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L'Atelier d'écriture de Villejean
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14 mai 2024

Dictée / La Licorne

 

Elle était partie au printemps, le 13 avril. 

 

Et depuis, le pauvre homme souffrait de triskaidékaphobie et d'anxiété chronique. Il maronnait et marmonnait du matin au soir, balbutiant des mots incompréhensibles et des phrases sibyllines.

 

Les villageois affligés et affamés, attendaient qu'il se remette à l'ouvrage, qu'il reprenne le chemin du four et du bon sens... ils venaient un à un le réconforter, mais rien n'y faisait. Il ne prêtait aucune attention à cette kyrielle de visiteurs et de badauds autochtones...il ne pensait qu'à sa belle callipyge et à sa fugue grand-guignolesque...avec un Don Juan de pacotille.

 

Noyant son chagrin dans l'alcool, frôlant la cirrhose, il émettait en continu une sorte de logorrhée incohérente, d'où émergeait parfois quelques exclamations misogynes...mais la plupart du temps, c'est le traître qu'il vouait aux gémonies, lui souhaitant une brusque et fatale épectase. 

 

Si un jour, la belle venait à résipiscence, il lui ferait comprendre à quel point il avait souffert, à quel point ce qu'elle lui avait fait subir était injuste et immérité. Oh oui, il le lui ferait bien comprendre...

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9 décembre 2025

Enfin ! / Adrienne

 

 

 

Enfin ! s’écrie-t-on quand le feu passe au vert pour la troisième fois depuis qu’on est dans cette queue et qu’on en voit (enfin !) le bout : oui, cette fois ça y est, ça va être à nous !

 

Enfin ! soupire-t-on quand le remboursement annoncé depuis plus de six mois se trouve (enfin !) sur notre compte et qu’on peut commencer à rêver concrètement à quoi on l’utilisera.

 

Enfin ! s’exclame-t-on au premier jour sans pluie, sans grisaille et sans brouillard, de sorte qu’on pourra (enfin !) faire sécher le linge dehors.

 

Mais tout de suite après on se morigène : allons ! allons ! se plaindre pour si peu de chose, quand il y a des millions de gens qui manquent de tout.

9 décembre 2025

Dimanche matin / Jean-Paul

 

Le dimanche matin, sur le coup de neuf heures cinq, neuf heures dix, on descend acheter le journal au Huit à huit.C’est un Carrefour city en fait mais le monde se fiche bien de la vérité historique. Il s’abreuve de défèque-niouzes désormais.

 

La version dominicale d’Ouest-France est composée de quatre parties enchâssées les unes dans les autres. Le Dimanche-Ouest France est vite lu ou plutôt parcouru. On trouve là les nouvelles du jour dont on se fiche à peu près éperdument. La partie magazine vous énerve à cause de l’invité people à qui on demande son avis sur tout et n’importe quoi… et qui le donne. Dans le supplément sports on ne fait que jeter un œil sur les résultats du Stade Rennais Football Club qui est un peu notre voisin de palier.

 

Enfin, ce pour quoi on a dépensé 1,55 euro pour ne pratiquement rien lire arrive ! C’est le supplément jeux.

 

Ce sont deux feuilles pliées en deux, soit huit pages, les plus précieuses de vos achats de la semaine.

 

Tout comme il y a des scientifiques et des littéraires, il y a des jeux de chiffres et des jeux de lettres. Ces derniers sont réservés à la femme de votre vie, cruciverbiste et motfléchiste (?) invétérée.

 

On s’accapare les quatre kemaru, le deux takuzu et les quatre fubuki. Cette phrase ressemble à une commande de sushis dans un restaurant japonais mais on n’y met jamais les pieds dans ceux-là et on espère juste que ces mots sont invariables au pluriel. Peut-être même dit-on, au singulier, kemaraï et takuzaï comme pour les haïku ?

 

Pour un peu bientôt on n’entendrait plus dans la maison que le bruit léger des deux crayons Critérium Bic gradation 4 B et les rares frottements des deux gommes. Mais il se trouve que ce rituel intellectuel s’effectue immanquablement au son du Concerto pour trompette de Haydn suivi de celui de Hummel ou de "Trumpet volontary" de Purcell.

 

Tant pis pour les jeunes Chinoises de l’étage en dessous qui s’essaient à la grasse matinée occidentale !

 

9 décembre 2025

Au nord de soi / Jean-Paul

 

Au nord de soi on a une Belgique empreinte de silence, de sobriété et de dignité.

 

Ce n’est pas un plat pays, c’est un pays droit. On a des ancêtres qui se sont mariés là-bas. La branche familiale de l’arbre généalogique y a pondu ses rameaux pendant cent ans avant de revenir en France, pas loin, dans le Pas-de-Calais.

 

On en a gardé une rigueur morale, quelque chose de catholique, l’idée de front républicain, l’amour de tout ce qui est battu en brèche par le monde poutino-techno-trumpiste (PTT !) actuel.

 

On n’est pas empêché pour autant, du fait de ces valeurs-là, d’être un sybarite. Alors on profite comme un gamin du trottoir au soleil. On y fait rouler ses billes, on sifflote. On regarde sans s’énerver les gens qui se croient importants, les nains et les naines qui balancent des « Casse-toi, pauv’ con ! » et des « Les sales connes, on va les foutre dehors !».

 

Au nord de soi, dans sa Belgique intime comme dans la vraie, celle qui a vécu deux ans sans gouvernement, on sait que Waterloo rime avec « morne plaine » et on préfère en rire.

 

- Mets ta ceinture !

- J’ai ma ceinture !

 

26 novembre 2024

Plein le cornet ! / Jean-Paul

 

 

Plaignez moi les aminches ! La société est bien barrée et c'est dur d'être un homme aujourd'hui !

 

Les souris deviennent vertes dès que tu poses ton coquillard sur l'herbe tendre et qu'il y a un mot de travers qui dépasse de ton vocabulaire !

 

Là, ce soir, avec le mot "gonzesse" au milieu de ma liste j'ai encore une fois tout fait pour que les poules me volent dans les plumes ! Ah quelle bath idée j'ai eu, les poteaux, d'aller piocher mes mots dans une chanson de Momo, l’ineffable Maurice Chevalier, le gars qui s'est fourré plein de picaillons dans les poches et qui est devenu prospère en chantant « Yop la boum ! ». Il a tout pour plaire à ces dames d'aujourd'hui, l’hagiographe des releveurs de compteurs, des harengs, des maquereaux, des désormais insoutenables souteneurs.

