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L'Atelier d'écriture de Villejean
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19 mai 2020

Salut Vélyn ! / Dominique H.

- Salut Vélin ! Comment vas-tu depuis que t'es recyclé ?

- Un peu chiffon, parfois, et toi ?

Pointe d'humour sans concession autorisée par la complicité et l'intimité que partagent ces deux amis de longue date. Depuis leurs récentes grandes retrouvailles, ces deux phrases étaient devenues leur code secret de salutation.

- Bof ! répondit Félix, je suis en mode « pause ». Béatrice « souchonne » à Betton, elle a besoin de calme pour déconfiner. Alors je m'occupe et l'idée m'est venue de venir faire un tour du côté de ta forêt domaniale. Quelques coups de pédale et me voilà. J'avais aussi envie de te voir depuis les dernières finitions de ton recyclage et de savoir si ta peau avait gardé la douceur du vélin à l'ombre du confinement.

- Ce en quoi, répondit Evelyne, moi aussi je suis ravie de te voir en chair et en os, Félix, après ces huit longues semaines confinées et surtout de revoir ton sourire en coin ponctuer ton humour à nul autre pareil !

AEV 1920-31 Dominique - rose jaune

Félix fait comme chez lui et installe dans un joli vase col de cygne en pâte de verre opalescent une sublime rose jaune.

C'est aussi cette rose qui m'a fait penser à toi, Evelyne. Je sortais mon vélo tout en balisant mentalement mon itinéraire quand une senteur abricotée m'arrêta : c'était l'arôme d'une rose fraichement éclose du rosier-tige Nicolas Hulot, celui que j'ai planté l'automne dernier près de l'allée. Je l'ai regardée avec tendresse, peut-être même avec amour, et elle m'a souri ! J'ai cru rêver, je suis revenu sur mes pas et, à mon grand étonnement, l'ourlet des trois pétales du bas dessinait vraiment un beau sourire. Et par un chemin de traverse du pré de mon cerveau, je l'ai aussitôt imaginée dans ton joli vase vert d'eau. Voilà, mon itinéraire était fait : direction la coquette masure de Vélyn dans la forêt domaniale de Lulu. Avec un peu de chance je te trouverais chez toi encore confinée. Bingo ! J'ai gagné, et toi aussi : me voici arrivé la bouche en coeur, la rose dans la poche extérieure plus un saucisson dans le fond du sac à dos. Je sais que tu as une bonne cave. Beau programme !

Minette, la vieille chatte d'Evelyne, a observé la scène de retrouvailles des deux potes et n'en pense pas moins : s'il y en a un qui connaît sa maîtresse Evelyne dans tous les coins, ou presque, c'est bien Félix. Ces deux-là se connaissent depuis la sixième et à vrai dire, c'est à cette époque que la démarche mentale de «recyclage» de Vélyn a commencé.

Vélyn est né à Rennes, mais il a vécu ses dix premières années à Londres, sa mère, Véronique, y ayant accompagné son père, John, peu après la naissance de leur fils. Véronique avait connu John dans la librairie où elle était vendeuse, rue Saint- Georges, il cherchait un guide touristique de la Bretagne. John venait d'arriver en France, il travaillait « dans les affaires », il était grand et mince, roulait à vélo, son accent était charmant. Bref il avait tout pour plaire. Adroit de ses mains, il bricola un tandem et les voilà tous les deux partis en août faire le tour de la Bretagne, la canadienne dans les sacoches. A Carnac, le condom craqua et neuf mois après, en mai 1950, un petit garçon naquit. Son père le reconnut, et déclara sous le prénom anglais épicène d'Evelyn et son nom Smith.

Pour la famille de Véronique ce prénom étranger ambigu fut la goutte qui fit déborder le vase du déshonneur familial et elle décida de vivre sa vie. La nouvelle famille habitait en meublé dans une chambre de bonne de la rue Saint-Georges, au-dessus de la librairie. C'est là que Véronique était venue se réfugier trois mois avant la naissance pour échapper aux remontrances familiales. Elle avait eu vingt et un an, gagnait sa vie et avait donc les moyens de sa liberté. La naissance se passa comme une fleur à la maternité de l'Hôtel-Dieu, John reconnut l'enfant et le déclara donc sous le prénom d'Evelyn rapidement transformé en Vélyn avec la prononciation à l'anglaise.

Quand Vélyn eut un mois, John et Véronique se rendirent à la gare à pied, le père tenant fermement le tandem alourdi par les sacoches pleines à craquer et la mère poussant le landau rempli par leur linge qui tenait lieu de matelas au bébé. Vélyn était un bébé florissant comblé par le sein de sa mère, les bras de son père. Vélyn a souvent entendu ses parents se remémorer cette expédition : Rennes-gare Montparnasse, gare Montparnasse-gare du Nord, quatre kilomètres cinq à pied dans les rues de Paris, puis Paris-Calais en train, puis Calais-Douvres en bateau, et enfin Douvres-Londres en train.

AEV 1920-31 Dominique - cadenas

A Londres John retrouva ses repères et son réseau et la famille se débrouilla. Vélyn apprit la langue maternelle et la langue paternelle et Véronique devint aussi bilingue. Dès que Velyn fut scolarisé, John l'aida à trouver un travail de vendeuse en librairie. Cette vie heureuse aurait pu continuer ainsi si John n'avais pas succombé aux charmes d'une nouvelle vendeuse en librairie. Elle était portugaise et John partit un beau jour vivre au Portugal, il aimait charmer, il vivait dans l'instant et oublia tout simplement sa famille de Londres.

Pas de mariage, donc pas de divorce. Vélyn avait alors huit ans. Véronique qui n'avait pas un tempérament de victime continua à payer le loyer, hébergea une fille au pair et resta vivre à Londres encore deux ans. Puis, ayant renoué avec certains liens d'avant, elle revint vivre à Rennes. Vélyn avait eu dix ans, et bon élève, était prêt à entrer au collège. Véronique retrouva facilement son ancien travail d'autant plus qu'elle maitrisait bien l'anglais et que Rennes sortait de sa léthargie séculaire de ville administrative pour devenir une ville étudiante. Véronique trouva à se loger rue d'Isly et Vélyn entra au lycée de l'avenue Janvier, bientôt nommé lycée François René de Chateaubriand puis en 1971 lycée Emile Zola.

C'est là qu'il rencontra Félix et que leur amitié démarra rapidement. Après l'école, ils fréquentaient tous les deux la section de gymnastique du patronage de la Tour d'Auvergne. Ils partageaient le goût pour cette discipline et Véronique qui travaillait jusqu'à dix-neuf heures et le samedi toute la journée était rassurée de savoir que Vélyn ne traînait pas dans les rues de Rennes en son absence.

Mais ce qui souda encore plus leur amitié c'est que Félix prit franchement la défense de Vélyn quand il fut victime de railleries : bon élève, particulièrement en anglais évidemment, jeune avec un physique encore d'enfant, il dérangeait certains, surtout les plus âgés qui avaient commencé leur puberté. Alors l'intimidation et l'humiliation étaient tentantes et la prononciation de son prénom à la française, Evelyn, se prèta à une raillerie facile : « Vélyn le vilain ! ». Ce fut une solide amitié qui dura pendant toutes les années du lycée, renforcée aussi par les camps d'été qu'organisait le super aumônier du lycée.

Félix aida vraiment Vélyn à survivre à son adolescence inconfortable et douloureuse. Vélyn cumulait les difficultés : l'absence de son père, un prénom épicène commençant de surcroît par Eve, une petite taille liée à une puberté tardive, puis le tumulte hormonal, les hésitations de l'orientation sexuelle et encore plus de celle de l'identité de genre. Vélyn avait expérimenté avant la puberté l'attrait qu'il déclenchait chez les garçons dont certains se révèleraient homosexuels par la suite, mais aussi l'intérêt des filles qui recherchaient aussi sa compagnie, il était gentil et délicat disaient-elles.

AEV 1920-31-Dominique-Adam-et-Eve

Vélyn était perdu dans toute cette confusion, et encore plus quand sortirent les premiers poils et les boutons... Heureusement, la peau de son thorax resta glabre et il échappa à la pomme d'Adam « Normal, remarqua Félix, ton prénom commence par Eve !».

Pour Félix, la vie était beaucoup plus simple : il rêvait clairement des filles et son premier poil sur le thorax lui fut un ravissement attendu. L'absence d'ambiguïté de Félix fut d'ailleurs d'un grand secours pour Vélyn qui pouvait s'ouvrir de ses atermoiements à son ami sans risquer de le troubler. C'était plus facile d'en parler à Félix qu'à sa mère qui, bien qu'occupée, n'était pas sans ressentir le désarroi de son fils, mais tous ces sujets autour de l'orientation et de l'identité sexuelle étaient encore tellement tabous dans les années soixante.

Alors Félix et Velyn partageaient les plaisirs des agrès, des barres parallèles, et bientôt 1une autre passion les accapara : les Beatles. Véronique avait pu offrir un électrophone à Vélyn pour son succès au brevet. Alors ils passèrent de la gymnastique sportive à « Salut Les Copains » pendant une courte période puis rapidement à la musique anglaise. Vélyn écoutait en boucle « Please, please me », il avait quinze ans. 

Puis ce fut le bac en 1967 et chacun partit de son côté. Velyn avait choisi Paris pour vivre sa vie plus librement qu'à Rennes et mettre de la distance avec sa mère, ses amis.

Il a fait des études d'architecture puis s'est orienté vers le design. Son métier l'a passionné et la vie parisienne culturelle l'a nourri. Par contre, sa vie affective fut une succession de hauts et de bas, de liens éphémères avec des hommes et des femmes, sans pouvoir créer de famille. Il s'allongea longtemps sur le divan d'une femme psychanalyste. Sans résoudre son problème d'identité, ce soutien régulier l'aida à vivre.

Pendant ce temps, Félix qui n'aimait pas se compliquer la vie fit des choix plus pragmatiques. Voulant éviter un métier trop accaparant, il choisit les sciences économiques puis les statistiques et fit carrière à l'INSEE. Il aimait la précision des chiffres et les conclusions claires. Ainsi il gagna bien sa vie, le cerveau occupé à simplifier des problèmes complexes. Le reste du temps il gardait l'esprit libre. Il était adapté à l'air du temps, se maria puis divorça à l'amiable au bout de dix ans et s'occupa de ses deux filles avec un système de garde conjointe.

Pendant plus de quarante ans les deux amis se amis ne se sont pas revus, les quelques tentatives de rapprochement initiées par Félix restant sans suite. Les rares fois qu'il croisait Véronique dans les rues de Rennes, elle répondait « Vélyn va bien, son travail marche mais sa vie est compliquée ». A l'heure de la retraite, Véronique s'est retirée à la campagne et Félix apprit plus tard qu'elle était décédée depuis 2010, elle avait quatre-vingt-deux ans.

Et voici trois ans qu’Evelyne a refait subitement surface à Rennes. Il lui avait fallu la conjonction de la retraite, de la loi du 18 novembre 2016 et probablement de quelques bonnes étoiles pour qu'elle s'autorise à changer d'état-civil tout en débutant une transition hormonale et physique. Ce fut pour elle une libération sans nom et une véritable renaissance. Elle a pu suivre patiemment les étapes de ce parcours médical complexe grâce à une endocrinologue compétente de Rennes qui l'a soutenue pour accepter les tâtonnements du traitement. Et, bénéfice secondaire, les œstrogènes ont été une vraie cure de jouvence, en particulier pour sa peau. Elle a seulement gardé sa voix un peu grave qui rappelle un peu celle de Juliette Gréco.

Par une amie, Lulu, Evelyne dégota une jolie maison dans la forêt domaniale. Au fond de son terrain, un vieux châtaignier, Féfé, lui tient compagnie et lui raconte des histoires.

Une fois bien installée, elle retrouva facilement les traces de Félix, elle se sentait prête et même impatiente de retrouver physiquement cet ami de jeunesse qui, sans qu'il le sache, l'a accompagné toute sa vie durant. Elle l'invita chez elle... par SMS en signant Evelyne suivi de sa date de naissance.

Félix tomba des nues et répondit aussitôt sans réfléchir « Oui, où tu veux, quand tu veux ! Je te joins une photo pour te préparer à l'état des lieux ».

Evelyne répondit aussi par une photo, et Félix la trouva très belle et très chic, avec bizarrement un petit air de Béatrice... A la retraite Evelyne était passée du design à la couture ou, comme elle aimait dire à l'art du chiffon. Elle était très douée pour recycler le moindre bout de tissu en fringue originale cool-class.

Et aujourd'hui, pour ces retrouvailles post-confinement, magnifique dans la dernière robe un peu décolletée qu'elle s'était créée, Evelyne avait réservé une nouvelle surprise à Félix, une surprise de taille : 90 B, la dernière étape du recyclage.

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19 mai 2020

La Cure de jouvence / Jean-Paul

La cure de jouvence à laquelle il ne croyait pas a dépassé toutes ses espérances. S’il avait été raisonnable, il en serait resté là mais le Monde est comme ça, insatiable, il part dans tous les sens. Surtout le jeunisme n’a jamais été aussi développé qu’en ces années 2010. Golden boys, traders à la Jérôme Kerviel, Mr et Mme Smith, Angelina Jolie. C’est comme ça qu’on a vu tous les vieux enfourcher une trottinette (électrique) ou un vélo (électrique forcément) pour aller manifester dix ans plus tôt contre le nucléaire et le tout-financier. Allez le Monde, en route !

Faut dire, en 2010, le Monde venait de se payer la crise des subprimes et ça avait coûté bonbon, voire mistral gagnant, à bon nombre d’Américains. Alors du coup le Monde a encore voulu rajeunir de dix ans pour voir si ça n’était pas mieux encore avant.

AEV 1920-31 Loterie solaire- Jean-Paul

Il a franchi sans bug le tournant de l’an 2000 et s’est retrouvé au vingtième siècle. Encore cinq ans et on vivait sans Internet ! On collait à nouveau des timbres sur les lettres en léchant le cul de Marianne ! On ne savait rien de l’Amazon – c’était juste un fleuve ou une chasseresse à un seul sein – et on commandait ses soutiens-gorge (quel pluriel à la con !) à la Redoute à Roubaix ou aux Trois Petits Suisses à Pré Saint-Gervais.

