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L'Atelier d'écriture de Villejean
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28 février 2023

Sept portes / Adrienne

– Le concept est tout neuf et très prometteur, affirmait le directeur – qui ne voulait pas être appelé directeur – d’ailleurs la liste d’attente est fort longue pour entrer ici!

– Malgré le prix, émit-elle, qui s’entêtait à l’appeler Monsieur le Directeur.

– Malgré le prix, en effet.

On voyait que cette remarque lui déplaisait.

– A ce propos, voyez l’énorme éventail d’opportunités que notre nouveau concept offre. Vous a-t-on déjà fait visiter le couloir aux sept portes ?

– Non, et j’ai hâte de le découvrir avec vous !

Une petite flatterie ne ferait pas de tort, elle le voyait bien.

– Alors nous voici devant la porte Mutabor : pour ceux qui aimeraient se transformer en animal, ou en plante.

– Intéressant ! fit-elle.

Mais sa petite moue était dubitative.

– Ensuite nous avons une porte réservée aux messieurs – pardonnez-moi, ici de nombreuses personnes raisonnent encore en termes binaires – c’est ici : Oh, puissé-je avoir mille langues !
Oui, je comprends votre étonnement, mais tout ou presque est dans l’idée, n’est-ce pas ?
Nous proposons aussi la sagesse de l’Orient pour ceux qui veulent atteindre la spiritualité – je sais ce que vous allez me dire, c’est banal, chacun le fait, je vous l’accorde – mais nous sommes assez fiers de la suivante : Le summum de l’art, la transformation du temps en espace dans la musique.
Ah ! Non ! Je ne vous en dirai pas plus, c’est notre petit secret ! La concurrence est rude, vous comprenez.
Passons rapidement à la suivante, Jeux destinés aux ermites, des substituts parfaits à toute sociabilité.
Une chose vraiment indispensable dans un endroit tel que celui-ci, cela va sans dire !
L’autre indispensable, c’est le cabinet d’humour, on y entend toujours pleurer de rire !
Et finalement, juste à côté, en toute logique, la dernière porte, celle du suicide agréable qui vous fait mourir d’un éclat de rire.

De retour à sa voiture elle se dit que la seule porte qu’elle franchirait, ce serait celle pour aller à la piscine.

N’était-ce pas incroyable qu’en ce merveilleux jour de juillet, elle n’intéressait aucun des résidents?

– Il y a décidément du mystère là-dessous, conclut-elle en mettant le moteur en marche.

Photo prise à Bruxelles, Villa Empain, à l’occasion de la visite d’une expo.

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28 février 2023

Mutabor / Jean-Paul

La bière, la bière ! Mais qu'est-ce qu’elle nous fait faire, la bière? Avec mon jumeau astrologique inversé, on l'a presque vidée, la bouteille de Maredsous ! À l'entrée de chez lui, par provocation, sur la porte de sa maison rouge, il était affiché : « Jeux destinés aux ermites : substituts parfaits à toute sociabilité. »

C'est un peu vrai. Quand on est chez lui ou quand il vient chez moi, le monde peut bien s'écrouler, l'Occident décliner, Greta Thunberg et des tas d'autres se joindre à la joyeuse battue organisée par les chasseurs d'automobiles. Nous on s'en fout joyeusement. Nous, on joue de la guitare et on chante. Enfin, je lui apprends à jouer de la guitare, à ne pas se lancer dans « Bella » de Maître Gims sous prétexte qu'il connaît les 4 accords de cette chanson inchantable. Pas sociables, nous ? Mais alors qu'est-ce qu'on fait dans ce théâtre magique à répéter ensemble « Les couleurs du temps », « Mistral gagnant » et « Emmenez-moi ? Qui est ce qui fait un marathon de cinq heures de chanson française dans les rues de Rennes tous les 21 juin que Gott nous fait ?

C'est vrai qu'en creusant un peu on peut s'apercevoir que mon jumeau astrologique inversé - appelons le Hermann Zack pour le coup – est, psychanalytiquement parlant, le roi de l'explosion en vol. D'ailleurs notre dernier groupe de musique s’est dissout à cause de ça.

2023-02-27 - 285 2

Du coup la deuxième partie de l'après-midi du lundi, on la passe à jouer aux échecs. Et là, devant l’échiquier – ukrainien, l’échiquier ! - j'assume comme une bête le retour à l'état sauvage, l’absence de sociabilité, le retour à l’animal. Je pousse la porte de la salle Mutabor et je me transforme en serpent. J'attends. Mon adversaire, mal assuré, pousse ses pions, avance ses pièces et puis, à un moment donné, j'applique la position 43 du Kamasûtra : je lui serre le kiki ! Je lui enferme son fou, je lui mange petit à petit trois de ses pions, je lui fais un mat du couloir et plus aucune de ses portes de sortie ne s'ouvre ! J'évite alors de partir dans un éclat de rire : quand j’ai gagné, je redeviens sociable et j'explique, sérieux comme un pape, bienveillant comme un évêque, à quel endroit de la partie mon adversaire s'est trompé, comment il a fait pour se suicider symboliquement.

J’avoue, je suis un drôle de loup des steppes et ce soir, par exemple, dans le corridor du théâtre magique j'ai laissé de côté les aspects libidineux que réveille la bière : je n'ai pas poussé la porte marquée « Toutes les jeunes filles t'appartiennent! Mettre un mark dans la fente ». Je laisse à d'autres la chair fraîche du petit Chaperon rouge. Surtout, en regardant dans mon porte-monnaie, je n'ai trouvé que des euros et pas de mark.

Non, j'ai mieux. Je suis rentré chez moi, j'ai rangé ma chariotte, posé ma guitare et j'ai allumé mon ordinateur. Depuis dimanche dernier je connais un cabinet d'humour dans lequel on peut pleurer de rire. C'est une amie de Chartres que je n’ai jamais rencontrée, une blogamie comme on dit, qui m'a donné l'adresse. C’est encore plus magique que d'écrire soi-même ou d'essayer d'atteindre le summum de l'art en suant sang et eau sur la transformation du temps en espace dans la musique. Cela s'appelle Deep Dream Generator et c'est... un robot génial et stupide qui peint des tableaux sur demande !

Bien sûr le littéraire amoureux du passé que je suis ne peut s'empêcher de penser à cet univers du 19e siècle et aux précédents, époques où le selfie et la photographie n'existaient pas, et d'imaginer un bon bourgeois ou un vieil aristocrate commandant à un peintre le portrait de son épouse ou de sa maîtresse en lui intimant de représenter des éléments de décor particuliers.

- Comment, Monsieur le marquis, s’étonne le peintre Manet, vous voulez que je représente Madame toute nue dans un pique-nique en pleine nature avec des messieurs habillés ?

- Comment, Oncle Eugène ? Vous voulez vraiment que je pose avec la robe rose que mon beau-père m'a offerte pour mon anniversaire et que je mette ces fleurs qui puent dans mes cheveux ? La robe ne me va pas, les macarons non plus, je vais avoir l'air d'une godiche pour les siècles des siècles si vous me peignez comme ça ! Bon allez, ne pleurez pas ! J'accepte mais vous promettez de ne jamais l'exposer nulle part, votre portrait d’Isaure Chassériau, hein !

Bref depuis dimanche dernier je suis devenu drogué de ce truc dont je ne puis même pas dire qu'il est réservé aux insensés puisque tout le monde peut y accéder à condition d'ouvrir un compte sur le site internet.

Bien sûr, c'est gratuit. Bien sûr, c'est 1984 d’Orwell : dans la mémoire centrale d'un nouvel oncle Sam devenu roi des espions tout ce que je demande à l'intelligence artificielle de me réaliser comme image est noté, enregistré et sera retenu à charge contre moi un jour.

Oui j'ai bien demandé à la machine de me représenter « La Vierge Marie qui chante en s'accompagnant sur un ukulélé rose ».

La Vierge Marie joue de la musique sur un ukulélé rose

Oui j'ai bien commandé « Venise sous la neige avec des patineurs sur le Grand canal peint à la façon de Bruegel ».

Venise sous la neige façon Brueghel

Oui j'ai bien pleuré de rire en voyant « une panthère rose et Sherlock Holmes » : la bécane m'a représenté Holmes et Watson en costumes roses et la panthère est devenue un chapeau !

A pink panther and Sherlock Holmes

Oui j'étais écroulé d’avance en tapant « Trois femmes nues attendent le train dans une gare la nuit à la façon de Paul Delvaux » et en voyant le résultat : puritanisme américain obligeant, les dames n'étaient que deux et habillées comme au dix-neuvième siècle. Par contre on voyait bien la gare même si les rails semblaient bizarres !

Trois femmes nues attendent sur un banc la nuit dans une gare façon Paul Delvaux

Finalement, je lui ai trouvé un nom à Deep Dream Generator! Je vais l'appeler Mutabor ! Parce que « Adam et Ève et le serpent au paradis vus par René Magritte » eh bien c'est fantastique : on ne voit que des pommes sur le tableau !