 

Pour être honnête avec vous mézigue qui avais du goût pour ce répertoire de chansons des années 30 à 40 je pense quand même que celle-ci, « Prosper » est réellement bien crade et que je peux coller à la baille la moitié de mes partoches parce que du « Mauvais garçon » à « La Tonkinoise », de « Comme de bien entendu » à « Fais-moi mal, Johnny ! », toutes ces histoires de malabars, de durs de durs qui chipent leur braise aux mômes et les traitent comme si elles étaient les der des ders, je suis bien d'accord, c'est pas des manières !

 

Mais je les vois venir, les musaraignes ! Même si je leur chante le « Ma gonzesse » de Renaud, même si je leur explique que je mets tous les jours les petits plats dans les grands pour « ma princesse, celle que je vis avec », elles ramèneront quand même leur fraise vu que la cause est adoptée, installée profond dans leurs fouilles et que la litanie ressort toujours, balancée à chacun quoi qu'il ait fait ou pas : « Tous les mecs sont des salauds ! »

 

Oui, c'est vrai, en ce moment il y a du choix, il y en a plein des costards à tailler ! Entre les violeurs, les harceleurs, les zigomars, les pas classes, les proxos, les envahisseurs, ça devient difficile, avouez-le, de vendre l'homme honnête, le mari chouette, le copain drôle.

 

Elles sont toutes à se demander toujours : « Où sont les trous dans la raquette ? Sur quoi met-il le voile, ce mec ? Combien de victimes à l’actif de ce Barbe-bleue de banlieue ? » Franchement vous me soupçonnez réellement de danser le joyeux tango des bouchers de la Villette une fois que je suis sorti de l'atelier d'écriture ? Alors que les rares fois où je vais au fest-noz je garde les sacs de mes copines !

 

Quand je suis trop groggy de ce procès permanent, quand ce très Léonard Cohenien « There is a war between the man and the woman » m’esquinte le vase alors je trisse, je calte, je me calfeutre, je traîne en tatanes dans ma piaule, je mets la viande dans le torchon et une fois au pajot, pour un peu, je relirais bien du San Antonio mais je crois bien qu'avec l'âge le goût m'en est passé ou alors ce sont les voix de Greta Thunberg et de Judith Godrèche qui commentent « Les vieux schnocks parlent aux vieux schnocks » et ça, avouez le, ce jeunisme écologique servi en cerise sur le gâteau, ça prend le chou quelque part !

 

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18 septembre 2012

ELIANE ou quelques évocations autour de mon prénom / Eliane

Lettrine E

E comme éthéré, évanescent... Je ne crois pas que cela me définisse vraiment. Un peu trop concrète sans doute. Alors ellipse ? élimé ? Oui, un peu tout de même. Pour épagneul, je n'ai plus les cheveux assez longs. Eurydice, joli mais je n'ai pas envie d'aller rôtir en enfer. Tiens, enfer ! Il y a aussi de méchants mots qui me viennent à l'esprit : émasculé, éviscéré... Jetons, passons à la lettre suivante.

 

 

Lettrine L

L comme liane justement. Il paraît que ce prénom fait souvent penser à cette longue lanière si chère à Tarzan. Lion ? Un ami m'a dit un jour que ma démarche avait quelque chose de léonin. Vilain mot pour une jolie image de pas chaloupés. L comme « la la la. Cela me va bien, j'aime pousser la chansonnette. L comme Laurel et Hardy, comme luminosité qui commence à décliner en ce mois de septembre. Comme « La », article qui commence bien des titres. L comme lame, tranchante, acérée, comme peuvent l'être certains de mes propos quand, exceptionnellement je me mets en colère. L, comme Lavoisier, comme « Le lac » de Lamartine, comme Lancelot du Lac. Stop !

Et L comme luxure et là, j'entends déjà les commentaires : « Ah ! C'est bien de toi ça ! Ça ne m'étonne pas ! »
Et enfin L comme la double consonne ailée de mon Isabelle de fille.

 

Lettrine I

I : Cette voyelle rigole ou pleure à elle toute seule.
I comme Iphigénie, comme Ignace, comme Irène cette reine antique.
Et j'aime bien I comme inclassable, comme impromptu, improvisé, ou encore comme indu.
Mais aussi I comme Icare qui s'est brûlé les ailes, un fiasco ! Pourtant on dit que qui ne risque rien n'a rien.
I comme la fin des mots pluriels italiens, et justement I comme Italie que je rêve de parcourir en tous sens. 

 

Lettrine A

A comme l'exclamatif ou le signe de l'étonnement. Comme le rire, là encore, mais un rire plus grave que le I, plus épais, plus gras. Un rire d'homme ventripotent et sûr de lui. Mais aussi comme un rire moqueur, un rire qui sous entend : « Je te l'avais bien dit » ou « Je t'ai bien eu ».
A comme arrivé, oui, mais où ça ?
A comme alentours, à explorer sans se lasser.
A comme atours, qui m'évoque les belles dames du XVIII ème siècle et qui immédiatement entraîne  "affriolant".
Enfin, pour ne pas décevoir mon public : A comme ardeur et amour.

 

Lettrine N

N comme néanmoins, pour poursuivre la phrase, pour argumenter encore. Comme Narcisse qui se perdit dans son reflet. Comme « Non ! » qu'il faut parfois savoir opposer, un mot sans réplique, un veto.
N comme nénuphar qui m'évoque la tranquillité des eaux dormantes et les lotus orientaux.
N comme normal, nul, nicoletto, nanti. N comme nudité et sa suite souvent : nidification.

 

Lettrine E

E comme encore, encore et encore. C'est la lettre la plus employée dans la langue française et écrire sans « e » est un exercice périlleux auquel un écrivain s'est brillamment adonné pendant tout un roman.
E comme écriture, patiemment apprise à l'école en faisant des pleins et des déliés avec la plume Sergent Major trempée dans l'encrier.
E comme écriture qui, comme la lecture, est une occupation sans cesse renouvelée, un plaisir jamais apaisé à poursuivre à l'infini. 

 

 Eliane : J'aime bien mon prénom, pas trop courant, doux sur la langue sans être trop sucré, mais avec, pourtant, un petit côté qui claque, si peu de chose avant le « ane ! » et néanmoins cette souplesse de la liane.

 

Ah ! Parlez-moi de moi, encore, encore et encore.  

 

15 octobre 2024

Musique / Marie-Thé

 

Dans un film sans musique,

 

Comment décrire la fureur sans les pulsations violentes des instruments ?

 

Comment évoquer le bruit des flocons de neige tombant sur le sol sans les notes légères d’une harpe ?

 

Comment accompagner une scène de dévoilement sans le doux chant d’une soprano ?

 

Comment faire passer les émotions – le rire, la tristesse, la douleur – sans un support musical ?