Et puis en reculant encore le Monde a chuté du mur de Berlin, il est passé du bilan globalement positif de la fin du socialisme à l’Est au monde du rideau de fer avec d’un côté la queue pour pas de viande et de l’autre des manifs de vieux qui clamaient « Ce qu’il leur faudrait c’est une bonne guerre froide !».

Après, ou plutôt avant, je ne sais plus : je n’étais pas né. Et de toute façon ce retour vers les jours heureux, moi je n’y crois pas. Les jours heureux c’est aujourd’hui. Ma cure de jouvence je la fais tous les jours : je me replonge dans mes bandes dessinées, j’écris des bêtises, je caresse ma guitare et je relis – sur une liseuse - mes bouquins de... science-fiction !

Sorti de là, le Monde va où il veut ! Je n'en ai cure !

19 mai 2020

Salut Vélin ! / Jean-Paul

- Salut Vélin ! Comment vas-tu depuis que t’es recyclé ?

- Un peu chiffon parfois et toi ?

- Moi je pète la forme ! J’ai une cote du tonnerre désormais ! J’ai eu un de ces culs dernièrement !

- Pourtant la dernière fois que je t’ai vu t’étais au bout du rouleau ?

- Ah oui mais il y a eu la crise du coronavirus depuis ! T’as pas entendu parler de la ruée sur le papier hygiénique ?

AEV 1920-31 Descartes - Jean-Paul

19 mai 2020

La Réponse de l'ostéopote / Jean-Paul

Cher ami, toi qui est ostéopote, quel est ton avis ? Depuis que le printemps est là j’ai comme un pré dans le cerveau. Dès l’aurore j’entends tintinnabuler les clochettes d’un troupeau broutant dans ma tête !

Cher ami

Le long confinement auquel nous venons d’être soumis n’a pas manqué d’être néfaste pour qui a l’équilibre psychique un peu précaire. Ce que tu me décris là pourrait s’apparenter aux fameuses voix qui s’adressèrent jadis à Jeanne d’Arc pour lui enjoindre de bouter les Anglois hors de France (j’adore cette phrase avec « enjoindre » et « bouter » : ce n’est pas souvent qu’on les utilise ensemble ces deux-là. Par contre tout le monde aura du mal, au sortir de cette crise, à joindre les deux bouts !).

Bien entendu tu peux laisser pisser le mérinos s’il y en a un dans la bande et suivre les conseils de ton paisible troupeau en allant faire un tour à la campagne mais, s’il te plaît, pas au-delà de cent kilomètres ! A moins que tu aies 135 euros à perdre.

J’ai mieux que cela à te suggérer. Vérifie tout d’abord le nombre de bêtes que tu possèdes dans ton cheptel, s’il s’agit de vaches, de bœufs ou de taureaux. S’il y a une majorité de vaches dans le tas, installe une salle de traite dans ton oreille gauche. Si ce sont les bœufs qui prédominent demande une subvention à Bruxelles et monte un abattoir dans ton oreille droite. Le lait et la viande que tu obtiendras ainsi t’éviteront d’aller faire la queue au supermarché où les risques d’attraper le coronavirus sont quand même plus importants que dans ta baignoire personnelle : le virus n’aime pas l’eau.

AEV 1920-31 atom-heart-mother - Jean-Paul

 Si jamais le rendement était trop faible pour tes besoins ou si, depuis la dernière fois, tu es devenu végétalien, ce n’est pas grave. Laisse les installations en place cela te permettra de ne plus entendre ni les cloches ni Fabienne Sintès qu’il faudrait confiner d’urgence loin de France-Inter ou elle a animé tant de « Téléphone sonne à sujet médical en continu » depuis deux mois que j’ai décidé d’éteindre cette station et d’écouter « Atom heart mother » de Pink Floyd en boucle plutôt que ce flux ininterrompu de science journalistico-médicale impuissante et caquetante, semblable à un couple de poules qui aurait trouvé un couteau sans lame auquel manque le manche (ça c’est du Lichtenberg ou alors je ne m’appelle plus Georges !).

AEV 1920-31 Lichtenberg (Jean-Paul)Et d’ailleurs, en parlant de volaille, vérifie que tu n’as pas non plus, en bas du pré, un poulailler dans le cerveau. Pour le cas où une poule pondrait des œufs d’or, n’oublie pas que nous sommes amis de longue date et que je n’ai plus reçu un seul client depuis deux mois. Les fonds sont bas depuis qu’on l’a touché. Un petit geste financier en échange de cette consultation gratuite sera d’ailleurs le bienvenu. Je joins à ma réponse un relevé d’identité bancaire.

5 mai 2020

Huitième semaine / Dominique H.

Comme ils sont confinés, Béatrice et Félix s'amusent au lit ou ailleurs, de différentes façons, par exemple en ressortant des photos, des cartes postales, des programmes de spectacles, Télérama et autres revues d'art et parfois leurs jeux durent longtemps... 

Atelier La Croix 04-24 visuelarticle6-768x508

- Tu es sûre, Béatrice, que c'était en janvier 1991, lorsque nous étions allés à Saint-Pétersbourg pour le nouvel an ?

- La scène se passe sur les bords de la Néva. Il faisait moins dix. Gérard, le réalisateur de la photo, avait organisé cette mise en scène avec un plan imparable. Il nous avait tous invités à l'hôtel dans la suite qu'il partageait avec Claire. Et là, il nous a reçus avec caviar et vodka. Nous aurions dû alors nous méfier mais il nous avait déjà habitués à sa générosité quelque peu ostentatoire. Après cet échauffement à l'alcool (lui-même y avait juste trempé les lèvres) il avait ouvert sa grande valise, en avait sorti huit tutus roses qu'il nous a alors invités à revêtir. Après un moment de perplexité, son excitation communicative et la vodka aidant, nous nous sommes tous exécutés en rigolant. Je me souviens que j'avais mis des chaussettes dans les bonnets du tutu. Puis nous étions sortis dignement de l'hôtel. Pas un bout de tulle rose ne dépassait de nos doudounes et autres vêtements chauds. Nous avions l'air de banals touristes partant pour leur programme culturel au musée de l'Ermitage.

- Après une courte marche, nous avons atteint les pontons enneigés des rives de la Néva. Je me souviens, il n’y avait pas de parapet. Avec le recul, il avait pris des risques, Gérard, et nous aussi mais nous étions grands et consentants. Il y a donc quatre femmes et trois hommes sur la photo. Elle est un peu floue mais le reflet dans l'eau est joli. Elle traduit bien l'ambiance quelque peu loufoque de ce voyage. Tu nous reconnais : tu es la troisième à droite, plutôt gracieuse, et je te fais face, tentant une sorte de saut avec élan. Claire est la première à droite et c'est Gérard qui prend la photo. Je ne me souviens plus des prénoms des autres car ce fut notre premier et dernier voyage avec cette bande de frappadingues alcooliques.

- Chéri, je te le dis, rien ne vaut un bon road-movie dans notre camion, rien que nous deux, loin des sentiers battus ! Embrasse-moi !

***

Atelier La Croix 05-01 visuelarticle6-768x508

Une telle équipe canine prenant la pose sous l'arc-en-ciel ! Clin d'oeil symbolique qui m'a fait penser à toi, Félix, et t'écrire cette carte postale :

« Cher Félix. En voyage avec mes sept copines, tu me manques. J'ai eu envie de t'envoyer ce tableau étrange de ces huit stars canines, daltoniennes, bottées et bien rangées devant un camaïeu de murs mauves. L'arc-en-ciel a sept couleurs et il y a huit chiens : je suis la huitième, la plus petite avec les bottes roses. Je t'embrasse.
Béatrice. »

- Alors, Amour, qu'est-ce que tu attends pour m'embrasser ?

***

Atelier La Croix 04-17 visuelarticle6-768x508- Comme Lui ! Tu te souviens, Félix, comment Poétic-Héros nous a emmenés sur une autre planète ? Quel magie que ce court spectacle vivant inédit ! Pourtant je ne suis pas une grande fan de technologie mais là, la poésie était vraiment au rendez-vous ! Et cette mignonne petite scène ronde avec son plateau central tournant, sous un chapiteau hémisphérique ! Et lui, habillé en Superman, qui nous embarque dans son spectacle onirique avec ses parachutes chatoyants, sa montgolfière féérique, ses parapluies dansants. Et dans la lumière noire, l'animation stroboscopique au ralenti de la voûte céleste avec des milliers d'étoiles ! Je me souviens aussi de la musique planante de « The XX intro » en harmonie parfaite avec les rayons laser lents et poétiques. Nous étions en immersion dans un autre monde, dans un état second. Pourtant nous n'avions pas fumé ni picolé cette fois. Ah ! Quelle soirée !

Félix souriait aux anges. L'enthousiasme de Béatrice lui faisait revivre cette soirée inoubliée. Puis une idée lui vint.

- Tu sais, Amour, je te promets que nous y retournerons dès que possible ! Mais si, je te le dis, Poétic Héros est Corona-compatible, avec sa petite jauge et son camion ambulant magique qui se transforme en scène en un clic comme une tente igloo. C'est typiquement le spectacle vivant des jours d'après ! En attendant, embrasse-moi !

 ***

Atelier La Croix 04-03 visuelarticle6-768x508« Devant ce ciel et cette scène onirique, je rêve de toi, Félix qui est loin de moi. Je me souviens de la douceur magique de notre voyage en montgolfière au lever du soleil sur la Rance. Je me souviens aussi de notre voyage au Grand Canyon. C'était avant le Corona.
Cher Félix, je me languis de toi.
Béatrice »

- Amour, dit Félix, nous en avons fait des choses ensemble et ça fait un bail que ça dure, notre histoire pointillée. Embrasse- moi encore !

***  

Atelier La Croix 03-27 visuelarticle6-768x508- Le jour d’après le déconfinement, ça promet ! Autant je rêve de vastes plages, de sentiers forestiers, autant je n'ai nulle envie de me retrouver à faire le trottoir en sortant d'une bouche de métro devant les échafaudages de Notre-Dame. Il nous faudra un peu de temps pour tenter une nouvelle virée à Paris en amoureux. Il va falloir inventer autre chose. Dis, Béatrice, mon Amour, quand m'emmèneras-tu à Vézelay ? Ca fait si longtemps que tu me le promets !

- Dès que Corona le permettra, Chéri, nous irons visiter l'Abbaye, dit Béatrice avant de déposer un baiser dans la main lavée de Félix.

*** 

Atelier La Croix 04-10 visuelarticle6-768x508

Dans cette foule sentimentale qui a soif d'idéal, Béatrice se dit que Corona a vraiment mis son bazar. Ils ont des ballons mais n'arrivent plus à décoller ni à planer. Ces ballons sont du bidon, composition, consternation !

Mais le grand timonier très inspiré de notre navire de guerre gaulois a parlé ! Manches retroussées, échevelé, dans un discours exalté, il a invité les cultureux à inventer d'autres formes de culture.

Justement, Béatrice a une idée à lui proposer qui pourrait lui plaire. Elle en fait part à Félix aussitôt :

- Et si on relançait la mode des robes à crinoline ? Avec un rayon de un mètre la distanciation physique règlementaire serait assurée et plusieurs garçons pourraient aller se cacher sous les jupes des filles !

Félix a d'abord eu les yeux qui brillent puis, toute réflexion faite, il se dit d'abord qu’un seul garçon aurait plus de place, puisque la vie entière absorbé par cette affaire ce serait un nouveau jeu de dupes.

Il préfère Béatrice pas fière, en robe légère sur son escabeau en l'air. Seul inconvénient, elle le regarde de haut mais Félix est philosophe, il sait qu'on ne peut pas tout avoir.

- Amour, les robes à crinoline peut-être, mais ça n'est pas très pratique... et puis ça m'a donné une autre idée...

***

Atelier La Croix 03-20

Méticuleusement, Félix et Béatrice avaient pris le temps d'observer ces acrobates aériens évoluant au ralenti en hauteur sur cette insolite forêts de mâts de cocagne. C'était plus une chorégraphie que la course populaire traditionnelle. Les mâts n'étaient pas enduits et l'ascension se devait avant tout d'être esthétique. Arrivés en haut, ils jouaient avec des accessoires, ils jonglaient, prenaient leur flûte ou leur tambourin, puis se drapaient dans des tissus. Ensuite, après les avoir torsadés, ils les utilisaient pour une descente lente en volute. Puis ils remontaient.
C'était un beau spectacle vivant de plein air et tout à fait Corona-compatible. Félix qui aime les acrobates avait proposé ce spectacle à Béatrice qui aime Félix. Alors ils y étaient allés ensemble, masqués, en se donnant la main. Il s'étaient confortablement installés chacun dans un relax, sans se lâcher la main.

C'était un spectacle vivant, pour amoureux de plein air, à petite jauge, des jours d'après.

***

Atelier La Croix 03-13 visuelarticle6-768x508Tendant la main ? Pas vraiment ! Et en plus c'est une main de cire, inerte, reliée à un mannequin de vitrine habillé en militaire. Ca pue la dictature, la mort.

C'est une installation de plasticien soutenu par le Pouvoir. Hier soir, Félix faisait partie d'un jury « Art et éducation populaire » réuni en vidéo-conférence. Ce projet culturel a été refusé à une large majorité. Encore heureux !

Il était tard quand la vidéoconférence s'est terminée et Béatrice était endormie. Félix a fait des cauchemars et ce matin, encore sous pression, il ouvre son ordinateur pour montrer à Béatrice l’installation refusée. Il ne fait aucun commentaire, se contentant d'observer Béatrice L'effet fut d'abord la sidération. Puis, toujours en silence, avec une expression de colère froide sur le visage, elle a ouvert son ordinateur et s'est mise à écrire d'un jet rapide pendant une heure.

- Voilà, dit-elle :

Footing mental matinal J 53

Ma pensée émerge enfin de la torpeur,
et se dégage d'un étrange bain de terreur
qui l'avait engloutie, anéantie,
instinct de survie.

Corona, tu nous a tous surpris,
les médecins ignoraient ta séméiologie,
« grippe saisonnière » ont-ils dit
et s'est répandue la pandémie.