Adam and Eve and the snake under an apple tree on Paradise in the way of Magritte

Frères humains et sœurs humaines transformé·e·s en n'importe quel animal ou n'importe quelle plante par un algorithme foireux, pauvres de nous ! « Il n'est pas certain que vous ayez encore un avenir sur cette planète !» semble nous dire la technologie. Alors cher·e·s ami·e·s, résistons ! Vive la sociabilité des ateliers d'écriture, vivent les consignes non krapoviennes et vivent les bières belges !

13 juin 2023

Un Drôle d'hôpital / La Licorne

C'est un hôpital presque comme les autres. Une bâtisse jaunâtre, vieillotte...perdue dans les arbres. 
On pourrait presque passer devant sans la voir. Le personnel, cependant, attire l'attention.
Ici, pas de blouse blanche. Pas de chariots, de médicaments, ni de perfusion. 
Quelques infirmiers, ébouriffés, se promènent sous les feuillages, un crayon à la main, en regardant le ciel. Ils flânent, l'air préoccupé, en ayant l'air de chercher l'inspiration.
 
Car ici, on soigne les mots. Uniquement les mots.
 
Et les mots arrivent, à toute heure. En file indienne, chaque jour plus nombreux. Des petits, des grands, des oubliés. On les accueille et on les couche, en urgence, sur le papier. La plupart, quand ils arrivent, sont faibles, mal en point, usés.
 
Les yeux pleins de tristesse, ils disent  que personne ne les comprend, qu'on se désintéresse d'eux, qu'on ne les invite plus, qu'ils ne servent plus à rien. Ils disent : "C'était mieux avant..." 
Avec des larmes dans les yeux, ils parlent du temps où la télé et internet n'existaient pas...du temps où les gens lisaient des livres, du temps où l'on s'envoyait des lettres de plusieurs pages, où l'on avait de longues conversations approfondies... Le temps de leur gloire. Le temps où ils étaient choyés, admirés, encensés.
 
Oh, il y a bien quelques petits jeunes qui passent les voir, de temps en temps. Des jeunes, en baskets, décontractés, sûrs d'eux, en pleine forme. 
Tenez, "Kiff" est passé voir, l'autre jour, ses grands-parents : "Amour" et "Passion"...
Il était fringant, joyeux...mais il n'est pas resté longtemps...trop pris, apparemment. 
Il a bien vu que son grand-père se délavait de jour en jour et que sa grand-mère n'en avait plus pour très longtemps. Il a eu la politesse de n'en rien dire. Faut dire qu'il était surtout préoccupé par sa prochaine sortie avec "Crush", un pote à lui...avec lequel il passe le plus clair de son temps.
 
En partant, il a croisé dans les couloirs la petite "Billevesée". 
"Tu te rends compte, il ne savait pas qui j'étais, il n'avait jamais entendu parler de moi" a-t-elle confiée à son amie "Carabistouille", qui n'en menait pas large non plus.
 
Quant au vieux "Saperlipopette", il paraît que l'autre jour, il a volé en miettes, percuté de plein fouet par "What the fuck" qui, le nez sur son smartphone, ne l'avait pas vu. 
A l'heure qu'il est, il serait dans un état critique. Amputé de plusieurs lettres...Maintenant, tout le monde le confond avec "Salopette". Quoique, tout compte fait, il s'en sort mieux que d'autres. La semaine dernière, on a enterré trois de ses amis :  "Fichtre", "Diantre" et "Mazette". Morts de vieillesse.

Vous l'aurez compris, l'époque est dure. La langue est devenue technique, administrative et impersonnelle. Ce que l'on aime aujourd'hui, ce sont les mots secs, précis. "Arobase", "Gestion", "Optimisation". Ou alors les anglicismes. "Bug", "Process", "Vibe". Plus de place pour les dizaines de synonymes qui nous enchantaient de leurs nuances. On va droit au but. Les "Racine", les "Corneille" sont passés de mode. Les fioritures aussi. Chez les écrivains, plus personne ne se risque à faire une description de plus de trois phrases, sous peine de perdre le lecteur. Des milliers de mots se retrouvent, d'un jour à l'autre, "à la rue".

Alors, que faire ? A "Mopital", une nouvelle méthode de soin est testée. Elle a été mise au point récemment et commence à faire ses preuves.

Cela commence toujours par un "lavage" très doux. Tout d'abord, on prend le mot malheureux et on le nettoie précautionneusement, à l'eau tiède, afin d'ôter toutes les connotations malencontreuses dont il a été affublé au cours des années. On le débarrasse aussi, en passant, des fautes d'orthographe récurrentes qui ont pu le blesser et le déformer.

Une fois qu'il a retrouvé sa pureté et sa première jeunesse, on le confie aux soins d'un "médecin-poète". Celui-ci l'examine alors sous toutes les coutures et l'habille de nouvelles couleurs, de nouvelles teintes en l'associant avec d'autres, eux aussi, lavés et nettoyés. Il les fait se rencontrer, il les fait danser ensemble...virevolter sur un rythme entraînant. Parfois, l'union est heureuse et, quelque temps après, naît un petit poème...Parfois, ce n'est qu'une passade, mais qui va leur permettre de repartir dans la vie, dans la société, chacun de leur côté, ravivés, revigorés.

Oh, je ne vous cache pas que tout cela prend du temps. C'est lent. Un mot à la fois. Ce mois-ci, on a sauvé deux mots, menacés d'une mort certaine :  Anticatastase" et "Albedo".  Ils ont virevolté dans quelques textes, ce qui a suffi pour les sauver de l'oubli. 

Même si ce n'est pas facile tous les jours, je vous assure que c'est un vrai bonheur que de contribuer à lutter contre la désuétude galopante, la perte de sens et l'anorexie lexicale.

Je vous invite donc vivement à faire de même et, si vous souhaitez nous aider, à envoyer vos dons à : 
"Mots En Cours d'Extinction Nettoyage Express"
1984, Avenue George Orwell, 75000 Paris  

Dr Jean Kess

6 juin 2023

Le jeu de l'oie géant de Châlons-en-Champagne / Jean-Paul

Un point du règlement

Je l'ignorais moi cette règle du jeu de l’oie ! « Au commencement de la partie, si l'un des joueurs fait 9 par 6 et 3 il doit avancer son pion sur la case 26 ; s'il obtient 9 par 4 et 5 il ira sur la case 53 ». C’'est à se demander si je n'ai pas toujours obtenu le 9 par 7 et 2 ! J'ai un souvenir prégnant de goudron et de plumes et d'avoir quitté la salle de jeux à califourchon sur un rail de chemin de fer.

Extrait des "Mémoires"de Joe Dalton.

AEV 2223-33 JK - 1 Goudron et plumes

Case 35

AEV 2223-33 JK - Case 35 phacochère

Il y a un phacochère
A la porte cochère,
Arrivé sanglier gare,
Sans annoncer
« Gare de Rennes ! Tous les petits lapins descendent de voiture ! ».

Tous les petits lapins descendent de voiture
Et les voici qui partent un peu à l'aventure,
Longeant l'avenue Janvier,
Saluant le TNB et le lycée Zola.

Le sanglier les suit.
Il ne veut pas aller jusqu'à la baie d'Erquy
Chez les irréductibles avaleurs de bidoche.
Alors, une fois traversée la Vilaine,
Il laisse les lapins monter jusqu'au Thabor
Et lui il tourne à gauche
Car lui ce qu'il veut voir
c'est le très grand heurtoir
De la rue Beaumanoir

AEV 2223-33 JK - heurtoir beaumanoir

Il y a un phacochère à la porte cochère !

S'il a fait 35 par 17 et 18
Dis-lui qu'il s'en retourne à sa forêt natale
Dans la terre d'Ardenne
Dans un film des Dardenne
Ou chez les bigoudens.
S'il continue d’heurter le battant de la porte
Dis-lui qu'il est vilaine et que je vais lâcher,
Pour qu'elle lui brise l'échine,
La sorcière Darmanaine dont la réputation n'est plus vraiment à faire :
C'est elle qui brisa jadis Lima la hyène

Case 22

AEV 2223-33 Jeanne - Case 22

A Saint-Michel-en-Grève c'est la baie des cochons !
Tu vois sur la case 23 le tracteur qui s'en vient le matin
Faire sa moisson d’algues vertes.

On dit « élevage porc sain »
Mais ni Trite ni Trate ne veulent avouer qu'ils ont pollué la mer
Et un cheval est mort d'avoir respiré là.

Il faut retourner case 11 pour faire travail de colibri
Et retrouver planète nette

Case 29

AEV 2223-33 JK - Case 29 château

J'ai oublié le nom de ce petit château qui barre la rivière
Et fait penser au pont de Landerneau en Finistère (29).

