sympathique mais je n'en abuse pas, rassurez-vous !
Les dames, les Parisiennes sont très élégantes. Pas de blouse, même Madame Pereira n'en porte pas et dès qu' elles sortent, même pour les courses, elles s' habillent chic . Tout est chic à Paris ! J'en croise une avec son manteau à col de fourrure, elle a l'air un peu coincé, en tout cas elle ne répond pas à mon bonjour. Je dois lui sembler trop provinciale. Je m'approvisionne au petit Casino, c'est incroyable comme c'est bien achalandé, on y trouve de tout mais figurez-vous qu'ils vendent des crêpes sous plastique et pire encore du far breton ! Mémé doit se retourner dans sa tombe.
J'ai ouvert un compte à la banque en face, la Société générale et à ce propos, bien que nous ne soyons que le 15, tout est hors de prix à Paris alors un petit mandat ne serait pas de refus. Passez bien le bonjour à toute la famille, un bisou à Pépé mais se souvient-il encore de moi ? Il commence à travailler du chapeau selon Papa. Donnez-moi rapidement de vos nouvelles. Merci d'avance pour le mandat.
Mon oncle est comme ça. C’est un distrait. Il ne s’est pas rendu compte, le jour où il a fait l’acquisition de son perroquet Jacquot qu’une gigantesque faille avait eu lieu dans le continuum spatio-temporel. Et pourtant, dès le matin au réveil, le responsable de l’accident était sous son nez : Dieu avait pris la forme d’une souris blanche échappée de son laboratoire de Wuhan en Chine où Il avait, une fois de plus, fait une expérience qui avait mal tourné.
A la décharge de Monsieur Hulot, mon oncle, il faisait encore noir dans l’atelier de peintre qui lui servait de logis. Quand Tonton avait appuyé sur l’interrupteur, le monde au-dehors s’était allumé et Dieu avait émis un tout petit «kwiiiik » ce qui signifie « Agence Fiat Lux » en langage de souris chinoise et est la formule magique pour disparaître sous un tuba qui, lui, s’était échappé d’un tableau de René Magritte.
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Il faisait très beau ce jour-là. Après la douche et le petit-déjeuner, Tonton s’est quand même étonné, en refaisant son lit, de découvrir cette affichette « Les Deschiens » qui n’était pas là la veille. Sous cette seule inscription un cabot vulgaire, chien blanc à oreilles noires, un de ces bâtards faméliques comme il y en avait en bas de chez lui, urinait dans un pot de fleurs devant le volet roulant métallique d’un commerce parisien classique. « Non mais dis ! » a pensé mon oncle puis il n’y prêta plus attention car mon oncle, à l’instar de certaine fourmi, n’est pas prêteur. Il enfila donc son imperméable, prit son parapluie, mit son chapeau, bourra et alluma sa pipe et sortit. Il démarra son Solex et, perché sur le fil à linge tendu entre son troisième étage et le parc des Buttes Froidmont, il traversa la rue en mettant K.O. les lois de l’équilibre. Mon oncle n’est pas prêteur mais il est un peu acrobate voire funambule.
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Et puis mon oncle a traversé la fête foraine franco-belge déjà fort fréquentée à cette heure matinale. Il ne s’est pas étonné plus que ça de voir monsieur Schmütz et le marchand de glaces régler leurs affaires en parlant dans un téléphone sans fil ! Il ne s’est pas demandé non plus ce que fichait là l’image de Bob l’éponge, une série télévisée de 1999, dans son paysage de 1958. Mon oncle est un obsessionnel pas vraiment multitâches, à part quand il met les pieds dans un pot de peinture. Quand il a décidé d’aller s’acheter un perroquet, il va s’acheter un perroquet et rien ne le distrait de sa tâche, ni mufti, ni multi.
