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L'Atelier d'écriture de Villejean
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12 mai 2020

De Rimbaine à Verlaud. 7, « Aa » dit-il car il connaissait les deux langues !

M. Arthur Rimbaine
Explorateur de voies intraveineuses
et de traditions orales ou à mettre dans les annales
8, quai Arthur Rimbaud
08000 Charleville-Mézières

                                                                    Monsieur Paul Verlaud
                                                                    Société de géographie des Maladives et du Miraginaire
                                                                    73, rue Sonneleur
                                                                    62812 Vent-Mauvais

                                                     Petit-Fort-Philippe le 12 mai 2020

C’est effectivement un concept très intéressant et le tout récent confinement de mars à mai 2020 nous l’a prouvé contre notre gré : ce sont les lieux les plus connus de nous qui sont les plus surprenants, les plus porteurs d’inattendu.

Je pense ainsi à toutes ces dames qui ont profité de ce temps libéré pour faire du rangement chez elles et se sont effarées du nombre de paires de chaussures qui encombraient leurs placards.

Petit Fort Philippe 22 03

Aujourd’hui, fort heureusement, ce temps d’enfermement est terminé et j’ai pu reprendre mon travail d’exploration des traditions orales à mettre dans les annales. Je l’ai repris à zéro ou presque, en tout cas au tout début du dictionnaire puisque mon expédition de ce jour, à ta demande de confiné à jambe de bois, m’a amené pas très loin de chez toi, à Petit Fort-Philippe dans le département du Nord. C’est ici que ce fleuve côtier en deux lettres très connu des cruciverbistes et des verbicrucistes, voire de ceux qui font des mots croisés, vient se jeter dans la mer. (In appelle cha eune imbouchur’ ou un estuaire).

Le fleuve est canalisé et se termine par un long chenal qui sépare Petit-Fort-Philippe à sa droite de Grand-Fort-Philippe à sa gauche. C’est un peu comme Buda et Pest à Budapest mais attention ça n’a rien à voir avec Buca et Rest à Bucarest en Roumanie : Buca est en Turquie et Rest n’existe pas !

Petit Fort Philippe Google images 20 bis Salomé

Si Petit-Fort-Philippe fait partie de la ville de Gravelines, Grand-Fort-Philippe est indépendante. Aussitôt débarqué du train à Gravelines j’ai pris l’autobus de Monsieur Salomé (Man mère ! Qoô qu’ch’est que ch’bahut-là ? Y date eud Mathusalème ?) et je me suis mis en quête de l’hôtel Beaurivage tenu par M. et Mme G. Babilaere. Il ne paie pas de mine mais est très correct, accueil chaleureux avec accent ch’ti garanti :

- Allez, Biloute, monte eul valise à ch’t’homme dins l'champe numéro vintte !.

Après m’être installé sommairement, je suis ressorti. Avant de jouer les arpenteurs d’inattendu j’ai pris un café dans un estaminet nommé « Au retour du Transvaal ». (Ah ben dis donc ma loute, c’h’est pas dé l’chirloute qu’in sert ichi ! Y faudrot un bon g’nièv’ pour faire passer ch’tortosa là !). Mon Dieu qu’il était fort ! J’ai commencé par faire le tour de la grand’ place. Elle ressemble un peu à celle de Charleville-Mézières, la place ducale de Charlestown, à ceci près qu’elle n’est pas traversée en son milieu par deux routes perpendiculaires (comme à Carvin, par exemple). Par contre les autocars de Monsieur Salomé ont un petit dépôt ici où ils proposent des excursions vers Dunkerque, Bray-Dunes et même La Panne, de l’autre côté de la frontière belge. C’est gonflé ! Peu de temps après les affaires de Metoo faire le coup de La Panne à toutes les dames d’un bus, il faut oser. Ce Salomé a peut-être des accointances avec le producteur harceleur ? Comment s’appelait-il déjà ? Richard Strauss-Kahn ?

Petit Fort Philippe Inédits 42Je me suis promené ensuite le long du chenal jusqu’au phare blanc et noir que son motif décoratif en spirale fait ressembler à un sucre d’orge de fête foraine (In dit eun’ ducasse, par ichi, Isidore !). Elle commence par devenir énervante cette petite voix intérieure qui m’interrompt tout le temps ! J’ai continué jusqu’au bout de la jetée. Ce n’est pas le sillon de Talberg mais presque. On est peut-être, au bout, au point le plus septentrional de la France ? Qui sait ?

J’ai rebroussé chemin et j’ai tourné à gauche devant les cabines de bain. J’ai longé la plage, suis passé devant le sémaphore, la chapelle des marins, ai poussé jusqu’au camping puis suis revenu par le même chemin. Comme on était proches de midi j’ai décidé de me poser pour déjeuner au restaurant de l’hôtel.

Petit Fort Philippe Inédits 05On m’a proposé de déguster des welsches, un plat typique du Nord (du pays de Galles ?) à base de fromage de Cheddar fondu dans de la bière et gratiné au four avec un œuf miroir par-dessus une de ces tartines de jambon dont Arthur Rimbaud a chanté les mérites dans son poème « Au cabaret vert, cinq heures du soir ». Délicieux mais copieux car on m’a servi avec cela frites et salade. Comme boisson, il n’y avait pas d’autre choix que la bière Motte-Cordonnier. Cordonnier, ça m’a fait penser à « Comme des lyres je tirais les élastiques de mes souliers blessés un pied contre mon cœur ».

Petit Fort Philippe Inédits 37

Petit Fort Philippe Inédits 44

Et puis après le café – mon Dieu qu’il était fort aussi ! – je suis allé paresser au pied du sémaphore pour attendre mon rendez-vous de quinze heures. Mon Dieu qu’est-ce que c’est bon de pouvoir à nouveau poser son cul sur le sable. Qui aurait pu imaginer que nous pourrions être assez stupides un jour pour obéir à ces encravatés guindés, xyloglottes de naissance et paralytiques du bulbe, menés par des toubibs aveuglés par la peur de sauter dans le Covid, signer des autorisations de déplacement dérogatoires et accepter d’être enfermés dans un kilomètre carré sans air, sans verdure, sans jase et sans excentricité, les mêmes nous demandant de retourner ensuite, du jour au lendemain, nous confiner-fourrer dans le métro, le train et les bureaux pour relancer l’économie ?

Petit Fort Philippe Inédits 41Je me suis calmé en regardant jouer les mômes et les ados qui n’en ont jamais rien eu à secouer de cette pandémie puis je me suis rendu au Café du Phare.

- C’est bien ici, l’atelier d’écriture de Mimi Crincrin et Justin Chicon ?

- Oui, vous êtes le premier ; je vous sers un demi de bière Carlier et vous allez vous asseoir à la table longue au centre. Les autres ne vont pas tarder à arriver !

Petit Fort Philippe Inédits 04

O tempora o mores ! O Crête de punk de Desireless ! Quel fabuleux voillage-voïache ce fut ! Les participant·e·s étaient empli·e·s de joie de se retrouver après un conconfinement bien trop long à leur gré.

J’aurais peut-être été perdu-noyé parmi ces patoisants folkloriques qui se réunissent ici chaque mardi pour traduire en picard ou en rouchi – c’est le patois du Nord que l’on appelle ainsi – des chansons célèbres écrites à l’origine dans le plus pur des français. Heureusement l’ambiance bon enfant, la bière Carlier , les rires et surtout la petite voix qui m’accompagne depuis le début de mon séjour m’ont aidé à rédiger l’exercice qui m’était demandé : adapter-traduire-trahir « Les gens du Nord » d’Enrico Macias. Je te montrerai cela demain. Je ne suis pas mécontent de mon travail de parolier ! Mais le « Ti Gravelines, té m’as pris dins tes bras » de Mimi Crincrin était irrésistible.

J’étais un peu « torché » quand j’ai quitté mes hôtes mais j’avais bien rigolé. Sur la lancée, dans la chambre 20 de l’hôtel Beaurivage, je t’ai écrit ce pré-rapport en forme de lettre à l’ancienne.

Ce soir ce sera Petit-Fort-Philippe by night. Demain matin je visiterai le musée du dessin et de l’estampe originale de Gravelines et dans l’après-midi je retournerai à Lille puis prendrai le bus pour aller chez toi à Vent-mauvais.

Je suis vraiment très, très heureux à l’idée de vous revoir, toi et ta jambe de bois, après cette séparation de tant d’années !

Bien plus qu’amicalement

P.S. Si tu as des tuyaux sur la petite voix intérieure, je suis preneur. Tu crois qu’ils auraient osé mettre un comprimé de Gougueule-transleïte dans la bière ? Ou sinon, au "Retour du Transvaal", qu’est-ce qu’ils auraient mis dans le café ? (Mais quo qu’ch’est qu’t’as mis dins l’café ?) La même chose que dans la chanson d’Antoine ? Un truc qui donne des élucubrations ?

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17 novembre 2020

99 dragons : exercices de style. 62, Zoologique / Jean-Paul

C'est pour ainsi dire l'histoire du renard dans le poulailler. Une fois ça va. Deux fois passe encore. Trois fois, bonjour les dégâts ! Alors il faut savoir dire «zébu, zé pus soif ! ». 

On finit donc par aller trouver les poulets. A la campagne les poulets sont des pandores mais c'est un peu la même boîte tout ça. Des geais qui se parent des plumes d’un paon !

AEV 2021-08 Jean-Paul - mathurinjpg

Et donc quand le père Mathurin a vu débouler le dragon dans son pré comme un chien dans un jeu de quilles il n'a fait ni une ni deux. Il est allé toquer à la porte du château qui était à l'époque, en quelque sorte, le siège de la maréchaussée (de poulaines).

- Encore vous, le père Mathurin ? a demandé le grand chambellan Œil-de lynx. Pour quelles raisons venez-vous nous brouter l'air aujourd'hui ? La mère Michel a perdu son chat ? Vous avez égaré un de vos moutons dans le troupeau du père Panurge ?

Bien qu'il fût borgne suite à un accident de chasse au perdreau de l'année, Œil-de-Lynx n'en était pas un. Plutôt du genre vieux singe à qui l’on n’apprend pas à faire des grimaces, il était très roué et du coup fort doué pour faire barrage aux récriminations du bas peuple. Il n'achetait jamais rien chat en poche mais ce n'était pas un mauvais cheval non plus.

- Cette fois-ci, préambula le père Mathurin, vous n'allez pas noyer le poisson en passant du coq à l’âne. C’est du lourd. La sécurité du royaume est en jeu ! Va falloir prendre le taureau par les cornes alors même qu'il n’en a pas. C'est un dragon qui cause comme vous et moi et qui a commencé à me boulotter mes brebis. Une par jour pour son déjeuner. Je ne vais pas le soigner comme un coq en pâte ce cochon-là : vous allez m'en débarrasser. Vous êtes priés d'alerter Sa Majesté et ses joyeux loustics qu'ils ont à se manier le popotin.

***

- Majesté il nous arrive un coup vache. Un dragon racketteur. Va falloir envoyer les bœufs-carottes chez vos argousins sinon on va se faire pigeonner par ce zigue !

Contrairement à ce qu’on raconte ici et là, notamment dans «99 dragons : exercices de style», le petit roi qu’on avait surnommé «le roitelet» à cause de sa taille n’était pas un serin. Pas un aigle pour autant sinon il aurait laissé son nom dans l’histoire comme Napoléon avant qu’il ne fût vaincu par sa conquête.

