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L'Atelier d'écriture de Villejean
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25 mai 2021

Daniel, Cannelle et les autres / Laura

AEV 2021-32 Problème 10

L'Atelier de Rennes, lors de la biennale d'art contemporain en 2008, définit le problème comme « ce qui surgit lorsqu'on prend conscience d'une différence significative entre une situation réelle et une situation souhaitée ».

Lors de leur voyage au Maroc, Daniel et Cannelle s’étaient disputés à cause de leurs familles respectives comme souvent car leur couple était une île qui générait elle-même peu de conflits. A leur retour, Daniel est parti voir sa famille alors que Cannelle le trouvait trop fatigué pour le faire. De son côté, Cannelle reçut des messages de sa sœur, s’inquiétait pour celle-ci, se sentait coupable comme toujours vis-à-vis de sa famille et s’en ouvrit à son mari le soir au téléphone alors qu’il lui disait ne pas se sentir bien. Elle la rappela donc et elles parlèrent du passé de la famille et de son influence sur Cannelle.

Le lendemain matin, elle lui envoya un message lui disant qu’elle avait perdu vingt kilos. C’était son combat dans son île avec lui.

Peu de temps après, elle reçut un appel lui annonçant sa mort. Elle se sentit coupable d’avoir fait passer sa famille à elle avant lui et en colère parce que sa famille à lui, vivante, l’avait trouvé, lui mort, hors de leur île, loin d’elle.

Bien que Daniel lui ait interdit d’appeler sa famille à elle s’il lui arrivait quelque chose, elle se sentit soudain si seule, comme une biche devant les phares d’une voiture, qu’elle les appela d’abord pour partager sa douleur et quelque chose, leur demander leur aide.

Elle prit très vite conscience de son erreur, de la différence très significative entre les problèmes que « les autres » lui apportaient, plus importants que la consolation et le soutien qu’elle attendait d’eux par rapport à son absence et sa solitude.

Il a fallu qu’elle revisite en esprit et dans son cœur leurs paysages traversés, visités ou souhaités pour reprendre un peu de force , pour s’éloigner de ces liens toxiques.

AEV 2021-32 Paysage 01

C’étaient des paysages de châteaux, d’eaux calmes, peuplés d’humains qui n’empiétaient pas sur son île (où elle n’avait plus son Robinson), paysages ruraux, champêtres ; « Tous les bateaux, Tous les oiseaux, tous les soleils, Toutes les roses[1] .»

Beaucoup plus de paysages urbains, des églises, des musées, des canaux ; leur monde, son monde qui lui font plus de bien que les vacheries et les conseils débités par des gens proches mais étrangers à ces paysages.

Cet éloignement la ramenait à sa peur d’être seule du matin de la terrible nouvelle mais elle-même telle qu’il l’aimait.

[1] https://www.youtube.com/watch?v=7yDfygERWYw

 

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18 mai 2021

Paella aux cocos / Anne J.

Le lendemain matin, lorsque Quand et Où se réveillèrent ils ne savaient plus très bien, à force d’avoir bu la veille, lequel était Quand et lequel était Où. Où savait qu’ils devaient aller rencontrer aujourd’hui le drôle de coco de Paimpol mais il ne savait pas où. Quand savait qu’ils devaient aller un jour à Lannion mais il ne savait pas quand.

- Mais pourquoi à Lannion, demande Où ?

AEV 2021-31 Anne J

- Parce que c'est là que nous allons rencontrer Mallargé et c'est lui qui nous dira quand et où nous pourrons rencontrer le drôle de coco de Paimpol.

- Et c'est qui ce gars-là ?

- C'est un personnage qui conduit le carnaval et que l'on brûle dans la rivière à la marée montante le dernier jour du carnaval mais depuis plus de 20 ans, il n'y a plus de carnaval. Les chars coûtent trop cher à fabriquer et les gens préfèrent regarder des séries à la télé plutôt que de coller du papier journal mouillé sur des structures métalliques pendant leurs longues soirées d’hiver.

- De toute façon cette année les carnavals ont tous été annulés ! Alors ! Tu as une piste, pour le trouver ton Mallargé ?

- Oui, il est réfugié dans la crypte de l'église de Brelevenez, elle aussi fermée pour cause de Covid et il se gave de galettes et de crêpes arrosées de chouchen et de cidre doux.

- Intéressant ! On y va ?

210516 285 042

Et voilà nos deux perroquets partis, sous une pluie battante et un fort vent de noroît qui leur retroussait les plumes. Heureusement ils avaient acheté l'indispensable tenue locale, celle que portent tous les habitants et habitantes de la région les jours de semaine : un ciré jaune avec la capuche ou le chapeau à larges bords et des bottes bleu marine avec une bande blanche (marque Aigle, en vente dans tous les magasins). Une chance, car ils auraient été encore plus ridicules avec un gilet de velours noir, un chapeau à larges guides, des culottes bouffantes et des botocoëts.

Avec le vent, pas moyen de voler, ils ont dû monter en clopinant les marches des escaliers, 142 tout de même, pour admirer la vue qu’on a du cimetière autour de l'Eglise.

Après être entrés dans la vieille église humide et froide, ils descendent les marches inégales qui mènent à la crypte où ronfle Mallargé après une cuite nécessaire pour survivre dans ce caveau glacial.

- Le coco de Paimpol ? me dites-vous. Quelle drôle d'idée, c'est indigeste ces trucs là et ça donne des flatulences, très peu pour moi !

- On nous a parlé d'une extraordinaire recette et nous voulons la goûter.

Mallargé sort de la tombe voisine un vieux grimoire avec une couverture en cuir et feuillette.

- Bouillon de sorcière, non. Philtre d'amour, non plus, potion pour faire revenir un marin infidèle aux iles Marquises, c'est pas ça, suppositoires pour protéger des icebergs à Terre Neuve, non. Non, je n'ai pas le bon chapitre.

- Quelque chose avec du chorizo, des encornets et des moules, nous a t-on dit.

210516 285 029- Je n'ai pas çà, ce doit être plus tardif que ce vieux bouquin. Descendez donc à la librairie du coin, elle s'appelle Gwalarn, ce qui comme vous savez veut dire « vent d'ouest » et les libraires y sont gentils et compétents.

- C’est loin ?

- Non vous redescendez et traversez la place du Marchallac’h.

- Du quoi ? Ils ont des drôles de noms ici, on est en pays musulman ?

- Imbéciles ! C’est une chance pour vous : on leur a imposé pendant 50 ans de parler français exclusivement, sinon il ne vous restait plus qu'à apprendre le breton !

Nos deux lascars redescendent les fameux escaliers et trouvent en effet dans une rue piétonne la célèbre librairie qui vend, entre autres, des livres de cuisine ; miracle, il y a là une recette intitulée « paella aux cocos de Paimpol », avec les fameux haricots blancs, des encornets, du safran, du chorizo, des petits pois. Ils en ont l'eau au bec

Ils sortent tout étourdis de la librairie, manquent de rater une marche car ils sont plongés dans la lecture du livre quand ils voient arriver un camping-car, conduit par deux individus sous l'emprise de l’alcool et du cannabis, qui dévale la rue piétonne fort en pente en arrachant les étals et les rambardes des terrasses. A pleine vitesse, l'engin continue sa course, prend son virage pour débouler sur la place du centre et s’arrête a 3 cms de la vitrine du café « Le Barns ».