Belle occasion se dit, sans s'émouvoir,
l'Appareil du Pouvoir !
et dans leur grande perversité
ses hommes de mains se sont agités.

Toi, Corona
tu ne penses pas
mais leur pensée guerrière
s'est saisie de toi : tu es devenu leur affaire.

« Nous leur enjoignons de confiner,
ainsi leur cerveau va ruminer,
et nous pourrons tout régenter »
se sont -ils aussitôt dit, en toute tranquillité.

Jouissance immédiate de la manipulation,
exercice de la soumission
au nom de notre protection.
Consternation !

Leurs mains ont fait de nous des objets,
nous sommes devenus les jouets,
les sex-toys de leur impatiente jouissance.
Ils ont déclaré l'Etat d'urgence !

Alors nous avons connu le printemps
du réveil des serpents,
du pouvoir rampant
qui se répand insidieusement.

Le manque manifeste
des masques, celui des indispensables tests
va justifier le tracking,
et de leurs drones les travellings.

Nous sommes surveillés,
verbalisés,
humiliés,
déshumanisés !

Mais leur langue a fourché
notre protection est devenue leur sécurité,
ils ne disent plus pouvoir mais capacité.
Ils se sont dévoilés, ils ont perdu leur crédibilité.

Ils nous ont menti sciemment,
ils ont soumis leurs experts savants,
ils ont osé maquiller leur incurie,
ils ont caché la pénurie.

Pénurie du flux tendu,
logique de profit sans issue,
hyperconsommation apoplectique
implique hôpital cachectique.

Ils nous ont intoxiqués
mais se sont démasqués
car ils ont fini par trébucher
et notre sens critique s'est enfin réveillé.

Nous sommes entrés en résistance
et, pour préserver nos existences,
nous avons ranimé nos consciences.
C'est la force de cette nouvelle expérience.

Nous avons commencé
à penser
au jour d'après,
serons-nous prêts ?

Béatrice.

***

Atelier La Croix 03-06 visuelarticle6-768x508Au premier plan, des adolescentes, de dos, blondes tressées, dressées, uniformisées en bleu-marine et blanc, qui se soumettent à la sortie culturelle de la classe de seconde de Sainte Marie l'Immaculée. Bonne éducation, bonnes familles, culture classique, conformité.

Béatrice a envie de leur dire : « Les filles, écoutez-moi, soyez belles mais surtout rebelles ! »

C'est la minute anti-patriarcale de Béatrice.

***

Atelier La Croix 02-28 visuelarticle6-768x508

 Il était bien tôt pour dire ce que cette fillette ferait de sa vie. Pour l'instant, cette enfant tonique est assez confiante pour pouvoir se tenir debout dans la seule main gauche de son père. On peut dire qu'elle est bien partie dans la vie. C'est déjà ça !


C'est la minute psycho-motrice de Félix.

 ***

Atelier La Croix 02-21 visuelarticle6-768x508C’est l’heure de soumettre le peuple masqué, terrorisé, incapable de penser. Belle occasion que ce Corona pour exercer le Pouvoir, écraser, contrôler, accorder des autorisations dérogatoires, réduire à l'obéissance stricte, infantiliser, empêcher d'exercer sa propre responsabilité, punir les contrevenants, interdire de jouir pour notre bien, piétiner les libertés et j'en passe, au nom de la sécurité.

Attention à la rébellion quand viendra l'heure des comptes !

C'est le quart d'heure anarcho-logique de Félix et Béatrice, en accord parfait sur ce sujet.

***

Atelier La Croix 02-07 visuelarticle6-768x508Elle a hésité.

Béatrice a joué, pour passer le temps, à faire ce puzzle de l'Europe en prenant les pièces retournées sur l'envers. C'est un puzzle néerlandais mais les pays et les villes sont néanmoins faciles à identifier. La règle du jeu qu'elle s'était fixée était que la dernière pièce retournée serait celle de la prochaine destination de son voyage à vélo. Pour la dernière pièce il n'y a plus à hésiter. Voilà, ce sera la Grande-Bretagne, celle du Brexit-Coroner. Elle devra attendre que la Brittany- Ferries reprenne la liaison Saint-Malo-Portsmouth. Maintenant, il lui reste à convaincre Félix de l'accompagner... Fastoche, entre le vélo et l'anglais, c'est dans les sacoches !

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- Hein ? Qu'est-ce ? Félix, viens voir !

Une otarie qui se fait peur en se regardant dans un miroir ? Ou bien rit-elle aux éclats ? Ou bien montre-t-elle les dents à l'ennemi jumeau qu'elle voit en face d'elle ? En tout cas le but, une fois de plus, est de divertir les hommes qui s'ennuient.

Quand finiront ces spectacles absurdes, ces lieux d'enfermement et d'exhibition des animaux ? Si notre confinement pouvait nous faire réfléchir suffisamment pour mettre fin au leur, ce serait un progrès pour la planète. Le temps est venu de laisser les animaux retrouver leur milieu naturel. Corona nous l'a bien expliqué !

C'était le brin de fibre L214 de Béatrice.

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Atelier La Croix 01-31 visuelarticle6-768x508

C’est exaspérant ! Je n'y vois plus rien ou plutôt si, j'y vois triple.
Est-ce le triple sec ?
Cette lune est bizarre,
est-ce le pinard ?
J'y vois un cerf,
tiens, je me res-sers.
Ses paupières sont baissées
Ah ! On dirait que le niveau a baissé
Est-ce une lune triste ?
En tout cas surréaliste !
Quoique un peu tragique
elle a un côté poétique.
C'est une nuit sereine
Et la lune est bien pleine
comme l'était la bouteille !
Tiens j'ai sommeil.
Viens, Béatrice, toi ma douce ivresse,
mon amie de tendresse.

C'est le penchant alcoolo-poétique de Félix.

*** 

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C’est décidé : après le déconfinement, je ne bois plus que de l'eau de mer, se dit ce Poséidon assis sur son rocher. Je suis fatigué. J'ai habillé les manches de mon trident de jolies bouteilles bleues. Les cyclopes ne seront pas contents mais tant pis. Je ne veux plus chevaucher mon char, je ne veux plus déclencher de tempêtes ni de tsunamis. Je me suis arrêté sur une plage de Sicile, je laisse ma barbe pousser et j'attends le chant des Sirènes pour aller jouer avec elles dans l'eau.

Félix se réveille de bonne humeur.

***

Atelier La Croix 01-17 visuelarticle6-768x508"Après ça l'Etat-major de la gendarmerie de l'air doit se farcir l'analyse des vidéos des super-drones. Drôle de monde pas drôle ! Ainsi un œil technologique surveille en stationnaire ce site stratégique un peu trop voyant (l'architecte était un artiste, erreur de casting). Pendant des heures il ne se passe rien, alors l'agent militaire s'assoupit. Mais la technologie a tout prévu, enfin, presque tout. Voici qu'un « bip » strident extrait brutalement notre homme de son sommeil ! Son œil aguerri repère aussitôt cet avion probablement espion qui vient d'agresser le champ de la caméra. Zoom immédiat sur l'OVNI ! C'est un avion supersonique silencieux maquillé en avion fantôme, il a déjà quitté le champ de la caméra. Le soldat de l'air refile l'info au drone stationnaire suivant et se rendort."

Félix, qui lit Ouest- France au petit déjeuner, montre l'article à Béatrice, et, inquiet, lui demande si elle pense que c'est de la science-fiction ou si c'est déjà le jour d'après et que rien n'aurait changé ?

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5 mai 2020

Au réveil / Raymonde

Atelier La Croix 02-14 visuelarticle6-768x508

Hein ?! Mais j'ai fumé quoi hier soir ?

Il m'avait dit :

- Fume ça, ça va changer le regard que tu as sur toi, tu seras plus sûre de toi, moins soumise aux diktats de la mode ! Tu te ficheras du regard des autres !

Il est allé un peu loin dans le dosage ! Je ressemble à une loutre trempée aux yeux globuleux !

- Au secours !

- Eh ! Réveille-toi ! Tu vas être en retard pour ton RDV chez ton psy. Tu prends toujours bien tes médicaments qui traitent les troubles de la personnalité ?

14 avril 2020

A l'EHPAD épatant / Maryvonne

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J'étais encore un enfant, je portais même encore des culottes de golf. Au bord de la mer, il y avait le couvent des sœurs qui était en réalité un hospice de vieux. Tout le monde était vieux là-dedans, même les sœurs. Leur peau avait viré au gris cendre de cigarette ; on les appelait les sœurs grises.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, cet endroit ne nous était pas interdit. Il suffisait de dire que nous allions aux vieux, comme on dit « on va aux framboises », et le tour était joué, on pouvait disparaître. Parfois ce n'était qu'une excuse pour échapper à la surveillance de nos parents. Mais il y avait là aussi des vieux tout à fait intéressants.

Nous croisions un ancien capitaine de marine particulièrement inventif en matière de jurons et pour nous qui étions bien élevés c'était un régal. Nous évitions par contre une ancienne cantatrice qui serinait toujours le même air à nous faire friser les oreilles.

On nous avait expliqué que les vieux aimaient la compagnie et que la visite d'un enfant qui leur faisait un dessin ou leur chantait une chanson avait un effet thérapeutique.

Il y avait un vieux savant, un peu lunaire, devenu mutique, qui avait une grave maladie ; il semblait s'affaisser des méninges, le birbe se débattait dans le yaourt. Sauf quand il regardait les infirmières ; ses prunelles enflammées semblaient dire alors: « Attends, ma libellule, attends, j'ai des projets plus ambidextres pour toi ». Mais ce n'était que mon interprétation.

Avec mon copain on allait tous les matins lui chanter « Au clair de la lune ». On avait transformé les paroles pour la rendre moins ennuyeuse : des histoires de portes fermées, de chandelles mortes, de pénurie d'allumettes et de zouaves pas foutus d'avoir un stylo pour écrire un mot, ça ne convenait pas pour un mourant. Notre version toute gaie avait le don de le mettre en joie.

Ce matin-là il avait la figure en coin de rue sinistrée, ses paupières étaient gonflées comme des valises d'ambassadeur au moment d'une rupture diplomatique et avec la couche de mélancolie qui lui couvrait le visage on aurait pu goudronner la nationale 7. Alors nous chantions :

Au clair de la lune, j'ai pété dans l'eau
Ca faisait des bulles, c'était rigolo
Ma grand-mère est venue avec des ciseaux
Elle me coupa les fesses en quatre mille morceaux.

Le vieux professeur retourné en enfance ne pouvait plus parler mais il pouvait encore rire. Il se tordait. Avant de partir, on pissait dans sa bassine pour que la sœur Gisèle lui fasse un compliment. Une bonne pisse bien claire et notre professeur avait droit à un verre de vin rouge au dîner.

***

vacances-en-buick-roadmasterÇa, ce sont mes souvenirs, Pas plus tard que la semaine dernière j'ai voulu y retourner voir mon vieil ami chinois, Tchang, qui y réside. Je lui apportais un bouquet de lotus bleu. L'entrée était interdite à cause d'un virus venu, comme mon ami, de la Chine ; comme quoi il y a des hasards qui font mal. Je franchis des Himalayas de réprobation, j'annapurnisai dans le désenchantement. Mais rien n'y fit, tous les EHPAD(S) étaient fermés.

Plus que déçu je suis allé prendre l'air sur les marches de l'entrée où se trouvait assise une créature de rêve. Elle s'appelait Cheyenne et avait des yeux noirs comme des lacs profonds pour se noyer. Qui est-elle venue voir, une grand-mère, un vieux tonton ? D'emblée je m'assure qu'elle n'est pas trop craignos. La belle voiture garée sur l'avenue a des reflets argent douteux. De toute façon moi les filles ce n'est pas mon truc. Je préfère parcourir le monde et ce qui me tente c'est la belle américaine, la voiture bien entendu, et je ferais bien une petite enquête avec comme associée cette Cheyenne : pour une fois je côtoierais le monde féminin. C'est fou comme un virus tout petit peut faire changer votre vie !

7 avril 2020

Madame Numérosept / Maryvonne

La lectriceBonjour Madame, nous avions rendez-vous mardi soir assez tard et je n'ai pu encore honorer cette rencontre car elle est pour moi assez énigmatique. Enfin aujourd'hui je me décide sans hésitation à faire le choix de mon interlocutrice. Sur la photo votre visage de bonne maman, un peu à la Françoise Dolto, m'a tout de suite attirée. Face à votre petit bureau éclairé par le soleil, vous lisez un long courrier de 3 pages.

A votre sourire je suis certaine que c'est votre fils Jean Paul qui vous écrit, Les mères aiment par-dessus tout les lettres de leurs fils. Allez-savoir pourquoi ? Peut-être parce qu'elles sont rares.

Après de brillantes études il a quitté votre giron, Vous souriez parce qu'il écrit bien, le bougre, et moi qui aime tant les relations épistolaires, je vous envie. Tous ces mots étalés là et enveloppés comme des bonbons vous les savourez des yeux. L'enveloppe justement n'est pas déchirée à l'arrache comme je le fais parfois avec mon pouce, elle est soigneusement découpée aux ciseaux, ils sont encore sur la table, et vous avez tellement raison. Ce moment d'ouverture, ce rendez-vous intime est tellement délicieux. Il faut le soigner.

Oh ! Ce n'est pas que du sucre, quelques dragées au poivre vous rappellent que vous n'êtes pas une mère parfaite et quelques caramels mous colleront à la dent que vous avez contre lui quand il se fâche. Mais le reste de la journée vous sucerez les compliments en forme de fleurs, bonbons coquelicot ou violette qui se vendent en bocaux à l'épicerie et que vous mettrez en conserve (les compliments) dans votre panthéon des meilleurs moments.

Il vous dit regretter votre riz au lait que vous portiez dans le four du boulanger. Il est bien serviable, le boulanger. A la ville où il est maintenant c'est impossible, d'ailleurs le pain n'est pas aussi bon. La confiture « Bonne Maman » est une appellation mensongère, ce sont les vôtres qu'il aime, surtout la rhubarbe. Le matin quand il se lève personne ne lui a fait son café ni n'a réchauffé une tranche de brioche. Voilà un bon fils n'est-ce pas ?