 

Les films ne deviendraient-t-ils pas si ennuyeux que les salles de cinéma seraient rapidement désertées ?

 

Impossible de concevoir une vie sans musique.

 

Plus de bals musette, ni de tangos, de slow, de rock-and-roll,

 

Plus de menuets dans les châteaux,

 

Plus de concerts, d’ensembles musicaux qui nous réjouissent,

 

Finies les émotions qui nous submergent en entendant Serge Reggiani, Jacques Brel, Léni Escudero ou Julos Beaucarne.

 

On dit que la musique adoucit les mœurs. Alors, plutôt que de lancer des drones, des bombes ou tirer à la mitraillette pour s’accaparer des pays voisins, ne serait-t-il pas merveilleux de lancer des salves de musique et de créer des journées et des soirées musicales lorsque les tensions sont trop fortes ?

 

Les plus belliqueux ne se calmeraient-ils pas en écoutant les soldats chanter « l’Hymne à la Joie » ou bien « Si tous les gars du monde devenaient de bons copains… » ?

 

On peut toujours rêver qu’un jour les musiques transformeront le monde.

 

29 janvier 2013

Bref, j'ai grandi dans les années 60 / Jean-Paul

Vu que je suis né la même année que François Fillon, le plus rigolo des clowns blancs de la Sarthe, j’ai grandi dans les années 60.


Le jour où on n’allait pas à l’école était le jeudi.


La veille au soir mes condisciples s’étaient fait peur en regardant « Belphégor » à la télé.


Les postes diffusaient en noir et blanc.


Il n’y avait peut-être bien qu’une seule chaîne.


Le soir gros Nounours souhaitait bonne nuit à Nicolas et Pimprenelle.


Quand il n’y avait pas assez de programmes, on voyait le petit train Interlude avec ses rébus.


Le dimanche après-midi Steve MacQueen interprétait Josh Randall dans « Au nom de la loi ».


Sur le coup de 19 heures 30 il y avait Thierry La Fronde avec ses compagnons dont je sais les prénoms par cœur : Jehan, Pierre, Judas, Bertrand, Martin, Boucicault et Isabelle.


A la maison on lisait « Vaillant le journal de Pif » mais les enfants du boulanger étaient eux abonnés au « Journal de Mickey ».


D’autres feuilletaient « Tintin » ou « Spirou ».


Les voitures en plastique étaient de marque Norev, celles en métal étaient des Dinky toys.


J’ai eu un circuit de voitures de courses Jouef (je l’ai toujours).


D’autres, plus fortunés, jouaient les Michel Vaillant sur Circuit 24 ou sur Scalextric.


J’ai mangé des pommes, des poires et tressé les premiers scoubidous avec Sacha Distel.


J’ai connu l’explosion des yéyés : Johnny Hallyday, Sheila, Sylvie Vartan, Françoise Hardy mais j’aimais plutôt les marrants : Jacques Dutronc, Antoine, les Charlots, Michel Polnareff et j’ai même été fan de Claude François. J’ai honte quand j’y pense… et puis j’oublie.


Au cinéma mes parents nous emmenaient voir les films avec Jerry Lewis et Dean Martin. Sinon c’était Darry Cowl, Bourvil, De Funès, Belmondo dans « Les Tribulations d’un Chinois en Chine »et puis la grande claque de Mary Poppins.


J’ai eu une collection de porte-clés quand cela a été la mode.


J’ai vu sortir en librairie les premiers albums d’Astérix et lu chez le fils du coiffeur les aventures de Tintin. La trouille avec Rascar Capac ! On avait le choix aussi entre Michel, Langelot, Alice, les Trois Mousquetaires, le Club des cinq, les Six compagnons et le Clan des sept !


A la radio on écoutait « La famille Duraton », « L’homme à la voiture rouge » « Quitte ou double ». Fernand Raynaud appelait le 22 à Asnières. Raymond Devos démontait la mer à Caen et Jacques Baudoin donnait des leçons d’anglais à Philibert. Henri Tisot imitait le général de Gaulle et Anquetil et Poulidor animaient le Tour de France.


Puis sont arrivés James Bond, les Beatles, Bob Morane, Le Prisonnier et mai 68.

Bref j’ai grandi dans les années 60. 

26 novembre 2024

Consigne d'écriture 2425-10 du 26 novembre 2024 : Trois mots par phrase

 

Trois mots par phrase

 

Écrivez une première phrase dans laquelle on trouvera trois mots de la liste ci-dessous. C’est le début de votre histoire de ce jour. Poursuivez-la avec une autre phrase dans laquelle vous insérerez trois autres mots de la liste.

 

Continuez ensuite librement.

 

Mais au moment d’écrire la dernière phrase de votre histoire, rappelez-vous qu’elle aussi devra inclure trois mots de la liste.

 

a - à - adoptée - chacun - Ah, - aie - ait - aminches - appelez - argot - avaient - avec - avouez - barrer - bath - becqueter, - Belleville - belote - bien - bistrot - blé - bout - braise – briffer, - c' - c'est - ça - calter - car - cave - ceux - chipent - choix - chose - chou - chouettes - classes - clous - coquillard - cornet - costards - croûte - d'avoir - dans - débine - dedans - déjà - discuter - douce - drink - du - dur - et - faire - fait - flouze - foc - fouilles - fous - fraise - fric - fringues - gênez - gens - glass - godet - gonzesse - grand - gras - ramener - groggy - gros - gueuler - hisser - homme - honnêtes - ils - j'en - j'y - java - je - jouer - l'heure - langue - m'esquinter - ma - maintenant - malabar - malgré - manière - mecs - mettre - mézigue - musaraigne - nez - notre - nous - ou - p'tit - pajot - Parigots - pas - petit - petites - petits - pèze - picaillons - plaignez - plein - plume - poches - pompé - pot - poteaux - et - poule - ma - pourvu - prenne - pris - profondes - prose - pucier - régulière - remettre - s'empiffrer - salauds - schnock - société - sommes - son - sont - souris - sous - suis - taper - tatanes - toujours - tout - toutes - trisser - tronc - trous - trouve - un - V'là - vase, - vendre - verre - verte - veux - victimes - Villette - vocabulaire - voile - voulez - vous - vrais - y – zigomar

 

Si cela peut vous aider, sachez que ces mots proviennent de la chanson de Maurice Chevalier qui s'appelle "Appelez ça comme vous voulez".

 

19 novembre 2024

X comme Rixensart / Adrienne

 

Why not ? avait répondu Laurette quand Will lui avait dit qu’il voulait vin et fruits de mer pour Noël. Je vais voir ce que je peux faire !