- Tu sais bien, Œil-de-Lynx, que mes chevaliers sont des poules mouillées. Ce n’est plus une cour, ici, c’est une basse-cour. Tous ces blaireaux sont des forts en gueule. Mais on ne va pas faire l’autruche et mettre sa tête dans le sable : quand il s’agit d’aller au charbon il n’y a plus personne.

200708 Nikon 063

Dans la salle du trône où se tenait se conciliabule on entendit soudain la princesse Georgette et sa cousine Suzanne qui jouaient aux échecs rire comme des baleines. 

- Appelons un chat un chat, Papa. Vous tournez en bourrique pour pas grand-chose ! Vous en devenez chèvre ! Affronter un dragon, excusez du peu si nos manières vous semblent cavalières, mais ce n’est quand même pas la mort du petit cheval. Cessez de verser des larmes de crocodile en avalant vos couleuvres. Au premier chant du coq je puis, demain matin, faire interpréter son chant du cygne à ce bâfreur qui vient se tailler la part du lion chez nous.

- Toi ma fille ? Comment feras-tu, ma jolie Poulette ?

- J’ai mon plan. Un peu d’exercice me fera du bien car on s’ennuie comme des rates mortes, confinées dans ce château où il fait un froid de canard mais je connais des moyens pas piqués des hannetons pour venir à bout d’un tel adversaire !

- Qu’en pensez-vous, chambellan ?

- Sire, il ne convient pas de tuer la poule aux œufs d’or quand on a le bonheur d’en posséder une. Votre fille est tout sauf une oie blanche, elle est plutôt fine mouche même. A part faire appel à des mercenaires, nous n’avons plus d’autre solution que de nous en remettre à son initiative imprévue.

***

AEV 2021-08 Jean-Paul dragon

Cet acquiescement ne se termina pas en bouillie pour les chats. La princesse avait du chien et le lendemain matin, tout son équipage s’en vint auprès de la bête proposer à celle-ci un combat singulier.

- Dragon ! l’alpagua-t-elle. Ceci n’est pas un boniment à la graisse de chevaux de bois. Tu n’es pas un âne bâté. Tu sais quel sort les chevaliers de la Chrétienté réservent à ceux de ta race. En général ils terminent embrochés par une épée magique et s’il en venait un ici, de ces preux belliqueux, il ne te resterait que tes yeux de merlan frit pour pleurer, défrisé, la fin de tes galipettes parties en bigoudi. Ici nous sommes un pays de civilisés et nous croyons à l’intelligence des animaux. Aimes-tu le jeu ?

- C’est quoi encore ce miroir aux alouettes ? Il y a anguille sous roche ? Vous allez me proposer de jouer au cul de chouette ou à un jeu du pays de Galles où l’on relance de quinze avec des haricots ?

- Connais-tu le roi des jeux ? Celui aux destinées duquel préside la déesse Caïssa ?

- Je n’ai jamais été copain comme cochon avec la duchesse de Guermantes ni avec ces dames de la haute, si c’est ce que tu veux dire, mais par contre, les échecs, oui, je sais y jouer. J’adore ça, même !

- Alors voilà. Je te propose que nous jouions une partie. Si tu la gagnes, je m’offre en sacrifice et tu auras le droit de me dévorer ou plus si affinités.

- C’est tout vu, ma mignonne. Je crois que tu vas passer à la casserole !

- Si c’est moi qui gagne, tu prends tes cliques et tes claques et ni toi ni plus un seul de tes pareils ne remettra jamais les pieds chez nous.

- Laisse pisser le mérinos, beauté ! J’accepte le marché. Cache donc un pion blanc et un pion noir dans tes menottes. Que je sache… Oh et puis non, tiens ! Moi aussi je sais être magnanime. Prends les blancs ! Je vais te laminer !

- Ne vends pas la peau de l’ourse avant de l’avoir tuée !

AEV 2021-08 Jean-Paul - joueuse

On installa les pièces et la partie commença. Ce fut une défense sicilienne (1.e4 c5) et la variante jouée par le dragon resta si bien dans les annales qu’elle porte encore son nom de nos jours.

Au bout de quelques coups on le vit qui soufflait devant la résistance imprévue de son adversaire. Il se demandait si c’était du lard ou du cochon, ou du flan son grand roque et son avancée du pion h. La donzelle avait-elle une araignée au plafond ? En attendant ça tournait, ça tournait dans sa tête comme un écureuil dans sa cage. Sa piètre position finit par lui flanquer le bourdon. Bientôt la stratégie blanche fit mouche et il abandonna sportivement en voyant venir l’échec et mat.

- Gens una sumus, déclara-t-il, ce qui signifiait « Je n’ai qu’une parole et mes pareils et moi-même ne reviendrons plus traîner nos guêtres dans ce pays où règne le merle blanc et où j’ai rencontré le bel oiseau rare que vous êtes. ».

Ce sur quoi il prit ses cliques et ses claques et disparut à jamais tandis que la princesse retournait triomphante en son bel équipage peigner la girafe au castel.

- Bravo, Georgette ! la complimenta cousine Suzanne.

- Aucun mérite. J’ai une mémoire d’éléphant et le coup du « ouvrir la colonne « h », sacrifice, sacrifice... mat ! » c’est Bobi le petit pêcheur avec qui je joue très souvent qui me l’a appris !

***

- Mais alors, ho, à quoi je sers, moi, ici !

- Toi, chevalier Saint-Georges ? Va-t-en prier la Vierge Marie avec les grenouilles de bénitier de ton quartier ! Dans cette version-ci, on–t-en prie, Feydeau do ! Ca aurait dû te mettre la puce à l’oreille, une môme Crevette qui s’appelle Georgette : tu es le dindon de la farce !

10 novembre 2020

Mataharyvonne. - Les Huit petits nègres / Maryvonne

Maryvonne - livre 8 petits nègresjpg

Quatrième de couverture

L'auteure a beaucoup hésité à écrire ses souvenirs d'enfance sous prétexte qu'elle n'arrivait pas à produire un texte assez long. L'âge et la maturité venus, elle se lance avec délice dans les textes courts au sein d'un groupe qui se réunit chaque mardi.

Avec des personnalités diverses et variées ces huit petits nègres (seulement huit, distanciation oblige) vont écrire une symphonie fantastique pour plumes et crayons avec des accents toniques, des envolées lyriques, comiques, héroïques, tristes ou joyeuses. C'est un aperçu de cette musique qu'elle vous fredonne dans ce livre.


Début du roman (roman vraiment ?)

Pendant les longues heures d'étude au pensionnat certaines étaient dévolues à la chasse aux pores encombrés et à la traque des boutons d’acné devant un petit miroir de poche. Ces fleurs de l'adolescence me rendaient folle et je ne cessais de seriner à ma voisine que j'étais vraiment trop moche. Ma pauvre Jojo en avait les oreilles rebattues si bien qu'un jour, excédée, elle finit par me dire :

- C'est vrai, t'es moche mais ça te va bien ! ». Une sorte de « non-recevoir » amical.

Je décidai alors que si un jour je me lançais dans l'écriture mon premier livre s’appellerait :
« Je suis moche mais ça me va bien ». Le récit est resté dans l'oeuf.

Quelques 50 ans plus tard ce titre n'a plus de sens. « Moche » prend pourtant cette fois une réalité plus objective. Notons tout de même que, sous les rides, l'acné a disparu et les comédons se font rares.

Je me lançai donc dans un autre genre d'écriture : le texte court sous la consigne d'un maître.

Une aventure collective au service d'un auteur connu : Monsieur Blogue qui publie à la NRF, avec la devise : Ne Rien Faire (et laisser dire). Afin d'avoir de la matière il utilise pour cela des nègres, en fait un nègre en chef et 7 négresses.

Voilà que je lâche deux mots maudits car si nègre est un mot qui a déjà du plomb dans l'aile, négresse n'a jamais eu droit de cité en littérature. Aujourd'hui nous parlons de « prête-plume » voire d'auteur « plume cachée » ou « plume de l'ombre ». Au Canada un professeur vient de se faire renvoyer pour avoir utilisé en cours le mot qui ne se dit plus maintenant que sous la forme hypocrite suivante : le mot en « N ».

AEV 2021-07 Maryvonne photographe

Mais revenons à notre formation orchestrale. Chacun, chacune joue sa partition avec sa tonalité préférée. Quelques-uns ont, comme dans les grandes œuvres, des leitmotive, voire des idées fixes. Nous retrouvons ainsi pêle-mêle Isaure Chassériau, Laure Manaudou, Jean-Claude Van Damme et l'ami Félix dans des situations rocambolesques. De la poésie, des fables et des romances, des dragonnades, des haïkus, des devinettes, des discours et bien d'autres formes de productions.

Mais vous vous dites « Quelle cacophonie ! Comment cela peut-il faire une œuvre et comment Monsieur Blogue en fait-il bon usage ? ».

C'est tout comme dans le chapeau de magicien, un peu de ci, un peu de ça, de la poudre de perlimpinpin et il en sort un lapin blanc.

Les huit « plumes cachées » œuvrent et monsieur Blogue en fait un oiseau coloré qui vole gracieusement.

Ça ne choque personne que Philippe Delerm passe de : « Je vais passer pour un vieux con » à « Et vous avez eu beau temps ? ». Les chroniques finissent par faire un tout. Voilà : nous avons droit au cousu-décousu comme au coiffé-décoiffé pour faire notre tout à nous.

Zut ! Monsieur Blogue avait dit "Roman" ! Je crois que je me suis encore plantée. C'est moche.

13 octobre 2020

La Fibre partout / Anne J.

AEV 2021-05 Anne J - la Fibre 3

- Nous sommes heureux d'accueillir Madame XXX pour nous parler de son expérience concernant la mise en place de la fibre dans son habitation, un incontournable de notre quotidien aujourd’hui. J'ai le sentiment, chère madame, que ça a été du grand n'importe quoi, surréaliste donc !

- Tout à fait ! J'avais en fait demandé à être prévenue de son installation dans mon quartier pour obtenir un meilleur service à la maison. En effet, j'ai déjà été privée de toute liaison téléphonique pendant trois semaines suite à un couac : un opérateur qui bricolait dans la boîte en haut de la rue avait débranché mon fil et ça lui avait pris trois semaines pour l'admettre, improbable non?

- C'est énorme !

- C'est clair, j'ai donc souhaité reprendre la main.

- En effet et la promesse était : « La fibre, que du bonheur ! »

- Ce n'est pas faux. Cette nouveauté était très attendue, une foule d'anonymes, dans mon entourage, me l'avait chaudement recommandée.

- Racontez-nous ce fameux jour.

AEV 2021-05 Anne J - la Fibre 1- J'ai tout d'abord été démarchée au téléphone puis un commercial s'est invité chez moi, comme vous le savez, sans prévenir, mais faut-il avoir peur des changements ? J'ai donc donné mon accord pour une installation prochaine sur rendez-vous, l'affaire allait crescendo, j'avais à priori coché toutes les cases puisque la fibre arrivait au poteau devant chez moi, il semblait simple de relier la maison à cette fameuse invention.

- Et alors ?

- Pianissimo! Ils sont arrivés à deux le jour convenu, ils sont entrés dans la maison, ont regardé partout pour savoir par où ils allaient faire passer le fil avec un air sceptique.

- Vous êtes en train de me dire que la première personne n'avait pas étudié le problème avant de vous faire signer ? Ils auraient pu accorder leurs violons !

