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L'Atelier d'écriture de Villejean
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30 septembre 2025

L comme litanie / Adrienne

 

 

Saint Boniface
Fais-moi une carapace


Saint Mathias
Délivre-moi des paperasses


Sainte Agnès
Que rien ne me blesse


Sainte Lucrèce
Ôte-moi ce stress

 

Saint Maurice
Que les guerres finissent

 

Saint Boris
Que de la paix on jouisse

 

Saint Dionysos
Qu’on fasse la noce

 

Saint Carlos
Comme des gosses

 

Sainte Luce
Donne-nous un hiver sans virus

 

Saint Prépuce
Et Spiritus Sanctus

 

 

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23 septembre 2025

U comme Un, deux, trois, soleil

 

 

Quatre saisons en une seule journée, voilà comment il faut prévoir ta valise quand tu vas en Irlande, Irish weather is notoriously unpredictable, with people often experiencing all four seasons in one day. C’est ce que te disent tous les experts consultés, en ligne et hors ligne.

 

Alors tu les écoutes et tu prévois la petite laine et le ciré, puisque comme l’affirment tous ceux qui vivent un peu plus au nord que toi : il n’y a pas de mauvais temps, il n’y a que de mauvais vêtements.

 

C’étaient les vacances de Pâques. Il faisait frais et beau sur la route, frais et beau sur le bateau.

 

Puis tu débarques.

 

Ah ! Les beaux jours !
 

L’or des daffodils en bordure des chemins!
 

La candeur des agneaux qui d’un seul regard te font regretter d’avoir mangé du gigot!
 

Le five o’clock tea, où tu remplaces le thé par un (bon) cappuccino 🙂
 

Toutes les serveuses sont des anges tombés du ciel – nulle part ailleurs tu n’as rencontré autant de vraie gentillesse et de disponibilité.
 

De la beauté partout, jusque dans les ruines, les cimetières et les prairies aux couleurs de l’or des renoncules et des genêts.

 

Vive le printemps irlandais !

 

 

9 septembre 2025

Etre un oiseau / Anne J.

 

« Pourquoi je vis, pourquoi je meurs ?
Pourquoi je ris, pourquoi je pleure ?

[...]
J'aimerais mieux être un oiseau » chantait Balavoine.

 

Ou être le vent ?

 

Être le vent qui fait tourner ce drôle d'oiseau blanc qui ressemble au petit moulin à vent coloré que ma grand mère attachait au bras de ma poussette sur le chemin du Thabor ?

 

Être cette force qui fait se mouvoir ces grandes pales blanches qui font comme les ailes d'un fou de Bassan dans l'azur du ciel ?

 

Et vivre avec le vent ?

 

Je vis avec le vent ;

Le plus souvent il m'aide à me sentir vivant ;

Je le respire au petit matin quand j 'ouvre la fenêtre ;

Je le sens qui m'envoie des rafales de pluie ;

Je lutte contre lui pour tenir mon parapluie ou marcher dans les rues ;

J'en ai peur un peu depuis qu'il a détruit tant d'arbres et soufflé les toits des maisons ;

Je le crains quand il s'engouffre dans ma cheminée et fait battre mes volets.

 

« Je sens quelque chose
Qui m'attire, qui m'attire, qui m'attire
Vers le haut »

 

"Qu'est ce que tu veux faire quand tu seras grand ?"

M'a-t-on demandé souvent

"Voler avec les oiseaux et piloter un avion ?

Aller voir la lune et devenir astronaute ?

Regarder le ciel et les nuages et devenir météorologue ?

Te délivrer de la pesanteur et sauter en parachute ?

Te prendre pour Icare et essayer l’aile volante ?

Construire de tes mains ces grandes ailes qui tournent ?

Écouter de ton champ le bruit et la musique de ces beaux oiseaux blancs ?"

 

Que nenni !

Les hasards de la vie

ont fait que j'ai construit

ces grands escaliers qui montent

des entrailles de la terre

vers la lumière du jour.

 

« J'ai jamais eu les pieds sur terre

j'aimerais mieux être un oiseau »

 

9 septembre 2025

Flup / Jean-Paul

Ce qui s'est passé devant l'objectif, quand cela nous est restitué sous forme de photographie, nous jetons dessus un regard forcément subjectif. Cette photo de couverture de la revue "Subjectif/Objectif" numéro 4 en est un parfait exemple.

 

Suivant que vous y avez passé du temps ou pas, suivant que vous avez mis les pieds en Bretagne ou pas, et ce depuis moins de dix ans, vous avez reconnu ou pas l'architecture caractéristique et les lampadaires-miradors de la gare de Rennes tels qu'ils étaient en 2024 ou 2025.

 

Cela va forcément influer sur les pensées que vous prêterez à l'un ou l'autre des quatre personnages présents sur l’image. L'idée de transit vous viendra. Ils sont assis, ils attendent une correspondance, quelqu'un qui devait venir les chercher à l'arrivée du train et qui a eu un problème pour garer sa voiture.

 

Comment raccrocher le chien dans l'histoire ? A qui appartient-il ? Surtout, appartient-il à la même temporalité ? S'il a échappé à son maître, pourquoi celui-ci reste-t-il aussi tranquillement assis sur le parvis ? Posons que la voyageuse aurait tenu le chien en laisse fermement sans jamais le lâcher. Mais cessons de poser des questions et livrons notre interprétation.

 

***

 

Le personnage de droite est un écrivain qui a perdu l'inspiration. Il n'a pas de bagages, il est condamné à vivre là, indéfiniment, au milieu des gens qui passent dans cet endroit où, comme l'a dit un clown célèbre, « Ceux qui sont tout croisent ceux qui ne sont rien ».

 

Arrive à un moment donné le bon Samaritain. Il suggère à l’écrivain :

 

- Vu votre grand âge, vous avez forcément des souvenirs intéressants à raconter. J'ai moi-même participé autrefois à un atelier d'écriture où l'on nous demandait d'écrire le souvenir d’un événement personnel survenu sur la place de la Mairie de Rennes.

 

D'abord surpris, l'homme au crâne rasé a bientôt l'oeil qui s'illumine et il déclare :

 

- Les cent chiens ! Flup !

 

L'histoire qu'il raconte alors se passe à la libération de Rennes au début d’août 1944. Il y a des tas d'habitants qui s'étaient barrés de la ville suite aux trois bombardements du mois de juin, réfugiés dans la famille à la campagne, à Guichen, à Sens-de-Bretagne ou Vieux-Vy-sur-Couesnon. Beaucoup étaient partis en laissant là leur chien. C'est le cas du bonhomme immortel dont le cabot se nommait Flup.