Passons à la réalité :

Je m'appelle Germaine Marette et, bien qu'originaire d'Auvergne, je vis dans le Nord. J'ai 60 ans et je les porte bien. Je viens de recevoir une longue lettre mais ne vous trompez pas ce ne sont ni ma fille, ni mon fils qui m'écriraient si longuement. Ces ingrats se contentent de quelques lignes de temps en temps et souvent pour des banalités. D'ailleurs je n'ai jamais de « Chère maman ». C'est pourtant le plus joli mot dans toutes les langues. Quand j'étais « la femme à deux cœurs » comme on appelle ici les femmes enceintes je rêvais de me faire appeler maman à tout vent et que l'écho le répétait à loisir.

De leurs amours ils ne me parlent pas non plus, sans doute une pudeur extrême entre nous. Pourtant je brûle de leur parler de ce courrier qui pourrait incendier ma vie. Apparemment le boulanger n'est pas insensible à mes miches et j'en souris intérieurement, même, disons-le, ouvertement. Il a remarqué que j'étais allée chez le coiffeur et que cela était bien seyant. Il a du vocabulaire, notre maître en boulange. Il y a longtemps que je n'avais pas eu tant d'éloges sur mon physique et sur mon humour, ça fait un bail que mon mari ne rit plus de mes blagues. Lui, mon nouvel amoureux, il s'en tape sur les cuisses à en faire voler la farine de son pantalon.

AEV 1920-25 Maryvonne affiche-du-film-de-marcel-pagnol-la-femme-du-boula

Physiquement il n'est pas mal non plus, il a une petite brioche de bon vivant qui le rend sympathique alors que chez moi il y a une planche à pain : sèche comme une baguette rassie.

Il me rend souvent des services ; dans son four je porte à cuire mes rôtis et mon riz au lait, la teurgoule. Mes tartes sont parfaites ; même s'il en vend il n'en prend pas ombrage.

Quand je lui porte les plats, je traîne un peu dans la boulange, je caresse sa chatte Pomponnette, il adore les animaux comme moi mais mon mari est allergique.

Maintenant c'est vous qui devez me trouver un peu tarte à mon âge. Mais on n'a qu'une vie et maintenant que mes enfants sont partis j'ai envie de la dévorer par les deux croûtons.

31 mars 2020

Réanimation-maison / Dominique H.

Troisième semaine !

Félix, mon voisin, célibataire, veuf, divorcé, septuagénaire donc vulnérable est à sa troisième semaine de confinement et ça ne va pas fort. Moi je suis Bénédicte, sa voisine. Nous nous entendons bien et nos clôtures légères nous permettent de converser de jardin à jardin et de garder le lien ; parfois même il se laisse aller à quelques confidences. Je l'aime bien, mon voisin, même si chacun garde ses distances, surtout en ce moment. Mais je suis un peu inquiète : il m'évite visiblement depuis trois jours.

Il se morfond et tourne en rond dans sa maison. Voilà près de quarante ans qu'il habite dans ce pavillon de lotissement. C'est la scène de crime des deux tiers de sa vie ! Ah, si les murs pouvaient parler ! Ils en auraient à dire. Et les objets donc ! Les objets justement, parlons-en ! Quarante ans d'amoncellement ! Félix enrage d'être confronté et confiné au milieu de ces strates de barda et autres fatras, sans parler des fanfreluches et falbalas à l'étage dans les penderies des chambres de ses deux filles. Au début du confinement, il s'était senti plein d'énergie à la perspective de faire un grand ménage de printemps, une razzia des rossignols et autres ramasse-poussière. Il m'en avait parlé joyeusement. Pas de chance, les déchetteries sont confinées. Le confinement est vraiment contre lui. Sale virus ! L'humeur de Félix fait les montagnes russes.

Ce matin il a le moral dans les chaussettes. Pourtant avec ce prénom il devrait être heureux mais depuis le confinement tout va de travers. Déjà qu'il ne peut plus fréquenter le restaurant de ses copines, qu'en plus il se voit frustré des divertissements qui y étaient attachés, voilà qu'il est condamné à errer comme une âme en peine dans sa maison, à supporter le paysages des reliques de sa vie. Sa vie... Il voudrait ne pas y penser mais les souvenirs envasés remontent. Il a essayé de s'extraire de ce magma collant qui l'englue en allant dans son jardin écouter les oiseaux, mais c'est encore pire. Même en se concentrant avec application, la méditation en pleine conscience, loin de lui apporter la zénitude annoncée, ne marche pas chez lui. Au contraire, il déprime et je l'ai même vu écraser deux larmes en cachette.

Alors, il erre d'une pièce à l'autre comme du coq à l'âne, en traînant ses babouches et son vague à l'âme. Par moments, il remplit sans aucune méthode un grand sac en papier de vieilles revues, de boites à chaussures contenant de jolies petites boites vides conservées depuis des années. Heureusement Il y a encore un peu de place dans sa poubelle jaune et aussi dans la mienne que je lui ai proposé de partager.

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Dans la chambre bleue qui sert un peu beaucoup de débarras, il a remarqué ce matin le vieux vélo d'appartement, 4000 Mg de la marque Domyos, cadeau de Noël de sa femme, voilà plus de trente ans. Quand sa femme l'a quitté, il a mis le vélo de côté, histoire de tourner la page. Il était arrivé que les petits enfants s'amusent avec. Il se souvient maintenant de la crise qu'il avait piquée le jour où ils avaient cassé la console branchée sur le guidon qui enregistrait les kilomètres, les calories, les RPM. Il ne vient pas souvent dans cette chambre et avait complètement oublié cet engin. Il se souvient maintenant que jadis il l'a pourtant utilisé assidument, surtout l'hiver pour préparer son cœur et ses mollets à la montée du col du Lautaret et de quelques autres. Eh oui, Félix en a grimpé des cols. C'était le bon temps. Même que dans leur groupe, les femmes les grimpaient aussi les cols. Elles y mettaient le temps bien sûr en passant le petit plateau et le grand pignon. Et le soir à l'étape, c'était la joyeuse ambiance avec la bande du Minotour. D'ailleurs sa belle bécane, un Bianchi, blanc, fringant, neuf kilos, est toujours suspendu dans le garage. Celui-là il ne le donnera pas au Secours populaire. Peut-être qu'un petit-fils s'y mettra. Ou peut-être lui, Félix, après le confinement. Quand le Coronavirus nous aura lâché la grappe.

Voici notre homme tout ragaillardi. Il pose son grand sac papier et entreprend de débarrasser le vélo-porte-manteaux des hardes et frusques diverses qui l'habillaient. Mais le transporter au rez-de-chaussée va être une autre paire de manches. Félix qui a retrouvé son énergie descend vite chercher sa boîte à outils et remonte les marches quatre à quatre. En quelques minutes, le vélo est désossé, guidon, cadre, selle, socle et se retrouve en pièces détachées en bas dans le salon. Pour réfléchir à l'endroit où l'installer, notre cycliste nostalgique, clique dans sa playlist sur « La vie en rose » de Souchon, (Foule sentimentale). Voilà, c'est décidé, il pédalera devant la baie vitrée grand-ouverte et face à l'écran plat. Il va pouvoir pédaler en se cultivant. Félix est de nouveau joyeux. Il va zigouiller le marasme, cesser d'être morose et mélancolique, se muscler les cuisses et les neurones, stimuler son système immunitaire ; il pressent que le confinement va pouvoir devenir intéressant. Il a enfourché sa monture ressuscitée, chante en même temps que Souchon et lui trouve un prénom : Yolanda.

Sitôt nommée, Yolanda va s'animer et lui parler, avec la voix de Yolande Moreau : 

AEV 1920-24 Doùminique le-plaisir-entre-les-jambes__nevsiw- Félix chéri, tu me comble ! Depuis des années j'attendais désespérément ce jour de félicité. J'ai très mal supporté que tu me mettes au rebut après ton divorce : comme si j'y étais pour quelque chose, moi ! Tu as alors fait de moi un bouc émissaire, tu m'a même frappée, oui, oui, pas de déni je t'en prie. Heureusement que ma carcasse est coriace, mais j'ai encore la trace sur mon flanc gauche de ton coup de godasse. Je ne suis pas rancunière et ce souvenir me fait même sourire. C'est vrai qu'entre nous deux, « tout le monde sait ça » dirait Mino , comme entre chaque cycliste et sa petite reine, c'est une relation à tendance S.-M. J'ose dire, n'en déplaise à certains accros, qu'il faut être un peu maso pour faire du vélo, avoue-le. Ah ! C'était la belle époque, celle des Deschiens, tu t'en souviens ? ».

Félix est abasourdi, estourbi, il a le tournis. Il a juste le temps de tomber sur le Poltronesofa jaune et noir. Il vérifie le tableau de bord de son corps, se pince : Aïe ! Il se touche le front : 37°. Il va se regarder dans le miroir : c'est bien lui, Félix. Seraient-ce des hallucinations ? Il en parlera peut-être à Bénédicte, sa voisine, psychiatre en retraite.

Mais voici que Yolanda l'interpelle et interrompt ses interrogations :

- D'ailleurs, Félix chéri, je te le dis gentiment, mais tu me dois réparation pour ces longues années d'abandon et la première des choses à faire pour que je m'envoie en l'air serait que tu me chevauches ardemment comme au bon vieux temps, souviens-t-en !».

Félix se surprend à répondre « OK, OK Yolanda ! On y va ! Juste le temps de me mettre en tenue, un peu de patience, ma belle, j'arrive ! ». Il grimpe direct dans la chambre bleue, ouvre le coffre à vélo, une vraie malle à trésor dont il sort son beau cuissard d'été à bretelles, turquoise, noir et jaune. Il dévale les marches et là, devant Yolanda, Félix, pressé d'enfiler sa tenue commence à se mettre nu et une idée pas saugrenue du tout lui vient de jouer le grand jeu : il prend le temps de lancer le « Boléro » de Ravel comme Bo Derek dans le film "Elle" (1979) puis commence à s'effeuiller lentement pour faire monter le désir à la manière du striptease dans le film « Full Monty » en 1997. Il s'y croit et, d'un geste qui se veut élégant, pas de danse et petit doigt relevé, il balance aux quatre coins du salon, sur le rythme de la musique, chemise, tee-shirt, pantalon et slip en dernier. Avant d'enfiler le sexy cuissard dans l'intimité de sa maison sans vis-à-vis,il s'autorise à onduler du bassin devant Yolanda imperturbable. Puis il ajuste le bas du vêtement de sport, et alors sa main droite plonge et retrouve instantanément le geste automatique du cycliste précautionneux qui sait prendre soin de ses roupettes et seulement après il ajuste les bretelles. 

Les préliminaires ont aidé Félix à se huiler les articulations et enfin arrive le moment de se mettre en selle, délicatement. Il est plein de prévenance pour Yolanda qu'il a enfourchée avec lenteur et langueur. C'est qu'elle n'a plus l'habitude elle non plus. Alors il reste un moment en danseuse, toujours sur le boléro de Ravel, puis se rapproche petit à petit de la selle. C'est une selle large et rembourrée, rien à voir avec la selle Italia, dure et profilée de son Bianchi. Yolanda est une bonne pâte et sa selle est moelleuse. Félix prend tout son temps pour s'ajuster doucement à l'anatomie de Yolanda au poil près. Il faut être cycliste pour saisir l'intensité délicieuse de cet instant suspendu. Et voilà que se déclenche le premier tour de pédales. C'est alors que sa monture émet un petit couinement que Félix, en spécialiste, reconnaît aussitôt : c'est la réponse physiologique de la résistance magnétique au démarrage et c'est la preuve d' une prise en main réussie.

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Et maintenant roule ma poule ! La baie vitrée est ouverte, le jardin est inondé de soleil, le boléro de Ravel s'est tu, les oiseaux chantent. Félix gère avec tact les vingt minutes d'échauffement recommandées, autant par souci de ses muscles un peu rouillés que pour les roulements à bille de Yolanda. Il tourne progressivement la molette de résistance d'un cran toutes les cinq minutes, et monte en RPM en résistant cependant à ses penchants S.M. (gare à l'infarctus, il n'a plus vingt ans !). Il est content de Yolanda elle suit bien le rythme et répond bien aux accélérations. En remerciement il lui caresse le guidon.

Ce sont des retrouvailles vraiment réussies, une lune de miel commence, la vie est de nouveau belle. Félix dirait presque merci au Coronavirus !

Un peu plus tard il vient me saluer avec la banane derrière le grillage.

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7 janvier 2020

Vive la France ! / Jean-Paul

AEV 1920-14 Superdupont

Vive la France ! Vive le pays aux trois cent soixante-cinq fromages et aux mille fragrances !

Vive la France ! Vive sa devise « Liberté, égalité, fraternité » à peine fragmentée-fracassée par le fric des affreux et les affres des plus fragiles qui vivent sans un fifrelin !

Vive la France et les Franchouillards, ceux que l’accordéon ne défrise pas du tout, ceux que n’effraie nullement la friture de poissons pêchés en eau polluée, ceux qui ne craignent pas la fricassée de viande certifiée « aux hormones, import du Canada garanti par l’affriolante feuille d’érable collée sur l’emballage sous vide dans le sac en plastique pas vraiment recyclable" !

Vive la France qui danse, qui frôle, qui paluche les fanfreluches des frangines, la France pleine de fraîcheur qui a la Gaule dans le froc, qui exhibe franchement sa fringale de fredaines et son envie de frasques !

Vive la France qui fredonne « Ah, les fraises et les framboises! Les vins qu'nous avons bus Et les belles villageoises Nous ne les verrons plus » !

Vive la France des fripouilles et des magouilles, celle de la Pompe-Afrique, celle qui joue au frisbee en bourse, qui recycle en Asie ses déchets nucléaires frelatés et vend ses frégates en Rafale !

Vive la France de ceux qui savent vivre malgré cela, celle des sympathiques freluquets pas balafrés, des défroqués du gros-machisme qui font l’offrande à Anne-Françoise ou à Frida de friandises, de frangipane ou de gaufrettes, ceux qui fraternellement partagent avec elles fricot frugal ou vin frappé, frichti à la bonne franquette au pique-nique sous les frondaisons !