- Improbable, n'est-ce pas ? Du coup ils ont déclaré qu’il était hors de question de faire passer le fil par le trou où passe l'actuel fil de téléphone qui arrive dans le grenier. Il ne leur restait donc plus qu'à revoir leur copie et à trouer la maison pour passer leur fil dans un coin près du poteau. Ce qu'ils ont entamé avec entrain mais, fausse note, ils sont tombés sur l'armature en métal qui soutient l'isolation par l'extérieur et ont mis un bémol à leurs efforts en déclarant : « Cela dépasse nos compétences, on arrête tout ». J'ai alors essayé de donner de la voix, tout cela me semblait une totale improvisation. Rien à faire ! Malgré mon concert de protestations j'ai appris qu'il me faudrait faire venir un électricien pour faire un fourreau et passer le fil par le trou actuel. Eux, ils remballaient leur matériel. J'ai eu beau protester, c'était pisser dans un violon.

- Vrai ? J'adore !

- Et le pire, c'est qu’ils avaient l'intention de repartir en me laissant le trou sans le reboucher ! Déjà qu'il y avait des débris partout !

- J'hallucine !

AEV 2021-05 Anne J - la Fibre 2- Eh non ! Une monstrueuse cacophonie ! J'ai sifflé la fin de la récréation et sorti mon aspirateur. Voilà ce que c'est que de vouloir aller plus vite que la musique !

- Et maintenant ?

- Je tire la sonnette d'alarme ! La fibre c'est sûrement très bien mais pour cela vous devrez démolir la moitié de votre maison et gérer des gros tracas, je vous le dis !

- Je vois : un homme averti en vaut deux. Merci infiniment, chère madame, pour ce précieux témoignage.

DERNIERE MINUTE : On vient de l’apprendre, Orange lance une grande offensive : « Tout Lannion sera passé à la fibre en 2021 » !

14 avril 2020

Cinquième semaine de confinement solitaire / Dominique H.

« A côtoyer la mort, tu te raccroches à la vie. » (Frédéric Dard).

Préambule : vous retrouverez, autour de l'anti-héros Félix, des personnages de sa vie qui ont déjà fait de brèves apparitions : Yolanda sa bécane domestique, Bénédicte sa bonne voisine psychiatre en retraite, Louise sa sereine-mère, Françoise sa grande sœur originale et Béatrice, sa préférence, à peine évoquée la première semaine de confinement, mais qui fait un retour en force à cette cinquième semaine.

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AEV 1920-26 Dominique Doisneau

Félix a encore mal dormi. A vrai dire il s'est une fois de plus réveillé à l'aube dans cet état d'hyper-vigilance qu'il connait bien. C'est un état particulier d'hyperactivité cérébrale difficile à décrire. Il va d'ailleurs en parler à Bénédicte et lui demander ce qu'elle pense de cette frénésie neuronale. C'est comme une chorégraphie de fourmis industrieuses, chacune portant sur son dos une idée qu'elle transporte rapidement d'une aire cérébrale à l'autre. Dans «Des gueules d'enterrement» Frédéric Dard exprime exactement cette agitation : «Sa tête ressemble à une cour de récréation, les idées galopent dans tous les sens».

Dans ces moments particuliers Félix écrit des vers dans sa tête, des rimes, compte les pieds, s'emberlificote dans les mots et les associations poétiques qui surgissent. Hélas cette matière est aussi foisonnante qu'évanescente et le matin il n'en reste que de vagues volutes. Quand il est dans cet état-là, il lui arrive parfois de saisir l'instant et de se vider la tête en tapant sur son autre bécane domestique, Max, un MacBook Air, un autre confident. Il écrit alors très vite, au kilomètre, des phrases courtes, centrées, sans ponctuation La relecture à froid quelques jours plus tard de ces élucubrations nocturnes et souvent poétiques lui confirme que c'est bien lui Félix qui en est l'auteur et qu'il s'agit bien des méandres profonds de ses propres circonvolutions corticales. Ceci dit, avec ces nuits toutes répétitives, il est en dette de sommeil.

Au réveil, il jette un œil à sa figure en coin de rue sinistrée. Ses paupières sont gonflées comme des valises d'ambassadeur au moment d'une rupture diplomatique. Heureusement il se souvient alors de la maxime de Frédéric : «Certains, plantés devant leur miroir, croient qu'ils réfléchissent, alors que c'est le contraire ». Ca suffit, trêve de ruminations introspectives, aujourd'hui, c'est décidé, il passe à l'action. Pour se motiver, il lit à haute voix la maxime qu'il a écrite sur son miroir depuis quelques jours, la phrase d'un sage (Épictète ?) qu'un bon copain lui avait envoyée au début du confinement :
«Trouver la sérénité d'accepter les choses que je ne peux pas changer, le courage de changer les choses que je peux et la sagesse d'en connaître la différence ».

 

AEV 1920-26 Dominique Marc-Aurèle b7a278585c9946a6265f7bbf4867ff7f

Il la connaît par cœur maintenant et elle a un effet calmant réel et assez rapide. Par contre l'effet dynamisant est beaucoup moins net. Cependant, elle enclenche souvent un coq-à-l'âne d'occupations dérivatives. Félix passe alors de la cuisine au jardin, de l'aspirateur à Yolanda, sa bicyclette, et, sur Youtube, de Souchon à la Compagnie créole, avant de retrouver son vague à l'âme sur le canapé.

Il fait beau, il sort dans son jardin et, comme il l'espérait, Bénédicte est là qui bouquine, comme si elle l'attendait. Rapidement, après les salutations matinales d'usage, les échanges sur les lectures, les informations, elle donne l'occasion à Félix de s'épancher une fois de plus. Félix ne se fait pas prier et se met à parler des fourmis qui sillonnent son cerveau la nuit. Bénédicte l'écoute attentivement comme d'habitude et le rassure une fois de plus en lui expliquant que ces états bizarres sont visiblement des moments de créativité, une chance pour Félix, et que ce n'est pas grave du tout d'avoir besoin de taper sur Max la nuit, d'autant plus qu'il peut faire la sieste dans la journée. Apaisé pour un moment, Félix libère Bénédicte.

L'énergie est revenue et il enfourche Yolanda le temps d'un documentaire sur la grande barrière de corail en Australie. Mais la vue du ballet des poissons multicolores en liberté parmi les coraux le ramène au confinement et il se sent comme un poisson qui tourne en rond dans son bocal. Il abandonne Yolanda et, l'espace d'un moment, il lui en veut de n'être qu'un vélo. Il se retient cependant de lui donner un coup de pieds dans le flanc.

C'est bientôt l'heure du déjeuner, un bon moment. Depuis le Co-vide il fait des repas copieux et s'est même remis à cuisiner avec plaisir. Il est bien organisé au niveau de la logistique et ne sort faire ses courses que deux fois par semaine. Ce fonctionnement est bon signe lui a dit Bénédicte en rajoutant : « Quand l'appétit va, tout va !». 

Ce midi ce sera quiche lorraine aux asperges accompagné d'un verre de Bourgogne blanc. Suivant les bons conseils de sa voisine il se limite désormais à la consommation d'une demi-fillette au seul repas de midi (18,7 ml) qu'il se sert dans un beau verre. Ça lui rappelle le restaurant avec Béatrice et aussi une phrase de Frédéric : « Dans le début des aventures la bouffe prépare la baise ; sur la fin elle la remplace ». Aujourd'hui il terminera par un sorbet fraise. Malgré ce décorum et ces rituels, il sent la colère monter de jour en jour. Il tolère de moins cette distanciation sociale, une expérience de non-contact plus que frustrante, une maltraitance de notre humanité. Un Expresso bien serré et non sucré plus un carré de chocolat noir au beurre salé lui font ressentir le bon goût de la vie avant de s'accorder 17 minutes de sieste.

Il sait faire la sieste, s'endormir vite. Cette fois il s'endort en pensant à Béatrice, sa préférence depuis près de trente ans, qu'il n'a pas vue depuis le 18 mars, J2 du confinement. Ils ont trouvé un code de vie amoureuse intermittente qui leur convient à tous les deux. Economiquement indépendants, les enfants nés d'un mariage de leur jeunesse voguant de leurs propres ailes, ils ont commencé en ne partageant que des bons moments : cinéma, restaurant, voyages, lectures, vélo... Une brève faiblesse les a amenés à habiter sous le même toit, mais avec sagesse ils y ont rapidement renoncé, et ont convenu de rester fiancés toute leur vie. Une certaine précarité compensée par une légèreté du lien qui finalement a résisté au temps. Chacun d'eux a expérimenté que le contrat corseté du mariage n'offre pas de sécurité et que l'exigence de ce lien est trop cher payée pour chacun d'eux. Ils ont la même maison assez souvent mais pas tout le temps. Leur seul lien économique est une cagnotte de plaisir qu'ils alimentent à égalité.

Au réveil il est en forme, bien que sans souvenir d'un joli rêve. C'est alors que son regard clique par hasard sur un tableau accroché dans un angle de la chambre, sous la pente du toit. Le soleil de l'après-midi traverse le Velux et le met en valeur. C'est une jolie affiche, soigneusement encadrée, qui est là depuis deux ans, il s'en souvient précisément, c'est un très bon souvenir. Il la regarde attentivement comme s'il la découvrait et son regard de Félix s'allume alors d'une lumière intérieure très particulière, plus que joyeuse. Cette affiche parle de la vie de Félix, de sa vraie vie. C'est un cadeau de Béatrice.

 

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Elle la lui a offerte lors d'une escapade plus que sympathique dans le golfe du Morbihan. Au cours de leurs flâneries dans les rues de Saint-Goustan, le très joli petit port ancien d'Auray, ils étaient entrés au 31, rue du Petit port. C'est l'atelier de Xavier Marabout, un artiste qu'ils ne connaissaient ni l'un ni l'autre. Le premier contact avec les murs de l'atelier fut pour Félix et Béatrice un coup de foudre esthétique : la Tintinomania de Félix se trouva instantanément comblée ! Enfin il découvrait la vie sentimentale et sexuelle de son héros. Quant à Béatrice un phénomène immédiat de lévitation la posa sur un petit nuage pour la promener dans la lumière crue et les ombres des tableaux de Hopper.

Merci, «Marabout-bout de génie», d'avoir fusionné le peintre américain et le dessinateur belge ! Une ambiance commune évidente de silence et de mélancolie se dégage de l'oeuvre des deux artistes et l'idée de les superposer relève d'une intuition géniale. C'était comme si les pièces, les paysages de Hopper attendaient depuis toujours de s'égayer avec ces pin-up décalées, ces belles américaines à la carrosserie rutilante et comme si le reporter-globe-trotter avait trouvé l'occasion de se déniaiser. C'était exactement comme un rendez-vous merveilleux.

Pendant ce temps suspendu, ils n'avaient pas échangé deux mots, bien que n'ayant pas vu les mêmes choses mais Félix garde le souvenir d'une immersion extatique partagée avec Béatrice. Ils n'arrivaient plus à quitter l'atelier. En observant leur état second Xavier Marabout avait ébauché un bref sourire. Ils ne pouvaient ressortir dans la rue comme si rien ne s'était passé et pour tenter de fixer ce que cet instant avait eu d'unique, ils s'offrirent deux affiches identiques, une pour la maison de chacun. « Vacances en Buick Roadmaster » leur plaisait beaucoup mais ils se décidèrent finalement pour « Rencontre sur Great hills road » : arrière-plan un peu austère de montagnes arrondies, arides, maison rurale en bois peint typique de l'architecture américaine au second plan et, au premier plan, un pick-up Chevrolet 3100 des années cinquante. Au volant une femme souriante avec un chapeau de cow-boy bleu et sur la route, de dos, un homme qui se gratte la tête. On dirait Meryl Streep et Clint Eastwood sur la route de Madison !

