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L'Atelier d'écriture de Villejean
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12 mai 2026

Disparus / Laura

1

La brusquembille,
Mot qui meurs en ville,
Me rappelle mon idylle
Avec  les autres drilles

 

Je les ai attendus bredi-breda
Avec Ida
En regardant la Léda
De Vinci, mon dada

 

L'azédarac 
A été vu au bras de Balzac
Vêtu d'un frac
A Aurillac

 

J'ai pris une voiture
Pour chercher la baisure
J'ai roulé à toute allure
Sans repérer sa stature

 

Disparu, tu as disparu.
Disparu, tu as disparu[1]

 

Au coin de ta rue.
Je t´ai jamais revu.

 

2

J'avais dessiné sur le sable
Un  canezou remarquable
Puis d'autres mots plus aimables
L'ont emporté avec la capucinière

 

Je me suis assise près de l'arbre cispadan
Mais la clabauderie  a fichu le camp
Je l'ai cherchée dans les champs
Les bois et à Rouen

 

Et j'ai crié, crié : "Bandoline[2] !",
Pour revoir sa bobine;
J'en ai eu une angine.
J'aimais tant cette coquine

 

Sous l'azédarac
A Carnac
Je me suis retrouvée en vrac
Dans mon hamac

 

J'ai couru jusqu'à la devanture
De la boulangerie où une baisure
Avait perturbé la progéniture
Du boulanger à la forte carrure

 

Ses cheveux étaient gluants de bandoline
Alors j'ai crié Aline
Bredi-breda mais ma voisine
Avait disparu en sourdine

 

Quand nous jouions à la brusquembille
Comme une anguille
De sa chaise avec estampille
Elle est partie en vrille

 

Je revoyais son canezou 
Qui me donnait envie de bisous
J'ai crié ouh ouh
Vers la capucinière

 

Mais elle avait disparu
A l'horizon cispadan
Pour une clabauderie d'enfant
Me laissant face au néant

 

Disparu, tu as disparu.
Disparu, tu as disparu

 

Au coin de ta rue.
Je t´ai jamais revu.

 

[1] http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2016/01/14/disparue-jean-pierre-mader-5744687.html

 

[2] Paroles Aline par Christophe - Paroles.net (lyrics)

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19 mai 2026

Ne me quitte pas / Laura

 

Il m'envoyait des messages
M'appelait
Sonnait en bas de chez moi
Et même à mon appartement
Me suppliait de le laisser entrer
Il m'attendait à la descente de mon bus
Alternaient dans son discours
Les phases de supplication :
« Ne me quitte pas »
Il me disait qu'il n'avait jamais aimé que moi ;
Même quand il parlait avec l'Autre
Affichant son nouvel Amour
Celui de sa Vie, le plus grand le plus fort.
Même là, il n'arrivait pas à m'oublier
N'arrivant pas à l'honorer
Alors qu'il clamait le contraire
Après m'avoir quitté.
 
 

 
 
Il m'envoyait la vidéo de Brel qui chantait
 
 « Laisse-moi devenir
L'ombre de ton ombre
L'ombre de ta main 
L'ombre de ton chien
Mais ne me quitte pas  
1 »
 
  


 
Quand ce chien n'était pas le symbole
De son Amour pur
Il était Moi, son Amour sale ;
J'étais ce chien qui frétillait de la queue
Devant n'importe qui
Prêt à toutes les bassesses
Pour des caresses
Des baisers
De tous les potentiels maîtres
Qu'il croisait.
 

1  Paroles de "Ne me quitte pas" par Jacques Brel sur Paroles.net
​ 

9 juin 2026

Le Manu du XIXe / Jean-Paul

1

Eh Manu, hollande-toi,

Y’a des berles plein ta bière,

Le boucaut va fermer

Tu bistres la taulière

 

J’croyais qu’un galantin

Ça pouvait pas liarder

J’pensais même qu’aborner

Pouvait pas t’arriver

 

J’oubliais qu’tes jaserons

Et ta lame de hachereau

C’est surtout un kabak

Pour ton coeur de margot

 

Eh jobarde pas Manu

Va pas t’harper l’étrape

Une gueusaille de perdue

C’est dix kysteux qui r’viennent

 

2

On était tous morgués

Quand tu camphrais tout seul

Tu disais j’me godaille

J’ veux gabarier ma gueule

 

T’as croisé cette cirure

Qui était toute malpeignée

T’as dit « Elle me gobelotte

Ou alors y’a lendore »

 

T’as été un peu vite

Pour tatouer son guilleri

Au cadis où palpite

Ton coeur de lucumon

 

Eh jobarde pas Manu

C’t’a moi qu’tu fais grattelle

Une gueusaille de perdue

C’est dix kysteux qui r’viennent

 

3

J’vais t’dire on est des bards

On est faits pour jarosse

Pas pour macaroner

Ou alors pas longtemps

 

Nous autres ça fait un bail

Qu’on a largué nos macques

Toi t’es toujours bursal,

Morlifique et t’empoisses

 

Mais Manu gueuser libre

C’est souvent gueuser seul

Ça fait mal au gibelet

Mais c’est bon pour l’amict

 

Eh jobarde pas Manu

Ça jouaille pas la gobille

Une gueusaille de perdue

C’est dix kysteux qui r’viennent

 

4

Elle est plus multiflore

Manu faut qu’tu t’mécomptes

Elle peut pas être lanice

Dans les bars d’un garus

 

Quand tu lui dis « j’gasconne »

Si elle t’interfolie

Si elle a la cacade

Dès qu’elle hyperdulie

 

Dis-lui qu’t’es coriacé

Qu’t’as dû t'gourer d’halot

Quand tu l’as caloyée

T’as dû t’tromper d’mandore

 

Eh déconne pas Manu

Te fais pas indigète

Une gueusaille de perdue

Les maltôtiers muguètent

 

Eh déconne pas Manu

Au masulipatam

Quand finit la jaserie

C’est dix kysteux qui s’cament !

1 avril 2025

Fausses notes / Anne J.

 

 

En 1964, ce fils attentionné offrait des fleurs à la femme de sa vie, sa mère . A 10 ans, il rêvait encore d'épouser sa mère et de rendre son père furieux car on vivait encore dans une famille « classique » comme diraient aujourd’hui les tristes figures de la manif pour tous !

 

Une famille avec un père et une mère et si possible une fille et un garçon, « le choix du roi », disait on, comme si on choisissait !

 

En 2025, ça semblerait une farce car les garçons de 10 ans, à notre époque, ont déjà une meuf (on aurait dit « une fiancée » jadis) à qui, en frimeurs qu'ils sont, ils déclarent leur flamme en faisant des folies sur un skate-board dans un skate-park au pied de l'immeuble.

 

Je suis formelle, il ne viendrait à aucun fils l'idée de sortir des fleurs d'un pot pour les offrir à sa mère.

 

Possible que le gars à la triste figure serait remplacé par une femme avec qui sa mère serait en ménage, à moins que celle ci ne soit officiellement célibataire ou qu'il y ait une farandole de beaux gars qui défilent chaque samedi.

 

Personne ne se soucierait des flaques sur le sol, ni du vase brisé. Fariboles et fadaises !

 

Et qui pourrait encore fredonner avec Jacques Brel «  J’ vous ai apporté des bonbons parce que les fleurs, ça fane hélas ! » ?

 

13 janvier 2026

O comme oracle / Adrienne

 

 

 

 

Avant de pouvoir consulter la pythie, il lui a fallu se travailler l’imagination pour trouver une « lampe philosophique», comme il était stipulé dans l’annonce.

 

Sur place, il a été déçu.

 

A part qu’elle fumait la pipe et laissait serpenter la fumée bleutée tout en la rejetant par le nez, le reste était fort convenu : un guéridon, une bougie, une ambiance sombre et feutrée.

 

Il regrettait déjà d’être venu par une si belle journée sans un seul nuage. Cette pythie ne serait qu’une banale diseuse de bonne aventure, il en était persuadé.

 

Il se dit qu’il aurait tout aussi bien pu aller à la plage, qu’il y aurait été plus heureux, même si sa maison est vide, les volets de travers et la porte bicolore à force d’être battue par les vents et les embruns.