 

Avoir un instant à soi, ce n’était pas dans son vocabulaire, à la Laurette.

 

Elle aidait Tricotine et Bobinette à tenir leur magasin les jours d’affluence et s’il avait ses chaises toutes vernies, Tonton Renard, c’était grâce à elle.

 

Pareil pour ses autres voisines, Tentacule et Libellule, dont elle gardait le gamin dès que nécessaire.

 

L’enfant était élevé dans la tendance du moment, bienveillance confondue avec laxisme total, et elle devait user de tous ses sortilèges pour se faire écouter.

 

Regarde-moi dans les yeux ! disait-elle et heureusement le petit n’était pas encore en âge de lire Sempé et Goscinny, sinon lui aussi aurait participé à sa mode des surnoms 😉

 

Par beau temps elle faisait avec lui la promenade du poète, comme elle l’appelait, elle lui récitait en marchant des petites rimes qui le faisaient rire, toujours les mêmes, c’était leur rituel, chaque fois leur parcours les menait pile poil chez Paulette pour y déguster une glace à la pistache et le gamin gourmand en sortait avec des moustaches vertes.

 

Ce gosse montrerait son nombril pour une glace à la pistache, répétait-elle à Laurette, sans penser que cette expression de sa grand-mère ostendaise (ie zoet er zien blote buuk voor tonen) était sûrement étrange pour Paulette, qui préférait ses ritournelles à elle, bien nostalgiques du temps passé :

 

Ah ! Quel dommage que ça n’ait pas marché, mon Dressing enchanté ! L’époque n’était pas prête pour la seconde main ! Hélas ! Être un précurseur, c’est difficile !

 

Ce que Paulette ne disait pas, c’est que son magasin était un fouillis pas possible et qu’elle passait son temps à chercher ses lunettes: « Où sont mes binocles ? » disait-elle, et les clientes poireautaient.


De plus, tout le monde ne partageait pas ses goûts pour les chemisiers mauves et les pantalons vert pomme.

 

On y va ! disait Laurette en frottant la frimousse du gamin moustachu de vert et ils rentraient joyeusement en jouant à loup perché, jusqu’à la ligne bleue dont le petit savait qu’il n’avait pas le droit de la dépasser, à cause du carrefour et des autos.

 

Je lui aurai au moins appris ça, pensait Laurette.

 

Qui lui en avait appris bien davantage, mais c’était une modeste.

7 octobre 2014

Bref, j'ai monté un meuble ! / Jean-Paul

Bref, j’ai monté un meuble.

 

A vrai dire, c’est mon épouse qui l’a monté. Un meuble de cuisine hyper-large et hyper lourd qu’il a fallu accrocher au-dessus de l’évier à la place des trois placards qu’elle avait descendus pour que les gars de l’entreprise précédente puissent démonter les vieilles fenêtres et remonter les neuves.

 

Elle a donc percé quatre trous dans le mur, a installé des méga-chevilles, mis les vis renforcés et le soir elle m’a attendu pour qu’on monte le meuble et qu’on l’accroche là-haut. Ca me plaisait bien qu’on en arrive à ça parce que ça faisait quatre jours qu’il y avait les assiettes dans le séjour, la farine dans l’arrière-cuisine, les gâteaux de mon goûter sur le bord de la cuisinière et que je n’osais pas trop lui dire que je ne retrouvais plus rien dans ce bordel.

 

Donc on dispose la table près de l’évier, on pose un tabouret à deux marches sur l’évier. Par-dessus on met une boîte plate qui contient des cassettes audio mais sans les cassettes audio. Elle pose son escabeau face à tout ça et on va chercher le meuble hyper-large et hyper-lourd. Avec bien du mal, déjà, on le pose sur la table. Avec encore plus de mal on le monte sur la première marche du tabouret puis sur la deuxième et quand on a réussi à ne pas le faire chavirer et à poser les perforations du fond sur les quatre vis qui dépassent du mur, je m’aperçois que j’ai les mains qui tremblent et je sens que j’ai au moins 19-12 de tension tellement j’ai eu la trouille que ce machin se casse la gueule.

 

 

Je la laisse serrer les vis pour faire éclater les chevilles dans le mur et je retourne à mes expériences de chimie amusante sur la gazinière : chez nous c’est en effet moi qui fais la cuisine et ma femme qui bricole.

 

Le lendemain, quand je rentre du boulot, elle a fait place nette : la farine, les pois cassés, mon mazagran et les assiettes sont dans le meuble suspendu.
Mais le surlendemain tout est à nouveau étalé partout dans l’appartement.


- Faut qu’on démonte le meuble, qu’elle me dit, la vis en haut à droite a du jeu !».

 

Alors on a réinstallé le jeu de badaboum et on a desserré les vis… vraiment très facilement ! Puis on a refait notre numéro d’équilibriste mais, de plus en plus forts, les artistes du cirque Krapov, à l’envers cette fois ! On est allés poser le bahut dans la chambre de notre fille puis j’ai vérifié que j’avais de nouveau 19-12 de tension. En réalité, je n’avais que 12-8 mais j’aurais pu avoir le double : Marina Bourgeoizovna a constaté que les chevilles n’avaient pas éclaté vu qu’elles étaient enfoncées dans... de la brique creuse ! Pendant deux jours on aurait pu se prendre cent kilos de vaisselle et de meuble sur le coin de la gueule rien qu’en sortant un verre pour boire un jus d’orange !

 

Bref j’ai monté un meuble !

 

 

28 mai 2024

Un Éternel printemps pour Barbara / Maryvonne

 

A chaque fois que le printemps revient, moi je redeviens très « fleur bleue ». Je laisse de côté le mal de vivre. Dans les rues je sais qu'il y aura du monde. Adieu la solitude hivernale, il est revenu le temps du lilas. Les boutons dorés fleurissent dans les pelouses. Là-bas dans le grand champ, l'enfant laboureur récite sa petite cantate au premier soleil.

 

     Soleil, boule de feu sans pareil dans les cieux
     De qui es-tu le ballon ?
     De quelle petite fille ?
     De quel petit garçon ?
     La petite fille est-elle gentille ?
     Le petit garçon est-il mignon ?
     Soleil dis-moi oui
     Soleil dis-moi non

 

Ce matin-là, à peine l'aube disparue, il éclaboussait l'arbre de sa poudre de perlimpinpin rouge offrant un grand feu d’artifice. Bien avant cela, au cœur de la nuit, régnait un soleil noir. C'est sans doute là, au pied de cet arbre que la dame brune s'était endormie après ses insomnies peuplées de l'aigle noir qui tournoyait en la mettant à la peine. Elle rêvait de Nantes, de la mort de son père, de Göttingen et des mignons qu'elle avait rencontrés là-bas.