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Avant de rouler les affiches, Xavier Marabout demanda : «Deux emballages ?». Ils répondirent ensemble : «Un seul». Béatrice demanda à Félix de lui passer «la cagnotte des plaisirs» et elle régla en espèces. Ils avaient un peu cassé leur tirelire, mais ce soir ils retrouveraient leur sobriété heureuse habituelle en installant leur table pliante près de leur camion sous le pin parasol de la plage de Locmariaquer, face à la mer, avec au menu : huitres du golfe, pain-beurre et Sauvignon. Ce souvenir ramène Félix à une phrase de Frédéric : «L'ingéniosité en amour est comme la poésie en littérature. On peut s'en passer, mais c'est dommage.».

Félix sort de son rêve éveillé, envoie un SMS à Béatrice : « Que dirais-tu de venir confiner avec moi ? Avec le confinement, pas beaucoup de sorties, alors la cagnotte des plaisirs est pleine et pourra payer l'amende si la maréchaussée nous arrête ».

Félix se met à gamberger en attendant la réponse. C'est le stress du CDD comparé au CDI ! La réponse tarde. Il arrive que Béatrice ne soit pas branchée, c'est aussi là le risque de leur code de vie (malgré leur CODEVI de plaisirs partagés) mais, avec ce CO-VIDE qui traîne, est-ce qu'elle va être d'accord ? Et si elle faisait rimer «confiner» avec «contaminer» ? Félix doit enfourcher Yolanda pour patienter. Pas facile, l'insécurité !

Ah ! Enfin ! « Ok pour «co-piner » chez toi. C'est moi qui prends ma voiture, j'arriverai pour 20h 30, j'apporte une bouteille de Prairie et du chorizo piquant. J'espère échapper à l'Allemande honorable !».

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28 mars 2017

Quatre vers d'une chanson / Eliane

L'amour c'est comme les melons
Ca roule, roule, roule
Ca disparaît sous l'édredon
Ca s'écrase quand on fait la moule.

AEV 1617-23 L'amour c'est comme les melons

***

Elle faisait prout ! Prout !
Partout, en tout lieu
A n'importe quelle heure
Par n'importe quel temps.

***

Mes bourrelets d'antan, où sont-ils maintenant ?
Mes rondeurs appétissantes fondues dans la diète ?
Un sac d'os mon amant enlace tendrement,
Ca s'entrechoque avant que ça tombe en miettes.
Je cherche fébrilement la tablette de chocolat
Mais au bout de deux bouchées ça ne passe pas
Il n'y aura pas d'issue possible, sûrement,
Ce sac d'os mon amant enlace tendrement.

***

Je porte plainte contre mon cœur
Il me fait subir trop de heurts.
Une pilule pour qu'il cesse de battre
Et sans souci, puisse m'ébattre.

***

Je t’hippopotaime
Je t'éléphantasme
Je te gorille, bille
Je te mangouste goûte
Je te chatouille-ouille !

***

Le gibier manque, les femmes sont rares.
Soustraites si farouchement
Au désir impérieux du mâle
Où sont les femmes d'antan ?

***

Ne manquez pas les épisodes
De la Saga des Crottes de Nez !
Connaissez leur doux foyer
Doux, humide, à voir en pagode.
Surtout ne pas éternuer !
Vous déclencheriez un exode !
Les crottes de nez surnageant
Dans le torrent les emportant !
Ne vous narrerez jamais
La Saga des Crottes de Nez.

AEV 1617-23 crottes de nez

***

L'amour c'est comme les melons,
Difficiles à regonfler
Quand on a déjà tout mangé.
Autant se rabattre sur du thon.

26 septembre 2017

Le jour où j'ai rencontré elle / Josiane

AEV 1718-03 Jos Le jour ou j'ai rencontré elles-l300

1

Le jour où j’ai rencontré elle
J’me suis senti pousser des ailes
Les p’tits oiseaux chantaient moins faux
Et le soleil brillait plus haut.

Refrain

J’aurais pas dû tuer les p’tits chats
Elle a pas du tout aimé ça
Elle a marché sur mon p’tit cœur
C’en était fini du bonheur.

2

La vie commence à soixante ans
C’est c’que me disait ma maman
Le jour où j’ai rencontré elle
J’avais déjà soixante dix ans. 

Au refrain

3

La pluie ne mouille pas l’été
Quand on s’promène parmi les blés
Main dans la main au diapason
On s’en fout bien de la saison.

Au refrain

AEV 1718-03 danse_3

4

Et maintenant que vais- je faire
J’peux plus m’lancer dans les affaires
J’suis vieux, j’suis moche, j’suis comme un con
Elle est partie, je tourne en rond.

Au refrain

11 décembre 2019

Consigne d'écriture 1920-12 du 10 décembre 2019 : C'est à moi que tu causes ?

C’est à moi que tu causes ?


En vue de faire jouer sur une scène de théâtre des saynètes à deux personnages, vous imaginez trois couples (personnages connus ou pas, animaux, objets). On met en commun le fruit de cette collecte.

L’animateur distribue ensuite des cartes extraites du jeu de conversation « C’est à moi que tu parles ? » : quatre questions, quatre cartes avec vous, quatre cartes avec tu, six cartes avec je et quatre cartes « formule philosophique »

On écrit une, deux ou trois saynètes à deux personnage en y incluant comme on veut ces éléments.

AEV 1920-12 pers-camqtc-cover

Ont été collectés :

- Un renne du traîneau du Père Noël et la fille du Père fouettard
- Un CRS et un chauffeur de bus
- Un photographe au volant d’un véhicule Ford Transit et un garagiste
- Tristan et Yseult
- Les sœurs Tatin
- Un parapluie et une chauve-souris
- Un poireau et une vinaigrette
- Un cul et une chemise
- Le papa et la maman
- La sorcière et le chef cuisinier
- Le soleil et l’ombre
- La sorcière et le vendeur d’aspirateur
- La feuille et le stylo
- Le soleil et la lune
- Une chaise et un très gros bonhomme
- Un jardinier expérimenté et un jardinier novice dans un jardin partagé
- Une vendeuse de foie gras et un vendeur de pain d’épices sur le marché de Noël
- Un rouge-gorge et une pie en hiver
- Emmanuel Macron et son épouse Brigitte
- Le corbeau et le renard
- Le général De Gaulle et son épouse Yvonne

Un tirage de cartes à titre d’exemple :

Qu’est-ce qui vous amène ? Faudrait arrêter de vous mentir à vous-même Tu m’as l’air bien habillé avec les idées des autres Tout est une question de timing J’habite là où le vent fait demi-tour
Vous avez peur de quoi exactement ? Vous êtes ma plus belle destination   Tu finiras sur un poster du réalisme capitaliste L’intelligence intuitive c’est comme du sadisme modéré Je me suis trompé de route
Il n’y a pas marque « dessine-moi un mouton » là ? Vous avez une tête à garder vos chaussures Ton mode de vie est carrément bestial On croit toujours voir autre chose que ce qui est là Ca tombe bien, moi j’aime les mariages, on peut se bourrer la gueule sans que personne ne vous juge
Vous êtes un peu médecin de l’âme ? On vous regrettera Si tu as des questions moi j’ai des réponses On ne peut pas tout mettre en équation Ca m’a toujours fait rire ces conneries
        Je ne suis pas là pour faire un scandale
        Ma tolérance s’arrête à moi et j’ai du mérite
17 septembre 2019

Poème de métro (ligne A du métro rennais) / Jean-Paul

Ne tournons pas autour du pot
Je suis quand même un drôle d’oiseau,
Amoureux de Plaisanterie, 
Zeugma et Contrepèterie .

Poterie

A me lire, certains rient jaune.
Je n’ai pas le ticket cinq zones
Qui permet de descendre au Blosne ;
Je suis une drôle de personne. 

Le Blosne

Pour regarder ce monde exsangue
C’est certain, je choisis les angles
Les plus détachés de la sangle
Et crie sous la halle au Triangle. 

Triangle

Je suis bariolé comme un De Chirico,
Vivaldien comme un allegro.
Je chante des airs de folie
A la gloire de l’Italie. 

Italie

Un air frais envahit les villes
Dans lesquelles je marche tranquille.
Quelquefois je laisse des plumes
Entre le marteau et l’enclume. 

Henri Fréville

L’humain ne fait pas de quartier
Pour les « à côté de la plaque ».
Que je suive ou non le sentier
C’est bien certain : je fais le Jacques. 

Jacques Cartier

Mais gare aux retours de bâton :
On ne peut pas impunément
Se foutre du qu’en dira-t-on
Quand la parole est monument,
Quand émettent, sur le même ton
Celui qui crie, celui qui ment. 

Gares

Ah quoi ?! Déjà Charles de Gaulle ?
Et, toujours mis en examen,
Je cherche un lecteur qui rigole
Des pépiements de mon chemin. 

Charles de Gaulle

Je suis chardonneret public !
Si me dressez contravention
Je saurai bien prendre l’oblique :
Il n’est cage sans évasion. 

République

Partis comme églises me tannent,
Toutes les fleurs des bois m’étonnent
Et quelques-uns m’ont à la bonne
Entre Saint-Michel et Sainte-Anne. 

Sainte-Anne

Dans les profondeurs de la terre
L’écriture est mon seul pactole.
Pourquoi je ris ? C’est un mystère
Dans la sous-France d’Anatole. 

Anatole France

Aux urgences de Pontchaillou
Je n’irai pas, la chose est sûre
Me plaindre en hurlant qu’un caillou
A pénétré dans ma chaussure. 

Pontchaillou

Autant de gens dans l’univers,
Tant de villes et tant de cités…
Laissez-moi concocter des vers,
Chanter la biodiversité. 

Villejean Université

Quand le ciel est rouge incendie
Quand je suis pris de fatrasie,
Je sais descendre à Kennedy
Mettre des fleurs dans les fusils. 

J.F. Kennedy

P.S.

Or, rendu au bout du trajet
Je m’aperçois – vraiment, quel sot
Troublé par les « dring dring » !– que j’ai
Oublié Georges Clémenceau !

Clémenceau

 

AEV 1920-02 plan de la ligne 1 du métro rennais

14 mars 2018

Consigne d'écriture 1718-21 du 20 février 2018 : Tu peux ou tu peux pas en 1952 ?

Tu peux ou tu peux pas en 1952 ?

 

L'animateur distribue à chaque écrivant(e) :

- 10 citations extraites du livre "Tu peux ou tu peux pas ?" de Miguel Derennes (Editions First, 2016)

- 30 feuilles d'un bloc éphéméride Yvon de 1952 : le recto a été utilisé par Mme B. pour noter ses rendez-vous, faire ses comptes et noter les événements de sa vie quotidienne en 1952 ; le recto représente des paysages choisis de la France et de ses colonies : ces photos sont en noir et blanc ou en sépia, ocre, bleu ou vert.

Il demande qu'on utilise ce matériel pour répondre à la question : "Que pouvait-on faire ou ne pas faire en 1952 ?"