 

Et c’est là qu’il s’est aperçu que derrière la pythie, la porte s’était ouverte et de la pièce d’à côté il entendit : « Je vois une fenêtre dont une vitre est brisée et chaque éclat de verre est identique à l’autre. Je vois un arbre, aussi… »

 

Mais il n’écoutait déjà plus, son esprit et lui avaient pris la clé des champs.

 

Ce sera plus thérapeutique, se dit-il, et moins coûteux, de donner une couche de peinture à ma porte et aux volets.

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26 novembre 2024

Atout, rat'atout et dix de der ! / Maryvonne

 

 

Vous savez, ou pas, que je suis née dans un bistrot et que, d'une certaine manière, j'ai becqueté grâce à l'alcool.

 

J'ai fait mes classes en regardant les gens taper la belote. C'était une animation qu’il me plaisait de voir pour deux raisons : primo mon père se trouvait occupé, ainsi l'heure n'était ni à la surveillance ni aux reproches ; deuzio j'appréciais cette clientèle, souvent des aminches qui n'étaient pas de la débine mais plutôt l'aristocratie des petits bourgs de campagne, c'est à dire l'instituteur, les artisans, les commerçants, un agent d'assurances de passage... Les agriculteurs ne sortaient pas le soir.

 

Il y avait quand même une hiérarchie. Les bons joueurs se regroupaient entre eux, avaient les mêmes codes. A Dingé on tournait dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, on comptait les annonces mais on ne jouait pas à tout atout ni à sans atout.

 

Le soir c'était pour moi l'occasion de rester un peu plus tard et quand venait l'heure, c'est à reculons que j'allais au pajot, au plume ou au pucier, comme vous voulez.

 

Ma chambre se trouvait au-dessus de la salle du café et je bénéficiais des bruits d'ambiance. Coups de poing sur la table quand un joueur réalisait un coup de maître et aussi le toc toc toc sous la table censé appeler une rentrée d'atout.

 

Je les entendais rarement gueuler, c'était plutôt discuter et rire. Comme ce n'était pas des cinéphiles je n'entendais jamais : « Tu me fends le cœur !».

 

En partie grâce à ça le flouze rentrait en liquide dans la caisse car à chaque partie une tournée s'imposait.

 

Cependant les meilleures rentrées se faisaient les jours d'enterrements. Notre troquet se trouvait sur la route du cimetière et c'était l'arrêt réconfortant sur le retour. Après avoir confié le mort à la terre, chacun buvait un peu de son chagrin, se remémorait le disparu autrement qu'à l'église, souvent de façon plus franche, plus drôle, plus sympathique.

 

 

C'était pour moi très formateur. J'y ai appris du vocabulaire, une deuxième langue, le gallo, et aussi le goût de l'alcool en finissant les fonds de verre pompés en douce et si vous trouvez cela honteux je m'en tape le coquillard !

 

14 mai 2024

99 dragons : exercices de style. 80, Logorallye de mots pour dictée provençale / Jean-Paul

 

A cette époque-là les moutons – les moutonsses ! - et brebis que nous avions nourris, soignés et engraissés (nourri·e·s, soigné·e·s et engraissé·e·s ?) dans nos verts pâturages parurent si florissants et si appétissants à une espèce de phacochère géant, saltimbanque dégingandé mais gras du bide, du genre cracheur de flammes à écailles, que Sa Bedonnance – ainsi le surnommâmes-nous – s’en vint pour bouffer au moins cent-vingt de nos ovins et ce sans vin car la bête obscène et malsaine s’était tant abreuvée d’absinthe qu’elle avait la langue et la peau toutes vertes et ne buvait plus rien d’autre. Un bâfreur fin de siècle, voilà bien ce qui nous manquait !

 

 

 

Économiquement parlant, nous sombrâmes dans l’abîme, coulâmes dans les abysses et, à contempler la courbe qui dégringolait vers le niveau zéro de l’abscisse, il ne fallait pas être un grand crack pour voir se profiler le krach de notre petite entreprise.

 

Plus rapides que des coléoptères fuyant un incendie, nous traçâmes de belles arabesques dans le labyrinthe de l’administration et nous quérîmes – pardon, ça ne se conjugue pas ! - nous nous en fûmes quérir l’attention,la sollicitude et l’assistance de notre autorité compétente – en un seul mot, s’il vous plaît, « compétente » !-.

 

Quoique nous eussions toujours payé nos impôts avec une régularité métronomique nous fûmes estomaqués d’apprendre que Sa Ventripotence – ainsi surnommait-on Naq Oun Solflèch, notre monarque – ne pouvait lever contre l’envahissant dragon une armée valable.

 

- Quoi que j’ordonne, nous expliqua-t-il, et malgré mon désir d’envoyer des troupes sur le terrain, ma soldatesque ne veut plus que procéder au réarmement démographique du pays. Ils sont tous au garde-à-vous, à la queue leu leu et réclament, tout nus dans leur serviette, un bordel de campagne ! Des brêles, toujours à faire le Jacques ! Des Gaulois réfractaires !

 

Tout alla donc de mal en pis et nous faillîmes tous devenir chèvres. Après avoir boulotté tous les troupeaux de la contrée Sa Bedonnance réclama des jouvenceaux et des sylphides. Pas pour faire comme Joseph Prunier ou Harvey Weinstein, non. Pour les bouffer.

 

Heureusement pour nous un militaire romain aguerri passa par-là et nous guérit de ce malade. Qu’il fût chrétien, déserteur et voué à devenir martyr nous importa peu. Un certain palimpseste bien gratté, bien tapé et bien épais, écrit par un bibliothécaire resté anonyme, raconte de quatre-vingt-dix-neuf façons différentes que le soldat se fit fort, en échange d’une statuette en onyx représentant Taylor Swift, son idole, de nous débarrasser du monstre. Une tâche dont il s’acquitta avec maestria lors d’un combat épique dont les observateurs disent que ce fut un maelstrom d’une rare violence.

 

image aimablement communiquée par Dame Adrienne

 

Il se rapporte aussi que dans le sang de la bête disloquée une fleur poussa que les savants botanistes appelèrent « asphodèle » mais que nous baptisâmes du surnom de « Sa printanière ».

 

Mais j’arrête de vous embêter avec mes histoires. Nous vivons dans la paix et la prospérité, l’eau coule à nouveau dans les collines, la femme du boulanger est revenue au domicile conjugal, Pomponette aussi et plus personne ne fend le coeur à personne. Il faut juste, maintenant, que j’aille rentrer mes moutons.

 

Mes moutonsses, bordel ! Vous le faites èqueuseuprès ou quoi ?

27 janvier 2026

Voilà Paris ! / Maryvonne

 

Messieurs Dames, je ne suis pas parisienne, ça me gêne, ça me gêne : ces mots-là font des embouteillages qui étonnent. Il y a le piano à bretelles qui est bloqué à Ménilmuche, il y a Paname, Paname, Paname qui avance sur un rythme saccadé, il y a la ritournelle qui serpente devant les grands magasins et l'amour qui attend derrière une arcade que la Seine lui fasse un clin d’œil.

 

Une blonde attend de rentrer en scène perchée sur des talons hauts, l'air bien décidé avec son petit galurin style pantin. Sur le quai une femme très XVIème, jupe noire, veste en fourrure, attend de faire un triomphe devant un inconnu qui n'est ni Verlaine, ni Bruant. La tour Eiffel prend la température du ciel. Bien arquée sur ses quatre pattes elle se demande où est l'âme de Paris ? Est-ce dans son langage ? Dans ses fantômes ? Dans ses lumières ? Dans sa musique ?

 

Un monsieur seul étonne avec son air gnangnan et son chapeau claque.

 

On a tous le regard qui traîne devant les boutiques, devant les musées, devant les églises, on revoit les cérémonies qui font monter les larmes.

 

Paris est à la fois reine et république, toujours unique, grisée par son côté poétique un peu vieux jeu.

 

Enfin moi, j'dis ça, j'dis rien puisque je ne connais pas Paris.