- Mais on est où ? gémit Quand. Sur un circuit de formule 1 ?

– Et c'est quand, le passage du tour de France à Lannion ? bredouille Où.

AEV 2021-31 Anne J

Nos perroquets sont à terre et ne tiennent plus sur leurs pattes, ils ont bien besoin d’aide. Arrive alors une femme en coiffe, poussant une grosse brouette, c’est Mame Goudig, en pleine action ; elle charge les deux victimes dans sa brouette et les trouve bien légers par rapport à son ivrogne de mari qu’elle ramène au bercail tous les soirs de virée dans cette curieuse ambulance. Elle remonte la rue d’un pas allègre.

- Où est ce qu’on va ? demande Où.

- Et on mange quand ? ajoute Quand

- Je vous emmène « Aux Trois amis », c’est une gargote aux volets orange dans la rue Crec’h Ugien. C’est là qu’on sert la paella aux cocos de Paimpol la plus fameuse de la ville, arrosée d’un petit rosé bien frais.

Quelques heures plus tard, après une grande assiette de cocos de Paimpol, une bouteille de rosé, de nombreux petits verres de chouchen en guise de digestif et deux irish coffees bien tassés, le tout dans une atmosphère de pub irlandais surchauffé, nos volatiles se mirent, l’un à la guitare et l’autre au piano et jouèrent tout leur répertoire.

Qu’importent les drôles de cocos de Paimpol pourvu qu’on ait les haricots !

A minuit ils terminèrent leur récital en envoyant « J'aime Paimpol et sa falaise » et se dirent qu’au moins ils savaient où et quand ils pourraient se reposer de cette journée bien remplie : c’était ici et maintenant et c’était déjà quelque chose !

11 mai 2021

Des clics et des claques / Liliane B.

AEV 2021-30 Liliane B

«Clic-Clac» fait le pistolet armé par le gangster dans le film noir que je regarde allongée sur le clic-clac. Il est tard et j’attends Jacques, attentive au clic-clac que fera sa clé dans la serrure. Jacques est toujours en retard. Déjà, c’est un lève-tard qui traîne le matin, nu-pieds dans la maison. J’ai été séduite par son côté boute-en-train et par ses délicieux Paris-Brest au beurre demi-sel mais franchement, il m’énerve. Moi qui suis une couche-tôt, je suis là à l’attendre devant ce film stupide. Il va m’entendre, je vais lui faire part de mon agacement. C’est vrai, je suis un peu pète-sec.

Je m’allonge sur le clic-clac et commence ma nuit. Je ne connaîtrai jamais la fin du film. Dans mon sommeil, j’entends clic… puis clac… Très lentement, pour faire discret, c’est la clé qui tourne dans la serrure. Il s’allonge à côté de moi en silence. Je suis sa chauffe-la-couche. Il pose ses pieds gelés sur mon ventre. Quel Jean-Foutre ! Il y a des claques qui se perdent. Demain, je prends mes cliques et mes claques et je claque la porte.

4 mai 2021

Choix de vie / Raymonde

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Elle a encore raté son bus ! Et il pleut et ses chaussures prennent l'eau ! Et même plus le temps de se "faire belle", toujours la même queue de cheval attachée avec le premier élastique qui lui tombe sous la main, c'est celui du pot de confiture qui maintenait le tissu écossais sur le couvercle du pot !

Et ce vieux parapluie noir, elle n'a pas retrouvé le sien, peut-être l'a-t-elle oublié quelque part, elle est si préoccupée en ce moment !

Et elle va être en retard pour récupérer ses deux "beaux-enfants". Quelle formule inappropriée, ils sont moches et ce ne sont pas les siens. Ils sont à lui, le bellâtre qui lui avait promis monts et merveilles et lui a révélé l'existence de sa progéniture bien après leur rencontre.

- Ah ! J'ai oublié de te dire, j'ai deux enfants, ils vivent avec leur mère à Tokyo, je ne les aurai que quelques jours par an.

Résultat : garde alternée, un mois sur deux ! Et bien évidemment, c'est elle qui se charge d' aller les chercher à l'école privée, la plus chic, la plus chère de la ville. Elle détonne avec sa tenue, sa mine fatiguée, ils doivent la prendre pour la nurse.

Immanquablement un coup de téléphone à 16h30 :

- Je suis coincé dans les embouteillages…
- …
- La réunion s'éternise…
- …
- Je suis en visio avec Machin chose...
- …

Tous les prétextes sont bons pour qu'il passe le moins de temps possible avec eux, alors il l'implore :

- Je te serai reconnaissant…
- …
- Tu ne vas pas le regretter…
- …
- Fais ça pour moi si tu m'aimes, etc. etc...

Et, pauvre poire, elle court et manque de se faire écraser, pour arriver en retard à l'école où elle est accueillie avec des reproches.

- Encore une fois et c'est l'exclusion, vous comprenez ?

John Salminen3

Alors, tout d' un coup, elle fait demi-tour, elle déambule, la pluie a cessé de tomber, elle se sent presque légère, de bonne humeur ! Elle croise un homme assis devant l' hôtel Avalon, il lui évoque un tableau de Hopper. Qu'attend il ? Est il un employé de l'hôtel ? Un client ?

Plus loin, elle voit une mamie qui rentre chez elle en tirant son caddie de courses. Elle a dû aller acheter des légumes pour faire sa soupe, il y a toujours des poireaux qui dépassent des caddies, ça la fait sourire ce cliché !

Et là, soudain, elle n'en croit pas ses yeux ! C'est lui, c'est bien lui ! Il va à la rencontre d'une blondasse qui lui sourit, le rendez-vous est sans doute fixé sous le drapeau américain, elle attend, il accélère le pas, on le sent pressé.

Ah ! C'est ça les embouteillages, la réunion qui s'éternise ?

***

Alors, elle n'a rien fait, elle n'a rien dit. Pas un message, pas un coup de téléphone, pas une lettre. Rien, silence total.

Lui, il l'a harcelée, suppliée, menacée, il ne comprend pas, il est fou d'inquiétude, il n'a rien fait de mal, c'est une lâche, elle a abandonné ses deux chéris à lui, elle est sans cœur, etc. etc...

Elle a tout laissé, son travail, son appartement, ses amis, sa famille et s'est installée ailleurs, là où il ne pleut pas, "où il fait toujours beau, où tous les jours sont chauds, où l'on passe sa vie à jouer sans penser à l'école en pleine liberté pour rêver".
 