AEV 1718-21 tu peux ou tu peux pasTrouver des arêtes dans un loup ?
Lécher ton coude avec ta langue ?
Connaître l’âge d’une coccinelle au nombre de points qu’elle a sur le corps ?
T’inscrire à Miss France quand tu as un enfant ?
Appeler ton cochon Napoléon en France ?
-------------------------------------------------
Inspirer par le nez et expirer par la bouche en même temps ?
Te baigner dans l’Océan pacifique quand tu es en France ?
Entendre le bruit des criquets femelles ?
Faire voler un avion en papier pendant vingt-sept secondes ?
Etre champion du monde de formule 1 sans avoir ton permis de conduire ?
-------------------------------------------------
Te chatouiller et te faire rire ?
Péter dans ton bain sans que la bulle ne remonte dans l’eau ?
Etre hôtesse de l’air sans savoir nager ?
Piloter un avion pieds nus en France ?
Avoir la phobie des fougères ?
-------------------------------------------------
Te marier avec la sœur de la cousine de la belle-mère de la tante de ta femme ?
Voir un colibri voler en marche arrière ?
Faire encadrer tes tatouages après ta mort ?
Appeler ton enfant Titeuf ?
Produire vingt litres de mayonnaise avec un seul œuf ?
-------------------------------------------------
Fêter Halloween sans problème au Puy-en-Velay ?
Voir un dauphin dormir les yeux fermés ?
Avoir la confirmation dans la bible que la pomme est le fruit défendu ?
Ecrire le mot alcool avec les lettres du mot police ?
Monter dans un avion, voler jusqu’au bout du monde, le tout sans avoir de billet ?
-------------------------------------------------
Trouver 52 dents sur un petit-beurre de LU ?
Donner 25 prénoms à ton enfant ?
Donner gratuitement ton corps à la science ?
Ecrire 45000 mots avec un stylo Bic ?
Voir des Bonnichons dans le Loiret ?
-------------------------------------------------
Avoir un tatouage et devenir Miss France ?
Avoir des cils de plus de 6 mois ?
Trouver trois fois plus de vitamine C dans un poivron rouge que dans une orange ?
Casser un spaghetti sec en deux en le tenant par les deux extrémités ?
Trouver du cyanure dans les pépins de pommes ?
-------------------------------------------------
Prendre un policier en photo en France ?
Trouver des horloges dans les casinos ?
Croquer la couille du pape ?
Dormir un tiers de ta vie ?
Trouver un quart des os d’un être humain dans ses pieds ?
-------------------------------------------------
Vivre sereinement quand tu es pantophobe ?
Conjuguer le verbe traire au passé simple ?
Fêter la journée mondiale du rangement de bureaux ?
Lire le magazine playboy en braille ?
Voir une girafe bâiller ?

Ephéméride Yvon 1952 08 11

 
 Ephéméride Yvon 1952 08 12  Ephéméride Yvon 1952 08 10  Ephéméride Yvon 1952 08 09

 

18 octobre 2016

La chouette / Jean-Paul

AEV 1617-06 Chouette

 La chouette effraie
Ton poisson ne l’est pas

Le chrétien étouffe
L’herbe sous ses pas

Le canard s’ébroue
Par-dessus deux noix

Le babouin épile
Sa face de gourmand

La belle montre étanche
Glisse dans l’étang

Le renard étripe
Le road movie du toucan

Un ourson épluche
Des notes de frais
Et se frotte le nez

La chouette effraie
Ton poisson ne l’est pas

20 février 2024

Des incipit en veux-tu en voilà / Jean-Paul

 

Qui veut noyer son œuf l’accuse d’être arrivé par le cul de la poule. Pareil pour le chagrin d’amour. Qui veut noyer son chagrin d’amour accuse son ex d’avoir choisi un nouveau coq.

***

Le pape ? Combien de followers et de coalisés ?

***

 Tant va le samouraï au bowling qu’à la fin il se vautre, bourré à la tequila et serti de delirium tremens.

***

 Le fait de patrouiller sur la Loire en Zodiac ne fera pas pour autant de toi un marinier. Il convient que tu écluses dignement et que tu ne cherches pas la bagarre au pilote de la gabare. Te voilà prévenu. N’est pas uraète qui veut surtout s’il est né d’un ganga et n’a pas la notion du transfuge de classe.

***

Ça ne sert à rien de mettre un bonnet phrygien à un poulet en peluche : les prochains Jeux olympiques n’en seront pas plus féeriques.

***

Quand l’animateur d’atelier d’écriture est bourré, les plumes des écrivantes dansent au son de musiques auvergnates. Cela peut aller du « Paso doble de Bourg-Lastic » au « One-step de Saint-Nectaire ».

***

Jamais le torero n’affronte d’esturgeon au milieu de l’arène.

***

A force d’évincer l’idée d’une dernière pelletée on finit par se consumer dans une flammèche tout sauf grandiose et on termine dans une urne alors même qu’on n’allait plus voter aux élections.

***

Sur la lancée de ses études, suivant qu’il brille ou pas, le lycéen peut devenir notaire, écrivain ou chargé d’entretien chez un installateur d’éoliennes.

***

Il vaut mieux arborer la rosette de la Légion d’honneur qu’un œil au beurre noir ou une bosse sur le front bien badigeonnée d’arnica.

***

Le pacha a beau être ignifugé, ça ne l’empêchera pas, en cas d’bus de piment des Caraïbes, d’avoir le feu au cul.

*** 


La première fois qu’Aurélien entendit Bérénice chanter en soliste dans l’oratorio, il la trouva réellement, franchement faible. Il s’abstint de le lui avouer car elle était aussi championne olympique du lancer de vitriol pour un oui ou pour un non.

***

Derrière le mur mitoyen c’est la propriété d’un écrivain, natif du capricorne, qui est rebelle à l’hyménée mais qui ne boycotte pas pour autant les relations tarifées. Il paie en piécettes d’or les filles de la contrée qui se moquent après coup de son blason burelé et de ses jouissances tardives, voire de la taille de sa pipette.

***

On aura beau faire et beau dire, « azur » ne sera jamais un synonyme de « trépied ». Et pourtant ce jour-là le ciel de Normandie ressemblait à un strapontin : tout gris, manquant de ressort, n’ayant rien à voir avec ceux de Boudin Eugène.


***

On avait installé, en surplomb du prévenu, une épeire de Damoclès. L’araignée géante tissait au plafond du palais de justice une toile symbolisant la dureté de la loi – Dura lex sed lex – et l’homme mis ainsi sur la sellette n’en menait vraiment pas large. Même un samouraï aguerri se serait senti un peu faible en songeant aux funérailles molles que l’arachnide profilait.

***

Longtemps je me suis abreuvé, de bonne heure, de la chicorée de l’aube. Dès le petit matin, je broyais du noir.

28 novembre 2023

Une Ville atypique / Marie-Thé

Une ville détruite par des bombardements a été reconstruite à l’image de certains quartiers de la ville de New-York. Les rues sont rectilignes et les immeubles d’habitation ont la forme d’un carré parfait.

Chacun de ces blocs possède une singularité marquée par ses habitants ou bien par ceux qui y ont séjourné. On peut découvrir la partie française, la partie anglaise, le square Tartacover et bien d’autres quartiers encore.

AEV 2324-10 Marie-Thé - Foujita

C’est dans cette ville atypique que Mitsumasa a choisi de venir en résidence pendant une année. L’architecture droite et sans fioritures semble convenir à ce peintre japonais.

Dans le quartier Letton, au 2e étage de la 9ème rue, vit Coralie, dans un studio d’étudiant. Elle est amoureuse, fume du shit et a bien du mal à se concentrer sur le programme du bachot qu’elle doit passer dans quelques mois.

Elle se rend chaque semaine à la piscine de l’Hippopotame. C’est là qu’elle rencontre Mitsumasa et qu’il lui demande de devenir son modèle.
Ils se retrouvent chaque semaine dans la piscine après une séance de pose. Ensuite, Mitsumasa emmène Coralie dîner au restaurant de la Fourchette Royale avant d’aller dans son appartement pour faire ce que font tous les amoureux, c’est-à-dire dormir ensemble.

C’est la belle vie pour Coralie qui, de ce fait, ne travaille pas beaucoup et vit sur un petit nuage. « Je partirai avec Mitsumasa au Japon à la fin de l’année, c’est sûr ».

AEV 2324-10 Marie-Thé

Un jour qu’elle passe devant le café Diapason en revenant de ses cours, elle le voit attablé face à un Asiatique, le Docteur Hérisson, bien connu dans la ville pour sa médecine basée sur l’acupuncture. Ils font une partie d’échecs au son d’un concert de rock. Mitsumasa lui sourit lorsqu’elle entre et s’assoit à côté de lui.

A la fin de la partie, ils discutent de choses et d’autres, en particulier de l’art de vivre du Japon et le Dr Hérisson demande à Mitsumasa si sa femme n’aurait pas eu envie de l’accompagner dans son voyage.

Coralie se décompose. Elle ne savait pas que Mitsumasa avait une famille !

Blessée, elle renverse le jeu d’échecs, crie à tue-tête « Tu es un traître !». La musique s’arrête. Les clients se taisent et regardent Coralie. Pour ne pas montrer ses larmes, elle quitte le café Diapason en claquant la porte comme dans un film tragique.

Il a fallu à Coralie quelques semaines de repos pour digérer cet affront et sa déception.

Et puis, aidée par ses amies de la fac, elle a retrouvé une vie normale et s’est remise à préparer sérieusement son bachot.

14 novembre 2023

Fou, fou, fou ! Cinq poèmes de Lautréaval / Maryvonne

Pléonasme

Un plat plat
Un escalier qui monte
Un danseur qui danse
Un crépuscule du soir
L'aube du matin
Un parfum qui parfume
Et des bohémiens en voyage

AEV 2324-08 Maryvonne - bohémiens

***

Alchimie de la douleur

Aïe ! Aïe !
Aspirine, doliprane
Cocktail anti-douleur
Aïe ! Aïe !
J'ai mal au cœur.

AEV 2324-08 Maryvonne - 1312416-Caricature_de_Charles_Baudelaire

***

Beaudelaine a mis fin à ces époques nues avec ses vêtements ondoyants et nacrés.
A une mendiante rousse, fière de sa beauté
J'ai donné un manteau en peau de chat
Brumes et pluies ont fait l'irrémédiable
Le goût du néant a fini le travail
Et flic et flac !

AEV 2324-08 Maryvonne - petite-mendiante-rousse-c1843-1939_u-l-q1n0mru2fjqjt

***

Rhum, duellum, Delirium

Encore un verre mon bonhomme
Encore un vers de poésie
Pour faire plus joli
Encore un verre, dit le factotum
J'ai mal à mon duodénum
Encore un ver solitaire
Pour foutre ma vie en l'air
Et juste un dernier poème
Pour dire à la vie que je l'aime

julienlaforgue-julien-laforgue-alcool-ivresse-charles-baudelaire-poeme-spleen-poete-litterature-enivrez-vous

***

Albatros, élévation

Dans son bec vole la correspondance de l'homme de la mer à la servante au grand cœur.
Je n'ai pas oublié, dit le message encré, la beauté, le parfum exotique et cette volupté unique.
Je suis comme le roi d'un pays pluvieux
Je pleure des gouttes salées qui la nuit me tiennent éveillé
Dans ce ciel brouillé l'oiseau fera une percée
L'aube sera spirituelle
Pour que ce poème te caresse de son aile.