Ce jour-là, quand il revient à Rennes, il voit débouler sur la place de la mairie une meute de plus de cent chiens. Les bêtes étaient retournées à l'état sauvage. Il a bien essayé de récupérer son clebs qui figurait au centre de la troupe. Mais l'esprit de clan était devenu plus fort ; le chien qui, de toute façon, ne cherchait toujours qu'à s'évader, avait compris la leçon de son cousin dans la fable de la Fontaine « Le Chien et le Loup »: pas question de reprendre le collier !

 

***

 

Et maintenant, regardons-le attentivement, le Flup, sur la deuxième photo. A quoi songe-t-il ce vieux sage dont les sourcils blancs tombent presque plus bas que les oreilles ? Se souvient-il du gamin de 14 ans ? De la maison de Saint-Brieuc ? De celle de l'impasse de la Herpe, de son passage à la fourrière de Rennes dans l'immédiat après-guerre ? De ceux qui l’ont récupéré ensuite ? A-t-il l'impression d'avoir bien vécu pendant les « Trente glorieuses » ?

 

- Vous devriez écrire là-dessus, dit le bon Samaritain. Moi, je ne saurais pas : je n'ai jamais eu de chien, Monsieur, ou alors il y a longtemps ou il sentait pas bon !
 

 

8 octobre 2024

La Guinguette n'a pas fermé ses volets / Jean-Paul

 

 

Avec son canotier sur le côté Maurice Chevalier dansait le twist. Il assurait ainsi la transition entre Renoir et son moulin de la galette et ces années de fin des « trente glorieuses ». C’était en 1962.

 

Mais si l'on fait l'effort d'y songer deux minutes rien n'est jamais fini. Les hommes recommencent toujours, ils suivent le ruban d'une route fleurie, ils mènent leur barque comme ils peuvent et s’il y a du nouveau sous le soleil, eux sont toujours faits du même bois, celui des rames, celui dont on se chauffe, celui qui fait les flammes et les femmes amoureuses.

 

 

Qu'importe si le chapeau de paille est ridicule, le canotage permet au canotier de montrer pattes blanches, muscles puissants, air bravache.

 

- Avez-vous vu comme nous sommes forts, Delphine et Marinette ? semblent-ils demander aux spectatrices de la rive.

 

C'est la belle chanson de la séduction, c'est le chant d'été au bord de l'étang, du lac, des rivières, c'est le rêve d'amour qui glisse à la surface de l'eau.

 

Pourquoi ne seraient-elles pas glorieuses, elles aussi, nos trente dernières années ? Les gens font-ils moins d'enfants ? Voyagent-ils moins ? N'ont-ils plus accès au progrès technologique qui simplifie la vie ? N’ont-ils pas toutes et tous un smartphone ?

 

Est-ce en souquant toujours plus fort que Roméo séduit Juliette de nos jours ?

Bien sûr que non ! Il fait le kéké en jet-ski autour du fort de Brégançon ! Sinon tout est pareil. Le seul truc qui a disparu c’est le huit-reflets du bonhomme au parapluie sur le tableau d'à côté. Tout le monde porte désormais la casquette de Jean Gabin et tout le monde pense que si on n'avait pas ces faillis présidents de la République et leurs discours, il ne pleuvrait jamais sur l'île de Sein ni sur les cérémonies des J.O. et on pourrait aller boire du vin blanc sous les tonnelles à Nogent le dimanche. Ça fait tellement de bien quand on se promène au bord de l'eau ! Ou sur l'eau !

 

 

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1 octobre 2024

Automne venteux / Anne J.

 

Nous étions trois amies, regardant la pluie

autour d'une table ce dimanche midi.

 

- Prenez un verre de bière si le cœur vous en dit !

 

La raison en était une répétition

d'une difficile chanson

d'un exilé breton

du siècle qui vit naître

les Tri Yann et Patrick Ewen.

 

Vous voulez connaître son nom ?

Youenn Gwernig il se nomme,

notre homme.

 

 

Un chat près du foyer se pelotonne

en ce midi d'automne

insensible à la tempête qui se léve.

On écoute pleurer et rire

les arbres.

 

J'accompagne mes amies dans leur apprentissage

sans être concernée

- je n’y serai pas -

car c'est pour le solstice d'hiver

que les migrants de chez Prosper

sont invités à chanter,

à faire chanter dans leur langue

et à nous partager

les couleurs de la vie :

chanter en vietnamien, géorgien et arabe

en pachtoune , en albanais, en dari...

 

Quelle franche rigolade !

Mon Dieu qu'on a bien ri

ce mercredi !

 

Nul besoin

de l'appel tintamarrant des cors

ni des violons de l'automne,

juste frapper dans les mains,

bouger son popotin,

claquer les doigts

et chanter à pleine voix.

 

Tout d'un coup un grand bruit de vent

et sous nos yeux ébahis

vient de tomber à terre

le grand mimosa de l'entrée !

 

Dans la tempête

les troncs plient comme des baguettes !

 

De la frondaison et des feuillages

du bel arbre

il fallut sortir

de peine et de misère

les deux voitures

pour rentrer à la maison ,

heureusement sans trop de mal !

 

Ironie du sort

la chanson que nous apprenions

s'appelle

« E kreiz an noz » :

 

« Au cœur de la nuit  

j’entends le vent

meugler par-dessus la maison »

 

 

Est ce qu'on a chanté trop fort ?

 

Pour la prochaine fois

Je suggère « Douce nuit » …

Accompagnée

Des violons de l’automne !

 

Si la vidéo ne s'affiche pas, cliquez sur ce lien : https://youtu.be/dUibtvpkDzM

1 octobre 2024

Mon atelier / Maryvonne

 

Voilà que sonne l'heure de la récréation du mardi soir. Prenez la peine, cher confrère, chères consœurs, de repeindre nos histoires avec les couleurs de la vie. De belles couleurs chaudes, vives, chatoyantes. Si le temps se vêt de brume, chassez ce rideau au vent mauvais et écoutez immensément la nuit. Du coin du bois résonne le chant du cerf qui appelle la biche à l'amour. Ce brame déchirant, ceux qui l'ont entendu s'en reviennent très émus.

 

Pourquoi l'homme ou la femme n'a pas été doté de cet artifice, ce chant d’appel qui faciliterait nos relations ? Imaginez la chorale qui s'élèverait dans les bourgs et dans les villes. Popaul Verlaine au garde-à-vous devant cet hymne à l'amour ! Les oiseaux pratiquent bien l'exercice. Sommes-nous moins aptes que les emplumés à nous exprimer ? 

 

Je suis certaine qu’Édorée a une idée à ce propos.