27 avril 2021

Réflèksions sur la réform de l'ortograf / Jean-Paul

AEV 2021-28 Jean-Paul - bonnet d'âne

Réflexions sur la réforme de l’orthographe

Ce qui est bien, dans cette réforme de l’orthographe, c’est qu’elle est on ne peut plus républicaine, même si la fantaisie y semble reine.

En effet on y gagne ceci qu’on a toute liberté de faire des fautes d’orthographe. Celles-ci ne seront plus comptabilisées un point en moins et tous les élèves, quoi qu’ils aient écrit, se retrouveront avec un vingt sur vingt, au moins en dictée ! Ce qui ne nuira pas à l’égalité et développera peut-être la fraternité.


Règle du "m" devant "b" et "p"

On ne met plus de "m" devant "b" et "p". On écrira donc :

Les inbécil inbus d’e même ki nous on t'enpéché de sortir o téatr et o muzé pandan un an on pri de l’enbonpoin kom tou le monde. Byin fé ! Ankore ne s’inbibe t’ils san doute pa de Kronenbour en avalan leur purée-janbon !


Le pluriel des mots et adjectifs

- On n’a plus besoin de mettre un "s" aux mots et adjectifs quand ils sont introduits par l’article défini lé ou l’article indéfini dé.

Exemples :

Le Prézidan a suprimé l’ENA parske, a t’il déklaré, il n’en sortè que des krétin.

 Lé jour z’ere vont revyindr  en mèm tan que le pas vaksinal

- On peut, mais c’est facultatif, conserver un "s" au bout des mots commençant par "de" ou "d’"

La Bretagne est régulièrman anvaie de Pariziens ki fui la kapitale ou il y a, dize t’ils, trop d’étrangés.

- Sire, la rue est plène de pékins qui porte tous un jilé jone !

- Ke se pase t’il ? Sé un aksidan ? Dé Chinwa ?

- Non Majèsté, sé une révolusion !

AEV 2021-28 JK Petiti pied chevals
Le pluriel des mots en "al"

- Il redevient «al» ou «als» et plus jamais «aux»

Exemples : 

L’ipodrom est un andrwa ou on fé dé kours de chevals, ou lé parieur porte de bo futals et lé bèle dame dé chapo de carnaval trè z’original.

- Si, par tolérance, on conserve le pluriel en "aux", on prendra soin alors de prononcer le "x" final :

Exemples :

Veniz è t’une vile plène de canoks sur lékèl navig dé cano nwars k’on apèl dé gondol 

La premièr vwatur de mé paran a été une dedeuch pui il z’ont acheté une katre chevals et mintenan k’ils on de gro kapitoks il roul à vélo pour entretenir leurs biskoto et leur louk de bobos. Oui, bien sur, avek asistanse élèktrik !

AEV 2021-28 Jean-Paul - des binious
Le pluriel des mots en "ou"

Il redevient "ou" ou "ous" mais plus jamais "oux".

Exemples :

« J’é caché les bijous de la Castafiore dan z’un buison de ou, là ou trènè la ou du jardinié chelou » a avoué la pie o policiés ripou ki se gratè lé genous et le somé du kayou parsk’ ils z’avè dé pous

Un binyou c'est tèribl ! Pluzieur binyou sé insuportabl ! É si le pluriel d'un binyou étè dé kornemuz, sa n'i chanjerè rien !


Le cas du "e" final pour marquer le féminin

L’article défini «la» et l’article indéfini «une» indiquent la présence d’un nom féminin. S’il y a en plus un "e" muet au bout du mot le féminin est marqué doublement. On ale choix de conserver cette terminaison "e" ou de ne pas l’écrire

Exemples

La verj, la baniole, la bibine, la chase, la gloriole, la fanfaronade, la mufleri, la misogyni, la crétinitude sont tous des noms féminins. Etonan, non ? 

Alon z’enfans de la patrie
Le jour de glwar è ‘arivé
Kontre nous de la titani
L’étandar sanglan é levé

AEV 2021-28 Jean-Paul - O ouvert et fermé
O ouvert et O fermé

Bien qu’il n’existe plus de fautes d’orthographe, le premier jet de la réforme ne dit rien sur les différentes graphies possibles du son "o". Or on ne prononce pas de la même façon «une cotte de maille» et «une côte d’agneau». D’ailleurs ni l’une ni l’autre n’ont le même goût ni la même consistance.

Les uns ont suggéré que le o fermé soit signalé par un accent circonflexe.

Exemples :

Un côboy qui vient vèr twa avec un gran koutô, sa fou lé chôkot ! Pous vit un cri de côyote et bar toi ô gran galô ! 

Léon Zitrone s’é t’asi sur le trône. Napoléon ôte sa couronne et la pôse sur la tète de sa bôbone.

Il falè ôzé Jôzéfine, a grômelé le maréchal Bashung

 Il semble qu’il y ait plus de "o" fermés –chocolat, bonobo, héros, métro, boulot, dodo que de "o" ouverts : crotte, motte, escalope, robe, méforme

Certains linguistes de notre équipe ont suggéré qu’on laissât la graphie aussi libre que la prononciation et qu’on écrive simplement "o" pour les deux cas.

D’autres proposent qu’on garde la consonne redoublée qui suit le o ouvert.

Moto-krotte et non moto-krote

Exemple :

Voyèle... Voyèle... Konsonn... Konsonn... le kont é bon !

Bref vous faites comme vous voulez, ça reste ouvert


Les lettres de liaisons bien ou mal t’a propos

On l’a vu dans nos exemples ci-dessus. Il est permis d’utiliser des lettres isolées suivies d’une apostrophe en début de certains mots commençant par une voyelle afin de respecter les liaisons pratiquées dans l’orthographe ancienne et qu’on entend dans le langage parlé.

Exemple :

Sé t’asé pour ojourdui ! 

Salu lé z’ami·e·s, mé z’élucubrasion son tèrminé je m’en vé z’o dodo !

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20 avril 2021

Tant de folie humaine / Jean-Paul

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Tant et tant de marins, autant de capitaines
Tant d’ordres et de contr’ordres, de « Garde-à vous ! », « Rompez ! »
Tant de vielles badernes, de casernes, de balivernes et billevesées
Tant de lignes Maginot et de calembredaines
Tant de guerres puniques et des pichrocholines, des Napoléoniennes
Tant de guerres de trente ans, de cent ans qui ont trop épuré, torturé et duré,
Tant d’énergie gâchée à recuire les haines
Tant de trous de verdures à soldats allongés
Tant d’horreurs et tant de charniers
Tant de chevaux crevés, éventrés, achevés
Qui pas plus que les hommes n’avaient rien demandé…

Tant de fois, tant de fois cette question posée :
Est-ce si compliqué que ça de vivre en paix,
D’oublier son cheval pour aller visiter
Un appareil photo posé sur la bedaine
Waterloo morne plaine ou l’ile de Sainte-Hélène
Ou Domremy où Jeanne eût mieux fait de rester
- Tant et tant de marins et tant de capitaines ! -
Filer la laine plutôt que de
Partir joyeuse et conne vers des courses lointaines ?