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Sauf qu’en revenant du quai de la Mégisserie avec Jacquot bien attaché sur le porte-bagages, mon oncle a traversé un drôle de parc. Un étudiant à bésicles, assis sur un banc à côté d’un papy ronfleur tapait sur une machine à écrire ultraplate ornée d’une poire et d’un écran multicolore. Un réparateur énervé bricolait une fontaine en forme de poisson exactement semblable à celle de son beau-frère et Dieu qui avait retrouvé son visage bonhomme de chez Jean Effel, crâne chauve et barbe blanche tout en rondeur, jouait à l’arroseur arrosé. Mon oncle s’est arrêté au carrefour de plusieurs chemins pour savoir vers quelle sortie il devait se diriger. La roue arrière de son solex reposait sur le tuyau de Dieu qui s’est gratté la tête devant la coupure d’eau imprévue. Dans le même temps le réparateur exultait de joie : sa fontaine remarchait à jet puissant, si bien que monsieur Hulot, croyant à une averse, a dû ouvrir son parapluie. Puis il a continué sa route et est sorti du parc.
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C’est là qu’il a compris qu’il s’était perdu, qu’il était passé dans un autre univers, peut-être celui où Dieu est remplacé par les Sœurs Tatin et leur tarte aux pommes renversée. « Au nom de Stéphanie, de Caroline et de la tarte aux pommes renversée, ainsi soit-il ! » a prononcé Jacquot qui lit dans les pensées de son maître et n’oublie jamais de blasphémer tant qu’il peut quand il peut. Mon oncle est resté longtemps perplexe devant les panneaux indicateurs en allemand sans doute restés là depuis l’occupation où alors c’est qu’on avait perdu la guerre dans cet univers-ci.
Il fut troublé aussi par l’embryon de manifestation de gilets jaunes qui grogngrognait contre la grille du parc et contre la cronnerie des élites dirigeantes. Alors Jacquot lui a dit :
- Cesse donc d’être dans la Lune et regarde le doigt de la statue, espèce d’imbécile !
Et de fait, sur le terre-plein central, la statue équestre du général von Lichtenberg indiquait en tendant l’index de la main gauche la direction de la Samaritaine où l’on trouve tout y compris des couteaux sans lame auxquels il manque le manche. En redémarrant mon oncle n’a pas remarqué la voiture rouge et son chauffeur fumeur de pipe qui le prenait en filature mieux encore qu’à Roubaix mais Jacquot l’a repéré et reconnu.
- Ca alors ! Nestor Burma dans sa dégaine de Jacques Tardi ! Mais qu’a-t-il fait de sa pipe à tête de taureau ? Celle-ci n’a pas de cornes !
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Jacquot raconte très bien la suite du retour à la maison. En passant devant la librairie Rabier mon oncle a grillé un feu rouge, provoquant ainsi un énorme carambolage : cinq derrières emboutis, un véhicule encastré dans un feu rouge, une caisse d’oranges renversée, un chat échappé, un poivrot aviné, un adultère consommé, une vieille fille effrayée, un papy renversé, une grand-mère et un bébé écroulé·e·s de rire. Mon oncle ne s’est pas arrêté puisqu’il n’a pas d’yeux ni Dieu derrière la tête – Il était reparti à Wuhan -. Jacquot à lâché le poisson volant qu’il avait attrapé sur le pont où Hulot s’était encore perdu – qu’allait-il faire sur la rive gauche ? – et il a déclaré devant toute cette pagaille : « Ca leur apprendra à sortir sans Ausweis en pleine période de confinement et de couvre-feu ! ».
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Puis mon oncle a salué de la main un copain aperçu sur le trottoir. Ce faisant il a perdu le contrôle de son véhicule, il a pénétré dans un chantier de construction, y a provoqué un bazar monstre et toute une série de chutes, dont la sienne. Le solex est partie d’un côté, plutôt vers l’antérieur, mon oncle d’un autre, plutôt sur le postérieur et Jacquot est sorti de sa cage, plutôt vers l’extérieur. Alors Hulot lui a couru après, il a mis le pied dans un pot de peinture, il est passé devant chez Tati sans croiser Jack Palmer et il est entré dans l’immeuble du n° 4 de la rue des Petits-Champs où Nestor Burma a son agence de détective privé. Il a grimpé l’escalier à grandes enjambées, est parvenu aux combles (de l’inquiétude ?), a marché sur la gouttière et a rattrapé Jacquot par la queue. Le perroquet savant dit qu’il a triché en s’appuyant sur la tour Eiffel mais bon, vous savez comme sont les perroquets et Donald Trump : toujours de, mauvaise foi et prêts à répandre des faits non avérés qu’ils appellent « défèque-niouzes ».