Vive la France de ces frangins qui rêveront toute la nuit des frisettes qu’elles ont sur la nuque, du frou-frou de leurs doux jupons, de leurs frissons, de leurs froideurs, de leurs frivolités et de leurs mots d’amour dits en toute franchise !

Vive la France des amoureux frénétiques, celle des « Je n’ai pas tout lu Freud mais tu ressembles à ma mère, t’as une jolie frimousse, t’es fraîche comme un matin de froidure d’hiver et pour toi je peux mettre mon frelon dans le frigidaire, passer mon goût du profit par pertes et fracas, oh oui, fais-moi souffrir d’amour, rends-moi frappadingue de toi ! Je ne suis pas du genre en envahir Fribourg-en-Brisgau pour rendre la pareille aux fridolins frisés et proposer, fripon : « A little Spaziergang, cholie Fräulein ? » avec l’accent de Liffré, cette ville de l’Ouest où, si tu mets le pied dans une flaque d’eau de pluie, on dit que ça fricasse » !

Vive la France ! Vive la France ! Vive la France et surtout vive la Bretagne ! On y danse en silence, je n’ai rien à redire à rien et il ne fait jamais frisquet dans les fesses-noz !

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31 mars 2020

Mise à plat / Jean-Paul

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 Ils nous font bien rire avec leur confinement !

Nous, ça fait des dizaines d’années qu’on est confinées, dans des boîtes, dans des albums, dans des buffets, dans des greniers ou dans des caves.

Etre confiné, ce n’est pas la mort, quand même ! Tant qu’on ne finit pas chez un antiquaire, un brocanteur, un libraire ou chez un héritier j’m’en-foutiste, tant que personne parmi ces gens-là ne décrète que nous ne valons rien et sommes justes bonnes pour la déchiqueteuse, ça va, c’est qu’on est immortelles ! Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir ! Regardez comme on apprécie Doisneau, Cartier-Bresson et Vivian Maier !

Le confinement ! Est-ce qu’on bouge, nous ? Ben justement oui, on vient de se taper quatre-cents kilomètres dans le coffre d’une bagnole ! Et depuis notre arrivée à Rennes nous vivons notre « second life » comme disent nos anciens proches voisins les Rosbifs de Douvres qui font la gueule depuis qu’on a interdit la promenade des Anglais alors qu’on permet encore la balade des clébards ! Oui je sais, à seulement dix mètres de leur domicile dans le Var, à Sanary-les-Bains ! C’est vrai que ça ne pisse pas loin, ces mesures de confinement du gouvernement !

Donc le dépositaire nous a sorties des boîtes et des albums, triées grosso merdo par famille ou par tranche chronologique, il nous a mises dans des enveloppes et maintenant, comme un confiné lambda qui promène son chien au soleil pâle du début d’avril, il nous fait prendre la lumière.

Qu’est-ce que c’est bon de susciter de l’intérêt, de faire causer, de « ramintuver » : ramintuver, c’est un mot ch’ti du patois d’Erchin comme le parlait la grand-mère. Ca veut dire « rappeler, raviver les souvenirs ».

Figurez-vous qu’aujourd’hui ça va être à mon tour d’être mise en vedette, dites donc ! Mon heure de gloire est arrivée ! Justement je suis une photo du dépositaire qui, maintenant, pour une raison que j’ignore, se fait appeler Joe Krapov !

Ils sont fous dans cette famille ! Pourquoi l’oncle Joseph s’est-il toujours fait appeler René ? Pourquoi la grand-mère portait-elle un autre prénom que l’officiel ? Pourquoi donne-t-on des prénoms, des surnoms, des diminutifs aux gens ? Pourquoi écrivent-ils tous sous pseudonyme ? Et pourquoi Marcel Prout, lui, c’est son vrai nom ? Comment, ça, « j’ai oublié l’s » ?

Jean-Paul et Jojo ca 1956Donc ici, avec l’enfant Joe, c’est son oncle Georges, le jeune frère de sa mère. Ils avaient treize ans d’écart, elle et lui. On le surnommait Jojo la Fleur ou Jojo la Fleur bleue ou, plus court encore, Jo. Comme Moustaki quand Edith Piaf en parlait. Sauf que ce Georges-là, Mustacchi, se prénommait réellement Joseph. Comme l’oncle René. Vous me suivez ?

Vous lui donneriez quoi, comme âge, vous, au gamin à bouille ronde ? Un an ou deux ? Marina Bourgeoizovna, la seule pièce rapportées de Bretagne dans cette famille de Ch’tis, a suggéré quinze mois mais ça ne colle pas bien. Quoique… Joe et Jo sont nés tous les deux à la fin juin. Ils ont huit ans moins un jour d’écart. Ils sont tous les deux en manches courtes avec un grand soleil qui vient taper sur leur tempe gauche, sur le sommet de leur crâne et sur les bords des grands chaudrons. Il ferait beau comme ça dans le Pas-de-Calais en septembre ? Me racontez pas de cacoules ou de carabistoules ! C’est comme si on prétendait qu’il ne pleut jamais à Rennes !

Et il se trouve où, ce marché ? Sur la place de Verdun ? Il a l’air de s’être beaucoup étalé avec ses seaux et ses bassines le Robert Lequelquechose qui vendait du chauffage, de l’électro-ménager et des télévisions à Machintruc-en-Gohelle (Montigny ? Loos ? Sains ? Givenchy ? Arleux ? Fresnoy ?).

Pourquoi il ne fait pas comme Parick Modiano, le Krapov ? Une petite enquête dans un vieil annuaire, un coup de bigophone à Robert Lequelquechose pour lui demander où il s’installait quand il venait sur le marché de L. ?

Comment ? Il est sans doute mort, maintenant, le quincailler ? Mais qu’est-ce qu’ils ont tous à disparaître comme ça ? Elle est pas belle, la vie ? Ils ne connaissent pas l’immortalité ou quoi, ces gens-là ?

Mais je me tais : voilà que c’est mon tour ! Il m’a posée délicatement sur une vitre froide – Aglagla ! – il a appuyé sur un truc qui ressemble à une souris sans oreilles et Vlang ! Shazam ! Flashcube ! Je me suis pris un grand coup de lumière dans la tronche un peu comme quand ils passent un scanner à l‘hôpital !

Et puis… Miracle ! Me voilà clonée, dédoublée, agrandie, brillante ! Je suis toujours sur la feuille de papier chamois au format 9x14 cm mais j’apparais aussi sur l’écran lumineux.

D’après ce que m’a raconté la photo du grand-père pêcheur mon heure de gloire est arrivée ! Quand il m’aura insérée dans ce qu’ils appellent un billet de blog, deux milliards d’individus confinés chez eux vont pouvoir admirer la photo des affreux Jo-Joe ! 


25 novembre 2019

Chapelet de mots (1 à 3) / Maryvonne

Trois petits textes avec ces mots imposés et à incorporer dans l'ordre :

 ucul la praline 
H   ilare
A   dultère
P   ère Noël 
É   pilation
L   apin
E   xcommunication
T   artiflette

CHAPELET DE MOTS 1

Je ne suis pas vraiment cucul la praline mais franchement je fréquente un atelier d'écriture où, chaque fois, tous les membres sont hilares quand on parle d'adultère. C'est honteux ! C'est, pour moi, un sujet triste. Quoique… En réfléchissant bien j'aimerais avoir une relation avec le père Noël, après quand même une sérieuse séance d'épilation de la part de ce vieux barbu. Seulement, à part le 24 décembre où il fait une brève apparition, le reste de l'année il me pose des lapins.

A force de prier pour que cette rencontre existe j'ai été bannie par l'église qui lui préfère le petit Jésus. J'ai frôlé l'excommunication et mes amies de la manif « un papa, une maman » m'ont boudée pour le repas de réveillon. Tant pis, le foie gras, le saumon, les huîtres ce n'est pas assez écolo pour moi : je me suis rabattue sur une bonne tartiflette. JOYEUX NOËL !

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CHAPELET DE MOTS 2

Avec son chapelet en ivoire qu'elle porte comme un collier, ça lui donne un côté cucul la praline qui me rend totalement hilare. Si elle savait que je suis au courant pour son adultère, elle ferait moins sa Sainte-Nitouche ! Elle parle toujours d’honnêteté, de fidélité… des mots dont elle ne connaît pas la signification, semble-t-il. Moi, vous savez, il y a longtemps que je ne crois plus au père Noël mais là je peux dire que quand on est moche comme elle on est moche ! Même si elle se fait faire une épilation de sa moustache elle aura toujours sa bouche en cul de poule et ses yeux couleur d'eau de vaisselle. Si j'étais méchante je la dénoncerais à l'abbé Lapin et vlan elle la recevrait en pleine goule son excommunication ! Pleine face ! Elle en avalerait sa tartiflette de travers.

Mais c'est bientôt Noël je vais peut-être lui offrir un nouveau chapelet.

AEV 1920-10 Maryvonne Madame Bigote

 

CHAPELET DE MOTS 3

Elle était trop mignonne, toute habillée de rose, des paillettes dans les cheveux. Elle se déplaçait à petits pas, penchait la tête, tournait ses boucles de cheveux sur ses doigts, vous voyez, le genre cucul la praline. La petite bouille hilare. Elle était née d'un adultère et quand elle demandait qui était son père on lui répondait « le père Noël ». Comme dans la chanson : « Elle s'appelait Marie-Noëlle c'était la fille du père Noël ». Quand dans un grand magasin elle en voyait un elle criait : « PAPA ! ».

Un jour sa maman finit par lui dire la vérité. Son papa était le curé du village. Il avait malencontreusement renversé un cierge sur elle, la cire, outre une épilation rapide lui avait brûlé la jambe et le prêtre l'avait emmenée dans la sacristie pour la soigner avec des mots doux, « mon petit ange, mon petit lapin, je suis si désolé » et il avait fait un gros câlin qui, neuf mois plus tard, s'était transformé en une jolie petite fille.

- Bien entendu, dit la maman, il a été excommunié, l'église ne rigole pas avec ces histoires-là".

La pauvre petite qui n'y comprenait pas grand chose dit : « Maman je peux finir ma tartiflette ? Elle va refroidir. »
 

11 juin 2019

Espace du possible / Jean-Paul

AEV 1819-31 Tout sur ma mère

Comme le disent les gynécologues « le vagin, c’est un espace avec du possible ».
Alors, du coup, on peut le lire dans « Ciné live », :
Béatrice Dalle a le feu occupé
Un marcel, deux saillies
Oseille, oseille Joséphine !
Mambo sapin, roi défloré !
Machu, Pichu et leurs amis lèvent leur verre aux lovers verts
Gode save the queen
Nicolas Cage se gèle les fouilles devant la cantatrice chaude
Tout sur mammaire
Tous sur ma mère
Etc. Etc.

24 mars 2020

Camarades ! / Maryvonne

               Mes chers camarades de l'atelier de Villejean,

Là où l'on cuisine les mots à la sauce sourire, ce soir j'en ai gros sur la patate car nous voilà bons comme la romaine pour enfiler plusieurs semaines de confinement. Je suis triste comme un jour sans pain de ne plus échanger avec vous tous. C'est la raison pour laquelle (expression que les politiques nous servent à toutes les sauces) je viens tailler une bavette avec vous. Elle ne sera sans doute pas aux petits oignons car votre présence autour de la table est l’ingrédient qui fait monter la mayonnaise chaque mardi soir. C'est donc seule que je me jette à l'eau du court bouillon.

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Même si ça commence à nous courir sur le haricot il faut faire avec cette situation dramatique. Chacun réagit avec son tempérament mais aussi avec son estomac. Chez nous ne parlons pas de jeûne s'il vous plaît, c'est un mot que l'on a glissé sous la planche à découper depuis longtemps. Au contraire, avec tout le temps qui m'est imparti, j'ai sorti mon cul de poule et je joue les maîtres-queux pour ne pas déprimer. J'vous raconte pas mais je raconte quand même les petits plats qui mijotent ici. En plus on se fait des apéros « wattsapp » avec nos copains ». Mon mari, ce grand dépendeur d'andouille, accepte de manger à chaque repas à mon restaurant. C'est une victime, le pauvre chou.

Il en découle des sacrifices : ça exige, entre autres, une discipline de fer côté sport. Je suis devenue experte de la montée et descente de l'escalier un certain nombre de fois à la suite. Il faut cependant ne pas être beurré comme un petit lu. La première fois j'ai raté la deuxième marche, la tuile ! Ca risquait de ruiner ma carrière de sportive de haut niveau. J'ai bien failli l'avoir dans le baba ! Je compte bien à la fin du confinement être sur la première marche du podium et brandir les lauriers en plus de la médaille en nougatine. Je fais aussi des mouvements pour garder de la souplesse. Lever de coude, saut de carpe, abdominaux pour garder mes tablettes de chocolat (fondues).

Avec tout ça, si le «coro» m'attrape je vais mourir en bonne santé. Il paraît que Dieu a dit : "A la Pentecôte, compte tenu de la situation cette année l'esprit saint ne descendra pas c'est vous qui monterez». Je pense que c'est une «fake news». De tout façon je ne comptais pas répondre à son invitation.

Maintenant que nous vivons comme des coqs en pâte on ne va pas lâcher l'affaire et, cerise sur le gâteau, nous allons faire des économies pour vivre longtemps et chez nous.

Je conçois que cette brochette de termes culinaires est un peu indigeste et que vous en restez comme deux ronds de flan, l'estomac au bord de la nausée. C'est la faute à la consigne et ce serait fort de café de le reprocher aux simples écrivaillons qui ne font qu'obéir à un animateur original.

Pour faire passer la pilule j'ai ajouté du sel de la conversation et une pointe d'humour, je sais que beaucoup en sont friands.

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Copyright Claude Reynier productions

6 juin 2015

Consigne d'écriture 1415-31 du 5 juin 2015 : Conte avec les sons inc, anc et onc

Conte avec les sons anc, inc et onc

 

On collecte du vocabulaire contenant les sons inc, onc et anc. On l’insère d’ans un conte composé avec les ingrédients suivants : deux personnages, deux aspects, un objet, un lieu, un événement piochés dans le jeu de cartes «Il était une fois».