20 avril 2021

Mon galet de coeur / Maryvonne

Mon galet de cœur

Puisque tu as un penchant pour moi
Voilà que ça me met en émoi
Je vais faire de toi mon roi
Puisque je n'ai pas un cœur de pierre

Puisque nous sommes au pays du granit
Sommes fait du même agglomérat
Ton grain n'est pas encore bien poli
Puisque ta rusticité éblouit

Puisque tu sais dire des mots doux
Ça justifie notre tendre joue à joue
Cailloux, hiboux, bijoux, mon chou
Puisque tu te pends à mon cou

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Puisque le sable s'écoule à nos pieds
Le temps s'égrène en légèreté
A chaque instant tourne le sablier
Puisque nous marchons vers l'éternité

Puisque les Bretons ont la tête dure
Notre appui est solide comme le roc
Comme le sont les dolmens qui perdurent
Puisque la celtitude nous réunit

Puisque nos rondeurs se ressemblent
Appuyons-nous l'un sur l'autre
D'un mouvement qui nous assemble
Puisque nos épaules sont soudées

Puisque c'est l'amour à la plage
Nous regardons vers l'horizon
Pour ensemble tourner les pages
Puisque nous n'avons pas peur du lendemain

Puisque nous unissons l'histoire et la géologie
Puisque nous sommes hier et puis demain
Puisque nous sommes la force et la beauté.

13 avril 2021

Echange postal / Eliane

Voilà, Grand-Mère est installée dans une résidence sénior. Bonne alternative entre son domicile où elle ne pouvait plus rester seule et la maison de retraite.

La maison de famille est donc désertée de ses habitants. Le conseil de famille décide que c'est à moi, avec mon mari et mes enfants, que revient le privilège de l'habiter.

Nous en discutons car cette banlieue est plus éloignée de nos lieux de travail que l'appartement que nous occupons actuellement. Mais la qualité de vie est nettement supérieure : plus d'espace et un jardin. Nous acceptons.

Une première visite me permet de faire le point. Petits travaux à envisager. Quels meubles garder et quels meubles donner ? Je vide armoires et placards, enfouis tout dans des grands sacs poubelle, direction la déchetterie ou Emmaüs.

 

AEV 2021-27 Eliane - vieilles-lettres-T-uzcVS9

Dans un tiroir je tombe sur un paquet de lettres entourées d'un ruban bleu. Puis sur un autre paquet de lettres en vrac dans une boite à chaussures. Ce sont des lettres d'amour. Comment se fait-il que Grand-Mère ne les ait pas emportées ?

Les lettres dans la boite à chaussures sont datées, je les remet dans l'ordre chronologique et ainsi reconstitue l'échange de courrier entre mes grand-parents.

A quel moment se sont-ils écrit ? Maman m'apprend que peu de temps après leur mariage, alors que Grand-Père travaillait au bureau de poste de Paris, Grand-Mère avait obtenu son premier poste d'institutrice en province, du côté de Bourges.

J'emporte les lettres avec moi et je me régale à les lire à mes moments perdus.

« Mon aimé

Ca y est je suis installée dans la petite maison qui jouxte l'école. C'est coquet. Dommage que tu ne sois pas avec moi. Demain je ferai connaissance de mes élèves. »

Toutes les lettres de Grand-Mère se terminent par « Je t'embrasse. Tu me manques. Prend soin de toi ».

AEV 2021-27 Eliane - Train_postal_-_Supplément_illustré_du_dimanche_du_Petit_Journal_-_28_mars_1909« Ma petite épouse chérie.
J'attendais ta lettre avec impatience. Tu me manques aussi.

Ici c'est la routine. Cette semaine je fais partie de la brigade des ambulants. Nous trions le courrier sur les rails entre Paris et Melun. Aller et retour. L'équipe est sympathique, nous rions beaucoup.

Arrivés en bout de ligne il ne nous reste plus qu'a blanchir la batterie. Nous ficelons les sacs avec des cheveux et nous accrochons les colliers. Les sacs sont alors prêts à être envoyés.

Mon aimée si tu ne comprends pas tous nos termes techniques, rassure-toi ! Je t'expliquerai quand je viendrai te rendre visite. Je suis impatient.
Je t'embrasse tendrement, à bientôt. »

"Mon chéri

Pour ce qui est des termes techniques je crois que je les devine assez bien.
Aujourd'hui j'ai fait la connaissance de mes élèves. Nous avons établi les règles et l'emploi du temps. Ils sont attentifs.

La principale difficulté sera la grande variéte de leurs âges. Il me faudra faire cours à quatre niveaux différents de la maternelle jusqu'à l'entrée en 6ème.

Comme tu le vois je suis très occupée, mais les soirées solitaires sans toi me pèsent. »

« Ma petite femme adorée.

Voici une nouvelle petite bafouille pour te dire de quoi sont faites mes journées.

Pour avoir les moyens d'aller te voir plus souvent, j'ai obtenu d'assurer des Califs. Cela occupe bien toutes ces heures sans toi. Ainsi je suis en renfort pour les coups de feu, les coups de collier, ce qui évite que nous prenions la culotte.

Aujourd'hui je suis resté au poste central. J'ai dû vérifier la fermeture des sacs dans un premier temps et participer au char. Ensuite j'ai trié le courrier dans la cage à poule. Et là crois-moi, il ne faut pas se laisser distraire.

Ce soir, grâce aux califs, je ferai partie de la mondaine. Ainsi seul chez moi la soirée sera beaucoup moins longue. »

Ainsi continuait l'échange de courrier entre mots tendres et occupations de chacun.

Si Grand-Mère devinait les termes techniques il n'en était pas de même pour moi. Il me faudra trouver un lexique pour décrypter les lettre de Grand-Père . Par exemple qu'est-ce que c'était qu'un pyjama, une peau de lapin, une sauterelle, etc ?

J'allais m'y atteler. Ces lettres étaient un véritable trésor.

13 avril 2021

Lettres / Anne J.

Il y a les lettres
qui n'existent que dans ma tête
conversations silencieuses
murmurées en moi même
et chuchotées au chat
comme une dépêche sans destinataire
voyage sans interlocuteur

Il y a les lettres
écrites dans la fièvre, au petit matin
en pyjama après une nuit d'insomnie
à la vitesse d'un cheval au galop
raturées, gribouillées, lues et relues
coincées sous l'almanach
et pour finir jetées dans la poubelle
d'un geste rageur

AEV 2021-26 - Anne J 

Il y a la lettre télégramme
d'un seul mot
la lettre liasse de quinze pages
qui parle trop
que le destinataire ne lira pas
Il y a celle qui s'égare
sur la route du postier

AEV 2021-26 - Anne J

Il y a la lettre technologique
le fameux courriel
froid
pensé trop vite, mal écrit
envoyé d'un clic
et que l'on aimerait annuler
trop tard

Tant de mots jetés
comme des bouteilles à la mer
dans l'espace et le temps
papillons volages
entre deux âmes mortelles
qui veulent se parler

AEV 2021-26 - Anne J

13 avril 2021

L'Amour postal / Laura

Cannelle aurait voulu avoir le coeur allégé de tout cet amour ambulant qu'elle traîne de lieux en lieux de voyages ou vacances. Il lui reste toujours comme une arête de poisson en travers de la gorge.