 

10 juin 2025

Le Réveillon de Bibi / La Licorne

 

 

Qui c'est qui fait son premier noël aujourd'hui ?

 

...c'est Bibi !

 

Pas Bibi Fricotin, non...Bibi Benjamin.

 

Bébé tout neuf, je découvre pour la première fois le monde autour de moi : la neige qui virevolte, la maison illuminée, les bisous sur ma joue...C'est doux, les bisous, j'aime bien...surtout ceux de Tatie, qui est si jolie. 

 

Mais le monde extérieur est bizarre : qu'est-ce que c'est bruyant ! Y'a des "kling", des "klang", des "pop"... et un machin poilu qui fait 'Wouah Wouah". C'est nettement plus agité que dans le ventre de maman, où tout était calme et feutré.

 

 

Maman, avant, je la connaissais "de l'intérieur" et maintenant, couché dans ses bras, je la vois "de dessous", ça change tout. A la fin du repas, je la regarde croquer des feuilles de salade : ça fait "crac, croc"... 

 

Et puis ça fait "cric" aussi... :-)

 

Comment lui dire que je n'apprécie pas forcément les tétées "saveur vegan" ?

 

Voilà ma cousine Mirabelle qui s'approche, qui me dit "Dodo, Bibi, dodo", avec des mimiques et des intonations très en-dessous de son âge, suivie de près par papa qui se sent obligé de me donner un drôle de truc vert et jaune tout mou avant de me mettre, d'office,  derrière les barreaux. 

 

 

Je ne comprends pas grand-chose à tout ça... Sont bizarres les gens du bas. 

 

Assez déçu, je repars le plus vite possible dans le ciel d'où je viens, dans le ciel de mes rêves, là où tout est léger, facile, là où tout est possible, même prendre le thé entre Mac(a)ron et Ursula !

 

Mais je suis tiré de mon sommeil magique par les cris de Tatie et de Mirabelle, qui, pour une cause inconnue, se disputent allégrement... Je me mets alors à hurler aussi fort qu'elles et même plus fort qu'elles... histoire qu'elles comprennent que je ne tolérerai pas leurs caprices très longtemps.

 

Papa m'entend : il vient me chercher dans la chambre puis me descend au salon. Tient-il vraiment à ce que j'assiste aux prises de bec des deux excitées ? 

 

Non, heureusement, elles ne sont plus là. Près du grand sapin, il n'y a plus que maman. 

 

 

Maman qui fait jouer ses doigts sur des touches en noir et blanc et en tire des sons si beaux, si purs...que ça me réconcilie avec l'existence.

 

Je me rendors tout doucement sur une berceuse de Brahms, le sourire aux lèvres...

 

A minuit pile, ils feront bien ce qu'ils veulent...

 

Pour moi, à partir de maintenant, le réveillon sera sans réveil. 

 

20 mai 2025

Recevoir France Inter en TSF à la Douettée / Lothar

 

Curiosus, Ignotus et Nimbus en motus exempla … Pas de chance … mais pas mal pour un débutant.

 

Pensez ! Je suis de formation classique à la base. Malheureusement, juste avant l’âge où les hormones ne vous démangent, je suis tombé fou amoureux de l’électronique. Mince !

 

Moi, à Noël, oui à Noël, j’avais des costumes de Zorro, des pistolets à amorces, et mes copains d’école, des boîtes d’apprentissage de l’électronique. J’étais jaloux … un peu. Savez-vous ?

 

Et mon père enfonçait le clou, car il avait appris la radio en école de gendarmerie. En un beau verni. Mince. Alors, il me sortait des termes étranges, inconnus qui me faisaient rêver. Faraday, self-induction, capacité, loi des trois doigts de Lorentz, diode, pentode. Sans expliquer vraiment. Rien. Et toujours il me parlait d’un ouvrage qu’il avait, avant, « La radio, mais c’est très simple » un ouvrage des années 40, où sous forme de dialogues entre les professeurs Curiosus et Ignotus tout était expliqué. En bande dessinée. Tout depuis le début. Il le cherchait de temps à autre au grenier, mais sans jamais le trouver. Zut. Mince.

 

Alors,
Au lycée Bel Air, j’ai demandé à voir les notices,
J’ai regardé, l’œil en coin.
Mine de rien. Et
À la jaille de Saint Sé,
J’ai récupéré des vieux bouts de postes en panne,
Et puis d’étranges morceaux de flippers,
Ainsi j’ai construit par essais-erreurs
Mon premier poste de radio
Là, dans la cabane à outils de mon père …

 

Un peu bizarre :
L’antenne, un fil de cinquante mètres,
Au travers de la lucarne, dans tout le jardin ;
La masse, avec un robinet d’arrosage rouillé ;

 

Seulement trois petits composants minuscules,
Des transistors en germanium
Et trois piles bien usées de 4,5 volts.
Une pour chacun. Pas de jaloux.
L’écouteur : un couvercle métal de boîte de cirage noir,
Posé sur la bobine d’un ancien flipper
Affublée elle-même d’un aimant de moteur de jouet
Pour améliorer le son.

 

(J’ai trouvé ça tout seul,
Sans avoir bien sûr déjà la théorie idoine.)

 

C’était pratiquement, avant l’heure, un baladeur MP3.

 

J’ai appelé mon père :

 

- Papa, Papa, j’entends France Inter ! "

 

Mais lui, occupé au jardin, tel Candide ou Zadig, cézigue il s’en fichait. Ou pas le temps, ou alors il savait mes capacités, et il avait confiance en moi. Ou …


Avec tous ces fils bizarres, il trouvait ça trop complexe pour écouter de la musique de Sauvage ! De Yéyé. Oui.

 

Bof ! Ça ne m’a jamais lâché, j’ai laissé tomber le Latin, changé de branche, étudié, étudié…

 

Et inventé ensuite et encore moults montages.

 

 

 

20 mai 2025

Faute de poisson, chaque chose reste bien à sa place / Lothar

 

Time Together, 1996 by Szumowski


« Quant à chaque mouton son pré quand la lecture élève l’esprit »

 

Tandis que se lasse la Rivière
Quand Elle s’ emboucle et se déplie
Jusqu’ aux esses des grands moulins
Tandis que le jour doucement prépare ta soirée
Et ne traîne plus comme un appât

 

Tandis que la Rivière se lasse
Sous le soleil faiblissant
L’ été se suspend par dessus les peupliers
En figurines de papier

 

Tandis que des profondeurs de l’onde
Des poissons alphabet
Bondissent sous tes yeux
Les maisons éclatées rendent une image
Plus rêche à ton oreille

 

Aux sons de mille cloches

 

Tandis que la forêt s’assombrit
D’une volonté d’ombrelles en sommeil déjà :

 

À chaque écho son ruisseau
À chaque mouton son pré
À chaque collerette sa fleur
À chaque frondaison son arbre

 

Et toi … ma Douce
Assise, en sage esse, sur mon panier de pêche
Tu lis ici

 

Encore un peu

 

 

"Nimbus nimbé des limbes bues tues"

27 mai 2025

J comme Jubilate / Adrienne

 

 

Cher journal

 

Voilà ! C’est passé !