 

- Enfants, fredonne-t-elle, attendez que ma joie revienne !

 


Madame, revenez de ce vol de nuit ! Il y a partout de l'églantine, à l’île aux mimosas les petits pompons jaunes éclatent. Du bout des lèvres, buvez la rosée sur les œillets  bleus !Tout le printemps est un vivant poème. Quel joli temps pour se dire je t'aime, pour partir sans bagages, le nez au vent, partir revisiter l'enfance, jouer à cache-cache au bois de saint-Amand, se perdre dans les labyrinthes de maïs comme le fit le Minotaure, rêver à la musique de Barbara ! Regardez une dernière fois le printemps qui s'effiloche et qu'à la fin vienne l'été avec sa musique baroque !

21 mai 2024

Lapin Blanc va à l'école / Maryvonne

 

Avant son arrivée à l'école, Lapin blanc avait eu une image sublimée par sa maman de sa vie scolaire.

 

- Tu verras ! A l'école tu vas te faire des amis. Tu vas pouvoir dessiner, peindre, chanter.

 

A première vue, rien de tout cela ne paraissait flagrant. Pas un pinceau ni un pot de peinture sur les étagères ni les fameuses flûtes traditionnelles pour découvrir le solfège.


 

Quant aux amis elle ne connaissait certains que par les fables. Pas question, par exemple, de copiner avec la tortue qui avait niqué son cousin le lièvre à la course.

 

Ce qu'elle n'aimait pas d'entrée c'est qu'on lui avait imposé l'uniforme. Cette cravate rayée façon club anglais, mais quelle horreur ! Et ce vacarme, ce désordre, ces allumés d'un conte idiot...  

 

- C'est impossible ! Mère Lapin m'a menti ! Je rêve de retourner dans mon terrier, de batifoler dans mon carré de thym et de serpolet, de glaner quelques jeunes carottes. Si ça se trouve pendant que je suis là madame la belette va en profiter pour s'emparer  de notre logis, crottes de lapin alors ! Moi, mon rêve c'est de vivre chez une dame anglaise qui s'appelle Béatrix Potter. Dans ses contes ses amis s'appellent Pierre et Jeannot. Ils vivent dans

des aquarelles. Un monde tout en teintes pastel. Ils font des petites bêtises et doivent se méfier de leur ennemi le jardinier, monsieur Mac Gregor. Il a mis leur père en pâté. Depuis Madame Lapin doit se débrouiller toute seule. Les grands appellent ça une famille monoparentale. Mais on se débrouille la nature nous fournit la nourriture, que du bio ! Notre mère est adorable, très pacifiste. Ce n'est pas elle qui irait prendre un fusil pour aller tuer un chasseur. L'image est ridicule d’ailleurs : comment s'y prendre avec ses petites pattes de lapin ?  En plus on dit que la patte de lapin ça porte bonheur, ça ne sème pas la mort.

 

Un jour une maîtresse a pris mon modèle pour faire une marionnette dans sa classe  et chaque matin elle disait cette comptine.

 

J'ai un tout petit lapin qui mange du pain
J'ai un tout petit lapin qui mange du thym
Mais un lapin ça fait des crottes
Un jour il a fait dans mes bottes
Maman dit que c'est un vilain
Moi je dis que c'est mon copain ;


  
Comme j'étais un lapin heureux à ce moment là ! 

17 septembre 2024

Consigne d'écriture 2425-02 du 17 septembre 2024 : Bob Morane

 

Bob Morane

 

 

Les couplets de cette chanson du groupe Indochine, « L’Aventurier », reproduits ci-dessous,  ont huit vers. Chaque vers a huit, neuf ou dix syllabes. Les rimes sont approximatives. Cela vous laisse toute liberté pour écrire des couplets supplémentaires à partir des titres de romans de la série. Rappelons qu’il s’agit de récits d’aventures, d’espionnage, de science-fiction imaginés par l’auteur belge Henri Vernes.

 

 

1
Égaré dans la vallée infernale
Le héros s'appelle Bob Morane
À la recherche de l'Ombre Jaune
Le bandit s'appelle mister Kali Jones


Avec l'ami Bill Ballantine
Sauvé de justesse des crocodiles
Stop au trafic des Caraïbes
Escale dans l'opération Nadawieb

 

2
Le cœur tendre dans le lit de Miss Clark
Prisonnière du Sultan de Jarawak
En pleine terreur à Manicouagan
Isolé dans la jungle birmane


Emprisonnant les flibustiers
L'ennemi y est démasqué
On a volé le collier de Civa
Le Maharadjah en répondra

 

Refrain

Et soudain surgit face au vent
Le vrai héros de tous les temps
Bob Morane contre tout chacal
L'aventurier contre tout guerrier
Bob Morane contre tout chacal
L'aventurier contre tout guerrier

 

3
Dérivant à bord du Sampang
L'aventure au parfum d'Ylalang
Son surnom, Samouraï du Soleil
En démantelant le gang de l'Archipel


L'otage des guerriers du Doc Xhatan
Il s'en sortira toujours à temps
Tel L'aventurier solitaire
Bob Morane est le roi de la terre

 

Au refrain

 

La liste des romans est consultable ici : https://www.bobmorane.be/liste1.htm

 

24 septembre 2024

Les Joueurs de football / Jean-Paul

 

 

Faut que ça swingue ! Faut que ça pulse !

Faut surtout pas que ça révulse !

 

Mais franchement, là il y a péno !

Roger me tire par le maillot !

Juste quand je vais mettre un panier !

 

- Hè les mecs on joue au football !

Tu vas faire une main, mon Raymond !

 

Où est l'arbitre dans tout ça ?

Caché derrière un arbre en bois ?

Mais qui donc les a plantés là ?

 

Le gardien dans sa cage aux fauves

Est-ce qu'il angoisse au moins?

 

Combien d'erreurs dans cette image ?

Nul ne respecte la consigne,

Aucun n’a les mêmes chaussettes !

 

Le ballon a une forme ovale !

Fut-il acheté rugby sur l'ongle ?

 

Et le joueur à l'avant-plan !

C'est fou c’qu'il ressemble à Dali !

 

Faut que ça swingue ! Faut que ça pulse !

Faut surtout pas que ça révulse !

 

Il faut surtout que ça rigole,

Comme dit ma compagne créole :

On est quand même dans un tableau

- Comme on en rit, Henri ! -

De ce bon vieux Douanier Rousseau !

2 décembre 2025

Ludwig / Anne J.

 

- Mais pourquoi tu t’énerves comme ça, Ludwig ?