 

A la fête de fin d'année de mon école élémentaire je devais chanter et danser le french-cancan avec l'accent de Ménilmuche. C'était exaltant.

 

« Paris c'est une blonde qui plaît à tout le monde, le nez retroussé l'air moqueur les yeux toujours rieurs », etc.

 

Sauf que j'ai été malade et que l'on m'a remplacée par une autre fille très brune. Mon cœur en a été meurtri ! Et aussi j'ai été très vexée parce que ma mère a dû prêter la jupe à volants qu'elle m'avait cousue.

 

Cette histoire m'a hantée longtemps. J'avais rêvé de ce succès : à la place j'ai eu un bleu à l'âme.

 

 

1 octobre 2024

Le D Day / Maryvonne

 

Nous savons que le poème de Verlaine a eu un rôle historique. Quand il dit « sonne l'heure » l’espoir se met en marche. Immensément, la nuit se met à bruire d'idées folles, celles de la délivrance. Du coin du bois résonnent les voix du courage. Fini le garde-à-vous, les combattants de l'ombre vont agir. Ils profitent d'un moment où le temps se vêt de brume pour avancer. Ils se disent qu'enfin ils vont retrouver les couleurs de la vie et ils s'en vont, très émus, par la mer, par la terre, par les airs, pour nous délivrer de la bête immonde.

 

Prenez la peine de vous souvenir de ces hommes, de ces femmes qui ont fait que vous pouvez rire et chanter et que vous pouvez écrire ce que vous voulez.

10 février 2026

La Comptine des douze merveilles / Marie Sylvie

 

Dans l’escalier du matin

Un pas léger ouvre le jour.  

Chaque marche dit : « Viens, regarde,  

le monde t’attend, tout en velours ».

 

 

Dans l’aquarium du silence

Trois Poissons font des ronds.  

Ils apprennent au Chat qui regarde  

Que l’eau parle avec des frissons.

 

 

Sous une feuille, l’Araignée  

Brode un fil fin tel un secret.  

Elle montre que les petites mains  

Peuvent créer de la beauté.

 

 

Sur la table l’Artichaut

Cache un cœur tendre sous sa peau.  

Il murmure : « Ce qui est précieux  

Se découvre toujours tout en haut ».

 

 

Le bulldozer jaune et solide

Pousse les pierres sans colère.  

Il dit qu’avant de faire un chemin

Il faut d’abord ouvrir la terre.

 

 

La caméra posée au vent

Garde un rayon, un rire, un instant.  

Elle apprend que chaque souvenir  

Est une graine pour plus tard.

 

 

Le Chien trotte dans le jardin

La queue en joie et le nez malin.  

Il montre que l’amitié vraie  

Se reconnaît au matin.

 

 

 

L’Éléphant bleu tout tranquille

Avance lentement dans la ville.  

Il dit qu’être grand parfois

C’est juste marcher sans bruit.

 

 

La fleur s’ouvre au bord du pré

Un peu timide et un peu fière.  

Elle apprend que la douceur pousse  

Lorsqu'on lui laisse de la lumière.

 

 

 

 

Le Koala serré contre l’arbre

Berce son petit dans ses bras.  

Il dit que l’amour, le vrai

Ne s’explique pas car il est là.

 


 

 

Le Léopard,  tache après tache,

Marche au soleil sans se presser.  

Il montre que chaque différence  

Est une façon d’être beau.

 

 

Et le pantalon sur la corde 

Danse au vent comme un drapeau.  

Il dit qu’être prêt pour la vie

C’est enfiler son courage tôt.

 

 

8 octobre 2019

L'Océan des Cent typos : journal de voyage de "La cacahuète" / Jean-Paul

1er janvier.

AEV 1920-05 Pepito Cacahuète

Eh bien dites donc ! Ma doué béniguet ! Aussi vrai que je m’appelle Pépito je n’avais jamais vu un grain comme celui-là et je pense que nous l’avons échappé belle ! Quelle tempête, mes aïeux !
La Cacahuète, notre bien aimé navire, a résisté aux éléments déchaînés mais elle y a laissé des plumes. Des pelures, devrais-je dire. Le grand cacatois est par terre, ça désole Bec de Fer notre perroquet mais aucun des mâts n’est cassé. Maintenant que le vent est tombé les flibustiers Ventempoupe et La Merluche s’occupent à réparer mais j’ai bien peur que nous ne soyons déroutés pour longtemps. Les instruments de mesure du bord ne répondent plus : le sextant est tout mou, l’aiguille de la boussole tourne sur elle-même de façon démente et les cartes marines sont toutes délavées suite aux paquets de mer que nous avons encaissés.

Comble de malchance j’ai bien l’impression que nous sommes passés par le détroit de Clarendon ce qui nous ferait naviguer à l’heure actuelle dans l’océan des Cent typos. Si c’est bien cela, c’est une catastrophe. Les légendes des anciens racontent qu’il y a ici un certain nombre d’îles habitées par des monstres ou des peuplades inconnues aux moeurs bien plus cruelles encore que celles des plus fieffés pirates de La Tortue ou de Las Ananas.

Mais bon, je vais m’arrêter d’écrire pour aujourd’hui. Je vais remonter sur le pont avec une bouteille de ratafia de ma réserve personnelle : c’est la nouvelle année, quand même ! Ca se fête ! Buvons un coup, buvons en deux à la santé des jours heureux ou malheureux qui nous attendent !

2 janvier au matin.

AEV 1920-05 Pepito barque

« Terre à bâbord ! » a hurlé ce matin notre singe Perruche qui occupe là-haut le poste de vigie. Nous avons aussitôt mis le cap sur cette île car nous avons besoin de refaire nos réserves d’eau douce. Dans la longue vue, au fur et à mesure que l’on approche, je suis étonné par la forme du rocher au centre de l’îlot. Quelque chose cloche. On dirait bien que c’en est une. Une cloche. Mon second, Crochette, à qui je me suis ouvert de mes inquiétudes à propos de San Tipo, enfin de l’océan des Cent typos, est allé farfouiller dans sa bibliothèque. Ses livres et parchemins n’ont pas souffert de l’orage car il les a enfermés dans un coffre du genre île au trésor. Il a trouvé quelque chose de très intéressant, un vieux bouquin du quinzième qui s’appelle « Les îles qui ont du chien » par Daniel Baskerville. En consultant l’index à l’entrée « cloche » nous avons pu déduire, d’après la description faite à la page 38, que nous étions en présence de l’île de Bell.

2 janvier au soir.

AEV 1920-05 Pepito Bec en fer

La Cacahuète mouille dans une baie agréable, un lagon bleu pervenche bordé de deux plages blanches et de cocotiers bien garni. Après avoir jeté l’ancre Ventempoupe a mis une chaloupe à l’eau et nous sommes allés ensemble à terre avec Bec-de-Fer qui voletait au-dessus de nous. Ce perroquet est fort utile. Il nous sert d’interprète. Je ne sais quel âge il a exactement mais à force de voler d’île en île et de répéter tout ce que disent les autochtones lui et ses congénères sont devenus polyglottes. Ils sont d’ailleurs tellement bavards que nous nous demandons parfois s’ils n’ont pas plus d’une glotte.

Nous avons caché la barque sur le bord supérieur de la plage et nous avons grimpé vers les hauteurs. L’île semble inhabitée. Il nous a fallu tracer notre chemin en découpant à la machette les broussailles qui ont poussé au pied des cocotiers. Il y a une odeur très sucrée dans l’atmosphère, c’est très agréable et cela donne une impression de chaleur au creux de l’estomac. Au fur et à mesure que nous montons le sol de couleur marron devient lisse et brillant. Bien vite il ne nous est plus possible d’avancer car ça grimpe trop et nous nous retrouvons au pied d’une haute falaise. Ce territoire semble réellement avoir été coulé dans un moule. Ce qui est posé là sur ce qui devait être auparavant un îlot sablonneux, c’est une cloche géante fondue dans une matière inconnue.

Nous sommes revenus sur nos pas, avons repris la barque. L’équipage va débarquer et nous allons bivouaquer ici pour la nuit.

3 janvier au matin.