Mais je me souviens bien que ce jardin public
Aux statues magnifiques
Sculptées dans l'érotique
A pour nom « Petit jard »

Or le jars est est mâle de l’oie
Et cette homonymie - cela nous met en joie -
Est la raison probable
Qu'au lieu d'un bac à sable
On propose aux enfants
Un jeu de l'oie géant

Case 42

AEV 2223-33 JK - Case 42 labyrinthe

 Si l’un des joueurs fait 42 par 23 + 19 ou s’il atteint cette case il entre dans le labyrinthe. Ici, contrairement à toute idée reçue, à toute légende ancienne, ici l'attend Ariane.

- Thésée ! dit-elle au joueur en posant son tricot, sa pelote de laine rouge et ses grandes aiguilles. Comme il y a long de temps, mon petit sacripant, que je t'attends !

Le joueur qui a fait 23 + 19 ne comprend plus rien aux nombres premiers ni aux histoires primitives. Il se demande si le Minotaure a eu tort, s’il s’est pris pour un boa constrictor, s'il est parti parasiter une autre histoire. En attendant Ariane est aussi belle qu Audrey Hepburn dans le film homonyme de Billy Wilder et le joueur est si heureux d'être l'étranger bien reçu comme dans la chanson de Léonard Cohen qu'il prie pour que personne ne vienne prendre sa place.

Lorsque cela arrive, qu’on a passé deux tours de magie et sursis comme Circé au déroulé du temps, Ariane vous raccompagne et vous dit « Bonne chance ! Sur ce que nous étions, sur nos amours cachées, surtout ne dites rien à personne, Thésée ! Taisez-vous, taisez tout ! ».

Mais nul besoin de mots en fait. Du plus velouté des baisers l'oie blanche vous a clos le bec.
Il ne vous reste plus qu à faire 21 pour monter au sommet du Puy de dôme (63) et hurler votre bonheur en silence.

Case 41

AEV 2223-33 JK - Case 41 LuneAu clair de la lune, mon ami Pierrot,
Lorsque j'aurai le temps
J'irai réécouter votre « Signé Furax ! ». (case 60)

Quel bonheur ne fut pas le mien
D'avoir fait du tourisme culturel sans le savoir,
D'avoir découvert une fois rendu sur place
Que Pierre Dac était né à Châlons-en-Champagne !

AEV 2223-33 JK - Case 60 signé furax

13 juin 2023

Demande d'exfiltration / Jean-Paul

J’y suis allé, moi aussi, faire une visite à l'hôpital des mots. Dans la chambre voisine de celle où reposait « Je t'aime » il y avait une vieille rengaine qui se traînait lamentablement dans son lit-cage.

Elle disait :

- Qu'est-ce que j'ai pu être conne !

Elle s'appelait « C'était bien, c'était chouette, chez Laurette ». Elle ajoutait :

AEV 2223-34 JK - flipper

- Il y avait déjà Simone Signoret qui nous avait prévenu. Elle avait écrit « La Nostalgie n'est plus ce qu'elle était » mais là, franchement, moi, quelle gnangnanterie ! Les années lycée ! C'est comme si on m'offrait un billet pour le concert de Starmania en 2023, qu’on m'emmenait me rhabiller dans une friperie vintage ; j'aurais l'air ridicule comme à l'époque avec mes jupes gitanes, mes parfumées au patchouli, mes freluquet à cheveux longs qui se prêtent des disques vinyles pour les enregistrer sur des mini-cassettes. Je suis sûre et certaine maintenant qu'il était crade, ce rade ! Tous les clients fumaient des gauloises bleues et des gitanes maïs en buvant des coups de rouge genre Gros qui tache, de la Stella Artois ou de la bière d'Alsace au comptoir ! De vieux habitués venaient taper le carton tous les après-midis et ils faisaient la gueule quand on mettait deux thunes dans le bastringue ou qu'on s'excitait autour du flipper parce que Gaston avait décroché un « same player shoots again » ou que Bernadette avait fait tilt.

- Allons ! Allons ! ai-je dit à « C'était bien, c'était chouette chez Laurette ». Vous étiez quand même une belle chanson ! Qu'est-ce qu'on pourrait faire qui vous ferait plaisir ?

- Écoutez, sortez-moi d'ici en loucedé ! Je déteste cet hôpital ! Ils ne font rien pour nous adapter au monde moderne. Ils nous laissent mariner pour qu'on puisse dire de nous « dans son jus ». Emmenez-moi dans un café moderne, un où il y a des afters et des happy hours, où on peut boire des pintes de bière en passant la commande au comptoir !

- Un peu dans le genre des Grands gamins, sur le mail François Mitterrand à Rennes ?

- Ouaipe, a répondu sa voisine de lit. Et si vous arrivez à l’exfiltrer, revenez de sortir de là, moi aussi !

- C’est qui, elle ?

Elle c’est « Au Tord-boyaux le patron s’appelle Bruno ».
 

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13 juin 2023

La quille, bordel ! / Jean-Paul

Il n'y avait pas plus jubilatoire que cette phrase là ! Bien sûr elle était très vulgaire à cause de sa deuxième partie mais elle était un appel à respecter la devise de la République, au moins sur son premier tiers : « Liberté Égalité Fraternité » : « La quille bordel ! ».

La société était aussi malade que de nos jours pendant cette période qu'on a baptisée du joli nom de « Trente glorieuses ». La gloire n’a qu’un temps. Pas étonnant, à la longue, que les phrases se fatiguent.

Dans la tête des gouvernants il était bon de priver les jeunes gens de leur liberté pendant un temps déterminé - un an les dernières années avant la suppression du service militaire, bien plus auparavant - pour les envoyer faire un stage d' « égalité » dans des bâtiments appelés casernes.

On leur bourrait le crâne à coup de formules immuables : Garde-à-vous ! Repos ! Vous me balaierez les chiottes ! Corvée de pluche ! Au trou ! Veux pas le savoir ! Parcours du combattant ! Manœuvre ! Scrongneugneu ! Vous fais sauter votre permission ! Debout les Bleus ! Présentez armes ! Une deux, une deux !

Espérait on faire naître de ces mauvais traitements de la fraternité ? Il y en eut ! Mais avec le temps les fameux copains de régiment chers à nos pères et grand-pères sont devenus plus transparents, moins indispensables. Et pendant les derniers mois de ce service militaire elle fleurissait, elle éclatait, bien sonore, bien pétante et provoquante, la phrase « La quille, bordel ! » dans la bouche des les libérables.

AEV 2223-34 JK - Quille

"Je veux revoir ma Normandie !" clamaient les Rouennais et les Ébroïciens (habitants d'Evreux). Et les bidasses du Pas-de-Calais, natifs d’Arras ou pas, passaient un peu du temps libre qu’ils avaient à décorer l'objet lui-même, un parallélépipède de bois qu’ils brandissaient comme un trophée le jour où on les rendait à la vie civile, libérés de leurs obligations militaires mais pas de celle d'aller pointer à l'usine ou de retourner travailler à la ferme !

En trouve-t-on encore de ces quilles sur Ebay ou sur Le Bon coin ou bien ont elles brûlé, souvenirs inutiles, dans un feu de cheminée ? Et pourquoi n'a-t-elle pas repris vigueur, l’expression « La quille, bordel ! » lorsque les gens s'apprêtent à partir en retraite ? N’est-ce pas là aussi une libération, une sortie d'un monde de contraintes, d'obligations, de pressions ? La liberté devient elle moins appréciable avec l'âge ? Et si l'on a la chance d'être déjà en retraite, la phrase ne risque elle pas de s'éteindre d'elle-même, de devenir aphasique, de n'être plus qu'une minute de silence ou un mot en travers de la gorge à l’EHPAD ?

Parce qu’à 99 ans, quand on clame « La quille, bordel ! » c'est qu'on n'a plus beaucoup de choix entre la liberté ou la mort !

30 mai 2023

Avec les mots d'Anne Sylvestre / Adrienne

Si j’ai bonne mémoire, dit-elle en s’enduisant d’huile solaire alors que le temps était à la pluie après des semaines sans une goutte d’eau – pauvres grenouilles dans leur mare presque asséchée, pauvres vaches dans les prés où l’herbe ne pousse plus – si j’ai bonne mémoire, c’est l’année où j’ai fait Compostelle. J’avais fait l’Alsace l’année d’avant.

C’est comme ça qu’elle parle : elle ne visite pas les calanques, une île ou les bords d’un lac, elle les fait. Elle a vu un ours quand elle a « fait » le Canada. Elle a pris le tramway quand elle a « fait » San Francisco. Sauf qu’elle dit « cable car », elle aime bien placer des petits mots qui font couleur locale, comme s’il fallait une preuve que ses photos de vacances ne racontent pas de mensonges.

On se sent bien petit et insignifiant, en sa compagnie, on n’a « fait » que huit jours à la mer et pris des photos de l’écluse du bassin, parce que trois coquelicots y poussaient. On n’en a rapporté qu’un peu de bois flotté et un brin de myosotis qui gisait sur le sol et dont on ne voulait pas qu’il soit mort « pour rien ». On a passé le temps à admirer les vagues aux couleurs si changeantes, si indéfinissables, et qui brillent encore la nuit, même sous un ciel d’encre.