 

Je n’aime plus Noël.
Plus du tout.
Et cette année a été encore pire que la précédente.

 

Bien sûr, je suis contente de voir oncle Ludovic et tante Samantha.
Et même de voir le Bigorneau.

 

Increvable, celui-là !
Est-ce que ça ne doit pas dormir, les bébés ?
A minuit il n’était toujours pas couché !
Mais bon, je me suis abstenue de faire des commentaires.

 

Mamita m’a offert une montre de gousset.
C’est bien gentil, mais je n’ai pas de gousset.
Et je ne sais même pas si elle marche.

 

Bref.

 

Le piano de Samantha n’a pas réussi à me rendre un peu joyeuse.
Je suis allée pleurer un petit coup dans mon coin secret.
Je crois que personne n’a remarqué mon absence.

 

Après, ça s’est encore aggravé, si possible.
Maman a trébuché dans le tapis en déposant le fraisier sur la table et ÉVIDEMMENT c’était de ma faute !
Je me suis pris un de ces savons !
Quelle injustice !

 

Noël ou pas, elle est toujours au bord de l’explosion.

 

Alors tu comprends, les Exsultate ! Jubilate ! J’ai encore un peu pianoté mais le cœur n’y était pas.

 

3 juin 2025

H comme humour anversois / Adrienne

 

 

 

Quand la mère de l’Adrienne a décidé qu’il était temps pour son mari et elle de s’installer dans une habitation indigène en centre ville, le plus pénible n’était pas de quitter les hérissons insouciants ou les hannetons imprudents, mais de trouver une place de parking pour l’auto.

 

Bien sûr, des places il y en a, en bas de l’immeuble, mais elles sont payantes et à durée limitée.
Si le « riverain » veut s’y garer gratis et sans limitation dans le temps, il a besoin d’une « carte d’habitant ».

 

– Oh ! Je vous le déconseille vivement, s’est exclamée l’employée de la ville derrière son guichet. Ces places sont si souvent occupées que votre carte ne vous servira pas autant que vous le voudrez !

 

Une honnêteté incontestable et plutôt rare !

 

Comparez avec ce que l’Adrienne vient de lire dans son journal le week-end dernier : à Anvers, 126 000 de ces « cartes d’habitants » ont été vendues alors qu’il n’y a que 86 500 places disponibles.

 

Pour « riverains » et pour « non riverains » réunis, s’entend.

 

Mieux vaut en rire, mais tout de même : n’y a-t-il pas là une forme certaine d’hypocrisie inqualifiable ?

 

Kassa ! kassa ! dit-on par chez nous.

3 juin 2025

Genèse / la Licorne

 

 

 Quand Dieu lança les "dés"-"buts"

de l'Univers,

il n'avait pas de plan en tête,

ni de but. 

Juste un plant.

Il planta son plant 

en espérant ne pas se planter. 

Puis il l'arrosa soigneusement

et s'assit pour observer.

En silence. 

 

Le plant but, but... et rebut.

Et puis... il grandit.

Librement.

 Inexorablement. 

Avec plein de branches, 

qui croissaient, se multipliaient,

s'épanouissaient en une magnifique fractale.

Et Dieu vit que cela était beau.

 


 
 
Il décida que la pousse de l'"arbre du monde" serait infinie 
et que jamais il ne dirait "pouce",  
car il avait envie de contempler l'expansion illimitée 
et le déploiement chatoyant de l'Unité 
en une myriade de branches totalement imprévues... 
Il n'y avait plus de nuit, 
il n'y avait plus d'ennui.
 
 
L'Univers qu'il avait "lancé" n'avait pas de sens,  
il avait une essence,  
et son essence était d'aller  
dans tous les sens. 
 
Chaque branche de vie faisait son expérience  
et la transmettait à l'arbre entier. 
 
Et Dieu vit que cela était bon.
 
  


  
 Il dit alors : 
"Que le hasard soit !" 
Et aussitôt, le hasard fut. 
Le hasard créa encore plus de variété, de diversité, 
Il y eut moins d'emprise et plus de surprises.  
Evidemment, ce fut vite un grand b'hasard... 
Et Dieu vit que cela était drôle.
 
 
Cependant, après quelques millions de millénaires 
les branches s'emmêlèrent et s'emberlificotèrent... 
en mille noeuds incohérents, ce fut l'enfer !  
Dieu décida alors d'ordonner un peu le chaos : 
il sortit une flûte de Pan 
et joua un air entraînant,  
une mélodie digne de Mozart... 
pour dompter le fameux "hasard". 
 
  


  
Au son de la flûte, les branches, telles des serpents, 
se mirent à danser sur quatre temps. 
 Elles retrouvèrent leur place première 
tout en se spiralant au rythme du mystère. 
Et Dieu vit que cela était bien. 
Il décida alors de jouer sans fin 
pour maintenir la cadence 
et empêcher du cosmos la décadence.
 
  


 
Il joua longtemps, longtemps 
jusqu'à en oublier le temps.   
Un beau jour, fatigué, il lança un contre-ut 
 ce qui, d'un ange, provoqua la chute. 
 L'humanité fit alors son apparition. Mais zut ! 
L'Homme sur la Terre 
était sourd à la musique des sphères :  
 il dansait à contre-temps
 
 
Et Dieu ne trouva pas ça amusant. 
Hi, hi, hi ? 
Non, grand g'Hachis ! 
 
 
Il lança alors une note plus aiguë 
Histoire de réveiller l'hurluberlu. 
Je te laisse la liberté, 
dit Dieu à l'écervelé,  
Mais tends bien l'oreille 
à cette merveille : 
Cette note-là a une spécificité : 
elle peut réenchanter 
ton monde désorienté.  
On l'appelle DS :  
"Dense Synchronicité", 
elle est là pour te guider. 
Elle est le "LA" de l'unicité... 
De ton chemin, elle est la clé.
 
 
Et maintenant, va,  
tu peux enfin danser... 
 au son de ma flûte enchantée...
 

moebius in coelum

nodi infinitum

3 juin 2025

Haddock l'Islandais / Marie-Thé

 

Il vit à Herculanum en Italie, celui que toute la ville appelle « le capitaine Haddock », un Islandais venu habiter dans une cabane, sur un sol noir de lave, près du Vésuve.