***
D’ailleurs, est-ce que tout cela est bien vrai ? Jacquot a trouvé un éditeur un peu naïf, les Editions du Rouergue, qui a bien voulu publier ses mémoires : trois tomes de chacun six cents pages. Il a utilisé pour ce faire le pseudonyme de David Merveille et ça s’intitule « Le Jacquot de Monsieur Hulot ».
Il raconte que mon oncle, à l’instar de Christian et Cyrano est même parvenu, grâce à lui, son plumage et son ramage, à obtenir les faveurs d’Hélène Chatelain, la secrétaire de Nestor Burma qui, pour une fois, n’a rien vu venir ! Il sera peut-être plus efficace dans le tome 4 s’il acquiert un cabriolet 504 avec un téléphone mobile ?
J’hésite pour ma part à suivre le perroquet dans ses nombreux délires. J’ai même l’impression que tout ça, c’est du cinéma et rien d’autre !
"Être ange, c'est étrange, dit l'ange ; être âne, c'est étrâne, dit l'âne" (Jacques Prévert).
Cette année étrange, dans la crèche, on se pose bien des questions entre le bœuf et l'âne gris. L'ange sera-t-il au rendez-vous ? Les Rois mages pourront-ils faire leurs courses ? Noël sera-t-il bien le 25 décembre ? L'accouchement sera-t-il par voie basse ou par césarienne ? Pourrons-nous fêter l’événement ? Il y aura peut-être du retard ? Moi j'y crois quand même.
Bien entendu les sceptiques du grand Nord disent qu'il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Quant à ceux du Sud c'est plutôt : « Il ne faut pas compter les œufs dans le cul de la poule ». Mais on ne va pas s'ennuyer comme un rat mort quand même ? Noël, c'est Noël et basta ! On y va !
J'ai souvent entendu dire que dans certaines familles cette soirée mythique tournait au panier de crabes. Ça, ce n'est pas chez nous. Je vous le jure sur la tête du petit Jésus. Nous n'avons que de beaux souvenirs. Quelles belles soirées nous avons vécues !
Il y a bien la grande tante avec ses moustaches de phoque qui est une vieille bique, même je dirais plus, une vraie peau de vache qui vous file juste un billet de 20 balles dans une enveloppe graisseuse. Quel rat celle-là ! Finalement, comme c'est une grenouille de bénitier elle nous quitte de bonne heure pour aller à la messe de minuit. Bon débarras !
Il y a toujours un gamin qui court partout, qui touche à tout, qui vous fait tourner en bourrique. Si vous réussissez à l'attraper il se tortille comme une anguille et malin comme un singe il vous rit au nez. Comme c'est la soirée festive je ne vais pas monter sur mes grands chevaux surtout que j'ai d'autres chats à fouetter. J'ai voulu me faire belle et j'ai eu bien du mal à faire entrer Roro et Ploplo dans mon chemisier de l'année dernière.
Ma tenue ne casse pas quatre pattes à un canard même si j'ai réussi mon maquillage «œil de biche». Ma coiffure part en hérisson puisque les merlans de la ville sont fermés. Aussi je suis verte de rage quand je vois débarquer ma petite nièce qui est plate comme une limande avec son petit caraco impression peau de léopard et son leggins caca d'oie qui lui moule son petit cul et sa taille de guêpe. Évidemment ça lui va à ravir, elle a du chien, la gamine, même si on voit bien quand même qu'elle a des cannes de serin. Moi j'dis ça, j'dis rien !
Il y en a un qui n'en perd pas une goulée c'est le cousin un peu chaud lapin qui regarde la petiote avec des yeux de merlan frit. Je veille au grain. Si jamais il a un geste déplacé c'est « Balance ton porc » immédiatement, non mais, ce serait donner de la confiture à un cochon !