Mais bon, c’est le genre de choses à ne pas lui raconter, elle s’esclafferait et vous traiterait d’énergumène.

On fêtait son anniversaire et on n’avait pas trop su quoi lui offrir. Un livre ? À elle qui un jour s’est vu offrir une automobile ?

On avait admiré les vieux pommiers si photogéniques de son verger, les labyrinthes de buis taillé, le potager à l’ancienne qui sentait bon l’humus et où poussaient tomates et rutabagas, pas pour la soupe mais parce qu’elle n’y voulait que des fleurs jaunes…
Son jardinier taciturne avait encore fait des miracles de compositions florales arachnéennes, l’acacia répandait son parfum, l’ampélopsis déployait ses couleurs, on en oubliait presque les fanfreluches et falbalas de l’hôtesse, qui pourtant était difficile à oublier.

– Encore un peu de frangipane ? Ou des œufs à la neige ? a-t-elle proposé, mais comme elle y avait fait tomber des cendres de sa cigarette, on a poliment refusé.

***

Écrit avec une cinquantaine de mot d'Anne Sylvestre qu’on remercie !

Photo prise l’an dernier dans le Sussex.

6 juin 2023

I comme iconographie / Adrienne

Il n’a pas été difficile de retrouver exactement le même jeu que celui qu’avait mini-Adrienne: c’est celui-là (source ici)

Beaucoup y voient une sorte de « parcours de vie », où tout n’est que hasard avec par-ci par-là une embûche sur le chemin.
C’est peut-être pour ça que le petit frère n’aimait pas y jouer 😉.

En faisant quelques recherches pour avoir une idée de l’origine et de l’ancienneté de ce jeu, l’Adrienne est tombée sur un tas de sites intéressants et tous sont d’accord sur un point: contrairement au tableau de son enfance, la mode était plutôt à remplir les cases séparant celles où se trouve une oie par des dessins selon un thème – culturel, géographique, historique, littéraire… – de sorte que de nos jours, ces tableaux anciens illustrés de gravures font l’objet de collections.

Ici par exemple il s’agit de "tableaux de Paris" .

Pour ceux que ça intéresse, ici la préface du livre Le noble jeu de l’oie en France, de 1640 à 1950 écrit par un de ces collectionneurs, Henry-René D’Allemagne.

Et un site consacré à ce jeu ici.

30 mai 2023

Alsace / Jean-Paul

AEV 2223-33 JK - Strasbourg

De l'Alsace on ne sait plus que les noms de ses vins : Sylvaner, Riesling, Gewürztraminer. Les orthographier correctement demande de la discipline, c'est déjà comme si on avait passé le Rhin. Il ne faut sans doute pas se moquer. On a fait la paix avec le méchant voisin qui est venu par trois fois annexer nos cigognes et nos bières de l'Est.

On avait presque oublié Roger Siffer, militant chansonnier de la langue alsacienne dont les albums étaient chroniqués sous l'étiquette « folk » dans les mensuels « Rock and folk » et « Best » autrefois. Eh bien voilà qu'il ressurgit sur cette vidéo avec cette chanson « Die Gedanken sind frei », « Elles sont libres les pensées », chanson que l'on me demande d'interpréter demain dans la version du groupe Corse i Muvrini lors d’un concert pochette-surprise.

C’est une chanson traditionnelle allemande de 1790 qui a été reprise en hommage aux morts de 2015 à Charlie Hebdo. Je reviens justement d’un séjour récent au pays de Cabu à Châlons-en-Champagne au cours duquel j'ai lu « Bête et méchant » de Cavanna. Du coup je me retrouve un peu avec mes souvenirs de trois séjours à Strasbourg au centre névralgique de l'Europe qui est de nouveau en guerre ou presque. Vite, retournons à la mer, c'est moins dangereux !

23 mai 2023

Deux portraits de Joe Krapov, le deuxième étant un autoportrait de 2023

AEV 2223-31 JKFlûte ! C'est encore cet idiot de Joe Krapov qui monte sur la scène ! Et moi qui ai été directeur pendant plus de vingt ans ici je suis condamné à l'anonymat et au silence de la salle plongée dans le noir.

Mais comment il fait, ce type ? Il n'a jamais joué le jeu des institutions. Il n'a pas passé les concours pour monter en grade. Il n'a postulé pour rien. Le non-ambitieux total. Le gars qui est là sans y être tout en y étant.

Bon, c'est vrai. Il bossait. Régulièrement, sérieusement, correctement, ponctuellement. Jamais malade, jamais d'incident, toujours disponible, toujours de bonne humeur avec ses collègues. Toujours énervant avec son côté décalé, ses chansons stupides envoyées avec succès à la fin du repas de fin d'année.

AEV 2223-31 JK Chorale

2023-06-01 285 3

Flûte ! Aujourd'hui que nous sommes sortis de la machine productive, renvoyés à l'anonymat au sein d’une association de retraités d'une institution éducative, c'est à lui qu'on octroie quinze minutes de prestation scénique avec sa chorale d’évadés de Guantanamo - la couleur de leurs tee shirts ! Orange !

Amplifiés comme de vrais pros avec des retours sur la scène, trois micros pour les vingt choristes, un pour l'accordéon, un autre pour sa guitare. Mais où a-t-il trouvé le temps pour préparer ses diaporamas ? Maintenant le public peut lire les paroles, admirer les illustrations bien choisies, chanter avec le groupe et apparemment tout est en place, pas de fausses notes, pas de couacs, de mauvais démarrage !

Flûte ! Et à la fin on les applaudit et la présidente les félicite comme elle a souligné auparavant la régularité avec laquelle il anime les séances hebdomadaires de son club d'échecs. Mais franchement ce type, il m'énerve ! En plus il ne roule pas des mécaniques, il range son matériel, sort le dernier de la salle de spectacle. Il laisse les choristes aller recueillir les impressions et félicitations des spectateurs et lui se pose dans un coin avec une coupe de vin pétillant, tape dans 2 ou 3 gâteaux maison puis il se barre sans bruit parce qu’il a atelier d'écriture après ! Un bosseur ! Un chameau !

Flûte ! Ce n’est pas du pipeau mais finalement on devrait davantage s'en méfier des sous-fifres qui jouent de l’harmonica !

***

Moi je n'ai rien demandé. Je n'ai jamais rien demandé. J'ai juste une bonne mémoire, de la curiosité pour ce qu'il y a dans les livres, les disques, les DVD et les musées et j'ai du goût pour les choses drôles.

Couverture album 13 (9095) réduite

Et je ne suis pas difficile. Même la méchanceté me fait rire. Quand Pif le chien ligote Hercule le chat à l'intérieur d'une fusée et allume la mèche du « Pifnik » pour le satelliser, ça relève du sadisme à l'état pur mais je sais que c'est de la fiction : il suffit de retourner le livre et ça n'existe plus ! C'est comme tous ces gens autour de moi qui ne font plus que parler maladie, accidents, vieillissement et disparition des uns et des autres ou comme l'Ankou qu’on se tatoue sur les épaules pour bien montrer qu'on est Breton. Il me suffit de déclarer « Je suis immortel !» et la mort n'existe plus.

Peut-être que c'est ça mon leitmotiv : « Je ne suis pas concerné ». Il faut choisir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen même si ni l'une ni l'autre ne représentent pour moi un espoir de quoi que ce soit ? Ben la dernière fois j'ai voté pour autre chose que ces deux machines là ! Ça m'a valu une fâcherie et demi avec des amis qui ont trouvé ça scandaleux.

Mais moi je n'ai rien demandé et je ne demande rien. J'ai juste vieilli, j'ai juste travaillé pour gagner ma croûte, j'ai juste fait tout ce qui était possible pour que dans les endroits où des gens se réunissent ils puissent faire ce qu'ils ont envie de faire et que ça se passe bien, en bonne entente et, si possible, dans la bonne humeur.

2023-05-23 285 25C'est pour ça qu’à mon plus grand étonnement je me retrouve souvent désormais dans le rôle du chef ! Parce que je connais l'Oulipo, le Défi du samedi, Isaure Chassériau, le magazine La Croix et la bande dessinée franco-belge du XXe siècle on m'a bombardé animateur de l'Atelier d'écriture de Villejean. Parce que je sais classer des paroles de chansons dans l'ordre alphabétique des titres, jouer quelques accords ou arpèges sur ma guitare et faire des intros à l'harmonica pour donner la note de départ j'ai été balancé chef de choeurs de chorales qui chantent à l'unisson ! Et je donne même depuis quelques temps des cours de guitare. Parce que je regarde des vidéos de Marc Quénéhen, que j'achète la revue Europe-échec et que je fréquente l'intelligence artificielle échiquéenne depuis 1981 je suis le référent d'un club d'échecs dans lequel cinq vieux messieurs d’allure select viennent pousser du bois le jeudi après-midi dans l'inappréciable calme d'une cafétéria désertée par les étudiants !