On a été réveillés à matines par la sonnerie des cloches. En fait ça a été un coup d’escopette tiré par une matrone bien poudrée. C’est une voix de femme qui nous a sonné les cloches :

- Kès vouf outéla ? Cécheunou issitte ! Doucé kvou zète ? Téquila touah ?

Bec de fer a traduit :

- Que faites-vous ici, messieurs ? Vous vous trouvez actuellement sur un terrain privé. D’où venez-vous et qui êtes-vous ?

J’ai expliqué à la dame que nous ne pensions pas à mal et que nous nous apprêtions à repartir après une nuit passée sur la terre ferme. Moyennant quoi un autre Iroquois est venu la rejoindre. Peut-être était-ce son mari ou son compagnon, on ne sait plus comment dire maintenant avec toutes les sortes d’unions qu’on voit aujourd’hui.

- Nous sommes Constantia et Caslon Bodoni, fournisseurs officiels de sa Sainteté le Pape en chocolat de Pâques. Peut-être souhaitez-vous, avant de repartir, visiter notre usine ?

Le mot « usine » était inconnu de Bec de Fer et de nous-mêmes mais le ton de l’insulaire était devenu très civil pour ne pas dire bien urbain. Bec de Fer a traduit notre « Très volontiers, cher Monsieur » en « Pakinpeu Monpott » et le couple de « chocolatiers » nous a emmenés vers la cloche.

Là-même où nous avions rebroussé chemin hier il y avait un sentier étroit que nous avons suivi sur près de cinq cent mètres. Nous avons débouché sur une place et vu dans le rocher marron un grand portail ouvert par lequel nous avons pénétré dans une manufacture. Dans l’immense cloche en chocolat des ouvriers s’activaient en tapant à la pioche à en extraire de gros morceaux. Plus loin des dames en tablier coiffées de toques blanches faisaient fondre ceux-ci et versaient le liquide obtenu dans des moules rectangulaires.

- Nous n’avons jamais vu cela ! avoua Ventempoupe. Ca a l’air bon, en plus !
- Séduj amévuh ! Séd labalh ! a traduit bec de Fer

Normal, répondit Caslon Bodoni. Le secret est bien gardé. Votre pape ne tient pas à ce que le chocolat se répande dans le monde. Avec le chocolat, plus besoin de religion, le paradis est sur la Terre, plus besoin de croire, d’obéir et de subir.

Dans la langue originelle nous avons entendu « Motus papus secretus chocolatum dynamitam ».

Après qu’il eut dit ça nous avons commencé à craindre pour nos fesses. Puisque nous étions désormais dépositaires du secret, quel sort allait être le nôtre ? Les Bodoni ont dû sentir notre inquiétude car ils nous ont dit :

- Vous pouvez reprendre la mer tranquillement. Vous ne risquez pas de raconter cette histoire à qui que ce soit. Nous seuls, dans l’océan des Cent typos, connaissons le seul chemin qui mène à Rome.

Ce que Bec de Fer n’a même pas eu besoin de traduire :

- Passortih de l’oberjum, Pepito !

Les illustrations sont bien évidemment de Bottaro, auteur de la bande dessinée Pépito.

15 mars 2022

Consigne d'écriture 2122-22 du 15 mars 2022 : Récit de voyage

Récit de voyage

 

Les voyages les plus beaux sont peut-être ceux que l’on s’invente. Votre récit comprendra 4 parties :

 1) J’ai quitté
Qu’avez-vous quitté ? Nommez simplement un lieu ou une personne.

 2) Avec
Dites avec quoi vous êtes parti·e : quel objet avez-vous emmené ?

 3) J’ai traversé
Dites en une phrase ce que vous avez traversé en partant.

 4) J’ai vu
De l’autre côté, qu’avez-vous vu ? Là, donnez toute la gomme ! Décrivez ce que vous découvrez et ce qui vous arrive dans ce lieu nouveau. Il n’est pas indispensable d’en revenir.

 Consigne extraite de « 1001 conseils pour l’écrivain en herbe » de Myriam Mallié et Pascal Lemaître – Casterman, 2004

Vous pouvez également utiliser les aquarelles de Venise et Burano peintes par l'animateur pour vous inventer un voyage dans cette ville et dans cette île si vous le souhaitez.

1024 Aquarelles de Venise 01 paline bleue devant san Giorgio

1024 Aquarelles de Venise 02 paline jaune au grand canal (sans bords)

1024 Aquarelles de Venise 03 paline rouge au grand canal (sans bords)

 1024 Aquarelles de Venise 04 barque immatriculée avec reflets

 1024 Aquarelles de Venise 05 Gondole avec ruban rouge (sans bords)

 1024 Aquarelles de Venise 06 barque devant un pont (sans bords)

 1024 Aquarelles de Venise 07 cheval devant gondole (sans bords)

 1024 Aquarelles de Venise 08 Deux barques avec reflets (sans bords)

 1024 Aquarelles de Venise 09 Alignement de barques avec reflets (sans bords)

 1024 Aquarelles de Venise 11 Canot à moteur sur le grand canal (sans bords)

 1024 Aquarelles de Venise 16 Trois barques amarrées (sans bords)

 1024 Aquarelles de Venise 17 Barque Davide (sans bords)

 1024 Aquarelles de Venise 24 Cimetière San Michele (sans bords)

 1024 Aquarelles de Venise 23 Maison d'angle à Burano (sans bords)

 1024 Aquarelles de Venise 25 Un canal à Burano (sans bords)

 1024 Aquarelles de Venise 10 Palais Dario (sans bords)

 1024 Aquarelles de Venise 12 Palais sur le grand canal (sans bords)

 1024 Aquarelles de Venise 13 Palais sur le grand canal (sans bords)

 1024 Aquarelles de Venise 14 Gondole fleurie (sans bords)

 1024 Aquarelles de Venise 15 Barque bleue devant pont de Santa Lucia (sans bords)

 1024 Aquarelles de Venise 18 Maison violette à Burano (sans bords)

 1024 Aquarelles de Venise 19 Maison rouge avec balai à Burano (sans bords)

 1024 Aquarelles de Venise 21 Barques et pont à Burano (sans bords)

 1024 Aquarelles de Venise 22 Bateau Valter à Burano (sans bords)

17 janvier 2023

Consigne d'écriture 2223-16 du 17 janvier 2023 : Diane et Léo Dillon

Diane et Leo Dillon

 

Ce couple d’illustrateurs américains a oeuvré en 1964 sur un recueil de chansons populaires du monde entier collectées et adaptées par Marais et Miranda, un autre couple de musiciens américains. 

Dillon 01

On vous distribue trois ou quatre des illustrations en noir et blanc – au trait ! - de ce livre.

La liste des titres, traduits approximativement, de ces chansons est la suivante : 

Non, Dolly, Non ! - Viens marcher avec moi cette nuit ! - Un tas de plumes – L’Erablière – Quand je rentre à la maison – Assis près du feu brillant – Si un bateau a des jambes – Wo yé lé – Au coin de la rue – Petite Marguerite – Chanson de la pomme de terre – La Chanson du pêcheur – Hue, les chevaux ! - Pourquoi devrais-je, moi, jeune fille vive… - Quand tu voyages avec tes potes – Beau rêveur -La Vieille tante Koba – Oh non, John ! – La Belle Rosemarie. 

Vous pouvez, au choix :

- essayer d’écrire une chanson ou un poème en rapport avec l’illustration fournie ; répéter cet exercice autant de fois que vous le souhaitez  ;

- écrire une histoire dont le titre sera le titre de la chanson avec son illustration ;

- utiliser les illustrations et les titres comme bon vous semble pour en tirer un texte écrit.

Diane et Leo Dillon - Marais et Miranda 

15 septembre 2020

D'art d'art. 1 / Jean-Paul

AEV 2021-01 JK La dame à l'hermine

Même si notre émission s’appelle « D’art d’art » et qu’on eût pu aussi la baptiser «Fit ça, fit ça», nous nous attardons aujourd’hui sur le «Portrait de la Duchesse de Clisson» peint par Arcimboldo de Loc-Envel en 1473. Cette œuvre est conservée au Musée des Beaux-arts de Rennes, bien au fond des réserves, et elle n’est pratiquement jamais montrée au public, exprès pour embêter les Nantais.