 

- Je ne m’énerve pas, je m’exprime ! La vie est trop injuste ! Déjà ça fait trois jours qu’il pleut et on ne peut pas mettre le nez dehors !

 

- Comme ça tu as du temps pour travailler ton piano ! De quoi tu te plains ?

 

- Constance me quitte pour un certain Wolfgang qui, parait il, est plus drôle que moi… et plus jeune, et plus talentueux aussi.

 

- Et moins sourd ! Oui, d’accord c’est plutôt moche.

 

- Et j’ai perdu ma tante Gertrude, celle qui était centenaire.

 

- Super, alors tu hérites ? Elle était riche, ta tante Gertrude ?

 

- Pas tellement mais on vient de lui découvrir un enfant illégitime de 50 ans dont personne ne connaissait l’existence et qui hérite de tout ! Il faut dire, des témoins de l’âge de Gertrude, il n’y en a plus beaucoup, surtout avec toute leur tête !

 

- Et on l’a découvert comment ?

 

- C’est le généalogiste de la notaire qui m’a coûté un demi bras…

 

- Pas de chance pour un pianiste !

 

- En plus je viens de recevoir une mise en demeure d’un huissier pour 28 sous non payés sur une facture de charbon !

 

- Et tu risques la prison pour dettes ?

 

- Parfaitement mais ils envoient la lettre à ma tante Gertrude, comme si les morts relevaient leur courrier !

 

- Et payaient leurs dettes ! Comme on dit, les linceuls n ont pas de poches ! Et les trépassés n’ont pas de boite à lettres…

 

Ludwig joue quelques mesures d’un sanctus d’une messe en do dièse et soupire :

 

- J’en ai plus que marre de ces commandes de messe, d’oratorios, de cantates, de tout ce bazar religieux ! Moi ce que je veux c’est jouer du rock, du blues, du slam, de la musique qui fait du bien et qui déchire ! T’as entendu parler d’un nouveau groupe de Liverpool ou Manchester ? Les Beatles, ils s’appellent. C’est génial !

 

- Ah oui ? Et tu connais quelque chose ?

 

Ludwig joue les premières mesures de «  Let it be » et claque bruyamment le couvercle de son piano hors de prix.

 

- Je vais prendre l’air ! dit il. Il sort en sifflotant « Yesterday » et en marmonnant : « Trop cool !»  .

 

« Yesterday, all my troubles seemed so far away... »

19 novembre 2024

W comme Will était une fois… / Adrienne

 

Juste à côté de l’Acropole, on a pris l’habitude, au fil du temps, de les voir, lui et son chien au poil fou, avec devant lui son carton trilingue « Ça va l’fer, j’repasse », un jeu de mots qu’il avait entendu à l’époque chez Laurette mais qui ne se traduit pas bien en grec ni en anglais.

 

Ah ! Laurette ! Il lui offrait des cœurs de fleurs et ce combat anachronique entre la galanterie et la gauloiserie lui plaisait bien.

 

Ils avaient tous les deux comme un grain, elle avec ses corsets d’un autre temps, couleur chair et à lacets, lui avec sa tête dans les étoiles.

 

« Docteur Silly », elle l’appelait. Elle avait appris trois mots d’anglais à la Libération, la Laurette. D’ailleurs tous ceux qui passaient régulièrement dans son bar recevaient un surnom, comme Eulalie « Globules and C° » : sans un grain de malice, juste parce qu’Eulalie les bassinait avec ses « trop de globules rouges » et autres maladies imaginaires.

 

Il fallait voir tout ce petit monde, surtout aux jours de fêtes, comme le carnaval, par exemple, lui déguisé en eucalyptus, Laurette faisant la licorne. Sa copine coiffeuse à la Maison du cheveu les lui teignait en rose et bleu.

 

Ce qui fait que pendant les semaines qui suivaient le carnaval, à une époque où ce n’était pas encore du tout la mode, la Laurette était derrière son bar avec une toison arc-en-ciel.

18 novembre 2025

Le Sens de la fête / La Licorne

 

 

Un dimanche sous la couette ?

Ou à visionner un film sur une tablette

A plat ventre sur la moquette,

 en liquette et en chaussettes ?

 

Non, cette semaine on fait vraiment la fête : 

Edouard nous a invités à fêter sa retraite,

et son anniversaire de mariage avec Elisabeth.

J'ai intérêt à me faire coquette !

Je le vois bien sortir la jaquette,

le cigare et les rouflaquettes.


Alors Gaston, s'il te plaît, oublie la casquette

et ne te pointe pas avec une bouteille de piquette

 ni un cadeau qui vaut des clopinettes !

Je t'ai acheté une tenue parfaite

avec gilet et pochette, 

nœud pap et boutons de manchette.

Evite de m'appeler "ma biquette", 

et ne te trompe pas de fourchette !

Je t'interdis de faire tourner les serviettes,

on n'est pas dans une guinguette.

Fais gaffe aussi à tes cendres de cigarette.

Ne passe pas la soirée à la buvette,

et si, à la fin, tu pars "en goguette"

ne t'affale pas le nez sur ton assiette.

 

Comment ça, je suis "casse-noisettes" ?

Si tu veux changer de nénette, 

je te conseille d'essayer Antoinette :

ce sera tous les soirs "raclette" !

 

Allez, c'est bon, je suis prête.

Tu peux sortir la camionnette.

 

14 janvier 2025

La Braderie de Lille / Jean-Paul

 

 

Pour un peu je pourrais raconter que cette image me fait souffrir. Ou plutôt qu’elle m’a fait souffrir. C’est qu’il faut l’imaginer, cette foule multicolore, découpée en mille petits bouts de cartons, « éclatée façon puzzle » par Michel Audiard et Bernard Blier, vu que c’en est un, de puzzle.

 

C’est censé représenter la braderie de Lille mais ça pourrait être aussi un jeu des sept différences ou plutôt des sept anomalies.

 

1) On ne va pas à la braderie de Lille en étant déguisé comme pour le carnaval de Dunkerque.

 

2) C’est à Dunkerque aussi qu’on jette des harengs sur la foule depuis le balcon de la mairie. Au vu de la hauteur du beffroi de Lille, on imagine mal Martine Aubry balancer de tout là-haut de la poiscaille sur la porte de Paris.

 

3) Le tourlourou au fond à gauche, c’est certainement l’ami Bidasse. Lui est natif d’Arras, chef-lieu du Pas-de-Calais.

 

 

4) les trois géants – Gayant ? – sont plutôt natifs de Douai.

 

 

5) Le bâtiment néo-gothique dans le fond a l’air tout droit sorti de la grand’place de Bruxelles.