J'ai même fait deux enfants sans trouver la virgule et je ne les embête pas plus que ça maintenant qu'ils sont grands. Peut-être qu'il me la reprocheront un jour, ma discrétion, peut-être pas. De toute façon j'ai le temps de voir venir : je suis immortel et ils sont occupés à d'autres choses que de lorgner sur ma collection de disques vinyles. Tu parles d’un héritage ! Pourquoi est-ce que je la garde, celle-là ? Il est évident que Neil Young et Yoko Ono n'intéressent plus personne de nos jours !

A vrai dire la seule chose que je pourrais demander ou me demander aujourd'hui c'est celle-ci : devant l'inanité d'une société dans laquelle on économise 17 milliards d'euros en forçant les gens à travailler deux ans de plus avant qu’ils n’accèdent à un univers de liberté nommé « retraite » et où, sur la lancée, on augmente le budget de la Défense à hauteur de 3 à 4 milliards par an, est-ce qu'il ne vaut pas mieux finalement être ce que je suis, à savoir un imbécile heureux ? 


9 mai 2023

L comme Léontine / Adrienne

Oui, c’est grave! C’est même très grave, pour d’honnêtes commerçants comme nous! Et tout ça est de la faute à Léontine! Mais elle va voir de quel bois je me chauffe ! Ah ça ! Elle ne perd rien pour attendre, foi de Coppenolle !

***

D'après Adrienne, sur la photo de Cartier-Bresson prise à Bruxelles en 1932, on croirait voir Bossemans et Coppenolle obligés de regarder le foot en stoemeling (en cachette).

16 mai 2023

Légende médiévale assez nulle / Jean-Paul

Oncques fut en notre Castel
La tant aimable jouvencelle
Fillotte au syre Florent Manne,
Nostre seigneur, et de sa dame Brunehilde.

Fort long de temps elle se languit
A deux doigcts de mourir d’ennuy
N’estant d’asge d'être promise
Ni courtisée pour épousailles.

Nul baladin ne l’amusoyt,
Nul bouffon ne pust se vanter
D’avoir faict rire de ses traicts
La jouvencelle aux doux attraicts.

AEV 2223-30 JK - Laure Manaudou 2

 Portrait d'une dame, huile sur bois de chêne
conservée à la National Gallery of Art, Washington DC

Sy conseilla l’apothicaire
Qu'elle se donnast exercice
« Il fauct vous raffermir la cuisse
Et muscler épaules et dos !
Rien de tel que la nastation
Pour requinquer constitution ! »

Laure – c’estoit là son prénom -
Accepta la médication..

Un lac jouxtoit nostre castel.
On clostura ses verts abords
Pour que nul manant ne vinst vouère
La damoiselle se baquer.

Elle ostoit son accoutrement,
Hennin, poulaines, jupon blanc
Et festoyoit en son liquide
Mieux que n’eust fait mainte poiscaille.

Nul n’assistoit à la baignade
Excepté – quel oubli funeste ! -
En haut de la plus haute tour
La sentinelle du castel.

L’homme de guet, très vite, épris fust de la belle
Mais d’un bel amour sans espoir.
Il devint fol de la cervelle
Et se rompit les os un soir

Le suicide estoit la sagesse :
Jamais gueux n’espouse princesse
En ces temps des neiges d’antan
Ni ces jours d’hui, pareillement

Moralité :

Château fort ou tour fort niquée
C’est toujours du sommet du donjon
Que l’on voit les plus beaux plongeons
De Laure Manne aux doux attraits.

AEV 2223-30 JK - Laure Manaudou fait de la natation au moyen-âge

Image réalisée par DeepDreamGenerator

2 mai 2023

Louis Chèze / Adrienne


Photo de Joonas ku00e4u00e4riu00e4inen sur Pexels.com

Louis Chèze est mécontent de son nom, depuis toujours.

A l’école il était l’objet de moqueries et maintenant qu’il a l’âge adulte il se sent toujours obligé de l’épeler.

Jusqu’à présent d’ailleurs, personne n’a voulu devenir « Madame Chaise », de sorte qu’il envisage sérieusement un changement de patronyme.

Il a été bien étonné d’apprendre, l’autre jour qu’ils étaient tous attablés au Cochon à Plumes, que ses amis Nicolas le Vergeur, Paul Douce et Just Fontaine vivaient le même genre de problèmes.

Seule Antoinette Paillard ne disait rien et souriait : bientôt elle serait délivrée des quolibets puisqu’elle allait épouser le frère de son amie Françoise Carillon-Ramonet.

9 mai 2023

Énigme / Jean-Paul

Contempler 13

Lorsque Hans et Gunther ont ouvert le premier bar LGBTQIA+ de Mannheim Aloysius Holbein-Lejeune est allé les immortaliser.

- Vous permettez que je déballe mes outils ? qu’il a demandé.

- Oui mais faites vite ! qu’ils lui ont dit, l'inauguration est dans une demi-heure.

Comme on était en 1562 l’attirail de prise de vue n'avait rien de photographique. Même si les deux serveurs en habit de grand apparat semblent prendre la pose comme pour un cliché de Nadar ou d'Helmut Newton, le point de départ de ce tableau était juste un carnet de croquis et un crayon à dessiner.

Tout en croquant les deux ambassadeurs de la cause gaie (gaye?) Aloysius a posé des questions en vue de rédiger un article dans son journal, Le Figaro-Mannheim.

- Est-ce que votre bar sera ouvert à tous ?

- Bien sûr !

- Même aux femmes ?

- Bien évidemment ! Le L de LGBT signifie « Lesbienne ».

- Il y aura donc des des salles séparées ? Une pour chaque lettre ?

- Pas du tout !

- Est-ce que les gens qui sont simplement hétérosexuels pourront consommer chez vous ?

- Oui à la condition qu'il ne soient pas homophobe.

- Et qu'est-ce qui se passe quand un homosexuel de sexe masculin se sent attiré par une homosexuelle de sexe féminin ?

- Nous on est là pour servir à boire. Cela ne nous regarde pas, chéri ! a répondu Hans.

- Je dirai même plus, a renchéri Gunther. Nous on ne regardera pas ça !

- Heu maintenant autre chose. Qui est-ce qui a fait la déco de votre boui-boui ?

- C'est ma sœur, a répondu Hans.

- C'est la mienne, a ajouté Gunther.

- Elles travaillent ensemble dans un cabinet d’architecture intérieure ?

- Non, elle bricole toute seule à la maison. On est frères et on n’a qu’une sœur, frérot !

Aloysius n'a rien compris à toute cette nouveauté ni à cette drôle de famille. C'est pourquoi, à partir de son croquis préparatoire, il a transformé le comptoir du bar avec ses flacons colorés en étagère pleine d'objets bizarres : un réveil à six faces, un éventail mécanique, un luth gréco-romain, une mappemonde-bilboquet, un tournesoloscope.

Il a représenté les deux frangins avec des habits de membres de la noblesse, recouverts de satin, de velours et de fourrures plutôt que de de peindre leurs vêtements déchirés, leurs horribles tatouages et anneaux dans le nez.

Personne du coup ne comprend, en regardant la toile, à quelle lettre de LGBTIQA+ le manteau qui flotte bizarrement au bas du tableau se rapporte.

Et personne n’a pu répondre à la dernière question posée en fin de son article : « Quand un homosexuel de sexe masculin avoue à ses parents qu’il souhaite se marier avec une homosexuelle de sexe féminin, est-ce que ça s’appelle encore « faire son coming out » en bon allemand  ? ».

2 mai 2023

Dominique d'Aupilhac / Jean-Paul

2023-04-18 - Nikon 237

Je crois me souvenir maintenant qu'elle s'appelait Dominique. J'avais fait sa connaissance à la bibliothèque Carnegie. C'est là qu'elle bossait : elle faisait des recherches à la salle des catalogues. Les plus anciens et anciennes d'entre vous n'ont peut-être pas oublié ces meubles à tiroirs, ces fiches perforées sur lesquelles figuraient les informations d'identification des livres et leur cote.

Oui, c'était bien avant l'invention de l'informatique grand public, avant même le Minitel, avant que j'arrête mes études de droit où je faisais tout de travers. J'attendais mon tour pour consulter le tiroir des ouvrages d'auteurs dont le nom commençait par la lettre Kr dans lequel elle classait une nouvelle fiche.

- Ce serait bien que je devienne votre ami ! m'avait elle déclaré tout de go en laissant le tiroir ouvert.

- Mais... nous ne nous connaissons pas ! ai-je protesté.

- Eh bien ce sera un bon moyen de faire connaissance ! Mais peut-être avez-vous déjà une bonne amie ?

- Pas vraiment, ai-je confessé. Ça nous engage à quoi ?