Il y a mon mari qui est muet comme une carpe, il voit bien que je suis comme la mouche du coche, ici et là, prête à pousser des cris d'orfraie si ça ne se passe pas comme je veux.
Je ne vous parle pas de l'oiseau rare de la famille, fier comme un pou : depuis qu'il a été élu maire il se croit aussi le coq du village.
Vous voyez ils sont venus ils sont tous là, il y a même Giorgio le fils maudit avec des cadeaux plein les bras.
Ce n'est pas le tout, il faut passer en cuisine. Pour le menu il faut donner sa langue au chat. Ce sera peut-être une «anguille sous roche», un «bœuf sur la langue» ou «un cochon qui sommeille» ou encore «un dindon de la farce» ou plutôt « un mouton à cinq pattes ». Ce serait parfait, «une oie blanche», «une poule aux œufs d'or» ! Ce qui arrangerait tout le monde !
Vous voulez la réponse ? Ce sera une fricassée d'expressions avec des animaux ! Bon appétit et…
C'est clair que vos écrits peuvent être sous haute surveillance. Comme vous le savez, à partir du moment où vous lâchez un texte dans la nature, une foule d'anonymes risque d'émettre un concert de protestations et vous vous exposez alors à une monstrueuse cacophonie et autres fausses notes.
D'autres vous diront qu'écrire n'est que du bonheur. C'est pas faux. Ecrire est en quelque sorte jouer sa partition ou encore donner le la de la voix, mettre un bémol, jouer sur la corde sensible. Voilà, écrire c'est s'exprimer : j'adore, c'est énorme !
Evidemment, quelquefois, il faut revoir sa copie, c'est le risque du métier. Mais on ne risque pas de perdre la vie à faire de la poésie. Tout au plus, on peut avoir l'impression parfois de pisser dans un violon ou de jouer du pipeau. Mais quel plaisir quand, à l'atelier d'écriture, nous avons le sentiment de nous entendre comme larrons en foire, surtout quand, en partant d'une totale improvisation, nous nous retrouvons autour de textes décalés, voire surréalistes. Comme si nous avions accordé nos violons.
En même temps, il arrive que je grogne quand notre chef d'orchestre énonce une consigne improbable, du grand n'importe quoi. Alors j'hallucine, intérieurement je rechigne, je trépigne. Mon agacement va crescendo. Mais il faut bien monter au créneau. De rage, j'écris une première phrase, un couac, que je rature aussitôt. La deuxième sonne encore un peu faux mais elle en déclenche une troisième et alors la magie de l'atelier se révèle une fois de plus.
Ce huis clos avec unité de lieu, la salle Mandoline, unité de temps, le mardi soir, et unité d'action, écrire, opère de nouveau. Un texte naît, à mon plus grand étonnement, et m'amène en un lieu inconnu de moi une heure auparavant, un lieu étrange mais qui me ressemble cependant puisque j'y décèle mon ADN.
Quand notre metteur en scène siffle la fin de la récréation, j'émerge de mon rêve merveilleux. Au fil du temps, depuis plus de cinq ans maintenant, la salle Mandoline m'est devenue un lieu incontournable bien que peu fréquentable pour la bonne société puisque nous copinons souvent avec Ubu et autres pataphysiciens... Encore une fois, que du bonheur ! Merci infiniment !
Comme vous le savez, nous voilà réunis, sous haute surveillance, pour inaugurer le conservatoire de musique dans le quartier du Blosne. C'était totalement improbable.
Faut-il avoir peur ? J'hallucine, j'entends, et c'est énorme, une foule d'anonymes qui scandent crescendo : «Que du bonheur ! Que du bonheur !».
Bien entendu des « antis » ont organisé de leur côté un concert de protestations. C'est incontournable à Rennes, on envoie toujours la majorité revoir sa copie. C'était soi-disant une totale improvisation, une monstrueuse cacophonie, un concert de fausses notes.