A l’époque où le siège du pouvoir breton se trouvait au château des ducs à Nantes le peintre Arcimboldo de Loc-Envel s’était fait une spécialité de représenter les nobles dames de la cour dans leur intimité quotidienne en compagnie de leur animal de (compagnie).

Il n’était pas question bien entendu d’entrer dans la chambre ou le cabinet de toilette de ces dames pour peindre Diane de Saint-Aubin avec son canard ou la baronne Line de Château-Renault avec son loulou de Poméranie mais sur ses tableaux dont le fond est généralement noir ou neutre on ne trouve que très peu de femmes aux bijoux, de croqueuses de diamants ou de porteuses de rubis sur l’ongle.

«Jamais Perrette n’est parée des habits d’apparat de Paris», cela appert ici avec cette petite robe simple aux manches échancrées, ornée d’une encolure carrée qui n’est pas sans rappeler, sur le devant du corsage, le costume folklorique des danseuses bigoudènes en un peu plus décoiffant.

Les motifs celtiques sont déposés sur un ruban brodé au côté droit de la duchesse, à gauche donc pour le regardeur.

La duchesse de Clisson tient dans ses bras son hermine domestique et, tout en dissimulant la queue noire de l’animal qu’on ne montre plus non plus depuis qu’on a rebaptisé les « Dix petits nègres » d’Agatha Christie, elle regarde quelque chose dans le hors-champ du tableau. Il se pourrait, d’après la critique d’art Adèle Van Reetha-Kouchovski, que ce tableau ne soit en fait que la partie gauche d’un diptyque. Arcimboldo de Loc-Envel a en effet également peint un portrait de Mnémosine, duchesse de Fougères, en compagnie de son animal favori, un éléphanteau acheté aux Galeries Démachine à Nantes. Cette version des faits est confirmée dans une chanson d’époque du griot africain Gilou Sasserva-Kwatoussa qui dit comme ça, je cite de mémoire :

La voilà la blanche hermine !
Vive la mouette et l’ajonc !
La voilà la blanche hermine !
Vive Fougères et Clisson !

15 septembre 2020

D'art d'art. 2 / Jean-Paul

Même si notre émission s’appelle « D’art d’art » et qu’on eût pu aussi la baptiser « Peins ! Ponds ! Peins ! Ponds ! », nous nous attardons aujourd’hui sur le tableau « Icare et sa cousine Germaine » peint par Arcimboldo de Loc-Envel en 1482.

AEV 2021-01 JK L'annonciation

Il s’agit d’une huile sur toile conservée dans l’église de Loc-Envel (Côtes d’Armor).

On observe sur cette toile très originale l’application d’un autre des concepts de ce peintre méconnu de l’Ecole de Bretagne. Le parti pris ici est de représenter une scène de la mythologie gréco-latine avec des personnages vêtus de costumes contemporains. On retrouvera beaucoup ce choix discutable dans le théâtre du XXe et du XXIe siècle et aussi dans certains tableaux surréalistes de René Magritte tels que « Jupiter a le melon » « La bouffarde à Maigret » ou « Voilà ! Voilà ! La Vénus de Milo n’a pas quatre bras !».

Ici le jeune Icare montre à sa cousine Germaine l’équipement dont il s’est doté pour voler ainsi qu’un oiseau : une paire d’ailes de faible envergure, une hélice sur le sommet du crâne et une cigarette d’eucalyptus qu’il tient entre l’index et le majeur.

Il est vêtu par ailleurs d’une robe-parachute rouge du plus bel effet et vient annoncer à sa cousine qu’il prendra son envol le mardi 22 septembre à 18 h 30 en compagnie d’oncle Dédale, les conditions astrologiques et atmosphériques étant parfaites ce jour-là en vue d’établir le premier record du monde de vol suspendu dans le temps.

Arcimboldo de Loc-Envel a très bien représenté la moue dubitative de la jeune fille et le pétillement du regard malicieux qu’elle porte sur son grand dadais de cousin bricoleur en lui susurrant mollement :

- Le 22 septembre, je ne peux pas venir vous regarder. A cette heure-là, d’après mon agenda que j’ai sous les yeux, je reprends justement mon atelier d’écriture à la Maison de quartier Georges Brassens.

C’est incroyable comme on pouvait déjà se foutre pas mal du 22 septembre, à l’époque !

6 novembre 2018

Les injures ad hoc / de Jean-Paul

Ce serait faire injure à la Modération, celle avec qui l’on boit volontiers des coups ici et là, que d’accorder trop d’importance à la recrudescence des sacs à main qui volent dans les salles de cinéma. Il n’y a pas plus d’incivilités à Villejean qu’ailleurs. Certains itinérants mémoriels parisiens bien en cour ne laissent pas de traiter, par exemple, des gens honorables  d’"illettrés", de "Gaulois réfractaires" ou les invitent à traverser la rue pour venir les chercher.

La seule plaie notable par ici est la pauvreté du vocabulaire utilisé par les jeunes générations au moment d’insulter qui de droit et qui de gauche. Comme nous sommes des citoyen.ne.s résolument positi.fs.ves nous avons inventé à l’intention de nos jeunes invectiveurs, déscolarisés ou pas, le jeu des injures ad hoc. Grâce à la petite liste de recommandations du billet suivant, chacun.e peut se constituer son dictionnaire d’insultes personnelles et surtout puiser dans le nôtre !

AEV 1819-07 Haddock rempli JK

7 mai 2017

Le Débat des bas bleus / Maryvonne

Dans ce même exercice, «inclure des noms de danses», il y a quelque temps, j'avais raconté ma vie passée. Aujourd'hui je me tourne vers ma vie future. 

Le 3 mai 2017, au cours d'un débat entre deux candidats à la présidence de la République se jouait mon avenir. Le bal à deux entre les candidats n'avait rien d'un slow joue à joue. Il y avait un peu de bastringue, de la java et du swing sur le plateau.

AEV 1617-24 Maryvonne danse

La belle blonde sous son cotillon bleu voudrait nous faire marcher au pas de l'oie à l'Allemande  et fermer nos frontières. Alors plus de sirtaki, de séguedille, de capoeira, de cracovienne et autres danses étrangères. Ce sera bourrée auvergnate pour tout le monde. Le beau cavalier aux yeux bleus tango n'a pas joué la dérobée, il a assuré la contredanse face à un certain nombres de cancans qui lui sont tombés dessus pour essayer de le pilé menu.

D'un côté comme de l'autre les chiffres ont valsé pour nous étourdir. Des millions d'euros en plus ou en moins ils en avaient plein leur musette. Il y avait même la dame qui faisait la pavane avec des vrais et faux euros  ou des faux et des vrais francs.

J'en étais toute retournée comme une toupie. Ce ne sera pas facile pour notre vie courante si la monnaie joue la polka piquée, piquée dans notre porte monnaie bien sur.

Je me suis demandé (ou pas) si la vérité n'a pas joué l'arlésienne de temps en temps dans le débat.

Si tout cela tourne vraiment mal nous aurons plusieurs options : soit descendre dans la rue pour danser la carmagnole ou la gigue révolutionnaire, soit aller se dérider dans nos festou-noz à coup de gavottes ou de ronds de Saint-Vincent à passe-pied que veux-tu. 

De toute façon je pense que nous serons tous «en marche». Mais je constate que cette bonne vieille danse n’apparaît pas dans la liste au profit sans doute du paso-doble. C'était pourtant la danse qui entamait le bal et qui était la base du fameux : « Changez de cavalière ». Ah ! La brave marche que tout le monde savait danser ! Évidemment les initiales  EM pour En Marche allaient mieux à Emmanuel Macron. Celles du paso-doble auraient fait PD. Mais j'ai l'esprit tordu. 

4 février 2020

Analyse capillotractée d’un tableau de Renoir / Jean-Paul

AEV 1920-18 Pierre-Auguste_Renoir_-_Le déjeuner des canotiers (réduit)

Tiffany

C’est très instrucTIF ! Il paraît que pour dépeindre l’atmosphHAIRe de ce "Déjeuner des canotiers", pour représenter TIFaine gantée de noir, RobHAIRt coiffé d’un canotier, TIFfany le nez dans son vHAIRe ; il lui aura fallu deux fois plus de tubes de rouge que de tubes de vHAIRt à Renoir. On est admiraTIFs !