Il élève des poules, quelques coqs et des lapins. Par ailleurs, il cultive des haricots indigestes et aussi quelques légumes.


Le dimanche matin, vêtu de haillons innommables, d’un haut-de-forme irisé qui lui donne l’air d’un baron fauché, il s’en va au marché vendre ses produits avec un baudet attelé à une charrette.


Il glisse son harmonica islandais dans sa poche. Il en joue de temps en temps pour attirer les clients s’ils se font rares.

 

Ce matin, une bohémienne, harpiste incroyable, est venue s’installer près de son étal. D’une voix mélodieuse, elle chante la Habanera ibérique en s’accompagnant de sa harpe. Haddock est sous le charme. Les clients, eux aussi séduits, affluent pour écouter la chanteuse.


« L’amour est enfant de Bohême
Qui n’a jamais jamais connu de loi… »

 

Haddock vend tout son stock de légumes et de volailles, tout en prêtant une oreille attentive au chant de sa voisine :

« L’amour est un oiseau rebelle
que nul ne peut apprivoiser… »


Les pièces tombent dans la sébile de la bohémienne.

 

 

A la fin du marché, les clients avec des paniers pleins de provisions, s’égaillent joyeusement dans la nature. Haddock et la harpiste sont occupés tous les deux à plier leur matériel.


Lorsqu’il est prêt, Haddock sort son harmonica et joue, il joue brillamment devant la bohémienne épatée qui le quitte en lui disant d’un air espiègle « à dimanche prochain » et en fredonnant :

 

« L’amour est enfant de bohême… "

 

Elle s’éloigne et continue avec coquinerie :

 

"...et si je t’aime….. prend garde à toi !».

 

22 avril 2025

Déambulation personnelle / Maryvonne

 

 

Autrefois quand j'habitais Villejean et que je voulais faire la maline je parlais de Johncity. Je n'imaginais pas que ma petite fille s’appellerait June. Que notre rue du Bourbonnais déboucherait sur un Subway lui même situé sur la dalle Ken, que l'avenue où se situe l'église deviendrait l'avenue Church et que l’appellation « Churchill » voudrait dire église malade. Ce qui amène à la débaptisation des rues Abbé Pierre ou autres curés déviants. Comme Père Perdupanloup etc.

 

Maintenant j'ai quitté Johncity pour la Bellange. On y arrive par la rue du Morb'hi-han où j'ai essayé d'éduquer des petits ânes dans deux écoles portant le même prénom Jules.

 

J'ai juste changé de Jules dans le quartier mais soyez tranquille ce n'était pas de la prostitution. Isaac et Ferry étant tous les deux une référence pour l'école laïque gratuite et obligatoire. Ce n'est pas « School of business » qui porte si bien son nom.

 

A Johncity on se promène dans nos belles régions françaises : Picardie, Bourbonnais, Nivernais, Armagnac, Limousin, Anjou, Lyonnais... And so on.

 

A la Bellange ce sont les villes des Côtes d' Armor, du Finistère et du Morbihan. De belles balades à faire et particulièrement par moult petits chemins.

 

Partout nous pouvons croiser gentiment des dealers. Nous pourrions les nommer Chemin du Chouf, place de la Coke, square de la Beuh, stade du Crack, Rue de l'Héroïne, très bien, surtout pour une voie sans issue. École G.H.B. Église L.S.D. Magnifique pour en voir de toutes les couleurs.

 

Oui je sais, vous n'allez plus m'appeler la Grand-mère mais l'Amère.

13 mai 2025

O comme Oncle Alfred / Adrienne

 

Non, non et non ! Tu ne me fais plus jamais ce coup-là !

 

– …

 

Mais oui, bien sûr que tu as le droit de partir en vacances ! Mais pas au moment des fêtes ! Pas en me laissant seule avec toute la famille sur le dos !

 

– …

 

Oui, d’accord, personne ne m’obligeait à inviter aussi le frère et la belle-sœur de mon ex, ni la mère de ma belle-sœur, mais c’était pour faire un peu famille, tu comprends ? Sinon il n’y avait que Mirabelle et moi avec la crèche et le sapin !

 

– …

 

Comment ça, l’oncle Alfred ? Qu’est-ce que l’oncle Alfred vient faire dans cette histoire ?

 

– …

 

Mais tu rigoles! Tu sais bien que la femme de Ludovic est à moitié indienne! Tu imagines le genre de blague que l’oncle Alfred leur débiterait, à elle et à sa mère ?

 

– …

 

Écoute, Delphine, non ! Ça ne va pas du tout ! Et j’en ai marre d’être toujours la plus blonde !

1 avril 2025

D comme différences / Adrienne

 

 

Léon Lecoq portait une pancarte pour faire la promotion du poisson.

 

– Les poules en ont ras les pâquerettes, proclamait-il, de pondre des œufs sans pouvoir les couver et profiter du plaisir de voir des poussins!

 

La petite Pauline a bien essayé de parlementer, mais c’était peine perdue : son panier resterait vide et elle toute penaude.

 

– Cet animal me pourrit la vie, gémit la fermière, il va nous mettre sur la paille !

 

Le chien, la voyant les bras en l’air, pensait à un nouveau jeu et poussait de joyeux jappements en courant comme un fou dans le pré, langue pendante.

 

C’est ainsi que personne n’a remarqué la jeune poulette qui a délaissé son ver de terre pour passer à la dégustation d’un oeuf cassé.

 

– Je m’en casserais bien une douzaine, se dit-elle.

1 avril 2025

Coup de boule / Lothar

 

 

Souvent en centre ville, on remarque quelques curieux attroupés en galerie autour d’un cadre de cercle de jeu – cercle posé informel sur la grande place parfois entourée de quelques cafés – où s’affrontent aux boules plusieurs joueurs de cabanon.

 

Alors, on s’approche un peu. Et des types en casquettes, en chapeaux et autres couvre-chefs sont concentrés sur leur partie. Rien ne pourrait les perturber. Rien …

 

Quand donc vous assistez à une partie de boules et que, carrément outré par le coup vicieux d’un cador, d’un ténor, vous perdez votre calme et, levant haut les bras, souvent vous criez : « Ho le Jaxophone ! Le Jaxophone ! …  », à ce cri, une horde de groupies apparaissent sans ménagement en hurlant … ce qui bien sûr casse le bras de tous les joueurs. Ça clanche les carreaux de mille éclats de voix. Ça chique et ça crochète à tout va, à volo, à tour de bras. Même les chiens présents en perdent leur latin.