Pensez donc ! Un conservatoire de musique dans un quartier populaire, c'était trop décalé, ce serait un couac, du grand n'importe quoi ! Juste quitter la rue Hoche c'était déjà surréaliste mais ne plus voir Saint-Melaine, le Thabor et la boulangerie aux petits pains bio aux noix. NON !
Était-ce perdre la vie ? Quand je me suis penchée au chevet de ce projet, je me suis dit : Voilà une municipalité de gauche qui a trouvé son point d'orgue, son ADN a parlé. L'opposition a eu beau temps de donner de la voix, c'était jouer du pipeau et pisser dans un violon.
Cette bonne vieille ville de Rennes qui fût tellement bourgeoise, tellement conservatrice a joué sa nouvelle partition et je félicite le chef d'orchestre. Nous allons revisiter l'avenir des quartiers. Vous êtes en train de me dire qu'il y a là de jeunes loups qui gâchent le quotidien, c'est pas faux, en effet, et que vous êtes prêts à mettre un bémol à cette innovation.
Moi je vous dirai, sans vouloir jouer sur la corde sensible, qu'un enfant n'a pas encore de grandes dents mais déjà de bonnes oreilles et s’il trouve à sa porte une bonne école de musique et qu'à la fin tous ces jeunes de tous horizons s'entendent comme larrons en foire alors j'adore et je dis merci infiniment. Voilà !
Je ne suis pas une « béni-oui-oui ». Non, la municipalité ne coche pas toutes les cases, c'est la raison pour laquelle dans ce cas précis je dois dire que ce projet très attendu du conservatoire doit être mis au-devant de la scène et inauguré en fanfare. Merci encore de votre attention.
C’est le roi, perché en haut de son donjon, qui s’adresse à la foule de ses sujets.
« Mes chers compatriotes
Ce qui nous arrive, c’est tellement décalé que c’est énorme ! C’est clair que c’est du grand n’importe quoi ! Pour autant, faut-il avoir peur de ce dragon qui vient de franchir nos frontières ? Ou pas ? Faut-il céder à la récrimination, à la grogne ? Ou pas ?
J’entends mugir dans nos campagnes les paysans qui donnent de la voix. Une foule d’anonymes fait entendre un concert de protestations. Comme vous le savez, il est normal que le citoyen tire la sonnette d’alarme en cas de danger. Vous êtes en train de me dire que vous souffrez mais je sais aussi qu’être plus réfractaire qu’une brique, défiler en fanfare, émettre un autre son de cloche c’est dans notre ADN commun.
J’ai quand même le sentiment que certains parmi vous vont plus vite que la musique, c’est clair, et j’ai envie de vous demander de mettre un bémol à cette monstrueuse cacophonie. Quand j’entends dire ici ou là que certains parmi nous risquent de perdre la vie, j’hallucine ! C’est vrai, c’est du grand n’importe quoi ! Aussi est-il l’heure d’accorder nos violons. Reconnaissez-le : jusqu’à présent le dragon ne dévore que de vieux moutons blancs ! Il n’y a pas mort d’homme que je sache ! C’est finalement quelque chose de très attendu de la part d’un animal carnivore. Il faut manger pour vivre, c’est incontournable. L’estomac de ce larron a, il faut le reconnaître, une régularité et précision de métronome et je vous entends bien quand vous nous accusez d’aborder ce problème nouveau en faisant preuve d’une totale improvisation. C’est pas faux quelque part mais j’ai envie de rebondir.