AEV 2324-08 Maryvonne - Albatros

30 janvier 2024

Va y avoir du sport ! / Maryvonne

AEV 2324-17 Maryvonne - Barre fixe

Quand j'étais suspendu à la barre fixe au dessus du vide j'ai eu un coup de chaleur. Je me voyais en pièces détachées et j'étais mort de trouille. Tout ça parce que le boss voulait savoir où j'avais planqué le magot.

AEV 2324-17 Maryvonne - Surveille tes arrières

J'avais beau lui redire « Ne nous énervons pas !» ça n’y changeait rien. Au rendez-vous des tordus je me disais qu'il allait me chatouiller sous les bras et que j'allais lâcher prise. J'étais entrain de raconter la scène à la fille de mes rêves en mimant l'action sans me rendre compte que la minute du mensonge venait de s'égrener à l'horloge du coup tordu.

Jules m'avait bien dit « Surveille tes arrières !». La reine des pommes qui me serinait « Fais-moi confiance » était entrain de me doubler. Elle avait changé de camp ! C'est le bouquet ! Ça n'arrive qu'à moi !

Mais je n'ai pas dit mon dernier mot. Le butin en petites coupures est volumineux et ce n'est pas dans ton string que tu vas planquer ça. Avec ta taille de guêpe et ton petit sac de pouffe, tu vas pas envoyer la fumée si les cognes te serrent !

AEV 2324-17 Maryvonne - Les Sentiers du désastre- Adieu ma jolie, tire-toi avant que je me fâche, je me retourne et je te course, je te poursuis et ce sera les sentiers du désastre derrière toi.

- Pauvre mec, ton discours est genré ! Ne fais pas le clown, les nanas d’aujourd’hui savent envoyer des pruneaux. Un coup de planteur dans le pif et on décime, on suicide ! Prière d'incinérer après mon passage. L'argent facile c'est pour nous aussi. Finie la pauvreté des allocations familiales, je veux du beau linge. Faites-moi confiance je saurai mettre la main dans le sac à billets. C'est plutôt « Adieu mon joli », le valseur énigmatique a fini sa prestation miteuse. La musique est dissonante, c'est le tango des « losers. » Je n'aurai pas fait une formation à Villejean pour des haricots. Et tu pourras toujours venir te traîner à la queue de ta sirène en bavant : c'est bien mon tour de te regarder à terre. C'est nous les filles qui tenons la dragée haute et j'espère que tout le monde sont là pour entendre ça, parce que ça fait du bien !

3 octobre 2023

Le Dinosaure et le chat / Anne J.

AEV 2324-04 DinosaureIl était une fois un petit dinosaure qui se mourait d'ennui sur sa planète. Il faut dire qu'il n'y avait pas grand chose pour s'amuser sur la planète Terre à cette époque là . La bien-aimée du petit dinosaure était partie gagner sa vie sur une autre planète et notre héros tournait en rond sur son domaine. Personne ne voulait passer du temps avec lui car il faisait peur : 2,50 m au garrot, un long cou flexible, des écailles puissantes et acérées sur le dos et une petite tête mais aucune dent pointue, juste des grosses molaires pour mâcher des feuilles, des branches ou des pousses de bambou car le petit dinosaure était strictement végétarien.

Un soir, lors de sa promenade vespérale destinée à chasser ses insomnies, le petit dinosaure rencontra un drôle d'animal, noir, poilu, avec des grands yeux vert-jaune et de longues moustaches blanches autour de la bouche. L'animal était perché sur un grand balai et fendait les airs à une vitesse vertigineuse. Il portait des bottes et un superbe chapeau de mousquetaire avec une plume blanche immense qui lui servait de balancier. Il atterrit avec beaucoup de grâce au pied du dinosaure dont il ne semblait pas du tout avoir peur. Le dinosaure sursauta et mit en branle le peu de cervelle dont il disposait pour poser la question fatidique :

-  Qqqqui es-es-es-es-tu, toi ? (J'ai oublié de vous préciser que notre ami était bègue )

AEV 2324-04 Chat noir- Je suis le chat noir et j habite sur la planète Lune chez une abominable vieille sorcière qui ne me nourrit que de croquettes et de boîtes de thon avarié. J'ai décidé de la quitter et de m'en aller découvrir d'autres mondes et tu vois pour voyager plus vite, je lui ai piqué son balai !

- Et tu vas où ?

- Je vais en Écosse, c'est un pays magnifique, leur spécialité, ce sont les fantômes mais on m'a aussi demandé de rendre visite à un ami à toi. Je crois qu'il vit tout au Nord dans un endroit appelé le Loch Ness.

- Et il a un problème ?

- Oui, une étrange maladie de peau. Il est couvert de plaques dorées du plus bel effet mais qui le démangent et le brûlent horriblement, je crois que ça s'appelle « être riche ».

- Riche ? Je ne vois pas. Et tu as un remède pour lui ?

- Oui ma pingre de sorcière fabrique un savon magique qui guérit de la richesse, on devient pauvre et en plus invisible ; c'est à la fois mieux et pire.

- Et comment tu sais tout ca ?

AEV 2324-04 Télescope- J'ai passé beaucoup de temps à regarder les planètes et les coins perdus de la Terre avec le télescope que m'a légué mon grand-père. C'est un objet magnifique qui permet de voir très, très loin des choses très petites.

- Petites comme quoi ? Tu crois que tu pourrais voir une petite dinosaure sur une autre planète ?

- Bien sûr !

- Et je peux partir en voyage avec toi ?

- Si tu veux ! On ira voir le monstre du Loch Ness et ensuite on ira où tu veux !

Le petit dinosaure devint rouge comme une tomate et se mit a bafouiller en roulant des gros yeux.

- Tu crois qu'on pourrait retrouver ma chérie ?

- Avec le téléscope, sûrement !

AEV 2324-04 Banane- Elle adore les bananes, tu sais où on peut en trouver ?

- Beurk ! fit le chat avec une mine dégoûtée, les bananes ? Ouais , ça pousse au Sud. On cherchera avec le télescope ou on demandera en route.

Le chat jeta un œil sur le balai de la sorcière, il était petit mais robuste et le dinosaure n'avait pas l'air si gros . Il prit alors le télescope par le mauvais bout ; le dinosaure apparaissait tout petit dans la lunette, il le prit entre ses mains et l'accrocha à la plume de son chapeau.

Juste avant d'enfourcher son balai, le chat inspecta les environs : tout était bien jusqu'au moment où une banane volante se posa juste devant lui. Elle avait envoyé balader tous les régimes pour vivre sa vie. Le chat évita de justesse la collision en pestant. Décidément il n'aimait pas les bananes.

Quand ils arrivèrent en Écosse, il pleuvait bien sûr mais Nessie était au rendez vous. Quand il fut l' heure de repartir, le petit dinosaure était si bien qu il demanda à rester encore un peu au fond du Loch, ce qui le sauva de la météorite qui anéantit tous les dinosaures.

Quant au chat on n’entendit plus jamais parler de lui mais je le soupçonne de s'être établi dans une bonne maison où les croquettes sont fraîches et les caresses délicieuses. Près de Lannion peut être ?

7 novembre 2023

Texte-devinette n° 3 de 3 / Anne J.

AEV 2324-07 Anne J

On dit de moi que je procrastine beaucoup et c'est sans doute vrai : un exemple ? Déclarer le dégât de cheminée dû à la tempête Ciaran m'a pris quatre jours, tant il est vrai que ce genre de choses m'ennuie. Et ne parlons pas d'acheter un objet ménager quelconque !

Pour me corriger, je pourrais écrire cent fois cette expression ou bien me la répéter à longueur de journée comme un mantra, ce serait plus facile pour moi que de mettre cette action en branle : j'ai peur de cet animal et je ne me vois pas l'attraper par cette partie conique et courbée qui trône sur son front comme une arme guerrière.Et puis après je fais quoi ? Je le suspends comme décoration dans mon salon ? Je décide d'aller faire mes courses grimpée dessus ? Je le traîne derrière moi comme un toutou en laisse ?

Non , je continuerai de procrastiner encore longtemps et même quand l'Ankou sera devant moi , sans doute dirai je :  «  Attendez un peu , s'il vous plaît, je ne suis pas encore décidée !»

***
 

De quoi s'agit-il ?

Réponse (cliquez ici, maintenez enfoncé et tirez la souris vers la droite) : prendre le taureau par les cornes

7 février 2023

La Princesse Margaux / Dominique H.

Il était une fois une princesse, nommée Margaux, enfermée dans la tour d'un château. Elle était si belle que son père voulait la soustraire à tous les regards masculins aussi concupiscents que cupides. Le château, situé en haut d'une montagne, dominait une forêt de conifères. Dans le fond de la vallée coulait une rivière. Le site était à la fois grandiose et bucolique. Le promeneur qui découvrait dans son écrin de verdure ce château de Belle au bois dormant ne pouvait soupçonner le drame qu'il abritait.

Dans les veines du prince-patriarche coulait le sens de l'autorité que lui avait naturellement transmis par don ADN son patriarche de père, et il en était ainsi depuis la nuit des temps. Évidemment les épouses des princes-patriarches étaient soigneusement choisies pour que ce système ancestral se perpétue. Elles avaient reçu une éducation adéquate et avaient intégré que c'était dans l'ordre des choses que le patriarche ait les pleins pouvoirs. Elles consentaient à la soumission en échange d'une douce vie princière, servies par de nombreuses domestiques qu'elles se plaisaient à soumettre en retour selon les règles qui régnaient au château.

La jeune princesse, alors dans sa quinzième année, observait silencieusement ces jeux de pouvoirs quelque peu contradictoires avec les vertus religieuses qui lui étaient enseignées. Son éducation évitait d'aborder les idéologies qui auraient pu la polluer en l'écartant de l'esprit de soumission.Ses journées étaient donc agrémentées de musique de chambre et elle avait appris à jouer de la harpe. Évidemment, elle savait broder à la perfection et son nouveau précepteur commençait à l' initier à la poésie.

Une princesse médiévale et son précepteur à cheval 1

Sieur Guillaume le Clerc, avait été recommandé par l'abbé Grégoire du monastère bénédictin voisin qui s'était porté garant de sa moralité. L'abbé Grégoire était au sens propre le père spirituel de Guillaume puisque, vingt ans auparavant, quand il était prieur, c'est lui qui avait trouvé devant la porte de l'abbaye, un nouveau-né enveloppé dans une couverture, et c'est lui qui avait su convaincre l'abbé Daniel de garder l'enfant au monastère. L'enfant nommé Guillaume, sut se faire aimer et montra de grandes dispositions pour le latin et les textes sacrés, mais aussi pour l'astronomie, la géométrie et la poésie.

Grâce à cette éducation au monastère et à la recommandation de l'abbé Grégoire, Guillaume avait bénéficié d'emblée de l'entière confiance du prince-patriarche, il voyait en lui un ange savant. Pourtant le précepteur observait l'ordre qui régnait au château et contenait sa colère intérieure. Son comportement soumis rassurait tout à fait le prince. Et puis la mère de la princesse veillait aussi à ce qu'il respecte la jeune fille et sur ce point l'attitude du jeune clerc était également sans faute. L'éveil artistique de Margaux ne suscitait aucune méfiance. Guillaume choisissait soigneusement ses textes poétiques et personne ne pouvait imaginer que, après les sonnets de Pierre de Ronsard et de Joachim du Bellay, il l'initiait aux poèmes subversifs de Clément Marot et de François Villon. Il avait encouragé la jeune princesse à elle-même écrire de la poésie et le soir, devant la cheminée, elle lisait à ses parents des vers parsemés de roses et de crépuscules.