Elle leur en a écrit des bafouilles, passant des heures à choisir une jolie carte qui leur plairait peut-être enfin. Il fallait aussi l'enveloppe parfaite, garnie d'un joli timbre. Ces lettres n'étaient jamais écrites en bloc, mais réfléchies une par une en mettant en valeur le lieu où elle était, ce qu'elle y faisait, tout en essayant de leur faire comprendre qu'elle ne les oubliait pas où qu'elle soit.

Combien de bouteilles à la mer envoyées de la boîte à côté de la boulangère ? Combien d'appels longue distance de la cabine au coin de la rue, sans réponse, ou alors elle se sentait toujours comme un cheveu sur la soupe ou comme un chien dans un jeu de quilles ! C'était comme ses visites après des heures de route. Elle ne se sentait jamais désirée. A quoi servait la contraception ou l'avortement si ce n'est à ne pas concevoir un enfant qui se sente... de trop ?

Combien de temps passé, comme à côté de sa vie, à choisir un livre ou un souvenir de sa visite, acheté en pensant à eux ! La valise alourdie d'un amour sans retour, c'était un voyage où elle oubliait trop celui qui l'aimait jusqu'à la mort ? Un Jésus mort pour leurs péchés.

AEV 2021-26 Laura - Casablanca

13 avril 2021

Bafouille ou babillarde / Maryvonne

Il est fini le temps des belles enveloppes que vous sniffiez avant de les retourner dans tous les sens.

Ça commençait donc par un jouissif jeu de devinette. A qui cette belle (ou vilaine) écriture ? L'expéditeur a-t-il mis son adresse au dos ? Il y aura peut-être un premier message du genre: « Facteur, dépêche-toi l'amitié n'attend pas », quelquefois ponctué, pourquoi pas, de petits cœurs, ancêtres des smileys ?

AEV 2021-26 maryvonne - CCETT Flamme 2Sur la face, le timbre à date ou oblitération nous donne encore des indications de provenance et de datation. Mais où sont passées les superbes flammes qui représentaient les villes les plus célèbres ? Et pour finir à l'angle en haut à droite le timbre digne de l'attention scrupuleuse des philatélistes qui devait avoir une dentelure impeccable.

L'important est à l'intérieur ce cette enveloppe, ces mots jetés en vrac ou au contraire bien organisés sur des supports variés, ce n'est pas racontable. C'est trop énorme, trop important pour tous ceux qui aiment les relations épistolaires. Comment nommer ce plaisir immense que procure la lecture d'une lettre sauf si bien entendu elle véhicule de la haine ou des menaces. Ce qui est quand même le plus rare.

Une lettre c'est de l'amour au bout du crayon, habile ou maladroite, avec des fautes ou pas ; quelqu'un a pensé à vous et ça fait plaisir.

AEV 2021-26 Maryvonne - calendrierAujourd'hui c'est devenu rare et a disparu en même temps que le facteur à casquette et à moustaches qui apportait, en plus du courrier, le mandat de fin de mois avec l'argent en liquide, le Ouest-France du jour et, chez nous, une fois par mois, le ferment pour faire les yaourts. C'était dans une toute petite fiole d'environ 4cm.

A la fin de l'année l'incontournable almanach était attendu. Les enfants avaient le droit et même le devoir de choisir la ou les photos de couverture pendant que l'homme de lettres se jetait un énième petit verre derrière la cravate et ramassait ses étrennes qui lui faisaient largement un treizième mois.

AEV 2021-26 - mryvonne - un_facteur_en_uniforme_avec_un_bebe_dans_un_sac-Je ne suis pas adepte du «C'était mieux avant» mais franchement notre bon facteur faisait partie de notre folklore. La preuve un enfant qui ne ressemblait pas à son père était appelé le fils du facteur, pourquoi pas du plombier ou du boucher ? Et bien non, du facteur parce qu'il est sympathique.

Dans l'école où je travaillais, une année, nous avions consacré la décoration de Noël au thème de la poste. Tout était en jaune et bleu. Les héros des contes comme les petits cochons et le petit Chaperon rouge avaient une boite à lettres et une adresse et bien entendu le père Noël avait pignon sur rue avec la plus belle. Nous avions aussi exposé du vieux matériel prêté par la poste.

Maintenant si chaque semaine nous devions envoyer nos textes à Jean-Paul par courrier l'organisation serait plus compliquée. Alors vive le folklore et profitons quand même à « donf »de la modernité !

AEV 2021-26 Maryvonne - Vocabulaire postal

 

11 mai 2021

Paysages invariables / Laura

AEV 2021-30 Laura - Nerval

Je fais souvent des aller-retour entre ce que j'ai vu et ce qui me reste à voir.

Je suis une avale-tout : les paysages, les livres, les oeuvres d'art ; tout m'intéresse... ou presque.

Je ne suis pas vraiment bon-enfant car j'aime l'épicé, l'osé et même le vulgaire.

Par contre, je suis bon public : mes journées sont des bric-à-brac de feuilletons gnangnan, de presse littéraire, économique, d'essais, de catalogues artistiques et de polars.

30 mars 2021

Rubrique Faits divers / Jean-Paul

Regrettable accident au moulin de la Galette

Ce n’est pas la première fois qu’on signale à Jean-Bernard Tudor, le sympathique tenancier du Moulin de la Galette à Montmartre-par-Montladsus qu’il n’est pas prudent de faire la sieste pendant que les ailes de son moulin tournent.

De vilains chenapans en ont d’ailleurs fait une chanson que tout le monde connaît :

"Meunier Tudor
ton moulin va trop vite
Meunier Tudor
ton moulin va trop fort"

Or ce jeudi alors qu’il moulait… moudait… qu’il avait mis en route le processus de fabrication de la farine, toujours insoucieux de veiller au grain du moment qu’ils amasse du blé en vendant sa poudre, notre J.-B. national piquait encore un roupillon à deux pas de sa bâtisse. Mal lui en prit ! A un moment donné le souffle de ses ronflements mêlé à celui du Mistral de Montmartre fit tourner dangereusement les ailes de toile du moulin.

On vit alors surgir du bas de la colline un cheval lancé au galop. Le cavalier aiguillonna sa bête et en arrivant sur sa cible la lance de cet hidalguazil transperça la toile d’une des ailes. Le moulin tournait si vite que le cavalier fut emporté dans les airs. Sous son poids pourtant peu élevé - l’homme était très maigre - l’une des ailes de l’appareil se brisa.

Trois jeunes tambours qui revenaient de guerre et qui passaient par là dressèrent procès-verbal. Le casseur, un certain Gédéon Kirote, natif de Saint-Lô dans la Manche n’était pas sous l’emprise de l’alcool au moment des faits mais tout laisse à penser qu’il avait abusé de cette substance illicite mais dangereuse qu’on appelle la lecture des livres d’aventures.