Auguste est un délicieux créaTIF. Dans sa guinguette en plein HAIR pas un poil de travHAIRs chez ces Julie-la-rousse printaniHAIRes, chez ces jeunes gens contemplaTIFs ou débonnHAIRes.

Esther
On n’est plus à l’apériTIF, on est même rendus au dessHAIRt. Il y a même au premier plan un petit vHAIRre de digesTIF et la jeune EstHAIR ne craint pas de glisser à son vis-à-vis canin : « Embrasez vos calvas d’hiHAIR ! ». Le chien, qui s’appelle OlfacTIF, comprend-il l’allusion à «Embrassez vos cavaliHAIRes» ? Personne dans tous les cas n’émet de jugement péjoraTIF sur les calembours de la jeune commHAIRe.

Si on regarde bien le tableau – est-il peint sur le moTIF ? – on décompte trois couples, deux trios et deux solitHAIRes dont EstHAIR (c’est sans doute subjecTIF mais on a décidé de ne pas comptabiliser le chienchien à sa mémHAIRe).

Bernard


BHAIRnard, le grand dégingandé à gauche, a coûté lui aussi une fortune en mélange de vHAIRmillon et de tHAIRe de Sienne brûlée ! Il a de faux HAIRs de Van Gogh mais il n’est pas son suppléTIF. Lui c’est plutôt poids et haltHAIRes, jarret sporTIF, canotage attenTIF au fil de la riviHAIRe. C’est peut-être un grand émoTIF, pas du genre à lui proposer, dragueur expédiTIF, une partie de jambes en l’HAIR à l’EstHAIR.

AEV 1920-18 Robert, Ernest et Marie-Claire
Aucun d’ailleurs ici n’a le corps expéditionnHAIRe. Plutôt des plumiTIFs que des légionnHAIRes ! Pourtant dans le trio de droite RobHAIRt assis sur sa chaise à l’envHAIRs n’écoute que d’une oreille distraite les subjoncTIFs plus que parfaits dont Marie-ClHAIRe truffe sa conversation. Trouve-t-il cela rébarbaTIF ou a-t-il repéré la main d’ «HAIRnest la jolie veste  qui – sapHAIRlipopette, ça n’a rien de ficTIF ! – a entamé une discrète glissade vers les doigts boudinés de la belle atTIFée d’un bonnet de mitron et d’un col de dentelle.

Albert et Jean-PierreTout au fond, le gars au haut-de-forme c’est AlbHAIRt. Il est naTIF d’AnvHAIRs et a entrepris Jean PiHAIRre à propos de ses acTIFs dans une société pétroliHAIRe dont il espHAIRe que le rendement sera producTIF. Mais Jean-PiHAIRe n’a que fHAIRe de ces paris spéculaTIFs : il n’a d’yeux que pour HAIRnest.

Tiphaine
Je crois que je vais quitter cette aimable assemblée. Sans même me demander pourquoi TIFaine à droite pose ses mains gantées sur ses conduits audiTIFs. Des acouphènes extraordinHAIRes ? Des propos trop suggesTIFs de ses partenHAIRes ?


Non, non. Si je m’en vais, c’est pour trois raisons.
 

La bayadère1. La petite rousse au vêtement à liserés rouges, à gauche, accoudée à la barriHAIRe, son pouvoir attracTIF est trop fort : elle me rappelle par trop une jolie bayadHAIRe que j’ai connue naguHAIRe.

2. Tous ces jeunes gens au crâne couvHAIR de chevelures touffues, volumineuses, épaisses, moi à qui certaines écrivantes signalent que je me déplume au fil du temps, eh bien je l’avoue, ça me défrise ! Tirons-nous avant le chauve-qui-peut général !

3. Il est vingt heures, c’est pile-poil l’heure de poser son stylo dans l’atelier d’écriture. Merci pour les histoires, Gus ! *

* Oui, je l‘appelle Gus, Renoir, au lieu d’Auguste. J’aime bien les diminuTIFs.

9 octobre 2018

Tu parles, Charles ! / Maryvonne

Hier encore, tout enseignant, avait le droit de botter le train des élèves. Une de mes collègues de Villejean appelait ce geste : « l'électrochoc du pauvre ». Il faut savoir qu'il fallait pour bien faire être plutôt bien chaussé.

Pour cela, monsieur Jeannot le dernier botte-train de Paris tenait boutique à l'enseigne : « Au coup d'pied dans l'cul ». Lui-même, bien équipé, devait pouvoir dire à tout contrevenant : « Tu vas tâter de mon 51 fillette !».

Plonk 01 Bottetrain

Désormais, je ne vous apprendrai rien, c'est formellement interdit de même que le trousse-chemise pour donner la fessée. Tout cela est passé au titre des plaisirs démodés.

Je peux donc vous jurer sur ma vie que je n'ai usé d'aucun de ces sévices. Quand je grondais très fort et qu'au fond de moi, je me disais: « Ma fille, tu t'laisses aller », j'avais les deux guitares en moi qui se répondaient : « tu as raison, tu as tort, tu as raison, tu as tort ».

Jusqu'au jour où un enfant me dit :

- Quand tu grondes on n'a pas peur car tu grondes comme la Mamma. » Et pourtant combien de fois ai-je regretté un emportement passager.

A y bien regarder, au fond, le petit coup de pied au cul est assez drôle. C'est un classique des gags. Laurel et Hardy et les clowns le pratiquaient avec bonheur. Et si en souvenir de Monsieur Jeannot nous remettions cela au goût du jour, ne serait-ce que pour les politiques ? Il me revient une phrase entendue dans mon enfance : « Ah ! Il y a des coups de pied au cul qui se perdent ».

Qu'en pensez-vous?

- Bien profond, jusqu'au colon !

8 novembre 2017

Consigne d'écriture 1718-07 du 7 novembre 2017 : Anagrammes de deux mecs

Anagrammes de deux mecs

 

AEV 1718-07 coluche

Composez dix mots de cinq lettres ou plus avec ces sept voyelles et ces huit consonnes.

A A B D E E I I L M N R R U V


Nous les mettrons en commun avec ceux de la liste ci-dessous et écrirons sur le thème (ou avec l’incipit) « C’est l’histoire de deux mecs… » en incluant dans le texte au moins dix des mots de la liste complète

Admirai - Ambre - Amiral - Animalerie - Badine - Baladin - Baliverne - Baudrier - Bermuda - Braderie - Braire - Brame - Brame - Brimade - Buanderie - Débine - Délabré - Drame - Embué - En_braille - Endive - Imbu - Ivre - Lambada - Laverie - Limbe - Madré - Merlin - Mir_laine - Miraud - Rambarde - Ribaude - Rimbaldien - Rime - Rire - Verrine –

Mots récoltés au cours de cette séance :

Abîmer - Admirer - Aladin - Album - Amande - Amener - Amiral - Armée - Armure - Avaleur - Avenue - Baderne - Badiner - Balader - Bande - Bander - Bardamu - Barde - Bardée - Barré - Bavarde - Bedeau - Bidule - Blair - Blairer - Blâmer - Bleu - Brider - Brimade - Brume - Débile - Délire - Délirer - Délivrer - Diluer - Diminuer – Eau minérale - Eliminer - Idéal - Ivraie - Laridé - Levure - Libérée - Libre - Livide - Livre - Lumière - Luminaire - Madelain - Malin - Mardi - Mari - Mauve - Médire - Menue - Merle - Meunier - Milieu - Mineur - Murée - Navire - Nervi - Nervure - Neuve - Raide - Rameur - Rami - Ravier - Raviné - Reluire - Réveil - Rêver - Revue - Rideau - River - Rivière - Rumine - Uriner - Valeur - Valide - Vermeil - Vermine - Verrue - Veule - Vibrer - Videur - Virade


N.B. Le fait que les lettres de départ sont celles de 
RIMBAUDVERLAINE
n'est révélé au groupe qu'à la fin de la séance ! 
;-)

AEV 1718-07 Henri_Fantin-Latour_-_By_the_Table_-_Google_Art_Project

4 octobre 2017

L'Alchimie des ailleurs à Charleville-Mézières le 10 juillet 2017

L'alchimie des ailleurs

 L'Alchimie des ailleurs est une oeuvre de l’artiste québécois Michel Goulet. Certains croquis réalisés lors de la Nuit blanche 2010 «Dessine moi une chaise» ont servi de modèle aux dossiers. Figurent également 18 extraits de l’oeuvre d’Arthur Rimbaud ainsi que des poèmes inédits commandés à 18 poètes contemporains issus de la francophonie invités dans le cadre de résidences ou de lectures.