Margaux, en bonne élève, apprit rapidement le latin, ce qui renforça sa complicité avec Guillaume. La lecture de textes anciens lui ouvrit l'esprit. La vie s 'écoulait ainsi paisiblement mais l'orage se préparait. La jeune fille qui savait très bien jouer l'innocence, entreprit de convaincre son père de lui offrir une monture pour se promener dans la forêt. Le clerc était aussi bon cavalier et c'est à cheval qu'il se rendait au château chaque matin. C'est naturellement qu'il se proposa d'accompagner la princesse dans ses promenades . Évidemment, une dame de cour, bonne écuyère les accompagnerait. Guillaume renseigna le prince sur un haras réputé sis à quelques lieues du château. La confiance régnait entre les deux hommes. Le cheval choisi était calme mais puissant. Margaux joua les niaises une fois de plus en demandant que sa monture fût déguisée en licorne rose. Le père céda en souriant à ce qu'il considéra comme un caprice de petite fille.

La saison des champignons arrivant, leur cueillette offrit un prétexte innocent aux promenades équestres. L'usage courant du latin, qu'eux seuls pratiquaient, permit à Guillaume et Margaux d'échanger facilement sur leur plan d'évasion. Le clerc savait observer les signes du ciel, et, un matin, il décela qu'un orage se préparait pour la soirée. Les bagages de la princesse avaient été acheminés, de jour en jour, dans une cahute de la forêt.

Ce jour de fin août, encore ensoleillé en début d'après midi, les trois cavaliers partirent à la cueillette des girolles. Vers seize heures la foudre tomba sur le château perché et un début d'incendie se déclara. Le prince patriarche s'agita, jurant et donnant des ordres contradictoires à ses domestiques. L'incendie mit du temps à être maîtrisé. La princesse-mère resta terrée dans sa chambre, en prière. Pendant ce temps, Guillaume et Margaux distancèrent très vite la dame de cour dont le cheval, effrayé par l'orage, ne cessait de ruer.

Un château médiéval sous l'orage

Ce soir là, la princesse dormit à l'entrée du village du précepteur, hébergée par une femme lettrée qui connaissait bien les plantes et qu'on appelait «  la sorcière ». Elle était en sécurité. Une nouvelle vie commençait pour elle. Elle se sentait reine de son avenir.

Mots utilisés :
montagne foudre + orage ;
château balle + suicide ;
pieuvre école + bonhomme ;
léger licorne + princesse ;
reine champignons + girolles.

11 avril 2023

Une interview de la célèbre romancière Agatha Christie

- Bonsoir madame Agatha Christie, vous êtes ce soir notre invitée dans l’émission «  Chefs d'oeuvre en péril » et nous en sommes très heureux.

- Bonsoir Madame.

- Vous venez de parrainer une association qui milite pour le maintien des emplacements de camping dans les aires désormais envahies de mobil-homes et de signer la pétition «  Sauvez la tente !». Pouvez vous nous expliquer pourquoi ?

AEV 2223-27 Anne J

- Voyez vous, avec mon deuxième mari, Max Mallowan, qui était archéologue, nous avons beaucoup vécu sous la tente et pratiqué le camping simple et il me semble important que les nouvelles générations puissent goûter à cette vie proche de la nature. Car j'ai accompagné mon mari sur tous les terrains.

- Pourtant pour une femme de votre génération ça ne semblait pas évident et vos débuts dans ce domaine n'ont pas été faciles !

- C'est certain mais voyez vous je ne vais pas frapper dans le buisson, mon premier mari Archibald m'a laissée tomber pour une intrigante qui travaillait avec lui dans sa compagnie d'assurances. Il faut dire que je l'ai épousé très jeune et dans l'urgence de la première guerre mondiale mais quand même j'ai été un moment l’arrière train de la blague et appelons une bêche une bêche j'ai été bel et bien trompée et trahie.

- Et vous avez très mal supporté cette trahison ?

- Et vous ne l'auriez pas pris comme cela à ma place ? Je commençais à gagner de l'argent avec mes livres et alors qu'il était dans des difficultés financières, il jetait l'eau dans la canalisation avec cette pouffe. Si je devenais une écrivaine célèbre, il allait mettre pas mal de plumes dans son propre lit et me cuire comme une oie, pas question !

AEV 2223-27 Anne J- Et donc le 3 décembre 1926 vous avez disparu en laissant votre voiture sur la rive d'un lac pour faire croire à un suicide et vous n'êtes réapparue que 2 jours plus tard dans un hôtel où vous aviez trouvé refuge en vous présentant sous le nom de la maîtresse de votre Archibald.

- Mon Archibald, qui avait quitté le navire et qui m'avait emmenée dans le jardin du voisin !

- Et la police vous a cherchée ?

- Bien sur, mais ils n'arrivaient pas à la cheville ni d'Hercule Poirot ni de Miss Marple, ils n'ont même pas interrogé ma fille Rosalind que j'avais mise dans la confidence : il y a de la lumière chez eux mais personne n'est dans la maison mais c'est sans importance, ce mystère a fait que mes livres se sont encore mieux vendus qu'avant, devenir aigre ce n'est pas ma tasse de thé.

- Donc vous souhaitez que l'on garde dans les campings des espaces pour ceux qui veulent vivre à la dure et dormir sous une toile de tente et non dans un bâtiment en dur ?

- Ah oui, rien n'est comparable au bruit de la pluie sur une toile quand on est bien au chaud et qu il pleut des chiens et des chats : à chaque nuage son coté argenté, c'est une excellente occasion de lire des romans policiers et puis les pluies d'avril amènent les fleurs de mai.

- Justement parlons un peu de votre œuvre !

- J'ai beaucoup écrit et cela depuis ma première jeunesse. Au dernier recensement près de 67 romans dont certains sont des bluettes romantiques et avec lesquelles il n'a pas de quoi écrire à la maison mais les petits coups font tomber de grands chênes. J'ai écrit aussi 190 nouvelles et 18 pièces de théâtre et beaucoup ont donné lieu à des films ou à des téléfilms plus ou moins réussis . J'écris tout le temps qu'il pleuve ou qu'il brille et mes livres se sont vendus comme des gâteaux chauds.

- Pourtant on les considère aujourd’hui comme xénophobes, voire racistes et on a débaptisé un de vos chefs d’œuvre intitulé «Dix petits nègres» pour « Ils étaient dix ».

- C'était mon époque mais c'est un peu la marmite qui rappelle la bouilloire, vous avez vu à quoi elle ressemble, votre époque ? Je ne voudrais pas mettre le chat parmi les pigeons ni planter ma rame mais il n'y a pas de quoi faire un nœud à ma culotte, avec mes livres j'ai rehaussé le toit et je me suis bien amusée. Et vous, vous avez passé de bons moments avec mes héros en livres ou en films.

- C'est certain, et nous sommes heureux d'avoir un peu mieux fait connaissance avec vous. Encore merci, Madame Christie, pour ce moment passé avec vos lecteurs et vos lectrices !

AEV 2223-27 Anne J

17 janvier 2023

Viens marcher avec moi cette nuit ! / Jeanne

Viens marcher avec moi cette nuit !
Come walk with me tonight !

L’homme, dépourvu d’enthousiasme et d’optimisme pour la vie, méditait devant son verre de vin. Solitaire parmi tant d’autres ce soir-là, il fixa le liquide rougeâtre disposé devant lui, parvint à en sentir les effluves et tenta de boire par télépathie. Il pensait qu’il y arrivait très bien puisque l’ivresse détachée de l’alcool ça s’appelle la folie en son siècle et lui était fou. Enfin, c’est ce qu’il pensait mais il y pensait avec tellement de volonté et d’intentions malsaines pour lui-même qu’il y croyait comme il croyait en Dieu.

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Las de la soirée, las de vivre, il attrapa son verre et avant d’avoir avalé, saisit de son autre main la carafe de vin afin de remplir ce qu’il appelait son «désespoir». Il n’était pas saoul, rejetant tellement tout ce soir-là que même le flou de l’ivresse ne l’atteignait pas. Les habitués du bar le comparaient souvent à un Loup des steppes et lui-même, pitoyable dans la vision qu’il avait de son être, se comparait à cet animal solitaire. Malheureux il pensait que les douleurs de l’âme qu’il endurait étaient les pires ; comme tout homme qui souffre, il était le plus à plaindre, le plus à consoler, le plus à aimer.

Soudainement, il vit une forme rouge au coin du bar, une forme aux cheveux longs et aux jambes courtes. Très belle d’après son premier jugement, il observa que la jeune femme lisait ; il se dit que la lecture lui offrait une allure d’autant plus élégante. Pris d’une pulsion que d’habitude il ne prenait pas en compte, il agit brusquement : « Si elle aime lire, je vais lui donner de quoi lire ! » se dit-il. Habitué de littérature ancienne, il se mit à écrire un poème pour la jeune femme en rouge. Il aurait pu s’approcher et lui demander par quel ouvrage ses yeux étaient-ils passionnés, mais c’était un fou qui savait écrire. Dix minutes plus tard tout au plus, ces lignes étaient nées :


Viens marcher avec moi cette nuit,
Je te ferai goûter ma chère amie
A des plaisirs solitaires, marauds,
Que tu as sûrement touchés, salauds,
Seule et rouge comme toutes celles-là
Qui vêtues, d’un coquelicot aplat,
S’amusent seules sans savoir, malheureuse,
Qu’avec moi c’est sûrement mieux, peureuse.


Finalement, il était un peu saoul, il dit : le « salaud » c’est pour la rime, elle me pardonnera.

Il se leva avec son mouchoir de décasyllabes et s’approcha de la chanceuse qui tout de suite lui sourit. Puis on l’entendit rire dans tout l’espace du bar et lui on le vit rougir, comme un caméléon se camouflant avec la robe de la jeune femme. Après un long regard où se rencontrèrent espoir et désespoir, le joli coquelicot se leva, prit le bras du pauvre fou et bientôt, on ne vit qu’une tache grise au loin, avec, à ses côtés, une forme rouge.

2 mai 2023

Il était une fois une ville / Maryvonne

2023-04-19 - Nikon 303 bis rue TacotDans une ville au nom inconnu vit Marine Biniou, violoniste, qui connaît la musique et qui habite rue de Tambour mais elle préfère garer sa voiture rue Tacot comme ça son voisin le Comte G. Chandon ne la surveille pas. Celui-ci a la fâcheuse habitude d'arriver chez-elle dès qu'il sait qu'elle est rentrée.

Tout comte qu'il est c'est un radin et il lui manque toujours un verre d'huile - bien qu'il se prenne lui-même pour une huile - ou un œuf ou une feuille de papier Krafft (ou kraft ?) pour emballer un colis. Mais voilà, il n'emballe pas du tout Marine.

Il n'ira jamais sonner chez Antoinette Paillard qu'il trouve vulgaire ni chez Leroy dont il est jaloux du patronyme. Leroy ! Quelle audace ! Chez Dominique D'Aupilhac, il n'ose pas car la particule l'intimide puisque lui, bien que comte, a perdu la sienne et il n'aime pas que l'on mette le doigt sur cette incongruité. En attendant c'est toujours sur la sonnette de Marine qu'il met le doigt.

2023-04-17 - Nikon 91

Elle préférerait tellement que ce soit Paul Douce qui vienne frapper, que dis-je, plutôt caresser sa porte et plus si affinités. De temps en temps elle a remarqué que ce Paul Douce va faire vibrer la cloche chez Françoise Carillon-Ramonet. Elle ne voit pas ce qu'il peut bien lui trouver avec son nom à tiroir et, sans se moquer du physique, franchement, il lui semble que ses pattes d'oie autour des yeux marquent bien son âge avancé.