 

6) Y a-t-il bien Dupond et Dupont dans cette image ? Cela m’étonnerait beaucoup que la Fondation M**l*ns*rt ait laissé passer ne serait-ce qu’un bout de plagiat ou de contrefaçon sans venir quémander quelques sous.

 

 

 

7) Enfin il n’est pas juste de représenter les gens du Nord avec un gros pif tout rond : comme signe distinctif ils ont avant tout dans le coeur le soleil qu’ils n’ont pas dehors.

 

Après il la dessine comme il veut, François Ruyer, la braderie de Lille ! Pour ma part je n’y resterai pas sur la place du Général de Gaulle ! Une fois que j’aurai photographié le véhicule utilitaire Citroën et le clone de Mickaël Jackson, je m’éclipserai vers la rue de Béthune et les boulevards. Je ne suis pas du genre à m’attabler derrière une assiette de moules et de frites et une bière ce jour-là. Peu m’importe le concours du plus gros tas de coquilles vides, une braderie, c’est une braderie ! Je suis venu pour chiner et je vais chiner ! Il y a, paraît-il, cinquante kilomètres de stands de vide-grenier. Peut-être vais-je finir par les trouver quelque part ces trois numéros qui me manquent de la collection de la revue « L’Écho des savanes » ?

 

A moins que je n’investisse dans une douzaine de CD de musique classique à 50 centimes le disque, histoire de ruiner un peu plus les finances de mon ménage comme à la halle Martenot l’autre dimanche ?

 

Après tout, c’est quand même dans le Nord que j’ai fait la rencontre musicale la plus importante de ma vie ! Antonio Vivaldi ! N’en v’la, une musique qui donne la frite !

 

 

20 janvier 2026

U comme Un, deux, trois / Adrienne

 

 

 

 

Adam est aussi blême que la page qui s’affiche à l’écran.

 

Il a choisi le nom de ses personnages.

Il a une idée d’intrigue.

Il a un bac plein de fiches avec des bribes de texte, des calepins pleins d’idées.

 

Mais il cale devant l’incipit.

 

C’est important, l’incipit.

« Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. »

Ça en jette.

On est tout de suite dans l’ambiance.

Mais pour son roman, ça ne marche pas : « Aujourd’hui Alida a rencontré Hugo. Ou peut-être hier, elle ne sait pas. »

C’est ridicule.

 

« La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. »

La première fois qu’Alida vit Hugo, elle le trouva franchement dogue.

Il était ce genre de mec accoudé au bar, l’œil éteint, à qui une dame de son genre à elle se présente d’un « Moi je m’appelle Alida, et vous ? » en battant des cils, et qui lui répond sans même la regarder « Moi pas ».

 

La seule chose qui conviendrait, c’est « Doukipudonktan ? » parce que le Hugo, là, il n’est pas très frais.

 

Mais ça, Alida ne le sait pas encore.

 

20 janvier 2026

Binge watching / Jean-Paul

 

 

Ce soir, je me sens un peu coupable. Si j’avais pu envoyer ma secrétaire à l’atelier d’écriture, je l’aurais fait volontiers. Dommage, je n’ai pas de secrétaire ou de clone encore. Pour aller dans tous les recoins possibles chercher de quoi pondre des consignes d’écriture tordue, il paraît que je suis irremplaçable.

 

Alors je viens le mardi soir, affrontant tous les temps que cet étrange hiver nous fabrique : la pluie qui claque, le vent qui fait se retourner le parapluie, le presque coeur de la nuit qui n’arrange pas mes affaires vu qu’il m’oblige à me déguiser en gilet jaune !

 

Mais quand j’arrive ici, même si personne ne me saute au cou, je sais que je vais être payé rubis sur l’ongle en éclats de rire, en petits potins, en jeux de mots ou en chansons, voire en langues de chat et en biscuits au lait quand on célèbre un anniversaire.

 

Seulement voilà : ce soir j’ai envie de jouer les indociles heureux ! Maintenant que j’ai inséré les neuf mots de ma liste – telle était la consigne – je me barrerais bien en catimini de la salle Mandoline !

 

Bien sûr les dames de l’atelier trouveraient criminel cet abandon de ma mission d’animateur. Et si, le lendemain ou un autre jour, on leur révélait que je suis parti voir un navet à la téloche, elles ne me reconnaîtraient plus, elles appelleraient un médecin pour qu’on me fiche au placard dans une clinique psychiatrique au milieu des arbres quelque part en Suisse ou au Canada, dans un beau chalet tout près d’une cascade.

 

- Surveillez-le bien, shériff ! diraient-elles au policier. C’est le responsable de l’assassinat de nos mardi soirs ! Ne le laissez sortir que quand il sera guéri, quand il réclamera Isaure, la fille en rose qui a des fleurs d’églantier dans les cheveux ou qu’il demandera des nouvelles de Laure Manaudou !

 

***

 

Promis, les filles, on n’ira pas jusque là. Ne soyez pas paranoïaques, je vais savoir la gérer ma crise de « binge watching *» ! Je les écouterai seulement tout à l’heure les nappes de synthétiseur du générique, aussi obsédantes que le boléro de Ravel. Je peux attendre encore une heure avant de savoir ce que la très bizarre Audrey Horne va découvrir au « Jack n’a qu’un oeil » sur le meurtre de Laura Palmer. Et puis « navet », c’est vite dit ! C’est quand même, sur Arte, une série signée David Lynch, « Twin Peaks » !

 

Voilà, vous avez vu ? J’ai tenu le coup deux heures ! Maintenant à votre tour de lire mais faites-le vite, que j’y retourne ! Je ne suis qu’au début de la saison 2 et il me reste plus de trente épisodes à voir!

 

* binge watching : visionnage compulsif de réc

 

Mots insérés :

assassinat affaires étrange

Laura Audrey David

ongle coeur cou

églantier arbre navet

policier claque Canada

paranoïaque médecin shériff

criminel indocile catimini

boléro coupable secrétaire

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10 février 2026

Badoum Badoum / La Licorne

 

 

Petite comptine pour les enfants 

 

 

 Badoum, badoum, badoum... 

Un éléphant qui se balançait

Sur une toile, toile, toile d'araignée

C'était un jeu tellement, tellement sympa

Qu'il appela... les deux koalas...

 

 

 Badoum, badoum, badoum... 

Trois animaux qui se balançaient

Sur une toile, toile, toile d'escalier

C'était un jeu tellement, tellement sympa

Qu'ils appelèrent le léopard qui passait par là...

 

  

Badoum, badoum, badoum...

Nos quatre amis, hum, se balançaient 

Sur une toile, toile, légers comme une fleur 

C'était un jeu tellement, tellement sympa

Qu'ils allèrent chercher ...une caméra !