C’est vrai, nos frontières auraient dû être placées sous haute surveillance. Tout à fait. Une fois le jeune loup entré dans la bergerie, notre chevalerie, nos fameux chevaliers, auraient dû monter au créneau, engager un bras de fer avec la bête féroce. J’adore pour ma part le cliquetis des colichemardes, les coups d’estoc et de taille, l’escrime et le châtiment, les duels au couteau avec du vrai sang qui gicle hors de vraies entrailles. Ou pas. De plus quand le combat se passe à la maison, c’est que du bonheur ! Un bon bourre-pif des familles, c’est frais, c’est revigorant. Sauf qu’il y a eu un couac, juste un petit couac mais un couac quand même : dans l’entourage de votre roi la panique a battu son plein, la trouille est allée crescendo. C’est clair, ce fut surréaliste et lamentable. J’ai beau être le chef d’orchestre de cette bande de clampins, je n’ai ouï que des fausses notes. Au jeu de chaises musicales de la débine ils ont tous gagné… le large ! Ces gougnafiers se sont entendus comme larrons en foire pour s’esbigner devant le péril. Voilà, c’est comme ça. Cela a fait dire à mon bouffon « Chevalerie de me faire la belle en ce mouroir », un jeux de mots que je n’ai pas bien compris parce qu’il l’a sorti un jour qu’il jouait du pipeau, une chose que je ne fais pas aujourd’hui en m’adressant à vous, je vous l’assure.
Bien sûr, j’aurais pu dans ces conditions, pour nous sauver la mise, convoquer les services d’un ténor de la castagne, d’un cador, d’un Terminator, d’un matador capable de buter ce butor qui est entré dans le décor pour piller nos trésors. Mais nous avons rechigné à faire appel aux Dératiseurs de Saint-Georges. S’en remettre à un mercenaire étranger, qui plus est chrétien et prosélyte, merci infiniment mais, sans jouer sur la corde sensible d’un nationalisme suranné, c’eût été comme revisiter les fondements de notre pacte social, culturel, cultuel et éthique – et toc !
C’était juste improbable. J’ai refusé qu’un soldat de Dioclétien vienne jouer sa partition au chevet de notre royaume. Et en même temps, je m’en doute bien, ce cochon de croisé aurait été capable, en négociant pianissimo, de vouloir nous convertir à sa foi voire de nous demander, en échange de ses services, la main et le reste de cette jeune femme qui m’est si chère, la princesse Léïla, ma fille unique et préférée. Plutôt crever !
Et de fait, ce faisant, nous n’avons pas pour autant pissé dans un violon car notre positive attitude vient de trouver son point d’orgue. J’ai le bonheur ce soir de siffler la fin de la récréation, de reprendre la main sur le cours des événements. En effet, on vient de l’apprendre, le quotidien, votre quotidien va évoluer. Nous avons trouvé le remède qui coche toutes les cases ! Le dragon va devoir revoir sa copie ! Voilà, je vous donne le la, appuyé en cela par le conseil scientifique. Ecoutez-moi bien !
Pour lutter contre le dragon, ne bougez pas, restez chez vous ! Les tavernes seront toutes fermées à partir de demain et si vous devez sortir remplissez une autorisation dérogatoire de déplacement ! Et surtout portez un masque ! »
Illustrations empruntées à Brant et Parker "The Wizard of Id"
- Tu, tu es sûre que…que c’est-elle ? - Qui serait capable, à part toi, d’avoir cette idée aussi sotte que grenier, comme dit ton copain Manu ? - Mais où a-t-elle déniché ces sept Chinoises ? - Ce sont nos voisines du dessous et leurs copines ! - Bonne sortie dé confinément, Monsieur Krapov ! hurlent les sept tuturiféraires de la saint Onze mai. N’oubliez pas d’aller remercier Isaure Chassériau. Elle s’ennuie de vous au musée !
Une telle équipe, parée comme ce n’était pas permis pour une expédition photographique dans l’île de Burano, vous savez, cet endroit près de Venise où toutes les maisons sont de couleurs vives… - Eh bien ? - Le départ était programmé pour le 30 avril ! Tu pourras lui dire à Covid 19 que je lui garde un chien de ma chienne !
- Comme Lui je pourrais, en un éclair, me transformer en super-héros et aller combattre les ennemis de la planète, quitter ma dégaine de personnage de Sempé, ranger mes lunettes d’écaille, avoir des pectoraux plus balèzes que Jean-Claude Vandamme - Arrête de délirer, SuperDupont ! Mets plutôt ton masque, remplis ton attestation et file à la boulangerie, y’a plus de pain pour tremper dans ta soupe de ce soir !