- Ah ! Ce Paul Douce, dit Marine, je suis un peu tournebonneau quand je le vois ! Enfin, tourneboulée, j'en perds mon latin.

2023-04-17 - Nikon 46 B rue du Marc recadréeElle est un peu midinette. Elle irait bien faire un tour avec lui. Oh ! Pas très loin, rue de Venise par exemple, juste pour l'évocation de la cité romantique. Ils iraient prendre un verre rue des Trois raisinets ou rue Marlot et pour finir un petit digestif rue du Marc en fin de soirée. Elle rêve, Marie Biniou.

Vous vous demandez où j'ai bien pu rencontrer cette jeune musicienne. C'était rue de la Grosse écritoire, nous avons sympathisé. Quand elle m'a parlé de son rêve j'ai promis que je raconterai son histoire - ou sa non-histoire ! - avec Paul à mon atelier d'écriture et que ce serait comme si ça existait vraiment.

C'est alors que Paul est passé avec Françoise Carillon-Ramonet. Ils allaient vers le Parc de la Patte d'oie, bras dessus bras dessous. Alors Marine leur a crié avec rage : « Bonne promenade, la rue de la Grue, c'est tout droit ! » Et elle a tourné les talons vers la rue du Clou dans le fer.

Pauvre Marine ! Je lui aurais bien dit :  « Parfois, rêver c'est comme pisser dans un violon ! ».

2023-04-17 - Nikon 192

28 mars 2023

Journée ordinaire ? Foutaises ! / Anne J.

Fichtre ! Notre affable animateur nous propose une drôle d'affaire : raconter une journée ordinaire. Je vais devoir réunir mon staff, soit un chat effarouché et moi-même pour en délibérer, à moins que je n'ouvre mon coffre pour y consulter mon Gaffiot entre deux bouffées de ma bouffarde préférée ! Non c'est du bluff, je n'ai jamais fumé !

Serait-ce faire preuve de suffisance que de suggérer qu'aucune journée n'est ordinaire ? Ce n'est pas que je vive ma vie à donf ou que je fasse beaucoup d'affaires mais j'aime a penser qu'aucune journée n'est ordinaire puisque chaque jour qui passe ne reviendra pas.

Hier, par exemple, quand je me suis levée, mon estomac criait famine. On pourrait dire que je me suis levée affamée ; alors j’ai sorti de mon buffet quelques tranches de pain que j'ai tartinées de confiture de fraise, parce que c'est meilleur que la paraffine. Comme j'avais aussi soif, j'ai bu non pas du ratafia mais du thé tout simplement ! Ordinaire sans doute !

Il était presque l'heure d'aller travailler des contes à l'atelier de la Maison de quartier. En passant dans le couloir j'ai vu une affiche : il y avait du théâtre ce soir, une troupe locale bien nommée les éServelés. Je kiffe, je piaffe, je frétille et je m'engouffre dans cette opportunité.

En attendant il me faut encore travailler mon piano et affronter ma nouvelle partition, avec ou sans effroi. Je file m'asseoir sur mon tabouret sans moufter et j 'offre une aubade à Felix, le chat qui se lamente : « C’est quoi, ce raffut ?! ».

Pour souffler un peu, je lui propose une séance de brossage car il a le poil touffu mais il faut faire gaffe car il a la griffe leste, le fieffé loufiat !

***

La pièce de théâtre était très drôle et on a beaucoup ri : une histoire de retrouvailles de vieux de 50 ans, anciens amis de lycée qui se sont perdus de vue et vont à un anniversaire avec son lot de surprises, de bluff, de bonne bouffe. L’un d'eux est devenu gay et a un look effémine, l'autre est un ecclésiastique heureusement pas trop effarouché ni perturbé par les effluves des compagnes, le troisième a une tenue d'officier qui fait se pâmer les filles et suffoquer les pouffes. Il y a aussi une fille dont tous les copains présents pourraient être le père !

AEV 2223-25 Anne J

C'est sans me rebiffer que j'ai rejoint mon lit vers 23 h 30, l’heure a sonné au beffroi. Pour sombrer, pas besoin de tafia !

Une journée extraordinaire comme toutes mes journées, ffalsambleu !

28 mars 2023

Un Sentiment diffus / Jean-Paul

M’appartient-il de jouer les vierges effarouchées ? Dois-je faire gaffe à mon vocabulaire autant qu'à mon orthographe, éviter de diffamer le mufti et ses affidés ? Enfiler des moufles pour évoquer les boursouflés du beffroi qui nous gouvernent ?

Il me semble que cette liste de mots dans lesquels figure la graphie « ff » offre une occasion sans pareille d'aller affronter un certain nombre de fieffés ruffians, de tailler dans la plus belle étoffe du vocabulaire un costard à des loufiats du capital, d'infliger un affront à des officiers d'un État peu civil dont la suffisance est coincée sur le curseur « à donf ».

AEV 2223-25 JK - Zidane

Or moi je suis quelqu'un dans le genre de La Fontaine : je suis un homme affable. S'il faut se défoncer sur un ring, aller au bourre-pif sur un terrain de foot ou, pire encore, aller tuer tous les affreux, ça ne me fait rien du tout d'être traité de tafiole, de dégonflé, d’efféminé ou de souffreteux du moment que je peux décliner l'offre de castagne !

Les batailles de chiffonniers, les échanges de coups de riflards avec des anciens des bat’d’Af, la distribution de baffes aux bouffis, aux joufflus, aux mafflus et aux maroufles, très peu pour moi ! Pas envie de jouer les Battling Joe en haut de l'affiche ! S'il faut se rebiffer contre les caves du Vatican, s'il faut faire leur affaire aux mafieux, s'il faut foutre des coups sur la truffe des gardiens de la paix qui préparent la guerre en raison du proverbe « Si Vis Parker para bel homme » comme on disait autrefois chez Maxime Le Forestier à futaies affûté et dans les pages roses du dictionnaire latin de Félix Gaffiot, alors dites-vous que je n'ai rien dans le coffre et que je suis trop enchifrené pour prendre quelqu’un ne serait-ce qu'en grippe.

C'est affolant d'ailleurs comme en matière de testostérone ma structure crie famine ! Pour tout vous avouer, je suffoque à la simple idée d'un soufflet qui ne soit pas au fromage, je m’effiloche quand le bourreau fait son office et chauffe le bûcher dans lequel étouffera Jeanne d'Arc, je m'affale sur le sol quand on brandit une effigie de pendu ou de guillotiné.

Quand ça effraie, que ça piaffe, que ça souffle dans les bronches, soufflète dans les tronches, quand ça se bouffe le nez, quand ça effervesce, que ça tourne à l’effréné, au raffut, à l'effroi, quand le rafiot prend l'eau ou lorsque la nef est en feu, par Notre-Dame, je m'efface, je file, je pars en fumée !

C'est bien simple : l'étendue de mes rebuffades devant toute violence est si touffue qu'il y a des jours où, carrément, je me donnerais des baffes !

Par contre pouffer de rire devant l'afflux de bouffonneries qui me viennent sous la plume le mardi soir en salle Mandoline, ce n'est pas du bluff mais ça, je kiffe !

21 mars 2023

Cher ami / Jean-Paul

Cher ami,

mais pour mériter ce nom de cher ami il vous faudra aller au bout de cette lettre.

Le Cheval de Troie devant les remparts de la ville 2

Pour l'instant vous n'êtes pour moi qu'un joyeux fumiste mais un fumiste fumeux, dépourvu de l’esprit de farce et de subversion, du rire antibourgeois d’Alphonse Allais et de ses potes fin de siècle, l’autre siècle. Sous couvert de science, de monde à venir, de progrès, vous, programmeur vaniteux, faites joujou avec des concepts millénaires, l'art, la peinture, la représentation du monde, l'intelligence mais celle que vous nous proposez, qualifiée d'artificielle, ne se débrouille pas très bien de son affaire !

A titre d’exemple, quand on lui demande de représenter un cheval de Troie il n'est pas question pour elle de nous figurer une machine de guerre en bois dans laquelle des soldats grecs soucieux de créer une « prequel » à Royal de luxe auraient pris place pour s'adonner à une razzia digne de Wagner avec musique de chevauchée des Walkyries et viol et massacre des Troyennes à l'aube (département 07). On a droit à un beau cheval alezan digne de remporter le prix de l'Arc de triomphe ou le Derby d’Epsom !

Cependant si un jour vous arrivez, vous et vos congénères, à faire en sorte que les projections farfelues de votre logiciel Deep Dream Generator trouvent corps dans la réalité alors oui, vous serez peut-être devenu mon ami.

Car vos gondoles et votre Venise de fantaisie me plaisent ! Et, plus près de chez nous, votre revisite de l'opéra de Rennes « in the way of Giorgio de Chirico » me séduit.

Et qui sait, peut-être nous verra t-on un jour ensemble dans les rues de cette ville, incroyablement souriants.

Venise en hiver au XVIIIe siècle

 Une gondole à Venise

 Venise sous la neige (pencil sketch)

 Venise prise dans la glace

7 mars 2023

Avant-jour / Anne J.

D 93 V 17 - V 11 26

C'est un photographe très matinal qui a pris cette photo dans sa balade de l'avant jour. Il avait laissé son épouse à l’hôtel pour errer tranquille dans les rues de Venise et nous avons un peu bavardé sur le pont du Rialto.

Moi, c'est Antonio et je traverse subrepticement la place St Marc. Je rentre d'une virée nocturne et d'une belle nuit d'amour avec Roxane, la belle chatte persane du palais des Conti. Celui qui est assis au centre de la place c'est Roméo, le matou des Borgia, beau gosse, mais sans la classe d'un vrai chat de Venise. Je rentre dare-dare, ma maîtresse va s'inquiéter et ameuter tous les voisins du quartier. Pas question de lambiner, j'entends le tic tac de l'horloge de San Giorgio Majore qui rythme toute la vie de Venise. Il y a des années-lumière que je ne suis pas rentré aussi tard  !


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Le photographe matinal m'a demandé si j'étais parent avec un certain prêtre roux bien connu à son époque et encore célèbre aujourd’hui. Je lui ai demandé comment il le savait : il m'a dit m'avoir entendu pousser la chansonnette sous le balcon de ma belle amoureuse et a prétendu que cela avait un air de déjà-vu. C'est plutôt un air de déjà entendu, je pense  ?

A vous, je peux bien le dire mais ne le répétez pas surtout : j'ai hérité de mon ancêtre Antonio 1er le pouvoir de miauler de façon synchrone avec les accords du violon. C'est cela le secret des sublimes concertos du musicien de Venise, un chat noir, amoureux d'une belle, et j'en suis très fier

***

Antonio s'éclipsa subrepticement de son pas souple de félin, le soleil qui se levait derrière les nuages agrandissait son ombre. Au coin du palais, juste avant de franchir la chatière, il aperçut le chapeau de Mattéo, l'amant de sa maîtresse. Le gondolier avait mis son bateau au sec pour l'hivernage et avait sans doute occupé toute la nuit la place laissée libre sur le lit qui d'habitude était le sien . En silence, il se glissa dans la chambre d’où provenaient les sons du violon. Vivaldi bien sûr ! Plus que parfait comme tempo ! 

Vivaldi aux cheveux roux joue du violon à venise sous la neige 2

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