- A rien. Passez me chercher à 17h00 ce soir, c'est l’heure à laquelle je termine mon travail.

J'étais allé suivre mes cours, ensuite je m’étais baladé sur les Hautes promenades puis je m’étais posé pour lire les bouquins empruntés sur un banc face à la gare, à l'ombre de la statue de Colbert. Vers 16 h 45 j'ai contourné la cathédrale et j'ai attendu à la grille de la bibliothèque. Elle est sortie, elle m'a aperçu, est venue vers moi.

- Je m'appelle Dominique d’Aupilhac. Et vous ?

- Just Fontaine.

- Il faut vous appeler seulement Fontaine, alors ?

2023-04-17 - Nikon 177

- Non, Just. Mon nom est Fontaine et mon prénom est Just.

- C'est juste, tout le monde a un prénom et un nom. Just Fontaine ! C’est joli !

Je la regardais, encore intrigué par son côté direct, son absence de timidité. Elle portait un grand imperméable et un chapeau cloche pareil à ceux des « enfants du jazz » de Francis Scott Fitzgerald, les flappers, les garçonnes des années folles.

- On fait comment ? ai-je demandé.

- Comme vous voudrez. Ce premier soir je me contenterai de vous accompagner en silence. Qu'est ce que vous faites à cette heure-là ordinairement ?

- Eh bien je marche dans les rues, j'entre dans les librairies, je vais chez le disquaire.

- Lequel ?

- Il n’y en a qu’un dans la ville, c'est William disques, rue du Jard. C’est très... typique !

- Alors allons-y, j’aime le pittoresque !

***

J’ai vérifié sur Internet. Cinquante ans plus tard, le disquaire existe toujours. Un bric-à-brac complètement vintage désormais dans lequel on trouve des vieilles revues, des fanzines, des 33 tours, des objets dérivés de la bande dessinée : Dupond et Dupont en astronautes, une 4 chevaux tirée d'un album de Spirou, des partitions de Gilbert Bécaud, des photos de Sylvie Vartan.

***

2023-04-17 - Nikon 251J’ai acheté un disque d'Elton John, « Tumbleweed connection » parce que j'avais repéré une chanson de cet album à la radio, « Love song » dans laquelle on entendait des bruits d’enfants et de vagues sur une plage. J'adorais écouter la mer à cette époque. Elle était si loin ! Maintenant, Dieu merci, je vis en Bretagne et les cris des goélands emplissent même quelquefois les rue de Rennes. Un peu plus tard ce soir-là elle m'avait proposé de faire un tour sur le manège vénitien à côté de l'église Saint-Jacques.

- J’adore Vivaldi, lui ai-je avoué mais on a peut-être passé l'âge de faire des tours de manège ?

-Pas du tout ! Pas du tout !

J’avais regardé les panneaux extérieurs au sommet du carrousel ainsi que le plafond du manège pendant qu'elle tournait. On y avait représenté, sans trop de talent certes, des vues de Venise, des « vedute » à la façon de Canaletto et de Guardi et puis elle avait disparu. J'ai fait le tour de manège, je suis entré dans l'église Saint-Jacques, j'ai poussé jusqu'à l'îlot Jadart. Bizarre ! C'est comme si un rêve poudré s'était volatilisé. Je suis retourné pour dîner dans mon souk d’étudiant célibataire. J'ai écouté le disque d’Elton John et puis j'ai lu un roman noir de David Goodis.

***

2023-04-18 - Nikon 240Le lendemain matin je suis allé à la bibliothèque. On approchait de la période des examens et j'avais commencé à sécher certains cours pour aller lire à la bibli, sous la belle verrière art déco, les codes et tout ce qui était au programme de l’année. J’avais inventé à ma façon super-stupide le Centre National d'Enseignement à Distance.

Je lui ai dit bonjour dans la salle des catalogues où elle se trouvait. Elle portait une blouse grise parce qu’on a vite fait d'accrocher sa robe ou sa jupe sur les coins des tiroirs ou dans leur poignée.

- Just ! Contente de vous voir ! C'était très intéressant hier ! On remet ça ce soir, d'accord ? Vous venez me chercher à 17h00 au même endroit.

- D'accord mais en fait, au manège…


- Chut !


Elle avait fait le geste de poser son index sur sa bouche puis l’avait déplacé devant mon nez en me fixant droit dans les yeux.

Ce deuxième soir nous avons plus parlé. Enfin elle a beaucoup plus parlé. Elle connaissait plein de choses sur Hugues Krafft, sur le comte de Chandon, elle savait tout de la liaison d’Eliane de Heidsick avec Nicolas Le Vergeur. Comme je ne lisais que des polars et de la S.F. à l’époque, je n'avais pas encore plongé le nez dans un roman de Patrick Modiano mais c'était pratiquement ça. En fait j'adorais écouter le son de sa voix : elle me faisait entrer dans un univers de grands bourgeois cultivés, amateurs de musique, de voyages, de luxe.

Et puis on est sortis du café« le Cochon à plumes ». Elle n'avait pas voulu que je lui paye son Perrier tranche.

- Moi je gagne ma vie et vous vous êtes étudiant.

Plus tard dans la soirée on était allé aux Basses promenades et là aussi il y avait un manège sur les médaillons duquel on voyait la porte de Mars, la villa Demoiselle, la place Royale et les lieux emblématiques de la ville.

Et puis, au 3e top, au 3e tour, comme la veille elle avait disparu.

2023-04-18 - Nikon 33

***

Ce manège-là – si je puis dire ! - a duré trois semaines. Je m'étais beaucoup attaché à elle et un jour je l’ai questionnée :

- Mais si je vous demandais d'être plus qu'une amie pour moi ? Qu’est-ce qui se passerait ?

- Vous pouvez toujours essayer mais moi je ne veux être qu'une amie pour vous !

Bon ! OK ! me suis-je dit. Finalement ça me va. A part le mardi soir où elle va à la piscine Talleyrand et le samedi où elle fréquente le cinéma Opéra, parler une heure le soir avec une jeune femme un peu plus âgée que moi de futilités et de choses qui vont et viennent, pourquoi pas ? Après tout je n'avais que 19 ans.

Et puis c’est moi qui ai disparu : c'est à ce moment-là que je me suis réveillé.

Ben oui, tout ça n'était qu'un rêve !

Je peux juste vous dire que j'ai passé une drôle de journée ce jour-là avec le souvenir persistant de cette drôle de fille !

11 avril 2023

Interview sous-titrée de Jane B. / Jean-Paul

- Jane B. bonjour ! Vous nous revenez à l’Olympia à partir du 1er mai 2023 avec un récital surprenant. Mais avant d’en parler, j’ai une question en lien avec l’actualité politique et sociale française.Vous n’avez jamais songé à prendre votre retraite ?

- Tu ne vas pas apprendre à mamie à gober des œufs ! Il faut appeler une bêche une bêche ! J’ai besoin de le pognon pour vivre ! S’il ne fait pas le bonheur, il y contribue largement !
Vous n’allez pas apprendre à un vieux singe à faire des grimaces ! Il faut appeler un chat un chat ! J’ai besoin de thunes ! Si l’argent ne fait pas le bonheur, il y contribue largement

 - Les deux tomes du journal intime que vous teniez adolescente et que vous avez publiés n’ont pas été des best-sellers ? 

AEV 2223-27 JK - Jane B

- Ça a été très intéressant d’emmener ses habitudes ailleurs mais raconter sa vie aujourd’hui tout le monde y fait ça, c’est comme cravacher une cheval morte. Ça n’a pas rehaussé le toit quoi qu’il ait dit mon éditeur. Il n’y a pas de mouches sur moi. J’ai sauté sur le train un peu trop tard. Christine Angot est passée avant moi.
Bien sûr ce fut intéressant de changer de crèmerie mais tout le monde cultive le genre de l’autobiographie de nos jours. Quoi qu’en dise l’éditeur ça n’a pas fait un tabac. Je ne suis pas née de la dernière pluie. J’ai pris le train en marche un peu trop tard. Christine Angot est passée avant moi. 

- Vous pensez avoir raté le coche et ramené votre fraise un peu trop tard ?

 - Oui, j’ai planté ma rame et raté le bateau.
 Oui j’ai ramené ma fraise et raté le coche.

 - Donc pour vous en mettre plein les poches il ne vous reste plus que la musique ?

 - Et encore ! Il ne faut pas compter ses poussins avant qu’ils n’éclosent. Le monde des majors c’est une nid de vipères ! Ils sont toujours prêts à verser de l’eau sur un homme qui se noie. Et moi j’ai le gros croix-rouge sur mon front tout blanc.
Et encore ! Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué ! Le monde des majors est un sacré panier de crabes ! Ils sont toujours prêts à tirer sur l’ambulance. Et moi j’ai une grosse croix rouge sur mon front tout blanc !

 - Venons-en donc à ce récital dont le titre est drôlement provocateur « Tous des sales types !». Vous réglez enfin vos compte avec Serge G., votre ancien compagnon ? Vous pensez que l’heure est venue de cracher le morceau ?