 

Un Jaxophone. Faites donc toujours très attention au sens réel de ce mot. Pour que vous puissiez toujours l’utiliser à bon escient, je vous en rappellerai ici rapidement son origine et son évolution historiques :

 

« Début du siècle, expressions françaises : faux jaxon, jaxon le faux, jaxon-faux. Suite à la série de longs procès mettant en cause un chanteur milliardaire moonwalkant, souvent, reconnu coupable de nombreux délits, malgré ses nombreux démentis. Ont pris le même sens que salaud : « Quel faux jaxon celui-là ! » (Phrase commune)

 

Le mot a fini par être troublé par une altération analogique et un rapprochement morphosémantique (attraction paronymique) avec saxophone. Au milieu du siècle, seuls les musiciens mélomanes boulomanes de la puissante et riche mafia – Nuova Camorra – du Groenland les utilisaient encore : « Il n’y a que les boulistes jaxon-faux pour jouer du saxophone. » (Commissaire Leblanc)

 

Ensuite, comme beaucoup d’autres mots dans certains groupes consonantiques, la consonne centrale intervocalique « N » s’est déplacée en dernière position. (JaxoNpho -> JaxophoN). De plus, comme souvent en français, il s’est produit l’addition d’une nouvelle voyelle (e muet) dans la syllabe atone.

 

Fin de siècle, jaxophone : nom masculin. Personne méprisable, indigne de considération : « Quand une femme s’affiche, ce n’est jamais pour un homme honnête, c’est pour un jaxophone. » (Raymond)

 

Au pluriel : grandes démonstrations de train de vie. « Ces boulomanes parvenus étalent des jaxophones somptueux dans leur cadre de vie et dans leurs aménités : mais du reste, ils n’ont ni déjeuners, ni dîners, pas de dépenses ménagères. » (Carole Henny)

 

Extrait tiré du "Dictionnaire de l’histoire des significations complètes du français, Paul Gerbault, Edition Labrune, août 2299". 

Une histoire empreinte de l’univers de la boule. Oui. Bon ceci étant dit … je me rends compte et donc préconise que quand donc, plus tard, vous assisterez à une partie de boules et que quand, carrément outré par le coup vicieux d’un cador, vous perdrez votre calme et, levant haut les bras, alors vous crierez fort : « Ho la Galejade ! La Galejade ! …  » voire tout bêtement : « Ho le Tricheur ! ». Point …

 

25 mars 2025

Une Trentenaire qui déménage : le Journal de Bridget Jones / Jean-Paul

 

 

Je n’ai pas fait la queue dehors ni acheté un ticket au guichet du cinéma, à l’époque de sa sortie, en 2001. La comédie sentimentale britannique, ce n’est pas ma cup of tea, je ne pose pas cette boisson-là sur la table basse de mon séjour. Je joue d’ailleurs quelque peu les boudeuses, voire même les caves qui se rebiffent, devant ce qui est diffusé sur les écrans de cinoche depuis, mettons, l’année 2000.

 

Mais bon, comme on dit, je reste à l’écoute. Quand ma nièce préférée m’a avoué qu’elle avait trouvé son bonheur du jour dans ce film qui transpose de nos jours « Orgueil et préjugés » de Jane Austen, j’ai levé mon derrière de mon rocking-chair et j’ai regardé si je pouvais emprunter ce DVD à la Bibliothèque des Champs libres ou ailleurs dans Rennes. Eh bien macache ! Le DVD est toujours sorti, emprunté, réservé, sans doute parce que l’épisode 4 de la série vient de sortir sur les écrans.

 

J’ai laissé tomber. Je n’allais quand même pas faire le siège d’une resucée de ces romans-photos que lisaient autrefois nos mères en attendant leur tour chez le coiffeur ? A l’époque de mon enfance, le porte-revues de mon arrière grand-mère débordait de numéros de « Nous deux » et d’« Intimité du foyer ». J’y lisais pour ma part « Arthur et Zoé » ! Pour ça on a fait d’énormes progrès avec la liseuse : personne ne sait ce que vous lisez !

 

Et puis le hasard a voulu que j’aille ce dimanche à la braderie de l’APF à la Halle Martenot. J’ai refarfouillé dans les CD et dévédés et là Dame Bridget me tendait les bras en même temps qu’une vue plongeante dans son décolleté.

 

On a regardé ça hier soir et on a bien ri. Bridget Jones est une trentenaire anglaise dont la situation est confortable sans l’être vraiment. Elle travaille dans un bureau, chez un éditeur, ce qui constitue déjà une bonne assise, mais côté âme sœur, comme on le dit vulgairement, « elle fait banquette » plutôt que banquet. La bergère est peut-être bien une excellente « loveuse » mais aucun Orphée n’est venu lui proposer un trône pour qu’elle devienne sa reine et du coup Eurydice est un peu perdue pour le Glück – ça veut dire bonheur en allemand -.

 

Il y a bien son patron qui lui fait du gringue, qui épate la galerie, lui retire ses bas Chesterfield et finit par lui dévaster sa jardinière mais l’idylle s’avère fumeuse et la voilà qui fait ceinture de nouveau devant le buffet vide après avoir choqué Salman Rushdie au milieu des mange-debout au cocktail de lancement de « La Moto de Kafka » [sic]. Dommage pour elle, l’éditeur en chef, c’était quand même Hugh Grant qui tenait le rôle !

 

Après c’est bien entendu retour au garde-manger, aux copines mariées, aux copains homos et adieu le régime ! On ressort la bouteille de vodka du placard ! Il faut bien qu’on se console et sur l’écritoire le journal intime qui donne son titre au film devient le confident, le discret indiscret à qui la causeuse, comme au caquetoire, balancelle en pleine poire tout ce qu’elle pense de l’avocat armoire à glace qui, bien entendu, elle ne le sait pas encore, est celui qui, comme Marguerite, fera son bonheur et lui donnera son coeur !

 

La scène où les deux prétendants se livrent à une bataille de chiffonniers pendant un repas d’anniversaire vaut dix et le finale dans la neige poudreuse où l’héroïne sortie en petite culotte à motifs peau de panthère bien choisie dans le dressing rattrape son Mark Darcy qui l’enveloppe de son manteau, l’embrasse et lui fait chanter« Aujourd’hui j’ai rencontré l’homme de ma vie » sur l’air de "Ain't No Mountain High Enough" de Diana Ross, si ce n’est pas du happy end, je veux bien être changé en moine bénédictin, en cabinet vendéen – R’tailleau ! R’tailleau ! R’tailleau ! – ou en canapé-lit de Roche et Bobois, les ébaubis du bout du banc !

 

Tout cela a bien sûr un faux air de « Tout va très bien Madame la marquise » parce qu’il faut bien prévoir une suite, n’est-ce pas, dès fois que ça plairait ! Sinon, franchement, pourquoi est-ce qu’on aurait inventé le mot « franchise » ?