Devant ce ciel empli de montgolfières, devant ce paysage grandiose de la Silicon valley, toute emplie de l’importance qu’elle a d’être positionnée au premier plan à la demande des photographes, voici que la poitrine de Lolita Ragaru se soulève d’émotion et bientôt la jeune femme à la robe rouge, le cœur léger, léger, léger s’élève dans les airs et s’envole vers l’aérostat piloté par Jean-Claude Wonderbra qui n’avait jamais vu ça encore.
Le jour d’après l’incendie Monsieur Collignon m’a donné tout un lot de tee-shirts imprimés et de la peinture plastifiée blanche.
- Tiens Lucien, tu vas me faire disparaître la flèche sur toute cette marchandise. Avec la pandémie qui se profile au printemps 2020 on n’est pas près de la revoir là-haut avant longtemps, la flèche !
- Dans cette foule c’est comme dans une botte de foin : allez donc y chercher une aiguille ! - Vous avez votre pantalon qui est décousu ? Ou vous fabriquez des masques ? - Non, c’est juste que ce silence depuis deux mois, je trouve ça oppressant. Et normalement, à la Fête du déconfinement, on s’éclate, non ?
- Méticuleusement, nous nous sommes agrippés au tronc du progrès, nous avons élevé notre niveau de vie jusqu’en haut du mât de cocagne et d’un seul coup d’un seul un bestiau inconnu, croisement du pangolin Pagnolesque, du castor Texaverystérique et du virus de la grippe asiatavique (dans agripper il y a grippe !) est venu ronger les poteaux à la base. Tout va s’écrouler !
- Pô grave, on jouera au mikado géant avec vos restes !
Tendant la main par la fente ménagée dans l’hygiaphone, l’androïde, un modèle Zagapète-Atêteplate, réclama mon attestation dérogatoire de déplacement. Je la lui confiai après avoir vaporisé sa main gauche d’un gros nuage de gel hydro-alcoolique gazeux modèle 2024. Il l’examina et me dit : - C’est une attestation de déplacement dérogatoire que vous avez là. Ce modèle n’est plus valable. Mais bon, comme vous êtes gaucher vous aussi je ne vous appliquerai pas l’amende de 135 000 euros qui s’applique… qui s’applique…qui s’applique… Puis il s’écroula par manque de bande passante dans ses circuits.
Quel que soit le genre de pandémie qui nous tombe sur la gueule, l’administration n’est jamais armée pour y faire face. Faudrait vraiment qu’on prenne exemple sur ceux qui nous envoient les virus si on veut être efficaces !
Au premier plan, il y a Natacha. Vous la reconnaissez ? Non ? Mais si c’est facile de la distinguer des autres. C’est celle qui a des tresses !
Il était bien tôt. Ilarion Viktorovitch était tombé du lit et son fils, le jeune iosif Ilarionovitch aussi. En attendant que la maman se lève, le père avait proposé à l’enfant d’aller faire un peu d’acrobatie verbale dehors. - Oh oui, oh oui, s’était réjoui le jeune circassien. - Allez on commence, Colza ! dit le père en lançant son fils en l’air. Et pour la première fois de sa vie, mais pas pour la dernière, Iosif émit sa réparie préférée :
- Colza mon cul, ma tête est malade !
C’est l’heure de reprendre le collier, c’est la rentrée des classes. Yoko a un joli sac rouge et Hanabi un nouveau masque. Après ces douze années passée à la maison ça va faire du bien de retrouver les copines et les copains. Par contre ça va faire bizarre de passer directement du CM1 à la deuxième année en faculté !
Elle a hésité longtemps puis finalement elle a acheté un bouquet de tulipes pour sa belle-sœur et un puzzle des pays d’Europe pour chacun des deux gamins. C’était très bien ce voyage en Hollande, enfin, aux Pays-Bas. Eux n’iront sans doute jamais, les pauvres. Pas les moyens de voyager, coincés au village comme toute la famille, presque comme tout le monde en fait.