Si vous souhaitez en savoir plus sur cette oeuvre, voyez ici.
Vous pouvez agrandir les photos en cliquant dessus.

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10 septembre 2024

L'Homme-joie / Jean-Paul

 

 

 

 

Partons de ce bleu si vous le voulez bien. C'est le bleu de la Méditerranée, l'écrin de velours qui sert de décor au cimetière marin où gisent, pas très loin l'un de l'autre, Jean Vilar et Paul Valéry.


Oui, nous sommes à Sète  mais nous ne sommes pas ascètes. Dans la ville populeuse les chats se prélassent au soleil. Les humains, eux, travaillent mais ils ont la consolation de recevoir du pain, du vin, des femmes et des chansons dans ces années d'entre 1930 et 1940. 


Le jeune homme dont nous parlons s'en donne à cœur joie. Il se vaccine avec des aiguilles de phonographe. Il écoute des disques de jazz. Il admire Charles Trénet et se régale de la bonne humeur de  Ray Ventura et ses collégiens. Il s'appelle Georges Brassens. 


Bien sûr il fera des bêtises, comme tous les gens de son âge, au grand dam de sa mère. Pour une bonne catholique d'origine italienne une réputation ne doit pas être mauvaise. Si Mozart c'est trop de notes, Brassens c'est bien trop de gros mots et ce petit côté porno-phonographe aura pour conséquence que ses parents, même après avoir pardonné le vol des bijoux, n'iront jamais le voir jouer en scène de son corps de gorille, de sa chaise repose-pied pour joueur de guitare ignorant de la bandoulière, ni surtout de son œil qui pétille et de son sourire caché derrière sa moustache quand il sort une gauloiserie dont on a l'impression qu'il  l'entend lui-même, à chaque fois, pour la première fois. 


Écrire, c'est dessiner une porte sur un mur infranchissable et puis l'ouvrir. Brassens, c'est l'homme-joie qui tire le portrait des Ninon, des Mimi, des Suzette, des amoureux transis puis trompés, des rendez-vous avec vous, des chasses aux papillons, des rencontres sous la pluie. Et puis, quand s'en vient le succès dans les années 50, il raconte le temps qui passe (Saturne !), la bêtise humaine, cette imbécile heureuse qui est née quelque part de ses autorités, l'armée, l'église, la connerie des hommes. Et c'est bientôt aussi la maladie contre laquelle même le rut, le rut, le rut ne peut rien, la camarde qui ne pardonne jamais, l'adieu au vieux Léon, la plainte du fossoyeur, les funérailles d'antan. Et puis c'est le départ et même pas, comme demandé voire supplié,  pour la plage de la Corniche ! C'était en 1981, il y a plus de quarante ans déjà !


Il nous reste la chanson. Les chansons. Et on ne remerciera jamais assez le Myosotis trio qui nous a ressuscité des morts certains de ses textes restés orphelins de musique. Les trois musiciens les ont agrémentés de notes et sont venus nous les chanter ce week-end à Rennes.


Comme l'a dit lui -même le poète sétois "les morts sont tous des braves types". Je suis bien content pour ma part d'en connaître aussi des qui sont vivants. Avec tous ces gens-là on est heureux de faire partie d'une même humanité. Vous comprenez cela ? Vous comprenez ?

6 décembre 2022

Consigne d'écriture 2223-12 du 6 décembre 2022 : Photos de groupes

Photos de groupes

 

Vous avez hérité d’une photo de groupe sur laquelle figure quelqu’un·e de votre famille. Dites qui c’est, resituez son contexte, faites parler un des personnages de la photo ou livrez vos propres pensées philosophiques, littéraires ou anodines en utilisant au moins deux des phrases ci-dessous extraites du jeu « C’est à moi que tu causes ? » 

La nostalgie, c’est le cinéma du pauvre. C’était mieux avant, mon cul, oui ! Si tu ouvres ton coeur à un étranger, tes secrets voyageront anonymes
Ça ne se passera jamais C’est vrai, apprendre à vivre demande plus qu’une vie
Y a plus de place ! Personne n’est à l’abri
Laisse tomber, y’a la queue aux toilettes ! On ne va pas en faire un fromage
Il suffit de trouver sa place dans la vie Personne n’est vraiment dupe
La constance, y’a que ça de vrai Tu crois qu’on va y arriver ?
Il faut croire aux miracles Vous avez une tête à garder vos chaussettes
Arrêtez de me regarder comme un poisson rouge Allez, allonge ton blase, on va pas y passer la journée
Ce soir, c’est le grand soir Vous savez, le temps dévore tout
Même pas en rêve Tu as vraiment une gueule de bon élève
A force de s’adapter à tout on finit par disparaître Avec un peu de chance, tu l’auras ton étoile sur Hollywood
Parfois il suffit d’un ami Au fond de vous, êtes-vous un marginal ?
On se croirait dans un film de Rohmer Nous n’avons plus rien en commun

 Cliquez sur les photos pour les agrandir S.V.P.

 Groupe d'élèves du Lycée de garçons du Mans en 1935-36 (recadrée)

 Groupe d'élèves d'une école privée vers 1935-36 à Saint-Brieuc

 Groupe d'élèves d'une école privée vers 1935-36

 Groupe d'enfants redonnais déguisés en Pierrot

 Groupe d'enfants redonnais à Noël

 Cortège historique char de mineurs 1946

 Groupe de collégiens 1964-65 réduite

 Groupe de collégiens 1965-65

 Groupe de danseuses du début des années 50

 Groupe de militaires à Sissonne en 1954-5

 Groupe d'inspecteurs des Impôts en 1933

 Groupe d'inspecteurs des Impôts en 1947

18 octobre 2022

Dictionnaire de la bonne humeur : Gai-Luron / Jean-Paul

2223-06 JK- Gai Luron 1

Il s’agit d’un chien, personnage de bandes dessinées, né de la plume de Marcel Gotlib.

Je ne suis pas ici pour raconter ma vie mais comme j'ai grandi dans les années 60 une de mes premières lectures aura été l'hebdomadaire de bandes dessinées « Vaillant » qui portait alors en sous-titre « le journal de Pif ».

2223-06 JK- Gai Luron 2Ce périodique pour enfants, devenu Pif-gadget, a été très célèbre à partir de 1969 pour s'être mis à ne publier que des récits complets et pour distribuer aux minots, chaque semaine, un gadget amusant dont les spécimens les plus célèbres ont été les Pifises, un genre de têtards dont on ne savait plus que faire une fois que ces œufs de poisson (?) avaient éclos, et les pois sauteurs du Mexique.

Il y avait aussi à l’intérieur un journal des jeux conséquent et, en plus des trois récits complets de 10, 20 et 7 pages, des gags hebdomadaires des séries historiques Pif, Pifou, Placid et Muzo, etc.

Mais revenons à Vaillant et à la période au cours de laquelle les récits d’aventures, délivrés à raison de deux pages par semaine, étaient « à suivre ».

C'est dans ce journal pour mômes, initiative et propriété du Parti communiste français, que Marcel Gotlib a fait ses débuts. Il y a publié Gai-Luron, la première série qui l'a rendu célèbre avant les Dingodossiers scénarisés par Goscinny dans Pilote puis la Rubrique-à-brac pondue en solo. Il y eut ensuite le gros boom de mai 68 et le meurtre freudien du père par claquage de la porte de Pilote puis lancement avec Bretécher et Mandryka de « L'Echo des savanes » où les deux messieurs purent prendre leur pied en dessinant des bites (?) en veux-tu en voilà. Drôle d’époque opaque !