Ont été récoltés :

Richard Virenque - Inconvenant - Cinq sur cinq - Inca - Ornithorinque - Trinquette - Vainqueur - Zinc - Vaincre - Trinquer - Instinctif - Inquiet – Quinquennat.

Saltimbanque - Branquignol - Pétanque - A la manque - Ancolie - Mélancolie - Banque - Banquet - Manque - Ancre - Tank - Encre - Planque – Calanque.

Jonque - Tonkinoise - Pétoncle - Conque - Ponctuel - Malencontreux - Tronqué - Jonquille - Oncle - Oncologie - Quelconque - Quiconque – Donc.

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10 décembre 2019

Il faut être résolument moderne : saynète / Jean-Paul

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Le marchand - Et quand vous chevauchez votre balai, la nuit, dans le ciel, Madame la sorcière, ça vous arrive de pleurer ?

La sorcière – Si je prends une poussière dans l’œil, oui, peut-être. Mais ne cherchez pas à déceler où sont mes points de fragilité. Si vous espérez des aveux, vous pouvez attendre longtemps !

Le marchand - Oui, je sais, vous êtes une cliente du genre coriace. Cet aspirateur-traîneau, ça ne va pas être coton de vous le faire acheter, foi de vendeur d’électro-ménager de chez Darty ! Si la première intuition est la bonne, avec vous c’est mal barré, je le sens bien ! La verrue sur le nez, le chapeau pointu, les toiles d’araignée, vous faites bien partie de l’ancien monde ! Et cette balayette à chiotte géante qui vous sert de véhicule, c’est sûr, vous n’êtes pas Samantha 2.0 !

La sorcière – Tu n’es pas un peu binaire, toi, mon p’tit gars ? Est-ce que je te demande si ton habit fait le moine ? Ta barbe de trois jours, elle est là pour cacher ton unique neurone ?

Le marchand - J’ai des idées, grand-mère, mais elles ont du mal à sortir ! Laissez-moi dérouler mon argumentaire, j’arrive au bout : sur cet aspirateur-traîneau, pas même besoin d’atteler des chevaux-vapeurs ou autre chose ! Le père Noël nous a acheté le même pour remplacer ses rennes. C’est sur ce modèle là qu’il effectue sa tournée des cheminées cette année !

La sorcière – Allez, jeune homme, remballe ton tuyau percé ! Va te faire googler ailleurs ! J’ai bien compris que tu veux me fourguer un de ces véhicules électriques à la mode. T’es bien gentil mais ton engin de la mort, où est-ce que je vais brancher la prise pour qu’il s’envole ? Et quand elle est rendue au bout des quinze mètre de fil, qui est ce qui retombe par terre cul par-dessus chemise ? Mary Poppins !

17 décembre 2019

99 dragons : exercices de style. 51, Conte de Noël et d’univers parallèle / Jean-Paul

Dans cet univers-là, j’en suis désolé pour le bœuf et l’âne, personne ne vient accoucher dans leur étable aux environs de la Noël. Enfin du 25 décembre. Exit Jésus. Pas de Marie ni de Joseph. Il n’y a pas de mythe de l’immatriculée conception, pas de plaque minéralogique « Galilée ». Il n’y a pas de roi mage ni de plumage pour savoir lequel est le noir de Melchior, Balthazar et Gaspard.

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Dans cet univers-là, j’en suis désolé pour les rennes mais la Finlande n’existe pas. Le Père Noël n’y a pas installé ses ateliers de fabrication de jouets pour enfants sages. Il n’y a pas de traîneau qui traverse le ciel dans la nuit étoilée, pas de lutins en C.D.D. qui ont emballé des cadeaux, pas de cheminée pour les recevoir, pas de chaussons au pied du sapin. Pas de Mère Noël qui s’affale devant un Walt Disney à la télé pour oublier que ce soir-là son mari bosse de nuit et qu’elle est encore seule avec sa voisine de palier, la mère Fouettard, pour s’envoyer du Champagne par-dessus de la dinde aux marrons en soupirant de concert qu’il y en a marre de ces dindons : avec le métier qu’ils ont et personne pour vouloir prendre la relève, ces deux imbéciles ne sont pas près de prendre leur retraite. En même temps, dans notre univers à nous on est aussi un certain nombre d’imbéciles potentiels à qui on dit qu’il faut travailler jusqu’à 64 ans alors que ça fait déjà huit ans qu’on ne veut plus les employer : trop vieux, trop chers, pas assez esclaves corvéables et taillable à merci comme les jeunes. Merci patrons, Merci Macron !

Et donc, dans cet univers parallèle-là, le personnage emblématique du solstice d’hiver est un dragon qui habite dans une grotte avec ses deux femelles, Eulalie et Hortense Tatin. Le dragon lui s’appelle Grostas. Grostas Tatin ! C’est pas l’homme qui prend l’amer, c’est l’amer qui prend l’homme !

Et notre dragon est très en colère parce que c’est la fin de l’année. Il sait bien que ses deux cuisinières vont encore lui saloper le gigot d’agneau à la fraise des bois qu’il a ramené de sa chasse du matin. Eulalie et Hortense, c’est bien simple, elles font toujours tout à l’envers. Parfois elles lui fabriquent des écailles « Lady Gaga » avec la viande des ovins.

- Ca te va à ravir, Grostas ! » s’exclament-elles en chœur.

Parfois elles mettent à cuire la toison des bêleurs. Ca pue dans le gourbi ! Je ne sais pas si vous avez déjà filé la laine aux flammes mais je peux vous assurer que la combustion du poil de mouton, ça ne sent pas bon ! Surtout dans une grotte de dragon !

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Donc Grostas est en colère. Il va encore y avoir un cadeau à tomber du ciel. Tous les ans le Créateur de cet univers, pour une raison que Lui seul connaît, gratifie les trois dragons de la grotte d’un paquet mystérieux. Grostas, Hortense et Eulalie enlèvent le papier et les ficelles avec leurs grosses griffes, ce qui n’est déjà pas facile, puis se grattent la tête. Il va falloir mener l’enquête sur ce que ça peut bien être. Et pour mener des investigations dans cet univers où ne vivent que trois dragons, des millions de moutons et une sorcière, ce n’est pas sorcier, il faut aller la voir : Madame Wekeep, un puits de science à bas bleus et verrue sur le nez.

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Madame Wekeep est du genre tristouille. Elle a beaucoup voyagé sur son balai mais ne peut plus bouger depuis que celui-ci a attrapé de l’arthrite. En fait elle a eu vite fait de faire le tour de ce monde-là.

- Je n’ai vu que des moutons qui moutonnoient à perte de vue et si je n’avais pas les sciences occultes et l’Interplanètes pour m’occuper je m’emmerderais ferme sur cette boule à la con où il n’y a que trois dragons et pas un seul chevalier Saint-Georges.

- Joyeux Noël, Madame Wekeep !

Voilà justement les Tatin qui se pointent chez elleavec leur gros popotin, leurs paquets-cadeaux et leur questions de victimes à jamais de l’illectronisme.

- Est-ce que vous pouvez nous dire c’est quoi-t-est-ce qu’on a reçu, cette année ? demande Hortense. L’année dernière, le train électrique, on n’a toujours pas compris le concept. Pourquoi est-ce qu’on aurait besoin d’énergie pour se déplacer ? Notre univers est peuplé de moutons à perte de vue, les paysages sont pareils partout et on n’est que quatre à y habiter ?

- Vous savez, répond Madame Wekeep, c’est très bien quand même, la curiosité intellectuelle ! Découvrir de nouvelles idées, imaginer d’autres mondes, inventer des machines qui vous simplifient la vie… Par exemple moi ma vie serait bien plus belle avec un chat sur les genoux.

- Vous rigolez ou quoi avec vos curiosités ? rétorque Eulalie. L’année d’avant, le camion de pompiers, si c’était pas du foutage de gueule ! Un truc pour éteindre le feu ! Mais nous, si on ne crache plus de flammes, comment on les fait griller, les côtes d’agneau ? En frottant deux silex l’un contre l’autre ?

- C’est une idée. Ca pourrait marcher. Qu’est-ce qu’Il vous a apporté, cette année ?

- Tenez, regardez. C’est là dans le carton. On a fait un seul paquet. Le truc qui bouge un peu n’a pas l’air intéressé par l’espèce de frisbee et la petite balle rouge. Vous avez déjà vu ça ? demande Hortense.

Eulalie montre l’intérieur du carton. On y trouve un cercle de métal avec des rebords, une sphère de couleur rouge et un animal oblong qui n’a pas de pattes.
- Non. Ca ne me dit rien. Mais je vais consulter mon miroir magique vu que vous êtes venu.e.s pour ça. (Oui, dans cet univers-là l’écriture inclusive existe aussi). Vous voyez que vous en avez un petit peu quand même, de la curiosité !

- De la gourmandise surtout, répond Grostas. On ne sait jamais, peut-être que ça se mange, cette année ! Le ragoût de mouton, à la longue, c’est monotone, même avec de la menthe. Quant à la panse de brebis farcie…

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La sorcière s’approche de son chaudron et se penche sur un liquide pas très ragoûtant qui bouillonne à l’intérieur. D’une vieille cage à fromage grillagée elle extirpe une souris vivante en la tenant par la queue et la plonge dans l’huile qui aussitôt émet des bruits : « Boubeule ! Bloubgueule ! Gloubeule ! Gougueule ! ».

Aussitôt que la souris a fait « clic » - dans cet univers-là c’est l’onomatopée qui correspond à « couic » chez nous – la surface du liquide s’immobilise, s’éclaircit et devient aussi lumineuse et réfléchissante qu’un miroir de beauté matinale.

Madame Wekeep sort la sphère rouge en la tenant par la petite queue qu’elle a sur la tête. Elle la pose à la surface du chaudron où le liquide s’est solidifié comme l’eau se transforme en glace chez nous en hiver – enfin, les années où il n’y a pas de réchauffement climatique ! -. Puis elle entre en transe. Ses yeux deviennent rouge, elle semble partir loin, à l’écoute de voix sourdes, enfin, muettes pour les autres puisque intérieures, se convulse, puis sourit, puis revient et atterrit.

- Ca s’appelle une pomme. C’est un fruit qui vient d’un arbre. Ca contient des graines qu’on appelle des pépins. Si on enterre ces pépins dans le sol il va pousser un arbre et sur cet arbre il y aura plein de fruits qui seront pleins de pépins.

- Qu’est-ce que vous voulez qu’on foute de ça ? s’inquiète Grostas.

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- Figurez-vous que les fruits se mangent ! Vous pourriez vous convertir au véganisme ! Mangez des pommes !

- Ca me dit vaguement quelque chose, commente Hortense. Et le truc rond, c’est un panneau pour dire des choses au camion de pompiers ?

Madame Wekeep pose le plateau sur le chaudron.

- Lui c’est un moule à tartes.

- C’est quoi, une tarte ? C’est pour mettre des pommes dedans ?

- Ne répondez-pas, madame Wekeep, s’inquiète Grostas. Je sens qu’il y a encore une bêtise à la clé avec ça! Et le morceau de boudin qui gigote, là, c’est quoi ?

La sorcière enfile des gants pour se saisir de l’animal visqueux. Même cinéma que précédemment.

- Lui c’est un serpent.

- Ca donne des fruits aussi ?

- Non. Ca donne des conseils mais on fait bien de ne pas les suivre. Accessoirement ça siffle jusque sur la colline si vous le mettez au-dessus de vos têtes.

- Comme le train électrique ! Ou comme l’instrument de musique. Le pipeau d’il y a trois ans ! Résultat des courses, ça rime à quoi, madame la sorcière ?

- Je ne comprends pas. Un serpent et une pomme. Une pomme et un plat à tarte. Je ne vois vraiment pas où Il veut en venir !

- Nulle part, je crois ! Il a juste respecté sa tradition à la con ! Merci pour les recherches en tout cas ! Nous on retourne bouffer nos moutons à la con. On vous laisse tout ça. Bonne journée à vous, Madame Wekeep. Et désolé qu’il n’y ait pas eu de chat dans le paquet.

***

Depuis la Noël de cette année-là la sorcière Wekeep est moins tristouille. Elle a découvert que le serpent parlait et qu’il connaissait des tas d’histoires. Mistigri – elle l’a appelé comme ça, du nom du chat dont elle rêvait – lui a expliqué la raison pour laquelle il y avait tant de moutons dans cet univers-ci.

- Il y en a autant que de sacs en plastique blanc dans les océans de Terra 8223. C’est la loi de compensation dite du yin et du yang. Pour une planète qui pollue et s’auto-asphyxie, il y a une planète qui resplendit et qui prospère.

Depuis la Noël de cette année-là Hortense et Eulalie rigolent beaucoup plus dans le dos de Grostas. Elles sont revenues chercher la pomme et la tourtière chez la sorcière. Elles ont planté les pépins et un arbre a poussé très vite car sur cette planète-là le sol est intact, ni trites, ni trutes ni trates ni phosphates ou vrais fats à part Grostas Tatin. Dès qu’il y aura deux pommes sur l’arbre elles ont prévu de les croquer pour voir ce qui se passera.

Depuis la Noël de cette année-là Grostas Tatin dort mal la nuit au fond de sa grotte. Il rêve de plus en plus souvent à la Noël prochaine. Il craint que le Créateur ne leur fasse cadeau d’une cuisinière à gaz et d’une vie sexuelle à vocation reproductive.

- Pour peu qu’il nous gratifie en plus d’un calendrier avec des dimanches midi, on ne va pas échapper aux repas de famille !

Bon réveillon à vous quand même !

28 janvier 2020

Semper manet aenigma / Jean-Paul

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- Qu’est-ce qu’il a mon profil droit ? Ils sont là tous les dimanches après-midi à le scruter depuis leur balcon. Vous le savez, vous, Monsieur Edouard ? Tournez la tête discrètement vers votre gauche et regardez la maison d’en face. Ils sont installés tous les trois sur leur balcon comme s'ils étaient dans une loge de théâtre. D’ailleurs ils ont des jumelles. Seulement dès que l’on tourne la tête vers cet homme et des deux femmes, ils les font disparaître.