- Jusques à quand enfin tolèrera-t-on ce vice impuni ? a déclaré le commissaire Larbaud en relâchant l’individu après sa nuit de garde à vue au poste de police.

AEV 2021-24 JK Don Quichotte

 

Le gang des voleurs de camembert enfin démantelé

Le commissaire Lafontaine a procédé hier à un vaste coup de filet en arrêtant Renaud Lerenard et sa bande. Les voleurs ont pu être localisés et leur butin récupéré grâce à une dénonciation sous forme de lettres anonymes. Le commissaire Lafontaine ignore tout de l’identité du mystérieux corbeau.

AEV 2021-24 JK lettre anonyme

4 mai 2021

Giboulées / Marie-Thé

John Salminen8

Il pleuvait fort sur la grande ville.
Elle cheminait seule sous son parapluie,
Aveuglée par les reflets des phares sur la chaussée ruisselante,
Indifférente aux vitrines éclatantes de lumière,
Insensible à la beauté de cet instant flamboyant
Dans cette soirée d’hiver pluvieuse et glaciale.

Les baskets trempées, elle a froid,
Le bas de son pantalon dégouline,
Impossible de courir sur la chaussée encombrée.
Elle est trop en retard, trop loin de son rendez-vous,
Il ne l’attendra plus.
Elle cheminera seule sous son parapluie.

11 mai 2021

Consigne d'écriture 2021-30 du 11 mai 2021 : Mots invariables

Mots invariables

 

Les mots de la liste ci-dessous, composés ou non, ont la particularité d'être invariables au pluriel.
Insérez en au moins cinq dans votre texte 

aller-retour - allume-gaz - avale-tout - avant-bras - bon enfant (adj.) - boute-en-train - bric-à-brac - casse-gueule - chauffe-la-couche - ci-devant - clic-clac - compte-gouttes - compte-tours - coq-à-l’âne - curriculum vitae - demi-sel - dessous de table - dessus de lit - dos d’âne - emporte-pièce - ex-voto - faire-part - fox-trot - fric-frac - garde-manger - gnangnan (adj) - hold-up - jean-foutre - knock-out - lèche-cul - lève-tard - no man’s land - nu-pieds - ouï-dire - panaris - pancréas - Paris-Brest - pare-brise - pare-balles - perce-neige - pète-sec - petit-nègre - pianoforte - porte-parole –

Cette liste est tirée de cet ouvrage hautement recommandable de Patrick Burgel :

AEV 2021-30 Consigne - Le-petit-dictionnaire-des-pluriels

4 mai 2021

Encore un drôle de rêve ! / Jean-Paul

John Salminen17S’il y a bien un endroit où il est interdit de fumer et de jouer à la petite marchande d’allumettes, c’est ici, dans ce bâtiment d’allure classique. C’est un grand quadrilatère qui a son entrée au 58 de la rue de Richelieu à Paris. Y était conservé, jusqu’à il y a peu, tout le patrimoine écrit imprimé sur le territoire français et ce depuis 1539. Voilà pourquoi il n’était pas rare de voir sur le trottoir, entre 1975 et 1980, Mlle Lhéritier ou M. Peyraube clopant "comme clopains" à gauche de la porte principale de la Bibliothèque Nationale qui n’était pas encore « de France ».

J’y allais avec mes collègues et ma chef de service, peut-être le mardi et le jeudi, je ne sais plus trop, visiter leur antre souterrain, la salle des catalogues. On y effectuait des recherches bibliographiques dans le National Union Catalog et d’autres monuments du genre encyclopédique en plusieurs volumes pour repérer ce qu’on n’avait pas trouvé dans le Cumulative book index ou le Books in print.

AEV 2021-29 JK - salle des catalogues BN 2

J’y étais encore cette nuit, à la B.N. Si, si, je vous le jure : bien que je n’y sois plus obligé je retourne bosser la nuit. Je ne maîtrise pas tout dans la vie et surtout pas mes rêves.

Si quelqu’un peut m’expliquer d’ailleurs ce que le président de la Maison de Quartier de Villejean de Rennes, Monsieur Deuxpoints Jacky, y faisait ! Il devait encore être en train de blablater en français mâtiné de gallo avec d’autres gens autour d’une table basse ronde et quand il m’a vu passer, il m’a interpellé pour me vendre un billet de tombola. Ça c’est sans doute parce que j’ai fait le pari pascalien de me faire vacciner samedi dernier !

AEV 2021-29 Jean-Paul - Escher

J’ai repris mon chemin et je me suis perdu. Dans mes rêves la Bibliothèque nationale est un compromis entre une maison de M.C. Escher et un labyrinthe pour rats de laboratoire… ou de bibliothèque. Il y a des passerelles, des escaliers, des couloirs, c’est tortueux, périlleux et parfois lorsque je n’ose pas avancer sur un pont de singe ou me suspendre aux bords d’une trappe, je déchausse et je me réveille.

Pas cette nuit. Parce que cette fois j’étais parvenu dans une partie inconnue, luxueuse, avec portes matelassées et meubles anciens. Un véritable home sweet home dans lequel on entendait une musique de clavecin qui s’arrêta au moment où j’allais sortir. Apparut alors à la rembarde de la mezzanine au-dessus de moi un vieil homme élégant. Il avait une allure de Michel Bouquet mais ressemblait en fait à cet acteur au regard noir, au masque froid que l’on voit encore dans les rôles secondaires de certains films mais dont on oublie forcément le nom. Alors que je m’excusais platement de ma présence en ces lieux privés, le directeur de la BN, car c’était lui, s’adressa à moi.

- Monsieur Krapov ! Vous vous y connaissez, en solfège, vous ?

AEV 2021-29 JK- Mademoiselle-Therese-Kleindienst1- Un peu seulement, répondis-je étonné de ce qu’il connût les noms de tous ses employés et les reconnût – sans que j’aie le souvenir de l’avoir jamais rencontré puisque la BN avait en 1974 une directrice du genre petite souris grise, native de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, qui s’appelait Thérèse Kleindienst et qu’on appelait T.K.

- Parce que, voyez-vous, ajouta l’homme à l’allure de lord anglais, je suis en train de composer un opéra.

- Intéressant ! De quoi s’agit-il ?

- C’est l’histoire d’un vieil homme qui aime deux femmes. Il vit alternativement avec l’une et avec l’autre mais aucune des deux ne sait que l’autre existe. Il hésite à choisir entre les deux à cause de sa bibliothèque. Il a conservé tous les livres que l’une et l’autre lui ont conseillé d’acheter ou qu’ils ont lu ensemble ou qui évoquent des moments de leur vie. S’il choisit de vivre avec l’une, comment lui expliquera-t-il ces traces d’une autre. ?

Le reste de l’argument se perd dans les limbes du sommeil et dans un éclat de rire nocturne. Un opéra à un seul personnage !