2223-06 JK- Gai Luron 3Retournons en 1964, 5 ou 6. Gai-Luron apparaît d'abord comme un personnage secondaire de la série « Nanar, Jujube et Piette ». Les deux personnages humains, Nanar et Piette, des enfants de la campagne, disparaissent peu à peu ; ne restent au premier plan que Gai-Luron le chien et Jujube le renard puis le titre devient « Gai-Luron ou La joie de vivre ».

2223-06 JK- Gai Luron 5Même si vous n'avez jamais lu « Vaillant » où « Pif-gadget » vous connaissez Gai-Luron. L'œil morne, endormi, lymphatique, n'adorant rien tant qu'une bonne sieste au soleil, il est une copie conforme du Droopy des dessins animés de Tex Avery. « You know what ? I am the Hero ! ».

 

 

 

Le gag qui me fait toujours hurler de rire est celui dans lequel Gai-Luron essaie par tous les moyens, et sans y parvenir, de franchir un mur ; la dernière image en plan plus large montre que le mur était écroulé et qu'on pouvait tout simplement le contourner par le côté. Plus tard Gai-Luron sera doté d'une petite amie, Belle Lurette et leurs cochonneries les plus ultimes consisteront à aller se fourrer dans un buisson pour jouer... à la bataille navale !

2223-06 JK- Gai Luron 4C'est dans Gai-Luron qu’apparaîtra aussi une souris muette dans le bas des cases, concept qu'on retrouvera dans la Rubrique-à-Brac avec la fameuse coccinelle.

Pour être complet citons le retour éphémère dans « Fluide glacial » de « Gai-Luron en slip » et mentionnons que la reprise récente de Gai-Luron par Fabcaro nous met, elle aussi, de très bonne humeur.

5 janvier 2021

Deux cartes et une lettre de 1965 / Jean-Paul

Donald Duck à Sablé (Marie-Annick 1965)

Chère Grand-mère

Je t’envoie une carte de notre pélerinage à Sablé-sur-Sarthe où tu étais réfugiée pendant la guerre. Aujourd’hui on y est avec Papa, Maman, ma petite sœur Dominique, Tata Roberte et la Deux chevaux Citroên. On n’a pas pu visiter le château parce que c’est une usine de chicorée mais Tata Roberte a acheté une boîte de biscuit en métal chez Drans. Elle a dit qu’elle me la donnerait quand elle serait vide. Papa a fait une réflexion et ils se sont encore chicorée ensemble. « C’est pas du gâteau de voyager avec vous deux ! » a dit Maman. Moi je suis resté baba devant des tas de choses ici. Déjà ils connaissent aussi Donald dans la Sarthe ! Il me faudrait au moins mille feuilles pour te raconter cette journée. Du coup je t’écrirai une lettre quand nous serons rentrés à Redon.

Je t’embrasse bien fort.

Annie.

P.S.

On a monté sur un cheval ! Tata Roberte a pris des photos !

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Le cheval mal cadré 3Chère Grand-mère 

Les photos que Tata Roberte a prises de nous sur le cheval des Guilmo à Auvers-le-Hamon sont un peu ratées comme tu peux le voir. J’aurais bien voulu garder celle où je tiens le cheval par sa ficelle et où Dominique est dans la chaise de bébé en bois mais Maman a dit qu’elle te plairait alors j’obéis et je te la donne de bon cœur.

En voyant les photos aux têtes coupées, Papa a dit, pas très diplomate :

- Quand elle guillotine, celle-là, ce n’est pas du flan !

Et Maman et lui se sont encore chicorée parce que Tata Robert est quand même la sœur de Maman et la belle-sœur de Papa. Papa s’est tu. Ca lui a claqué le beignet, comme on dit.

C’était quand même une belle journée que ce pélerinage à Sablé. Le matin on est passés embarquer Tata Roberte qu’on a mise à l’arrière de la 2CV avec nous et on a traversé de la campagne et de jolis villages : Saint-Nicolas-de-Redon, Chateaubriant, Pouancé, Renazé, Craon, Château-Gontier…

Le cheval mal cadré 1A Sablé on a retrouvé Colette, la grande copine de Maman. Elle habite en plein centre, sur la place Raphaël Elizé. Ce monsieur, le premier maire noir de France, a été déporté par les Allemands parce qu’il avait une tête de nègre. Ils sont pas gentils, les Allemands. Ils pouvaient pas rester dans leur Forêt Noire pendant la guerre de 14-45 ? Mais bon, c’est compliqué, les histoires de grands. Parce que les bombardements de Nantes c’étaient les Anglais et les Américains ! C’est gentil de balancer des bombes sur nos framboisiers ? Pas très chou, je trouve !

Donc en octobre 1943, vous êtes venues, toi, maman et Tata Roberte vous réfugier à Auvers-le-Hamon dans la ferme de M. et Mme Guilmo. Leur fille Colette est devenue la grande amie de maman et puis maintenant la marraine de Dominique. Elles allaient ensemble au collège à Sablé.

Pendant le repas de midi les trois copines ont parlé de ce temps-là et pendant leur conversation Papa a eu l’air de bien s’ennuyer. Du coup il a repris deux fois des rillettes de l’entrée et aussi une deuxième part de Pithiviers au dessert.

Le cheval mal cadré 4 (détail)L’après-midi on nous a emmenés voir l’abbaye de Solesmes, un grand bâtiment dressé au bord de l’eau dans lequel on enferme des religieuses, des jésuites ou des sacristains, j’ai oublié et puis on est allés voir Monsieur Guilmo, le père, dans sa ferme à Auvers. C’est celui qui fume avec son panier sur la photo.

C’est là qu’on a monté sur le cheval. Maman a chicorée encore Papa parce qu’il avait oublié d’emmené son Kodak à soufflet mais Tata Roberte avait le sien.

- A tous les coups, elles vont être ratées, qu’il a dit entre ses dents Papa en nous maintenant sur le bidet pour pas qu’on en tombe.

C’est vrai. On ne voit que ses jambes à lui et pas nos têtes à nous. Mais Tata Roberte est myope comme une taupe modèle. Ca explique.

Le cheval mal cadré 2Du coup, après la bataille, il a repris un autre coup de la « gnôle » du père Guilmo.

- Raymond, n’oublie pas que tu conduis ! a grondé Maman.

- Heulà ! C’est pas bien grave, a dit le père Guilmo. Les gendarmes d’ici n’ont inventé ni le fil à couper le beurre ni l’alcootest. Et puis, ce n’est que de l’eau ferrugineuse !

Tout le monde a ri mais je n’ai pas compris pourquoi. Et puis Monsieur Guilmo a repris de façon assez croquignole :

- De toute façon on ne peut pas doubler sur nos petites routes à cause des gros culs, alors autant ne pas rester sur une jambe ici !

Après on est reviendus à Sablé. On a fait un tour dans la rue de l’Île où il y a une place Dom Dérangé avec un bac à sable pour les enfants et des bancs pour s’asseoir discuter. Puis on est passés chez Drans, sur le quai, pour acheter des biscuits spéciaux de Sablé qu’on appelle des sablés de Sablé. Tata Roberte a acheté une grande boîte métallique. Maman en a acheté aussi mais moins et dans une boîte en carton.

Bonne année 1978 (Sophie Gallais)Avant qu’on reparte, j’ai bien regardé le château en face. Je me suis dit que plus tard je reviendrai peut-être vivre ici. Ce serait merveilleux si j’épousais le fils des chicorées Willot qui le possède ! Il doit avoir de la galette, non ? On verra bien !

Quel dommage que tu n’as pas pu venir avec nous ! Ca t’aurait rappelé le bon vieux temps !

J’espère que tu vas bien, je t’embrasse très fort et je te souhaite une bonne et heureuse année 1966 !

Annie

P.S. Fais des bises de ma part au cousin Jacquot et à son tonton Hulot quand il passera te voir !



AEV 2021-13 - jean-paul - boîte de sablés

 

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