Peut-être qu’ils se posent des questions à votre sujet, Mademoiselle Clémentine ? Pour une serveuse de bar vous êtes drôlement bien habillée : superbe camée autour du cou, col en dentelles, boucles d’oreilles en perle et… Ce bracelet, c’est de l’or ? Quelqu’un vous l’a offert ?

Clémentine rougit. Si elle ne savait pas Monsieur Edouard aussi respectable que respecté, aussi rangé des voitures que fidèle époux, qui plus est en âge d’être son père mais ça, justement, ça ne prouve rien, elle pourrait se dire qu’il a mis dans sa question une petite nuance de jalousie ou de regret.

- Effectivement… c’est un cadeau de … d’un bon client.

- Ecoutez, Clémentine. Je vais m’asseoir à la table près de la fenêtre. Faites-moi porter un café par Victor. Je vais faire semblant de lire le journal et les observer plus attentivement.

- Merci à vous ! C’est gentil de m’aider à comprendre.

Monsieur Edouard a fait ce qu’il a dit. Le regard en coin il porte son attention sur l’homme et les deux femmes au 1er étage de la rue d’en face.

AEV 1920-17 WEB_EManet_LeBalcon_AMChristinIl s’agit vraisemblablement d’un couple de bourgeois et de leur fille. Il décèle un petit côté "parvenus" chez ces gens-là. Ca voudrait avoir l’air mais ça n’a pas vraiment les sous ni surtout le goût.

La jeune fille est du genre à se prénommer Berthe, même si c’est sa maman qui a l’air de vouloir vivre sur un grand pied et chausse d’ailleurs du 42. Berthe porte elle aussi un médaillon autour du coup et des boucles d’oreilles mais ces bijoux ne lui siéent pas du tout. Plus ridicule encore : elle est propriétaire d’un bichon minuscule a qui elle a collé un noeud sur le dessus du crâne.

Monsieur Edouard a entrepris de faire les mots croisés du « Temps ». Il réfléchit à ce qui ne va pas dans leur habillement. Et il trouve :

En quatre lettres : on le relève en cas de défi ;
En huit lettres : pour les belles étrangères qui vont aux corridas ;
En huit lettres également : Ennemie des pervenches pour Brassens.

Gant, éventail, ombrelle. S’il fait chaud à la fenêtre au point qu’on se protège du soleil par une ombrelle et de la chaleur par un éventail, pourquoi mettre des gants chez soi ? Et ce chapeau à fleurs ridicules, elle dort avec, la nuit ? Et le père qui fume négligemment sans même tenir un cendrier à la main, pourquoi ne tombe-t-il pas la cravate s’ils n’attendent personne ?

Monsieur Edouard remplit d’autres cases de la grille imaginée par Adolphe Brouty puis il tourne son regard vers Clémentine toujours debout, gracieuse et immobile devant le long miroir du bar.

AEV 1920-17 manet-le-dejeuner-dans-l-atelierEt à ce moment-là il comprend. Ce n’est pas la barmaid des Folies-Bergère que le trio observe ; c’est, à l’autre bout de la salle le jeune Léon Koalla qui vient de terminer son déjeuner avec un riche bourgeois. Dans la tenue du jeune gommeux Monsieur Edouard relève les mêmes fautes de goût : canotier trop petit, nœud de cravate trop volumineux. Les deux commensaux ont bu du rosé en mangeant des huîtres et Léon n’a même pas terminé sa douzaine. Ca ne semble pas gêner son compagnon qui fume une bouffarde tandis que la serveuse Rosa débarrasse la table. Elle installe ensuite une autre nappe puis le jeune homme qui regardait la fenêtre au trio se rassied et sort un un jeu de de cartes. Ils se mettent à jouer avec des allumettes pour enjeu. De fait, ils flambent. Combien vaut l’allumette ce jour ? Monsieur Edouard a compris. Il se dit :

- Je parie que si je me retourne je vais voir…

Il pivote brusquement sur lui-même.

- … trois paires de jumelles ! Bingo !

Il abandonne sa couverture de cruciverbiste et va retrouver Clémentine au bar.

- Cessez de vous inquiéter, belle mademoiselle ! Ce n’est pas vous qu’ils surveillent. C’est le jeune Léon qui doit sans doute être leur fils !

Clémentine rougit encore et balbutie :

- Justement... Peut-être…

- Pas du tout ! objecte, finaud, Monsieur Edouard. Ce qui les intéresse c’est le pognon qu’il va extorquer aujourd’hui à ce brave Rousselin ! Vous savez, LE Rousselin des laboratoires pharmaceutiques. Une fortune galopante en ces temps de grippe espagnole ! Je suis sûr que les Koalla n’ont plus que cet argent-là pour assurer leur semblant de train de vie supérieur. Mais cela ne nous regarde pas ! Je dois y aller, Clémentine. Je n’ai plus dix-sept ans et c’est pourtant l’heure des tilleuls verts et de la promenade avec mon épouse.

- Vous lui transmettrez mes amitiés, monsieur Edouard !

- Je n’y manquerai pas.

***

Le trio a quitté le balcon et fermé la fenêtre. La partie de cartes est terminée. Bien entendu Rousselin est sorti rincé. Il a signé à Léon un chèque sur lequel les zéros sont comme les roues d’une belle automobile. Une limousine luxueuse qui emmènerait Léon loin de sa famille, vers une vie emplie d’amour simple et de beauté tranquille.

AEV 1920-17 838_un-bar-aux-folies-bergereIl est venu au bar, a ajusté son horrible cravate jaune à rayures noires, s’est raclé la gorge. Il a regardé la serveuse impassible droit dans les yeux et a balbutié :

- Mademoiselle Clémentine… Ce soir j’ai gagné assez d’argent pour que… Si vous voulez, je vous enlève !

La jeune femme n’a rien répondu mais elle a rougi. La musique s’est arrêtée. Et Léon s’est rendu compte… qu’il ne se reflétait pas dans la glace ! Et en plus de cela, de manière complètement irréaliste, il y avait sur la droite le reflet d’une autre Clémentine qui faisait des confidences au reflet de Monsieur Edouard !

- Je crois que ça va pas le faire, Léon ! a dit la voix de Maman dans son oreillette gauche. Reviens, on a les mêmes à la maison !

18 novembre 2018

Mon amant.e de Villejean n° 1 bis d'octobre 2018

Notre atelier d'écriture s'est associé au projet de la Maison de quartier de Villejean et de la Maison Internationale de Rennes pour célébrer les dix ans de Médiapart le vendredi 23 novembre après-midi à la MQV. Nous avons planché sur l'idée d'un journal local qui offrirait, au travers de la fiction et de l'écriture ludique, une vision décalée de Villejean.

Bouton nouvelle fenêtreVous trouverez ci-dessous le n° 1 bis d'octobre 2018. Pour le lire en plein écran, cliquez sur l'icône "fenêtre externe". 

 

 Bonne lecture et bon amusement à vous ! 

Mon amant.e de Villejean n° 1 bis d'octobre 2018

 

 

18 juin 2019

Le Livre des jamais contents. 1 / Jean-Paul

2019 06 20 lapin blanc

Ce lapin ne voulait pas être un lapin. Et surtout pas un lapin blanc. Et surtout pas un lapin blanc qui s’appelle Jean-Jean.

Et surtout pas un lapin blanc toujours à la bourre qui court, qui court comme un balourd vers son terrier en hurlant « Je suis en retard ! Je suis en retard » comme s’il avait raté le début de Télé-foot.

Surtout que tous les jours, pour lui, c’est le même cauchemar. Il y a une fille aux cheveux blonds qui lui court derrière et quand il plonge dans son terrier cette grosse bêtasse fonce à sa suite et tombe dans un trou profond.

Vous croyez que les journaux s’intéresseraient à lui ? Ce n’est quand même pas tous les jours qu’on rencontre un lapin qui sait lire l’heure sur une montre à gousset, non ? Eh bien pas du tout ! L’histoire qui intéresse les gens c’est celle de la fille au fond du trou qui cherche des clés pour son avenir et boit de la gnôle pour grandir !

Ce lapin blanc, ce qu’il aurait voulu, lui, c’est être une reine rouge ! Une reine rouge ça ne court pas comme un dératé, ça trône sous un troène sur un trône royal et ça ordonne « Qu’on lui coupe la tête ! Qu’on lui coupe la tête ! ».

S’il avait été une reine rouge il aurait pu figurer dans le livre des pas très gentils ! Il aurait fait couper la tête d’Alice parce qu’à la fin du livre celle-ci se réveille et il s’aperçoit qu’il n’est même pas un lapin blanc mais juste une petite partie d’un rêve d’un pédophile anglais en Levi’s qui raconte des scaroles, enfin des salades, à des petites filles modèles dont l’une se prénomme Alice.

5 juin 2019

Consigne d'écriture 1819-30 du 4 juin 2018 : Quarante titres et un abécédaire

Quarante titres (et un abécédaire) pour mille et une fictions (1)

 Voici quarante titres proposés par Hubert Haddad à la page 245 de son "Nouveau magasin d'écriture" :

Le corbeau sentimental - Ultimes confidences d’un Dom Juan de basse-cour - Le chat qui se promenait dans un rêve - La transparence des loups - Le marionnettiste ficelé - Le manège noir - Et voilà les parents de Dieu - Le chirurgien des ombres - Le paysan photographe - Paysage à la pointe de diamant - Meurtre sous une ombrelle - Les trois vies de l’apprenti veil homme - Le charbonnier, le nègre et la pleine lune - Le sculpteur de larmes - L’énigme du somnambule ou les rendez-vous de la bohémienne - L’inconnu de chaque instant - L’abîme derrière la porte - Narcisse et le crâne - Déjeuner de Newton avec un pendu - Le bourreau amoureux - Crime en deux nuits et une messe - Monsieur chez les femmes - D’Oedipe à Daisy - La statue de pluie - Le pêcheur de corail qui plongeait au fond des mers pour raconter sa vie à la sirène aux yeux d’oubli - Le roseau funèbre - Des rats dans les Dolomites - Flânerie de l’apocalypse - Le voleur sans nom poursuivi par son ombre - L’infini quelquefois - L’industriel et ses amulettes - L’assassin et son double - Nuit blanche à l’hôtel de la Courte paille - Le grenier de l’amnésique - Chronique de la canicule - Un hiver à Pékin - Tancrède ou l’Art d’aimer - Le singe et la prisonnière - L’accordeur de cigales - La véritable histoire de Dieu –

Vous choisissez un titre dans cette liste. Puis vous listez 26 mots qui vous serviront à écrire votre histoire : chaque mot commence par une lettre différente de l’alphabet (anacoluthe – bachi-bouzouk – cornichon - dinosaure etc.)

Si possible, vous insérez les 26 mots dans l'ordre alphabétique au sein de votre texte.

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24 avril 2018

A quoi reconnaît-on que tu es un ieuv ? / Jean-Paul

 A quoi reconnaît-on que tu es un ieuv ?

A ce que tu ignores le sens du mot « ieuv » ! Un ieuv, c’est un vieux en verlan dans le langage des jeunes. Que nous appellerons donc djeunns en retour !

Tu es un ieuv quand tu ne marches pas dans la rue en t’adressant à voix haute, la mine réjouie, à un rectangle de plastique avec l’air d’un évadé de l’asile de fous complètement perdu dans son monde.

Tu es un ieuv quand, au théâtre, le spectacle fini, tu mets cinq minutes à lever ton gros cul de ton siège au motif que tu as rallumé ton téléphone portable des fois qu’on aurait cherché à te joindre pendant l’heure et demie où tu t’es absenté(e).

Tu es un ieuv quand tu te précipites sur le buffet pour avoir ta part de dessert et ton café alors que tes collègues ont entrepris de chanter une chanson censée intéresser tout le monde (sauf la table du fond qui s’en fout). Ventre affamé n’a pas d’oreilles !

Tu es un ieuv quand tu es admiratif du talent des Gobeurs d’enclumes, un duo de théâtre d’improvisation dans lequel deux jeunes gens délurés dézinguent les contes traditionnels à partir d’une collecte de mots ou d’objets.

Tu es un ieuv quand tu te poses la question : « Si eux c’est la génération Y, à quelle génération appartiens-je ? La génération K comme Karpov, Kasparov, Kossyguine, Kissinger , Kennedy, Khrouchtchev ? La génération L comme Lennon et Léonard Cohen ? La génération M comme Mathusalem ? Ou A comme Antédiluvien ?

On reconnaît que tu es un ieuv au fait que c’est toi qui t’arrêtes dans la rue pour éviter la collision avec l’imbécile de djeunn qui avance sans regarder devant lui vu qu’il a le nez collé à son smartphone.

Tu es un ieuv quand tu te sens vexé qu’un autre imbécile d’étudiant, bien élevé celui-là, te propose sa place assise dans le bus. La honte que ce sera le jour où une une étudiante te proposera la même chose !

On reconnaît que tu es un ieuv à ce que tu t’étonnes d’entendre : « La prochaine est une vieille chanson de Renaud, « La Ballade nord-irlandaise ». Comment ? Trente ans déjà ? On ne les a pas vus passer ! Par contre, Renaud, si !

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On reconnaît que tu es un ieuv quand tu te souviens d’avoir lu le nom de la station de radio Hilversum sur les postes de radio que possédait ta famille.

On reconnaît que tu es un ieuv quand tu te refuses à jouer une partie d’échecs en moins de dix minutes. Ton minimum pour ne pas perdre tous tes moyens à cause du stress de la pendule c’est quarante. Alors qu’il y a des fous maintenant qui se donnent trois minutes pour achever leur adversaire en blitz !

On reconnaît que tu es un ieuv à ce que tu prends des photos avec un appareil reflex au lieu d’utiliser un téléphone portable ou une tablette.

On reconnaît que tu es un ieuv quand tu viens à une réunion sans ordinateur portable ni tablette et que tu prends des notes avec un crayon et du papier.

On reconnait que tu es un ieuv quand, après avoir relu des BD de Gérard Lauzier, tu trouves insupportable de garder ça dans ton grenier. Mais bon, ne t’inquiète pas : les enfants de la génération Y ne lisent plus Pilote mensuel, c’est un journal trop archaïque pour eux. Déjà, toi, les pubs de 1978 t’ont fait hurler de rire !