***

Au réveil, une fois redescendu de l’escalier aux esprits, j’ai eu la répartie qu’il fallait, d’autant plus irrespectueuse qu’elle s’adressait à un fantôme :

- Si t’es embêté avec tes deux vieilles, t’as qu’à tomber amoureux d’une gamine de seize ans ! Les Lolita s’en foutent des livres, elles préfèrent leur smartphone !

Je lui ai même trouvé un titre, au dirlo, pour son opéra : Docteur Folamour !

Quand je rêve la nuit, je suis encore plus con que quand j’écris le jour !

P.S. Oui, je sais, sur l’image, ce sont les guichets du Louvre et pas la B.N. ! Si vous êtes sages je vous parlerai de Belphégor une autre fois ! Et puis on ne disait pas "directeur" mais "secrétaire général" dans cet établissement.

4 mai 2021

Murs / Anne J.

John Salminen2

Ces dimanches matins là,
j’osais sortir des murs de silence de mon enfance prisonnière,
prisonnière d'un cocon sans mots où je devais tenir ma place,
pour m'en aller dans la rue déserte
avec mon sac et quelques morceaux de pain,
partir à la découverte du monde du dehors,
un monde de bois, d'herbes et de fleurs,
un monde où chantaient les oiseaux,
où coassaient les grenouilles
où chantaient ces étranges autres filles
qui m’intriguaient tant,
un monde de bruit et de mots

***

 John Salminen16


Hier soir j'ai préparé mon sac
pour m'en aller dormir tout près de chez moi
chez une amie.

Sortir des hauts murs qui me sont imposés
et où je vis recluse et confinée depuis un an,
mettre pyjama et brosse à dents dans un cabas
et dormir dans un lit étranger
est presque une aventure,
tant cette liberté est devenue rare,
complexe et interdite.

Pour cela, j'ai traversé des rues désertes à l'heure du couvre-feu,
mes pas résonnant dans le silence,
longeant des rangées de vélos inutiles
qui ne vont nulle part.

Nous avons partagé des bières, des rires, des images, des émotions,
un couscous délicieux
et retrouvé le délice de mettre des mots
sur la douleur et la beauté des hommes et des femmes
et parlé, bien sûr, de ce qui importe
la vie et la mort.

Fils tendus entre nos deux maisons,
ni pour sécher le linge, ni pour échanger des vivres
mais pour, par la magie des mots,
rapiécer notre humanité,
retisser la trame de nos vies.

Signaux de fumée entre deux solitudes
Aventure d'une amitié qui grandit

4 mai 2021

Globe-trotteuse / Eliane

La porte s'ouvre sur la visiteuse.

- Bonjour ! Voici la grande voyageuse!

- Tu m'as manqué. Viens, je t'attendais.

Souriante elle le contemple. Il n'a pas enlevé son tablier.

- Ca sent drôlement bon ici !

Et, comme si elle avait quitté l'appartement la veille, elle enlève son manteau et va soulever le couvercle de la cocotte qui mijote sur le feu.

- Tu dois avoir mille choses à raconter mais viens nous allons commencer par nous régaler, enfin j'espère.

Elle rit. Il est le meilleur cuisinier qu'elle connaisse. Ils se restaurent et bavardent à bâtons rompus, surtout de choses le concernant lui. Elle s'enquiert de son travail, de ses loisirs, de leurs amis communs.

Après le café, elle propose de lui montrer quelques photos de son périple. Elle a principalement visité des villes.

Il allume l'ordinateur et la visite guidée commence.

- Les escaliers d'une célèbre butte. Au sommet il y a une basilique toute blanche. C'est à Paris.

John Salminen18

- Une balade dans une rue américaine très animée. A Boston.

- Paris et sa célèbre tour. J'ai trafiqué l'image. En réalité il y a une grande esplanade devant la Tour Eiffel, mais je voulais qu'apparaissent les grands immeubles haussmanniens.

- New-York sous la pluie avec un de ses fameux taxis jaunes. Il fait presque nuit alors que nous étions en plein après-midi.

- L'entrée assez monumentale d'un grand musée d'une ville de l'est. St Petersbourg je crois.

- La fontaine de Trévi à Rome. C'est très romantique. Les amoureux y jettent des pièces de monnaie en faisant un vœu. Les pièces sont ensuite ramassées par la municipalité.

John Salminen19- Le carrousel de la place de la Mairie à Rennes en Bretagne.

- Une rue commerçante à Cracovie. J'ai beaucoup aimé traîner dans les rues, écouter clients et commerçants dans des langues que je ne comprenais pas.

- San Francisco où je me suis amusée à faire comme dans les polars américains, gravir et dévaler ces rues en montagnes russes à toute vitesse. Heureusement je ne me suis pas fait arrêter et la voiture de location a tenu le choc.

- L'entrée de Hyde Park à Londres. Des artistes viennent librement y déclamer leurs poèmes.

Sur la dernière photo elle ne fait aucun commentaire. On y voit un homme sous un grand monument

Il s'était un peu rembruni.

- Qui est cet homme ? Et qui sont ces autres sur tes clichés ? A moins que ce ne soit le même ?

Elle soupire.

- Ce ne sont que de brèves rencontres. Une femme qui se balade seule à travers la planète avec pour seul bagage son sac à dos, cela suscite de nombreuses curiosités. Les gens voulaient savoir qui j''étais, d'où je venais, mes motivations.
Je répondais volontiers. Nous partagions un verre, un repas. Certains me présentaient à leur famille.
Il y avait des femmes aussi, mais elles étaient plus rares. Elles sont moins entreprenantes pour aborder un étranger.
J'ai gardé quelques contacts de ces rencontres

Un silence s'installe. La nuit tombe sur le lac Léman.
Elle demande

- Que pense-tu de la qualité de mes photos ? J'ai besoin de connaître ton avis. C'est très important pour moi.

-Sincèrement je les trouve belles. Il y a un léger flou artistique, de subtiles surimpressions peut-être. Beaucoup sont prises de nuit ou sous la pluie, ce qui les rend émouvantes, attachantes.

Elle est pensive.

- J'envisage d'en faire une expo. Et peut-être aussi écrire un livre racontant les situations que j'ai rencontrées et les nombreuses anecdotes dont a été parsemé le voyage.

Il sourit largement.

- Alors tu ne repars pas tout de suite ?

- Non, et tu auras la primeur de mon bouquin.

Ils rient, s'embrassent.