L’aîné des deux gamins s’en souvient de ce puzzle. Depuis ce jour où il l’a reçu il appelle les Hongrois des Hongarijiens et il imagine que les Duitslandais sont tous des bergers montés sur échasses. Et que tous les Frankrijkais ont une houppe sur le front !
Phoque le coronavirus !
C’est exaspérant. J’avais vu d’abord trois balles de tennis et maintenant que j’ai agrandi la photo et vu ce grand cerf se découper en ombre chinoise sur la lune, j’entends Chantal Goya qui balance «Ce matin un lapin a tué un chasseur» alors qu’elle n’a jamais chanté «Dans sa maison un grand cerf» ! Quand on sera déconfinés faudra que j’aille faire faire réparer mon juke-box interne !
C’est décidé, je vais le traverser l’Océan atlantique. A la nage puisqu’on ne peut plus prendre l’avion, du Québec, pour aller retrouver sa blonde en France. Et si jamais, sur la plage de Beg-Leguer où j’ai prévu d’arriver, y’a un gabelou ou un poulet qui me demande si je suis à plus de cent kilomètres de chez moi, je lui planterai mon trident dans sa bedaine ! Tiens-toi-le pour dit, Longtarin !
- Après ça tu pourras pas nier, Marcel, que partout où on va, Big brother is watching you ! - Me distrais pas, Germaine, j’ai l’impression qu’il y a un problème avec le manche à balai. - Je le savais qu’on aurait des problèmes à voler dans un avion volé ! - Hè ho, Basta, hein ! C’est qui qu’a voulu voir Vesoul, d’abord ? En plein confinement !
Albertine revenait des bains de mer où elle avait séjourné à Cabourg-Balbec, hâlée, incarnation de la beauté féminine qui descendait de sa toute nouvelle automobile et envoyait des baisers à Tante Léonie entourée des domestiques du Château engoncés dans leurs livrées et parfaitement immobiles à l'image du majordome tenant un bouquet de fleurs de bienvenue à la nouvelle arrivante.
Un valet sortit les malles du coffre de l'auto et une femme de chambre conduisit Albertine dans ses appartements aérés, astiqués, parfumés où Albertine, retrouvant la chambre de son enfance, se laissa choir sur le lit avec un soupir de bien-être qui ne dura qu'une minute, une domestique étant venue l'informer que le dîner serait servi dans une heure, il lui fallait donc se changer.
Albertine se demandait qui serait présent autour de la table, sans doute un jeune homme, bon parti, des environs, l'un de ces hommes que, s'inquiétant du célibat prolongé d'Albertine, Tante Léonie s'obstinait à lui faire rencontrer sans savoir, pauvre Tante Léonie, que sa nièce préférée avait plutôt du goût pour les femmes, que son cœur battait pour Céleste Albaret dont le sourire éclatant et le corps parfait éveillait chez elle de curieuses sensations qu'aucun bellâtre ne lui avait jamais fait éprouver et qui étaient promesses de plaisirs futurs.
Son homosexualité, Albertine la cachait du mieux qu'elle pouvait et, seules, quelques domestiques avaient découvert ce secret que, par compassion, elles se gardaient bien de divulguer faute de quoi, Tante Léonie se serait offusquée et aurait affirmé que quelques médecines sauraient venir à bout de cette déviance dont, de mémoire de châtelains, jusqu'à présent, nul n'avait jamais été atteint.
Albertine pensait qu'avec le temps il lui faudrait vivre librement sa sexualité et, pour ce faire, sans doute, s'éloigner définitivement de ce domaine, de ce pays, ce qui la faisait rêver de train en partance pour Venise ou plus loin vers l'île de Lesbos où Céleste ne l'accompagnerait pas puisqu'elle avait succombé au regard de braise et à la suave galanterie du beau Jacques Rivière ce qui rendait Albertine amère, constatant à ses dépens que la jalousie est un sentiment bien pénible à supporter.
Elle espérait simplement que le temps et l'éloignement viendraient à bout de ce chagrin et qu'elle pourrait effacer la douleur dans les bras de fraîches jeunes filles.