On reconnaît que tu es un ieuv à ce que tu préfères chanter du Charles Trénet que du Jacques Higelin. Mais chanter du Jacques Higelin, c’est aussi être un ieuv !

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28 mai 2019

Quatre poèmes en prose sur des mots de Rimbaud / Jean-Paul

COUCHANT BLANC

C afe press - I love RimbaudQuelle sorcière va se dresser sur le couchant blanc ? La mer et le ciel sont à la parade mais le tambour du Jour s’est tu. La route nous conduit vers l’Eternité – c’est la mer salée avec le soleil ! -.

Piéton dans le siècle de la tautomobile (Ah tut tut pouêt pouêt la voilà, la tautomobile !) on finit quelquefois sa course sur le sable. Alors devant nos yeux d’enfant les géantes prennent naissance. C’est un cortège de balais, de chats rachitiques, de lune, un sabbat infernal qui nous glace d’effroi. Et pourtant cela n’est peut-être que la Nuit.

 
DÉPART

170216 - LE MONDE HS - Arthur RIMBAUD, Le génial réfractaire - 019Dans un grenier où je fus enfermé à douze ans j’ai connu le monde. Son déluge de sang emplissait les vieux livres que j’ouvrais, tout pleins de guerres anciennes et de tambours muets sur ce que coûte le progrès. Dans les cités en flammes les visages figés n’avaient pour horizon que la glace du tombeau ou le départ des peuples pour un lointain exil.

De toute éternité, avec les pierrries et le ciment des jours, on célébra l’Idole. On Lui a élevé palais et cathédrales.

Et quand on a ouvert la porte du grenier j’étais prêt. J’ai tué le geôlier qui venait me nourrir et j’ai pris le chemin afin de n’être plus, dans la vraie vie, Ailleurs, qu’un enfant du Soleil.

 

 PARADE 

170216 - LE MONDE HS - Arthur RIMBAUD, Le génial réfractaire - 013L’Automne déjà ! Mais pourquoi regretter un éternel soleil ? N’aurons-nous pas, l’année prochaine, la féerie des idoles au pied du tapis rouge ? Ne viendront-elles plus au grand cirque de Cannes conquérir d’autres palmes ? L’essaim des journalistes, les pierreries brillantes sur les robes du soir, les marches du palais, les haleines retenues avant le palmarès, tout ce ciment du rêve, américain ou pas, va-t-il vers son couchant ?

J’aurai juste un printemps de plus. Et qu’est-ce qu’un printemps quand on est maître des horloges et que l’on a l’éternité devant soi ?

 

RONCES

Rimbaud dans le New-Yorker par Andre CarrilhoDes fleurs magiques bourdonnaient. C’étaient des chansons pour enfant ou pour des scouts traçant la route, balisant le chemin d’une ample cathédrale dressée parmi les ronces. C’était un déluge de notes et des mots en cascade qui coulaient par-dessus : « J’ai usé trois culottes pour te faire l’amour à véli à vélo à vélocipédo !» ! La rose déclarait la flamme de Léandre. L’Iris représentait la glace de sa mie, les yeux noirs du reproche, le coquelicot l’éclair de l’ «Arrête ton cirque, déclare ton amour !» : "Et pourquoi t’es pas venu me faire l’amour sans culotte ? Et pourquoi t’es pas venu me faire l’amour le cul nu ?".

Cette rengaine-là, petite fleur sauvage, s’était égarée là, avait poussé sans que le jardinier ne voie comme s’en revient toujours, en toute liberté, pousser la mauvaise graine en son jardin parfait. 

 

19 mars 2019

Mon cousin Tintouin / Anne-Françoise

AF 6Mon cousin Tintouin est toujours dans la lune ! C’est le gaffeur, le maladroit, l’illuminé, l’étourdi de la famille. Il est souvent dans sa bulle. Pas la peine de lui demander quoi que ce soit, il n’a pas les pieds sur terre.

 

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Mon oncle Jack, du côté de la famille Haddock, aime le hockey. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il porte ce bonnet avec le pouce sur la tête. Bien que plus très jeune, il est adepte des réseaux sociaux et poste des « like » sur tout ce qu’il lit. Il lit tellement que des fois, il en est KO.



AF 4AF 3Mes oncles jumeaux Roland et Laurent sont les ambitieux de la famille, quitte à avoir les dents qui rayent le parquet.

 

 

 

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Mon oncle Raphaël Mc Whisky ne suce pas que de la glace. 

Il habite Monaco et a apposé une plaque de devin à l’entrée de chez lui.

Il lit l’avenir dans la mousse de bière ou les bulles de champagne.

 

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 Ma tante Cathy Fort aime jouer à se déguiser en poule. 

Elle se met une crête sur la tête, un bec pointu sur le nez, une jupe bouffante pour figurer les ailes et les plumes et une main dans le dos pour la queue.

Ayant pris cette position, elle caquette et cocoricote jusqu’à ce qu’on lui amène une omelette au pain dur (qu’elle mange sur un mur).

Ça agace mon oncle Corentin.

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Sa sœur, Catimini, a honte de Cathy Fort, son aînée. Elle préfère passer inaperçue. 

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 Mon oncle Corentin, que l’on surnomme Coco, lorsque sa sœur aînée l’énerve, lui vole dans les plumes, qu’il utilise ensuite pour se déguiser en indien.

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Leur père, président de l’Assemblée nationale, est au poulailler, bien qu’étant lui-même un peu déplumé…

  

AF 10Son frère, Phillippe (avec deux ailes), est un ancien boxeur poids plume. Il est aujourd’hui rédacteur en chef du Canard enchaîné.

 Leur sœur, quelle dinde celle-là ! Pas la peine de la chercher, on ne la voit pas dans la galerie de portraits : personne ne peut l’encadrer. Elle glousse à tout bout de champ(s). Bref, une dinde. On lui a payé un voyage en Amérique pour la fin de l’année...

20 février 2016

Cinquante choses à faire avant de... Quoi ? mourir ? Moi, jamais ! / Jean-Paul

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1    Assister à un concert du groupe belge Sttellla

2    Tourner dans « La Grande bouffe des « Guiffes à chuques » », une version Ch’ti du film de Marco Ferreri dans laquelle on se ferait éclater la panse en ingurgitant des nougats de Montélimar, des rahat loukoums, des baklavas et des nids d’ange des petits marchands musulmans qui officient sous la halle Martenot à Rennes

3    Rédiger 366 réels à prise rapide. Rendez-vous ici la semaine prochaine pour savoir ce que c’est

4    Me remettre à l’aquarelle

5    Relire l’intégrale de « Vaillant le journal de Pif » que j’ai récupérée en version numérique sur un forum de collectionneurs roumains encore plus nostalgiques que moi des années 60 et 70

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6    Aller écouter David Gilmour, guitariste des Pink Floyd, en concert le 16 juillet prochain dans le parc du château de Chantilly

7    Traduire-adapter en français les chansons de Neil Young dont je connais la mélodie par cœur

8    Trouver le moyen de ne pas mourir et de vivre bien quand même

9    Recommencer ma vie professionnelle en choisissant cette fois d’exercer la profession de retraité

10    Fêter mon 117e anniversaire

11    Retourner à Barcelone pour visiter le musée des corbillards et celui de l’érotisme

12    Trouver l’endroit où Isaure Chassériau est enterrée afin de me recueillir sur sa tombe et lui demander pardon. J’ai tant écrit de bêtises à son sujet que je lui dois bien ça.

13    Foutre le feu au parlement de Bretagne en frottant le point G de la ville de Rennes, une poignée de porte en forme de lettre G sise rue du Chapitre. Je n’ai jamais osé encore vérifier si cela marchait.

14    Participer au 10 kilomètres de Tout Rennes court en faisant tout ce qu’il faut pour arriver le dernier : porter une lanterne rouge ou une voiture-balai miniature

15    Faire hurler de plaisir Laure Manaudou encore mieux que son frère (mais pas en nageant)

16    Jouer du ukulélé rose dans un crématorium. Ne haussez pas les épaules en criant « Au fou ! », c’est quelque que chose qui est prévu pour novembre 2016 !

17    Ecrire des réponses d’une rare vulgarité et d’une méchanceté indéniable aux lettres de la Marquise de Sévigné en les signant du nom de sa fille

18    Scanner toutes mes diapositives et tous mes négatifs photographiques pour les remettre dans l’ordre chronologique et revivre par l’image la période 1972-2002

160219 265 01919    Me faire greffer la voix de Leonard Cohen. Vaut mieux ça que rêver d’un organe de Rocco Siffredi : cela laisserait sous-entendre que je ne suis pas naturellement en état d’assurer le point n° 15 de cette liste.

20    Enterrer le chanteur Renaud Séchan avant qu’il ne produise un nouvel album discographique humanitaire pour la sauvegarde des alcooliques pas anonymes

21    Retourner à Venise et passer une journée entière, ensoleillée de préférence, à bord d’un vaporetto de la ligne n° 1 ou de la n° 5. La ligne n° 1 parcourt le grand canal sur toute sa longueur. La n° 5, dite « circolare », fait une boucle dans Venise Nord en passant par l’Arsenal

22    Retrouver le plaisir de boire un verre de vin du Domaine de Campdumy, le rouge un peu poivré qu’on dégustait dans le restaurant de Jean Dotto, ancien coureur cycliste, sur la place avec la fontaine à Cabasse (Var)

23    Séjourner dans l’île d’Ischia, au large de Naples, où a été tourné le film « Avanti » de Billy Wilder

24    Retourner à Tence (Haute-Loire). J’y ai passé des vacances, tout petit, et ne me souviens plus de rien sinon d’une rivière dans laquelle mon frère et moi pataugions en slip avec chacun à la main une casserole pour récupérer des alevins.
jpa jpi jojo à Tence

25    Déjeuner ou dîner à l’Auberge des Acacias, à Dureil, dans la Sarthe. C’est entre Parcé et Malicorne, la route est droite à travers champs et puis on entre dans un petit bois et l’auberge est là, toute mignonne, avec une tête de sanglier accrochée au-dessus de la cheminée et une très bonne cuisine servie à table

26 Passer chez Jacques Chancel dans l’émission Radioscopie. Comment ça, « c’est pas possible » ? S’il vous plaît, vérifiez sur sa liste des 50 choses qu’il souhaitait faire avant de mourir si je ne fais pas partie des gens qu’il souhaitait inviter ? Comment ça, « c’est plus diffusé parce qu’il est mort » ? Dites donc, ça vous emmerderait de mettre un « ne » devant les « pas » ?

27    Lire les pavés romanesques de Dostoïevski. Même si ce n'est pas un crime qui mériterait châtiment, c’est quand même relativement idiot de ne pas connaître les prénoms des frères Karamazov alors qu'on connaît ceux des frères Dalton.

28    Réapprendre le russe. Mais pas au point de pouvoir lire Dostoïevski dans le texte.

29    Chanter l’air de la Reine de la nuit de « la Flûte enchantée » dans une version pour ténor plus que léger

30    Revoir l’intégrale de Kaamelott en DVD. Ca c’est facile : je commence demain si je veux !

31    Recevoir le tuba académique. J’ai déjà eu les palmes mais je suis nul en plongée surtout quand j’en arrive au stade de l’apnée juvénile.

32    Me souvenir jusqu’à mon dernier jour, s’il y en a un, que le prénom d’Alzheimer est Marcel. Ca évitera qu’on me diagnostique sa maladie.

160220 Nikon 02033    Apprendre à jouer bien du violon et du violoncelle. Mais tout seul, sans prof ! Avec la méthode Assimil, même si on est sûr que ça ne pourra jamais archet !

34    Passer une journée assis à la plage, à noter tout ce qui s’y passe, y passe, y trépasse, les gens qui se noient, ceux qui meurent d’insolation, les baleines qui s’échouent, les pétroliers qui se déversent et puis le soir rentrer bien portant, vivant, silencieux et ravi dans le petit hôtel où j’aurai réservé une chambre toute simple.

35    Assister à un mariage gay. Ah non, ça c’est fait, c’était samedi dernier !

36    Manger un riz biryani au restaurant le Yamouna, rue de Robien, à Rennes.

37    Voir la tombe de Georges Brassens à Sète

38    Essayer de revendre sur Internet ou ailleurs les deux plus inaudibles de mes disques vinyles : le « Mother » de Yoko Ono et « Landing on water » de Neil Young

39    Finir d’écrire « 99 dragons : exercices de style ». Je suis rendu actuellement à 33.

40    Transférer mes cassettes audio et disques vinyles sur un support au format MP3

41    Aller marcher sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle

42    Passer une journée à Portmeirion (pays de Galles), n’y rester pas prisonnier en veste noire à liseré blanc avec un badge numéroté. Quoique…

D 93 V 08 - V 08 1543    Aller en bus depuis la station République jusqu’au terminus de chaque ligne urbaine de Rennes. De là rentrer chez moi à pied en notant tout ce qui est notable et en photographiant tout ce qui mérite de l’être

44    Assister au carnaval de Dunkerque

45    Refabriquer un cerf-volant en forme de gueule de serpent, à l’image de celui qui se trouve sur la pochette du disque « Free me » de Uriah Heep. Le faire voler et l’offrir au premier enfant qui s’arrêtera pour l’admirer

46    Chaque 1er juillet, premier jour des vacances, revoir « Smoking » et « No smoking » d’Alain Resnais. Une année sur deux, commencer par « Smoking » puis voir « No smoking ». L’année suivante, faire l’inverse. Au bout de dix années, décréter quel est le meilleur ordre pour la contemplation de ces deux films. Si je n’ai pas d’avis, je continue ou j’enchaîne sur un visionnage annuel de « Céline et Julie vont en bateau » de Jacques Rivette en me demandant : « Laquelle des deux actrices me plaît le plus ? Juliet Berto ou Dominique Labourier » ?

47    Voter pour Jérôme Cahuzac au deuxième tour de la prochaine élection présidentielle en 2017

48    Retourner chez Slam Connexion pour goûter à nouveau au plaisir de balancer dans un micro et en public des logorrhées krapoviennes

49    Séjourner dans un hôtel dans l’île de Burano (lagune de Venise)

50    M’abstenir de mourir.

 

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L'Atelier d'écriture de Villejean
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