 

Mais on s'amuse bien quand même ! Merci du tuyau, Céleste nièce !

 

25 mars 2025

Un Oubli majeur / Jean-Paul

 

- Si tu veux mon avis, la chanson n’a pas traité le mobilier de nos maisons aussi bien que ne l’a fait le théâtre. Souviens-toi de Molière et des « commodités de la conversation », des « Chaises » d’Eugène Ionesco, de « Duo sur canapé » de Marc Camoletti ! Il en a écrit combien, des pièces autour du jeu des trônes, Shakespeare ? Repense à tous ces amants que, depuis Georges Feydeau, on a enfermés dans un placard au moment où le mari rentre à l’improviste de son voyage à Montauban ! Comme équivalent dans la chanson, je ne vois guère que « Perrine était servante ».

 

« V’là M’sieur l’curé qu’arrive, V’là M’sieur l’curé qu’arrive

Cach’té donc dans la huche, Cach’té donc dans la huche ! »

 

Il y a bien un barbier de Séville au théâtre et un barbier de Belleville chez Serge Reggiani mais de barbière, aucune !

 

A l’arrière des berlines est-ce qu’elle a osé, Joséphine, avouer que sa petite entreprise ne connaissait pas la crise sur la banquette arrière de la tire à Baschung ?

 

Il y a aussi bien sûr les Amoureux des bancs publics de Georges Brassens mais il font piètre figure à côté de Raymond Souplex et Jeanne Sourza, sur le banc !

 

A part ça… ?

 

- Il y a aussi « Chez toi » de Thomas Fersen mais tu en oublies surtout une de toute beauté, dont le couplet patriotique est inoubliable.

 

- Ah oui ? Et c’est laquelle ?

 

- «Sur la commode » de Jeanne Aubert !

 

18 mars 2025

Hérisson / Maryvonne

 

 

Les hommes sont fous et souvent plein de contradictions. Ils sont capables de creuser la montagne pour faire des tunnels qui sécurisent leurs trajets, les protègent des routes en lacets, des éboulis de rochers et des ravins vertigineux.

 

 

Mais en même temps ils laissent les hérissons traverser à découvert ces mêmes routes dangereuses. Monsieur Pique n'est pas content de cela, il a voulu faire comme dans la chanson d'Anne Sylvestre :

 

Hérisson son son

Hérissonne sonne vêpres

Hérissonne donc

Hérisson en large en long.

 

Mais pour cela il faut se rendre à l'église au beau milieu du bourg et traverser plusieurs routes.

 

Il se prépare à être tout beau tout propre.

 

Pour faire sa toilette, il a gratté un peu du duvet de son ventre, en a fait une boule qu'il tient dans son museau. Ensuite il va à la rivière et se met à contre-courant, l'onde passe à travers ses piquants, enlève les parasites qui vont se loger dans la boule de poils doux qu'il n'a plus qu'à jeter.

 

Ensuite le regard fier, un peu de gel sur les poils durs pour les mettre en brosse. Le voilà magnifique.

 

Avoir du courage ne veut pas dire que nous n’avons pas peur. A l'heure des vêpres il y aura beaucoup de voitures.

 

Monsieur Trotte-menu sait que si tu marches dans la rue, tu peux entendre une symphonie si tu écoutes suffisamment pour la capter. Mais ce qu'il entend c'est un glas. Pour sa famille c'est souvent une marche vers la mort. Les gens qui vont aux vêpres ne sont pas plus prudents que d'autres. Alors il repense à Anne Sylvestre qui lui dit :

 

Monsieur Pique déambule

Fait sonner les campanules

Et les cloches du coucou

 

Hérisson se carapate

Dans le fond du bois perdu

Hérisson, son, son

 

Hérissonne donc ,ding, dong

 

Tu n'es pas cloche, Monsieur Pique ! Reste à l'abri ! « Vivre c'est laisser vivre » dit Paul Auster, alors laisse les cathos aller aux vêpres, les voyageurs rouler sous les tunnels et toi, reste dans ta campagne où il y a plein de clochettes.

 

De temps en temps certains te proposeront un tunnel appelé « tunnel à empreintes » fourni par la LPO, 16,50€, quand même !

 

Pour ma part, pour te sauver, petit hérisson, crois-moi, je me passerai d'aller aux vêpres et même à la messe !

 

11 mars 2025

Georges / Adrienne

 

 

 

C’était un fils.

 

– J’aimerais l’appeler Georges, a dit la jeune maman.

 

Elle avait cette sorte de superstition du « Nomen est omen » et se disait que si elle pensait très fort à des Georges beaux et hardis, quelque chose entre Clooney et Guynemer, ça déteindrait bien un peu sur le nouveau-né.

 

– Georges ? Georges, pourquoi pas, a dit l’heureux papa, grand fan de Brassens et de Moustaki.

 

Oui, le prénom lui convenait.

 

Toute la famille d’ailleurs était au diapason, grand-papa fervent admirateur de Clemenceau et des Brigades du Tigre, grand-maman lectrice assidue de Simenon et de Perec, même les tontons et les tatas, tout le monde était d’accord: il y avait du beau monde parmi les Georges dans tous les domaines, l’enfant serait entouré de bonnes fées aux multiples talents, il n’aurait qu’à choisir lequel développer.

 

Mais alors, mais alors, vous demandez-vous, cet enfant est-il devenu musicien ? peintre ? politicien ? écrivain ? acteur ?

 

Rien de tout cela !

 

Cet enfant a été très heureux, à sa majorité, d’enfin tenir entre ses mains sa carte d’identité au nom de Georgina.

11 mars 2025

Dictionnaire amoureux des gens qui se prénomment Georges. 2, Georges Washington / Jean-Paul

 

 

Nous ne savons plus grand-chose de cet homme politique américain sinon qu’il a lancé la mode du nom de ville porté comme patronyme.

 

A l’instar, chez nous, de Gaston Paris ou d’Henry Bordeaux, on ne compte plus aux États-Unis le nombre de George Tucson, George Atlanta, Georges Phoenix, George Des Moines, George Detroit, George Los Angeles, etc.

 

Il y en a même un pour cumuler deux villes dans son nom, c’est Georges San Diego de Las Vegas mais tout le monde l’appelle Zorro. C’est plus court et les Français sont nuls en géographie.

 

N’oublions pas non plus Nancy Houston qui jumelle une ville française et une cité américaine où on s’envoie beaucoup en l’air.

 

Il est à noter que George Trump n’entre pas dans la catégorie des rigolos cités plus haut. Trump n’est effectivement pas un nom de ville. Un nom de vil, à l’extrême rigueur.