 - Oui, je répands les haricots, j’enlève tout ce que j’ai sur la poitrine. J’avais ras le bol de n’être plus que Madame G., même des années après que Serge il a donné un coup de pied dans le seau. Je veux pas être l’arrière-train de la blague.
 Oui, je crache le morceau, je dis ce que j’ai sur le coeur. J’en avais plein la casquette de n’être plus que Madame G., même des années après que Serge a cassé sa pipe. Je ne veux pas être le dindon de la farce.

 - C’est seulement maintenant que vous découvrez qu’on vous a menée en bateau ?

 - C’est sûr on m’a emmenée dans l’allée du jardin. En Angleterre on dit « Pas de douleur, pas de bénéfice » mais si tu veux que je mets le chat parmi les pigeons, mes bonshommes ils versent l’argent dans la canalisation. La vie avec ces machos aussi épais qu’une brique, c’était pas un morceau de gâteau !
C’est sûr, on m’a menée en bateau ! Il faut souffrir pour être belle mais il est temps de jeter un pavé dans la mare : mes bonshommes ont toujours jeté l’argent par les fenêtres ! La vie avec ces machos qui en tenaient une sacrée couche, ce n’était pas de la tarte !

 - Vous réglez vos comptes aussi avec votre premier mari et votre dernier compagnon, le cinéaste Jacques D. ?

 - Oui ! Je suis pleine jusqu’aux dents du fond de ces mecs qui m’emmènent chez le teinturier. Pourquoi je ressens toujours de l’amour au premier regard pour ces types malades dans leur tête que il y a de la lumière chez eux mais personne n’est à la maison ? De toute façon il n’y a pas de quoi faire un nœud à sa culotte ! Ce que nous allons chanter, tout le monde le sait déjà. Et je ne suis pas toute seule à faire exploser un fusible !
 Oui, j’en ai ras-le bol de ces mecs qui me plument ! Pourquoi ai-je toujours eu le coup de foudre pour ces type compliqués qui n’ont pas la lumière à tous les étages ? En même temps, il n’y a pas de quoi fouetter un chat ! Ce que nous allons chanter, tout le monde le sait déjà. Et je ne suis pas toute seule à péter un câble !

 - C’est vrai ! Vous allez traîner dans la boue un ou plusieurs génies mais en excellente compagnie. Qui sera avec vous sur la scène de l’Olympia ?

 - Lou D., Charlotte G., Izia H., Arthur H., Vincent D., Matthieu C., Thomas D. Toutes les filles et tous les fils de qui tournent dans le show-biz qui laissent le chat sortir du sac ! Les billets ils se vendent déjà comme des gâteaux chauds !
 Lou D., Charlotte G., Izia H., Arthur H., Vincent D., Matthieu C., Thomas D. Toutes les filles et tous les fils de qui tournent dans le show-biz qui viennent vendre la mèche avec moi ! Les billets se vendent déjà comme des petits pains !

 - Mais Serge G. a rendu l’âme ! Il n’y a plus personne pour prendre sa défense !

 - Il fallait pas abandonner le fantôme ! S’il a choisi de dormir avec les poissons, c’est son problème.
 Il n’avait qu’à pas rendre l’âme ! S’il a choisi de passer l’arme à gauche, c’est son problème !

 - Est-ce vraiment bien moral, tout ça ?

 - Chaque nuage a un côté argenté ! Les pluies d’avril amènent les fleurs de mai ! Maintenant si tu veux bien on arrête le interview. De trop parler ça me met une grenouille dans la gorge. De toute façon Elvis a quitté le bâtiment. Les répétitions m’ont fatiguée, je vais heurter le sac.
 A quelque chose malheur est bon ! Après la pluie le beau temps ! Maintenant, si vous permettez, mettons un terme à cette entrevue. A force de trop parler je risque d’attraper un chat dans la gorge. De toute façon, la messe est dite ! Les répétitions m’ont fatiguée,  je vais mettre la viande dans le torchon, m'étendre au fond de mon lit, si vous préférez.

 - Merci infiniment, Jane B. Après ces révélations metootesques, nos lectrices seront pleines de haricots ! Pardon, votre langage déteint. Elle vont avoir la patate ! Je dois vous dire que même si j’ai pu paraître dure pour vous, Jane, dans le fond je vous aime !

 - Moi non plus !
 Me too !

N.B. Le graff a été rencontré à Reims trois jours après avoir publié ce texte et ajouté ensuite.

11 avril 2023

N comme Noue-le ensemble ! / Adrienne

Vivre dans un clapier comme ça ? L’année où les hiboux prêcheront ! Ça se voit tout de suite que c’est un travail d’après sept heures, moi aussi ça m’a fait perdre ma barbe quand je l’ai visité !

Si j’étais l’architecte, je n’en ferais pas une chansonnette ! Va donc à confesse avec un type comme lui ! Moi jamais je n’y mettrais mes haricots à tremper. Avec moi son hareng ne cuit pas !

Et le propriétaire ne vaut pas mieux, tu peux lui ravauder son pantalon pendant qu’il marche. Le genre qui fait ses tartines lui-même, évidemment.

Mais bon, ce n’est déjà plus qu’un demi-poêlon, sa pomme de terre est presque pelée. On verra bien ce qu’en feront ses héritiers, quand il aura lâché ses cuillers.

***

Ce texte répond aussi à la Consigne 433 chez Bricabook avec une photo de Fred Hedin 

J’ai choisi de prendre des expressions idiomatiques dans mon dialecte (flamand), ce ne sont pas des expressions utilisées en néerlandais.

 l’année où les hiboux prêcheront
in het jaar dat de uilen preken
quand les poules auront des dents
d’après sept heures
van achter de zeven
de mauvaise qualité
ça m’a ôté la barbe
dat heeft mij de baard afgedaan
être complètement découragé
ne pas en faire une chansonnette
ik zou er geen liedje van maken
ne pas en être fier
va donc à confesse avec un type comme ça ga daarmee te biechte! on ne peut rien en tirer de bon
y mettre ses haricots à tremper
zijn bonen te weken leggen
faire confiance
son hareng ne cuit pas
zijn haring braadt niet
il n’y arrive pas, ça ne marche pas
tu peux lui ravauder son pantalon pendant qu’il marche – ge kunt hem een lap aan zijn broek naaien terwijl hij stapt il est lent
il fait ses tartines lui-même
hij briet zijn boterhammen zelf
il est gros
ce n’est déjà plus qu’un demi-poêlon
het is maar een halve panne
il n’est pas dans son assiette
lâcher ses cuillers
zijn lepels laten
mourir
sa pomme de terre est presque pelée
zijn petoeter is bijna geschild
il est mal en point
titre: noue-le ensemble!
knoop dat aaneen
ça n’a ni queue ni tête
10 janvier 2023

Etre amies / Adrienne

Être amies
Amies pour la vie
Être amies d’enfance
Être amies fidèles
Fidèles amies pour la vie
Être amies obstinément

Vivre et mourir
Mourir un jour, oui
Mais vivre jour après jour, en attendant que
Un jour ou une nuit
S’arrête la vie, pas l’amitié
L’amitié, les souvenirs, la complicité

Mourir un jour d’hiver
Seule à Mini-Ville ou à Maxi-Cité
Toute mort est solitude et séparation
Mourir dans un lit médicalisé
À Maxi-Cité ou à Mini-Ville
La mort arrive parfois trop tard

Mourir sur la route
Voiture percutée, éclatée
Tombée dans un ravin abruptement
En chemin vers Maxi-Cité, Mini-Ville ou l’Espagne au soleil
Mourir par beau temps
En chantant en riant

Joyeuses en route vers Mini-Ville
En chantant des ballades en racontant des blagues
Le ravin s’ouvre sur la droite
Que cache un virage
La vitesse t’emporte, la vitesse
Te porte et t’attire au fond

Amitié, belle amitié
On te garde intensément au cœur
Dans le cœur et dans la tête tu es là
Tu es vivante
Intensément présente, toujours
L’amitié, la complicité restent
Les souvenirs, toujours du bonheur et une tendresse
Qui ne finit jamais

4 avril 2023

Consigne d'écriture 2226-26 du 4 avril 2023 : Bon, mais, alors, et : histoire(s)

Bon, mais, alors, et : histoire(s)

 

Vous allez écrire plusieurs petites histoires en quatre phrases. La première commencera par « Bon », la deuxième par « Mais », la troisième par « Alors » et la quatrième par « Et ». On vous demande de résumer ainsi, si possible humoristiquement, le contenu des livres, films, contes ou faits historiques ou légendaires suivants :

La Bataille de Marignan - Don Quichotte – Sherlock Holmes – Gaston Lagaffe - Titanic – La Genèse – Jeanne d’Arc - Astérix et Cléopâtre – Madame Bovary - Superman - Le Petit prince – Ludwig van Beethoven - Cyrano de Bergerac - Carmen de Bizet - Le paradis perdu - Napoléon 1er - Marcel Proust – Robinson Crusoe – Le Bourgeois gentilhomme - Les chansons célèbres - Le Petit Poucet et autres contes célèbres de Grimm, Perrault ou autres – Le lièvre et la tortue ou toute autre fable de La Fontaine - Les Aventure de Tintin – Guerre et paix – Le Cheval de Troie – Les Trois mousquetaires – Gulliver à Lilliput – Hercule Poirot – Le Cuirassé Potemkine – Mary Poppins

et/ou tout ce que vous voulez qui a fait l’objet de récits ou relations plutôt étoffé·e·s.