20 avril 2021

L'Echelle du temps / La Licorne

003 Garcin

Quand j'ai eu l'âge 
D'avoir des dents
On m'a dit "Mâche 
Tes aliments"
Quand j'ai eu l'âge 
D'être un enfant
On m'a dit "N' fâche
pas tes parents"
 
Quand j'ai eu l'âge 
De quatorze ans
On m'a dit : "Cache
Tes sentiments"
Quand j'ai eu l'âge 
D'être étudiant
On m'a dit : "Tâche
D'êtr' performant"
Quand j'ai eu l'âge
De trente-trois ans
On m'a dit : "Sache
Être parent"
Quand j'ai eu l'âge 
De cinquante ans
On m'a dit : "N'gâche
Plus trop ton temps"
Quand j'ai eu l'âge
De soixante ans
On m'a dit "Détache
Toi d'ta vie d'avant"
 
Quand j'ai eu l'âge
D'être impotent
On m'a dit "Lâche
Tes petits-enfants"
Quand j'ai eu l'âge
De cent-deux ans
On m'a dit "Crache
Tes dernières dents"
 
J'ai été "sage"
Mais plus maint'nant...
J'lui ai dit tout "cash"
Au Dieu très grand :
 
Je n'ai plus l'âge
D'être conciliant ...
Même si ça clashe...
J'saurai dire "non" ! 
20 avril 2021

Puisque / La Licorne

026 Garcin

 
Puisque vous savez mieux que nous
Ce qui nous fait du bien
Puisque vous avez la science pour vous
Puisque nous ne savons pas
Puisque vous décidez seuls
De nos vies, de nos destins
Puisque vous nous suivez jusqu'au linceul
Puisque nous ne décidons pas
Puisque vous avez été formés
Dans les meilleures écoles
Puisque vous êtes au-dessus du panier
Puisque nous n'y sommes pas
Puisque vous changez d'avis tout le temps
Que vous dites noir, que vous dites blanc
Puisque vous faites la pluie et le beau temps
Puisque nous ne contestons pas
  
Puisque vous nous dites en danger
Et que vous brandissez le drapeau de la peur
Puisque vous martelez des chiffres à la télé
Puisque nous ne vérifions pas
Puisque vous vous arrogez le droit
De nous emprisonner
Puisque vous nous enfermez pendant des mois
Puisque nous ne refusons pas
Puisque vous nous empêchez de travailler, 
De sourire et de respirer
Puisque vous nous ôtez une à une nos libertés
Puisque nous ne protestons pas
 
Pourquoi donc vous arrêteriez-vous ?
4 mai 2021

Je crains et j'espère / Laura

John Salminen7

Je crains et j'espère revoir Paris
Et les autres villes
Parcourues avec toi

Je crains et j'espère
Découvrir de nouvelles villes
Sans toi

Je crains et j'espère
Descendre des rues
Devant ton spectre

Car c'est le seul moment
Où mes grandes jambes
Arrivaient à dépasser les tiennes

Je crains et j'espère revoir
La porte Saint-Denis
Je te rejoins

Les rues de villes
Qui ressemblent à Casablanca:
Urbaines et sauvages.

Je crains et j'espère
Traverser sans toi et
Sans danger

Admirer encore
La Tour Eiffel
Ton ombre me protège

Je crains et j'espère
Visiter des musées connus
Et des lieux étrangers

Monter des marches
Sans tomber
Comme si ta main me retenait

Je crains et j'espère

20 avril 2021

Tant de... / La Licorne

011 Garcin

Tant d'obstacles rencontrés

Tant d'avenir barré

Tant d'occasions manquées

Tant de désirs refoulés

Tant d'interdits inculqués

Tant d'idées abandonnées

Tant d'élans arrêtés

Tant de rêves effacés

Tant de voyages annulés

Tant d'impossibilités

Tant de tâches imposées

Tant de règles insensées

Tant d'absurdité conditionnée

Tant de croyances infondées

Tant d'excuses ressassées

Tant de possibilités envolées

Tant de joies contrariées

Tant de fêtes reportées

Tant d'heures désenchantées

Tant d'attentes prolongées

Tant d'angoisses répétées

Tant de masques portés

Tant de rires étouffés

Tant de mots censurés

Tant de prétextes invoqués

Tant de peurs inventées

Tant d'existences dérobées

Tant d'années sans liberté

Tant d'amours prohibées

Tant de gestes avortés

Tant de sentiments cachés

Tant d'amitiés inexplorées

Tant de créations empêchées

Tant d'aventures confisquées

Tant d'enthousiasmes effilochés

Tant de temps gâché

Tant de choses inachevées

Tant de vie gaspillée

Tant de barrières imaginées

Sans jamais penser

A faire un "pas de côté" !

4 mai 2021

Consigne d'écriture 2021-29 du 4 mai 2021 : John Salminen

John Salminen

 

Voici dix-huit tableaux de ce peintre-aquarelliste américain. Vous avez quartier libre pour écrire ce que l'un ou l'autre vous inspire.

Pour les masochistes invétérées je propose de n'utiliser dans votre texte que des substantifs masculins ou féminins de pas plus de deux syllabes, le e muet ne comptant pas pour une syllabe.

Exemple : "Après une journée de dur labeur l'Albert s'en retourne vers son gourbi. Comme la consigne lui interdit de s'arrêter dans la boutique où l'on vend des livres, il stoppe chez le marchand de journaux et embarque "Valeurs actuelles". C'est bizarre mais il ne m'apparaît pas très sympathique, ce gus ! Allez, la suite quand même !"

N.B. Vous pouvez cliquer sur les images pour les agrandir un peu ou vous rendre chez Dame Célestine, ici, pour les voir en plus grand. C'est chez elle que je les ai empruntées.

John Salminen1

John Salminen2

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27 avril 2021

Un dimenche de printen ordinère ché les Bidochon / Raymonde

AEV 2021-28 Raymonde - Bidochon

Un dimenche de printen ordinère ché les Bidochon 
Les zoizos fon cui cui
La sossisse ossi 
Sur le barbequiou 

Les Zommes mêtre du feu 
Son sans c 
Surveyer les mères guêze et les sossisses 
Mê y boive leur binouze 
En refezan le monde 
Et y zoubli leur mission 
(et non pa leur miction a côse de la binouze) 

Les Zenfan cri :

- Sa va enkor aitre tou kramé ! Yen na mare !
Mê ou son les fames ?
- Parti avek Patrick Juvet !!!!

Les zomes on manjé les sossisses ê les mères guezes kramé
En buvan enkor de la binouz et du pikrate 
Y son sou, ô dessou de tou !!

Les mioche on pa manjé. 
Ç 'ait la debandade du printan ché les Bidochon !
30 mars 2021

Deux annonces publicitaires / Jean-Paul

Faites étinceler vos pompes funèbres !

La maison Dewaere vous propose un grand choix de pantoufles pour aller danser (les pantoufles Dewaere) et des cercueils pour aller reposer (les cercueils Dewaere). Egalement un grand choix de bottes de sept lieux du crime, de mocassassins et de croquenofutures de marque Loup-Bouquetin.

Faites votre choix sur Internet ! Pendant la pandémie nous fonctionnons en "pick-choux and collect" !

AEV 2021-24 JK dewaere

***

Boucherie de Saint-Loup
Viande d’agneau premier choix !
Chèvre provençale !
Lapin chasseur !
Rillettes de Mère-grand de la Sarthe !

AEV 2021-24 JK la-boucherie-de-saint-loup__ovnivk

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L'Atelier d'écriture de Villejean
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