 

Cela me rappelle ce petit dialogue absurde entendu à l’heure du café chez les Ch’tis de mon enfance, une expression de mon oncle René et de ma tante Lucie.

 

- D’ù qu’ch’est qu’te vas ? (Où vas-tu ?)

 

- A Treupe, d’ù qu’ches mouques alles vont à béquilles ! ( A Treupe, là où les mouches se déplacent avec des béquilles!)

 

Je ne suis jamais allé vérifier sur Internet l’existence d’une ville nommée Treupe. Peut-être s’agit-il d’une déformation de Trump ?

 

Si je fais la recherche en rentrant à la maison ce soir, j’essaierai de localiser aussi Dache, Perpète, Pétaouchnok, Tatatouine et Trifouilly-les-Oies.

 

Pampelune existe réellement, en Espagne et donc sur Terre, et non pas à 36 kilomètres au-dessus de la Lune.

 

Pour Clocher-les-Bécasses aussi, je sais, c’est en Bretagne. C’est de là que vient Bécassine qui est ma cousine.

 

11 mars 2025

Dictionnaire amoureux des gens qui se prénomment Georges. 3, Georgette Plana / Jean-Paul

 

 

Il s’est trouvé, dans les folles années 1960 et 1970, un certain nombre d’artistes de variétés que l’on pourrait qualifier de « chansonniers revivalistes » ou plutôt, en français correct, de « repreneurs de vieux airs » qui ont repopularisé, en les ornementant d’orchestrations plus au goût du jour, des chansons écrites entre 1880 et 1940. Ce sont celles qu’évoquait hebdomadairement Jean-Christophe Averty dans son émission culte, « Les Cinglés du music-hall ». A vos cassettes !

 

Georgette Plana fait partie du lot et a fait un tabac d’enfer en relançant « Riquita ». « A Java il était né une poupée, une poupée si jolie qu’on eût dit... »

 

Les Charlots ont commis un tube avec cette parodie de chanson bretonne signée Georgius, « Sur la route de Pen-Zac ».

 

Raoul de Godewarsvelde, l’interprète de « Quand la mer monte » a réenregistré « La femme aux bijoux », L’Hirondelle du faubourg », « L’Entrecôte », « Tu n’es qu’un employé ».

 

Renaud Séchan a consacré l’album « Le P’tit bal du samedi soir à des chansons de Fréhel, d’Aristide Bruant, de Georgius, De Berthe Sylva (« Du gris », « La Plus bath des javas »)

 

Marc Ogeret et Patachou, séparément, ont consacré un album à Bruant.

 

Guy Béart a glissé dans son album « Porte-bonheur » sur lequel il chante « En revenant de la revue » , « Caroline », « Viens Poupoule », « La Baya », « La Mattchiche » une de ses compositions en la faisant passer pour une chose écrite au XIXe siècle. Les paroles disent ceci, qui reste d’actualité :

 

Où étions-nous ? (Dans la merde)
Où sommes-nous ? (Dans la merde)
Où allons-nous ? (Vers la merde)
Pourquoi y aller ?
(Pour changer de merde)
(Et puis merde, merde, merde !)

 

D’autres artistes ont puisé dans le répertoire des chansons anciennes : Caroline Clerc, Violaine Schwartz, Hélène Delavault, Emeline Bayart. Patrick Bruel a pondu un double album honorable intitulé « Entre deux ».

 

On peut ajouter à cette liste Françoise Hardy et Jacques Dutronc avec leur interprétation de la chanson de Jean Nohain et Mireille « Puisque vous partez en voyage ».

 

Et Marcel Amont avec sa reprise d’Yvette Guilbert où « Le Fiacre » de Xanrof est transformé en Jaguar !

11 mars 2025

Dictionnaire amoureux des gens qui se prénomment Georges. 1, Georges Moustaki / Jean-Paul

 

 

 

En 303 après Jésus-Christ, en Libye, un nommé Georges de Lydda triompha d’un dragon local qui terrorisait la région de Silène.

 

Si Georges s’était nommé Moustaki, les armes avec lesquelles il aurait pu combattre la bête n’auraient eu que peu d’effet sur la situation : une guitare en bois, un hamac, une nonchalance toute méditerranéenne et une gueule d’amour pour séduire les filles n’ont jamais effrayé grand monde et surtout pas des généraux qui prennent le pouvoir en Grèce, pays qui fut à ce qu’on dit le berceau de la démocratie, pour y établir une dictature.

 

Mais pour nous autres qui sommes de nouveau en guerre, les mots et la philosophie de Georges Moustaki constituent un bien très précieux, même si aussi inefficace contre les monstres qui nous entourent.

 

En premier lieu, c’est vrai, « Il est trop tard ». Pendant que je dormais, pendant que je rêvais (à la fin de l’histoire?) les aiguilles ont tourné et si on est venu à bout un temps de l’U.R.S.S., le K.G.B. est toujours là. L’impérialisme néo-tsariste nous rejoue « Buvons un coup ma serpette est perdue mais le manche mais le manche » est revenu dans la face des Ukrainiens et, par ricochet, dans la nôtre.

 

Bien qu’il ait gravité dans l’entourage d’Edith Piaf et lui ait concocté ce chef-d’oeuvre absolu, « Milord », Georges Moustaki a surtout percé avec son album de 1969 sur lequel on trouve le célébrissime « Métèque », « Le Temps de vivre », « Il est trop tard », « Gaspard », « La Carte du Tendre », « Ma solitude », « Joseph » et deux instrumentaux à la guitare, « Natalia » et « Rue des Fossés Saint-Jacques ».

 

Ce disque a été suivi d’un album en public, le concert à Bobino de 1972 qui contient le fameux « Dans mon hamac » et cette « Pierre » dont les paroles disent « Juste une croix qui déchire le vent, mes souvenirs sont les seuls survivants ».

 

Dans la discographie postérieure on trouve « Les amis de Georges », un hommage à Georges Brassens qui l’avait pris sous son aile, la « Marche de Sacco et Vanzetti », anarchistes américains aujourd’hui oubliés, « Ma liberté », « Eden blues », « Sarah », « Il y avait un jardin », « En Méditerranée », « Grand-père »…

 

Les expéditifs de 2025 verront certainement dans cette liste de quoi fusiller un « woke » ! Cela ne m’empêchera pas de chanter le refrain de « La philosophie » :

 

« Nous avons toute la vie pour nous amuser

Nous avons toute la mort pour nous reposer. »

 

Faites votre miel de tout cela, braves gens ! Et n’oubliez surtout pas la recette de l’amour et de la gaîté : « Donne du rhum à ton homme ! ».

 

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