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14 mars 2023

V comme vitres / Adrienne

Vitrine de boulangerie, de magasin de mode ou de café-brasserie, il faut bien les choisir, sous peine de voir sortir un gérant furibard ou même – oui, c’était arrivé – que quelqu’un appelle la police.

Pourtant Amir a besoin de temps en temps de vérifier à quoi il ressemble.

Quel mal fait-il, en se regardant dans la vitre-miroir d’un magasin?

– Là je ne risque rien, se dit-il, on ne va tout de même pas croire que je veux piquer un vieux téléphone?

Il se rapproche, s’examine la barbe, sent sa propre odeur corporelle… et il espère que ce soir-là il aura enfin l’occasion de prendre une douche.

Vitre sale et rideaux toujours fermés, c’était doublement un crime contre la transparence obligatoire.

Oui, on a des rideaux, mais on les laisse ouverts, même quand la nuit est tombée et la maison éclairée de l’intérieur.
Le grand principe, c’est: « Nous n’avons rien à cacher »

Si en plus on laisse s’installer la poussière…

Non, il faut agir!
C’est une question de moralité publique!

Ainsi fut dit, ainsi fut fait: on n’eut aucun mal à trouver des volontaires.

***

La première photo est celle du jeu 431 de Bricabook, la seconde vient de cet article de LLB ici.

4 avril 2023

M.P. (2) / Jean-Paul

Bon, c’est l'histoire d'un type qui, pareil au commandant à bonnet rouge qui danse le calypso, se couche tôt et, malheureusement pour ses puces, n'arrive pas à trouver le sommeil et donc se tourne et se retourne dans son lit et ce phénomène de non-endormissement dure depuis très longtemps.

Mais le type qui est né sous le signe du cancer ne manque pas d'imagination.

Alors il décide de changer de vie et au lieu de se coller au pieu à huit heures il devient noctambule, se fait inviter chez des aristos de sa connaissance, fréquente des salons bourgeois dans lesquels tout le monde s'extasie devant la musique de Wagner et les tableaux impressionnistes qui représentent les boucles de la Seine, les côtes du Rhône et les paysages verts du Rhin

Et quand il rentre chez lui il consigne dans des récits interminables tout ce qu'il a vu et entendu dans ces soirées ineptes et ses récits de concierge à moustache ont tellement de succès auprès des planqués de la Première Guerre mondiale qu'il obtient même le prix Goncourt et que depuis sa réputation de littérateur confine à la panthéonisation alors que, tout le monde le sait, ce n'est vraiment pas sorcier d'écrire des longues phrases dans lesquelles on se perd car la langue française regorge d'adjectifs précieux, de vocables choisis, de formules alambiquées et même de très gros mots comme « ennuyeux » ou « chiant » ou « nul » mais je me garderai bien pour ma part de les employer à destination de Marcel Proust vu que je suis très content de m'en servir comme tête de turc récurrente.

Curé Proust 2

17 janvier 2023

La Vieille tante Koba / Jean-Paul

Dillon 21 coloriée

1

Quand j'allais chez ma tante Koba
Elle déménageait, sa cafetière !
Il fumait son calorifère
Et elle n'en était pas plus fière !

Quand j'allais chez ma tante Koba
Fallait remplir la charbonnière
Réchauffer le café d'hier
Sur la plaque du calorifère.

Refrain 1

Café bouillu café foutu !
Mais non c'est des légendes, vois-tu :
Tout se transforme, rien ne se perd
Seul son cerveau s'faisait la paire !

2

Quand j'allais chez ma tante Koba
Elle jouait à la bayadère
Mais n'avait plus l'allure altière
En nous exhibant sa jarretière

Quand j'allais chez ma tante Koba
Sa main gauche tenait un vieux bas,
Son orteil dansait la samba
Dans une tasse pleine de chocolat

Refrain 2

Benko Nesquik ou Banania
Elle était vieille et toute gaga.
Tout se transforme rien ne se perd
Elle comprenait tout de travers.

3

Quand j'allais chez ma tante Koba
J'avais peur de ses deux molosses
Et je trouvais assez craignos
Qu'elle ait pris pour sceptre un grand os.

Était-ce le tibia d’oncle Edouard
Qui avait disparu un beau soir
Au pôle Nord ou soufflait l’Blizzard
Blizzard ? Vous avez dit « Blizzard » ?

Refrain 3

Le cerveau plein de courants d'air
- Personne ne parlait d'Alzheimer -
Tout se transforme, rien ne se perd,
Orpea ne crie pas misère !

4

Quand j'allais chez ma tante Koba
Je trouvais ça très rock'n'roll
Qu'elle ait une fraise autour du col
Et soit pied nu dans une seule grolle

De Tante Koba j'ai fait mon deuil :
J'ai hérité de son fauteuil.
Sous le siège – Sabords ! Mille milliards ! -
Y avait l’ magot de l'oncle Édouard !

Refrain 4

Depuis j’mène un sacré train d’vie
Et je vous l’ conseille mes amis :
Fréquentez donc les vieilles douairières
Qui déménagent de la cafetière ! 

14 mars 2023

Le Dernier wagon / Jean-Paul

AEV 2223-23 JK - Tintin 2Il leur avait semblé bizarre, au capitaine et au journaliste, que le dernier wagon du train fût carrément désert. Cela leur fit un choc aussi, après l'ascension d'un méchant raidillon dans cette montagne d'Amérique du Sud par le tortillard, d'entendre un claquement et de sentir que le wagon repartait dans l'autre sens. Le journaliste a culottes de golf partit vérifier, suivi du capitaine barbu. On avait bien détaché le wagon du convoi. Il s'avéra que le frein de sécurité avait été saboté lui aussi ! Le capitaine sauta du train sur l’injonction de Tintin mais quand celui-ci voulut le suivre le wagon avait pris trop de vitesse. Dans cet univers là qui était la réalité le viaduc au-dessus de la rivière où il eût pu plonger n'existait pas. C'est ainsi que le jeune bruxellois à houppette termina sa vie dans un wagon fracassé.

- C'est dommage ! J'aimais bien lire ses aventures ! commenta Milou en lisant la rubrique des journalistes écrasés dans « Le Petit vingtième ».

14 mars 2023

L’Évadée / Jean-Paul

AEV 2223-23 JK - Isaure 1024 solarisée

Il est arrivé au siècle dernier, dans un musée de province, une singulière aventure. Une jeune personne dont le portrait avait été peint en 1838 est sortie de son tableau !

Elle s'en est trouvée la première surprise. Elle a secoué ses membres engourdis et épousseté sa robe rose. Puis elle est sortie du musée par la grande porte, en la traversant !

Dehors, c'était l'avant jour : personne dans les rues de Rennes, juste les premiers bus de la STAR qui se mettent à circuler. Elle a marché dans cette ville qu'elle ne connaissait pas, a traversé la place de la Mairie, a poussé jusqu'à la cathédrale et elle s'est retrouvée dans la petite rue de Dinan qui est parallèle au canal d’Ille-et-Rance. Là un gros homme portant bretelles et chapeau ouvrait les volets d'un café dont le nom était « Au vieux Saint-Étienne ». Il l'a regardée et lui a dit : « Entre ici, Isaure Chassériau ! Ça fait une paye qu'on t’ attendait !".

C'est ainsi que la jeune fille apprit son âge véritable, 179 ans, et qu’elle fit la connaissance de son oncle Camille.

 

14 mars 2023

L'Écriteau / Jean-Paul

Ce n'est pas histoire de prendre sa défense, loin de là ! Je suis le premier à admettre qu'il ne faut pas frapper une fleur même avec une femme. Oui, oui, vous avez raison, c'est l'inverse, une femme avec une fleur. Et lui il avait bien tort de conserver ses épouses découpées en morceaux dans le congélateur. Mais quand même ! Quand j'ai vu cet écriteau chez Bernard, le boucher du village, « Viande de Barbe-bleue pour barbecue en promotion », je me suis dit que Sandrine Rousseau et ses copines, avec le rétablissement de la peine de mort, de l'anthropophagie et leurs stages obligatoires de maniement des brochettes, elles allaient un peu loin tout de même !

AEV 2223-23 JK - Judith et Holopherne (Allori)

Tableau d'un suiveur de Cristoforo Allori. Image empruntée ici

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