 

 

Badoum, badoum, badoum...

La p'tite araignée qui sommeillait

Sur sa toile, toile, toile si bien tissée 

Trouva ce jeu tellement, tellement amusant

Qu'elle se mit à son tour à se balancer

  

  

Badoum, badoum, badoum

Et tous les cinq se balançèrent

Sur la toile, toile toile de l'araignée

C'était un jeu tellement, tellement amusant...

Quand, tout à coup, badaboum...

  

Ils tombèrent tous...

 dans l'aquarium !!!

 

 

 Plif, plaf, plif, plaf, 

On ne retrouva d'eux que de petits bouts...

Des syllabes mélangées que les poissons, sympas, 

Remirent, comme il purent, bout à bout...

 

Plif, plaf, plif, plaf

On vit un "élépard"... qui surnageait

Aux côtés d'un "léophant" et d'un "koara"...

Sous le regard de la "caméla"... 

  

Et sous les yeux moqueurs de l'araignée

Qui trouva cela tellement, tellement rigolo...

Qu'elle appela aussitôt un petit chien...

Pour les rejoindre dans l'eau...

  

 

Badoum, badoum, badoum...

Plif et plaf

plif, plaf, plif, plaf

 

Badoum, badoum, 

Plif et plaf

Plif, plaf, plif, plaf...

 

 

La Licorne

 (qui aime bien , parfois,

"retomber"...badaboum !

en enfance) 

3 mars 2026

Utopie / Marie-Thé

 

- J’adore la chanson de Raymond Lévêque, « Quand les hommes vivront d’amour » m’a dit ma mère lorsque je suis passée chez elle cet après-midi.


 

Elle vit dans un monde utopique et, par jeu, je la suis dans son délire où il n’y a plus de machos comme l'était mon père et où les vaches, les bœufs, les moutons paissent tranquillement dans les champs. Les animaux ne vont plus à l’abattoir puisque les femmes et les hommes sont végétariens. Les lapins et les lapines vivent en liberté dans les parcs. Ils copulent sans retenue, ce qui fait rire les enfants.


 

Nous jouons au scrabble assises devant sa jolie table en cerisier, tout en continuant d’inventer notre monde idéal en chantant « Il n’y aura plus de misère, les soldats seront troubadours… ».


 

La partie finie, ma mère me dit : « C’est ton anniversaire, j’adore le thé au jasmin avec des gâteaux au chocolat et toi aussi. Tout est préparé dans le panier sur le buffet, il reste juste à chauffer l’eau ».


 

Pendant que nous buvons notre thé, ma mère me raconte des souvenirs vécus avant ma naissance.


 

- Avec ton père, j’ai voulu voir Paris et j’ai vu Paris. Quand j’ai voulu voir Vesoul pour rendre visite à ma sœur, il est resté avec elle, et je me suis retrouvée toute seule, alors que déjà je te sentais bouger dans mon ventre… »

 

Cette histoire, je l’ai entendue un grand nombre de fois !

 

Avant que je lui dise au revoir, ma mère chante en riant « Ma Liberté » de Serge Reggiani et me dit que oui, elle l’a aimée, sa liberté, et qu’elle n’a aucun regret !

31 mars 2026

Tout compte fait, on s'amuse bien / Maryvonne

 

 

Une Dame vient d'acheter le conte « Roule galette » et part sans payer.
- Mais... Madame ! Vous oubliez de régler !
- Non mais j'ai un conte courant : attrape-moi si tu peux !
*

 

* cf vidéo infra

 

- Eh bien, Eliane, tu as l'air bien concentrée ce soir ?
- Oui je travaille mon conte à mon compte.

 

Si Édorée était là, il y aurait sans doute un mac qui viendrait relever les compteurs… à gaz bien entendu.

 

Ne vous étonnez pas si Monsieur et Madame fument un pétard ensemble : ils ont un compte joint !

 

 

- Finalement je n’achèterai  pas votre voiture !
- Mais vous m'aviez promis ?
- Oui, excusez-moi, j'ai un compte à rebours.

 

 - Six cuillères, six fourchettes, six couteaux, six petites cuillères. C'est quoi ta liste ? 
 - Un compte à des couverts.

 

 J'ai vu une naine qui a écrit son histoire… A conte d'hauteur, peut-être ?

 

Monsieur De Queiroz m'a apostrophée parce que sur ma liste d'élèves je n'ai pas inscrit le nom de sa fille séparé de la particule. Sans doute était-il comte ou vicomte et je ne le savais pas ! Tout compte fait il a eu raison sinon j'aurais fait la faute toute l'année. 

 

Cet après-midi j'ai égaré mon porte-monnaie. A la petite épicerie qui compte bien pour dépanner, je l'avais posé à côté d'un pack d'eau de 4 bouteilles qui avaient dû être six, je n'en voulais qu'une et j'avais besoin de mes deux mains pour déchirer l'emballage plastique. Je l'ai donc retrouvé à côté des trois bouteilles restantes. Finalement j'en ai fait un petit conte et je m’en tire à bon compte, bien contente de retrouver mon porte-monnaie. 

 

5 mai 2026

La Pêche miraculeuse / Jean-Paul

 

(Se chante sur l’air de « Sam’s gone away », shanty américain)

 

 

 

1

C’est pour une pêche miraculeuse

Mire ton thon, mir’ ton thon, mir’tontaine

 

Que l’thonier va sur l’océan

Mire ton thon, pêcher l’poisson d’argent

 

Refrain

Beau travail les gars

Votre barque est pleine

Ça valait l’coup de se donner d’la peine

 

2

Jette les filets par tous les temps

Mire ton thon, mir’ ton thon, mir’tontaine

 

L’poisson viendra s’y mettr’ dedans

Mire ton thon c’est trop mirobolant

 

3

On en a ramené tant et tant

Mire ton thon, mir’ ton thon, mir’tontaine

 

Qu’ Pêche océan sera content

Mire ton thon malgré l’mercure dedans

 

 

4

C’est grâce au nouveau capitaine

Mire ton thon, mir’ ton thon, mir’tontaine

 

Il fait des miracles à la chaîne

Mire ton thon, mir’ ton thon, mir’tontaine

 

 

5

On va lui d’mander pour nos mioches

Mire ton thon, mir’ ton thon, mir’tontaine

 

De transformer l’pain en brioche

Mire ton thon, pour lui c’est très fastoche

 

6

Du coup on va p’t’êtr’ croire un peu

Mire ton thon, mir’ ton thon, mir’tontaine

 

A ses histoires de Bon Dieu

Mire ton thon, mir’ ton miraculeux

 

 

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